11/05/2020
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[Conseil] Conseil permanent des états néogallèsants à Venon

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Titre de la section avec un style néon avec dégradé de trop bon gout et l'on peut lire : " Conseil permanent des états néogallèsants : Makota, Dakora, Barbery"

Une carte postale de Venon où l'on voit l'autel de ville de la municipalité

Un aperçu de la salle de réunion

Le Conseil permanent des États néo-gallésants est en quelque sorte une chambre de discussion informelle réunissant les représentants du monde gallésant d’Aleucie, à savoir la République du Makota, la République du Dakora (représentée par deux de ses composantes, à savoir l’État mais aussi la Parapluvie) et la République de Barbery. Ce conseil est informel dans le sens où il est dénué de toute existence légale et constitutionnelle et tient davantage d’une réunion permanente que d’une chambre. Aussi n’a-t-il aucun pouvoir propre et se borne-t-il à être un pur organe diplomatique. En effet, les néo-gallésants ont un grand point commun (en réalité ils en ont beaucoup plus d'un) : ils tiennent en sainte horreur les machins interétatiques et partagent, globalement, une grande méfiance à l’égard du pouvoir qui s’exerce lointainement et indirectement, dans une logique administrative et réglementaire, par des gens souvent méconnus et presque toujours méprisables. Aussi le Conseil de Venon n’est-il pas une institution au sens strict mais simplement une table autour de laquelle tout le monde se réunit pour parler entre entités souveraines aux intérêts convergents et se reconnaissant une identité proche et un avenir commun.

En ce qui concerne le lieu en lui-même, il s’agit de l’hôtel de ville de Venon, qui met une partie de ses locaux — les meilleurs — à disposition des délégations membres du conseil. Lesquelles peuvent aussi profiter d'une suite dans le meilleur hôtel de la ville. Hôtel qui a vu son standing s'améliorer considérablement depuis qu'il a été racheté par le groupe hôtelier Olaf, groupe administré par l'inénarrable demoiselle Olaf, jeune femme pétulante et haute en couleur bien connue de ceux qui s'intéresse au monde néogallèsant. Enfin, ce qu'il faut retenir c’est que la création de ce Conseil, outre qu'il permet une meilleure communication entre tous ses membres est aussi une opportunité majeure pour cette ville minière en déclin du Nord de Barbery qu'est Venon, ville lourdement impactée par l’Incident du Dakora, de retrouver du dynamisme et une image bien meilleure au nation comme à l'international.

Sur le plan de l’organisation formelle, les discussions se font à bâtons rompus et chacun peut aborder le sujet qu’il souhaite. Les réunions sont cependant privées afin de s'assurer de pouvoir sereinement parler des sujets sensibles. Il n'y a pas d'horaire et pas de contraintes, un personnel discipliné et dévoué servant boisson et repas à tout heure du jour et de la nuit, faisant les chambres sur demande et portant les messages et autres menus services est disponible à discrétion pour tous toutes les membres de chacune des délégations. Notons enfin, parce que c'est une obligation contractuelle de le faire savoir, que le personnel est gracieusement fourni par les bons soins de la Compagnie Olaf.

Liste des interventions

Arrivée de la délégation barberienne
Arrivée de la délégation makotane
Arrivée de la délégation de la Parapluvie
Arrivée de la délégation dakorienne

Première prise de parole de Mlle Jeanne-Marie Hoctemare, pour la République de Barbery
Première prise de parole de M et Mme Noël Olaf, pour la République du Makota
Prise de Parole du Capitaine Amanda Charlier pour la République du Dakora
Prise de parole de Monsieur Albert Frênevay pour la Corporation Parapluvie

Arrivée de la délégation punk

Ouverture de la deuxième séance : le sommet de Lornbridge

Ouverture de la troisième séance : Du statut de la Parapluvie
Intervention de Noël Olaf, représentant de la République du Makota
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Arrivée de la délégation barberienne
Mlle Hoctemare tient salon dans une des pièces de l'Hotel de Ville de Venon, photographie couleur
Illustration non-contractuelle puisque l'on voit des gauche des dakorans et à droit des makotans, délégations qui ne sont pas encore arrivées.


Organisant l’événement sur ses terres et dans un de ses bâtiments officiels, il était bien naturel que la délégation barberienne soit la première arrivée au Conseil. Venon n’était pas une ville très flatteuse pour Barbery, mais il s’agissait certainement de ce qui se faisait de plus simple pour tout le monde. Et puis ces montagnes avaient un indéniable charme, si l’on exceptait les traces récentes de Smog visibles au loin, car l’on se trouvait à la frontière immédiate du Wasteland dakoran, à faible distance du Makota à vol d’oiseau — bien que toutes ces considérations d’azimut, comme on dit, n’aient en réalité pas beaucoup de sens au final. Venon avait également l’avantage majeur d’être le terminus de la grande ligne de chemin de fer qui traversait Barbery, tout en étant aussi le terminus de la ligne minière dite Serpentine, qui permet de rejoindre Sainte-Régine, capitale du Makota, en traversant toute la République du Dakora. Pour l’heure, la Serpentine étant encore en phase de restauration, cette voie ferrée n’était donc pas opérationnelle, mais à terme les trois nations pourraient toutes rejoindre l’endroit par le chemin de fer. Un chantier était d’ailleurs en cours pour connecter la Ligne Serpentine et la Grande Ligne de Barbery, travaux qui n’avaient cependant rien d’urgent puisque le plus important et le plus fastidieux était de remettre en état les nombreux ouvrages d’art de la vieille ligne dakorane qui n’avaient plus servi depuis l’Incident du 5 mai 1990.

Enfin, la délégation barberienne était actuellement composée de quelques diplomates de qualité triés sur le volet et dirigée par Mlle Jeanne-Marie Hoctemare, la fille du Président Hoctemare. Il n’était pas prévu que le Président vienne en personne, bien que cela ne lui fût bien entendu pas interdit, mais étant, comme on se l’imagine, un homme très occupé, il avait délégué cette charge diplomatique à ses enfants, qui devraient donc se relayer à la direction de la délégation barberienne. Ils avaient joué à pile ou face ; Jean tira la pièce, et comme à chaque fois qu’ils jouaient à ce jeu, c’était lui qui gagnait. Jeanne-Marie ne disait rien, elle laissait son frère se défiler pour cette fois. À sa décharge, le fils Hoctemare, en charge de la sécurité et de l’armée, avait certainement beaucoup plus de responsabilités que la fille Hoctemare, dont les responsabilités se bornaient à s’occuper de la Recherche et du Développement de la firme familiale, et par là même de Barbery qui en est, finalement, que l’incarnation publique.

Bien entendu, la Recherche et le Développement d’une entreprise-État comme la Hoctemare s’apparentaient, en réalité, à un ministère — et un ministère important. Mais la plupart du temps, en réalité, cela consistait seulement à lire des projets, allouer des fonds, ordonner des inspections et lire les rapports qui en découlaient pour, enfin, décider si oui ou non il fallait poursuivre tel ou tel projet et, si oui, dans quelle direction. Et naturellement, son père ne l’avait pas laissée seule : les conseillers ne manquaient pas, tous disposant de vastes compétences techniques et la plupart rendant des comptes discrets à son père chaque fois qu’ils avaient des doutes sur ses décisions à elle. Alors le Vieux Hoctemare venait la voir, toujours le cigare au bec et entrant dans son bureau sans frapper, et lui expliquait la situation avec les mêmes arguments qu’elle avait entendus dans la bouche de son subordonné. Évidemment, quand Papa expliquait la décision qu’il fallait prendre, il n’était pas question de résister : il fallait obtempérer, comme pour Jean, et elle savait qu’elle pouvait toujours se rattraper autrement si elle leur accordait les victoires qu’ils exigeaient.

Enfin, ici, à Venon, la situation était sans doute un peu différente, car il ne s’agissait pas de faire un travail d’exécutante et d’administration. Ici, c’est l’avenir de la Centraleucie qui se jouait. Et elle sentait qu’elle avait un coup à jouer pour son propre avenir. En effet, en se faisant connaître et en bien, en étant à l’initiative de projets d’utilité générale, elle était assurée de se faire un nom et cela devrait assurément lui servir. Elle avait déjà préparé le terrain puisque c’est elle qui s’était arrangée avec la fille Olaf pour que l’Hôtel de Venon devienne un prestigieux Hôtel Olaf. Cette gamine insolente était d’une vanité difficilement supportable, mais il fallait admettre qu’outre son charme et son énergie indéniables, elle connaissait bien son métier et Venon, dans ses parties nobles, s’améliorait visiblement de jour en jour. Mlle Hoctemare ne savait trop quoi en penser de la précieuse, mais elle s’étonnait de constater que la fille Olaf était si bien disposée à son égard simplement parce qu’elle lui avait donné l’occasion d’exposer sa suffisance et sa préciosité. Voilà une alliée de poids qui n’est pas difficile à satisfaire bien qu'un peu fatigante.

Malheureusement, ce n’était pas Mlle Olaf qui avait été choisie comme chef de la délégation makotane, tâche qui ne pouvait pas revenir à une femme car incluant trop d’aspects techniques. Les femmes pouvaient, à la rigueur, être ambassadrices, mais ces vachers primitifs estimaient qu’elles n’étaient pas capables de gérer convenablement des dossiers trop complexes ni d'en comprendre toutes les subtilités techniques. Pire, ils estimaient que la complexité de certains dossiers entraînait chez les femmes une fatigue nerveuse qui leur était très préjudiciable sur le plan physique comme moral. Naturellement, Mlle Hoctemare ne partageait pas du tout cette opinion qui, du reste, ne s'exprimait pas avec autant de clarté en Barbery qu'au Makota. Elle, outre qu’elle était naturellement une femme et qu’elle se jugeait apte à faire ce qu’elle faisait et à le faire bien, elle avait tendance, quand cela dépendait d’elle, à ne s’entourer que d’un environnement exclusivement féminin pour des raisons de goût et d’inclination intime.

Sur le plan des projets, Mlle Hoctemare avait reçu carte blanche de son père pour favoriser et mettre en place toutes les initiatives susceptibles de rapprocher les pays siégeant au Conseil. La priorité, comme on l’a déjà dit, était de mettre la pression sur les autorités dakoranes pour qu’elles achèvent au plus vite la restauration de la Ligne Serpentine, mais il était aussi question de mettre en place une compétition de volleyball féminin unissant les principaux clubs de chacune des nations dans le cadre d’un événement qui promettrait d’être hautement lucratif pour la Hoctemare, qui en aurait naturellement les droits, tout en étant très utile pour le projet de Confédération que Barbery menait subtilement sans cependant jamais le revendiquer publiquement pour ne pas effrayer les Makotans que les accords internationaux terrorisaient déjà. C’est dans ces dispositions et l’esprit plein d’espoir en l’avenir que la demoiselle Hoctemare arrive donc à Venon pour ouvrir la première session une fois que ses homologues dakorans et makotans seront arrivés.
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Arrivée de la délégation makotane

Les premiers arrivés sont les Olaf (père et mère)
Cette photographie est contractuelle et montre Mlle Hoctemare, représentant Barbery, tenir salon avec les époux Olaf qui représentent le Makota.

Le bon Olaf ne savait toujours pas s’il avait bien fait d’accéder à la demande de son ami Jean Irreville, qui, certes, était un vieil ami en plus d’être le président de la République, mais qui était aussi un opposant politique. Représenter le Makota à ce Conseil de Venon, ce n’était pas rien. Sans compter le temps que lui feraient perdre ces palabres infinies, il faudrait sûrement qu’il prenne parti pour telle ou telle politique. Or, justement, Noël Olaf détestait la politique. Il n’aimait pas les controverses, les invectives, les éclats de voix et les violences verbales — lesquelles devenaient souvent physiques et armées au Makota —, ce qui était assez cocasse pour un homme qui, siégeant à la chambre censitaire, était au nombre des congressistes makotans. Cela dit, la Chambre censitaire n’était pas la plus animée des chambres, et l’on y était souvent assez serein quand on se bornait à traiter calmement du seul sujet qui faisait consensus dans ses rangs : les affaires. Et le millionnaire, sur ce point, ne se distinguait pas de ses collègues censeurs car il était lui aussi affairiste. Il n’en tirait aucune honte, il était boutiquier et il le revendiquait. Parfois, d’ailleurs, face aux intrigues et à la violence du beau monde makotan, il était pris d’un profond désir de tout plaquer, de donner tous ses millions de dollars-or aux Sœurs de Sainte-Régine, qui n’en demandaient pas tant, et d’aller ouvrir sa petite épicerie qu’il gérerait paisiblement. Enfin, aussi paisiblement que le lui permettrait sa femme.

Et c’est sur ce point qu’échouait son rêve de petit négoce, car oui, Noël Olaf avait une femme. Elle s’appelait Henriette et était obèse (bien qu’elle fût ravissante dans sa jeunesse) et odieuse (ce qui fut toujours le cas). Parfois il doutait même que cette furie fût bien une femme et songeait, plaisamment, qu’on lui avait fait épouser par mégarde un éléphant ou une truie. Naturellement, il ne se serait jamais permis de formuler oralement ce qu’il avait en tête concernant sa moitié devant Dieu. Il n’en pensait pas moins et avait toutes sortes de noms d’oiseaux pour la qualifier quand, alors qu’il était calme et effacé de tempérament, il devait gérer les crises de colère et d’hystérie de son épouse. Néanmoins, il s’obstinait à ne pas prendre d’amantes et ne recourait que fort peu souvent aux courtisanes (pas plus qu’il n’était d’usage dans le grand monde makotan, mais pas moins non plus). En réalité, il lui fallait bien reconnaître qu’entre lui et sa harpie s’était établie une sorte de pacte tacite consistant au fait qu’elle lui passait sa placidité de tempérament en échange de quoi il acceptait de subir ses sauts d’humeur. Cela avait manifestement plutôt bien marché puisque de cette union étaient sortis deux enfants.

Il y avait un fils, dont il n’y a pas grand-chose à dire tant il semble insignifiant bien qu’encore jeune. Lui, il avait, du moins, l’excuse de la minorité. Et il y avait une fille. Car oui, Noël Olaf avait une fille. Tout le monde la connaît la demoiselle Olaf car elle se montre en spectacle à la terre entière. Elle était une perpétuelle source de honte pour son père, presque autant que son Henriette de mère. Mais il l’aimait, aussi il faisait tout pour la satisfaire. Il a dépensé beaucoup d’argent pour sa fille et en dépense toujours énormément, mais qu’importe, car à quoi sert l’argent, finalement, sinon à le dépenser pour sa famille ? Et sa fille avait besoin d’argent, toujours, beaucoup. Notamment pour se payer ses robes hors de prix et entretenir son équipage invraisemblable de soubrettes qui peuplent en permanence ses logements. Mais le tableau n’était pas si noir que cela car la jeune fille commençait à devenir rentable, pour ainsi dire, car elle obtenait des résultats très satisfaisants dans l’administration des Hôtels de luxe Olaf, présidence qu’il lui avait donnée pour faire oublier le fiasco absolu du passage de la jeune fille à la direction de la chaîne de restaurants routiers et populaires Olaf. Au moins, il avait la satisfaction d’avoir placé sa fille. Elle n’en restait cependant pas moins insupportable. Elle tenait ça de sa mère. Il fallait faire avec. Au moins contrairement à sa mère, il n'était pas tenu de vivre en permanence avec sa folle de fille.

Tout cela pour dire que Noël Olaf arrivait au Conseil de Venon avec sa femme. Il y venait avec pour instruction d’améliorer au maximum les relations entre Barbery et le Makota afin d’obtenir le rétablissement des flux économiques entre les deux pays le plus rapidement possible et aux conditions les plus avantageuses. Il lui était aussi demandé de pousser Barbery à s’investir dans la reconquête et la reconstruction du Dakora, entreprise qui était très fastidieuse à soutenir seul. Enfin, naturellement, parce qu’on est entre Makotans qui se comprennent bien, il lui était permis de profiter de sa position pour avancer au mieux ses intérêts, ceux du groupe Olaf, dans les autres pays de neogallésants — ce qu’il avait d’ailleurs déjà commencé à faire en autorisant sa fille à acheter l’hôtel de luxe miteux de Venon, sis à proximité de l’Hôtel de Ville. Investissement qu'il avait effectué à des fins de renseignement et d'espionnage car les affaires sont les affaires.
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Arrivée de la délégation de la Parapluvie

Photographie des trois délégations arrivées
les délégations barberiennes (Mlle Hoctemare), makotanes (M. et Mme Noël Olaf) et de la Parapluvie (M.Albert Frênevay)

Monsieur Albert Frênevay était un directeur d’abri assez antipathique. C’est tout du moins l’image que l’on s’en faisait à la direction générale de la Corporation Parapluvie. Mlle Dispensier ne l’aimait guère, car elle le trouvait totalement dénué de jovialité et assez peu dynamique, deux choses qui lui semblaient essentielles pour incarner au mieux ce que devait être un membre du conseil d’administration de l’entreprise. Fils de directeur d’installation, lui-même fils de directeur d’installation, il appartenait à une lignée en quelque sorte prestigieuse de cadres supérieurs attachés à la Firme. C’est pourquoi la jeune femme ne pouvait pas l’écarter comme elle l’aurait aimé pouvoir le faire. De plus, elle savait ce qui se passerait si elle arrivait à mettre ce trouble-fête sur la touche : il lui faudrait composer directement avec sa sœur.

Car Monsieur Albert Frênevay avait une sœur, jumelle qui plus est, en la personne de la géniale mais souffreteuse Mlle Alexandra Frênevay. Les deux demoiselles, Dispensier et Frênevay, se connaissaient bien et se détestaient copieusement. Pour être plus précis, Mlle Frênevay méprisait ouvertement Mlle Dispensier depuis le jour où, encore adolescente, elle avait piraté un terminal informatique de l’abri 1, où elle avait appris que la fille du PDG avait un quotient intellectuel à peine supérieur à 120. Il faut comprendre que Mlle Frênevay, pour sa part, avait un QI faisant au moins le double, bien que, de l’aveu de tous, la mesure du QI n’était plus pertinente pour estimer les capacités cognitives de la jeune femme qui outrepassait largement les modèles. Il faut dire que les deux femmes avaient été créées dans des logiques très différentes. Mlle Dispensier n’avait pas été conçue pour être suprêmement intelligente, mais uniquement supérieure à la moyenne en ce domaine comme dans les domaines esthétiques, sportifs, social et psychique. En somme, le vieux Dispensier s’était fait une fille qui n'était certes qu'un peu meilleure, mais qui l'était dans tous les domaines. Il n’en allait pas de même pour feu Alexandre Frênevay, le père des jumeaux, qui, lui, ne jurait que par l’intelligence pure et avait négligé tout le reste. Il en était ressorti que les jumeaux Frênevay, et surtout la fille, étaient vraiment supérieurement intelligents mais qu’en dehors de cela, le reste était lamentable : des corps souffreteux, un air malingre, des nerfs fragiles et une associabilité qui dépassait les bornes de ce que la firme était disposée à supporter à l’ordinair.

Mlle Dispensier, quant à elle, ne méprisait pas la fille Frênevay. Elle avait suffisamment d’intelligence sociale pour ne pas commettre cette bêtise. Non, ce qu’elle ressentait pour sa subordonnée était plutôt de la peur. Elle avait peur de Mlle Frênevay, car elle la connaissait bien, et elle savait de quelle cruauté elle était capable, elle connaissait son indifférence absolue à toute considération morale et autre valeur humaine. Et pourtant, l’on se doute que la Parapluvie était assez souple sur les questions éthiques. De plus, comme on l’a dit pour son frère Albert, Alexandra renvoyait quelque chose que Mlle Dispensier, comme son père avant elle d’ailleurs, détestait : l’eugénisme violent et vindicatif. Car, contrairement à ce que pourrait croire un observateur extérieur, Mlle Dispensier n’était absolument pas une extrémiste : elle était au contraire une eugéniste modérée, défendant ce que l’on appelle l’eugénisme positif. Récompense pour ceux qui, inférieurs, se font volontairement stérilisés, refus des politiques d’élimination systématique des faibles (il y a des procédures et des calculs de couts), acceptation de l’existence de l’imperfection et de la coexistence avec des êtres dysgéniques etc. Voilà tout ce en quoi ne croyait pas Mlle Frênevay. Elle, elle croyait en l’extermination, en la domination, en la destruction. Elle ne jurait que par la loi naturelle pure et non faussée, l’eugénisme intégral. Et si Mlle Frênevay le pensait, alors Albert Frênevay le pensait aussi. Car le frère était en adoration pour sa sœur et tombait d’accord avec tout ce qu’elle disait, considérant ses volontés comme des ordres. Il y a un autre chapitre, beaucoup plus intime, sur lequel les jumeaux étaient très proches, un chapitre assez peu compatible avec les règles eugéniques et les lois élémentaires de la parenté, et cette promiscuité contre nature, tout le monde la connaissait à la Parapluvie, ce qui assombrissait encore bien davantage le profil de nos jumeaux qui apparaissaient donc, à juste titre, aussi géniaux que détraqués. Et l’on pourrait également aborder le mystère pas si mystérieux de la mort de leur père dans un accident de laboratoire… Il y aurait, en somme, des choses à dire.

Pour l’heure, disons seulement que Mlle Dispensier n’avait pas eu le choix que d’envoyer le directeur Frênevay, qui était volontaire, en échange de quoi il avait consenti à ce que sa sœur continue de ne pas siéger au conseil d’administration malgré ses nombreuses parts dans la société et son importance considérable dans les laboratoires du la Firme. De son côté, Albert a poussé pour avoir ce poste de conseiller à Venon, car il y voyait -- ou plutôt sa soeur y voyait, car lui ne fait qu'obéir -- l’opportunité de favoriser sa tendance, l’eugénisme intégral, au sein du monde néo-gallèsant. Les instructions de Mlle Dispensier sont très simples : être là, avec les puissances régionales, ne pas faire trop de vague, être toujours dans le consensus et faire en sorte, progressivement, que la Parapluvie devienne un membre normal, banal et non remarqué du conseil.
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Arrivée de la délégation dakorienne

Photographie des délagations au completPhotographie des délégations : Mlle Hoctemare pour Barbery, M. et Mme Noël Olaf pour le Makota, M. Albert Frénevay pour la Parapluvie et le Cpt Amanda Chartier pour le Dakora

Le capitaine Amanda Chartier était la personne qui avait été choisie pour représenter la République du Dakora au Conseil des États néo-gallèsants. Cet officier féminin, en charge du service du courrier auprès du général Lye, chef de l’État, était dans les petits papiers de son maître et avait donc toute sa confiance, chose indispensable pour remplir au mieux cette importante mission. Car le Conseil était en réalité une place éminemment stratégique pour la République du Dakora. Au moins aussi stratégique que ses avant-postes avancés en bordure du Despotat Punk, car il s’y jouait l’avenir diplomatique et géopolitique de la petite et jeune République. En effet, la République du Dakora, en elle-même, avait en réalité très peu de légitimité, car ses ressources humaines comme matérielles en faisaient mécaniquement un État satellite, pour ne pas dire fantoche, de la République du Makota. En prenant sa place à côté des Républiques de Barbery et du Makota, elle s’imposait ainsi comme une vraie nation au même niveau que ses deux sœurs.

Certes, il avait fallu accepter la présence de la Parapluvie, laquelle, pourtant, reconnaissait officiellement la République du Dakora comme seule entité étatique légitime du Wasteland. C’était une situation totalement bancale et qui finirait par poser des problèmes un jour. Mais il fallait se rendre à l’évidence : la République du Makota avait besoin de la Parapluvie pour tenir le Wasteland et les Hoctemare, qui règnent sur Barbery, certes en coulisse mais de manière absolue et sans partage, l’avaient imposé. Or, le rapport de force actuel était tel que c’était le Makota et Barbery qui décidaient et tout le reste devait suivre. C’était là une chose qui aurait certainement beaucoup surpris les Dakorans d’avant l’Incident du 5 mai 1990, car le Makota des années 90 comme son homologue barberien étaient alors des nains à tout point de vue et paraissaient insignifiants. Mais aujourd’hui, c’est le Dakora qui est l’homme malade. Cela dit, le fait d’être l’homme malade était en réalité un énorme progrès car jusqu’à il y a peu, il était l’homme mort. Enfin, le capitaine Amanda Chartier, connue de toutes les chancelleries qui ont eu affaire avec la République du Dakora, avait été choisie car, outre qu’elle avait toute la confiance de son chef, elle était assurément la meilleure diplomate de toute la République. Son histoire n’est pas très différente de celle du lieutenant Thérèse Verne, autre cadre féminin et qui, quant à elle, était en charge des archives nationales. Même situation de blocage social et professionnel au Makota, même désir de mener une vie d’homme, même engagement dans un stand de recrutement du corps expéditionnaire du général Lye, même genre de vie fait de solitude et de célibat consacrée à la nation dakorane, la cause qu’elle a embrassée en même temps qu’elle a imposé sa signature à son acte d’engagement.

Concernant sa mission au Conseil néogallèsant, ses instructions sont simples. Elles sont curieusement assez semblables à celles que Mlle Dispensier a données à Albert Frênevay pour la Parapluvie : faire exister sa nation dans le Conseil, en devenir un élément à part entière, se faire une place en somme. Pour le reste, Amanda a reçu carte blanche pour tout signer car le Dakora n’a rien à perdre et, en vérité, le général Lye a beau aimer le Makota pour être d'origine makotan lui-même et avoir fait toute sa carrière dans son armée, il ne verrait pas d’un mauvais œil que la tutelle du Makota sur le Dakora soit à terme partagée avec Barbery, ce qui permettrait plus de liberté en jouant l'un contre l'autre.
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Prise de parole de Mlle Jeanne-Marie Hoctemare, pour la République de Barbery

Mlle Hoctemare en oratrice

Confortablement assise dans son fauteuil, président de facto ce conseil du fait que comme il se tenait dans son pays et qu’elle l’avait préparé et qu'elle s'était installée en position centrale, Mlle Jeanne-Marie Hoctemare, vice-président adjoint de la Corporation Hoctemare et directeur de son pôle Recherche et Développement, prit la parole au nom de la République de Barbery — en réalité au nom de son père le Président Hoctemare, ce qui, depuis la fin de la guerre civile, était rigoureusement la même chose. Elle avait fait le choix de ne pas assembler ses convives dans la salle de conférence, mais de demeurer autant que possible au salon afin que les discussions prennent le plus possible la forme d’un échange cordial et informel entre amis voulant arranger les plis plutôt que d’une réunion grave entre diplomates dans laquelle chacun défendrait les intérêts de celui qu’il représente. C’était évidemment une pure manœuvre de manipulation de la part de la jeune femme car, elle, elle ne perdait absolument pas de vue ses intérêts malgré la mise en scène de cette prise de thé.

D’ailleurs, le résultat de cette stratégie de diversion était en réalité assez mitigé dans ses effets. Si elle voyait bien que les Olaf, qui représentaient la République du Makota, étaient habitués à ce genre de chose et semblaient parfaitement joviaux, surtout Henriette, il apparaissait aussi clairement qu’en gens du monde, ils n’étaient pas dupes et étaient au contraire très au fait de la technique. Le capitaine Amanda Chartier, pour la République du Dakora, était, quant à elle, réservée, discrète, stoïque, pour ne pas dire timide et intimidée. On aurait pu la prendre pour un membre du personnel si elle ne portait pas cet uniforme militaire féminin, et il est clair qu'elle se serait beaucoup mieux sentie à une table de négociations avec ouverture et fermeture des séances, prises de parole minutées avec activation et désactivation de micros, et négociations de textes techniques normatifs. Quant à M. Albert Frênevay, représentant de la Parapluvie, il refusait le thé, indiquant qu’il ne prenait aucune collation non prévue par son programme nutritionnelle, et restait calme et immobile dans son fauteuil, gardant souvent un silence des plus étranges et pointant de son regard tantôt l'un tantôt l'autre avec un regard aussi inexpressif que manifestement intelligent et prédateur. Cependant il souriait de temps à autre pour se montrer aimable, ce qui ne fonctionnait assurément pas et renforçait le malaise.

De son côté, cependant, Mlle Jeanne-Marie Hoctemare prenait un grand plaisir à boire son thé et appréciait beaucoup le confort de ce salon que Mlle Hélène Olaf, la fille des représentants du Makota, avait admirablement bien aménagé. Elle reconnut, une fois encore, que bien que la jeune furie fût indiscutablement insupportable d’orgueil et d’exubérance, elle était aussi manifestement très douée en aménagement intérieur, ce qui lui faisait donc une seconde qualité en plus de son élégance, et elle se disait que ce n'était pas de trop quand on considérait les défauts de le précieuse avait à contrebalancer. C’est donc dans ce cadre qu’elle ouvrit les discussions.


Discours
"Amis et distingués représentants, si vous le voulez bien, nous allons commencer. Sachez avant tout que cela me fait immensément plaisir de vous voir tous ici avec moi, pour discuter ensemble de l’avenir de la Nouvelle-Gallouèse dont chacun de nous représente une composante. Nos actions coordonnées ont déjà porté des fruits au Dakora où, avec brio, nos forces unies nous ont permis de reprendre en main une situation qui semblait perdue depuis maintenant trente ans. Il faut aussi remercier le Despote Zed et ses punks qui, il faut l’admettre, ont prêté une aide considérable à cette entreprise de reconquête de souveraineté. Pour ma part, je vous le dis sans détour : je suis intimement convaincue que son représentant devrait être ici avec nous. Pourquoi vouloir écarter un allié aussi utile et capable, un allié qui, qui plus est, est aussi de notre sang, et son peuple membre de notre peuple ? Certes les punks sont sales et barbares, leurs mœurs sont déplorables et ils n'ont pas de religion, nous le savons, mais ces travers aussi pénibles soient-ils ne justifient pas, à mon sens, que l’on se lance dans une guerre d’extermination. Je mets donc cette question en discussion dans le cadre du tour de parole que je lance.

Un autre sujet sur lequel j’attire votre attention et pour lequel je sollicite votre accord également est celui de la géographie. Nos cartes ne sont pas harmonisées et il serait certainement utile pour nous de représenter la Nouvelle-Gallouèse comme l’ensemble géographique qu’elle est, à savoir la grande vallée du Makota, jusqu’à son estuaire et presque jusqu'à sa source. J’ai pris l’initiative de contacter des cartographes militaires akaltiens, mais je ne puis naturellement rien arrêter sans votre accord. Si les représentants makotans sont d’accord, ils pourront, à leur tour et pas avant, laissez moi finir Madame, s'il vous plait, me dire s’ils consentent à assumer avec nous cette dépense, que nous devrions épargner au Dakora et à la Parapluvie.

Une troisième question, qui n’est pas à mettre au vote mais plutôt une demande d’information, est de savoir où en est la réparation de la voie Serpentine et si l’on peut espérer voir bientôt rétablir la connexion ferroviaire entre Barbery et le Makota via le Dakora. Comme mon père l'a déja indiqué, les wagons de marchandise peuvent partir dès demain pourvu que la ligne soit rétablie. J'attend donc de la part Mlle, enfin pardon Mme, non Capitaine, du Capitaine Chartier un état des lieux clair et précis de l'état d'avancé des travaux. Et n'hésitez pas à nous faire savoir si la République du Dakora a besoin d'une aide logistique pour accélérer l'achèvement des travaux. Par ailleurs, je pense que l’on devrait chercher un accord avec les punks pour rétablir la grande ligne, qui passe par Dakoraville. C’est aussi avec cette idée en tête que je proposais de les intégrer à notre groupe.

Un dernier point est celui de Mlle Pascale, mon père, je veux dire le Président Hoctemare, compte l'envoyer en Carnavale auprès de son modèle d'origine et il propose de l'investir des pouvoirs diplomatiques de l'ensemble des pays néogallèsants. Naturellement, je sais que les makotans y sont favorables puisque nous en avons discuter, mais il me faudrait l'autorisation des autres pour entériner la chose.

Voilà donc les quatre points que je voulais prioritairement aborder avec vous. Je vous demande de me donner votre position et de me faire connaître vos exigences également."

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Prise de parole de M et Mme Noël Olaf, pour la République du Makota

Le couple

Une fois que la jeune femme eut fini son discours, faussement informel mais en réalité soigneusement préparé, ce fut au tour des époux Olaf de prendre la parole. Naturellement, seul monsieur Olaf devait parler, tandis que Mme Olaf était censée se taire et boire tranquillement son thé sans interrompre celui qui, devant Dieu, était son seigneur et maître, et à qui, logiquement, elle devait obéissance. Naturellement, les choses ne se passèrent pas ainsi et Monsieur Olaf, patient et calme, eut bien du mal à parler sans être interrompu. Cette intervention se fit cependant sans que personne n’osât dire à Mme Olaf de se taire, bien que tous l’eussent en réalité pensé très fort.
Discours

Noël : « Puisque vous avez commencé par les punks de Dakoraville, mademoiselle, je vais donc moi aussi débuter par là. Nous pensons… »

Henriette : « Ils sont sales et écœurants ! Nous n’avons rien à faire avec eux. Espérons que le général Lye mettra fin à ces horreurs… »

Noël : « Ne commencez pas, Henriette, je viens à peine d'ouvrir la bouche et voila déja que vous me coupez. Je disais donc que les punks de Dakoraville sont, effectivement, des gens d’abord assez peu aimables et que je n’aimerais pas avoir pour voisins… »

Henriette : « Au Makota, ils seraient tirés à vue, c’est certain… »

Noël : « … Néanmoins, il est parfois nécessaire de composer avec ce qui est et de sanctionner le fait accompli. Or, ils tiennent Dakoraville et ne semblent pas près d’en partir. Le Makota comprend très bien ce que cela peut avoir de contrariant pour la République du Dakora de voir sa capitale historique occupée par une foule sauvage et anarchiste. Cependant, il ne serait ni bon, ni moral, et sans doute pas même possible pour la République du Dakora de reprendre sa capitale seule, c'est à dire sans notre aide militaire. Et cette aide ne viendra pas car, pour notre part, nous ne voulons pas transformer Dakoraville en mare de sang. D’autant plus que, comme l’a indiqué Mlle Hoctemare, les punks, bien retournés largement à l'état primitif de la sauvagerie, sont eux aussi des néogallèsants… »

Henriette : « On se demande bien pourquoi on n’en finirait pas. On envoie la cavalerie et vous verrez, cher ami, que ce sera vite réglé. Ils déserteront comme des lapins. »

Noël : « … Oui, Henriette… Où en étais-je ? Ah oui. La République du Makota est donc d’accord avec la République de Barbery pour que soit reconnu le Despotat punk. Naturellement, nous comprenons les réticences légitimes que cela fait naître du côté de la République du Dakora… Je pense que nombre de ces réticences seraient levées si nous imposions aux punks de reconnaître l’État du Dakora comme leur autorité de tutelle et Zed, le Grand Punk, comme un vassal du général Lye. Voilà quelle est la position du Makota sur cette question. »

Henriette : « Et moi je pense… »

Noël : « … Vous n’êtes pas le Makota, chérie, ni aucune autorité. Alors, je vous en prie, taisez-vous et laissez-moi continuer. Pour les questions cartographiques que vous soulevez, je suis de votre avis : c’est une excellente idée. Vous le savez certainement, le Makota a déjà eu recours aux services akaltiens et en fut très satisfait. Nous serons naturellement solidaires des frais. Pour ce qui est de la Voie Serpentine, je laisserai Mlle Chartier… enfin le capitaine Chartier… »

Henriette : « Elle est ravissante, n’est-ce pas, dans son uniforme de soldat ? Mais pas très féminine. Heureusement qu’ils leur mettent une jupe, sans quoi on les prendrait pour des hommes. Le général Lye a tout de même de curieuses idées… »

Noël : « Taisez-vous, Henriette. N’insultez pas le capitaine. Si le général Lye veut recourir à des cadres féminins, c’est son droit le plus strict, et le Makota, bien qu’il ne partage pas cette opinion que les femmes ont leur place dans l'armée, n’entend en aucun cas la contester ou nier aux autorités du Dakora de faire comme il leur semble bon. N’écoutez pas ma femme, mademoiselle… enfin, capitaine. Vous êtes ravissante. Que disais-je ? Ah oui. Ce n’est pas à moi de répondre sur la Voie Serpentine. Je laisserai le capitaine nous faire un point de situation. Pour notre part, tout est parfaitement opérationnel jusqu’à la frontière avec le Dakora et nous sommes prêts à envoyer et recevoir des passagers et des marchandises. Et pour ce qui est de Mlle Pascale, naturellement, nous sommes favorables à ce qu’elle soit ambassadrice en Carnavale. Mlle Pascale est l’héritière d’une grande famille makotane. Évidemment, nous sommes toujours surpris de voir un clone de Mlle Castelage au milieu de nous, mais la loi est la loi, l'adoption était légale et sa famille est honorable. Voilà pour nous. »
Prise de Parole du Capitaine Amanda Charlier pour la République du Dakora

Photographie montrant le Capitaine Chartier

Le conseil venait à peine de se constituer que déjà il s’avérait efficace, songea Amanda tandis qu'elle finissait le fond de sa tasse. Le général avait une fois de plus eu raison sur toute la ligne quand il affirmait que le Dakora avait tout intérêt à se faire une place confortable dans ce qui était en train de naître, là, à Venon. Juste avant la séance, elle avait déjeuné avec monsieur Noël Olaf, représentant du Makota et homme aimable et très poli, et elle avait pu le faire seule, en tête à tête, car sa femme gardait la chambre, prétextant qu'elle était malade. Maladie qui ne devait cependant pas être si terrible, puisque cet après-midi-là, Mme Olaf apparaissait en pleine forme et intenable. Décidément, le président Irreville avait bien raison de lui écrire dans sa missive que le principal défaut de Noël Olaf était sa femme.

Toujours est-il qu’en une seule journée, Amanda pouvait se vanter d’avoir obtenu pour l’armée du Dakora ses premiers matériels de détection et de défense anti-aérienne, et d’avoir enfin fait entrer la radio dans les transmissions de l’armée. Par ailleurs, des camions entraient en service, ce qui ne serait pas de trop pour la logistique, puisque la République du Dakora, petite sœur du Makota — pour ne pas dire satellite —, croyait dur comme fer aux dragons, c’est-à-dire à la cavalerie de transport d’hommes, mais ne disposait clairement pas de chevaux en nombre suffisant. Et elle avait particulièrement bonne conscience, car elle savait qu’elle ne désarmait pas la nation de ses pères — comme l’essentiel des citoyens de la République du Dakora, la jeune femme était originaire du Makota — car ces matériels étaient considérés comme dépassés par les autorités militaires qui les avait remisés dans ses entrepôts. Dépassés, ils l'étaient objectivement. Mais ce qui est dépassé au Makota ou ailleurs est souvent indispensable au Dakora, où il fait cruellement défaut. C’est donc avec cette première réussite au cœur que le capitaine Chartier prit la parole quand vint son tour.

Discours :

Puisque c’est mon tour de parler, permettez-moi d’ouvrir cette intervention en saluant les initiateurs de ce Conseil. Le général Lye, que j’ai le grand honneur de représenter ici, s’est immédiatement montré enthousiaste à l’idée de voir nos nations sœurs réunies pour parler ensemble et cheminer main dans la main vers la prospérité. Enfin, vous le savez pour ceux qui me connaissent un peu, je n’aime guère les grands discours. Je vais donc aller directement aux faits et répondre aux questions et propositions posées par Mlle Hoctemare et monsieur Olaf.

Commençons par le sujet qui fâche, je veux dire la question du Despotat Punk de monsieur Zed. Vous connaissez notre position, pour nous, il s’agit d’une entité anarchiste et illégitime qui occupe illégalement notre capitale. Cependant, leur coopération lors de la reprise de contrôle du Wasteland peut être interprétée comme un signal de bonne volonté de leur part. Si ce Conseil entérine la décision de reconnaître leur existence, et si cette reconnaissance s’accompagne, de leur côté, d’une allégeance à la République du Dakora, nous accepterons de reconnaître leur existence. En somme, les conditions seront les mêmes que celles que nous avons imposées à la Parapluvie. Nous ajouterons cependant, si vous le permettez, un droit d'accès pour la République du Makota à l'ensemble des installations infrastructurelles que ces marginaux sont incapables d'entretenir ou même seulement de mettre en route. Allégeance à la République et libre accès pour elle à leurs installations, voila nos conditions.

En ce qui concerne la voie Serpentine, les travaux avancent, mais je vous rappelle que cette ligne ne s'appelle pas Serpentine pour rien, il s'agit d'une voie ferrée de montagne composée de nombreux ouvrages d’art complexes que l’on ne peut pas rétablir en baissant simplement un levier, comme se l’imaginent nos aimables voisins, il y a des diagnostiques à faire et les interventions sont techniques et sont loin d'être toujours simples. Par ailleurs, si nous parvenons à nous entendre avec le Despotat Punk, alors la voie du Sud s’ouvrira de nouveau et la fastidieuse ligne Serpentine perdra beaucoup de son intérêt. Comprenez que nous avons, autant que vous, intérêt à voir cette ligne redevenir opérationnelle. Nous n’avons absolument aucun commencement de début d’intérêt à ralentir ou saboter les travaux. C’est même l’inverse. Faites-nous confiance : tout se fait au mieux.

Pour ce qui est des questions géographiques et cartographiques, le Dakora approuve l’initiative de Barbery. Il n’y a rien d’autre à dire sur ce sujet. Enfin, pour ce qui est de Mlle Pascale, ce clone d’Améthyste Castelage, c’est au représentant de la Parapluvie qu’il faut demander son avis, car son entreprise la connaît bien : elle fait partie des actionnaires. Pour notre part, elle ne nous est pas connue, mais si les Républiques du Makota et de Barbery lui font confiance, il n’y a aucune raison pour que nous ne lui accordions pas la nôtre à notre tour.

Voilà ce que j’avais à dire pour l’heure. Merci de m’avoir écoutée.
Prise de parole de Monsieur Albert Frênevay pour la Corporation Parapluvie

Photo

Albert avait écouté avec une grande attention tout ce qui avait été dit durant ce tour de table pour lequel il ne restait plus que lui à s’exprimer. Il avait eu tout le loisir de constater l’infériorité de ses interlocuteurs. Infériorité qui se manifestait de bien des façons, mais dont la manifestation la plus évidente était cette manière de minauder quand on s’exprimait. Ces personnes lui faisaient penser à Mlle Antoinette Dispensier, sa patronne, qui faisait les mêmes gestes inutiles et les mêmes expressions affectées. Il songeait que sa sœur, Alexandra Frênevay, était infiniment supérieure à sa patronne et qu’en toute justice il convenait que les places fussent inversées. Naturellement, cela finirait bien par advenir un jour, puisque celui qui est meilleur l’emporte tôt ou tard sur son concurrent, c’est le principe de la sélection naturelle. Mais il fallait que cela advienne le plus rapidement possible, pour le bien de la cause du Surhomme.

Mlle Dispensier évincée et Alexandra aux rênes de la Parapluvie, qu’est-ce que cela changerait, concrètement ? Dans un premier temps sans doute rien, mais petit à petit, d’ajustement en ajustement, les employés de la Parapluvie deviendraient de plus en plus performants et supérieurs. Sa sœur mettrait fin progressivement à la logique laxiste de Mlle Dispensier et cela impliquerait quelques sacrifices, notamment des inférieurs à l’intérieur, et des concurrents à l’extérieur. Car chez les Frênevay, on savait que la Parapluvie était beaucoup plus qu’une banale entreprise pharmaceutique, et qu'elle était aussi, et même davantage, un projet, une promesse, une main tendue de la science à l’humanité pour l’aider à atteindre le Surhomme.

Enfin, pour l’heure, c’est à Albert de parler et tout le monde le regarde. C’est pourquoi, stoïque mais tâchant de paraître jovial — sans grand succès —, il prit la parole à son tour.

Discours

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai écouté les interventions de l’ensemble des représentants ici présents. Maintenant, c’est mon tour. Je vais commencer par donner la position de la Parapluvie sur les questions mises sur la table, puis, si vous le voulez bien, je vous ferai part d'une proposition qui est importante pour nous et qui devrait être avantageuse pour tous.

Commençons par la question punk. Pour notre part, nous estimons que les ressortissants du Despotat du Grand Punk Zed, sont porteurs d’une humanité dégradée, abîmée par la proximité avec le Smog et l’exposition continue et incontrôlée à diverses substances néfastes et débilitantes. En somme, nous avons de bonnes raisons de penser que les punks sont des êtres inférieurs, dégénérés et en tous points étrangers à la Surhumanité que nous cherchons à faire advenir. Néanmoins, le caractère vil et répugnant de ces individus n’est pas en soi, selon les principes de la Parapluvie, une raison suffisante pour procéder méthodiquement à leur extermination systématique. Dès lors, puisqu’il n’est pas opportun de les exterminer, il nous paraît judicieux de chercher avec eux un accord convenable susceptible de permettre la meilleure cohabitation possible. Naturellement, il ne s’agit là que de mesures temporaires. Comme vous le savez certainement, la population punk n’a pas une démographie positive ; elle se renouvelle très mal. Selon les calculs de nos démographes, dans un demi-siècle, au maximum, ils seront devenus trop peu nombreux pour représenter quoi que ce soit et l’on pourra faire abstraction de leur existence. En attendant que cela arrive, la Parapluvie est favorable à la reconnaissance de leur petit État. Les autorités de la République exigent que les punks les reconnaissent et que les infrastructures majeures que l’on trouve dans le Punkland leur soient rendues ; nous comprenons et approuvons ces demandes légitimes. Pour notre part, nous voulons aussi et avant tout que nous soient rendues l’ensemble de nos nombreuses installations qui se trouvent dans le Punkland. Notez, Capitaine Chartier, que cela faisait partie de nos arrangements, n’est-ce pas ? Voilà ce que j’avais à dire sur ce point.

En ce qui concerne les questions cartographiques, la Parapluvie y est favorable, comme à toutes les initiatives permettant la collecte de données. Il est capital, en effet, de veiller à connaître le monde au maximum avant de songer à entreprendre quoi que ce soit pour le changer. Par ailleurs, cela devrait faciliter grandement notre coopération que de nous munir de cartes communes. Je n’ai pas grand-chose d’autre à ajouter à ce sujet.
Pour ce qui est de la question du chemin de fer au Dakora, nous n’avons naturellement rien à dire en ce qui concerne la voie Serpentine, mais pour ce qui est de la voie principale, l’intégration du Despotat du Punkland, à défaut de pouvoir procéder à l'extermination des punks, permettra de restaurer l'ancienne grande ligne Sainte-Régine — Barbery via Dakoraville. Il est dans l’intérêt de tous que cette restauration ait lieu, y compris pour la Parapluvie, car cela réduirait drastiquement certains de nos coûts logistiques liés aux difficultés de circulation dans le Wasteland. Nous apporterons donc naturellement notre soutien à ce grand chantier.

En ce qui concerne le fait de savoir s’il est opportun ou non d’investir Mlle Améthyste Pascale de la tâche de nous représenter tous en Carnavale, nous y sommes, pour notre part, très favorables. Comme vous le savez certainement, Mlle Pascale fait partie du conseil des actionnaires de la Parapluvie, conseil qu’elle a rejoint récemment. Elle s’est montrée très enthousiaste pour notre entreprise, son identité et ses projets. C’est pourquoi nous la jugeons très capable de nous représenter dans la Principauté.

Voilà pour ce qui en était des questions posées. Pour ma part, j’ajouterai que la Parapluvie aimerait un accès large à l’ensemble des pays de Nouvelle-Gallouèse. Pour l’heure nous n’existons, pour ainsi dire, qu’au Dakora où nous sommes historiquement implantés, et en Barbery où nous réalisons l’essentiel de notre chiffre d’affaires. Naturellement, et je pense aux Makotans en disant cela, nous nous conformerions aux lois bioéthiques des autres pays de cette entente chez lesquels nous travaillerons. Il n’est pas dans notre intérêt ni dans celui de qui que ce soit de faire des scandales en la matière.

Voilà tout ce que j’avais à dire.
1521
Fin de la première séance, synthèse et ajournement par Mlle Jeanne-Marie Hoctemare, pour la République de Barbery

Mlle Hoctemare en oratrice

Tout le monde ayant pu s'exprimer autant qu'il l'avait voulu et cette première séance s'étant avérée assez dense, Mlle Hoctemare, satisfaite de la tournure qu’avaient prise les discussions (ce qui n’avait rien d’évident compte tenu de la grande disparité des profils et des nations représentées au Conseil), put entériner quelques points avec l’assentiment de tous avant d’ajourner la réunion qui, de l’aveu de chacun, s’était révélée particulièrement fructueuse. Malgré tout, il restait encore beaucoup à faire et des chantiers importants attendaient le Conseil. Mais Rhême ne s’est pas faite en un jour comme l'on dit, et à chaque jour suffit sa peine. Aussi tout le monde était-il content que, pour cette première session, on se contentât de cette causerie délibérative bien que informelle. D’autant plus que chacun repartait avec une tâche à accomplir.

À Mlle Hoctemare et à M. et Mme Noël Olaf il incombait de superviser les questions cartographiques et de traiter avec les services akaltiens. Quant aux Dakorans du Capitaine Chartier et à la Parapluvie représentée par M. Albert Frênevay, ils avaient la charge de convaincre le Despote Zed et ses Punks de rejoindre le Conseil de Venon, puis de remettre en état la grande ligne de chemin de fer entre Sainte-Régine, capitale du Makota, et Barbery, via Dakoraville, ancienne capitale du Dakora. Par ailleurs, il fut acté que Mlle Pascale était bien la représentante officielle des nations néo-gallouèsantes en Carnavale, mais il fut décidé que la question du statut de la Parapluvie en dehors de sa zone d’influence et de Barbery était repoussée et qu'elle serait discutée et votée lors de la prochaine réunion.
2659
Arrivée de la délégation punk

Photographie du Conseil en entier

Ce ne fut pas une mince affaire que de rendre Mlle Zaz Barbak, c’est-à-dire l’une des très nombreuses Mme Zed Kradocs, conforme aux standards d’hygiène que l’inspection sanitaire de la Parapluvie avait exigés pour que la délégation punk soit admise au Conseil de Venon. Certes, le véritable travail avait déjà eu lieu en amont et avait consisté à convaincre le Grand Punk de reconnaître la suzeraineté de la République du Dakora sur son Despotat et de laisser, elle et la Parapluvie, accéder à un certain nombre d’installations infrastructurelles. Cela n’était pas gagné, mais comme souvent, on était parvenu à trouver un compromis en arrosant les autorités du Punkland d’une quantité considérable de canettes de bière. C’est donc grâce à l'établissemen d'un tribu mensuel sous la forme de boissin alcoolisée à base de houblon et de malte que, finalement, Zed avait consenti à plier le genou devant le général Lye et sa République du Dakora. Et cela eut comme conséquence pratique, outre de réunifier symboliquement le Dakora et de solutionner certaines questions logistiques entre les pays de Nouvelle-Gallouèse, de faire entrer les punks à Venon.

C’est ainsi que Zed fut autorisé à envoyer quelqu’un. Il envoya une de ses femmes, une Kradocs donc. Notons cependant que chez les punks, les femmes sont échangées tandis que les hommes restent dans leur clan. Il faut comprendre par là que la Kradocs désignée comme représentant du Despote, qui se prénommait Zaz, était en réalité originaire d’un autre clan, en l’occurrence le petit clan des Barbarks. On ne sait pas grand-chose des Barbarks. Évidemment ils sont soumis à Zed, comme tous les punks, mais en dehors de ça, et d’une petite réputation de chasseurs de rats mutants, rien ne nous est parvenu sur eux. Naturellement, comme tout punk qui se respecte, Zaz est d’une hygiène corporelle absolument calamiteuse, ce qui, en plus de terrifier la délégation de la Parapluvie — car les parapluviens sont bien connus pour leur phobie des germes — , aurait certainement nui au confort des discussions, notamment du fait de l’odeur très forte qui se dégage de la jeune femme au naturel. Cependant, une équipe de la Firme, spécialisée dans l’hygiène corporelle (ils ont bel et bien prévu une équipe pour ça), est entrée en action et a fait le nécessaire pour régler le problème. Voilà la demoiselle à présent en état de siéger. Cela dit, ce n’est que temporaire et tout sera à recommencer avant chaque début de séance.

En ce qui concerne les instructions que Zed a transmises à Zaz, elles sont globalement assez floues. Déjà, il lui a intimé l’ordre impérieux de faire gaffe, puis, de dire ce que le Conseil voulait entendre pour s’assurer que la bière ne cesse pas d’arriver dans le Punkland. Elle doit aussi veiller à défendre les intérêts de la nation punk, ce qui implique surtout, et pour ainsi dire uniquement, la conservation de la situation actuelle. En somme, les choses sont simples pour la délégation punk : les vachers et les corpos donnent de la bière et veulent occuper quelques gros trucs inutiles dans le Punkland, ça nous va, mais que ça n’aille pas plus loin.
4221
Ouverture de la Deuxième séance : le sommet de Lornbridge

Photographie du Conseil en entier

Jeanne-Marie, confortablement assise dans son fauteuil en position de présidence, lisait attentivement le courrier qu’elle avait entre les mains. C’était une lettre de son père, le Vieux Hoctemare. Il y était question des inquiétudes que les autorités de Brocelynwood avaient formulées concernant la fondation du Conseil et des efforts diplomatiques qui avaient été faits pour les rassurer. Concrétement, le Vieux Hoctemare intimait l’ordre à sa fille de faire voter aussi rapidement que possible le déplacement du Conseil au Sommet de Lornbridge qui devait avoir lieu les 15 et 16 mars. La jeune femme, obéissante à son père comme il convient à une fille bien élevée, comptait bien donner satisfaction. D’autant plus que le Vieux Hoctemare donnait dans sa lettre nombre d’explications rendant utile et désirable un tel sommet. Il s’agirait d’y discuter, entre autres choses, un pacte de non-agression entre les nations du Conseil et le Royaume de Brocelynwood. C’est-à-dire que cela réglerait en une fois toutes les questions de sécurité relatives aux frontières de l’Est de la Nouvelle-Gallouèse.

C’est pourquoi la jeune femme, après avoir ajusté sa robe et veillé à ce que tout le monde soit bien servi en thé — sauf pour Mme Zarz Barbaks à qui il fallait servir de la bière —, puis, quand elle se fut assurée que tout le monde fût présent, servi et attentif, elle déclara l’ouverture de la seconde séance du Conseil :

« Mes amis et homologues, membres estimés du Conseil, je me permets de bousculer l’ordre du jour pour ajouter un sujet supplémentaire et prioritaire que je place en haut de la pile et dont je demande un traitement rapide. Les services diplomatiques de Barbery viennent d’échanger des missives avec le Royaume de Brocelynwood. Leurs autorités étaient inquiètes de la réussite de notre Conseil et demandaient donc des explications. Mon père, le Président Hoctemare, est parvenu à les rassurer et leur a fait savoir qu’il n’a jamais été question que le Conseil serve à nuire à leur nation d’une quelconque manière que ce soit. Et il a proposé, en guise de bonne foi, d’établir un pacte de non-agression entre les pays du Conseil et le Royaume. Les autorités de Brocelynwood y ont consenti mais à condition que l’on en discute les termes dans le cadre d’un sommet diplomatique qui se tiendrait à Lornbridge, ville de l’Ouest du Royaume, et qui devrait avoir lieu les 15 et 16 mars prochains. Pour ma part, en tant que représentante de la République de Barbery, je vous le dis net : je suis pour que nous nous rendions à ce sommet. Mais il n’y a pas que moi ici, je mets donc la question au vote immédiatement puis nous traiterons ensuite des autres questions. Monsieur Olaf, commençons par vous, qu’en pense la République du Makota ? »

Noël Olaf : « La République du Makota entretient déjà de bonnes relations avec Brocelynwood, une reconnaissance diplomatique mutuelle et un accord commercial très satisfaisant. Nous nous mettons à la place de Brocelynwood, ce doit être inquiétant de voir ainsi tous ces voisins se liguer même si rien n’indique que l’on en soit la raison. Je vote donc pour que l’on se rende à Lornbridge et que l’on négocie ce pacte. »

Henriette Olaf : « Enfin, Noël, et si jamais nous voulons leur faire la guerre, comment le ferions-nous si nous avons ce pacte qui nous l'empêche? À quoi cela peut-il bien servir de nous rassembler avec d'autres si ce n’est pas pour en profiter d'une manière ou d'une autre, et pourquoi pas militairement ? »

Noël Olaf : « Je vous en prie, Henriette, taisez-vous. Le Makota a déjà suffisamment à faire avec ses prairies sans avoir besoin d’aller empiéter sur celles des autres. Je persiste, Mlle Hoctemare : le Makota rejoint Barbery, nous voulons ce sommet et ce pacte. »

Jeanne-Marie Hoctemare, se tournant vers le Capitaine Chartier : « Capitaine, qu’en pense et que vote la République du Dakora ? »

Capitaine Amanda Chartier : « Je n’ai pas grand-chose à ajouter, vous avez tout dit, et ce que dit Monsieur Olaf correspond à ce que je pense moi-même et ce que pense le général Lye. Le Dakora approuve l’organisation de ce sommet. »

Jeanne-Marie Hoctemare se tourna vers Albert Frênevay et lui demanda son avis et son vote.

Albert Frênevay : « La Parapluvie ne voit aucun problème à ce que le Conseil de Venon et le Royaume de Brocelynwood se réunissent en vue de contracter ensemble un pacte de non-agression. »

Enfin, Jeanne-Marie se tourna vers Zarz, la punkette, les pieds sur la table et buvant sa bière, et lui indiqua que c’était à son tour de parler.

Zarz du clan des Barbaks, épouse Kradocs : « ... Rot ... Je les connais pas, je m’en fous, mais si tout le monde est d’accord, alors je suis d’accord... »

Jeanne-Marie reprit immédiatement la parole et d’un ton calme mais solennel : « Puisque tout le monde a donné son accord, alors le Conseil se rendra à Lornbridge où il négociera avec les autorités de Brocelynwood les conditions d’un pacte de non-agression. La séance est suspendue. »
Elle s’empressa d’aller à son bureau pour écrire un pli à son père afin de lui annoncer que son sommet était accepté.
2939
Ouverture de la troisième séance : Du statut de la Parapluvie

Photographie du Conseil en entier

Jeanne-Marie, toujours confortablement assise dans son fauteuil en position de présidence, c’est-à-dire au centre du salon, attendait patiemment que chacun prenne sa place et que la soubrette de service remplisse les tasses de l’ensemble des représentants — à l’exception de Mme Zarz Barbaks, épouse Zed Kradocs, à qui l’on servit une bière, car les punks, c’est bien connu, ne boivent aucun liquide s’il ne contient pas un minimum d’alcool. Quand tout cela fut fait, et après s’être assurée d’avoir bien mémorisé ce qu’elle avait convenu avec les commerciaux de la Parapluvie qui lui avaient versé un généreux pot-de-vin en échange de ce coup de pouce, Jeanne-Marie ouvrit la séance :

« Très chers amis, représentants des nations et entités étatiques de Nouvelle-Gallouèse, je suis ravie de vous revoir pour cette troisième session du Conseil de Venon. Aujourd’hui, et conformément à l’ordre du jour de la première session, un peu chamboulée par la diplomatie avec Brocelynwood comme vous le savez, nous allons aborder le statut de la Parapluvie dans les nations du Conseil. Comme nous le savons tous, la Corporation Parapluvie dispose d’un vaste territoire dans le Dakora qu’elle administre comme elle l’entend au nom de la République du Dakora qu’elle reconnaît comme son autorité de tutelle. Voilà, c’est dit, ça c’est acté et ce n’est pas à l’ordre du jour. Non, maintenant nous allons parler des libertés commerciales que peut avoir la Corporation Parapluvie dans nos territoires et pour exercer le cœur de son métier qui est, je vous le rappelle, la production pharmaceutique et la gestion de cliniques. Pensez-vous que nous devions accorder une totale liberté à la Parapluvie ou bien imposer de justes limites ?

Pour notre part, voyez-vous, Barbery a décidé de prendre le risque de la synergie. C’est ainsi que la Hoctemare et la Parapluvie coopèrent activement, main dans la main. Concrètement, la Parapluvie est libre d’entreprendre et d’investir librement chez nous, et même si dans les faits elle est souvent actionnaire minoritaire des hôpitaux de Barbery, elle est en réalité présente partout et je ne connais pas d’hôpital dans lequel elle n’ait pas investi et où elle n’ait pas de représentant au conseil d’administration et au conseil des actionnaires. C’est pourquoi, pour notre part, nous estimons que Barbery et Parapluvie fonctionnent déjà en pleine harmonie. Cependant, je sais bien qu’il n’en va pas de même partout. Au Dakora, la République reconnaît certes la Corporation mais les hôpitaux restent purement publics et il me semble qu’ils ne s’approvisionnent pas auprès de la Parapluvie. Est-ce bien juste de la part des autorités militaires de rejeter de son marché une entité qui s’est revendiquée comme sous sa tutelle régalienne ? Pour le Makota, c’est encore pire, le clergé se réserve tout et il achète ses médicaments aux nations étrangères, tenant la Firme écartée de l’ensemble de son système de santé. N’est-ce pas un peu dépassé cet ostracisme ? Quant au Despostat du Punkland, pourquoi ne pas accepter une prise en charge de son système de santé inexistant. J'ai cru comprendre que la Parapluvie étaient disposée à s'occuper à titre gracieux de la santé des punks de Dakoraville en échange de la fourniture de quelques volontaires à ses expérimentations thérapeutiques. Voilà les questions auxquelles il serait bon que les représentants répondent. Commençons donc par vous, M. Noël Olaf. »

2341
Intervention de Noël Olaf, représentant de la République du Makota

Photo, c'est le tour à Olaf

Noël Olaf touillait sereinement son thé tandis que Mlle Hoctemare récitait les éléments de langage que les communicants de la Parapluvie lui avaient soufflés en échange de leur pot-de-vin. Il n’était pas dupe, personne ne l’était. Néanmoins, puisque la Parapluvie était au Conseil en qualité de membre de plein droit, il fallait bien, certainement, chercher à faire quelques concessions, si tant est qu’une telle chose fût possible au Makota. Quand la jeune femme eut fini de parler, Noël ne se précipita pas pour prendre la parole ; il but une gorgée de son thé puis, calmement, après avoir pris une discrète aspiration, fit enfin entendre sa voix :

Noël Olaf : « Je vous remercie, Mlle Hoctemare, de mettre cette importante question sur la table. Effectivement, nous devons en parler. La Parapluvie est membre de notre Conseil, et à ce titre, nous ne pouvons pas la considérer comme une étrangère, un élément extérieur à nous. J’ai écouté avec beaucoup d’attention ce que vous avez dit sur les relations assez fortes que Barbery entretenait avec la Parapluvie et comment la Firme participait activement au système de santé de votre État. Cependant, les choses pourraient difficilement se passer chez nous comme elles se passent chez vous. Vous avez une approche laïque et sécularisée de la santé, et même largement libéralisée. Il n’en va pas du tout ainsi chez nous. La santé n’est pas un domaine privé chez nous, mais public, et même ecclésiastique. C’est l’Église du Makota qui administre les hôpitaux et ce sont ses membres qui choisissent ce qu’ils veulent acheter et avec qui ils veulent travailler. Vous comprenez ? »

Henriette Olaf : « Voyons, Noël, ne serait-il plus convenable de laisser ces braves gens de la Parapluvie installer leurs cliniques chez nous ? Les nonnes s’en accommoderont bien. »

Noël Olaf : « Ha non, Henriette, ne commencez pas… On ne peut pas faire ce que vous dites. Outre que ce serait illégal car irrespectueux des compétences du Concile du Makota, ce serait aussi la garantie de voir ces établissements incendiés par les Ligues. Vous savez bien comment sont ces gens. Si quelque chose est possible, alors cela ne pourra pas se faire sans l’accord explicite du Clergé. Cependant, sans aller jusqu’à parler d’installer des cliniques Parapluvie chez nous, ce qui me semblerait aussi dangereux que prématuré, je pense pouvoir garantir à la Firme un accès au marché national du médicament. C’est déjà quelque chose. Naturellement, il faudra vous garder de chercher à exporter vos produits contraceptifs, abortifs ou euthanasiques. Vous savez, n’est-ce pas, que tout cela est interdit chez nous ; ainsi que les drogues récréatives. Mais pour le reste, naturellement, vos médicaments sont les bienvenus. »
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