27/09/2020
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[PRESSE] Televisheni ya Zafongo

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Depuis les couloirs du parlement jusqu'aux villages les plus reculés des plaines de Doro, c'est ici que bat le pouls de la République. Les grandes annonces de la présidence, les événements qui façonnent la nation, les nouvelles qui font et défont les jours de 161 millions de Zafongolais, tout passe par TZ1, première chaîne d'information du pays, et depuis toujours !
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Le gouvernement envisage enfin de désenclaver des territoires oubliés


image route dans les massifs montagneux

Il faut avoir grandi là-haut, avoir senti le froid mordre à travers trois couches de laine, pour comprendre vraiment ce que signifie l'hiver dans les montagnes de l'Ouest. Car il n'existait, jusqu'à aujourd'hui, aucune route en ces lieux pas la moindre langue de bitume, pas même un ruban de gravier tassé pour rassurer les roues. Il n'y avait que des sentiers de terre nue, façonnés siècle après siècle par les pas fatigués des habitants et les sabots patients des bêtes de somme. Des chemins que la première averse changeait en fange, et que le premier gel transformait en miroir traître.
Un territoire livré à lui-même L'été, ces pistes survivaient, comme on survit à quelque chose plutôt qu'on ne le maîtrise. On s'y hasardait en 4x4, parfois à pied, le souffle court dans les virages où la terre cédait sous les pneus comme du sable. Mais que l'automne posait seulement un pied sur ces crêtes, et tout s'effondrait. La boue et la neige effaçait les pistes en une nuit, gommait jusqu'au souvenir du tracé, et les villages accrochés aux pentes se retrouvaient seuls au monde pour des semaines, parfois pour des saisons entières. Ceux qui sont allés voir sur place en revenaient avec des récits qu'on croirait empruntés à un autre âge : des greniers qu'il fallait remplir avant les premières neiges comme on prépare un siège, des familles qui guettaient le ciel en se demandant si une ambulance pourrait seulement franchir le col, des enfants dont l'école devenait un souvenir lointain le temps que la neige veuille bien fondre. Ce qui frappait, quand on s'attardait sur ces pentes, c'était la régularité presque tranquille des drames. Une terre gorgée d'eau ou durcie par le gel ne pardonnait rien : les véhicules glissaient vers des ravins que rien ne signalait, les pierres se détachaient sans prévenir sur la tête des marcheurs, les sentiers longeaient le vide sans jamais offrir de garde-fou. Chaque année, les mêmes récits revenaient, et parmi eux, trop souvent, des récits qui ne se terminaient pas bien. Les habitants, eux, avaient cessé depuis longtemps de dissimuler leur lassitude. Combien de lettres envoyées, combien d'alertes lancées vers une capitale qui semblait ne jamais entendre ? Combien de deuils avait-il fallu accumuler avant qu'on daigne, enfin, tourner un regard vers eux ? C'est dans ce silence prolongé que la nouvelle est tombée, presque sans crier gare : le gouvernement a officiellement annoncé la création de nouvelles routes à travers les montagnes de l'Ouest. Un vaste programme de désenclavement, disent les communiqués officiels, qui prévoit la construction d'axes praticables toute l'année, capables de résister aux pluies et au chute de boue ainsi qu'à la neiges, et de relier enfin ces territoires oubliés au reste du pays.
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Un désert qui ne reconnaît plus ses propres saisons


image désert Teke

Il faut avoir vécu un hiver dans le désert du Teke pour comprendre à quel point ce que nous annonce ce soir sort de l'ordinaire. Car contrairement à une idée reçue, le désert ne rime pas avec chaleur permanente ses nuits d'hiver mordent souvent autant que celles des sommets du Bateke, et ses journées de janvier se contentent d'ordinaire d'une douceur relative, jamais d'une fournaise. C'est précisément cette évidence climatique que le mois de janvier vient de bousculer, en hissant le mercure jusqu'à trente-cinq degrés en plein cœur de l'hiver un record absolu pour cette période de l'année. Il faut se figurer ce que représente une telle anomalie pour un territoire où le rythme des saisons s'était installer depuis des générations avec une régularité presque rassurante. L'été, dans le Teke, appartient au soleil sans partage ; l'hiver, en revanche, avait toujours su ramener un peu de fraîcheur, parfois même des nuits suffisamment froides pour rappeler que le désert n'est jamais un climat uniforme, mais une alternance de contrastes brutaux entre le jour et la nuit, entre les saisons elles-mêmes. Cette année, pourtant, ce contraste habituel s'est effacé. Les nomades qui connaissent cette terre depuis l'enfance racontent une chaleur de plein été s'invitant en plein janvier, un soleil trop lourd pour la saison, un ciel qui semblait avoir perdu le fil du calendrier. Certains évoquent des troupeaux désorientés, cherchant l'ombre à des heures où, d'ordinaire, ils paissaient sans crainte du soleil. D'autres décrivent une terre déjà craquelée, une sécheresse précoce qui n'aurait jamais dû s'installer avant plusieurs mois encore. Le Teke n'est pourtant pas un peuple étranger aux extrêmes ses habitants ont appris, depuis toujours, à composer avec un climat sans concession, entre chaleurs écrasantes et nuits glaciales. Mais ce qui frappe, dans ce record, ce n'est pas la chaleur en elle-même, à laquelle ce peuple sait résister depuis des générations. C'est son apparition à un moment où elle n'avait, historiquement, jamais sa place comme si l'hiver lui-même, dans cette région, avait cessé de tenir ses promesses. Face à cette anomalie, les services météorologiques nationaux se veulent prudents mais préoccupés. On évoque un possible dérèglement plus large des équilibres climatiques régionaux, sans se précipiter vers des conclusions hâtives. Des études sont d'ores et déjà annoncées pour comprendre ce qui a pu conduire à un tel bouleversement thermique en plein hiver désertique, et surtout pour déterminer si cet épisode restera un accident isolé ou le premier signe d'un dérèglement plus profond et plus durable des saisons dans le Nord du Zafongo. Ce janvier restera sans doute longtemps dans les mémoires du Teke
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Le Zafongo muscle son armée face aux rebelles du Luba


image armée du Zafongo


Il faut avoir suivi, depuis 1987, la lente histoire de ces groupes armés nés dans le sillage de la guerre civile pour comprendre à quel point l'annonce faite ce matin par le Général Bakary N'Diaye marque un tournant. Car le Luba, deuxième peuple du Zafongo par le nombre, connaît depuis près de 33 ans la présence discrète de ces rebelles tapis dans ses terres généreuses baignées de rivières une présence que l'on avait fini, avec le temps, par apprivoiser presque autant qu'on la redoutait. Il faut se figurer ce que représente une telle escalade pour une région où cette menace ancienne s'était installée avec une régularité presque rassurante, réduite depuis des années à quelques accrochages isolés, à des zones connues qu'on évitait par prudence plutôt que par peur véritable. Le Luba, ici, avait appris à vivre avec ce vieux conflit comme on vit avec une cicatrice ancienne : présente, mais silencieuse, reléguée aux confins les plus reculés du territoire. Cette année, pourtant, ce calme relatif s'est effrité. Les habitants qui connaissent cette terre depuis l'enfance racontent des groupes rebelles ressurgissant avec une intensité qu'on ne leur connaissait plus depuis longtemps, une activité trop soutenue pour une région qui semblait, ces dernières années, avoir enfin tourné la page de son après-guerre. Certains évoquent des convois de marchandises pris en embuscade sur des routes qu'on croyait pacifiées depuis longtemps. D'autres décrivent une inquiétude ravivée, un vieux réflexe de méfiance qu'on pensait éteint et qui refait surface plus vite qu'on ne l'aurait cru possible. Le Zafongo n'est pourtant pas une nation étrangère à cette lutte, ses forces armées composant depuis près de quatre décennies avec ces poches de rébellion héritées de la guerre civile, misant sur le nombre et la présence continue plutôt que sur la sophistication. Mais ce qui frappe, dans cette annonce, ce n'est pas l'augmentation budgétaire en elle-même, à laquelle une nation habituée à ce vieux conflit peut toujours consentir. C'est son ampleur, à la mesure d'un regain d'activité que l'on n'avait plus connu depuis les années les plus sombres de l'après-guerre comme si les braises de 1987, qu'on croyait éteintes sous la cendre, s'étaient soudain remises à couver. Face à cette recrudescence, le ministère de la Défense se veut ferme mais mesuré. On évoque un renforcement des effectifs et des patrouilles dans les zones historiquement les plus instables, sans se précipiter vers des déclarations alarmistes. Des renforts sont d'ores et déjà annoncés dans les prochaines semaines, pour contenir ce regain de tension et surtout pour déterminer si cet épisode restera un sursaut isolé d'un conflit vieux de presque quarante ans, ou le signe d'une résurgence plus profonde et plus durable dans le sud du Zafongo.
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Le Président en visite !


image président à Yonda capital du Bateke


Il faut avoir grandi sous l'ombre des montagnes de l'Ouest pour comprendre ce que signifie, pour Yonda, recevoir la visite d'un président. Car la capitale du Bateke, nichée derrière cette chaîne de sommets qui isole le peuple montagnard du reste du Zafongo depuis des générations, n'avait plus vu un chef de l'État fouler son sol depuis des années une absence si longue qu'elle avait fini, dans l'esprit de beaucoup, par ressembler à un oubli plutôt qu'à un simple hasard de calendrier. Il faut se figurer ce que représente, concrètement, l'éloignement de Yonda. Nichée derrière des sommets que peu de routes traversent encore décemment, la ville vit selon un rythme que le reste du pays a depuis longtemps oublié, celui des convois qui montent lentement, des liaisons suspendues au moindre caprice du ciel, des habitants habitués à composer avec cette solitude géographique comme on compose avec un trait de caractère dont on ne peut plus se défaire. Le Bateke tout entier porte cette réputation d'isolement, mais Yonda, sa capitale, en incarne la forme la plus achevée, ville la plus difficile d'accès de tout le Zafongo, disent ceux qui y ont déjà fait le voyage, et pas seulement à cause du relief. C'est dans ce contexte que la présence du président à Yonda ce matin a de quoi surprendre autant qu'elle rassure. Point de grand discours annoncé à l'avance, point de promesses formulées avant même d'avoir posé le pied sur place, la visite, selon l'entourage présidentiel, se veut avant tout une prise de contact directe avec un terrain que l'on connaît trop souvent par des rapports plutôt que par l'expérience. Le chef de l'État a ainsi choisi d'arpenter lui-même les rues de la capitale bateke, de s'entretenir avec les habitants, les commerçants, les responsables locaux, avant de tirer la moindre conclusion sur ce qu'il conviendrait d'améliorer. Ceux qui l'ont accompagné décrivent un homme visiblement marqué par ce qu'il découvre, l'état des rares axes reliant Yonda au reste du pays, la précarité de certaines infrastructures, le sentiment, palpable chez de nombreux habitants, d'appartenir à un Zafongo que l'on visite en dernier, quand on le visite. On rapporte des échanges longs, parfois francs jusqu'à la dureté, où les habitants n'ont pas hésité à rappeler au président toutes ces années où Yonda n'existait, pour la capitale, que sur une carte. Le gouvernement, par la voix de ses conseillers présents sur place, se veut prudent quant aux annonces à venir. On évoque déjà, sans en préciser tous les contours, un possible plan de désenclavement pour le Bateke, une amélioration des liaisons routières à travers les montagnes de l'Ouest, ainsi qu'un renforcement des infrastructures les plus élémentaires que Yonda réclame depuis si longtemps. Rien n'est encore acté, mais la simple présence du président sur ce sol si difficile d'accès résonne, pour beaucoup d'habitants, comme un signal qu'ils n'attendaient plus. Reste à savoir si cette visite marquera un véritable tournant pour Yonda
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Une nuit qui n'en finissait pas


Une nuit qui n'en finissait pas


Minuit passé de quelques minutes à peine. Le Luba dort, ou fait semblant. Puis le premier coup de feu déchire cette tranquillité de façade, suivi d'un deuxième, d'un troisième, et très vite, plus moyen de compter, plus moyen de distinguer un tir isolé d'un autre tant tout se confond dans ce grondement continu que la région connaît trop bien pour s'y méprendre encore. Les soldats étaient là depuis des heures, embusqués dans une végétation qui ne pardonne à personne l'inattention. Les rebelles, eux, semblaient avoir choisi cette nuit précise pour tester une ligne que l'armée croyait solide. Et dans les fermes voisines, on éteignait les lampes en hâte. On rassemblait les enfants dans la pièce du fond, celle réservée d'ordinaire aux tempêtes. On attendait sans grande illusion, comme on attend toujours ici, que le vacarme veuille bien s'épuiser de lui-même. Par la route, forcément. Aucun hélicoptère, aucun appui aérien pour accélérer les choses juste des colonnes qui avançaient dans le noir, phares coupés, guidées par une radio qui crachait davantage de parasites que de mots compréhensibles. Sur place, pendant ce temps, une poignée d'hommes tenait bon. Difficilement. Sans savoir, à certains moments, si la ligne allait finir par lâcher. Elle n'a pas lâché. Les heures qui ont suivi se sont étirées d'une manière étrange, comme si le temps lui-même hésitait à avancer. Une minute ressemblait à la précédente. Personne ne savait si l'aube approchait vraiment ou si la nuit avait simplement décidé de s'éterniser. On parle, parmi les survivants, d'un sergent resté seul un long moment après le repli de son unité, refusant d'abandonner un blessé impossible à évacuer sur l'instant. Vrai ou enjolivé après coup ? Peu importe, au fond. Ceux qui l'ont vécu jurent que ça s'est passé ainsi, mot pour mot. Le jour est enfin revenu. Avec lui, les premiers chiffres, prudents d'abord, puis de plus en plus certains à mesure que les unités redescendaient, couvertes de cette poussière rouge qui ne quitte jamais vraiment la peau dans cette région. Trois blessés du côté zafongolais. Deux légers, soignés sur place, repartis en position quelques heures plus tard à peine. Un troisième, plus sérieusement touché, évacué vers un hôpital du Kota, où sa famille a roulé des heures sans savoir ce qu'elle allait trouver en arrivant. De l'autre côté, le bilan pèse davantage. Trente-cinq rebelles morts. Sept capturés, hébétés, alignés à l'aube sous le regard fatigué de soldats trop épuisés pour ressentir autre chose qu'un soulagement mécanique. Certains prisonniers, dit-on, paraissaient jeunes. Dix-sept ans, dix-huit peut-être, difficile à dire sous la crasse et l'épuisement. Ce détail-là a laissé, chez plus d'un soldat, un goût amer que la victoire n'a pas suffi à effacer. D'où vient cette offensive ? On l'ignore encore. Un axe logistique disputé, disent certains. Une démonstration de force à l'approche d'une date sensible, avancent d'autres. Ce qui ne fait aucun doute, en revanche, c'est que le Luba continue de payer le prix d'un conflit vieux de près d'un demi-siècle, né d'une indépendance rêvée puis manquée, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, et devenu depuis quelque chose de plus flou, de plus tenace : une rébellion qui ne réclame plus vraiment de sécession, mais qui n'a jamais cessé, par habitude autant que par conviction, de tenir tête à l'État chaque fois que l'occasion se présentait. Au village, la matinée s'est passée à compter les impacts sur les murs. À ramasser ce qui traînait, douilles, débris, un sac abandonné en pleine fuite. À guetter le retour des colonnes avec ce mélange si familier de soulagement et de lassitude. Des femmes sont retournées au puits dès l'aube, comme si de rien n'était, parce qu'il faut bien continuer, parce que l'eau ne s'arrête jamais de manquer, même après une mauvaise nuit. Des enfants ont posé les questions que posent toujours les enfants après ce genre de nuit simples, terribles, sans réponse satisfaisante. Du côté du gouvernement, on salue le courage des troupes sans céder à la moindre déclaration triomphale. La prudence, ici, est devenue un réflexe : l'expérience a appris à tous qu'une victoire nocturne ne referme jamais un conflit à elle seule. Des renforts supplémentaires seraient déjà en route vers le secteur moins pour poursuivre l'offensive que pour prévenir d'éventuelles représailles, qu'on redoute sans oser le dire trop fort. Une routine tragique, presque. Voilà ce à quoi ressemble cette nuit, comme tant d'autres avant elle. Une victoire militaire, aussi nette soit-elle, ne referme jamais la blessure. Elle la repousse, simplement, un peu plus loin jusqu'à la prochaine nuit qui ne finira pas. Et dans le Luba, chacun le sait sans qu'on ait besoin de le dire. Ce qui n'empêche personne, le lendemain, d'aller chercher l'eau, d'ouvrir les échoppes, d'envoyer les enfants à l'école quand elle est encore debout comme si la vie, envers et contre tout, refusait elle aussi de céder.
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Manifestation dans le Luba


Manifestation dans le Luba du à la guerre contre les rebelles qui ne s’arrête jamais


Un mot a suffi. Une vieille femme, sur le marché de Mateta, l'a lâché entre deux étals sans même hausser la voix. Ça suffit. Deux syllabes à peine, et pourtant elles ont voyagé plus vite qu'aucun tract, plus vite qu'aucun appel officiel n'aurait jamais su le faire, colportées de bouche en bouche comme une braise qu'on se refile sans se brûler. Le lendemain, Mateta ne ressemblait déjà plus à elle-même. Ils sont sortis par centaines dès l'aube. Par milliers avant midi. Des commerçants avaient fermé boutique sans même prévenir leurs employés, le rideau de fer à moitié baissé, comme abandonné en plein geste. Des mères marchaient l'enfant calé sur la hanche, ainsi qu'on porte une preuve vivante de ce qu'on vient défendre. Des vieillards suivaient plus loin derrière, appuyés sur des cannes taillées dans le bois local, lents mais entêtés, refusant obstinément de rester chez eux ce jour précis entre tous. Personne n'avait rien planifié. Ça s'était simplement mis à monter, tout seul, comme montent certaines crues quand la pluie a trop duré et que la terre, saturée, ne peut plus rien absorber de plus. Peinture de bâtiment sur des planches récupérées. Charbon dilué dans un fond d'eau. Boue séchée, parfois, faute de mieux, étalée sur du carton. Peu importait le support : les mots, eux, revenaient sans cesse, presque identiques d'une pancarte à l'autre. Protégez-nous. Trop, c'est trop. Où est l'État ? Certains avaient choisi d'écrire des noms, des noms de hameaux du Luba, effacés de la carte ces dernières années, non par une quelconque décision administrative mais par le feu et par la peur. Rappeler que ces noms avaient existé. Qu'ils avaient abrité des vies, avant de devenir de simples points muets au bas d'un rapport militaire que personne, à la capitale, ne prenait plus la peine de lire jusqu'au bout. Trente ans que cette rébellion hante les recoins du Luba. Quarante, diront certains, en remontant jusqu'aux origines du mal. On la croit affaiblie une année ; elle ressurgit l'année suivante, toujours un peu plus tenace qu'on ne l'avait espéré. Mais ce n'est pas la menace, cette fois, qui a changé de visage. C'est la manière dont la région entière la porte désormais sur ses épaules. La lassitude, longtemps silencieuse, a cédé la place à quelque chose de plus dur, de moins résigné. Fini le temps où l'on baissait la tête en attendant que l'orage veuille bien passer de lui-même. À Mateta, aujourd'hui, on réclame. On exige, avec une fermeté qu'on n'attendait plus forcément d'un peuple habitué, depuis des générations, à composer avec l'adversité plutôt qu'à la défier en pleine rue, à visage découvert. Devant le siège du gouvernement régional, la foule s'est amassée dès l'aube, débordant très largement le petit parvis prévu pour ce genre de rassemblement, comme un fleuve trop plein qui finit par sortir de son lit. Les forces de l'ordre ont d'abord tenté de canaliser les premiers arrivants. Elles ont vite renoncé. Contenir une marée pareille sans provoquer l'irréparable relevait, tout simplement, de l'impossible. On raconte, et cette histoire-là circule déjà comme une petite légende locale, que certains policiers, eux-mêmes enfants de la région, auraient discrètement baissé leur matraque, incapables de réprimer une colère qu'ils partageaient eux aussi, en silence, depuis bien trop longtemps déjà. Un homme est monté sur un muret, sans y avoir été invité par personne. La soixantaine largement dépassée. Ancien instituteur d'un village aujourd'hui déserté à cause des exactions rebelles, un village qu'on ne trouve plus que sur les cartes les plus anciennes. Pas de micro. Juste sa voix, portée par le silence relatif qui s'était peu à peu installé autour de lui, à mesure que la foule comprenait qu'il allait parler et se taisait pour l'écouter. Il a évoqué ses anciens élèves, ceux partis vers le nord en pleine nuit, ceux qu'on n'avait jamais retrouvés depuis, dont les noms restaient suspendus quelque part entre le souvenir et le deuil impossible. Il n'a pas crié. Il n'en avait nul besoin. Un récit murmuré porte parfois bien plus loin qu'un slogan hurlé à pleins poumons, cela, dans le Luba, tout le monde semble le savoir depuis longtemps. D'autres témoignages ont suivi. Plus bruts. Moins mesurés que celui du vieil instituteur. Une femme a raconté son mari, disparu lors d'une précédente incursion, sans corps jamais retrouvé, sans la moindre explication reçue depuis des années de silence administratif. Un jeune homme, la voix tremblante d'une mémoire d'enfance qu'il n'était jamais vraiment parvenu à digérer, a décrit la maison de ses grands-parents partant en fumée sous ses yeux d'enfant, encore aujourd'hui incapable de comprendre pourquoi. Simplement pourquoi. Et ni la foule, ni les quelques officiels présents ce jour-là dans les parages, n'ont su lui offrir une réponse valant mieux qu'un silence gêné, les yeux baissés vers le sol. Ce qui frappe, à regarder cette mobilisation depuis l'extérieur, c'est son absence presque totale de récupération politique. Aucun parti n'a revendiqué l'organisation du rassemblement. Aucun leader autoproclamé n'a tenté de s'en emparer pour en faire son tremplin personnel. La colère appartenait à tout le monde à la fois, et à personne en particulier portée par une région entière plutôt que par une poignée de meneurs identifiables. Un détail qui, paradoxalement, la rendait plus difficile encore à ignorer, plus difficile à réduire au silence ou à discréditer depuis les bureaux feutrés de la capitale nationale. Des délégations venues des villages les plus reculés ont convergé vers Mateta les jours suivants, empruntant des routes qu'elles connaissaient trop bien pour les avoir déjà vues bloquées, un jour ou l'autre, par un accrochage entre soldats et rebelles. Certaines familles ont marché des heures durant avant même d'apercevoir les premiers toits de la ville. D'autres se sont entassées dans des camionnettes surchargées, dont plus d'une aurait normalement dû rester au garage tant son état laissait à désirer, mais qu'on a préféré risquer sur la route plutôt que de manquer ce rendez-vous-là. Il y avait, dans cette convergence spontanée et un peu chaotique, quelque chose d'une région qui refusait, pour une fois, de se laisser fragmenter village par village, de continuer à subir chaque nouvelle attaque isolément, sans jamais additionner ses colères entre elles. Les autorités régionales, débordées par l'ampleur imprévue du mouvement, ont fini par recevoir une délégation de manifestants en fin de journée. La rencontre, décrite comme tendue par ceux qui y ont assisté, aurait duré près de trois heures pleines, ponctuée de longs silences pesants et de reproches formulés sans le moindre détour diplomatique. On y aurait évoqué des budgets de sécurité jugés dérisoires au regard de l'ampleur réelle de la menace, un manque criant de moyens matériels pour les garnisons les plus exposées aux tirs, et cette impression tenace, partagée par un nombre croissant d'habitants, que le reste du Zafongo regardait le Luba comme une région à part, presque sacrifiée d'avance, dont les malheurs finiraient toujours, immanquablement, par se répéter sans jamais susciter la moindre réaction à la hauteur du drame. Le gouverneur régional, visiblement dépassé par la gravité de la situation, a fini par promettre de transmettre l'ensemble des doléances à la capitale nationale dès le lendemain matin. Il a reconnu, dans une déclaration accordée à la presse locale, que la patience de la population avait atteint des limites qu'il devenait dangereux de continuer à tester encore. Il s'est engagé, également, à réclamer formellement un renforcement conséquent des effectifs militaires déployés dans la région, ainsi qu'une révision profonde des moyens matériels alloués aux garnisons les plus vulnérables du territoire. Rien ne garantit, à cette heure, que ces promesses se traduiront un jour par des actes concrets et durables. Le Luba a déjà entendu, par le passé, bien des engagements qui se sont dilués avec le temps, noyés peu à peu dans les priorités changeantes d'une capitale trop souvent tournée vers d'autres préoccupations, plus visibles, plus rentables politiquement. Mais quelque chose, cette fois, semblait différent dans la détermination affichée par une population qui ne demandait plus, comme naguère, de patienter encore un peu. On parlait désormais d'échéances précises. De résultats concrets attendus dans des délais raisonnables. D'une vigilance collective qui ne devrait plus jamais se relâcher tant que rien de tangible n'aurait véritablement changé sur le terrain. À la nuit tombée, la foule a fini par se disperser lentement dans les rues de Mateta, épuisée mais nullement résignée. Les pancartes, abandonnées sur les trottoirs ou emportées comme autant de reliques de cette journée hors du commun, continueraient sans doute encore longtemps de circuler, sur les réseaux comme dans les conversations de comptoir. Ce qui restait surtout, flottant au-dessus de la ville comme une odeur qui ne partirait pas de sitôt, c'était cette certitude nouvelle, presque physique : le Luba ne se contenterait plus d'encaisser en silence. La région avait parlé, d'une seule voix improvisée mais étonnamment unanime et cette voix-là, contrairement à tant d'autres avant elle, aussitôt levées puis éteintes, ne semblait pas prête à se taire au premier silence venu depuis la capitale.
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Rebelle repoussé jusqu'au Makeba


Armée régulières Zafongolaise


Trois mois de combats. Les rebelles ont reculé. C'est un fait, vérifiable sur le terrain, confirmé par les cartes militaires qui circulent désormais avec un peu plus d'assurance qu'avant. Poussés jusqu'à cette frontière du Makeba, ils y sont retranchés, sans qu'on sache vraiment ce que ce repli signifie sur le long terme. Un affaiblissement réel, ou une simple pause tactique le temps de se réorganiser ailleurs. Les militaires eux-mêmes, sur place, se gardent bien d'employer le mot victoire sans le nuancer aussitôt. Ce recul, il s'est payé lentement, sans coup d'éclat spectaculaire. Des colonnes qui avançaient de quelques kilomètres par semaine, parfois moins. Du matériel porté à dos d'homme, faute de routes, à travers une végétation qui ne laisse jamais rien passer facilement. Des positions prises, perdues, reprises. Le genre de progression qui ne fait pas de gros titres, mais qui use les hommes autant que les journées entières passées sous la pluie ou la chaleur. La sécurité s'est renforcée, ça aussi c'est vérifiable. Des postes militaires se sont installés dans des zones que l'armée n'avait pas foulées depuis des années. Des patrouilles régulières couvrent désormais des secteurs qui restaient, jusqu'ici, sur les seules cartes théoriques de l'état-major. Le gouvernement a annoncé le maintien de ces positions, refusant tout retrait rapide, conscient qu'un territoire repris et aussitôt abandonné retombe presque systématiquement, tôt ou tard, sous contrôle rebelle. Reste à savoir si cette promesse de maintien tiendra dans la durée. Le Luba en a déjà vu d'autres. Des annonces similaires, par le passé, se sont parfois diluées après quelques mois, quand l'attention politique et budgétaire s'est détournée vers d'autres priorités. Dans les villages repris, la situation reste précaire. Des maisons à moitié effondrées. Des champs à l'abandon depuis parfois plusieurs années. Certains habitants sont retournés voir ce qu'il restait de chez eux, sans certitude de pouvoir s'y réinstaller durablement. L'armée a participé, dans plusieurs de ces localités, à des travaux de déblaiement et de reconstruction sommaire, aux côtés d'ONG locales et d'équipes envoyées par l'administration régionale. Le travail reste considérable, largement inachevé, freiné par le manque de matériaux et par l'état encore fragile des routes d'accès. À Mateta, où la colère populaire s'était exprimée avec force il y a quelques mois, l'atmosphère a changé sans pour autant devenir insouciante. On observe les résultats avec un mélange de soulagement prudent et de méfiance ancienne. La rébellion a déjà, par le passé, semblé affaiblie avant de ressurgir avec une vigueur nouvelle. Cette mémoire collective pèse encore sur chaque discussion, chaque témoignage recueilli sur place. Le gouverneur régional a évoqué, dans une déclaration récente, un maintien renforcé des effectifs dans la zone, sans toutefois avancer de calendrier précis quant à un éventuel retrait futur des troupes. Aucune date. Aucune garantie formelle sur la durée de cette présence militaire, qui reste, pour l'instant, la seule assurance concrète offerte aux habitants. Du côté du Makeba, aucune déclaration officielle n'a encore été rendue publique concernant la présence de combattants repoussés à proximité de sa propre frontière, une situation qui pourrait, à terme, susciter des discussions diplomatiques entre les deux États, sans qu'on sache pour l'instant si de tels échanges ont déjà commencé. Ce que ces trois mois ont concrètement changé, au fond, reste à mesurer sur la durée plutôt que dans l'instant. Un répit, pour l'heure. Ni plus ni moins.
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Le soleil, enfin mis à contribution


Panneaux solaire


Il aura fallu du temps pour que quelqu'un, à Ménaka, se dise que toute cette chaleur qui écrase le pays une bonne partie de l'année pourrait servir à autre chose qu'à faire suer les habitants et cuire les toits de tôle. Le gouvernement vient d'annoncer un vaste programme d'installation de panneaux solaires dans les zones les plus exposées au soleil, un projet qui, sur le papier, a de quoi paraître évident, presque tardif même, mais qui promet de changer concrètement le quotidien de plusieurs provinces. Le Teke figure évidemment en tête de liste. Difficile d'imaginer meilleur terrain pour ce genre d'installation qu'un désert où le soleil tape sans relâche presque toute l'année, où l'électricité peine encore à atteindre certains villages nomades faute de réseau suffisamment développé. Les premiers panneaux, dit-on, seraient déjà en cours de montage près de M'Baye, avec l'ambition de rayonner ensuite vers les points d'eau les plus fréquentés par les familles nomades, histoire d'offrir un minimum de confort électrique là où les tentes se montent et se démontent au gré des saisons. Le Kota et le Yomba, deux provinces qui connaissent elles aussi de longues périodes de chaleur intense, ne sont pas en reste. Là-bas, les autorités locales envisagent surtout d'équiper les grands entrepôts logistiques et les coopératives agricoles, histoire de réduire la dépendance de ces structures aux générateurs diesel qui tournent parfois jour et nuit pour alimenter les chambres froides où l'on conserve les récoltes avant expédition. Reste à savoir combien de temps prendra concrètement ce déploiement. Les provinces les plus reculées, celles où l'accès reste compliqué par l'état des routes, risquent fort de patienter plus longtemps que les zones déjà bien desservies. On se souvient encore, dans le Bateke, de ces promesses gouvernementales qui prennent parfois des années avant de se concrétiser sur le terrain. Pour l'instant, les premiers habitants concernés semblent accueillir la nouvelle avec un optimisme mesuré, ni euphorique ni méfiant, simplement cette prudence habituelle qu'on développe à force d'attendre des annonces qui, trop souvent par le passé, ont fini par s'essouffler avant d'atteindre les villages les plus éloignés du pouvoir central. Cette fois pourtant, le projet ne relève plus vraiment de la promesse. Plusieurs panneaux sont déjà installés et fonctionnent, notamment autour de M'Baye, premiers jalons visibles d'un chantier que le gouvernement entend poursuivre sans relâche dans les mois à venir. L'ambition affichée dépasse d'ailleurs la simple électrification de quelques villages isolés : Ménaka parle désormais ouvertement de vouloir bâtir, à terme, une production d'électricité plus respectueuse de l'environnement à l'échelle du pays tout entier, misant sur ce soleil abondant plutôt que sur les seules centrales et générateurs qui ont, jusqu'ici, porté l'essentiel de l'effort énergétique national.
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Neutralité affichée, Ménaka refuse de se mêler du Moranza


Situation Moranza


Peu de mots, mais tous pesés. Le président du Zafongo n'a pas cherché à enrober sa déclaration : son pays restera à l'écart de la guerre civile qui ronge le Moranza depuis maintenant plus d'une décennie. Rien de nouveau dans le fond, peut-être, mais le ton, lui, ne laissait place à aucune ambiguïté. Le moment choisi pour cette prise de parole n'a rien d'un hasard. Là-bas, tout continue de se déliter un peu plus chaque semaine. Des frontières qui bougent au gré des combats. Des alliances qui se font puis se défont selon les intérêts du moment plutôt que selon une quelconque logique durable. Et derrière ce chaos, des puissances étrangères qui avancent leurs pions, moins soucieuses de ramener la paix que de préserver leur influence dans la région. L'Antérie tient fermement le gouvernement moranzais à bout de bras. Le Finejouri, de son côté, joue une partition plus ambiguë, reconnaissant du bout des lèvres la légitimité du pouvoir en place tout en agitant la menace d'une intervention militaire si les civils venaient à souffrir davantage. Entre ces calculs, la population, elle, continue simplement d'encaisser. Devant la presse nationale, le chef de l'État zafongolais a résumé sa position en une phrase qui a déjà commencé à circuler : chaque nation devrait pouvoir régler ses propres affaires sans qu'une main étrangère vienne s'y glisser. Ce n'est pas un principe abstrait chez lui. Il y voit, très concrètement, la cause même de l'enlisement moranzais. Plus les puissances extérieures s'en mêlent, plus la guerre s'éternise, chaque camp puisant dans ce soutien venu d'ailleurs une raison supplémentaire de continuer à se battre plutôt que de chercher, enfin, une porte de sortie négociée. Cela ne signifie pas pour autant un silence total. Le président a pris soin de le préciser : une aide humanitaire reste envisageable, si elle est explicitement demandée, à la stricte condition qu'elle ne devienne jamais un prétexte à une implication plus large, politique ou militaire. Une ligne fine, presque un fil tendu, mais que le gouvernement semble déterminé à suivre sans dévier. Cette prudence ne sort pas de nulle part. Le Zafongo porte encore, quelque part, les cicatrices de sa propre guerre civile de 1977, et cette mémoire semble aujourd'hui guider sa diplomatie bien au-delà de ses propres frontières. Un conflit intérieur, pense-t-on visiblement à Ménaka, se règle rarement mieux sous la pression d'acteurs extérieurs venus imposer leur vision. Les décennies de rébellion qui continuent de couver dans le Luba, malgré tous les efforts déployés par l'État, semblent nourrir cette conviction bien plus qu'un simple discours théorique. Cette position, aussi cohérente soit-elle sur le papier, n'échappe pas pour autant à une critique simple, presque évidente : celle de l'inaction face à des horreurs pourtant documentées. Les bombardements récents sur Acoujik, qui ont coûté la vie à plusieurs dizaines de civils, ont ravivé une indignation qui dépasse largement les frontières moranzaises. Certains observateurs commencent déjà à se demander tout haut combien de temps cette ligne de non-intervention pourra tenir si la situation continue de se détériorer au même rythme. Pour l'heure, rien n'indique un quelconque changement de cap du côté zafongolais. Ménaka observe, sans plus. Refusant, du moins pour l'instant, d'ajouter sa propre voix à ce concert de puissances étrangères qui, selon les mots mêmes du président, n'a jusqu'ici réussi qu'à attiser un incendie déjà bien difficile à maîtriser. Tout remonte à 2012, quand un soulèvement indépendantiste éclate dans l'ouest du pays, vite rejoint par des groupes islamistes. Un coup d'État interne, en 2018, redistribue les cartes et fait émerger un nouveau mouvement fédéraliste sur les décombres de l'ancien pouvoir islamiste. Le gouvernement de Benoît Colin, soutenu en coulisses par l'Antérie, alterne depuis des phases de recul et de reconquête, notamment dans la région du Nord Banaie. Plus récemment, une alliance de circonstance entre fédéralistes et indépendantistes a permis à ces derniers de reprendre l'avantage sur le terrain, tandis que des frappes antériennes sur la ville d'Acoujik ont fait de nombreuses victimes civiles, creusant un peu plus encore une crise humanitaire déjà largement hors de contrôle.
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Kalunga Mbeki en tournée


Kalunga Mbeki


Kalunga Mbeki prépare son plus grand défi. L'humoriste originaire de Ménaka, connu depuis une dizaine d'années pour ses sketchs sur le quotidien administratif et les petites absurdités de la vie zafongolaise, a annoncé une tournée qui traversera les huit capitales régionales du pays, un projet inédit pour un artiste local. Peu de gens, en dehors du Bakongo, connaissent vraiment le parcours de cet homme. Fils d'un fonctionnaire et d'une institutrice, Kalunga a débuté sa carrière dans de petites salles de quartier avant de percer, presque par hasard, lors d'un spectacle amateur où son observation moqueuse d'une file d'attente administrative avait fait le tour des enregistrements audio circulant dans les marchés de la capitale. Depuis, il s'est fait une place, sans jamais chercher à quitter le pays pour tenter sa chance ailleurs, contrairement à d'autres artistes zafongolais partis chercher une reconnaissance internationale. Son humour, souvent décrit comme observateur plutôt que provocateur, s'appuie surtout sur des situations que chacun reconnaît sans peine : une négociation de marché qui s'éternise, un cortège officiel coincé dans les embouteillages, un cousin revenu de l'étranger avec des manières qu'on ne comprend plus tout à fait. Rien de bien méchant, mais suffisamment juste pour que les salles rient de bon cœur, quelle que soit la province. Cette tournée, la première d'une telle ampleur pour un humoriste zafongolais, débutera à Ménaka avant de se poursuivre à Kouraba, dans le Yomba, puis à Kémbelé, dans le Kota. Suivront Mateta, dans le Luba, Zahli, capitale du Mbochi, Assamou, dans le Sira, M'Baye, au Teke, et enfin Yonda, dans le Bateke, dernière étape du parcours. Interrogé sur la difficulté d'adapter son spectacle à des publics aussi différents, Kalunga est resté mesuré. Il a expliqué vouloir simplement observer chaque région avant de se produire, plutôt que d'arriver avec un texte figé, préférant ajuster ses sketchs en fonction de ce qu'il perçoit sur place. Il a également reconnu que certaines étapes, notamment Mateta, demanderaient une attention particulière, sans pour autant vouloir en dire davantage sur le contenu précis qu'il compte y présenter. Sur le plan logistique, l'organisation a confirmé que l'ensemble de la tournée s'effectuerait par avion, en s'appuyant sur les liaisons régulières de la compagnie nationale, seule solution jugée fiable pour couvrir l'ensemble du territoire dans des délais raisonnables. Kalunga Mbeki n'a pas cherché à donner un sens particulier à ce projet au-delà de l'évidence artistique. Il a simplement indiqué vouloir se produire là où, selon ses propres mots, il n'était encore jamais allé, sans autre ambition affichée que celle de jouer devant un public nouveau à chaque étape.
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Un coup de pouce pour ceux qui nourrissent le pays


Un coup de pouce pour ceux qui nourrissent le pays


On a longtemps laissé les paysans se débrouiller seuls. C'est à peu près ça, le résumé honnête de la politique agricole du Zafongo depuis des décennies. Les mines avaient les projecteurs. Les routes, les grands discours. L'agriculture, elle, tournait toute seule dans son coin, portée par des familles qui n'attendaient de toute façon plus grand-chose de Ménaka. Alors quand le gouvernement annonce, cette semaine, un programme de soutien massif aux petites exploitations, difficile de ne pas y voir un changement de ton, même si personne, dans les villages, ne va sauter de joie avant d'avoir vu les premiers résultats. Le raisonnement derrière cette annonce tient en une phrase, presque une évidence gênante à formuler tant elle aurait dû être corrigée depuis longtemps : ceux qui produisent l'essentiel de ce que mange le pays comptent aussi parmi les plus pauvres. Le Yomba fait vivre des dizaines de millions de Zafongolais chaque année. Le paysan qui cultive ce manioc, lui, peine souvent à joindre les deux bouts d'une saison à l'autre. Ça n'a jamais eu beaucoup de sens, et pourtant ça a duré. Alors on commence par l'argent, forcément. Des taux de crédit revus à la baisse pour les petites exploitations familiales, celles-là mêmes qui se faisaient claquer la porte au nez par les banques, jugées trop modestes, trop risquées, pas assez solvables aux yeux d'un guichetier habitué aux dossiers des grandes coopératives. Un détail, dira-t-on. Mais pour une famille qui n'avait jamais osé demander un prêt de sa vie, ça peut tout changer. Puis il y a les hommes envoyés sur le terrain. Des agronomes, cette fois, pas des fonctionnaires de passage venus cocher une case administrative. Ils s'installent quelques jours dans un village, regardent la terre, posent des questions avant de donner des réponses, ce qui change beaucoup de choses par rapport aux anciennes méthodes où l'on imposait depuis la capitale des techniques pensées pour un sol qu'on n'avait jamais touché. Le Kota et le Yomba ne cultivent pas de la même façon, tout le monde le sait sur place, mais il aura fallu du temps pour que Ménaka l'admette aussi. La mécanisation avance plus timidement. Quelques tracteurs, des systèmes d'irrigation simplifiés, distribués aux coopératives qui en font la demande formelle. Rien d'industriel, rien de brutal. Personne ne veut transformer ces parcelles familiales, héritées sur plusieurs générations, en immenses exploitations sans visage. L'idée reste modeste : produire un peu plus, sans perdre ce qui fait la vie de ces villages depuis toujours. Et puis il y a l'argent qu'on perd sans même s'en rendre compte, celui qui file dans la poche des intermédiaires. Un paysan vend son manioc pour une bouchée de pain, et cette même récolte se retrouve, quelques semaines plus tard, vendue trois ou quatre fois plus cher sur un marché du Bakongo. L'État veut maintenant pousser la création de coopératives capables de vendre directement, sans ce passage obligé qui a toujours siphonné l'essentiel du bénéfice loin de ceux qui ont pourtant fait tout le travail. Un cultivateur près de Kouraba, interrogé cette semaine, résume assez bien l'état d'esprit général. Un agent est déjà passé chez lui. Il a regardé sa terre, discuté, promis un suivi. L'homme écoute, hoche la tête, mais garde ses espoirs pour lui. Il a déjà entendu ce genre de discours. Il préfère attendre de voir avant de croire. Cette méfiance, on la retrouve partout dans les campagnes, et franchement, difficile de leur donner tort. Le monde paysan zafongolais a appris à se méfier des grandes annonces venues de la capitale, échaudé par des années où l'attention allait ailleurs, toujours ailleurs, vers les mines, vers les tours qui poussent à Zahli, vers les soldats envoyés dans le Luba. Voir enfin l'agriculture traitée comme une priorité, ça compte. Mais ça ne suffit pas encore à convaincre. Le Kota devrait en profiter particulièrement bien. Ses coopératives maraîchères, qui nourrissent depuis des années les marchés voraces du Bakongo tout proche, manquaient cruellement de chambres froides. Sans ça, une bonne partie des récoltes pourrissait avant même d'atteindre l'acheteur. Un détail logistique qui, une fois corrigé, pourrait changer beaucoup de choses pour ces exploitations qui perdaient jusqu'ici, chaque semaine, une part non négligeable de leur travail. Le Sira et le Mbochi recevront un accompagnement plus léger, plus adapté à des parcelles bien plus modestes en surface. Pas de gros tracteurs là-bas, mais des outils plus simples, un suivi de proximité, quelque chose qui colle vraiment à la réalité du terrain plutôt qu'un plan pensé depuis un bureau climatisé de la capitale. Le Bateke et le Teke, eux, restent dans une catégorie à part. Là-bas, on ne parle pas vraiment de commerce ou d'exportation. On parle de survie, tout simplement. Le programme prévoit un soutien sur les cultures les plus résistantes, sorgho, mil, dattes, et surtout sur la gestion de l'eau, cette ressource si rare qu'elle vaut parfois plus cher que l'or qu'on extrait juste à côté. Reste la question qui fâche un peu, celle de l'argent. Le financement viendrait en partie des revenus miniers, réorientés vers l'agriculture. Au parlement, ça grince déjà des dents du côté des élus du Bateke, inquiets de voir filer une part de la manne minière vers un secteur qu'ils jugent moins stratégique. Les députés du Yomba et du Luba, eux, applaudissent, considérant enfin qu'on répare une injustice trop longtemps ignorée. Personne, cela dit, ne prétend que ce programme réglera tout d'un coup. Les routes restent dans un état déplorable dans bien des régions, et sans elles, aucun soutien agricole, aussi généreux soit-il, ne suffira à faire circuler correctement les récoltes. Le climat, lui non plus, ne se laissera jamais dompter par un simple décret gouvernemental. Sécheresses au nord, crues dans le Luba, la nature continuera de dicter sa loi bien plus que Ménaka. Mais quelque chose a changé, malgré tout, dans la façon dont l'État regarde désormais ses paysans. Ce n'est plus juste un mot glissé dans un discours officiel une fois par an. C'est du crédit réel, des hommes envoyés sur le terrain, du matériel qui arrive, une attention qu'on n'avait pas vue depuis longtemps. Reste à savoir si cette attention tiendra dans la durée, ou si elle s'éteindra doucement, comme tant d'autres promesses avant elle, avant même d'avoir vraiment atteint les villages les plus reculés du pays.
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Crise migratoire


Crise migratoire


La frontière n'a pas tenu longtemps. Cette nuit-là, dans le Sira, ce que les autorités décrivaient encore la veille comme une simple tension aux abords des postes de contrôle s'est transformé, en quelques heures à peine, en quelque chose de bien plus grave. 20 000personnes, peut-être davantage selon certaines estimations encore incertaines, ont réussi à franchir la frontière vers le Banairah. 7 000 autres, elles, n'ont pas eu cette chance. Interceptées par les propres forces zafongolaises avant même d'atteindre la ligne frontalière, elles se retrouvent aujourd'hui bloquées, quelque part entre leur point de départ et cet ailleurs qu'elles espéraient tant. Le Sira, on le sait depuis longtemps, sert de dernière étape avant le grand saut pour des milliers de Zafongolais chaque année. Mais rien, jusqu'ici, ne ressemblait à ce qui vient de se produire. D'ordinaire, les départs se font au compte-goutte, discrets, échelonnés sur des mois. Cette fois, la foule s'est comptée par dizaines de milliers, agglutinée depuis plusieurs jours aux abords des postes de contrôle, jusqu'à ce que la pression humaine, mêlée à un désespoir de plus en plus difficile à contenir, finisse par tout emporter. En écoutant ceux qui ont accepté de témoigner, c'est cette phrase qui revient sans cesse, presque identique d'une bouche à l'autre. Une vie meilleure. Rien de plus compliqué que ça. Pas de grand discours politique, pas de revendication précise à formuler devant les caméras, juste cette conviction simple et tenace que quelque part, ailleurs, les choses seraient différentes. Certains, une fois interrogés sur leur destination réelle, ont cité sans hésiter l'Azur ou le Faravan, ces deux nations qu'on présente comme les plus prospères de toute l'Afarée, le Banairah n'étant à leurs yeux qu'un point de passage supplémentaire sur une route bien plus longue. D'autres, en revanche, ont exprimé une intention différente, plus modeste peut-être, mais tout aussi sincère : rester au Banairah lui-même, séduits par la proximité géographique, par cette importante communauté zafongolaise déjà installée là-bas depuis des années, et par des salaires qui, disent-ils, permettent enfin de vivre décemment de son travail, chose qu'ils n'ont jamais connue chez eux. Du côté du Banairah, le silence persiste. Aucune déclaration officielle n'est encore venue confirmer ou nuancer les chiffres qui circulent depuis hier, aucune réaction gouvernementale n'a filtré sur le sort des vingt mille personnes déjà entrées sur son territoire, ni sur la manière dont ce pays voisin compte gérer un afflux d'une telle ampleur. Ce mutisme, aussi surprenant qu'inquiétant pour beaucoup, laisse planer une incertitude totale sur ce qui attend réellement ces migrants une fois la frontière franchie. Les sept mille personnes interceptées côté zafongolais, elles, vivent une situation tout aussi précaire, mais pour des raisons différentes. Retenues avant même d'avoir pu tenter le passage, elles se retrouvent aujourd'hui dans un entre-deux administratif que personne, semble-t-il, n'avait vraiment anticipé. Des images qui circulent depuis ce matin montrent des centaines de personnes assises à même le sol, encadrées par des forces de sécurité, attendant sans grande information ce qu'il va advenir d'elles. C'est précisément autour de cette interception que la colère commence à s'exprimer le plus ouvertement. Plusieurs voix, parmi les migrants eux-mêmes mais aussi au sein de certaines associations présentes dans la région, n'hésitent plus à employer des mots très durs, allant jusqu'à parler de crime humanitaire pour qualifier la manière dont ces sept mille personnes auraient été stoppées. On évoque des conditions de rétention jugées indignes, un accès insuffisant à l'eau et à la nourriture, une absence quasi totale d'explications données à ceux qui se trouvent aujourd'hui bloqués sans savoir combien de temps cette situation va durer, ni ce qui les attend ensuite. Ces accusations, aussi graves soient-elles, n'ont pour l'instant reçu aucune réponse officielle de la part du gouvernement zafongolais, qui se contente toujours d'un communiqué prudent évoquant une situation suivie avec attention. En revanche, le commandant des gardes-frontières a précisé ne pas avoir assez de moyens pour nourrir tout le monde. Il dit qu'il n'a jamais connu ça en 30 ans de carrière Cette crise, par son ampleur soudaine, relance une question que le Sira porte depuis des générations sans jamais vraiment y répondre. Pourquoi tant de Zafongolais continuent-ils, année après année, à préférer le risque d'un départ incertain plutôt que la certitude d'un quotidien qu'ils jugent sans avenir. Les explications habituelles, manque criant d'opportunités économiques, récits de cousins partis avant eux et revenus fortune faite, ne suffisent plus, visiblement, à expliquer une mobilisation d'une telle intensité, concentrée sur quelques jours seulement. Reste à savoir combien de temps cette situation pourra tenir sans qu'une réponse concrète ne vienne enfin de l'un ou l'autre des deux gouvernements concernés. D'un côté, des milliers de Zafongolais entrés au Banairah sans qu'on sache encore ce que ce pays compte en faire. De l'autre, 7 000 personnes stoppées net dans leur élan, retenues sur leur propre sol, accusées par certains d'être traitées avec une brutalité que rien ne justifierait. Entre les deux, une même espérance, simple et têtue, celle d'une vie meilleure que tant de Zafongolais continuent de chercher, quel que soit le prix à payer pour tenter d'y accéder.
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Base militaire à 10 km de nos frontières


Base militaire à 10 km de nos frontières

Neuf heures, ce matin. Deux ZA-05 en patrouille le long de la frontière Est du Bakongo, celle qui touche la Cité du Désert. Rien d'exceptionnel, ce genre de vol se fait plusieurs fois par semaine, presque par routine. Sauf que ce matin, quelque chose clochait. Un des pilotes a repéré au loin une structure qui n'aurait jamais dû être là. Rien sur la carte de vol, rien dans les briefings habituels avant décollage. L'appareil s'est approché, prudemment, sans jamais franchir la frontière, histoire d'y voir plus clair sans provoquer d'incident. Les jumelles ont fini par confirmer ce que tout le monde redoutait déjà un peu en observant la silhouette depuis le cockpit. Des baraquements alignés avec une précision presque militaire, forcément. Des installations encore en chantier pour certaines, avec des grues visibles au loin. Et au-dessus de tout ça, flottant fièrement, un drapeau que personne, à bord de cet appareil, n'avait jamais vu d'aussi près de chez nous. Celui de la Poëtoscovie. L'information a mis quelques heures à remonter jusqu'à Ménaka, transmise d'abord aux échelons militaires intermédiaires avant d'atteindre directement le bureau présidentiel en fin de matinée. Une fois arrivée là-haut, tout est allé vite. Très vite, même, pour un pays qui prend d'habitude son temps sur ce genre de dossier sensible. Le président a ordonné dans la foulée la mobilisation de troupes supplémentaires le long de cette frontière, présentée officiellement comme purement défensive, un simple renforcement de sécurité. Mais sur le terrain, l'ampleur du déploiement laisse clairement deviner que l'inquiétude dépasse largement le protocole habituel. Des colonnes entières sont parties dès l'après-midi depuis les casernes du Bakongo, rejointes par des renforts venus tout droit du Kota, une province pourtant plus habituée aux missions logistiques qu'à ce genre d'urgence frontalière. Des ZM-97, ces mortiers tractés qu'on réserve d'ordinaire aux terrains accidentés du Bateke, ont eux aussi été positionnés à proximité immédiate de la zone concernée. Une précaution supplémentaire qui en dit long, pour ceux qui savent lire entre les lignes, sur le sérieux avec lequel Ménaka aborde cette affaire. Et puis il y a ce détail, celui qui pèse peut-être le plus lourd dans toute cette histoire : la distance. Trois cent cinquante kilomètres à peine séparent cette base militaire étrangère de la capitale nationale. Pas énorme, dans un pays aussi vaste que le nôtre, où certaines provinces se comptent en jours de trajet plutôt qu'en heures. De quoi rendre nerveux plus d'un responsable militaire, même si personne, à l'heure actuelle, ne sait vraiment ce que cette base abrite réellement en son sein. Le président s'est exprimé brièvement en fin d'après-midi devant la presse nationale rassemblée à la hâte. Il a dit son inquiétude face à cette présence, jamais annoncée au préalable, jamais discutée avec le Zafongo, alors qu'elle se trouve à quelques kilomètres à peine de notre propre territoire national. Il a exigé, sans détour ni langue de bois, que cette base soit démantelée. Immédiatement, a-t-il insisté, sans laisser planer le moindre doute sur la fermeté de sa position. Il a aussi rappelé, à sa manière, cette position diplomatique qu'on connaît déjà bien depuis l'affaire du Moranza. Le Zafongo ne se mêle jamais des affaires internes de ses voisins, répète-t-il volontiers, mais il attend, en retour, ce même respect élémentaire pour sa propre souveraineté territoriale. Et là, visiblement, ce principe fondamental a été piétiné sans le moindre égard. Plusieurs sources gouvernementales, qui ont préféré garder l'anonymat pour s'exprimer plus librement, pensent que la Poëtoscovie cherche en réalité à étendre son influence bien au-delà de la seule Cité du Désert, apparemment ils se serviraient de ce pays comme tremplin, où elle dispose déjà, semble-t-il, d'accords sécuritaires anciens. Une ambition plus large sur tout le continent afaréen, disent ces sources, qui tombe particulièrement mal alors que le pays reste déjà sous tension à cause de la crise migratoire persistante vers le Banairah. Le ministre des Armées le Général Bakary N'Diaye a précisé de son côté, dans un communiqué séparé, que cette mobilisation ne visait absolument pas la Cité du Désert elle-même. La colère du gouvernement zafongolais vise clairement, sans ambiguïté, la Poëtoscovie, accusée d'avoir installé sa base sans le moindre geste diplomatique envers un voisin aussi immédiat. Pour l'instant, silence radio complet du côté poëtoscovien. Aucune déclaration, aucun communiqué, rien. La Cité du Désert, elle non plus, n'a pas réagi publiquement, ce qui n'étonne finalement personne tant ce petit territoire dépend étroitement de ses accords sécuritaires avec des puissances bien plus grandes que lui. Le gouvernement zafongolais assure prendre cette affaire avec le plus grand sérieux, justement à cause de cette proximité jugée alarmante avec la capitale. On évoque déjà, en coulisses ministérielles, de possibles discussions avec d'autres pays afaréens, dans l'espoir de ne pas se retrouver totalement isolé face à ce genre de situation inédite. Pour l'instant, les troupes zafongolaises restent en position, en état de vigilance renforcée. Aucun incident direct n'a été signalé depuis la découverte matinale. Mais l'inquiétude, elle, reste bien palpable tout en haut de l'État, où l'on se demande déjà, sans oser trop le dire tout haut, si cette base ne représente que la partie visible d'une présence militaire étrangère bien plus vaste, restée jusqu'ici totalement invisible aux yeux du Zafongo.
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L'Habaxumar au bord du gouffre financier


L'Habaxumar au bord du gouffre financier


Personne, à Ménaka, ne s'attendait à une nouvelle pareille. L'Habaxumar, ce grand allié situé à l'ouest du Bateke, avec qui le Zafongo entretient des relations commerciales et diplomatiques solides depuis des années, traverserait actuellement l'une des crises financières les plus graves de son histoire récente. Selon plusieurs sources économiques concordantes, la dette publique du pays aurait dépassé le niveau de son propre produit intérieur brut, une situation que les analystes qualifient de véritablement critique. L'information a mis du temps à filtrer, comme souvent lorsqu'il s'agit de finances publiques d'un État partenaire. Mais les indices s'accumulaient depuis plusieurs mois déjà, sans que personne, du côté zafongolais, ne s'en inquiète vraiment. Des retards de paiement sur certains contrats commerciaux. Des rumeurs de tensions au sein du gouvernement impérial. Et puis, ces dernières semaines, une accélération brutale de ces signaux, jusqu'à cette confirmation qui tombe aujourd'hui comme un couperet. Les grands travaux d'infrastructure entrepris par l'Empire ces dernières décennies, ce vaste réseau ferroviaire, ces routes et autoroutes qui devaient moderniser le pays, ont un coût que beaucoup, semble-t-il, avaient sous-estimé. À cela s'ajoutent des dépenses sociales considérables, portées par une politique nataliste assumée depuis toujours par la monarchie habaxumarienne, ainsi qu'un secteur industriel encore en retard face aux grandes puissances du continent, malgré des décennies d'efforts de rattrapage. Personne, à l'heure actuelle, ne semble en mesure d'expliquer avec certitude ce qui a précipité cette situation vers un point aussi critique. Certains évoquent une mauvaise gestion budgétaire accumulée sur plusieurs années. D'autres pointent du doigt les tensions ethniques persistantes qui, en mobilisant des ressources sécuritaires considérables, auraient fini par peser lourdement sur les finances publiques. D'autres encore parlent d'une conjoncture internationale défavorable, sans qu'aucune de ces explications ne fasse aujourd'hui consensus. Du côté du gouvernement zafongolais, la nouvelle a été accueillie avec une prudence teintée d'inquiétude. Le Zafongo entretient avec l'Habaxumar des liens qui dépassent le simple partenariat commercial, une relation ancienne et généralement stable, construite au fil des années sur une confiance mutuelle. Cette crise soudaine remet aujourd'hui en question, pour la première fois peut-être depuis longtemps, la fiabilité économique de ce partenaire régional. Un responsable du ministère de l'Économie, interrogé sous couvert d'anonymat, a reconnu que cette situation suscitait des interrogations légitimes à Ménaka. Sans vouloir dramatiser, a-t-il précisé, le gouvernement suit avec attention l'évolution de la crise habaxumarienne, conscient qu'un effondrement économique de cette ampleur chez un partenaire aussi important pourrait avoir des répercussions, même indirectes, sur certains échanges commerciaux entre les deux nations. Malgré tout, cette même source a tenu à exprimer un certain optimisme, rappelant que l'Empire d'Habaxumar avait déjà traversé, au cours de sa longue histoire, des périodes de grandes difficultés sans jamais perdre son indépendance ni sa stabilité institutionnelle fondamentale. La monarchie constitutionnelle, dit-on à Ménaka, dispose d'une capacité de résilience éprouvée, et rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que cette crise financière, aussi grave soit-elle, débouchera nécessairement sur un effondrement complet du pays. Aucune déclaration officielle n'est pour l'instant venue de Gora Negash pour confirmer ou nuancer l'ampleur exacte de cette crise. Le silence du gouvernement impérial, tout comme celui du Premier ministre Amanuel Tesfaye Woldemariam, habituellement plus disert sur les questions économiques, alimente d'ailleurs une certaine nervosité parmi les observateurs qui suivent de près la situation depuis Ménaka. Reste à savoir comment cette crise va évoluer dans les semaines à venir, et surtout, quelles en seront les conséquences concrètes pour les relations entre les deux pays. Pour l'instant, le Zafongo observe, prudent mais pas alarmiste, cette situation inédite chez un allié qu'on croyait, jusqu'à récemment encore, bien plus solide qu'il ne semble l'être aujourd'hui.
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