06/12/2019, Dzyun TovliLa nuit avait été courte pour le Président latruant et ses équipes, les festivités lav p'iri n'ayant pris fin que tard dans ce qui n'était plus vraiment la soirée. Vasiliy n'avait donc dormi que deux heures, un temps loin d'être nécessaire au vu de la fatigue accumulée depuis plusieurs longues semaines. En effet, il ne cessait de jongler entre son rôle de Président en fin de mandat, faisant tout pour défendre son bilan et fédérer le gouvernement autour de derniers projets, et celui, tout aussi chronophage, de candidat à sa succession, allant de meetings en réunions publiques, se livrant à un véritable pèlerinage électoral et médiatique. Si sa victoire semble acquise, les sondages le donnant gagnant et ce très largement, Vasiliy, après près de trente années de politique, savait mieux que personne qu'un scrutin était incertain par nature et qu'il lui fallait donc s'engager à corps perdu dans la campagne. Deux grands meetings s'annonçaient et occupaient ses nuits. Un premier en janvier, dans un territoire dit "oublié", en plein nature, ouvrirait les hostilités et lui permettrait d'aborder de manière exhaustive les différents points de son programme. Le second, plus citadin, se tiendrait à Vrarany, quelques semaines avant le premier tour, et aurait pour but de mobiliser les Latruants et les Latruantes et de créer une dernière vraie dynamique électorale et populaire.
En attendant, Vasiliy continuait d'assumer pleinement ses responsabilités de Chef d’État, de lourdes responsabilités, pesantes, prenantes, c'est pourquoi une plus longue nuit de sommeil ne lui aurait pas déplu. Il se préparait effectivement mentalement à une discussion technique, tant sur le plan militaire que sur le plan diplomatique. La rencontre du jour avait pour objectif affiché de délimiter l'implication de la C.S.N, influente organisation au Nazum, dans la construction et l'utilisation de la base militaire des Quatres Vallées sur le sol latruant. Une organisation dont les membres semblaient jouir d'une certaine liberté de mouvement, trop grande au goût de Vasiliy et de ses diplomates. Ces derniers se rappelaient encore de la crise qui était née du survol illégal du Latrua par des avions de la chasse ouanaise. Un incident qui aurait pu conduire les deux nations à choisir les armes et qui questionne donc le rôle de la Confédération.
C'est à la fois exténué, mais dopé par la conscience de l'importance de la réunion, que Vasiliy retrouva ses conseillers, une petite équipe à dominante féminine, et deux de ses ministres : Pyotr Abalyshev, Ministre des Affaires Étrangères et des Latruants de l'étranger, et Sergei Yesenin, Ministre de la Défense et des armées. Deux ministres aux qualités diverses, opposées. Pyotr était un homme posé, pur produit de la diplomatie latruante, usant de réflexion et de patience pour arriver à ses fins. Sergei était, quant à lui, plus impulsif, plus rapide dans l'exécution de ses tâches, mais aussi plus ambitieux, rêvant assez ouvertement de remplacer l'actuelle Première Ministre. Ces deux tempéraments, aux antipodes l'un de l'autre, permettraient à Vasiliy de mieux appréhender la situation et d'avoir une capacité de réponse variée et adaptée à la situation.
La délégation latruante fut accueillie par les responsables lav p'iri, presque aussi nombreux que les Eurysiens, et déambula dans les longs couloirs du bâtiment jusqu'à une salle qui donnait sur la ville. Derrière d’impressionnantes baies vitrées, une ville, seule, géante, immense, impressionnante, se dressait, royale, impériale. Le Président de la République pensa, un brin philosophe, un brin mystique :
Du haut de ces toits, deux peuples vous contemplent. C'est avec cette sentence en tête qu'il commença la discussion :
"Je vous remercie, Mesdames, Messieurs, pour votre accueil festif et pour la chance que vous nous avez offerte de découvrir la culture, si spéciale, si belle, si complexe, des Quatres Vallées. Mon équipe, Messieurs les ministres ici présents, et moi-même avons été honorés de pouvoir participer, à vos côtés, à cette découverte.
Vous connaissez maintenant mieux que personne les traits qui font la diplomatie latruante. Je me permettrai donc d'entrer dans le sujet qui est le nôtre aujourd'hui. Avant de parler de la chose militaire, il me semble important de discuter du rapprochement entre le Latrua et la Confédération Socialiste. En effet, vous comme moi, nous savons que des divergences idéologiques existent entre le pays dont je suis le représentant élu et l'organisation dont vous êtes les membres de fait et de droit. Cependant, cette rencontre souligne le fait que, malgré les différences, malgré des points de vu parfois antipodiques, la diplomatie - et ici est sa force — réussit toujours à réunir dans l'intérêt général. C'est pourquoi j'aimerais que le Latrua et la C.S.N. procèdent à un échange diplomatique, envoyant mutuellement un ambassadeur ou un représentant auprès de l'autre. Cela nous permettra de créer un vrai lien ainsi qu'une ligne de communication directe et rapide.
Ceci étant dit, venons-en à ce qui nous préoccupe. En novembre dernier, soit il y a an, nos deux pays ont cosigné des accords importants de coopération, et dans ces accords, un des titres posait les bases d'une coopération militaire bilatérale. L'outil et la réalisation concrète de cette coopération seraient des bases militaire, une latruante sur le sol lav p'iri, une lav p'iri sur le sol latruant. Je tiens aujourd'hui à réitérer ma volonté à ce que cette coopération aille jusqu'à son terme.
Nonobstant, ces mêmes accords obligeaient, à raison, le Latrua à entrer en contact avec la Confédération Socialiste pour discuter d'une possible implication de cette dernière dans l'utilisation de la base militaire des Quatres Vallées. Ceci est chose faite aujourd'hui, alors permettez-moi de vous exposer ma réponse à cette interrogation, ce qui me semble être une voie de compromis, puis de vous présenter les raisons qui m'ont amenées à cette proposition.
Tout d'abord, ma réponse : le Latrua ne s'oppose pas à ce que la Confédération Socialiste du Nazum intervienne dans la conception, dans la construction et dans l'entretien de ladite base ; le Latrua ne s'oppose pas à ce que du matériel militaire de la C.S.N, acheté et utilisé par et uniquement par les Quatres Vallées, soit stationné sur ladite base ; le Latrua ne s'oppose pas à ce que les Quatres Vallées, en tant que pays indépendant membre d'une organisation internationale, utilisent ladite base. A contrario, le Latrua s'oppose à ce que du matériel opérationnel ou des militaires d'une autre nation membre de la Confédération Socialiste du Nazum stationnent sur ladite base ; le Latrua s'oppose à ce que du matériel opérationnel ou des militaires d'une autre nation membre de la Confédération Socialiste du Nazum transitent par ladite base ; le Latrua s'oppose à ce que ladite base soit utilisée dans le cadre d'opérations offensives initiées par la C.S.N et qui ne répondraient pas à une agression et une atteinte directe à la souveraineté territoriale des Quatres Vallées.
Pourquoi ce choix, ces propositions ? Pour trois raisons. La première est due à l'incursion, dans la nuit du 06 au 07 juin dernier, d'avions de la chasse ouanaise, en direction de la Restvinie, du territoire latruant. Ce survol s'étant fait sans aucune autorisation de la part des autorités latruantes compétentes, il s'apparente donc plus à un viol clair de la souveraineté du Latrua. À cette action, le gouvernement de la République aurait pu, à raison, répondre par la violence et détruire ces aéronefs. Cela aurait provoqué une crise sans précédent et aurait mené à un conflit armé entre les deux nations. Je vous laisse imaginer la situation et la place qui aurait été la vôtre si l'Ouaine avait eu accès à la base militaire alors qu'elle était en conflit ouvert avec le Latrua. Cela aurait donné quelque chose de baroque et aurait placé votre nation dans une position délicate, en porte-à-faux entre son alliance avec le Latrua et ses liens avec l'Ouaine et la Confédération Socialiste. En dissociant cette dernière de votre base, nous évitons ainsi que ce genre de situation délicate n'ait à exister.
Deuxième raison : l'opposition des partenaires stratégiques du Latrua. En effet, mon pays entretient plusieurs relations de défense mutuelle avec plusieurs nations eurysiennes. Ces relations impliquent une action de défense en cas d’agression extérieure qui ne serait pas du fait du Latrua. Or, si les Quatres Vallées se retrouvaient visées par des frappes, suite aux décisions de la Confédération, la base militaire pourrait être touchée, le Latrua pourrait être donc attaqué et ses alliés entraînés dans les hostilités. Cela créerait une spirale de violences inarrêtables, néfaste pour tous les acteurs.
Enfin, dernière raison, dernière motivation à mes propositions, qui rejoint d'ailleurs le point précédent : la volonté de neutralité du Latrua. Ma nation cultive, et ce depuis des siècles, une neutralité claire et affirmée qui la protège de tous les conflits qui font les plaisirs et les malheurs du monde. Si la base était visée, non pas car les Quatres Vallées étaient visées, mais parce que la C.S.N était visée, alors le Latrua serait entraîné, contre sa volonté, dans un conflit qui risquerait de semer mort et désolation.
Voici les différents points qu'il me semblait important de vous présenter. Je vous laisse maintenant réagir et faire vos contre-propositions. "