
Le salon doré du Palais des Patrices était garni de ces sculptures dont la plupart dataient de la période de la Renaissance leucytalienne. Leur point commun ? Aucune d'entre elles n'était velsnienne. Maria Ganzaga, la Maîtresse du Grand Commerce, lève un sourcil.
Rocco Ascone, Maître des Balances, que l'on surnomme "la tirelire de la République" chez certains détracteurs, se retourne vers sa consœur. Elle sourit, il sourit, et rient tous deux.
Le regard de la Maîtresse du Grand Commerce change radicalement d'expression. Il est devenu, en l'espace d'un instant, fermé et sévère.
"Laisse moi deviner: va t-on accepter de voir Matteo revenir ici parmi nous, alors même qu'il nous a lâché il y a deux ans ?"
"Exact." fit Maria Ganzaga, laconique
C'était une voix masculine qui avait répondu à Ascone dans son dos pas celle de Ganzaga, digne d'en faire sursauter le Maître des Balances. Ce dernier se retourne, et aperçoit le visage mince et les yeux impassibles de Matteo Di Grassi. Lui qui avait officiellement rendu sa fonction de Maître de l'Arsenal, se rendait décidément bien souvent au Conseil Communal depuis que son ami de toujours, Albirio, en était devenu le Patrice. Di Grassi fixe Ascone comme si il en attendait vraiment une réponse.
"Excellence Di Grassi. Un plaisir..."
"Je n'en doute pas, mais tu n'as toujours pas répondu à ma question."
L'ancien Maître de l'Arsenal se porte au devant de la sculpture, Rocco Ascone se poussant sans même qu'il n'ait besoin de lui demander. Là encore, l'ancien vainqueur de la Guerre des Triumvirs insiste.
Ce marbre, représentant un groupe de trois hommes dévêtus, dont l'un regardait en arrière, les deux autres dont le mouvement indiquait un empressement et une panique...ce marbre fixait Rocco Ascone dans toute son ignorance.
"Cette sculpture représente la migration des landrins, Ascone. Il a été fait par un sculpteur de Galaisie au XVème siècle, dans la Loduarie actuelle. Je te félicite donc, excellence Ascone, tu possèdes chez toi la reproduction d'une sculpture loduarienne, représentant elle même un mythe fondateur de l'Histoire fortunéenne. Tout cela pour te dire, que personne en ce monde ne vit en vase clos et que tout est lié d'une manière ou d'une autre, de ta boutonnière tape à l'oeil jusqu'à la guerre antarienne, il y aura toujours un moyen de relier les deux faits. Y compris lorsque tu prends pour décoration une œuvre que tu aurais qualifiée de barbare si tu avais su au préalable d'où elle provenait. J'espère que tu ne daignes pas faire ce genre de discours à nos invités: il n'est jamais bon de dire à quelqu'un vêtu d'un sac de jute qu'il s'habille mal, même si c'est le cas. Tu as encore beaucoup à apprendre, excellence Ascone, et avant tout, celle de garder tes jugements pour ta personne en public. C'est en parlant peu qu'on a fini par me confondre avec une personne cultivée."
Di Grassi sort de la pièce aussi rapidement qu'il en était apparu, se dirigeant vers l'aile patricienne du Palais, accueillant le Conseil communal, laissant Ascone face à Ganzaga, qui lui esquisse un sourire moqueur.

Accès à la Salle du Conseil communal de la Grande République
Les greffier sénatoriaux s'agitent autour de la salle du Conseil, une vingtaine pour quatre membres du Gouvernement communak était le ratio ordinaire de ces petites mains qui avaient la lourde charge de prévoir les agendas de chacun, tout en prenant note de la totalité de leurs faits et gestes. Dans leur sillage, deux censeurs communaux étaient dans un coin de la pièce, surveillant les membres du Gouvernement communal, mais pour une toute autre raison. Chaque parole était soumis au respect des lois fondamentales de la République, et ceux ci étaient en pouvoir de couper court à chaque proposition de ce conseil qui n'était point en adéquation avec. Il eu été bien étrange de dire que ces deux silhouettes discrètes en train de griffonner des paroles énigmatiques qu'ils gardaient pour eux avaient probablement davantage de pouvoir que le gouvernement ici présent.
L'heure passe, Rocco Asone, Maria Gazaga et Matteo Di Grassi se regardent, quelque peu gênés, attendant la venu du Patrice, qui ne surgit qu'après un long atermoiement.
"Excusez moi mes excellences. Ces vêtements de pacotille sont un enfer à enfiler. Quatre couches de lin, de coton et de velours, tout ça pour que ça gratte le cul au final. Patrice de Velsna tu parles... Cette position sera une arnaque du début à la fin."
Bernaba Di Albirio, tout caparaçonné des habits cérémoniels du Dogat, pris place dans son siège légèrement surélevé par rapport aux autres chaises des conseillers. La sensation de corpulence se faisait plus grande encore dés lors qu'il se vêtit de ces atours cintrés par un manteau d'hermine. Il s'avance vers Di Grassi pour lui faire une bise chaleureuse, et lui administrer une tape dans le dos.
"Bien content que tu ais pu te libérer Matteo, on devrait avoir besoin de toi aujourd'hui. Le chemin n'a pas été trop long depuis l'Achosie du Nord j'espère. L'air est moins frais ici je le conçois, mais les femmes sont plus belles ! Bon. Qu'on en finisse. Greffiers ! Faites entrer nos invités kartiens ! Et servez moi le vin bon sang ! Ce ne sont pas des bonnes sœurs makotanes que l'on accueille, Dame Fortune soit louée..."
Les membres du Gouvernement conviés se rassemblèrent autour de la grande table du Conseil, autour de laquelle gravitait tout ce petit microcosme d'une vingtaine d'assistants. Un échanson vint remplir les verres de toutes les "excellences illustres" de cette pièce. Tandis que le jeune homme remplissait le verre du Patrice en dernier, celui-ci le fixa sévèrement.
"Galleazzo, excellence."
"Galleazzo...Quel nom stupide. Qui diable te l'a donné ma parole... "
Rocco Ascone mit fin aux tortures infligées au jeune homme en interpellant le Albirio.
"Ah. Oui. Qu'on les fasse entrer."
Enfin, la porte s'ouvrit pour les étrangers (hrp: je te laisse prendre les personnages que tu veux. Suivant ton courrier, je pars du principe que Shimanskaya est de fait présente par défaut). Ceux qui avaient fait plusieurs milliers de kilomètres en avion pour se rendre en Eurysie de l'Ouest avaient ainsi été ballotés la matinée durant par les servants du Palais des Patrice, le temps que tous les participants à la réunion sont bien présents. Shimanskaya fut accueillie par le bruit des chaises du Conseil se rabattant en arrière, les trois membres du Gouvernement communal présents se levant afin de lui faire bon accueil. Maria Ganzaga gratifia la gouverneure d'une poignée de mains sincère, Rocco Ascone d'un baise main aussi charmeur qu'hypocrite, et Matteo Di Grassi, qui officiait là en tant que simple conseiller du Patrice, montra de la main les sièges réservés à ces excellences kartiennes, qui faisaient face aux leurs. En bout de table, le Patrice Albirio, quant à lui, esquissa simplement un geste de main courtois, depuis son siège. Du haut de sa jeunesse, de son assurance et de son manque d'honnêteté, le très mielleux Rocco Ascone fit les présentations, bousculant presque Ganzaga dans ses salutations.
" Mes excellences. Bienvenue à Velsna. Nous espérons que votre voyage s'est déroulé confortablement, et que les services qui ont pu vous être accordés à l'ambassade pour le pays kartien ont su être à ma hauteur de votre rang. Permettez moi de me présenter: Rocco Ascone, excellence sénateur, Maître des Balances de ma Grande République. Et voici son excellence Maria Ganzaga, Maîtresse du Grand Commerce et de l'Etranger, mais je suppose que vous la connaissez déjà. Son excellence le Patrice de Velsna, chef exécutif de ce conseil, Bernaba di Albirio. Et enfin Matteo Di Grassi, excellence sénateur, qui nous conseillera ce jour en vertu de sa grande expérience. Je vous en prie, prenez place."
Conformément à la tradition, c'était au Patrice de Velsna d'ouvrir le conseil, ce qu'il fit d'un trait court et avec un "tact" qui le caractérisait bien, tandis que l'échanson s'était précipité vers la carafe de picrate, attendant peut-être que les kartiens fassent la demande de quelque rafraichissement hors de prix pour le commun des mortels.

Le Patrice Albirio en tenue dogale et au sommet de sa forme (estimation approximative)
"Qu'on donne du vin de Léandre à cette jeune femme, elle a l'air assoiffée. Excellence Gouverneure Shimanskaya, nous remercions d'être venue. D'autres dotés de moins de courage auraient refusé. Le sujet du jour portera sur une chose dont vous pourrez nous éclairer j'en suis sûre. Ces excellences du Gouvernement du pays de Karty veulent donc des missiles... C'est une bonne chose que vous ayez insisté pour passer outre mes partenaires privés de la Grande République pour nous voir en personne. Non pas que nous ne fassions pas confiance à nos entrepreneurs de guerre, mais une vente d'armes est un signal hautement politique. C'est vrai, après tout, si nous vous vendons des missiles, ce sont des armes velsniennes qui tueront des loduariens, quand bien même ce sera vous qui les tirerez."
Le gros Patrice fit un signe de main en direction de Matteo Di Grassi. Celui qui l'avait tutoyé comme un frère quelques instants avant le vouvoyait désormais en présence des étrangers, participant ainsi au décorum de la République. Di Grassi reprit dans la foulée.
"Son excellence le Patrice a fait un bon résumé de notre dilemme. Et celui-ci est renforcé par le flou entourant les objectifs à long terme du gouvernement kartien, dans lequel nous nous trouvons. Certes, nous pouvons dire que votre gouvernement a réagit en lien avec un traité de défense qui le liait à l'Antarès, mais soyons honnête: nous faisons la guerre pour disposer d'avantages autrement plus intéressants que le simple fait de respecter nos traités. En d'autres termes, et pour être tout à fait honnête avec vous, le sujet vahrénien n'est qu'un détail d'un tableau que nous aimerions vous voir décrire. Notre première question à votre adresse est donc la suivante: mettons que la guerre en Antarès termine par votre victoire, que se passera t-il pour la Loduarie ? Et que se passera t-il à une échelle plus grande ? Quelle est donc la vision géostratégique à long terme de Karty en Eurysie de l'ouest ? A vrai dire, nous avons du mal à la comprendre. De notre point de vue, une puissance socialiste s'attaque à une autre dans ce pré-carré de tranquillité qu'est supposé être l'Eurysie de l'ouest, ce qui dépasse quelque peu certains de nos illustres sénateurs. Aussi, pouvez vous nous en dire plus sur ce que des gens plus vulgaires que nous qualifieraient de "projet" ? La question nous intéresse, d'autant plus que les puissances fortunéennes, antériniennes et youslèves qui sont des nations amis ont déjà fait part de leurs réserves au sein des plus hautes instances de l'Organisation des Nations commerçantes."
Tandis que Di Grassi mit fin à son intervention, on pouvait entendre les greffiers sénatoriaux taper frénétiquement sur leurs claviers, prenant chacune de ses paroles en note.
HRP: Pour plus de détails concernant l'identité des personnages de la scène, voici la composition du Gouvernement communal velsnien.
A noter que les personnages font parfois allusion à des évènements RP. Pour tout flou, je reste à disposition pour éclaircissement.


