Ouverture de la Deuxième séance : le sommet de Lornbridge
Jeanne-Marie, confortablement assise dans son fauteuil en position de présidence, lisait attentivement le courrier qu’elle avait entre les mains. C’était une lettre de son père, le Vieux Hoctemare. Il y était question des inquiétudes que les autorités de Brocelynwood avaient formulées concernant la fondation du Conseil et des efforts diplomatiques qui avaient été faits pour les rassurer. Concrétement, le Vieux Hoctemare intimait l’ordre à sa fille de faire voter aussi rapidement que possible le déplacement du Conseil au Sommet de Lornbridge qui devait avoir lieu les 15 et 16 mars. La jeune femme, obéissante à son père comme il convient à une fille bien élevée, comptait bien donner satisfaction. D’autant plus que le Vieux Hoctemare donnait dans sa lettre nombre d’explications rendant utile et désirable un tel sommet. Il s’agirait d’y discuter, entre autres choses, un pacte de non-agression entre les nations du Conseil et le Royaume de Brocelynwood. C’est-à-dire que cela réglerait en une fois toutes les questions de sécurité relatives aux frontières de l’Est de la Nouvelle-Gallouèse.
C’est pourquoi la jeune femme, après avoir ajusté sa robe et veillé à ce que tout le monde soit bien servi en thé — sauf pour Mme Zarz Barbaks à qui il fallait servir de la bière —, puis, quand elle se fut assurée que tout le monde fût présent, servi et attentif, elle déclara l’ouverture de la seconde séance du Conseil :« Mes amis et homologues, membres estimés du Conseil, je me permets de bousculer l’ordre du jour pour ajouter un sujet supplémentaire et prioritaire que je place en haut de la pile et dont je demande un traitement rapide. Les services diplomatiques de Barbery viennent d’échanger des missives avec le Royaume de Brocelynwood. Leurs autorités étaient inquiètes de la réussite de notre Conseil et demandaient donc des explications. Mon père, le Président Hoctemare, est parvenu à les rassurer et leur a fait savoir qu’il n’a jamais été question que le Conseil serve à nuire à leur nation d’une quelconque manière que ce soit. Et il a proposé, en guise de bonne foi, d’établir un pacte de non-agression entre les pays du Conseil et le Royaume. Les autorités de Brocelynwood y ont consenti mais à condition que l’on en discute les termes dans le cadre d’un sommet diplomatique qui se tiendrait à Lornbridge, ville de l’Ouest du Royaume, et qui devrait avoir lieu les 15 et 16 mars prochains. Pour ma part, en tant que représentante de la République de Barbery, je vous le dis net : je suis pour que nous nous rendions à ce sommet. Mais il n’y a pas que moi ici, je mets donc la question au vote immédiatement puis nous traiterons ensuite des autres questions. Monsieur Olaf, commençons par vous, qu’en pense la République du Makota ? »
Noël Olaf : « La République du Makota entretient déjà de bonnes relations avec Brocelynwood, une reconnaissance diplomatique mutuelle et un accord commercial très satisfaisant. Nous nous mettons à la place de Brocelynwood, ce doit être inquiétant de voir ainsi tous ces voisins se liguer même si rien n’indique que l’on en soit la raison. Je vote donc pour que l’on se rende à Lornbridge et que l’on négocie ce pacte. »
Henriette Olaf : « Enfin, Noël, et si jamais nous voulons leur faire la guerre, comment le ferions-nous si nous avons ce pacte qui nous l'empêche? À quoi cela peut-il bien servir de nous rassembler avec d'autres si ce n’est pas pour en profiter d'une manière ou d'une autre, et pourquoi pas militairement ? »
Noël Olaf : « Je vous en prie, Henriette, taisez-vous. Le Makota a déjà suffisamment à faire avec ses prairies sans avoir besoin d’aller empiéter sur celles des autres. Je persiste, Mlle Hoctemare : le Makota rejoint Barbery, nous voulons ce sommet et ce pacte. »
Jeanne-Marie Hoctemare, se tournant vers le Capitaine Chartier : « Capitaine, qu’en pense et que vote la République du Dakora ? »
Capitaine Amanda Chartier : « Je n’ai pas grand-chose à ajouter, vous avez tout dit, et ce que dit Monsieur Olaf correspond à ce que je pense moi-même et ce que pense le général Lye. Le Dakora approuve l’organisation de ce sommet. »
Jeanne-Marie Hoctemare se tourna vers Albert Frênevay et lui demanda son avis et son vote.
Albert Frênevay : « La Parapluvie ne voit aucun problème à ce que le Conseil de Venon et le Royaume de Brocelynwood se réunissent en vue de contracter ensemble un pacte de non-agression. »
Enfin, Jeanne-Marie se tourna vers Zarz, la punkette, les pieds sur la table et buvant sa bière, et lui indiqua que c’était à son tour de parler.
Zarz du clan des Barbaks, épouse Kradocs : « ... Rot ... Je les connais pas, je m’en fous, mais si tout le monde est d’accord, alors je suis d’accord... »
Jeanne-Marie reprit immédiatement la parole et d’un ton calme mais solennel : « Puisque tout le monde a donné son accord, alors le Conseil se rendra à Lornbridge où il négociera avec les autorités de Brocelynwood les conditions d’un pacte de non-agression. La séance est suspendue. »
Elle s’empressa d’aller à son bureau pour écrire un pli à son père afin de lui annoncer que son sommet était accepté.