19/05/2020
11:47:03
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[Gastronomie] Vyakula vya Mila

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Vyakula vya Mila


La table, au Zafongo, n'a jamais été un simple prétexte pour se nourrir. Elle est une langue à part entière, patiemment façonnée par huit peuples qui n'ont jamais cessé de se répondre d'une marmite à l'autre. On y grandit en apprenant les gestes avant les mots écosser, mijoter, piler, laisser reposer et c'est peut-être pour cela que chaque plat, ici, semble porter en lui le souvenir d'une main précise, d'une grand-mère, d'une fête particulière qu'on ne raconte jamais tout à fait de la même façon selon la province où l'on est né. Le Bakongo aime laisser mijoter longtemps, comme s'il fallait apprivoiser le temps autant que les saveurs. Le Yomba assaisonne avec une main plus vive, plus nerveuse, à l'image de sa position de carrefour. Le Bateke, là-haut dans ses montagnes, cuisine ce que la rudesse du relief lui permet des plats qui tiennent au corps, taillés pour résister au froid des sommets. Et pourtant, malgré ces différences, une même conviction semble traverser tout le pays : qu'un plat bien préparé dit de nous des choses qu'aucun discours ne saurait exprimer aussi justement. Il y a cependant un silence, au milieu de cette abondance, que remarque immanquablement quiconque s'attable ici assez longtemps : le poisson n'y tient qu'une place discrète, presque effacée. La faute en revient à la géographie elle-même le Zafongo n'a jamais touché la mer, enfermé qu'il est dans ses terres, loin des embruns et des filets qui nourrissent tant d'autres cuisines à travers le monde. Alors on a appris à composer autrement, à puiser dans le gibier, dans les céréales, dans les racines que la terre offre sans compter, laissant au poisson un statut à part celui d'une rareté, presque d'un événement, réservée aux tables où un fleuve généreux ou un lointain échange commercial a bien voulu en apporter quelques prises.
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Nyama ya Wali


Nyama ya Wali

Il y a des odeurs qui annoncent un plat avant même qu'on l'ait vu, et celle-ci s'impose de loin : la noix de coco fondue dans la viande, le piment qui pique juste ce qu'il faut, ce roux cuivré qui s'accroche aux morceaux de bœuf comme une seconde peau. Au centre, le riz reste blanc, presque intact, une île de calme au milieu de cette sauce qui déborde de partout sur les bords du plat. On raconte que ce ragoût est né dans les campagnes de l'ancien empire, quand les soldats marchaient des semaines entre deux provinces avec pour tout bagage un peu de riz, une volaille et une gourde d'huile de coco. Une seule marmite suffisait alors à tout préparer, posée sur un feu de fortune au bord de la route. L'empire a disparu depuis longtemps, mais la recette, elle, a traversé les générations. Chaque famille y a glissé sa touche, de l'arachide pour épaissir la sauce, du piment selon les goûts, sans jamais trahir l'essentiel. Aujourd'hui, ce plat est devenu bien plus qu'une simple recette : c'est le plat national du Zafongo, celui qu'on retrouve aussi bien à Ménaka que dans le moindre village du Luba, celui qui réunit toutes les provinces autour d'une même table le dimanche, comme si le pays tout entier s'y reconnaissait.

Ingrédients :

  • Riz blanc
  • Bœuf (ou poulet, ou chèvre selon les foyers)
  • Lait de coco
  • Tomates
  • Arachides pilées
  • Oignons, ail, gingembre
  • Piment, curcuma
  • Coriandre fraîche
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Wali wa Mlima


Wali wa Mlima

Le riz, ici, a perdu toute prétention à la légèreté. Gonflé, collé sur lui-même, brun de ce jus qui a fini par tout avaler, les champignons, la viande, jusqu'à sa propre couleur d'origine. Personne, dans les hauteurs du Bateke, ne songerait à le servir autrement que débordant du bol, parce qu'un plat qu'on finit affamé ne mérite pas d'être appelé repas. Les bergers l'ont inventé sans le vouloir, quelque part entre deux cols, un jour où le froid mordait plus fort que d'habitude et où il fallait bien faire tenir un corps jusqu'au soir avec ce que la montagne acceptait de donner ce jour-là. Une marmite unique, posée sur des braises rassemblées à la hâte. Dedans : du riz qu'on laissait boire tout le gras du bouillon sans jamais l'écourter, des champignons ramassés au bord du sentier, un reste de viande roulé en boulettes pour ne rien perdre du peu qu'on avait. Aucune photographie ne rend justice à ce plat, et personne ici n'en a jamais eu l'ambition. La beauté, dans le Bateke, se cherche ailleurs dans les sommets, dans le silence des crêtes, jamais dans une assiette. Ce qui compte, c'est le poids que ça laisse dans le ventre après la première bouchée, cette sensation d'avoir enfin de quoi tenir contre le vent qui ne faiblit jamais vraiment là-haut. On mange ça avec les doigts, souvent, assis à même une pierre plate, dans ces bols de terre peinte que chaque famille transmet sans même y penser, comme on transmettrait un outil ou une chanson. Grossier à l'œil, généreux au corps et c'est bien tout ce qu'on lui a jamais demandé.

Ingrédients :

  • Riz rond, cuit jusqu'à absorption complète du bouillon
  • Viande hachée roulée en petites boulettes
  • Champignons
  • Bouillon gras (os ou graisse animale)
  • Oignons, ail
  • Beurre ou graisse
  • Sel, poivre noir concassé
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