Huit peuples, huit histoires nées de la même terre, huit manières de lever les yeux vers le ciel, de bercer un nouveau-né ou d'accompagner les morts jusqu'à leur dernier sommeil. Et pourtant, aucun n'a jamais voulu faire taire les autres pour imposer sa seule vérité. À force de regarder ce pays vivre, on finit par croire qu'il ne s'est pas construit malgré ses différences, mais avec elles comme si chaque province avait compris, depuis toujours, qu'elle ne pouvait tenir droite qu'entourée des sept autres, épaule contre épaule.
Ce qui rend cet équilibre plus remarquable encore, c'est la question religieuse car c'est souvent là que les nations les plus unies finissent par se fissurer. Or au Zafongo, la quasi-totalité des peuples partage une même foi chrétienne, héritage ancien que chacun a pourtant su habiller de ses propres couleurs. Le Bakongo ne célèbre pas Noël comme le Luba ; le Yomba n'enterre pas ses morts comme le Bateke ; le Kota ne marie pas ses enfants selon les mêmes rites que le Mbochi ou le Sira. Une même croyance, huit manières de la vivre et c'est précisément cette diversité dans l'unité qui donne au pays son caractère si particulier. Chaque province conserve jalousement ses fêtes, ses chants, ses costumes traditionnels, ses processions et ses veillées, comme on garde précieusement ce qui nous distingue sans jamais renier ce qui nous rassemble. Seul le Teke, là-haut dans ses terres sablonneuses du nord, s'écarte de cette unité religieuse en suivant les préceptes de l'islam. Et loin d'être vécue comme une anomalie ou une fracture, cette différence semble au contraire résumer à elle seule tout l'esprit du Zafongo : ici, être différent n'a jamais signifié être exclu. Le Teke prie autrement, jeûne autrement, célèbre autrement et personne, dans ce pays, n'y voit une raison de le regarder comme un étranger sur sa propre terre. C'est peut-être là, au fond, la véritable prouesse de cette nation improbable : avoir réussi à faire de huit peuples, de huit religions vécues différemment, de huit calendriers de fêtes qui ne se ressemblent jamais tout à fait, non pas une mosaïque fragile prête à se briser au premier choc, mais une étoile entière celle-là même que l'on retrouve sur le drapeau dont chaque branche, aussi différente soit-elle de sa voisine, ne cesse jamais de pointer vers
