
Rencontre Empire du Grand Ling — Royaumes-Unis d'Alarya.
C'était donc assez naturellement que pour l'actuel empire, l'Alarya qui se qualifiait à son tour de Royaumes-Unis, n'était qu'un ancien vassal et tout au pire un ancien tributaire. Les forces publiques du Grand Ling avaient toujours considéré les Alaryas comme faisant partie intégrante des Possessions, c'est-à-dire de cette galaxie de territoires qui furent un jour affiliés de près ou de loin à la Couronne. Pour les plus conservateurs et traditionalistes du pays, les Alaryas étaient encore pleinement tributaires du Grand Ling et estimaient que l'enfant malade devait recevoir sa correction afin de rejoindre à nouveau les bras de l'Empire. Cette lutte d'influence et d'idéologie au sein de la cour impériale comme de la Cour Législative prenait ses sources dans la rivalité entre les Lingois et les Xins dont ces derniers étaient considérés purement et simplement comme des usurpateurs, mais qui hélas avaient réussi à réunir autour d'eux certaines des anciennes Possessions telles que le Tahoku, la Transblêmie le Xindiqu (新地區, litt. la région du Xin) à qui on donnait un tout autre nom bien abrité des caméras et des oreilles curieuses, le Qietu (竊土, litt. la terre dérobée).
Le Monde avait poursuivi sa course effreinée, les rivalités s'estompaient ou se reformaient au gré des marées et la Dynastie estima qu'il était peut-être temps de retourner voir les Alaryas pour devancer les Xins tout autant que pour définir les contours précis de son pré carré. Le Grand Ling estimait nécessaire que les Royaumes-Unis soient dedans et à cet effet, il se considérait responsable de l'intégrité territoriale du pays. Le temps avait fait si bien son œuvre qu'il aurait été d'un anachronisme mortifère de croire que la vassalité ou le tribut reviendraient. Ici, en tous les cas, il n'en était pas question.
Face à la construction politique du Xindiqu avec une partie des Possessions, l'Empire entendait créer un autre modèle plus en phase avec la réalité du Monde et avec l'idéologie dominante du Grand Ling, celle portée par des idéaux socio-libéraux et démocratiques. C'était malgré tout une façade pour consolider ses appuis, mais cela présentait infiniment mieux que tenter coûte que coûte de rétablir un empire dysfonctionnel et impossible. La Communauté de Prospérité, le Concordat des Nations, l'Union Économique lingoise étaient les noms évoqués pour cette organisation sui generis que l'État lingois entendait construire. Si l'Union Économique lingoise était le terme préféré, il était certain que les plus souverainistes des Possessions n'accepterait jamais un tel nom. Alors, la question de le conserver et de tenter de l'imposer n'avait absolument plus aucun sens. Le Concordat sonnait très solennel, très neutre, sans aucune saveur. Le terme était très apprécié, mais difficilement vendeur. Ne restait plus alors que la Communauté de Prospérité.
C'était finalement pour faire adhérer l'Alarya à la Communauté de Prospérité que les autorités lingoises invitèrent leurs homologues alaryens à Neijing au sein du Palais Pourpre. Il eût été avant tout question de créer un Grand Traité, ainsi que la diplomatie lingoise le faisait très généralement. Celui-ci devait mettre sur pied différents accords bilatéraux puis initier l'idée d'une communauté économique entre le Grand Ling d'une part, et les autres d'autres parts. Un exercice difficile, mais pas irréalisable qui réunirait assez aisément au moins le Grand Ling, la Ramchourie, le Fujiwa, l'Alarya et peut-être d'autres possessions lointaines comme le Kyojokoku ou Myaikho.
Le début de l'année 2020 marqua aussi l'aboutissement de cette politique intégrationiste, les Alaryas acceptèrent de venir au Grand Ling et c'est ainsi qu'on retrouva le Premier ministre ZHOU Lee, la Duchesse de Qingshan-Hanlin, LIN Meiyue de la Maison Lin ; accessoirement directrice de la Linganese Culture Promotion Agency et tout un tas d'autres officiels et patrons qui devaient tôt ou tard, proposer des partenariats économiques sans communes mesures avec les tous récents et encore fragiles Royaumes-Unis.

L'arrivée de la délégation alaryenne se fit sans encombres sur la base aérienne de Neijing, en banlieue assez lointaine. Après quelques salutations officielles, des jeux d'hymnes et des présents offerts, un balai d'énormes SUV Dahatsu et Sheng Motors conduisirent tout ce beau monde vers le Palais Pourpre où ils finiraient à terme par rencontrer Sa Majesté. Pour l'heure, c'était une visite tout à fait plaisante où le Premier ministre s'improvisa guide auprès de son homologue, faisant découvrir certains monuments ou racontant certaines anecdotes sur tel ou tel endroit de la gargantuesque capitale où vivaient 22,5 millions d'habitants. Arrivée devant l'enceinte du Palais Pourpre, la délégation fut conduite vers un salon servant traditionnellement à recevoir les officiels et autres délégations avant l'introduction à l'Empereur. Ici encore, ce salon allait servir précisément pour cela. L'affaire était longue et nombreux étaient les sujets à aborder durant ces deux jours de délégation. En bout de piste, les lingois espéraient qu'un accord-cadre soit ratifié en vue d'officialiser selon les modalités juridiques respectives le Grand Traité lino-alaryens.
Le Premier ministre s'installa en dernier sur leurs fauteuils en acajou verni, d'un style néo-lingois, avant de souhaiter à nouveau la bienvenue à la délégation. La climatisation offrit un peu de répit pour les moins téméraires des deux communautés ici présentes. Une suite presque discontinue d'eunuques pénétrèrent la pièce pour déposer sur la table divers rafraîchissements et en-cas, très majoritairement des spécialités locales qui faisaient la renommée internationale des cuisines lingoises.
