26/04/2020
15:52:42
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ça sent le vieux et le renfermé: Velsna-Karty (Salon doré du Palais des Patrices)

Introduction

Palais des Patrices, Salle du Conseil communal de la Grande République...



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"J'adore cette statue. J'4en ai une reproduction chez moi. J'ai dépensé une fortune pour faire venir des artisans de la corporation des marbriers. Qu'est-ce que tu en penses Maria ?"


Le salon doré du Palais des Patrices était garni de ces sculptures dont la plupart dataient de la période de la Renaissance leucytalienne. Leur point commun ? Aucune d'entre elles n'était velsnienne. Maria Ganzaga, la Maîtresse du Grand Commerce, lève un sourcil.

"Tu as toujours eu le goût du baroque, et cela te va bien, Rocco: tape à l'œil, exagéré et un peu vain."


Rocco Ascone, Maître des Balances, que l'on surnomme "la tirelire de la République" chez certains détracteurs, se retourne vers sa consœur. Elle sourit, il sourit, et rient tous deux.

"Tu as le don de me faire un costard...Mais que veux tu, oui, j'ai le goût des belles choses. En parlant de l'inverse, est-ce que son "excellence illustre et honorable" Albirio sait au moins que nous avons une rencontre éminemment importe de prévue aujourd'hui ? Où est-ce qu'il s'est endormi dans un débit de boisson infamant, ou perdu dans la forêt à chasser le cerf ? "


Le regard de la Maîtresse du Grand Commerce change radicalement d'expression. Il est devenu, en l'espace d'un instant, fermé et sévère.

"Un peu de respect pour la Patrice, et oui, il est au courant. D'ailleurs, quelqu'un d'autre est au courant..."

"Laisse moi deviner: va t-on accepter de voir Matteo revenir ici parmi nous, alors même qu'il nous a lâché il y a deux ans ?"

"Exact."
fit Maria Ganzaga, laconique

"Je me demande bien pourquoi on s'embarrasse encore des avis d'un vieux soldat qui cultive des choux fleurs en Achosie du Nord. Di Grassi a fait son temps, et d'ailleurs, je me demande bien pourquoi on a besoin de lui pour traiter avec d'autres barbares incultes. C'est vrai ça...loduariens, kartiens, antariens, quelle différence il y a t-il ? Ils parlent une langue apossible à comprendre, ils n'ont pas d'art, de littérature, aucune compréhension des belles choses. C'est là une définition parfaite du barbaricum. Leurs affaires ne sont pas les notres, et nos affaires ne sont pas les leurs. "


"Et toi Rocco, ton goût des belles choses est-il un synonyme de culture ?"


C'était une voix masculine qui avait répondu à Ascone dans son dos pas celle de Ganzaga, digne d'en faire sursauter le Maître des Balances. Ce dernier se retourne, et aperçoit le visage mince et les yeux impassibles de Matteo Di Grassi. Lui qui avait officiellement rendu sa fonction de Maître de l'Arsenal, se rendait décidément bien souvent au Conseil Communal depuis que son ami de toujours, Albirio, en était devenu le Patrice. Di Grassi fixe Ascone comme si il en attendait vraiment une réponse.

"Connais tu la signification que porte ce marbre ?"

"Excellence Di Grassi. Un plaisir..."

"Je n'en doute pas, mais tu n'as toujours pas répondu à ma question."


L'ancien Maître de l'Arsenal se porte au devant de la sculpture, Rocco Ascone se poussant sans même qu'il n'ait besoin de lui demander. Là encore, l'ancien vainqueur de la Guerre des Triumvirs insiste.

"Tu as donc commandé la copie d'une œuvre que tu ne comprends pas... Intéressant, mais pas étonnant."

Ce marbre, représentant un groupe de trois hommes dévêtus, dont l'un regardait en arrière, les deux autres dont le mouvement indiquait un empressement et une panique...ce marbre fixait Rocco Ascone dans toute son ignorance.

"Cette sculpture représente la migration des landrins, Ascone. Il a été fait par un sculpteur de Galaisie au XVème siècle, dans la Loduarie actuelle. Je te félicite donc, excellence Ascone, tu possèdes chez toi la reproduction d'une sculpture loduarienne, représentant elle même un mythe fondateur de l'Histoire fortunéenne. Tout cela pour te dire, que personne en ce monde ne vit en vase clos et que tout est lié d'une manière ou d'une autre, de ta boutonnière tape à l'oeil jusqu'à la guerre antarienne, il y aura toujours un moyen de relier les deux faits. Y compris lorsque tu prends pour décoration une œuvre que tu aurais qualifiée de barbare si tu avais su au préalable d'où elle provenait. J'espère que tu ne daignes pas faire ce genre de discours à nos invités: il n'est jamais bon de dire à quelqu'un vêtu d'un sac de jute qu'il s'habille mal, même si c'est le cas. Tu as encore beaucoup à apprendre, excellence Ascone, et avant tout, celle de garder tes jugements pour ta personne en public. C'est en parlant peu qu'on a fini par me confondre avec une personne cultivée."

Di Grassi sort de la pièce aussi rapidement qu'il en était apparu, se dirigeant vers l'aile patricienne du Palais, accueillant le Conseil communal, laissant Ascone face à Ganzaga, qui lui esquisse un sourire moqueur.

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Accès à la Salle du Conseil communal de la Grande République

Les greffier sénatoriaux s'agitent autour de la salle du Conseil, une vingtaine pour quatre membres du Gouvernement communak était le ratio ordinaire de ces petites mains qui avaient la lourde charge de prévoir les agendas de chacun, tout en prenant note de la totalité de leurs faits et gestes. Dans leur sillage, deux censeurs communaux étaient dans un coin de la pièce, surveillant les membres du Gouvernement communal, mais pour une toute autre raison. Chaque parole était soumis au respect des lois fondamentales de la République, et ceux ci étaient en pouvoir de couper court à chaque proposition de ce conseil qui n'était point en adéquation avec. Il eu été bien étrange de dire que ces deux silhouettes discrètes en train de griffonner des paroles énigmatiques qu'ils gardaient pour eux avaient probablement davantage de pouvoir que le gouvernement ici présent.

L'heure passe, Rocco Asone, Maria Gazaga et Matteo Di Grassi se regardent, quelque peu gênés, attendant la venu du Patrice, qui ne surgit qu'après un long atermoiement.

"Excusez moi mes excellences. Ces vêtements de pacotille sont un enfer à enfiler. Quatre couches de lin, de coton et de velours, tout ça pour que ça gratte le cul au final. Patrice de Velsna tu parles... Cette position sera une arnaque du début à la fin."

Bernaba Di Albirio, tout caparaçonné des habits cérémoniels du Dogat, pris place dans son siège légèrement surélevé par rapport aux autres chaises des conseillers. La sensation de corpulence se faisait plus grande encore dés lors qu'il se vêtit de ces atours cintrés par un manteau d'hermine. Il s'avance vers Di Grassi pour lui faire une bise chaleureuse, et lui administrer une tape dans le dos.

"Bien content que tu ais pu te libérer Matteo, on devrait avoir besoin de toi aujourd'hui. Le chemin n'a pas été trop long depuis l'Achosie du Nord j'espère. L'air est moins frais ici je le conçois, mais les femmes sont plus belles ! Bon. Qu'on en finisse. Greffiers ! Faites entrer nos invités kartiens ! Et servez moi le vin bon sang ! Ce ne sont pas des bonnes sœurs makotanes que l'on accueille, Dame Fortune soit louée..."

Les membres du Gouvernement conviés se rassemblèrent autour de la grande table du Conseil, autour de laquelle gravitait tout ce petit microcosme d'une vingtaine d'assistants. Un échanson vint remplir les verres de toutes les "excellences illustres" de cette pièce. Tandis que le jeune homme remplissait le verre du Patrice en dernier, celui-ci le fixa sévèrement.

"Quel est ton nom, petit ?"

"Galleazzo, excellence."

"Galleazzo...Quel nom stupide. Qui diable te l'a donné ma parole... "

Rocco Ascone mit fin aux tortures infligées au jeune homme en interpellant le Albirio.

"Excellence Patrice, les kartiens attendent."

"Ah. Oui. Qu'on les fasse entrer."


Enfin, la porte s'ouvrit pour les étrangers (hrp: je te laisse prendre les personnages que tu veux. Suivant ton courrier, je pars du principe que Shimanskaya est de fait présente par défaut). Ceux qui avaient fait plusieurs milliers de kilomètres en avion pour se rendre en Eurysie de l'Ouest avaient ainsi été ballotés la matinée durant par les servants du Palais des Patrice, le temps que tous les participants à la réunion sont bien présents. Shimanskaya fut accueillie par le bruit des chaises du Conseil se rabattant en arrière, les trois membres du Gouvernement communal présents se levant afin de lui faire bon accueil. Maria Ganzaga gratifia la gouverneure d'une poignée de mains sincère, Rocco Ascone d'un baise main aussi charmeur qu'hypocrite, et Matteo Di Grassi, qui officiait là en tant que simple conseiller du Patrice, montra de la main les sièges réservés à ces excellences kartiennes, qui faisaient face aux leurs. En bout de table, le Patrice Albirio, quant à lui, esquissa simplement un geste de main courtois, depuis son siège. Du haut de sa jeunesse, de son assurance et de son manque d'honnêteté, le très mielleux Rocco Ascone fit les présentations, bousculant presque Ganzaga dans ses salutations.

" Mes excellences. Bienvenue à Velsna. Nous espérons que votre voyage s'est déroulé confortablement, et que les services qui ont pu vous être accordés à l'ambassade pour le pays kartien ont su être à ma hauteur de votre rang. Permettez moi de me présenter: Rocco Ascone, excellence sénateur, Maître des Balances de ma Grande République. Et voici son excellence Maria Ganzaga, Maîtresse du Grand Commerce et de l'Etranger, mais je suppose que vous la connaissez déjà. Son excellence le Patrice de Velsna, chef exécutif de ce conseil, Bernaba di Albirio. Et enfin Matteo Di Grassi, excellence sénateur, qui nous conseillera ce jour en vertu de sa grande expérience. Je vous en prie, prenez place."

Conformément à la tradition, c'était au Patrice de Velsna d'ouvrir le conseil, ce qu'il fit d'un trait court et avec un "tact" qui le caractérisait bien, tandis que l'échanson s'était précipité vers la carafe de picrate, attendant peut-être que les kartiens fassent la demande de quelque rafraichissement hors de prix pour le commun des mortels.

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Le Patrice Albirio en tenue dogale et au sommet de sa forme (estimation approximative)

"Qu'on donne du vin de Léandre à cette jeune femme, elle a l'air assoiffée. Excellence Gouverneure Shimanskaya, nous remercions d'être venue. D'autres dotés de moins de courage auraient refusé. Le sujet du jour portera sur une chose dont vous pourrez nous éclairer j'en suis sûre. Ces excellences du Gouvernement du pays de Karty veulent donc des missiles... C'est une bonne chose que vous ayez insisté pour passer outre mes partenaires privés de la Grande République pour nous voir en personne. Non pas que nous ne fassions pas confiance à nos entrepreneurs de guerre, mais une vente d'armes est un signal hautement politique. C'est vrai, après tout, si nous vous vendons des missiles, ce sont des armes velsniennes qui tueront des loduariens, quand bien même ce sera vous qui les tirerez."

Le gros Patrice fit un signe de main en direction de Matteo Di Grassi. Celui qui l'avait tutoyé comme un frère quelques instants avant le vouvoyait désormais en présence des étrangers, participant ainsi au décorum de la République. Di Grassi reprit dans la foulée.

"Son excellence le Patrice a fait un bon résumé de notre dilemme. Et celui-ci est renforcé par le flou entourant les objectifs à long terme du gouvernement kartien, dans lequel nous nous trouvons. Certes, nous pouvons dire que votre gouvernement a réagit en lien avec un traité de défense qui le liait à l'Antarès, mais soyons honnête: nous faisons la guerre pour disposer d'avantages autrement plus intéressants que le simple fait de respecter nos traités. En d'autres termes, et pour être tout à fait honnête avec vous, le sujet vahrénien n'est qu'un détail d'un tableau que nous aimerions vous voir décrire. Notre première question à votre adresse est donc la suivante: mettons que la guerre en Antarès termine par votre victoire, que se passera t-il pour la Loduarie ? Et que se passera t-il à une échelle plus grande ? Quelle est donc la vision géostratégique à long terme de Karty en Eurysie de l'ouest ? A vrai dire, nous avons du mal à la comprendre. De notre point de vue, une puissance socialiste s'attaque à une autre dans ce pré-carré de tranquillité qu'est supposé être l'Eurysie de l'ouest, ce qui dépasse quelque peu certains de nos illustres sénateurs. Aussi, pouvez vous nous en dire plus sur ce que des gens plus vulgaires que nous qualifieraient de "projet" ? La question nous intéresse, d'autant plus que les puissances fortunéennes, antériniennes et youslèves qui sont des nations amis ont déjà fait part de leurs réserves au sein des plus hautes instances de l'Organisation des Nations commerçantes."

Tandis que Di Grassi mit fin à son intervention, on pouvait entendre les greffiers sénatoriaux taper frénétiquement sur leurs claviers, prenant chacune de ses paroles en note.




HRP: Pour plus de détails concernant l'identité des personnages de la scène, voici la composition du Gouvernement communal velsnien.


A noter que les personnages font parfois allusion à des évènements RP. Pour tout flou, je reste à disposition pour éclaircissement.


AlinéaTandis que la guerre de l'Ouest rouge fait rage, que le sang macule les sabres des soldats et la terre boueuse où viennent s'embourber les cadavres percés et mutilés, que les moteurs des chars rugissent férocement et les canons s'échauffent, que les salves ininterrompues se succèdent les unes après les autres, que les familles et les histoires se déchirent, Karty médite. Lorsque la sœur Antarienne résiste puisqu'elle est malmenée, la Loduarie plonge à pieds joints et aveuglement dans sa guerre sacrosainte, digne du plus beau travail du meilleur faussaire. La guerre sacrosainte, expression de la philosophe Ritajalski, désigne le premier acte où la Loduarie Communiste a chancelé. Car la réalité est telle, la Loduarie Communiste n'a pas même envisagé l'aide Kartienne, d'autant moins celle Clovanienne, qui se prépare dans l'ombre. La pouvoir Loduarien est totalement ébranlé, lui qui a essuyé une tentative d'assassinat donnant sa fuite précipitée et espérée, lui qui vacillera encore d'une deuxième tentative. Cette lecture de la non-préparation du pouvoir Loduarien demeure, par ailleurs, partagée par celui Velsnien. Cette trahison patriotique, dès lors la première complication rencontrée, a acté le début d'une guerre sacrosainte -véritablement croisade- contre tout ce qui arbore couleur Antarienne ou Kartienne.

Et c'est au même temps que toutes ces velléités, que la République Fédérale Kartienne est des plus paisibles. Elle a déclaré la guerre à la Loduarie, naturellement oui, mais rien de plus. L'état de guerre prévu par l'article XXXIX de la Constitution Générale n'a pas été déclenché, pas même ni plus que le simple état d'urgence. Seules deux décisions impactent réellement la République Fédérale. D'une part, l'évacuation du Capitole, qui découle d'une prévention et non d'un réel risque. D'autre part, l'envoi des aides militaires à l'Antares, ce qui n'impacte guère plus les civils et civiles du pays. Lorsque la Loduarie se complet dans sa paranoïa et son plein état de guerre, Karty n'a pas cédé d'un pouce à la panique généralisée. C'est donc véritablement calmes, que les hommes et les femmes du pays se tiennent. En ce sens, c'est d'un fait décomplexé -presque hautain- que l'Ordre Oruzhiya, la compagnie d'armements Kartienne, a effectué un appel d'offre pour combler les effectifs balistiques perdus en Loduarie, sans doute même pour réitérer des frappes. Tout cela est accessible à la Loduarie, à l'exception évidente de ceux qui fournissent la lutte contre l'euryfascisme. L'eurysfascisme, une expression due à une autre philosophe, Serafina Foscarini cette fois. Et parmi les fournisseurs de cet appel: La Grande République de Velsna.


AlinéaL'air doux du mois de septembre planait sur une maison de campagne, tandis que le soleil annonçait une journée naissante. Le même soleil qui se profilait en Antares, dans un climat significativement moins agréable cependant: Voilà quelques heures que les autorités Kartiennes savaient pour la Guerre de l'Ouest rouge. Une surprise ? Pas vraiment, les autorités connaissaient cette invasion depuis plus d'une semaine, par la récolte des services Gallésants. A l'intérieur de cette maison de campagne, se trouvaient le Gouverneur Bellanti et ses aides de camp, dans la suite du plan d'évacuation du Capitole en vue d'attaques balistiques Loduariennes. Un endroit perdu pour une personnalité éminente. Un homme toqua à la porte du bureau improvisé du Gouverneur, sans doute une ancienne chambre.

«Sieur Bellanti, le Directeur Kormyne est actuellement en discussion avec les Velsniens pour conclure l'achat d'unités balistiques, il serait réel-»
Le Gouverneur ne leva pas même la tête, ne prêtant aucune attention à son aide de camp.
«Eh bien qu'il tire ces suppositoires géants dans le cul de la mère d'Aurore, mais bon Dieu, arrêtez de me prendre le chou.»
Si le Gouverneur d'Helmer était connu pour ses manières rustiques, paysannes et peu diplomates, l'aide de camp ne pu s'empêcher de rouler ses yeux d'exaspération face à cette attitude désinvolte.
«A ceci près, monsieur, que la mère d'Aurore est décédée.»
«Génial, ils aiment ça en Loduarie la nécrophilie, il paraît.»
«Si monsieur le dit...»
«Eh bien, tu vas me dire pourquoi t'es venu où tu vas rester planté là comme une bonne femme qui attend le bus ?»
«La vente de ces unités balistiques dépassent les compétences de l'Ordre, il s'agit d'un échange de bons procédés en somme. Les Velsniens demandent des informations sur la Vahrénie, en échange d'une réduction des prix. Cela relève des compétences de la Présidence Fédérale, puisqu'ils réclament une entrevue à cette idée.»
«La Vahrénie ?»
«C'est cela même.»
«La Vahrénie c'est Orlovski qui s'en occupe ducon, alors contacte la et arrête de me coller aux basques.»
«Bien, monsieur.»


AlinéaLe sujet arriva cependant entre les mains de la Gouverneure Shimanskaya, dame Orlovski étant sans doute occupée à revenir de son voyage en Estalie. Un voyage, ou plutôt une entrevue, au sujet de cette Vahrénie, justement. La Fédération des Peuples Estaliens se dit en guerre perpétuelle contre les nations fascistes, notamment de l'ordre de la Vahrénie. De ce fait, les Estaliens ont tenu à rencontrer et discuter avec les représentants de la République Fédérale, ici avec Angèle Orlovski et Zorya Ernova. En réalité, la République Fédérale Kartienne ne tient absolument pas à libérer ce pays, les Accords d'Oberstafel en avaient témoigner. Ce qui a motivé le Capitole, c'était avant tout d'éviter l'installation d'un autre vassal Estalien à ses portes: Il y avait déjà la Kaulthie pour assurer ce rôle. Cependant, le pays est déjà en guerre, avec la Loduarie Communiste: Il serait préférable d'éviter l'ouverture d'un autre front. Cette volonté entre en contradiction avec cette Estalienne, puisque la Fédération libertaire a explicitement fait part de son empressement à ce sujet. C'est pourquoi, au final, Karty restera neutre dans l'affaire Vahrénienne. Une neutralité qui ne sera pas au goût de l'ensemble de la communauté internationale, en témoigne la missive Velsnienne aux autorités Kartiennes: Pourquoi s'inquiéter de la Vahrénie ? Peut-être les Velsniens, eux aussi, s'inquiètent de l'apparition d'un vassal Estalien ? Pas à leurs portes non, mais à celles de la Leucytalée. Plus encore globalement pour l'Organisation des Nations Commerçantes, notamment la Youslévie puisque frontalière à la Vahrénie, qui ne souhaite sans doute pas l'arrivée un tel événement. De retour à sa terre natale, accueillie discrètement par une fidèle Steinhart, Angèle allait s'éloigner de la capitale, afin de respecter les directives d'évacuation. Son téléphone vibra, elle ne pu s'empêcher une lueur d'espoir, espérant peut-être la voix de son amant. Mais non, au lieu de cela le travail: Elle laissa échapper un soupire avant de décrocher.

«Angèle ?»
«Elle-même.»
«Je viens de clôturer un échange avec Maria Ganzaga.»
«La Maîtresse du Commerce de Velsna ?»
«Du 'Grand' commerce, mais oui, c'est bien cela.»
«A quel sujet ?»
«Au sujet de l'appel d'offre du Directeur Kormyne, Maria Ganzaga se dit prête à abaisser les prix des missiles en l'échange d'informations sur la Vahrénie. Elle sollicite une entrevue.»


La salle du trôneLa salle du trône, Hans Osprey, Musée des Beaux Arts de Volkingrad
AlinéaLorsque les citoyennes Shimanskaya et Orlovski entrèrent au sein du Palais des Patrices de Velsna, leurs sentiments furent partagés. Toutes les deux avaient l'impression d'observer d'anciennes traditions Kartiennes, du vieux temps de la royauté. Peut-être du XVIIème siècle, lorsque la culture slave commençait timidement à s'implanter auprès de celle germaine. La bâtisse était grande, somptueuse, les valets y étaient nombreux. De vieilles fastes que la République Fédérale Kartienne a abandonné mais qui, contrairement aux homologues Estaliens et Kahtanais, pouvait encore être admirées de temps à autre. Il était bon, d'admirer un château Antérinien. Le plus étonnant, sans doute, fut la présence de quatre grandes grandes personnalités Velsniennes. Dame Orlovski considéra l'information simplement, lorsque Shimanskaya en fut un peu plus désarçonnée. Rocco Ascone le sénateur et Maître des Balances, Maria Ganzaga la Maîtresse du Grand Commerce et de l'Etranger, Matteo Di Grassi le sénateur et conseiller, mais surtout: Le Patrice Bernaba di Albirio. Pourquoi les Velsniens se sont réunis avec autant d'importance ? Angèle se remémora la première entrevue avec Velsna, tout du moins ce qu'elle en avait lu des rapports établis puisqu'elle n'y avait pas été. L'ancien Chancelier Ernaï avait été accueilli simplement par la prédécesseure de Maria Ganzaga, dame Cavali. Pourquoi une telle différence entre les deux situations ? Pourquoi, soudainement, tout était par ailleurs devenu protocolaire ? A l'époque, Karty n'était pas des plus puissantes: Peut-être Velsna considère-t-elle davantage la République Fédérale ? Après tout cela irait de source, la lecture géopolitique de la Grande République pouvait bien se faire tout comme celle Kartienne: Par la réalité des rapports de force. Quoiqu'il pouvait en être, la Gouverneure Shimanskaya, confortablement assise auprès d'Orlovski, fut la première à répondre aux présentations de Rocco Ascone.

«Je vous remercie chaleureusement pour ces présentations, Excellence Ascone. Le voyage s'est agréablement déroulé effectivement, je dois cependant admettre que la destination l'est plus encore. C'est la première fois que je me rends sur votre sol, Excellences Velsniennes, je suis heureuse de ce que j'ai pu voir jusque là !»

Citoyenne Tosca Shimanskaya
Tosca était connue pour être conciliante, chaleureuse et bienveillante: Cela se voyait dans son intervention. Après avoir accepté avec joie le vin de Léandre proposé, elle y approcha ses lèvres afin d'y goûter. Angèle, elle, se démarquait comme la personnalité la plus notable pour la République Fédérale Kartienne. Son caractère, lui, est difficilement cernable, y compris pour les fins analystes. Elle prit la parole, portant son attention plus sur la discussion que le vin.

«Nous partageons votre lecture, Excellence Patrice Albirio. La vente d'unités balistiques possède sa dimension politique, en dépit de ce que diront les plus ardus défenseurs de l'économie. En revanche, nous ne partageons pas cette vision, Excellence Di Grassi: La guerre n'est pas seulement affaire d'intérêts. Pour nous, Kartiens et Kartiennes, il s'agit de défendre une alliée qui nous est sincèrement chère. Nous ne pouvons accepter que difficilement que nos enfants aillent périr contre la Loduarie, c'est un fait. Néanmoins, la République d'Antares est une alliée profonde et sincère de notre pays, notre peuple la porte en son cœur. Voilà la principale motivation Kartienne, Excellences Velsniennes. Qu'une motivation soit principale en indique d'autres. En ce sens, la République Fédérale Kartienne estime qu'il est temps de mettre un terme au règne belliciste de la Loduarie Communiste sur la scène internationale. Les conflits Loduariens sont nombreux, Excellences, mais il ne s'agit que d'un seul pays. Okaristan, Goïda, Teyla, à la présente l'Antares notre alliée ! Ce n'est pas sans dire que les Loduariens ont par le passé tué nos citoyens, un acte qui n'a jamais trouvé réponse. De surcroît, les autorités Loduariennes ont sciemment massacré des civils Kartiens, tout en torturant et exécutant publiquement certaines d'entre eux.

Nous n'allons guère plus nous élargir sur ce discours, vous connaissez désormais les raisons qui guident les choix de notre pays, écartant de fait dans une certaine mesure la vision de flou que vous avez mentionnée. Votre demande réside avant tout dans l'éclaircissement de ce qu'imagine la République Fédérale Kartienne, le cas échéant de sa victoire contre la Loduarie Communiste. Contrairement à cette dernière, il ne s'agira pas d'asservir son territoire, à sa pourtant manière contre notre alliée la République d'Antares. Non, il s'agira de garantir la sécurité de la République d'Antares contre la Loduarie Communiste. Peut-être cela se concrétisera par le désarmement partiel de la Loduarie, par la démilitarisation de sa frontière avec l'Antares: En aucun cas il ne s'agira d'œuvrer pour la chute pure et simple de la Loduarie. Nous défendrons notre alliée, nous n'irons pas plus loin. A vrai dire, nous partageons votre ressentiment à l'égard de l'Eurysie de l'Ouest. Nous ne sommes pas à l'origine de cette guerre, il ne faut pas l'oublier. Nous œuvrons au mieux pour que ce conflit reste localisé, tout en défendant notre alliée. Lorsque la Loduarie Communiste a cherché à étendre le conflit en essayant d'y ingérer l'Union Kahtanaise et la Fédération Estalienne, nous avons réussi par la diplomatie à convaincre ces deux pays de se cantonner à la neutralité. Si la Grande République de Velsna, ou même l'Organisation des Nations Commerçantes, souhaite obtenir des garanties, nous y prêterons toute notre attention.

La République Fédérale Kartienne n'entend pas remodeler l'Eurysie de l'Ouest, elle souhaite restaurer un climat où le désir impérialiste d'un Etat ne pourra plus se concrétiser par la coercition. Il ne s'agira guère de notre victoire, mais plutôt de l'échec d'une doctrine belliciste, une campagne de la terreur. En simple conclusion, nous vous répondons ceci: Nous ne ferons pas de la Loduarie un pays humilié, mais un qui ne pourra plus renouveler ses desseins qui ont gravement entravé l'équilibre que vous avez souhaité préservé.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
Angèle n'oublia pas qu'initialement, le sujet apporté par les Velsniens était la Vahrénie. Or, elle n'avait pas mentionné une seule fois ce pays, il n'était question que de la Loduarie. Elle avait, entre autres, évoqué la réussite diplomatique Kartienne d'avoir garanti la neutralité de l'Estalie et du Kah quant à la Loduarie. Tandis que cette dernière avait essayé d'ingérer les deux pays de l'Union Libertaire. D'une part l'Estalie, en témoigne le débat public à l'assemblée où la Commissaire Mila Horny a déclaré que "les deux camps attendent de nous des concessions, voire à un engagement pour certains d'entre eux". D'autre part pour l'Union Kahtanaise, à l'appui la collaboration au niveau de l'évacuation de la Goïda. Quelques secondes défilèrent, avant que Tosca reprenne la parole, avenante.

«Ce vin est d'une qualité exceptionnelle, Excellences Velsniennes ! La citoyenne Orlovski vous a notamment fait part d'une volonté de coopération avec votre pays, nous sommes prêts à vous écouter si vous souhaitez obtenir certaines garanties quant à la Loduarie. Cette volonté de coopération Velsno-Kartienne n'est pas nouvelle, elle s'illustre par le Traité de Nuergon. A ce titre, je souhaite vous faire part d'une proposition, déjà émise à vos alliés Fortunéens. La Commissaire à la Défense, dame Taliska Strakhova, la représentante de nos armées, a communiqué notre volonté de coopération autour de la Leucytalée. Je n'ignore pas les intérêts de votre organisation sur les mers, notamment la Leucytalée pour Fortuna et la Youslévie. C'est sans doute à ce titre que nous aborderons dans un autre temps la Vahrénie, il me semble.»

Orlovski compléta les dires de la citoyenne Shimanskaya.

«Les manques que subissait autrefois notre marine ne sont plus à l'ordre du jour, Excellences Velsniennes. Le plan de quatre ans nous a garanti le développement d'un sous-marin d'attaque de dernière génération, ainsi que sa production qui s'élève à deux exemplaires à ce jour, six dans quelques mois. La République Fédérale Kartienne se dit prête à entrer dans une étroite collaboration avec votre pays, ou plus généralement l'Organisation des Nations Commerçantes, au niveau de la sécurité Leucytaléenne. Nous ne souhaitons pas entrer en confrontation avec vos autorités à ce sujet, c'est pourquoi un axe de collaboration nous paraît une idée qui tient son sens.»
ça sent le vieux et le renfermé

"De bien beaux mots."



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Rocco Ascone se grattait la barbe par intermittence, comme un tic nerveux qu'il ne délaissait que pour un autre, qui était de faire tapoter ses doigts sur la table durant le monologue de ces excellences kartiennes. A l'énumération des casus belli invoqués par la ministre Orlovski, Ascone et Ganzaga échangèrent un bref regard, auquel se joignit bientôt celui de Matteo Di Grassi: bref et furtif.

La guerre n'est pas seulement affaire d'intérêts.


La phrase sembla laisser les velsniens circonspects et pensifs. Peut-être était ce là une manifestation d'un choc culturel. Dans les esprits de ces hommes, la guerre était un simple prolongement d'une diplomatie ayant échouée, et qui servait justement à appuyer et pousser un avantage matériel. La guerre coûte cher, mais peut rapporter gros. Velsna elle même regorgeait de mercenaires à louer et "d'entrepreneurs de guerre". Aussi, cette réponse laissa dans le fond de leur gorge un arrière goût étrange, une sensation intriguant d'avoir là frôler une barrière culturelle. Faire la guerre pour rendre aide à quelqu'un...et puis quoi encore... pensait sans doute très fort Rocco Ascone dans le fond de son siège, l'avant bras sur l'accoudoir et la main devant sa bouche, tenant sa tête en place.

Quoi qu'il en soit, on eu la courtoisie de laisser cette prise de parole s'achever sans aucune coupure, au cours de laquelle on prit grand soin à une écoute quasi religieuse. Comme depuis le début de cette entrevue, seul le bruissement des touches de clavier continuait à agiter le fond sonore de cette grande salle. Di Grassi reprit le tour de la parole avant les trois membres du Conseil présents dans la pièce. Son ton embrassait éternellement le même rythme. Cette réunion, de toute évidence, se faisait sous le signe de la lenteur, justifiée par le besoin de clarification.

"Nous n'attendons guère de vous que vous vous justifiez de la légitimité de cette guerre, mon excellence Orlovski. En premier lieu car nous avons déjà connaissance de vos traités défensifs qui ont lié vos mains avant même ce conflit. Quoi qu'il en soit, la légitimité de votre action a déjà fait l'objet de débats au sein des Comices Splendori, et selon les critères définis par ces excellences, votre guerre est d'ores et déjà considérée comme juste. Et pour finir, le dernier t le plus important détail définissant notre point de vue, est que cette guerre n'est pas la notre, et que nous n'avons nullement l'intention de vous convaincre de ne pas la faire. Celle-ci est déjà engagée de toute manière, et quand on fait une guerre, j'ai coutume de dire qu'il faut la mener jusqu'à son terme. Toutefois, je retiens le fait que vous mentionnez les litiges passés qui ont secoué votre relation commune, à vous et aux gens du pays loduarien. C'est une franchise appréciable dont nous ne pensions pas que vous feriez la mention."

Rocco Ascone fait signe pour reprendre la parole.

"Excusez moi. Ces civils kartiens dont vous parlez, ce n'était pas le gouvernement dont vous êtes les successeurs qui les ont envoyé en Loduarie ? J'ai du mal à comprendre cette partie."

"Ce n'est qu'un point de détail de l'histoire je pense...Enchaînez donc, c'est un non-sujet..." ponctue un Albirio regardant le fond de son verre de vin vide, que l'échanson s'empresse de remplir à nouveau.

Di Grassi reprend rapidement le contrôle de la discussion.

" Le désarmement partiel de la Loduarie ? Eh bien, je vous souhaite la bonne chance... L'armée loduarienne peut-être battue, cela a déjà été le cas, mais désarmer la Loduarie ? Personne n'a jamais réussi à le faire. C'est presque dommage que vous ayez coupé les ponts avec les teylais entre temps, ils auraient pu être d'une grande aide. Et puis, l'Antarès, ce n'est pas la porte à côté, comme dirait certains. Il vous faudra trouver le moyen d'organiser une opération qui soit à la fois amphibie et aéroportée, et puis de contraindre la Loduarie au désarmement. Cela sous entend fatalement la mise en place d'une présence kartienne permanente dans la région, j'en ai bien peur. Bref, de mon point de vue, cette guerre ressemble à un guêpier dans lequel, heureusement, notre rôle à nous, velsniens, est minime. J'ai réalisé plusieurs campagne militaires, aussi j'ose dire que je sais de quoi je parle: vos buts de guerre sont réalisables, comme tout, mais je crains que vous ne vous rendiez pas compte de ce qu'ils impliquent, et de la quantité de moyens qu'il faudra déployer pour désarmer durablement la Loduarie. Nous "tolérons" les loduariens, nous avons toujours fait ainsi. Nous avons apprit à traiter avec eux sans que cela ne débouche sur des guerres. Ces gens sont belliqueux sans aucun doute, mais particulièrement prévisibles, ce qui tend à nous plaire, à nous qui sommes attachés dans notre cité à une forme de stabilité politique, paradoxalement. Or, de ce point de vue, nous avons peur du fait que la présence kartienne dans la région ne devienne permanente, car cela ne fera que rajouter un acteur qui, dont vous m'excuserez, est connu pour des revirements soudains d'alliances. Comme en témoigne l'affaire hotsalienne qui a éclaté il y a quelques années... Nous n'y sommes pas foncièrement hostiles, rassurez vous, mais nous avons besoin de gages.

La première garantie dont nous aimerions nous voir assurés donc, serait dans la définition des modalités de la présence kartienne en Antarès après cette guerre. Nous ne nous opposerons pas à une présence de votre part à des fins d'assurer la sécurité de ces gens d'Antarès, dont les deux seuls crimes résident à la fois dans leur voisinage et dans leur régime politique incompréhensible, mais nous attendons des kartiens un engagement sur le fait que ces bases ne serviront pas de moyen de projection pour d'autres opérations dans toute l'Eurysie de l'ouest. La présence résiduelle de Karty sur le territoire antarien après cette guerre, que nous pensons être une issue prévisible dans le cas de votre victoire, ne devra pas être un prétexte à ce que ce pays ne devienne une base de lancement pour tous vos alliés du moment, qui qu'ils soient. C'est à dire qu'en aucune façon, nous ne souhaitons voir fleurir des bases de lancement de missiles, ou des pistes d'atterrissage pour des chasseurs à réaction, ou tout autre moyen de déployer sa puissance dans un rayon d'action qui dépasse le cadre d'une mission de maintien de la paix en Antarès. Etant donné que de votre propre avis, il faut mettre fin à toute dynamique impérialiste dans la région selon vos propres mots, je suis certain que vous êtes de mon avis, non ?"


La Maîtresse du Grand commerce qui avait été silencieux jusque maintenant, aborda rapidement le volet économique de la discussion.

"Excellence Orlovski. Les conséquences d'une éventuelle défaite loduarienne seraient probablement minimes à notre échelle, de même que nous voyons vos alliés antariens comme une nation dont il faut l'avouer, n'a pas un très grand poids dans les équilibres économiques d'Eurysie de l'ouest. Mais les doutes quant à cette opération résident dans la proximité de ce conflit d'avec les eaux où se situent les grands racés commerciaux des réseaux de la cité velsnienne et de l'ONC. Sur ce point, nous nous attendons donc à ce que la flotte kartienne rentre dans ses bases au terme de ses opérations, et que rien ne puisse perturber le bon déroulé de nos échanges avec Fortuna, l'Antérinie et la Youslévie. Si ces conditions, ainsi que celles énumérées par son excellence Di Grassi sont respectées, alors nous pouvons commencer à discuter de votre fourniture en missiles, voire davantage si vous nous montrez que vous êtes des hommes et des femmes d'honneur. Cela dépendra également de la suite de notre discussion concernant vos autres ambitions régionales, bien entendu...

Pour ce qui est de la Vahrénie, nous y viendront dans le cadre de cette rencontre, ne vous en faites pas, mais nous avons beaucoup à parler, et c'est un sujet de fond que nous aimerions aborder en dernier. Avant cela, nous sommes curieux que vous nous disiez comment vous avez réussi à convaincre kah tanais et estaliens de ne pas s'intéresser à cette affaire. Ce n'est pourtant pas dans les mœurs de ces barbares de laisser passer ce genre d'occasion de briller, et de gagner des positions. C'est d'ailleurs ce qui explique probablement le fait que l'île de Goida, au large du Kah, est est repassé sous leur souveraineté récemment. Il semble que les loduariens aient compris enfin le sens du mot "diplomatie"..."




l'Assaut
l'Assaut, Hans Osprey, Musée des Beaux Arts de Volkingrad

AlinéaCe fut en 1702 que le Royaume de Karty se libéra du joug de l'Empire Kaulthe, sous le règne de la majesté Guillaume XI. Plus de 350 années d'occupation sur la partie Ouest du territoire Kartien, clôturées par les valeureux assauts de cavalerie de l'époque. Là aussi, il s'agissait d'une guerre, dans le temps. Guère par les chars et les appareils volants, simplement par la force des chevaux et la dureté du métal des forgerons. A la fin du XVIIème siècle, Karty était connue pour ses divisions de hussards, ces cavaliers ailés mythiques. Cependant aujourd'hui, époque contemporaine, ce n'était ni Karty qui était sujette à la guerre, ni des forces de cavalerie. C'était l'Antares contre la Loduarie, un conflit dit "moderne". Quelle avancée de modernité: La science au service de la tuerie de masse. Et cette leçon, Angèle la savait: Des clarifications sur l'Histoire, c'est ce qu'elle allait faire.

«Le point est peut-être mineur, néanmoins il est pour nous, Kartiens, un devoir de mémoire. Excellence Ascone, ces civils Kartiens furent en effet guère seulement 'envoyés' mais bien déportés par notre ancien régime, sous l'égide du Tsar Stanislas I. Il s'agissait d'une autocratie où les libertés n'étaient pas respectées. Cela est une marche malheureuse et controversée de notre Histoire, c'est pourquoi nous tenons à clarifier cette phase qui, à nos yeux, est importante.

Lorsque l'on entreprend une guerre, il est nécessaire de la mener jusqu'au bout. Une vision honorable que nous partageons. Excellences Velsniennes, la République Fédérale Kartienne envisage également la défaite de son alliée Antarienne, c'est là le devoir de son état-major. Le cas échéant, nous continuerons de prêter main forte à notre alliée, et ce jusqu'à sa libération. La Loduarie Communiste devra nous affronter jusqu'à notre chute. Or, si la Loduarie Communiste peut être capable de défaire l'Antares, permettez-nous de dire qu'elle n'est tout simplement pas en possibilité de venir à bout de notre pays. Nous ne nous cachons pas de ces intentions, puisque nous estimons -tout comme vous- que notre cause est juste.

Toutefois, nous imaginons ici notre victoire. Ce désarmement évoqué de la Loduarie Communiste s'effectuera par la force. Nous savons pertinemment que pour se faire sur la durée, notre présence sur le territoire Loduarien devra être une réalité. Or, nous ne nous engagerons point dans ce 'guêpier', pour reprendre vos mots. Non en réalité, c'est précisément par le conflit qu'a lancé Lyonnars que nous la désarmerons. Nous infligerons le plus de pertes matérielles que nous le pourrons, de sorte à ce que la Loduarie soit désarmée à la sortie de cette guerre. A cela vous soulignerez le caractère court-termiste de notre réflexion. En effet. Cette démilitarisation se prolongera sur l'espace de quelques années, tout au plus. A défaut de la maintenir, nous militariserons l'Antares. Nous partagerons pleinement avec notre alliée Antarienne notre doctrine militaire, celle de la destruction mutuelle assurée. Excellences Velsniennes, permettez-nous de vous poser une question: Connaissez-vous les raisons qui guident la politique Kartienne ? Celle qui, notamment, vise à exclure notre entrée au sein de quelconque organisme international ? En ce sens, nous restons pleinement souverains et n'obéissons à aucune autorité supérieure. Cependant, nous sommes les seuls maîtres de notre protection. Ce raisonnement offre le militarisme Kartien, celui auteur -en l'espace de quatre ans- de là où notre pays en est. Bien sûr, nous n'égalisons pas encore les puissances Kahtanaise, Alguarenos ou encore même Velsnienne. Néanmoins, nos armées nous assurent qu'en cas de conflit généralisé avec l'une des plus grandes puissances de ce monde, nous serons en capacité d'infliger de telles pertes que ce conflit potentiel se cantonnera à la simple illusion. Nous partagerons avec l'Antares ce qui assure notre propre sécurité ce-jour, et nous veillerons à leurs côtés à son application. Nous protégerons l'Antares et, s'il le faut, nous recentraliserons une partie de notre production militaire pour qu'elle bénéficie du giron de l'Ordre Oruzhiya. Nous n'attendrons pas un retour monétaire, diplomatique ou quelconque de leur part. La survie de la République d'Antares est pour nous, pour notre peuple, un présent déjà inestimable. En simple conclusion, nous offrirons à l'Antares une capacité militaire telle qu'aucun gouvernement conscient ne puisse encaisser le prix d'un autre conflit.

Si la doctrine de destruction mutuelle assurée témoigne du caractère plus que défensif de nos armées, nous comprenons les demandes Velsniennes. Nous protégerons l'Antares, cela se concrétisera en grande partie par l'installation de nos militaires: Vous voyez juste. La République Fédérale Kartienne accepte ces garanties, elle demeure prête à les officialiser. Ces potentiels complexes militaires Kartiens ne bénéficieront qu'aux Kartiens, et ne nous servirons pas de moyen de projection sur la terre de paix qu'était autrefois l'Eurysie de l'Ouest. Cependant, Excellences Velsniennes, si nous pouvons convenir que l'installation de silos à missiles appartient au volet offensif, la construction de pistes pour nos aéronefs l'est moins. Ce que nous appelons la guerre de l'Ouest rouge, autrement dit la guerre Loduaro-Antarienne, nous a prouvé l'importance de la domination aérienne dans le cadre d'une guerre conventionnelle. Dans le cas où la Loduarie s'évertuerait à nouveau contre notre alliée, la présence de notre armada aérienne serait un axe stratégique. Nous souhaitons converser de ce point. Quant à notre flotte, il est évident qu'elle ne s'éternisera pas hors de ses bases.

Excellence Di Grassi, vous évoquiez nos revirements d'alliances. Permettez-nous de qualifier cela d'une divergence d'analyses entre nos pays. La République Fédérale Kartienne ne change pas de principes, elle change de partenaires lorsque ces derniers cessent de respecter ces mêmes principes. Vous évoquiez l'Hotsaline vis-à-vis de notre rupture avec Manticore: C'est le Royaume de Teyla et le Royaume de Teyla seul qui s'est engagé à défendre ce régime aux tendances fascistes. Nous n'avions pas de traité de défense avec l'Hostaline, pas plus que nous n'étions pas engagés à suivre les Teylais dans leurs desseins liés à une guerre hors de leur territoire. Un traité n'est pas un mariage, il sert à défendre la stabilité: Lorsqu'il ne le fait plus, il n'a plus de raison d'être. Or, c'est cette stabilité que nous défendons en Eurysie de l'Ouest. Nous clamons la paix dans cette région, par l'empêchement de la volonté par les armes. Si cette règle vaut aujourd'hui pour la Loduarie, elle vaudra pour nous demain.
»

Angèle prit quelques secondes d'arrêt après ses explications. Justifier toute une ligne politique peut s'avérer fatiguant en réalité, tout en particulier celle Kartienne. Elle échangea un regard avec Tosca, qui ne semblait que pouvoir convenir de ce qu'elle avait proposé jusque là. Elle reprit son discours.

«A la présente, la non-ingérence de l'Union Kahtanaise et la Fédération Estalienne. Nous avons obtenu des Estaliens un accord écrit, qui stipule explicitement que leur Fédération ne pourra pas s'ingérer dans le conflit en Loduarie Communiste. Nous avons obtenu des Kahtanais une parole, ainsi qu'une déclaration officielle d'amitié. Comment avons-nous réussi cette entreprise ? Nous n'allons pas vous répondre par l'excellence des talents diplomatiques de notre pays, même si cela est un facteur que nous ne devons pas omettre.

La Fédération Estalienne est déjà impliquée en Hotsaline et en Retsvinie, un conflit supplémentaire leur serait préjudiciable. Nous avons simplement présenté notre volonté de cordialité aux Estaliens, il leur est plus sûr de compter notre pays parmi leurs amis plutôt que leurs ennemis. Nous avons, finalement, accepté l'annulation des Accords d'Oberstafel, qui prévoyait notre protection sur la Vahrénie. Nous n'allons pas nous élargir sur ce point, il s'agissait de paralyser la Vahrénie -pays ô combien tendancieux- en la mettant sous notre giron. Quoiqu'il pouvait en être, ces accords n'étaient pas ratifiés, notre Sénat ne les aurait sans doute pas acceptés.

Nous partageons un certain climat d'amitié avec l'Union Kahtanaise. Il ne faut pas omettre, Excellences Velsniennes, que les idéaux Kartiens s'approchent plus de ceux Kahtanais que ceux Velsniens. Nous avons réalisé des exercices militaires conjoints avec l'Union Kahtanaise, le climat d'amitié s'est simplement préservé pour la guerre de l'Ouest rouge. A cet égard, il faut davantage s'intéresser à l'affaire de la Goïda. Au cours de divers échanges, les Kahtanais nous ont exprimé leur volonté quant à ce territoire: L'Union voulait sa démilitarisation. Nous comprenons cette volonté, il est toujours préférable de pouvoir écarter quelconque menace proche de son territoire. Nous avons accepté la démilitarisation de la Goïda, assurée par des convois Kahtanais, en échange de quoi l'Union ne s'ingère pas en Loduarie. Nous devons cependant vous donner tort sur un point, Excellence Ganzaga: Les Loduariens n'ont pas compris le mot 'diplomatie'. Les Loduariens étaient tout simplement forcés d'accepter la démilitarisation de ce territoire. D'une part, la Loduarie Communiste a besoin de son armée sur son sol, en de pareils temps. D'autre part, permettez-nous d'émettre une hypothèse ayant eue vent auprès de nos services: L'Union Kahtanaise était parfaitement en possibilité de profiter de la guerre de l'Ouest rouge pour forcer la démilitarisation de la Goïda, quitte à entrer en conflit avec Lyonnars. Attaquer les forces ennemies lorsqu'elles sont déjà engagées est un vieux principe de l'art militaire, nous doutons que ce principe ait été omis des Kahtanais ou même des Loduariens.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
a
Nous espérons que nous sommes sur la même longueur d'onde autour de cette table



L'évocation du modèle kah tanais et de sa proximité avec le pays kartien laissa les velsniens dubitatifs, plus particulièrement le Maître des Balances Ascone, qui était intrigué par le sujet.

" Il y a tout de même un certain nombre de différences entre les modèles kartiens et kah tanais, au delà des simples valeurs, non ? De ce que j'ai compris, vous faisiez la part belle à l'interventionnisme de l'Etat dans l'économie, non ? Dans mes souvenirs, les kah tanais étaient plutôt de ceux qui pensent que les initiatives locales dirigent le monde... "

Le Patrice Albirio n'avait de cesse de jouer avec sa coupe de vin sur son siège, regardant le liquide allant de droite à gauche suivant les moulinés de sa main. De temps en temps, celui-ci revenait un temps dans la conversation, avant de s'en éloigner à nouveau par ses pensées profondes. Le Patrice n'a jamais eu un bien grand rôle constitutionnel autre que celui de la représentation, mais Bernaba Di Albirio nourrissait un profond rejet de sa propre fonction, qui ramenait ses pensées à la « bonne époque » où il portait le treillis militaire. Sa voix tonna contre l'échanson :

" Ressers moi du vin de Léandre mon p'tit Gian. "


Le jeune homme se mit à rougir en secouant fébrilement la carafe.

" Alors. Qu'est-ce qu'il y a ? "

" Il n'y a plus de vin, excellence. "

" Comment ça il n'y a plus de vin ? Il y a toujours du vin. Il y a du vin partout !"

"Il faudrait que j'aille en chercher à l'autre bout du Palais mon excellence, dans la cave des sénateurs..."

"Vide leur putain de cave si tu veux, tu as mon ordre. Alors va.remplir.ma.carafe."

"A vos ordres excellence."


L'échanson trembla des genoux avant de s'exécuter, et de sortir en coup de vent par la petite porte.

"Excusez moi mes excellences. Simple problème logistique, reprenons. On en était aux modèles politiques kartiens et kah tanais non ?"


Di Grassi se dépêcha de reprendre la parole, avant qu'elle ne se perde dans les méandres d'une conversation vouée à une impasse.

"Je pense, mes excellences, que nous devrions passer à un autre sujet. Si nous commençons à discuter des subtilités de modèles économiques de tous les pays du monde, nous n'en serons pas rendus. Bien entendu, mon excellence Orlovski, je pense que son excellence Ascone ne pensait pas à mal lorsqu'il abordait cette affaire de civils kartiens. Nul doute qu'au vu de votre bonne volonté apparente pour le moment, si jamais ces civils venaient à trouver refuge à Velsna, nous vous aviseront de cette affaire, et les renverront dans leur pays d'origine, si bien tendu, ceux ci désirent rentrer à Karty.

Pour revenir à notre affaire loduaro-antarienne, soit, passons pour le matériel aérien, mais j'entends que vous prendrez acte du fait de ne jamais laisser l'accès à un tel matériel à une puissance tierce, et que ces positions ne servent qu'à la défense provisoire de ce pays. Sommes nous d'accord sur ce point ? En dehors de cela, je pense que nous sommes en accord sur le reste dans le principe. Que nos greffiers prennent bien ce que je viens de dire en note.


Lorsque le sénateur Di Grassi mentionne le fait, les greffiers sénatoriaux accélèrent soudain le rythme sur leurs claviers.

Pour ce qui est de la description de votre stratégie de désarmement, là encore, vous êtes libres d'appliquer ce que vous voudrez appliquer, mais si je puis donner mon avis personnel, sans même parler de représenter l'opinion de tout ce gouvernement communal, cela me paraît...un peu bancal d'estimer que la Loduarie se rendra parce qu'elle aura perdue quelques chars. Je prends en exemple tous les conflits auxquels ce pays a participé: guerre en Okaristan, au Bajusid, au Mokhai... à chaque fois, l'état major loduarien a subit des pertes colossales, qu'il sorte vainqueur ou perdant. Et la Loduarie ne s'est pas assagie pour autant. Au contraire même: elle a systématiquement reconstituée ses forces, est devenue plus irascible et a gagnée en imprévisibilité, ce que nous, velsniens, avons passer des années à éviter de leur part. Et vous nous dites là, excellence Orlovski, que vous seriez prête à mener une guerre mobilisant des dizaines de milliers de kartiens à des milliers de kilomètres de chez eux, avec le coût humain, le coût matériel et les pertes financières que cela implique, dans la seule optique de réduire temporairement la force de frappe de cet Etat ? Soit, faites selon votre entendement. Encore une fois, c'est votre guerre."


Dans son coin, Rocco Ascone sirotait son vin, le regard se perdant dans la petite pile du documents qu'il avait devant lui. Il tend son verre en direction de la délégation kartienne.

" Son excellence Di Grassi a raison, que que j'ai souvent des désaccords avec lui: ce n'est pas nos affaires. Si vous pensez que votre principe de destruction mutuelle assurée rendra les loduariuens plus pacifiques, le tout sans la moindre perspective de gain économique ou stratégique, alors nous vous souhaiterons toute la réussite du monde. A la votre, mes excellences... Bon, et si on parlait argent et armes maintenant ?"

Di Grassi le coupa dans son élan.

"Attendez, excellence Ascone. Nous gardions le sujet vahrénien pour la fin."

"Ah oui, c'est vrai...Faites donc, je prépare les documents relatifs aux tractations commerciales."


Le sénateur Di Grassi rabat son siège de velours et s'avance. Son regard, contrairement à ceux de ses confrères, n'a point lâché celui d'Orlovski de toute la conversation. Il alterne les acquiescements compréhensifs vis à vis de la situation loduarienne, et de fébriles sourires.

"Nous vous remercions de tous ces éclaircissements. Nous voulions évoquer avec vous la situation de la Vahrénie pour la simple raison qu'elle est selon nous assez symptomatique des interrogations que nous entretenons vis à vis des orientations politiques générales de la République de Karty. J'ai récemment lu un très bon article, d'une femme politique kartienne et philosophe. Vous connaissez sans doute Serafina Foscarini, non ? J'ai pris un grand plaisir à la lire, même si la langue italique du pays kartien a nécessité pour le fils de Fortuna que je suis un petit temps d'adaptation, et quelques traductions de circonstance. Je me permets de la citer:

Ce voisin direct de la République Fédérale Kartienne qu'est l'Etat des Peuples Germaniques de Vahrénie est à considérer comme un problème: Un régime fasciste à notre porte.

Qu'on se le dise: les trois quarts de cet article sont fascinants à lire, et révèlent la nature particulièrement pernicieuse du régime vahr, que nous ne cautionnons pas, bien entendu. Cet exemple nous en a rappelé un autre, comme une sorte de fable qui semble se répéter, qui est celle du Garmflüßenstein. Un Etat d'orientation fasciste, voisin du votre, qui fait dans un premier temps l'objet d'une dénonciation. Or, nous ne savons tous que trop bien ici, ce qui s'est passé à la fin de l'histoire du Garmflüßenstein. Une intervention kartienne a eu lieu et a mis fin à ce régime, mais n'a fait que la remplacer par un fantoche dont nous n'avons, malgré les déclarations, aucun indice de transition démocratique réelle, et dont les autorités d'occupation actuelles ne se sont même pas embêtées à accoler à ce drapeau autre chose que la même rose qui figure sur le votre. Dans ce contexte précis, et à partir de ce préalable, nous ne pouvons que nous interroger sur ce qui adviendra de la Vahrénie, qui semble emprunter la même trajectoire que son voisin.

En principe, ce ne devrait pas être notre problème, tout comme cela n'a pas été le cas avec le Garmflüßenstein. Que cette transition soit effectuée ou pas, dans le fond, ce n'est pas notre affaire. Mais deux faits nous apportent un soucis. En premier lieu, vous n'êtes pas sans savoir que cet Etat est en frontière directe avec un membre éminent de l'Organisation des Nations Commerçantes, à savoir l'Etat de Youslévie. Maintenant, imaginez la tension qui pourrait résulter d'un changement subite de régime en Vahrénie, qui pourrait conduire à ce que cet Etat devienne une base de projection de fait, dont l'accès par des états hostiles à l'ONC rendrait tout à coup extrêmement vulnérable le territoire youslève. Vous commencez à entrevoir la nature de notre problème, n'est-ce pas ? Un territoire aussi avancé en Eurysie de l'ouest, qui permettrait à n'importe qui d'exercer une pression sur la région de la Leucytalée à son bon vouloir.

Et dans le même temps, vous évoquez un rapprochement soudain avec l'Estalie, qui fait déjà démonstration de force en Retsvinie, comme vous le mentionnez, avec une rupture soudaine de traité à la clé avec la Vahrénie. Qu'on se le dise: nous n'avons rien en soi contre les nations issues du bloc politique du socialisme mondial, nous n'avons même pas daigné bouger le petit doigt en Retsvinie, pas plus que nous avons prit parti du gouvernement teylais en Hostaline. Nous avons par ailleurs des relations de cordialité avec le Kah, pour la simple raison qu'une confiance mutuelle s'est développée entre nous au fil des années, et des dossiers traités. Nous ne sommes pas de vulgaires dogmatiques anti-communistes pour un sou, nous n'avons le désir que de veiller à nos intérêts en tant que cité et en tant que groupe. Mais si le Kah a pu développer avec nous une solide relation de travail, nous regrettons que cela ne soit pas le cas pour l'Estalie. Leur gouvernement ne communique pas ou peu, les diverses tentatives d'approche de nos partenaires privés sont restées sans réponse, de même que l'affaire hotsalienne. Nous voudrions qu'il en soit autrement, mais j'ai bien peur que ces derniers ne nous identifient davantage comme des concurrents que comme de potentiels intercesseurs. Aussi, et même si nous acceptons de vous vendre missiles, et mêmes armements si vous le désirez, sachez que la bonne continuité de nos relations sera probablement grandement conditionnée par si oui ou non, votre voisin devient une énième pièce de puzzle de l'Empire continental de votre voisin, destiné à exercer une pression sur un allié youslève apeuré, comme il en a été ainsi de plusieurs nations déjà.

Nous espérons que nous sommes sur la même longueur d'onde autour de cette table..."



Alors que Di Grassi termine sa tirade, le Maître des Balances Ascone reprend la main.

"Cela étant dit, n'avons nous pas une affaire de gros sous à conclure mes excellences ? Les missives que nous avions échangé faisaient état de vingt missiles. Mais se pourrait-il que bous désireriez autre chose de nous ? Nous sommes ouverts à toutes les requêtes, à partir de l'instant où celles ci sont le reflet de la raison, et qu'elles impliquent des tarifs respectables."

Paravent rouge
Paravent rouge, Oskana, Musée des Beaux Arts de Volkingrad

AlinéaQuoiqu'il sera dit durant cette entrevue, la République Fédérale Kartienne attaquera la Loduarie autant qu'elle le pourra, et ce jusqu'à la libération de la République d'Antares. Tout sera entrepris. S'il s'avèrera qu'il est nécessaire de lancer mille missiles, ils seront lancés. Pourquoi cet entêtement ? La Gouverneure Orlovski a omis volontairement un point de son argumentaire, la haine viscérale que nourrit le peuple Kartien à l'égard de la Loduarie Communiste. Il y a trois ans, elle a tué plus de quinze civils lors d'une escarmouche injustifiée. A la présente elle s'en prend à la sœur Antarienne, puis elle exécute publiquement des Kartiens en le retransmettant comme un jeu télévisé, et le pire: Les pogroms contre la diaspora Kartienne. Tout cela a mené à un climat de propagande interne à Karty, facteur à peine appuyé par le gouvernement en réalité. Cela peut s'illustrer par l'exemple du paravent rouge, oeuvre mettant en scène un Loduarien masqué qui brûle dans sa main le drapeau Antarien: Une initiative citoyenne. Les Kartiens haïssent profondément les Loduariens, et sans la Loi de Gel sur la Juridiction Hostile, le peuple Kartien aurait sans doute effectué les mêmes pogroms que fait la Loduarie en ce moment même: Fort heureusement, le gouvernement a imaginé ce facteur avant qu'il ne se présente.

«La République Fédérale Kartienne remercie votre parole Excellence Di Grassi, quant à la potentialité de votre accueil des Kartiens piégés en Loduarie. Même si nous n'allons pas nous élargir sur la question des similitudes entre l'Union Kahtanaise et notre pays, nous répondrons simplement qu'il s'agit de visions communes: En effet, notre économie demeure profondément différente de celle Kahtanaise, comme de nombreux autres domaines.

La stratégie militaire Kartienne résulte de notre état-major, nous -exécutif de la République Fédérale- constatons simplement que la Loduarie Communiste essuie une frappe balistique qui s'élève à plus de 120 missiles, ainsi qu'un assaut aérien qui comptabilise plus de 300 aéronefs. Ce conflit n'est vieux que de quelques heures, la République Fédérale Kartienne n'a pas même engagé une majorité de ses forces. Nous ferons en sorte que la Loduarie Communiste capitule, et nous irons jusqu'à Lyonnars s'il le faut. Qu'aucun pays n'ait réussi à faire telle prouesse, nous l'entendons. La République Fédérale Kartienne usera de tous les moyens qui sont en son pouvoir pour obtenir la libération de son alliée, car elle ne peut se résoudre à céder face à une dictature et ses desseins d'extension de son espace vital. Si nous cédons aujourd'hui, nous serions ceux qui ont lâchement préféré une paix illusoire à la liberté d'un peuple que nous chérissons: L'Histoire a montré qu'une puissance révisionniste et guerroyeuse ne s'apaise pas lorsqu'on lui cède, elle prend au contraire de l'ampleur. Nous refusons d'être ce pays qui a assisté à l'ascension de la violence en espérant illusoirement qu'elle se calme d'elle-même. Nous ne combattons pas parce que nous croyons la victoire certaine, mais parce que certaines défaites morales ne peuvent être tolérées.

Lorsque la Loduarie Communiste sera enfin mise en déroute, alors nous protégerons l'Antares par notre présence militaire. Vous qualifiez cette défense de provisoire, elle le sera effectivement jusqu'à ce que nos alliés Antariens puissent assurer d'eux-mêmes leur protection contre la Loduarie. Il va de soi que nos soldats en Antares, et leurs équipements, ne serviront qu'à la République Fédérale Kartienne. En réalité, Excellences Velsniennes, en dehors de ventes d'armements, nous ne 'donnons' notre armée à aucune autre nation qu'à la nôtre. Ayez la certitude quant à cette affirmation, cela fait partie intégrante de notre doctrine et de nos idéaux. Si nous refusons toute présence militaire établie tierce sur notre sol, nous considérerons ces bases militaires en Antares comme notre sol: Aucune armée étrangère n'y aura accès, hormis dans ce cas précis l'Antares, évidement.
»

Angèle reprit le temps de souffler après ses explications, qu'elle n'avait pas encore terminées. Cet exercice lui était éprouvant par moment, chose qu'elle parvenait à dissimuler par ses années d'expérience. Elle porta un verre à ses lèvres, emplie cependant d'eau et non de vin: Sorte de rupture avec la coutume Velsnienne. En réalité, Angèle appréciait peu l'alcool et n'y trouvait que fort peu d'intérêt. Elle posa le verre, avant de reprendre.

«Je connais dame Foscarini, et je sais apprécier tout comme vous son écriture. Excellence Velsnienne, vous comparez assez justement la situation de Grammatika à celle de la Vahrénie. Néanmoins, il s'agit de deux pays différents, dans une situation Kartienne qui est -elle aussi- différente. En l'état, nous ne nous pencherons pas sur le cas de la Vahrénie tant que combattrons la Loduarie Communiste. Quant à la transition Grammatikaise, cette dernière est encore en déroulement: Nous pouvons vous dire que le régime -anciennement fasciste- s'orientera vers une monarchie parlementaire, démocratique donc. Quant à ce drapeau, il s'agit d'une initiative des autorités de transition Grammatikaises, il sera assurément remplacé. Vous semblez cependant, et légitimement, émettre quelques inquiétudes dans la mesure où contrairement au Grammatika, la Vahrénie possède une frontière avec un pays membre de l'Organisation des Nations Commerçantes. Nous allons répondre à ces inquiétudes, en séparant le cas Kartien de celui Estalien.

Admettons que la Vahrénie ait le même sort que le Grammatika. Le cas échéant, nous serions prêts à entamer des discussions avec la Youslévie, votre pays ou bien votre organisation si cela s'avère nécessaire, avant même notre intervention. Au même titre que pour nos éventuelles bases en Antares, notre territoire ou encore le Grammatika, nous ne donnerons pas l'accès à nos infrastructures à une armée étrangère. Vous évoquez également certaines appréhensions au niveau de la Leucytalée, permettez-moi de réitérer les propos de dame Shimanskaya: La République Fédérale Kartienne est prête à coopérer à ce niveau avec votre organisation. Nous pouvons même envisager une collaboration de nos marines entre elles, la République Fédérale Kartienne partage votre lecture de sécurité pour la Leucytalée: En dehors même de la Vahrénie. Que pensent les Excellences Velsniennes de ce point ?

Mettons désormais que ce soit l'Estalie qui entame des opérations contre la Vahrénie. En l'état, Excellences Velsniennes, la République Fédérale Kartienne ne saurait parler en son nom. Nous ne contrôlons pas la Fédération Estalienne, nous nous entendons simplement cordialement avec elle, il ne s'agit cependant pas d'une amitié comparable avec celle que nous possédons avec les Antariens. Le cas échéant de cette intervention, la République Fédérale restera neutre quant à l'Estalie: Nous n'empêcherons pas l'intervention tout comme nous ne l'encouragerons pas. Nous partageons néanmoins cette lecture, une telle action entraînera fort certainement des tensions avec la Youslévie, par extension avec l'Organisation des Nations Commerçantes. Nous pouvons nonobstant vous assurer que notre pays ne participera d'aucune façon à la mise en place d'une base de projection en Vahrénie contre la Youslévie.
»

La Gouverneure Orlovksi omettait totalement l'entrevue Estalo-Kartienne, qui avait justement traité de l'envie Estalienne de "libérer" la Vahrénie. Les services diplomatiques Kartiens avaient accepté pour entamer une coopération avec l'Estalie, tout comme il était préférable de ne pas voir émerger un autre vassal Estalien aux portes de Volkingrad. C'était par confidentialité, et pour ne pas remettre en jeu les relations avec l'Estalie, qu'Angèle n'évoquait pas cette entrevue. Mais au fond, cela ne changeait pas grand chose: Il n'y aura pas d'invasion Estalo-Kartienne contre la Vahrénie. Soit l'invasion Estalienne se presse au point de se passer lorsque Karty est encore en guerre contre la Loduarie, auquel cas il avait été évoqué que la République Fédérale ne pourrait pas soutenir l'Estalie. Soit l'invasion se passe après le conflit Loduarien, auquel cas Volkingrad répondra qu'elle ne pourra appuyer l'invasion du fait des restructurations nécessaires face à la Loduarie: La République Fédérale Kartienne ne peut se résoudre à des tensions avec l'Organisation des Nations Commerçantes, en réalité. Dame Orlovski avait répondu à l'ensemble des interrogations de ses interlocuteurs, Shimanskaya prit la parole à son tour.

«Je suis positivement étonnée de voir qu'une Excellence Velsnienne lit les ouvrages philosophiques Kartiens ! Je connais personnellement Serafina, elle serait chaleureusement flattée de la situation. Quoiqu'il en soit, il me semble que les discussions se soient taries, tout comme malheureusement le vin des carafes... Dit-elle en souriant amicalement. Il nous reste l'acquisition d'armements. L'Ordre Oruzhiya est majoritairement intéressé par des missiles, balistiques ou non en réalité. S'il s'agit de vingt unités, il serait largement disposé à en acquérir le double, ou même le triple...»

Citoyenne Angèle Orlovski
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"Quelqu'un peut me dire qui a mis du gras de bidoche sur le traité ?"


Le sénateur Di Grassi s'enfonça dans son siège, dans ce conseil où il ne restait finalement qu'un "ordinaire consultant". Il était communément admis comme étant un homme d'une humeur froide au naturel, et dont els silences trahissaient au choix une forme de satisfaction ou un caractère pensif. Il s'avançait peu dans les propos et réponses de la délégation kartienne, et d'Orlovski, dont il préférait digérer les réponses que de donner une suite claire. Pour cause, une partie de ce qui se dirait ici n'aurait probablement aucune utilité. Quant à l'autre partie, ce n'était pas là le moment pour en commenter et en disséquer tout le contenu. Il n'esquisse qu'un acquiescement aux différents éclaircissements de la délégation étrangère, et une réponse qui avait la volonté de clore cette partie, et de passer à la suite.

" Il faut toujours lire madame Orlovski, et ne jamais s'arrêter de lire. Sur ce mes excellences. Nous vous remercions des éléments de réponse ayant été mis à notre disposition. Je vais laisser le relais à mes illustres confrères sur le volet commercial, ce n'est pas là l'objet de mon utilité parmi vous, et j'ai toujours laisser le soin de compter la ferraille dorée à d'autres. Excellence Gazaga ? Excellence Ascone ? Je pense que c'est à vous.".


Parmi les membres du Conseil communal présents (il n'y en avait finalement là que quatre sur les huit existants au complet), on envoya des domestiques fureter entre ces derniers, servir quelques accommodations, dont le gargantuesque Patrice Albirio recevait devant son nez une bonne partie, et qui commence de suite à picorer dans son assiette, à la seconde même où l'assiette tinte sur la table.

"J'espère que cela ne vous dérange pas, la boisson et la nourriture en pleine négociation. Mais nous avons coutume de dire ici qu'aucune affaire ne peut se régler devant autre chose que du vin et du capicola. Comment ils appellent ça les gens du peuple ? Gabagool ?"

Rocco Ascone, certes le plus jeune du groupe, mais dont le surnom de "tirelire de la République" traduisait déjà l'importance et le poids qu'il avait prit au sein de ce conseil, de par les importantes réformes fiscales et monétaires qu'il avait mis en œuvre dans le vieillissant appareil d'état velsnien depuis 2015, voyait là une occasion de laisser un traité à sa signature, ce qui pour un sénateur velsnien, n'était pas un acte politique anodin, car cela permettait de souligner l'importance d'un bilan et la justification d'une réélection pour la prochaine échéance électorale sénatoriale. Ambitieux, incisif et ne cachant pas son attrait pour les livres de comptes, il commença à passer en revue les options à disposition des kartiens.

" Mes excellences, et si nous passions à la partie préférée de tout le monde ? En premier lieu, sachez qu'en ce qui concerne la tarification, l'Etat velsnien n'a de pouvoir que de suggestion auprès de nos partenaires privés. Le complexe militaro industriel velsnien est décompensé en une multitude d'entités, réunies au sein d'un Grand collège auquel vous avez eu affaire, la Société des Honnêtes Armuriers, et ceux ci nous ont laissé à votre adresse une grille de tarification, que nous avons évoqué par courrier interposés avant notre rencontre, si vous vous en souvenez.

Aussi, et comme nous vous l'avons indiqué, depuis l'adhésion de la Grande République à l'Organisation des Nations Commerçantes, nous nous sommes alignés sur le système de tarification alguaranane, à la fois par praticité, mais également pour suivre la concurrence féroce du secteur. Vos entreprises en savent quelque chose je pense. Si nous savons que vous êtes intéressés avant tout par le matériel balistique, ayez conscience que le complexe militaro industriel velsnien est en capacité de produire tout type de matériel, ce dans des standards de qualité supérieure, qu'importe les circonstances. Sachez également que la clientèle de la Société des Honnêtes Armuriers est confidentielle, et que les commandes passées dans ces ateliers ne sauraient être divulguées au tout venant. Bien entendu, l'intégralité du matériel livré est exclusif, et ne peut être fariqué sous licence à l'étranger. Cette culture du secret de fabrication, nos partenaires privés y tiennent énormément, et ce depuis la fondation du Collège des armuriers au XVème siècle. Aussi, bien que vous deviendrez propriétaires de ce matériel, il vous sera demandé de respecter ces clauses, et de respecter le travail des honnêtes armuriers velsniens. Si ces conditions ne sont pas respectées, nous seront dans le droit de ne pas honorer le matériel commandé qui ne serait as encore livré. Sommes nous d'accord sur ces points ?

Tout cela étant abordé, parlons tarifs...


Le Maître des Balances tourna les pages de son livret de notes, posant ses lunettes sur son nez. Ascone se penche légèrement au dessus du livre, plisse les yeux, puis les ouvre en grand.

Est-ce que quelqu'un peut me dire si on a mangé au dessus de mon livret ? Il y a du gras de viande partout. Plusieurs colonnes sont illisibles..."

Sans aucune gêne, le Patrice Albirio lui répond.

"Oui excellence Ascone. Je crois que c'est moi ce midi. Vous étiez parti répondre à l'appel de la nature, et je voulais voir ce que vous griffonniez. Vous m'en excuserez..."

Rocco Ascone accuse un long soupir d'agacement, puis se reocmpose rapidement face aux étrangers.

"Bon, je vais laisser ça aux greffiers, mais sachez que selon les tarifs en vigueur, l'unité de missile balistique est estimée à un prix de 1 800 unités internationales standards, soit l'équivalent de 1,8 million de florius velsniens. En sachant que c'est là un prix plus bas que la moyenne du marché existant, et que nous pouvons vous faire accéder à un stock déjà produit, nous estimons que c'est un très bon prix.

Pour ce qui est des quantités, nous pouvons nous mettre d'accord pour une livraison immédiate de vingt unités, ainsi que de vingt supplémentaires, mais qui seront livrés ultérieurement, à une date convenable, bien entendu, puisqu'ils pourront être mis immédiatement en production dés que le traité sera signé. Là encore, je vous prie de nous faire connaître toutes vos objections."


Rocco Ascone se reetourne vers les greffiers présents dans la pièce, à qui il s'adresse impérieusement.

"Greffiers. Commencez donc à rédiger notre accord, et tout ce qui a pu se dire en ces lieux. Que l'on fasse ce document en quatre exemplaires: un pour nos excellences kartiennes, un pour le Sénat des Mille de la Grande République pour ratification, un autre pour l'Assemblée des comices splendori, et un dernier pour les archives communales. Oh. Et ramenez moi un autre livret pour mes notes, vous...pouvez reprendre celui-là."

D'un geste dédaigneux, il referma les pages grasses de son livre, et fit glisser l'ouvrage jusqu'au greffier le plus proche. Il y eu un moment de flottement durant quelques minutes, jusqu'à ce que l'un des greffiers vint glisser un premier brouillon de document sous le nez de Rocco Ascone, lequel avait soigneusement évité de le faire passer dans les mains du Patrice. Le Maître des Balances fait glisser l'une des copies en direction de la délégation velsnienne.


Deuxième traité des gentilhommes kartiens a écrit :

Second traité des gentilhommes kartiens et velsniens


PREAMBULE


Par ce présent traité, les représentants respectifs de la République de Karty et de la Grande République de Velsna s'engagent à un respect strict des termes du dit texte. Déterminés à sauvegarder la bonne tranquillité et la sérénité de la Leucytalée entre eux, dans la plus grande des amitiés et le respect mutuel, ils se sont ainsi mis d'accord sur le texte ci-joint :

Article 1: Les deux parties s'engagent dans une transaction de matériel de classification militaire, impliquant les partenaires privés de la Grande République de Velsna en tant qu'entité vendeuse, et le gouvernement de la République de Karty en tant qu'entité aquéreuse.

  • Le contrat est estimé, en termes matériels, à la transaction de quarante missiles balistiques dernière génération.
  • Le contrat implique une transaction évaluée à 1 800 unités internationales standard (équivalant vesnien: 1,8 millions de florius velsniens). En coût total, et prenant en compte la totalité de la commande, la transaction finale est évaluée à 72 000 unités internationales standard.
  • En terme de règlement, il est laissé la possibilité au Gouvernement de la République de Karty un règlement en deux montants égaux. Une dés la réception des vingt premières unités balistiques, l'autre lors de la réception des vingt dernières unités balistiques.

Article 2: Les partenaires privés de la Grande République, réunis sous l'entité de la Société des Honnêtes Armateurs velsniens, s'engagent dans la pleine confidentialité de l'accord, et au respect du secret de la clientèle, à ne pas divulguer les détails de la commande. La fuite de tout document relatif à la vente est prohibée de la part de de la Société des Honnêtes Armateurs.


Article 3: Le Gouvernement de la Grande République de Karty s'engage à la non reproduction des technologies militaire velsniennes relatives à la commande, ou à la remise en vente de matériel militaire velsnien impliqué dans le cadre de ce contrat.


Article 4: Le Gouvernement de la République de Karty s'engage au respect d'un protocole relatif aux opérations hypothétiques d'après guerre, sur le territoire antarien ET loduarien, si d'aventure, une portion du territoire loduarien serait occupée à l'issue d'un conflit.

  • La République de Karty s'engage au non déploiement d'unités de tir balistique, quelqu'un soit leur nature sur le territoire antarien.
  • La République de Karty s'engage à la limitation de vol d'unités aériennes dans le ciel antarien, et ce à un usage eclusivemet défensif vis à vis du territoire antarien.
  • La République de Karty s'engage au retrait de toutes les unités navales en présence dans le théâtre d'opérations et à leur retour dans les eaux kartiennes une fois le conflit terminé.
  • La République de Karty s'engage à ne pas laisser accès libre et sous aucun prétexte à ses installations militaires éventuelles en territoire antarien, à l'adresse de puissances tierces, quel qu'elles soient, y compris le gouvernement antarien lui-même.
  • Les installations militaires définies après le conflit comme relevant de la République de Karty seront considérés par le Gouvernement communal de la Grande République comme passant sous juridiction temporaire kartienne.
  • La République de Karty s'engage à son retrait militaire du territoire antarien dans le cas où le futur gouvernement antarien en fera la demande, conformément au principe de respect de la souveraineté des états.


Article 5: Le non respect des clauses précédentes du traité entrainera sa caducité.


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AlinéaMets raffinés et grands crus se mélangeaient à la table, auprès des traités et paroles des diplomates. La nourriture Velsnienne parvint aux deux Kartiennes, l'une d'entre elles se chargea d'en apprécier les saveurs. Il s'agissait de la Gouverneure Shimanskaya, dont l'appétit semblait cependant fort amoindri en comparaison du Patrice Albirio. Dame Orlovski, elle, se chargeait d'étudier avec ses finesses l'ébauche que lui avait donnée le Maître des Balances. Elle décela quelques ajustements. Tout semblait approcher la perfection, pour cette entrevue. Néanmoins, ce tout s'arrêta en quelques instants. Tout allait perdre sens. Le grande porte de la Salle du Conseil communal résonna, trois coups l'avaient épousée: Un homme entra. Il avait l'apparence frêle, des lunettes qui lui donnaient un air de technicien, un costume ajusté à sa maigreur remarquable. La Gouverneure Orlovski leva la tête, il s'agissait d'un assistant Kartien. Ce dernier amenait avec lui un document cacheté, l'huissier se fit discret et silencieux à l'égard des Velsniens. L'homme remit le document, puis échangea quelques mots inaudibles, avant de disparaître. Angèle interrompit la lecture de l'ébauche, tandis que les Velsniens semblaient certes curieux, mais continuaient à s'adonner au festin qui se présentaient à eux. Son comportement ne changea pas, son attitude et son visage restaient impassibles. Pour autant, une lueur de joie et d'espoir s'était immiscée en elle. Enfin. Tosca, elle aussi, avait interrompu sa salve appréciation du repas, s'informant de la nouvelle. La Loduarie Communiste a rendu les armes, les premiers mots par lesquels le rapport confidentiel s'entamait. Ainsi soit-il. Angèle referma le document, reprit l'attention des Velsniens ainsi que sa parole, fer de lance de la diplomatie de la République Fédérale Kartienne.

«Excellences Velsniennes. Certains passages de ce traité sont à revoir, dans la mesure où ils sont profondément dépassés par la conjoncture qui caractérise actuellement l'Eurysie de l'Ouest. Les autorités Loduariennes ont abandonné leur intervention. Nos forces armées ont obtenu la libération de l'espace aérien du Concordat de Shaula, ainsi que la mort de la responsable de cette guerre: Aurore Geraert-Wojtkowiak. Cette défaite indique que les garanties que vous nous demandez ne sont plus des hypothèses, cela change la portée et le but de nos discussions. Excellence Di Grassi, vous questionniez la stratégie que notre pays employait pour ce conflit. Les événements semblent avoir tranché ce débat avec une certaine célérité.

La République Fédérale Kartienne souhaitait faire l'acquisition des ces unités balistiques en vue d'une autre offensive sur la Loduarie Communiste. Puisque ce conflit n'est plus, cette vente n'a plus sa raison d'être initiale. Il s'agit de reconstituer les réserves de l'Ordre Oruzhiya: La République Fédérale souhaite faire l'acquisition de 20 unités. Cependant, nous réaffirmons notre souhait de diplomatie et de stabilité en Eurysie de l'Ouest. Nous protégerons la République d'Antares, nos infrastructures ne deviendront pas un moyen de projection pour une puissance tierce. Néanmoins, nous attirons votre attention sur deux points, Excellences Velsniennes. Le troisième alinéa de l'article 4 empêche tout exercice maritime conjoint dans les eaux territoriales de la République d'Antares, territoire sous sa souveraineté. Le quatrième alinéa empêche la venue de tout militaire Antarien au sein de ces futures bases. Puisqu'il s'agit du territoire de l'Antares, nous demandons à ce que nos infrastructures leur soient accessibles. La coopération militaire entre notre pays et l'Antares est une réalité, Excellences Velsniennes. Par ailleurs, nous demandons que la Grande République de Velsna reconnaisse officiellement par ces accords que ces bases ne constituent pas une menace pour la stabilité régionale ou pour l'Organisation des Nations Commerçantes.

Cette victoire ne modifie en rien les engagements évoqués au sein de cette entrevue. Nous négocions par les éléments de la guerre, il s'agit désormais de la paix.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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