17/10/2019
16:01:33
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Activités intérieures - Mobilisations sociales

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Mobilisations sociales


Sont recensées ici les activités intérieures relatives aux mobilisations sociales, ce qui comporte des détails, aspects et informations complémentaires aux articles de presse et aux réactions officielles de l'exécutif..
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Une convergence impossible ?


Francis Streethin et Mokari Sivara

Cela avait pris de nombreux jours à s’organiser mais ils y étaient. Cette rencontre se déroulait dans la plus grande confidentialité, même si son principe même n’était nullement un secret. L’information était parue dans la presse de gauche, qui suivait la mobilisation sociale du mouvement alderii. En ce 14 octobre 2019, Mokari Sivara, porte-parole du nouveau Front d’Emancipation Alderii, et Francis Streethin, leader de la section de Tintellin Cove du Parti Communiste de Brocelynwood, se réunissent en huis-clos après les multiples tergiversations de leurs instances respectives. Toute la confiance est encore à construire, mais aucune des deux parties n’est encore certaine que c’est bien ce qu’elle recherche.

Francis Streethin :
Nous venons d’apprendre pour le client du bar. C’était inespéré. Ça doit être un soulagement pour toute votre communauté. Même si ça n’enlève rien au déchainement de violences de la milice. Au nom du Parti Communiste, j’adresse toute notre fraternité à votre égard.

Francis Streethin fait ici référence au client alderii qui a été victime de l’intervention - beaucoup diraient “attaque” - du GCAB 46 et qui se trouvait dans le coma depuis près d’un mois. Les médecins viennent d’annoncer publiquement qu’il était sorti du coma il y a peu de temps, avec peu de séquelles, ce qui était une vraie surprise car le pire était attendu et bien plus probable.

Mokari Sivara :
La communauté Alderii et notre mouvement vous remercient sincèrement pour cette attention.
Pour entrer dans le vif du sujet, je serais bien curieux de savoir quel est votre mandat en venant ici.

- De quel mandat parlez-vous ?

- Celui que vous a donné Bram Strake. Nous savons tous comment fonctionnent les Partis Communistes, du moins ceux “à l’ancienne”. N’y voyez nulle offense. Je suis factuel. La verticalité de votre fonctionnement est indéniable, donc vous venez me rencontrer avec un mandat très clair de votre chef.

- Bon, je veux bien entrer dans le vif du sujet mais repartons du début. C’est vous qui avez formulé la demande de cette rencontre. Et peu importe les circuits que prennent les décisions, chez vous comme chez nous, c’est toujours la base qui décide au final. Sans les masses populaires et prolétaires, nous n’avons plus de raison d’être. Donc Bram Strake comme moi-même n’avons nul intérêt à poursuivre un agenda caché.
La vraie question aujourd’hui, c’est celle-ci : le mouvement ouvrier et le mouvement naissant alderii sont-ils prêts à une convergence des luttes ?

- La question est sensée. Ma réponse sera nette aussi : tout dépendra de votre attitude.

- Et de la votre. Me semble-t-il.

- Ecoutez : si nous en sommes, à l’aube de l’année 2020, à séparer mouvements “ouvrier” et “alderii” et se demander comment ils pourraient converger, alors même que les alderii de Tintellin Cove sont des dizaines de milliers et pourraient être l’image type des ouvriers que vous prétendez défendre, c’est que le Parti Communiste a une lourde responsabilité historique.

- Je ne sais pas ce que vous cherchez à insinuer. Le Parti Communiste n’est pas dans le camp des dominants. Le Parti Communiste n’est pas un parti fasciste. Les Communistes sont victimes, eux aussi, d’une répression acharnée depuis des décennies. Une répression qui n’est généralement pas reconnue par la justice bourgeoise. La répression que vous avez subi a été reconnue comme illégale et disproportionnée, pour autant je ne vous accuserai pas d’être dans leur camp.

- Que savez-vous de la répression policière dont sont victimes les nôtres depuis toujours ? Cela a été précédé par des procédés génocidaires, donc ne cherchez pas à faire de nous de quelconques semi-privilégiés. La justice n’a jamais reconnu la répression policière de nos mouvements passés. Elle vient de se prononcer sur une question bien précise: une milice, même officielle, peut-elle utiliser n’importe quel prétexte pour s’en prendre jusqu’à la vie de brocéliens en fonction de leur appartenance communautaire ? Elle a dit non. Et heureusement. C’est à peu près tout ce qu’il nous reste. Mais il ne s’agissait aucunement de répression d’une action politique. Notre existence même était niée. Comme souvent.
Vos mots démontrent comment vous êtes encore dans votre imaginaire de l’ouvrier blanc, victime centrale de tout un système, et pour lequel il n’y a que la lutte des classes qui mérite d’être considérée. Vous ne nous comprenez pas.

- Est-ce nier le racisme que de dire qu’il divise les travailleurs ?
Je veux dire : que se passe-t-il aujourd’hui ? Le capitalisme essaie de se sauver par le renforcement de l'autoritarisme. Car il vacille. Et cela touche une large partie de votre communauté car ce sont des ouvriers avant tout. Si un alderii était à un autre positionnement social, s’il détenait les moyens de production, il détiendrait un pouvoir objectif et matériel au-delà de la manière dont on considère ses origines. Et il n’aurait pas les mêmes intérêts réels que les ouvriers.

- Mais comment osez-vous prononcer cet argument ? Comment ? Je m’interroge. On entend dire que les communistes ont une lecture analytique de la société extrêmement poussée, mais ce que vous dites démontre une vision extrêmement étriquée.
Alors reprenons les bases, quand bien même j’ai l’impression de ne pas vous prendre au sérieux en rappelant pareille évidence : dans ce Royaume, en l’état actuel, jamais un Alderii n’a eu et n’aura le moindre poste de responsabilité. Dans un pays pourtant déjà raciste, comme Westalia, je pourrais entendre votre exemple. Mais ici, vous ne voyez pas que c’est l’avant-garde du fascisme ! La ségrégation ! Si vous n’êtes jamais prêts à accepter ces termes et reconnaitre nos spécificités, vous n’aurez pas, je le crains, la confiance des nôtres !

- Cessez de monter sur vos grands chevaux. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout, ni même d’avoir une même lecture des évènements. Des mouvements contestataires peuvent trouver un dénominateur commun pour s’unir contre un même ennemi. C’est un constat basé sur l’observation de la situation dans de nombreux pays. Mais un respect mutuel est absolument nécessaire.

- Tout le monde se rangera derrière le principe de “respect mutuel”, mais encore faut-il voir ce que nous mettons derrière. Et nous savons bien que le Parti Communiste se pense comme l’avant-garde éclairée. Or nous n’irons jamais vers l’absorption de notre mouvement par votre parti, ou l’effacement d’une lutte derrière une autre.
Vous avez besoin de nous aujourd'hui, après des décennies de sous-considération. Ce n’est pas parce que, subitement, vous épousez pleinement notre cause, mais parce que vous y trouvez un intérêt. Très bien. Je ne viens pas aujourd’hui vous en faire le procès ; cela n’aurait pas de sens. Mais pour que le FEA respecte pleinement le PC, il faudra des actes démontrant votre pleine considération. Nous voulons une relation d’égal à égal.
En définitive, nos colères et nos révoltes contre l’acharnement inhumain dont nous sommes victimes, ne sont pas destinés à être de simples carburants à la machinerie communiste.

- De même, pour notre part, une relation d’égal à égal signifie que nous ne pourrons pas vous suivre sur tout. Nous ne pourrons pas non plus nous affaiblir à n’importe quel prix, par exemple en rejetant tout le passé de notre mouvement et en reconnaissant une lourde responsabilité historique.
Mais changeons de méthode, Monsieur Sivara. Nous ne nous sommes pas réunis ici pour étaler nos différences. Elles étaient sûrement indispensables à poser, j’en conviens. Maintenant, partons du principe que nous devons essayer quelque chose. Les ouvriers militants communistes et alderii sont visés par le Royaume et le grand capital, de plus en plus férocement. Alors posons les questions : que proposons-nous comme modes d’action ou d’auto-défense ? Quel texte d’appel ? Quelles revendications ? Quels financements ? Qui coordonne ?
Ce sont derrière ces questions très concrètes que nous verrons alors si un chemin se dessine, ou si nous ne serons jamais autre chose que complètement indépendants les uns des autres.

- Je ne vois pas d’inconvénient majeur à cette méthode. C’est bien une voie qui se doit d'être explorée. Je crois que cela permettrait de voir dans quelle mesure les actes suivent les intentions. Et si l’échec n’est pas patent, nous pourrons présenter à nos collègues des perspectives suffisamment précises.
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