13/12/2019
09:13:18
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ça sent le vieux et le renfermé: Velsna-Karty (Salon doré du Palais des Patrices)

Introduction

Palais des Patrices, Salle du Conseil communal de la Grande République...



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"J'adore cette statue. J'4en ai une reproduction chez moi. J'ai dépensé une fortune pour faire venir des artisans de la corporation des marbriers. Qu'est-ce que tu en penses Maria ?"


Le salon doré du Palais des Patrices était garni de ces sculptures dont la plupart dataient de la période de la Renaissance leucytalienne. Leur point commun ? Aucune d'entre elles n'était velsnienne. Maria Ganzaga, la Maîtresse du Grand Commerce, lève un sourcil.

"Tu as toujours eu le goût du baroque, et cela te va bien, Rocco: tape à l'œil, exagéré et un peu vain."


Rocco Ascone, Maître des Balances, que l'on surnomme "la tirelire de la République" chez certains détracteurs, se retourne vers sa consœur. Elle sourit, il sourit, et rient tous deux.

"Tu as le don de me faire un costard...Mais que veux tu, oui, j'ai le goût des belles choses. En parlant de l'inverse, est-ce que son "excellence illustre et honorable" Albirio sait au moins que nous avons une rencontre éminemment importe de prévue aujourd'hui ? Où est-ce qu'il s'est endormi dans un débit de boisson infamant, ou perdu dans la forêt à chasser le cerf ? "


Le regard de la Maîtresse du Grand Commerce change radicalement d'expression. Il est devenu, en l'espace d'un instant, fermé et sévère.

"Un peu de respect pour la Patrice, et oui, il est au courant. D'ailleurs, quelqu'un d'autre est au courant..."

"Laisse moi deviner: va t-on accepter de voir Matteo revenir ici parmi nous, alors même qu'il nous a lâché il y a deux ans ?"

"Exact."
fit Maria Ganzaga, laconique

"Je me demande bien pourquoi on s'embarrasse encore des avis d'un vieux soldat qui cultive des choux fleurs en Achosie du Nord. Di Grassi a fait son temps, et d'ailleurs, je me demande bien pourquoi on a besoin de lui pour traiter avec d'autres barbares incultes. C'est vrai ça...loduariens, kartiens, antariens, quelle différence il y a t-il ? Ils parlent une langue apossible à comprendre, ils n'ont pas d'art, de littérature, aucune compréhension des belles choses. C'est là une définition parfaite du barbaricum. Leurs affaires ne sont pas les notres, et nos affaires ne sont pas les leurs. "


"Et toi Rocco, ton goût des belles choses est-il un synonyme de culture ?"


C'était une voix masculine qui avait répondu à Ascone dans son dos pas celle de Ganzaga, digne d'en faire sursauter le Maître des Balances. Ce dernier se retourne, et aperçoit le visage mince et les yeux impassibles de Matteo Di Grassi. Lui qui avait officiellement rendu sa fonction de Maître de l'Arsenal, se rendait décidément bien souvent au Conseil Communal depuis que son ami de toujours, Albirio, en était devenu le Patrice. Di Grassi fixe Ascone comme si il en attendait vraiment une réponse.

"Connais tu la signification que porte ce marbre ?"

"Excellence Di Grassi. Un plaisir..."

"Je n'en doute pas, mais tu n'as toujours pas répondu à ma question."


L'ancien Maître de l'Arsenal se porte au devant de la sculpture, Rocco Ascone se poussant sans même qu'il n'ait besoin de lui demander. Là encore, l'ancien vainqueur de la Guerre des Triumvirs insiste.

"Tu as donc commandé la copie d'une œuvre que tu ne comprends pas... Intéressant, mais pas étonnant."

Ce marbre, représentant un groupe de trois hommes dévêtus, dont l'un regardait en arrière, les deux autres dont le mouvement indiquait un empressement et une panique...ce marbre fixait Rocco Ascone dans toute son ignorance.

"Cette sculpture représente la migration des landrins, Ascone. Il a été fait par un sculpteur de Galaisie au XVème siècle, dans la Loduarie actuelle. Je te félicite donc, excellence Ascone, tu possèdes chez toi la reproduction d'une sculpture loduarienne, représentant elle même un mythe fondateur de l'Histoire fortunéenne. Tout cela pour te dire, que personne en ce monde ne vit en vase clos et que tout est lié d'une manière ou d'une autre, de ta boutonnière tape à l'oeil jusqu'à la guerre antarienne, il y aura toujours un moyen de relier les deux faits. Y compris lorsque tu prends pour décoration une œuvre que tu aurais qualifiée de barbare si tu avais su au préalable d'où elle provenait. J'espère que tu ne daignes pas faire ce genre de discours à nos invités: il n'est jamais bon de dire à quelqu'un vêtu d'un sac de jute qu'il s'habille mal, même si c'est le cas. Tu as encore beaucoup à apprendre, excellence Ascone, et avant tout, celle de garder tes jugements pour ta personne en public. C'est en parlant peu qu'on a fini par me confondre avec une personne cultivée."

Di Grassi sort de la pièce aussi rapidement qu'il en était apparu, se dirigeant vers l'aile patricienne du Palais, accueillant le Conseil communal, laissant Ascone face à Ganzaga, qui lui esquisse un sourire moqueur.

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Accès à la Salle du Conseil communal de la Grande République

Les greffier sénatoriaux s'agitent autour de la salle du Conseil, une vingtaine pour quatre membres du Gouvernement communak était le ratio ordinaire de ces petites mains qui avaient la lourde charge de prévoir les agendas de chacun, tout en prenant note de la totalité de leurs faits et gestes. Dans leur sillage, deux censeurs communaux étaient dans un coin de la pièce, surveillant les membres du Gouvernement communal, mais pour une toute autre raison. Chaque parole était soumis au respect des lois fondamentales de la République, et ceux ci étaient en pouvoir de couper court à chaque proposition de ce conseil qui n'était point en adéquation avec. Il eu été bien étrange de dire que ces deux silhouettes discrètes en train de griffonner des paroles énigmatiques qu'ils gardaient pour eux avaient probablement davantage de pouvoir que le gouvernement ici présent.

L'heure passe, Rocco Asone, Maria Gazaga et Matteo Di Grassi se regardent, quelque peu gênés, attendant la venu du Patrice, qui ne surgit qu'après un long atermoiement.

"Excusez moi mes excellences. Ces vêtements de pacotille sont un enfer à enfiler. Quatre couches de lin, de coton et de velours, tout ça pour que ça gratte le cul au final. Patrice de Velsna tu parles... Cette position sera une arnaque du début à la fin."

Bernaba Di Albirio, tout caparaçonné des habits cérémoniels du Dogat, pris place dans son siège légèrement surélevé par rapport aux autres chaises des conseillers. La sensation de corpulence se faisait plus grande encore dés lors qu'il se vêtit de ces atours cintrés par un manteau d'hermine. Il s'avance vers Di Grassi pour lui faire une bise chaleureuse, et lui administrer une tape dans le dos.

"Bien content que tu ais pu te libérer Matteo, on devrait avoir besoin de toi aujourd'hui. Le chemin n'a pas été trop long depuis l'Achosie du Nord j'espère. L'air est moins frais ici je le conçois, mais les femmes sont plus belles ! Bon. Qu'on en finisse. Greffiers ! Faites entrer nos invités kartiens ! Et servez moi le vin bon sang ! Ce ne sont pas des bonnes sœurs makotanes que l'on accueille, Dame Fortune soit louée..."

Les membres du Gouvernement conviés se rassemblèrent autour de la grande table du Conseil, autour de laquelle gravitait tout ce petit microcosme d'une vingtaine d'assistants. Un échanson vint remplir les verres de toutes les "excellences illustres" de cette pièce. Tandis que le jeune homme remplissait le verre du Patrice en dernier, celui-ci le fixa sévèrement.

"Quel est ton nom, petit ?"

"Galleazzo, excellence."

"Galleazzo...Quel nom stupide. Qui diable te l'a donné ma parole... "

Rocco Ascone mit fin aux tortures infligées au jeune homme en interpellant le Albirio.

"Excellence Patrice, les kartiens attendent."

"Ah. Oui. Qu'on les fasse entrer."


Enfin, la porte s'ouvrit pour les étrangers (hrp: je te laisse prendre les personnages que tu veux. Suivant ton courrier, je pars du principe que Shimanskaya est de fait présente par défaut). Ceux qui avaient fait plusieurs milliers de kilomètres en avion pour se rendre en Eurysie de l'Ouest avaient ainsi été ballotés la matinée durant par les servants du Palais des Patrice, le temps que tous les participants à la réunion sont bien présents. Shimanskaya fut accueillie par le bruit des chaises du Conseil se rabattant en arrière, les trois membres du Gouvernement communal présents se levant afin de lui faire bon accueil. Maria Ganzaga gratifia la gouverneure d'une poignée de mains sincère, Rocco Ascone d'un baise main aussi charmeur qu'hypocrite, et Matteo Di Grassi, qui officiait là en tant que simple conseiller du Patrice, montra de la main les sièges réservés à ces excellences kartiennes, qui faisaient face aux leurs. En bout de table, le Patrice Albirio, quant à lui, esquissa simplement un geste de main courtois, depuis son siège. Du haut de sa jeunesse, de son assurance et de son manque d'honnêteté, le très mielleux Rocco Ascone fit les présentations, bousculant presque Ganzaga dans ses salutations.

" Mes excellences. Bienvenue à Velsna. Nous espérons que votre voyage s'est déroulé confortablement, et que les services qui ont pu vous être accordés à l'ambassade pour le pays kartien ont su être à ma hauteur de votre rang. Permettez moi de me présenter: Rocco Ascone, excellence sénateur, Maître des Balances de ma Grande République. Et voici son excellence Maria Ganzaga, Maîtresse du Grand Commerce et de l'Etranger, mais je suppose que vous la connaissez déjà. Son excellence le Patrice de Velsna, chef exécutif de ce conseil, Bernaba di Albirio. Et enfin Matteo Di Grassi, excellence sénateur, qui nous conseillera ce jour en vertu de sa grande expérience. Je vous en prie, prenez place."

Conformément à la tradition, c'était au Patrice de Velsna d'ouvrir le conseil, ce qu'il fit d'un trait court et avec un "tact" qui le caractérisait bien, tandis que l'échanson s'était précipité vers la carafe de picrate, attendant peut-être que les kartiens fassent la demande de quelque rafraichissement hors de prix pour le commun des mortels.

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Le Patrice Albirio en tenue dogale et au sommet de sa forme (estimation approximative)

"Qu'on donne du vin de Léandre à cette jeune femme, elle a l'air assoiffée. Excellence Gouverneure Shimanskaya, nous remercions d'être venue. D'autres dotés de moins de courage auraient refusé. Le sujet du jour portera sur une chose dont vous pourrez nous éclairer j'en suis sûre. Ces excellences du Gouvernement du pays de Karty veulent donc des missiles... C'est une bonne chose que vous ayez insisté pour passer outre mes partenaires privés de la Grande République pour nous voir en personne. Non pas que nous ne fassions pas confiance à nos entrepreneurs de guerre, mais une vente d'armes est un signal hautement politique. C'est vrai, après tout, si nous vous vendons des missiles, ce sont des armes velsniennes qui tueront des loduariens, quand bien même ce sera vous qui les tirerez."

Le gros Patrice fit un signe de main en direction de Matteo Di Grassi. Celui qui l'avait tutoyé comme un frère quelques instants avant le vouvoyait désormais en présence des étrangers, participant ainsi au décorum de la République. Di Grassi reprit dans la foulée.

"Son excellence le Patrice a fait un bon résumé de notre dilemme. Et celui-ci est renforcé par le flou entourant les objectifs à long terme du gouvernement kartien, dans lequel nous nous trouvons. Certes, nous pouvons dire que votre gouvernement a réagit en lien avec un traité de défense qui le liait à l'Antarès, mais soyons honnête: nous faisons la guerre pour disposer d'avantages autrement plus intéressants que le simple fait de respecter nos traités. En d'autres termes, et pour être tout à fait honnête avec vous, le sujet vahrénien n'est qu'un détail d'un tableau que nous aimerions vous voir décrire. Notre première question à votre adresse est donc la suivante: mettons que la guerre en Antarès termine par votre victoire, que se passera t-il pour la Loduarie ? Et que se passera t-il à une échelle plus grande ? Quelle est donc la vision géostratégique à long terme de Karty en Eurysie de l'ouest ? A vrai dire, nous avons du mal à la comprendre. De notre point de vue, une puissance socialiste s'attaque à une autre dans ce pré-carré de tranquillité qu'est supposé être l'Eurysie de l'ouest, ce qui dépasse quelque peu certains de nos illustres sénateurs. Aussi, pouvez vous nous en dire plus sur ce que des gens plus vulgaires que nous qualifieraient de "projet" ? La question nous intéresse, d'autant plus que les puissances fortunéennes, antériniennes et youslèves qui sont des nations amis ont déjà fait part de leurs réserves au sein des plus hautes instances de l'Organisation des Nations commerçantes."

Tandis que Di Grassi mit fin à son intervention, on pouvait entendre les greffiers sénatoriaux taper frénétiquement sur leurs claviers, prenant chacune de ses paroles en note.




HRP: Pour plus de détails concernant l'identité des personnages de la scène, voici la composition du Gouvernement communal velsnien.


A noter que les personnages font parfois allusion à des évènements RP. Pour tout flou, je reste à disposition pour éclaircissement.


AlinéaTandis que la guerre de l'Ouest rouge fait rage, que le sang macule les sabres des soldats et la terre boueuse où viennent s'embourber les cadavres percés et mutilés, que les moteurs des chars rugissent férocement et les canons s'échauffent, que les salves ininterrompues se succèdent les unes après les autres, que les familles et les histoires se déchirent, Karty médite. Lorsque la sœur Antarienne résiste puisqu'elle est malmenée, la Loduarie plonge à pieds joints et aveuglement dans sa guerre sacrosainte, digne du plus beau travail du meilleur faussaire. La guerre sacrosainte, expression de la philosophe Ritajalski, désigne le premier acte où la Loduarie Communiste a chancelé. Car la réalité est telle, la Loduarie Communiste n'a pas même envisagé l'aide Kartienne, d'autant moins celle Clovanienne, qui se prépare dans l'ombre. La pouvoir Loduarien est totalement ébranlé, lui qui a essuyé une tentative d'assassinat donnant sa fuite précipitée et espérée, lui qui vacillera encore d'une deuxième tentative. Cette lecture de la non-préparation du pouvoir Loduarien demeure, par ailleurs, partagée par celui Velsnien. Cette trahison patriotique, dès lors la première complication rencontrée, a acté le début d'une guerre sacrosainte -véritablement croisade- contre tout ce qui arbore couleur Antarienne ou Kartienne.

Et c'est au même temps que toutes ces velléités, que la République Fédérale Kartienne est des plus paisibles. Elle a déclaré la guerre à la Loduarie, naturellement oui, mais rien de plus. L'état de guerre prévu par l'article XXXIX de la Constitution Générale n'a pas été déclenché, pas même ni plus que le simple état d'urgence. Seules deux décisions impactent réellement la République Fédérale. D'une part, l'évacuation du Capitole, qui découle d'une prévention et non d'un réel risque. D'autre part, l'envoi des aides militaires à l'Antares, ce qui n'impacte guère plus les civils et civiles du pays. Lorsque la Loduarie se complet dans sa paranoïa et son plein état de guerre, Karty n'a pas cédé d'un pouce à la panique généralisée. C'est donc véritablement calmes, que les hommes et les femmes du pays se tiennent. En ce sens, c'est d'un fait décomplexé -presque hautain- que l'Ordre Oruzhiya, la compagnie d'armements Kartienne, a effectué un appel d'offre pour combler les effectifs balistiques perdus en Loduarie, sans doute même pour réitérer des frappes. Tout cela est accessible à la Loduarie, à l'exception évidente de ceux qui fournissent la lutte contre l'euryfascisme. L'eurysfascisme, une expression due à une autre philosophe, Serafina Foscarini cette fois. Et parmi les fournisseurs de cet appel: La Grande République de Velsna.


AlinéaL'air doux du mois de septembre planait sur une maison de campagne, tandis que le soleil annonçait une journée naissante. Le même soleil qui se profilait en Antares, dans un climat significativement moins agréable cependant: Voilà quelques heures que les autorités Kartiennes savaient pour la Guerre de l'Ouest rouge. Une surprise ? Pas vraiment, les autorités connaissaient cette invasion depuis plus d'une semaine, par la récolte des services Gallésants. A l'intérieur de cette maison de campagne, se trouvaient le Gouverneur Bellanti et ses aides de camp, dans la suite du plan d'évacuation du Capitole en vue d'attaques balistiques Loduariennes. Un endroit perdu pour une personnalité éminente. Un homme toqua à la porte du bureau improvisé du Gouverneur, sans doute une ancienne chambre.

«Sieur Bellanti, le Directeur Kormyne est actuellement en discussion avec les Velsniens pour conclure l'achat d'unités balistiques, il serait réel-»
Le Gouverneur ne leva pas même la tête, ne prêtant aucune attention à son aide de camp.
«Eh bien qu'il tire ces suppositoires géants dans le cul de la mère d'Aurore, mais bon Dieu, arrêtez de me prendre le chou.»
Si le Gouverneur d'Helmer était connu pour ses manières rustiques, paysannes et peu diplomates, l'aide de camp ne pu s'empêcher de rouler ses yeux d'exaspération face à cette attitude désinvolte.
«A ceci près, monsieur, que la mère d'Aurore est décédée.»
«Génial, ils aiment ça en Loduarie la nécrophilie, il paraît.»
«Si monsieur le dit...»
«Eh bien, tu vas me dire pourquoi t'es venu où tu vas rester planté là comme une bonne femme qui attend le bus ?»
«La vente de ces unités balistiques dépassent les compétences de l'Ordre, il s'agit d'un échange de bons procédés en somme. Les Velsniens demandent des informations sur la Vahrénie, en échange d'une réduction des prix. Cela relève des compétences de la Présidence Fédérale, puisqu'ils réclament une entrevue à cette idée.»
«La Vahrénie ?»
«C'est cela même.»
«La Vahrénie c'est Orlovski qui s'en occupe ducon, alors contacte la et arrête de me coller aux basques.»
«Bien, monsieur.»


AlinéaLe sujet arriva cependant entre les mains de la Gouverneure Shimanskaya, dame Orlovski étant sans doute occupée à revenir de son voyage en Estalie. Un voyage, ou plutôt une entrevue, au sujet de cette Vahrénie, justement. La Fédération des Peuples Estaliens se dit en guerre perpétuelle contre les nations fascistes, notamment de l'ordre de la Vahrénie. De ce fait, les Estaliens ont tenu à rencontrer et discuter avec les représentants de la République Fédérale, ici avec Angèle Orlovski et Zorya Ernova. En réalité, la République Fédérale Kartienne ne tient absolument pas à libérer ce pays, les Accords d'Oberstafel en avaient témoigner. Ce qui a motivé le Capitole, c'était avant tout d'éviter l'installation d'un autre vassal Estalien à ses portes: Il y avait déjà la Kaulthie pour assurer ce rôle. Cependant, le pays est déjà en guerre, avec la Loduarie Communiste: Il serait préférable d'éviter l'ouverture d'un autre front. Cette volonté entre en contradiction avec cette Estalienne, puisque la Fédération libertaire a explicitement fait part de son empressement à ce sujet. C'est pourquoi, au final, Karty restera neutre dans l'affaire Vahrénienne. Une neutralité qui ne sera pas au goût de l'ensemble de la communauté internationale, en témoigne la missive Velsnienne aux autorités Kartiennes: Pourquoi s'inquiéter de la Vahrénie ? Peut-être les Velsniens, eux aussi, s'inquiètent de l'apparition d'un vassal Estalien ? Pas à leurs portes non, mais à celles de la Leucytalée. Plus encore globalement pour l'Organisation des Nations Commerçantes, notamment la Youslévie puisque frontalière à la Vahrénie, qui ne souhaite sans doute pas l'arrivée un tel événement. De retour à sa terre natale, accueillie discrètement par une fidèle Steinhart, Angèle allait s'éloigner de la capitale, afin de respecter les directives d'évacuation. Son téléphone vibra, elle ne pu s'empêcher une lueur d'espoir, espérant peut-être la voix de son amant. Mais non, au lieu de cela le travail: Elle laissa échapper un soupire avant de décrocher.

«Angèle ?»
«Elle-même.»
«Je viens de clôturer un échange avec Maria Ganzaga.»
«La Maîtresse du Commerce de Velsna ?»
«Du 'Grand' commerce, mais oui, c'est bien cela.»
«A quel sujet ?»
«Au sujet de l'appel d'offre du Directeur Kormyne, Maria Ganzaga se dit prête à abaisser les prix des missiles en l'échange d'informations sur la Vahrénie. Elle sollicite une entrevue.»


La salle du trôneLa salle du trône, Hans Osprey, Musée des Beaux Arts de Volkingrad
AlinéaLorsque les citoyennes Shimanskaya et Orlovski entrèrent au sein du Palais des Patrices de Velsna, leurs sentiments furent partagés. Toutes les deux avaient l'impression d'observer d'anciennes traditions Kartiennes, du vieux temps de la royauté. Peut-être du XVIIème siècle, lorsque la culture slave commençait timidement à s'implanter auprès de celle germaine. La bâtisse était grande, somptueuse, les valets y étaient nombreux. De vieilles fastes que la République Fédérale Kartienne a abandonné mais qui, contrairement aux homologues Estaliens et Kahtanais, pouvait encore être admirées de temps à autre. Il était bon, d'admirer un château Antérinien. Le plus étonnant, sans doute, fut la présence de quatre grandes grandes personnalités Velsniennes. Dame Orlovski considéra l'information simplement, lorsque Shimanskaya en fut un peu plus désarçonnée. Rocco Ascone le sénateur et Maître des Balances, Maria Ganzaga la Maîtresse du Grand Commerce et de l'Etranger, Matteo Di Grassi le sénateur et conseiller, mais surtout: Le Patrice Bernaba di Albirio. Pourquoi les Velsniens se sont réunis avec autant d'importance ? Angèle se remémora la première entrevue avec Velsna, tout du moins ce qu'elle en avait lu des rapports établis puisqu'elle n'y avait pas été. L'ancien Chancelier Ernaï avait été accueilli simplement par la prédécesseure de Maria Ganzaga, dame Cavali. Pourquoi une telle différence entre les deux situations ? Pourquoi, soudainement, tout était par ailleurs devenu protocolaire ? A l'époque, Karty n'était pas des plus puissantes: Peut-être Velsna considère-t-elle davantage la République Fédérale ? Après tout cela irait de source, la lecture géopolitique de la Grande République pouvait bien se faire tout comme celle Kartienne: Par la réalité des rapports de force. Quoiqu'il pouvait en être, la Gouverneure Shimanskaya, confortablement assise auprès d'Orlovski, fut la première à répondre aux présentations de Rocco Ascone.

«Je vous remercie chaleureusement pour ces présentations, Excellence Ascone. Le voyage s'est agréablement déroulé effectivement, je dois cependant admettre que la destination l'est plus encore. C'est la première fois que je me rends sur votre sol, Excellences Velsniennes, je suis heureuse de ce que j'ai pu voir jusque là !»

Citoyenne Tosca Shimanskaya
Tosca était connue pour être conciliante, chaleureuse et bienveillante: Cela se voyait dans son intervention. Après avoir accepté avec joie le vin de Léandre proposé, elle y approcha ses lèvres afin d'y goûter. Angèle, elle, se démarquait comme la personnalité la plus notable pour la République Fédérale Kartienne. Son caractère, lui, est difficilement cernable, y compris pour les fins analystes. Elle prit la parole, portant son attention plus sur la discussion que le vin.

«Nous partageons votre lecture, Excellence Patrice Albirio. La vente d'unités balistiques possède sa dimension politique, en dépit de ce que diront les plus ardus défenseurs de l'économie. En revanche, nous ne partageons pas cette vision, Excellence Di Grassi: La guerre n'est pas seulement affaire d'intérêts. Pour nous, Kartiens et Kartiennes, il s'agit de défendre une alliée qui nous est sincèrement chère. Nous ne pouvons accepter que difficilement que nos enfants aillent périr contre la Loduarie, c'est un fait. Néanmoins, la République d'Antares est une alliée profonde et sincère de notre pays, notre peuple la porte en son cœur. Voilà la principale motivation Kartienne, Excellences Velsniennes. Qu'une motivation soit principale en indique d'autres. En ce sens, la République Fédérale Kartienne estime qu'il est temps de mettre un terme au règne belliciste de la Loduarie Communiste sur la scène internationale. Les conflits Loduariens sont nombreux, Excellences, mais il ne s'agit que d'un seul pays. Okaristan, Goïda, Teyla, à la présente l'Antares notre alliée ! Ce n'est pas sans dire que les Loduariens ont par le passé tué nos citoyens, un acte qui n'a jamais trouvé réponse. De surcroît, les autorités Loduariennes ont sciemment massacré des civils Kartiens, tout en torturant et exécutant publiquement certaines d'entre eux.

Nous n'allons guère plus nous élargir sur ce discours, vous connaissez désormais les raisons qui guident les choix de notre pays, écartant de fait dans une certaine mesure la vision de flou que vous avez mentionnée. Votre demande réside avant tout dans l'éclaircissement de ce qu'imagine la République Fédérale Kartienne, le cas échéant de sa victoire contre la Loduarie Communiste. Contrairement à cette dernière, il ne s'agira pas d'asservir son territoire, à sa pourtant manière contre notre alliée la République d'Antares. Non, il s'agira de garantir la sécurité de la République d'Antares contre la Loduarie Communiste. Peut-être cela se concrétisera par le désarmement partiel de la Loduarie, par la démilitarisation de sa frontière avec l'Antares: En aucun cas il ne s'agira d'œuvrer pour la chute pure et simple de la Loduarie. Nous défendrons notre alliée, nous n'irons pas plus loin. A vrai dire, nous partageons votre ressentiment à l'égard de l'Eurysie de l'Ouest. Nous ne sommes pas à l'origine de cette guerre, il ne faut pas l'oublier. Nous œuvrons au mieux pour que ce conflit reste localisé, tout en défendant notre alliée. Lorsque la Loduarie Communiste a cherché à étendre le conflit en essayant d'y ingérer l'Union Kahtanaise et la Fédération Estalienne, nous avons réussi par la diplomatie à convaincre ces deux pays de se cantonner à la neutralité. Si la Grande République de Velsna, ou même l'Organisation des Nations Commerçantes, souhaite obtenir des garanties, nous y prêterons toute notre attention.

La République Fédérale Kartienne n'entend pas remodeler l'Eurysie de l'Ouest, elle souhaite restaurer un climat où le désir impérialiste d'un Etat ne pourra plus se concrétiser par la coercition. Il ne s'agira guère de notre victoire, mais plutôt de l'échec d'une doctrine belliciste, une campagne de la terreur. En simple conclusion, nous vous répondons ceci: Nous ne ferons pas de la Loduarie un pays humilié, mais un qui ne pourra plus renouveler ses desseins qui ont gravement entravé l'équilibre que vous avez souhaité préservé.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
Angèle n'oublia pas qu'initialement, le sujet apporté par les Velsniens était la Vahrénie. Or, elle n'avait pas mentionné une seule fois ce pays, il n'était question que de la Loduarie. Elle avait, entre autres, évoqué la réussite diplomatique Kartienne d'avoir garanti la neutralité de l'Estalie et du Kah quant à la Loduarie. Tandis que cette dernière avait essayé d'ingérer les deux pays de l'Union Libertaire. D'une part l'Estalie, en témoigne le débat public à l'assemblée où la Commissaire Mila Horny a déclaré que "les deux camps attendent de nous des concessions, voire à un engagement pour certains d'entre eux". D'autre part pour l'Union Kahtanaise, à l'appui la collaboration au niveau de l'évacuation de la Goïda. Quelques secondes défilèrent, avant que Tosca reprenne la parole, avenante.

«Ce vin est d'une qualité exceptionnelle, Excellences Velsniennes ! La citoyenne Orlovski vous a notamment fait part d'une volonté de coopération avec votre pays, nous sommes prêts à vous écouter si vous souhaitez obtenir certaines garanties quant à la Loduarie. Cette volonté de coopération Velsno-Kartienne n'est pas nouvelle, elle s'illustre par le Traité de Nuergon. A ce titre, je souhaite vous faire part d'une proposition, déjà émise à vos alliés Fortunéens. La Commissaire à la Défense, dame Taliska Strakhova, la représentante de nos armées, a communiqué notre volonté de coopération autour de la Leucytalée. Je n'ignore pas les intérêts de votre organisation sur les mers, notamment la Leucytalée pour Fortuna et la Youslévie. C'est sans doute à ce titre que nous aborderons dans un autre temps la Vahrénie, il me semble.»

Orlovski compléta les dires de la citoyenne Shimanskaya.

«Les manques que subissait autrefois notre marine ne sont plus à l'ordre du jour, Excellences Velsniennes. Le plan de quatre ans nous a garanti le développement d'un sous-marin d'attaque de dernière génération, ainsi que sa production qui s'élève à deux exemplaires à ce jour, six dans quelques mois. La République Fédérale Kartienne se dit prête à entrer dans une étroite collaboration avec votre pays, ou plus généralement l'Organisation des Nations Commerçantes, au niveau de la sécurité Leucytaléenne. Nous ne souhaitons pas entrer en confrontation avec vos autorités à ce sujet, c'est pourquoi un axe de collaboration nous paraît une idée qui tient son sens.»
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