Posté le : 09 jui. 2026 à 20:34:05
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La beauté du lieu. Telle était la réflexion principale de la délégation Concordante sous les acclamations et les spectacles offerts par les soins de sa sœur, la République Fédérale Kartienne. C'était sûrement une belle différence avec ce qu'ils venaient de vivre, et surtout ce qu'ils allaient vivre aussi.
Au rendez-vous, il y avait déjà une partie de la délégation Concordante qui s'était exilée aux premières lueurs de l'attaque Loduarienne, ne craignant une escalade mortelle pour le pays. Celle-ci comprennait notamment Lÿsä Köwnatör, représentant Corvus, ainsi que Clara Malmaison. Le reste de la délégation ayant du rentrer pour mettre en ordre la situation de crise après la retraite du pays ocre, c'est le Président du Conseil Luca Ravenne qui se présenta au rendez-vous. Et avec ces deux groupes, bien évidemment, l'Escoffier était présent pour représenter la partie de la MIRA. Un Escoffier qui, malgré le fait qu'il était masqué comme à son habitude, restait à l'écart. Après tout, il n'avait pas l'habitude des grandes cérémonies comme celle-ci, il ressortait sûrement du lot et n'avait aucune envie de transpirer sous son masque.
La troupe des quatre regardaient autour d'eux à mesure que les chants et les accueils devenaient de plus en plus pompeux, une manifestation chaleureuse après tout le mal qu'ils avaient vécu. C'était certainement étrange, mais ils avaient l'impression d'être en Antares. À la maison. Aimés tout autant que chez eux.
La plus émerveillée était sûrement Lÿsä, se retrouvant au centre de toute cette cérémonie parmi ses accompagnateurs. Elle avait profité de son court séjour pour se renseigner de plus en plus sur la culture Kartienne, ce qu'elle voyait sous ses yeux avait donc bien plus de signification qu'elle pouvait en avoir l'air par exemple sous le regard de Clara. Et justement, la corvienne dévisagea cette dernière, qui à contrario d'elle restait totalement impassible. Bon, pas grave. On l'avait prévenue qu'elle ne souriait presque jamais. Elle appréciait très certainement.
Alors qu'elle continuait de contempler, c'est le Président du Conseil qui l'aborda chaleureusement.
"Mademoiselle Köwnatör, c'est un plaisir de vous retrouver ici !"
Lÿsä se retourna, étonnée du fait qu'on la considère à ce point. Le Président vint lui serrer la main, toujours avec cet air chaleureux, tandis qu'elle balbutia quelque mots, toujours sous l'effet de l'étonnement.
"Je... Enchantée, oui..."
"Alors c'est vous à présent la diplomate de Corvus, si je l'entends bien ?"
"J'essaye, disons que là n'est pas ma force..."
"Et pourtant, votre père semble être d'un avis différent, n'es-ce pas ?"
"Mon... Mon père ?"
"Oui, Ryämö lui-même. Vous vous doutez bien que j'ai conversé avec lui à plusieurs reprises ?"
"C'est que je n'y crois toujours pas au fait qu'il veuille que je devienne une sorte d'ambassadrice... Ces choses là ne m'ont jamais réussi..."
"On doit tous commencer quelque part, non ? Et puis, vous êtes encore jeune, vous ferez une excellente diplomate si vous parvenez à gagner cette guerre civile. Ne vous découragez pas, au contraire, osez. Parce que des diplomates qui n'osent pas, il y en a beaucoup. Et bien souvent, ce ne sont pas eux dont l'histoire se souvient."
"Oser ? Comment Oser ? Je dois monter sur une estrade et porter un discours ?"
"En réalité, j'avais une meilleure idée. Qu'en dites-vous de nous introduire lorsque nous rencontrerons nos homologues kartiens ?"
"Nous introduire ?"
"Bien sûr, vous êtes la plus curieuse du groupe, à vous de lancer la conversation !"
"Mais n'es-ce pas du favoritisme que d'avoir Corvus qui représente le Concordat ?"
"Justement, vous ne représentez pas Corvus. Pas encore en tout cas. Vous représentez le Concordat. Et dans mon avis, vous êtes la meilleure personne pour se faire. Vous avez cette étincelle dans vos yeux que nous les vieux avons perdu avec le temps !"
Il rigola de bon cœur avant de reprendre.
"Qui plus est, votre père en serait fier, n'est-ce pas ?"
"S'il en serait fier, c'est une évidence..."
"Eh bien ! Voilà qui est dit. Je vous laisserai donc mener cette danse."
Ces mots résonnaient comme un écho à travers la jeune femme. Mener la danse.
Elle se souvenait de quand elle était petite, elle prenait des cours de danse comme la plupart des filles de son collège. Elle était très forte lorsqu'il s'agissait de suivre un tempo, de suivre une chorégraphie. Mais mener la danse ? Ses talents d'improvisation n'avait jamais été très importants. Et pourtant, elle a toujours voulu inverser cette tendance. Elle avait tenté de s'intéresser au théâtre, puis à la musique et même l'écriture créative, rien n'y faisait. Rien n'était mieux qu'un bon livre d'histoire, bien prévisible.
Ce monde là pourtant, elle avait appris à le connaitre grâce à la guerre civile. Depuis le début, il n'y avait aucune place pour quoi que ce soit de prévisible. Les premiers jours de la guerre surtout étaient si imprévisibles qu'ils étaient longs. Elle avait pris ainsi l'habitude de tenir des discours à la taverne du Pieu Vert, mais là encore trop loin de la vraie improvisation puisque la plupart étaient écrits un peu à l'avance. Non, cette fois-ci, pas de script, rien de prévu. Elle devait se jeter, elle devait parler avec le cœur et non être constamment prudente. Bref, elle devait se réaliser.
Elle se souvenait encore de la discussion qu'elle avait eu avec Gaspard. Elle lui avait notamment écrit pour lui proposer de venir à la cérémonie, il avait répondu qu'il devait travailler. Mais elle le savait, Gaspard était là mentalement et psychologiquement, pour l'aider, pour la porter sur cette nouvelle tâche qu'elle venait de recevoir. Celle de représenter le Concordat dans les premières instances de discussions avec la République Fédérale de Karty.
Et puis, l'enjeu était de taille sans vraiment l'être. Encore une fois, ils étaient chez eux. Ils jouaient à domicile.
* * *
Le Capitole venait très certainement couronner le tout, après la cérémonie à laquelle ils venaient d'assister. C'était comme la cerise sur le gâteau: un bâtiment imposant, représentant fièrement la rayonnante République Fédérale à la maison comme à l'étranger. À l'intérieur, c'était un spectacle encore plus somptueux: des arcades, grandes marches d'escaliers et chandeliers ornés, digne de sans hésitation l'une des plus belles institutions gouvernementales d'Eurysie. Il n'y avait aucun doute dans l'esprit de la délégation, ils étaient là dans quartier magnifique.
Pas le temps cependant de s'attarder sur cette beauté du lieu, il fallait parler politique. Et justement, leurs homologues kartiens les attendaient dans une salle à part où allait se tenir la réunion. Et comme prévu, Lÿsä fut le première à entrer, à mener la danse et serrer la main de la chancelière Angèle Orlovski, en s'exclamant.
"C'est un honneur que d'être présents victorieux à vos côtés aujourd'hui !"
Les présentations n'avaient rien d'une simple rencontre diplomatiques. Ils étaient tous comme amis, comme ressortis d'un gouffre et heureux de l'avoir fait. En quelques sortes, c'est ce qui était réellement arrivé. Mais à présent, c'était derrière eux, et ils n'allaient pas revenir dessus.
Ils prirent tous place à leurs positions respectives, et alors que le calme s'imposa, Lÿsä se leva avec une assurance palpable et lança la discussion en souriant.
"Tout d'abord, j'aimerais exprimer ma gratitude auprès des représentants de la République Fédérale Kartienne, non pas pour l'aide inestimable qui nous a été offerte dans les secondes suivant l'assaut de la Loduarie Communiste, ni même pour les efforts diplomatiques dépassant toute attente pour garder le conflit localisé, bien avant que les puissances locales elles-mêmes n'interviennent à ce sujet, mais avant tout et surtout pour l'accueil que vous nous avez offerts, à moi et certains membres de cette même délégation, pour que nous puissions trouver refuge dans un pays allié dans le cas le plus indésirable que notre nation se fasse engouffrer par une autre. Même si nous n'avons eu à frôler ces extrêmes, vous nous avez offert la sécurité, et surtout l'assurance de votre position envers la notre, la garantie de votre engagement qui continue de faire vivre notre unité à ce jour. Donc à nouveau, j'aimerais exprimer ma gratitude à l'égard de ce geste que nous considérons personnellement des plus chaleureux qui soit.
Après, sans m'attarder sur des exploits que nous connaissons déjà, les remerciements sont tout autant adressés à votre armée qui à su être réactive comme je l'ai mentionné, ainsi que la diplomatie que vous avez tenu en notre nom alors même que nous étions muets sur la scène internationale.
Cependant, vous et moi savons que le conflit est loin d'être terminé, et à défaut de détruire notre ennemi, c'est à nous de nous reconstruire. Des antariens souffrent toujours dans les villes de Riaux et Laxandes, premières victimes des bombardements Loduariens, ainsi que les Kartiens pris au piège sous la menace du régime Lorenziste. L'Etat est certainement décapité, et l'ennemi a battu en retraite. Il n'est plus là pour écrire l'histoire. C'est donc à nous d'en rédiger les volets.
Notre objectif est très clair, tout d'abord apaiser le contexte local et prévenir toute sortes de réactions de la part des pays environnants. La situation doit paraître sous contrôle, puisqu'elle l'est. C'est déjà une première étape pour écarter toute embûche diplomatique et nous laisser la place comme je l'ai dit de nous reconstruire.
Vous l'aurez compris, s'en suivra un réarmement et une reconstruction de l'Antares pour pouvoir affronter toute autre tentative d'invasion si ce danger existe encore, afin de pouvoir compter sur une meilleure force de résistance qui seront capitales pour que nous puissions répondre de façon rapide ou mieux, écarter toute personnes en faisant les tentatives.
L'aspect final sera de consolider une zone neutre autour de la région de Roncevaux et ainsi surveiller le pays lorsque la Guerre des Ombres reprendra inévitablement. Mais cette fois-ci, nous pourrons garantir l'imperméabilité de nos frontières et le nul-impact sur la stabilité à grande échelle de l'eurysie de l'ouest. Et dès l'ors, ce sera aux Antariens de décider de l'avenir de leur pays, ceux qui supportent la MIRA ou bien Corvus, et non une entité étrangère.
À présent, si nous sommes ici en votre compagnie, c'est que nous reconnaissons la nécessité d'une présence Kartienne pour épauler le Gouvernement dans cette tâche. Tout d'abord, pour la première phase, rassurer par votre présence la retrouvaille d'une stabilité en déployant des troupes pour profiter de cet entre-deux-guerres et nous aider dans notre reconstruction, l'aide humanitaire mais aussi la production d'armement défensif sur laquelle nous mettons l'accent vis-à-vis de le seconde phase. Comment vous préférez vous y prendre, c'est une décision qui vous revient et que nous respecterons même s'il s'agira de compromis. Après tout, c'est une requête importante que nous vous faisons à présent, et celle qui suit l'est encore plus, puisque votre présence serait essentielle lorsque le pays retombera dans la guerre des ombres pour faire en sortes que le gouvernement puisse continuer à garder les civils non volontaires en dehors du conflit et assurer par ce même geste la permanence de la zone humanitaire de Roncevaux.
Avec cette entraide, nous comptons continuer à faire battre le pays économiquement et culturellement par le biais de Roncevaux qui deviendra un véritable cœur alors que le reste du pays décidera de notre avenir au long terme. Notre survie dépend donc en partie de l'aide que vous comptez nous apporter. Et sachez que nous sommes prêts, quiconque sortira victorieux du conflit, à retourner quelconque faveur vous comptez nous offrir, en prenant à notre tour une importance nouvelle sur la scène internationale et solidifier de plus en plus le trait d'union qui nous relie.
En somme, venons en au but, au delà d'honorer notre amitié c'est un investissement que je vous demande. Au nom du Concordat et de ce que deviendra Antares."
Ayant fini de parler, elle s'assied à nouveau, le visage radieux. En jetant un coup d'œil a droite, elle dévisagea le Président du Conseil qui lui retourna un clin d'oeil.
Bien joué, disait il. À présent, il était temps de continuer la danse que Lÿsä avait su initier.