
Contexte de l'opération
Lors de sa fondation il y a désormais plus de douze ans, l'Internationale Libertaire était moins conçue comme l'authentique 'organe de gestion globale de la révolution' voulu par ses partisans kah-tanais que sous la forme beaucoup plus simple d'une instance coopérative dont le rôle premier et historique devait être de répondre à l'éternelle question de la sécurité des révolutions. Si des travaux louables ont été menés dans plusieurs domaines civils, économiques et théoriques, c'est essentiellement par ce prisme que les observateurs internationaux se plaisent à étudier et à comprendre l'organisation. Pas sans raison, ses coups d'éclats les plus notables ayant été des applications strictes de cette mission de défense de la révolution voulu par les premiers auteurs de la Charte constituante.
Nous ne sommes plus en 2006, et il va sans dire que la situation mondiale a bien évolué. On pourrait souligner la disparition de deux des quatre révolutions fondatrices de l'Internationale, celles de Pharos et des Églises Australes. On pourrait également évoquer la reprise en main progressive de l'organisation par le Grand Kah, qui sut lui insuffler une ligne plus conforme aux ambitions de sa nouvelle direction politique : moins attachée à la seule coordination des révolutions qu'à l'élaboration d'une doctrine commune, suffisamment souple pour intégrer des expériences diverses. À cela s'ajouta l'émergence de nouveaux pôles d'influence, comme l'Estalie.
Une chose, cependant, ne changea pas : l'obsession sécuritaire des libertaires. Non pas la sécurité au sens où l'entendaient les libéraux, mais celle, plus existentielle, de quiconque se savait engagé contre un ordre dominant et percevait son existence comme continuellement menacée par des forces à la fois opaques et bien réelles. En d'autres termes, il fallait obtenir une forme d'acceptation internationale et démontrer, de manière visible et répétée, que toute agression contre l'un des membres de l'organisation représenterait une perte nette pour tout acteur sinon pleinement rationnel, du moins capable d'une lecture élémentaire de ses propres intérêts.
La doctrine kah-tanaise en matière de sécurité collective reposait ainsi sur l'application immédiate de mesures drastiques et violentes, conçues comme le préalable – et uniquement le préalable – à toute solution négociée. Il s'agissait d'empêcher quiconque d'éroder progressivement les forces de l'alliance au moyen d'incidents limités, répétés puis systématiquement niés. Chaque transgression devait être sanctionnée par une riposte suffisamment brutale pour laisser une cicatrice durable, aussitôt cautérisée par l'impératif diplomatique, mais assez douloureuse pour susciter la méfiance, voire apprendre la crainte : toute agression, même limitée, doit ainsi provoquer un coût largement supérieur au gain attendu.
Cette doctrine s'était déjà vue appliquer pour protéger l'Altrecht, quelques années plus tôt, lors du bombardement hostalien qui avait suivi sa propre révolution. La crise, quoi qu'encore irrésolue sur le plan des conséquences diplomatiques, avait ainsi donné lieu à une escalade jugée tout à fait inévitable par les stratèges kah-tanais. Inévitable dans le sens où il n'aurait été pas entendable qu'on ne pousse pas la situation à son paroxysme, obligeant les alliés de l'Hotsaline à sortir du bois et à exposer leurs arguments pour défendre un régime ethno-nationaliste à la doctrine pour le moins ambiguë. Inévitable, aussi, en ça qu'il était tout à fait prudent de faire comprendre aux rivaux de l'Union et de ses alliés qu'aucun 'petit manquement à la courtoisie géopolitique' ne saurait amener à quoi que ce soit d'autre qu'une crise longue, coûteuse, douloureuse pour tous les partis impliqués, et ne pouvant se régler que par un solide usage de la diplomatie, de l'excuse et du compromis officiel. Une position maximaliste qui, accompagnée du relatif succès économique et diplomatique de l'Union auprès des sphères altermondialistes et indépendantes, avait pour le moment joué son rôle à la perfection.
Il est donc important de lire et comprendre la doctrine kah-tanaise pour ce qu’elle est : une construction intellectuelle réfléchie, mise à l'épreuve et jugée satisfaisante au regard de ses résultats. Les réactions brutales de l’Union n’étaient pas le résultat d’une forme de fanatisme irraisonné, ou d’impulsions populaires incontrôlables, ou d’une lecture nécropolitique des relations internationales. Elles procédaient d'un calcul complexe dont les variables pouvaient être ajustées selon les circonstances.
Ainsi par exemple, c’était par courtoisie et afin de laisser une porte ouverte à la négociation que le Commissariat à la Paix avait, dans sa communication concernant la crise dont nous allons ici traiter, fait mine d’ignorer qu’un tir de missile ciblant les bâtiments altrechois était parti du Drovolski. Cette agression caractérisée, qui accompagnait parfaitement l’attaque sous-marine subie par les bâtiments, n’avait échappée à personne, les analystes et représentants s’en donnaient déjà à cœur joie sur les bancs de la Convention générale, des communes, et dans leurs bureaux. Cependant, les exigences formulées par l'Union poursuivaient moins un objectif de vengeance immédiate que la sécurisation d'intérêts stratégiques de long terme, intérêts susceptibles, du reste, de bénéficier à l'ensemble de la communauté internationale. Il avait donc été décidé de laisser cette question de côté. L'accusation demeurait disponible ; il suffisait d'attendre le moment opportun pour la faire valoir, si les circonstances l'exigeaient.
Une autre raison expliquait enfin l'ampleur de la réaction kah-tanaise : l'histoire récente de sa marine. Les observateurs internationaux le savaient bien. La Marine communale kah-tanaise avait longtemps été considérée comme une force secondaire, peu prestigieuse. L'augmentation soudaine de son budget, l'accélération de sa modernisation, la multiplication des exercices de haute intensité et, plus récemment, les succès remportés lors du bref conflit contre le Fujiwa constituaient autant de ruptures inédites dans l'histoire militaire moderne de la Confédération. Historiquement surnommée 'l’Impériale', petit surnom infamant datant de la première Révolution, la force maritime de l'Union a toujours souffert d'un très relatif discrédit.
Rangée du côté de la monarchie lors de la Révolution, et de l'Empire lors de la première Réaction, la formation de nouveaux officiers qui fit suite à la purge des anciens en fit certes une force moderne, parmi les premières au monde à expérimenter avec les moteurs à vapeur, les sous-marins, les blindages métalliques, mais lui donna aussi une réputation de groupement d'expérimentateurs sympathiques mais inefficaces. Généralement réduites à des missions de supplétifs et de patrouille, il existait un refus avéré de la Thalassocratie par une Union qui ne dut le développement de ses principales forces navales que par l’insistance des Communes exclaves, autrement plus exposées.
Au fond le grand problème de l’Impériale fut qu’elle coexistait dans le même écosystème que l’infiniment populaire Armée de l’Air, et que l’extrêmement prestigieuse Garde Communale. Le vingtième siècle fut celui des conflits coloniaux et des libérations menées par le canon et la baïonnette. Des guerres asymétriques et dont les ampleurs parfois importantes n’amenèrent jamais à d’importantes batailles navales. Quoi qu’ayant fait état de toute sa compétence lors de la guerre civile ayant fait suite à l’instauration de la Junte Impériale dans les années 80, la flotte ne fut pas que très superficiellement modernisée dans les années 90, et les efforts importants de la Directrice Zephreïne Argento, héroïne de guerre et amirale de la flotte, n’aboutirent pas aux résultats escomptés : le vingt-et-unième siècle s’ouvrait sur une alliance avec la principale force maritime mondiale, le Syndiat Pharois, justifiant d’un partage des tâches poussant le Grand Kah à se concentrer sur ‘ses domaines d’expertises’.
Il avait fallu 2008 et l’humiliation du Pontarbello pour pousser l’Union à réfléchir à sa doctrine, et à réenvisager sa conception de la guerre.
Le reste appartenait à l'histoire. Il y avait eu la disparition du Pharois, l'observation de nombreuses batailles navales aux conséquences gravissimes, l'accélération des tensions entre l'Union et l’État puis Shogunat du Fujiwa, et la publication d'un document cadre, le 'Plan de réarmement stratégique naval', fixant des objectifs pour dix ans. Ce plan, porté par le Shin Hantei Suisen Riron (la 'Théorie e la Nouvelle Guerre Navale Anti-Impérialiste') avait fait beaucoup de bruit au sein de l'Union, au point de devenir le grand feuilleton politique de l'Union des cinq dernières années.
Finalement, malgré les résistances attendues des courants les plus pacifiques, isolationnistes ou encore traditionalistes, les recommandations du Bureau Stratégique des Conceptions d'Armement et du Commandement Maritime Communal furent appliquées dans les grandes lignes et l’Union développa l’un des plans de réarmement les plus ambitieux de l’Histoire récente, mené avec des trésors d’ingéniosité et de méthode. Portée par les débats publics, des financements conséquents et un soudain engouement dans les sphères culturelles et artistiques, la flotte kah-tanaise se dota de ses nouveaux héros, renforça sa crédibilité et son professionnalisme lors de très nombreux exercices de très haute intensité dans le golfe des empires, avec les partenaires paltoterran, puis nazumis, et dernièrement au large de l'Afarée, en coopération avec la flotte kartienne, et mena un conflit brutal dans le Scintillant, qui amena à l’effondrement du Fujiwa.
Cette force, parce qu'elle mobilise un complexe militaro-industriel conséquent, les fantasmes de toute une génération de kah-tanais et est né dans le creuset de la politique communale, a une conscience très aiguë de ses intérêts, et a donc tout naturellement considérée la présente crise comme une nouvelle occasion d'attester de son rôle désormais central. Du reste, et cette donnée implicite à son importance, c'est une force qui a mené l'essentiel de ses actions au Nazum, et considère d'une certaine façon ce continent, dans son ensemble, comme sa chasse gardée. Si on est bien loin des territoires du LiberalIntern, il faut reconnaître qu'il aurait été d'autant plus intolérable pour la flotte d'accepter que des alliés de l'Union ne soient pas en sécurité dans ces eaux.
La citoyenne Meredith et son Comité, qui avaient espéré créer un ordre international multipolaire basé sur les intérêts partagés des différentes nations, laissait volontairement courir ces sentiments au sein de ses forces. Après tout, sécuriser les routes maritimes était à l'avantage de toutes et tous.
Objectifs et déroulement de l'opération
Considérant le temps nécessaire au fait de rassembler et déplacer un groupe d'intervention massif des eaux traditionnellement 'kah-tanaises' vers peu ou prou l'autre bout du monde, la première étape de l'opération consiste à la rendre connue, et très publique, de façon à ce que le risque représenté par ces groupes pèse déjà sur les décisions des différents acteurs sur place. Ou en d'autres termes, il s'agit de faire peser le poids de la flotte kah-tanaise avant même son arrivée, afin d'assurer que les évènements se déroulent dans de 'bonnes conditions' et ne puissent mener à une escalade irresponsable (y compris en refusant les conditions d'ouverture et de sécurisation du détroit posée par l'Union). Après la déclaration du Commissariat à la Paix
concernant la situation dans le détroit Eurysio-nazumi, ce sont donc deux groupes qui se mettent en route :
Le groupe Adjudication, partant en direction du nord du détroit depuis la base des Marquises et les eaux polaires, et le groupe dit Sabre, qui contourne le Nazum par le sud et rejoindra le détroit par le sud après une brève escale à Jadida. Ces deux groupes procèdent à une vitesse de déploiement d'environs 20 à 25 nœuds, ce qui est rapide, nécessite une flotte logistique qui pourra faire des aller-retours dans les ports de la Confédération Socialiste du Nazum et du Mokhaï pour se réalimenter.
L'objectif de l'opération est, dans un premier temps, de sécuriser les eaux du détroit pour permettre une enquête sur l'origine de l'attaque ayant ciblée l'Altrecht et, le cas échéant, de faire peser une pression sur tout acteur malveillant ou hostile. Considérant la situation extrêmement grave d’agression caractérisée contre une nation alliée de l'Union et en respect de la doctrine évoquée plus tôt, ces deux forces sont autorisées à mener des batailles et à prendre le contrôle opérationnel du détroit si la situation l'impose.

Effectifs engagés
Flotte d'Intervention Adjudication - Positionnement au nord du Détroit :
Commandement : Contre-Amiral Stephan Connaway Rachinsky

L'amiral Stephan Connaway Rachinsky est une figure relativement neuve et inconnue pour les observateurs internationaux. Ayant servit de longue date dans les forces aéronavales de l'Union, il a notamment mené les opérations militaires d'escorte de la Confédération en Manche Blanche lors du conflit opposant le LiberalIntern à l'Hotsaline et à ses soutiens. Issus de la Jeune École kah-tanaise, faisant la part-belle à la chasse au submersible et à l'utilisation de l'aviation, Rachinsky a pour réputation d'être un homme prompt aux décisions autonomes, mais fermement attaché aux lois traditionnelles de la mer. La présence au sein de son entourage d'officiers du corps des Fusiliers Marins est un contre-poids volontaire à sa nature potentiellement rassurante de "gendarme des mers" s'étant essentiellement illustré en participant aux opérations de routine de sécurisation des voies commerciales navigables.
- 1 Porte-avions de Niveau 5 (Classe Nuna Choque Caipa) emportant 65 Chasseur-bombardier de Niveau 8 (Classe MCS-98 "Phénix"), 3 Avions Ravitailleurs de Niveau 9 (Classe MRT-10 "Mictlan"), 1 Avion radar de niveau 8 (Classe E-70 "Neuromancien" ), 1 Avion de guerre électronique de niveau 8 (E-120 "Galaxie"), 5 Drones de reconnaissance de niveau 8 et 20 Hélicoptères d'attaque de niveau 8.
- 1 Porte-hélicoptères de Niveau 4 (Classe Soulèvement) emportant 25 Hélicoptères léger polyvalent de Niveau 9, 5 Avions de chasse de Niveau 10 (Classe MCS-99 "Constellation")
- 1 Croiseur de Niveau 6 (Classe Grand Soir)
- 3 Destroyers de Niveau 7 (Classe Révolution)
- 5 Frégate de Niveau 8 (Classe Justice)
- 4 Corvettes de Niveau 9 (Classe Guillotine)
- 5 Sous-marins d'attaque de Niveau 10 (Classe Nocturne)
- 2 Pétrolier-ravitailleur de Niveau 9 (Classe Mictlan)
- 1 Remorqueurs de Niveau 6 (Classe Scribe)
- 2 Dragueurs de mines de Niveau 9 (Classe )
- 1 000 Mines Navales de Niveau 10
Flotte d'Intervention Sabre - Positionnement au sud du Détroit :
Commandement : Vice-Amiral Toshirō Tohei

La Flotte d'Intervention Sabre est dirigée par la main experte de l’amiral Tohei, qui a l'insigne honneur d'avoir fait connaître au monde l'existence de la flotte kah-tanaise lors d'exercices au sein du Golfe des Empires en 2008, et s'était depuis illustré lors de plusieurs exercices navals de haute importance, et lors de la guerre du Fujiwa. Longtemps considéré comme un potentiel directeur de la Garde Communale, il aura finalement laissé 'sa' place à l'ancienne amirale de la flotte logistique, Hazel Maillard, sur recommandations des autres officiers de la flotte, soucieux du prestige important qu'amenait la simple présence de l'amiral au corps armé. Un homme qui a assurément l'oreille d'Axis Mundis.
- 1 Porte-avions de Niveau 3 (Classe Dignité) emportant 30 Chasseurs-bombardier de Niveau 8 (Classe MCS-98 "Phénix"), 10 Avions de chasse de Niveau 10 (Classe MCS-99 "Constellation"), 1 Avion ravitailleur de Niveau 9 (Classe MRT-10 "Mictlan"), 1 Avion radar de Niveau 8 (Classe E-120 "Galaxie"), 2 Hélicoptères de transport moyen de Niveau 10, et 4 Drones de reconnaissance de Niveau 8.
- 1 Croiseur de Niveau 6 (Classe Grand Soir)
- 2 Destroyers de Niveau 7 (Classe Révolution)
- 4 Frégate de Niveau 8 (Classe Justice)
- 2 Corvettes de Niveau 9 (Classe Guillotine)
- 3 Patrouilleurs de Niveau 10 (Classe Levant)
- 3 Sous-marins d'attaque de Niveau 10 (Classe Nocturne)
- 2 Pétrolier-ravitailleur de Niveau 9 (Classe Mictlan)
- 2 Remorqueur de Niveau 6 (Classe Scribe)
- 1 Dragueur de mines de Niveau 9
- 500 Mines Navales de Niveau 10



