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[CULTURE] Watu na Mila Zao

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Watu na Mila Zao

On dit souvent des nations qu'elles se fracturent sur la question de la foi, du rite, de la fête que la différence religieuse est le premier front sur lequel se déchirent les peuples. Le Zafongo, pourtant, semble avoir choisi de démentir cette fatalité. Car ce qui frappe, lorsqu'on regarde vivre ces huit peuples côte à côte, ce n'est pas leur capacité à se tolérer du bout des lèvres, comme on tolère un voisin encombrant, c'est leur manière, presque naturelle, de faire de leurs différences une richesse commune plutôt qu'une ligne de fracture. Il faut dire que le Zafongo repose, depuis des générations, sur un principe que l'on n'écrit dans aucune constitution mais que chacun semble porter en lui : la tolérance n'y est pas un supplément d'âme, un vernis démocratique posé sur la société pour rassurer l'étranger, elle en est le socle.

Huit peuples, huit histoires nées de la même terre, huit manières de lever les yeux vers le ciel, de bercer un nouveau-né ou d'accompagner les morts jusqu'à leur dernier sommeil. Et pourtant, aucun n'a jamais voulu faire taire les autres pour imposer sa seule vérité. À force de regarder ce pays vivre, on finit par croire qu'il ne s'est pas construit malgré ses différences, mais avec elles comme si chaque province avait compris, depuis toujours, qu'elle ne pouvait tenir droite qu'entourée des sept autres, épaule contre épaule.

Ce qui rend cet équilibre plus remarquable encore, c'est la question religieuse car c'est souvent là que les nations les plus unies finissent par se fissurer. Or au Zafongo, la quasi-totalité des peuples partage une même foi chrétienne, héritage ancien que chacun a pourtant su habiller de ses propres couleurs. Le Bakongo ne célèbre pas Noël comme le Luba ; le Yomba n'enterre pas ses morts comme le Bateke ; le Kota ne marie pas ses enfants selon les mêmes rites que le Mbochi ou le Sira. Une même croyance, huit manières de la vivre et c'est précisément cette diversité dans l'unité qui donne au pays son caractère si particulier. Chaque province conserve jalousement ses fêtes, ses chants, ses costumes traditionnels, ses processions et ses veillées, comme on garde précieusement ce qui nous distingue sans jamais renier ce qui nous rassemble. Seul le Teke, là-haut dans ses terres sablonneuses du nord, s'écarte de cette unité religieuse en suivant les préceptes de l'islam. Et loin d'être vécue comme une anomalie ou une fracture, cette différence semble au contraire résumer à elle seule tout l'esprit du Zafongo : ici, être différent n'a jamais signifié être exclu. Le Teke prie autrement, jeûne autrement, célèbre autrement et personne, dans ce pays, n'y voit une raison de le regarder comme un étranger sur sa propre terre. C'est peut-être là, au fond, la véritable prouesse de cette nation improbable : avoir réussi à faire de huit peuples, de huit religions vécues différemment, de huit calendriers de fêtes qui ne se ressemblent jamais tout à fait, non pas une mosaïque fragile prête à se briser au premier choc, mais une étoile entière celle-là même que l'on retrouve sur le drapeau dont chaque branche, aussi différente soit-elle de sa voisine, ne cesse jamais de pointer vers


carte des différent peuple présent au Zafongo
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Population par peuple

Cent soixante-et-un millions d'âmes se répartissent sur ce sol comme une pluie tombée inégalement sur un même toit dense à certains endroits jusqu'à l'étouffement, presque absente à d'autres, comme si la terre elle-même avait choisi où accueillir ses enfants et où les laisser rares. Voici, peuple par peuple, ce que racontent les chiffres, et surtout, ce qu'ils ne racontent pas.

Bakongo = 100 000 000 d'habitants


Rien qu'en énonçant ce chiffre, on comprend déjà tout du rapport de force qui structure le Zafongo. Le Bakongo, à lui seul, porte presque les deux tiers de la nation sur ses épaules, un poids démographique presque écrasant, qui se lit sur la carte comme une tache rouge sombre, parfois noire, là où les hommes se sont accumulés au fil des siècles jusqu'à saturer chaque parcelle de terre disponible. On imagine sans peine des villes qui ne dorment jamais vraiment, des marchés qui débordent sur les routes, des quartiers entiers nés d'une croissance trop rapide pour être toujours maîtrisée. Être né Bakongo, ici, c'est être né dans le vacarme, dans la densité, dans cette énergie particulière des peuples trop nombreux pour tenir dans le silence.

Luba = 28 000 000 d'habitants

Loin derrière, mais loin devant tous les autres, le Luba s'impose comme la deuxième force vive du pays. Vingt-huit millions d'habitants disséminés le long de ce sud baigné par ses rivières, dans des terres suffisamment généreuses pour nourrir une population conséquente sans jamais atteindre la frénésie du Bakongo voisin. On y devine une vie plus posée, rythmée par l'eau plutôt que par le bitume, des villages qui ont grandi jusqu'à devenir villes sans jamais renier tout à fait leurs racines rurales.

Yomba = 14 000 000 d'habitants


Au cœur du pays, le Yomba occupe une place presque médiane, et son peuple lui ressemble trait pour trait : quatorze millions d'âmes, ni trop peu ni trop, un peuple du milieu au sens propre comme au figuré. Peut-être est-ce cette centralité même qui, avec le temps, a fait de lui un carrefour — un lieu où l'on passe autant que l'on demeure, où se croisent sans relâche des visages venus d'ailleurs, sans que le Yomba n'y perde jamais tout à fait le sien.

Kota = 13 000 000 d'habitants

Presque jumeau démographique du Yomba, le Kota partage avec lui cette position de charnière entre les grandes provinces du pays. Treize millions d'habitants qui vivent au carrefour de presque tous les autres peuples, dans une terre que l'on devine disputée autant que convoitée, tant sa position centrale en fait un point de passage obligé pour qui veut traverser le Zafongo d'un bout à l'autre.

Sira = 2 500 000 d'habitants

Ici, les chiffres se resserrent brutalement, comme la carte elle-même se resserre autour de cette petite enclave nichée entre ses voisins plus imposants. Deux millions et demi d'habitants à peine, et pourtant le Sira n'a jamais donné l'impression d'un peuple mineur, sa petite taille semble au contraire avoir nourri une identité d'autant plus farouche, comme si l'exiguïté du territoire avait resserré les liens plutôt que de les diluer.

Mbochi = 2 000 000 d'habitants


Plus modeste encore, le Mbochi tient sur la carte comme une simple tache verte coincée entre des géants. Deux millions d'habitants, une poignée à l'échelle du pays, et pourtant une présence qui ne s'efface jamais tout à fait, comme ces petites nations qui, faute de pouvoir peser par le nombre, choisissent de peser par la mémoire et la ténacité.

Bateke = 1 000 000 d'habitants

Là-haut, dans ses montagnes hostiles striées de roche et parfois de neige, le Bateke ne compte qu'un million d'âmes éparpillées sur un territoire pourtant vaste. La rudesse du relief a fait ce que la rudesse fait toujours : elle a trié, dispersé, éloigné les hommes les uns des autres jusqu'à ne laisser subsister que ceux capables de vivre dans la solitude des sommets. Un peuple rare, à l'image de l'air qu'on respire là-haut.

Teke = 500 000 d'habitants

Et enfin, tout au nord, le Teke ferme la marche avec à peine cinq cent mille habitants, le plus discret de tous les peuples du Zafongo, presque invisible sur la carte de densité tant sa présence semble diluée dans l'immensité de ses terres sablonneuses. Mais la discrétion démographique n'a jamais été synonyme d'insignifiance : c'est précisément ce peuple qui, seul parmi tous les autres, a choisi de prier autrement, musulman au milieu d'une nation largement chrétienne sans jamais que cette différence ne devienne une fracture. Peu nombreux, mais jamais effacés.
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