06/11/2020
03:55:18
Index du forum Continents Afarée Zafongo

[Biodiversité] Nchi na Viumbe Vyake

Voir fiche pays Voir sur la carte
1384
Nchi na Viumbe Vyake

Huit peuples se partagent le territoire du Zafongo. La faune, elle, s'y est installée bien avant qu'on ne trace la moindre frontière régionale, et elle continue de vivre selon ses propres règles, indifférente aux découpages administratifs qu'on a fini par superposer à son domaine. Le relief du pays explique en grande partie cette diversité animale. Dans les hauteurs du Bateke, là où l'altitude fait chuter les températures et où certains sommets gardent encore quelques traces de neige une partie de l'année, on trouve une faune adaptée au froid et à la rareté de l'oxygène, plutôt rare sur le reste du territoire. Plus au nord, chez les Teke, le désert impose ses propres règles : peu d'espèces, mais toutes remarquablement résistantes à la chaleur et au manque d'eau. Le Luba, à l'inverse, avec ses fleuves innombrables et son climat plus humide, abrite une vie animale beaucoup plus dense, portée par cette abondance d'eau qui caractérise toute la région. Ce topic recensera les principaux parcs nationaux du pays, ces zones protégées où l'État a choisi de limiter l'exploitation humaine pour préserver certains écosystèmes menacés. Vous y trouverez aussi les grands zoos zafongolais, notamment celui de la capitale, qui présentent une partie de cette faune au public tout en participant, pour certains d'entre eux, à des programmes de reproduction en captivité pour les espèces les plus fragiles. Enfin, on y présentera les principales espèces animales du pays, sans prétention scientifique excessive, simplement pour donner un aperçu de ce que la nature zafongolaise a produit au fil du temps sur ces terres si diverses.
2977
Le Dendevu

Le Dendevu

    Fiche technique du Dendevu
  • Fiche technique du Dendevu
  • Poids :Entre 220 et 280 kg pour les mâles adultes, un peu moins pour les femelles
  • Hauteur au garrot : Environ 1,10 mètre
  • Longueur (museau à queue) : Jusqu'à 2,60 mètres
  • Longueur des canines supérieures : Entre 25 et 30 centimètres
  • Vitesse de pointe : Modeste, environ 30 km/h sur de courtes distances
  • Espérance de vie : 18 à 22 ans en milieu naturel
  • Régime alimentaire : Carnivore strict, grands ongulés principalement
  • Habitat privilégié : Montagnes, forêts denses et savanes à couvert végétal important
  • Régions de présence : Bateke, Luba, Sira, Bakongo
  • Statut de conservation : Vulnérable, population en lente diminution

Deux crocs recourbés, plus longs que la main d'un enfant, voilà ce qu'on remarque en premier chez cette créature, bien avant le reste de son corps massif et tacheté. Le Dendevu n'a jamais eu besoin de rugir pour imposer le respect. Sa seule mâchoire entrouverte suffit à figer n'importe quel promeneur imprudent qui croiserait son chemin dans les hautes herbes du pays. Son pelage raconte à lui seul l'histoire d'un animal capable de vivre partout où le Zafongo lui laisse un peu d'espace. Fauve doré sur le dos, presque blanchi autour du museau et du poitrail, moucheté de taches sombres qui se fondent parfaitement dans les herbes sèches ou les sous-bois d'ombre, ce pelage dense et légèrement hirsute lui permet de tenir aussi bien face au froid mordant des sommets que sous la chaleur lourde des plaines du sud. La chasse, chez lui, ne ressemble jamais à une course. Trop lourd, trop massif pour rivaliser de vitesse avec ses proies, le Dendevu préfère l'embuscade patiente, l'approche silencieuse jusqu'au corps à corps, où sa force brute et ses canines démesurées font le reste. Une fois la proie plaquée au sol, ses défenses s'enfoncent avec une précision presque chirurgicale, tranchant net ce qu'aucun autre prédateur du pays ne parviendrait à percer aussi facilement. Cette technique de chasse, redoutable malgré sa lenteur apparente, explique en grande partie pourquoi on retrouve cet animal disséminé sur une bonne partie du territoire national. Le Bateke reste son royaume de prédilection, ses montagnes reculées et sa faible densité humaine lui offrant un terrain de chasse presque exclusif, loin des villages qui se raréfient à mesure que l'altitude grimpe. Le Luba, avec ses rivières innombrables et sa végétation dense, lui offre un tout autre visage de territoire idéal, propice à l'embuscade près des points d'eau où le gibier vient s'abreuver sans méfiance. Le Sira, plus exigu, voit passer régulièrement quelques individus solitaires traversant la province au fil des saisons de chasse. Quant au Bakongo, malgré l'écrasante densité humaine qui le caractérise, il conserve encore quelques poches de nature préservée en périphérie de ses villes tentaculaires, où le Dendevu s'aventure parfois la nuit, au grand dam des éleveurs qui redoutent ses incursions silencieuses. Sa présence dépasse largement le simple fait naturaliste. Plusieurs légendes du Luba racontent des affrontements mémorables entre chasseurs et Dendevu, où seule la ruse, jamais la force pure, permettait à l'homme de triompher face à des mâchoires capables de transpercer un cuir aussi épais que celui du buffle. Les parcs nationaux zafongolais veillent aujourd'hui sur cette espèce impressionnante, conscients que la réduction progressive de son habitat naturel menace, lentement mais sûrement, son avenir sur ce territoire qu'elle occupe pourtant depuis des temps immémoriaux.
2095
Le Ngozi

Le Ngozi

    Fiche technique du Ngozi
  • Fiche technique du Ngozi
  • Poids : Entre 3 500 et 5 000 kg pour les mâles adultes
  • Hauteur au garrot : Environ 3,20 mètres
  • Longueur des défenses : Jusqu'à 2 mètres
  • Vitesse de pointe : Faible, environ 15 km/h
  • Espérance de vie : 50 à 60 ans en milieu naturel
  • Régime alimentaire : Herbivore strict, végétation rase et écorces
  • Habitat privilégié : Hauts plateaux et versants enneigés
  • Régions de présence : Bateke exclusivement
  • Statut de conservation : Rare, population stable grâce à l'isolement du territoire

Personne, au Bateke, ne s'aventure trop près d'une de ces bêtes sans y réfléchir à deux fois. Pas pour sa férocité, elle n'en a guère. Plutôt pour son poids, sa masse, cette carrure qui pourrait écraser un homme sans même le vouloir, d'un simple pas mal placé. Ces défenses, d'abord. Recourbées vers le ciel, presque jusqu'à se toucher, elles dépassent largement ce qu'on imaginerait nécessaire pour un animal qui ne chasse jamais rien. Le Ngozi s'en sert autrement. Pour dégager la neige qui recouvre les rares touffes d'herbe des hauteurs. Pour écarter un rival lors de la saison des amours. Rarement pour se défendre, tant peu de prédateurs osent s'attaquer à une telle montagne de muscle et de poils. Ce pelage, justement, mérite qu'on s'y attarde. Long, épais, presque hirsute au point de balayer le sol quand l'animal marche, il forme une véritable armure contre le froid mordant des sommets bateke. Aucun autre mammifère du pays ne porte un manteau pareil. On raconte que les bergers, dans les hauteurs, reconnaissent un Ngozi à des kilomètres rien qu'à cette silhouette brune, massive, presque immobile tant l'animal se déplace avec lenteur. Il ne mange que ce que la montagne veut bien lui offrir. Herbes rases, mousses, écorces quand l'hiver se fait trop dur. Un régime pauvre qui l'oblige à parcourir des distances considérables, jour après jour, pour trouver de quoi nourrir une carcasse aussi imposante. Cette quête permanente de nourriture explique en partie pourquoi on ne le croise presque jamais en groupe nombreux, chaque individu ayant besoin d'un territoire bien trop vaste pour en partager les maigres ressources. Les Bateke le respectent sans jamais chercher à le chasser. Une superstition ancienne veut que tuer un Ngozi attire le malheur sur tout un village, une croyance qui a sans doute contribué, plus que n'importe quelle loi environnementale, à préserver l'espèce sur ces territoires reculés où l'État peine parfois à faire appliquer ses propres règlements de protection.
6206
Parc national de Nyika Huru

Nyika Huru

    Parc national de Nyika Huru
  • Création : 1994
  • Superficie : Environ 64 523 km²
    Provinces concernées : Bateke (majoritaire), Mbochi (est), Yomba (bordure sud)
    Statut : Aucune habitation, zone naturelle protégée, aucune installation humaine permanente autorisée
    Faune principale : Gnous, zèbres, tigre, lion, hyène, buffles, éléphants, rapaces divers, Dendevu (présence discrète) et plein d'autres animaux
    Meilleure période de visite : Saison sèche, concentration des animaux autour des points d'eau
    Accès : Pistes réglementées, véhicules encadrés par des rangers formés
    Gestion : Personnel recruté majoritairement dans les villages limitrophes du parc


Le chauffeur coupe le moteur sans prévenir, lève un doigt vers l'horizon, et personne dans le véhicule n'ose plus parler. C'est souvent comme ça que commence une vraie rencontre avec le Nyika Huru pas par un discours, pas par une explication, juste ce silence brusque qui s'impose devant quelque chose qu'aucun mot ne rendrait justice. Le parc occupe une position curieuse sur la carte du Zafongo, à cheval sur trois provinces qui, ailleurs, n'ont pourtant pas grand-chose en commun. Il naît dans les basses terres du Bateke, là où la montagne finit par renoncer et laisse place à des plaines plus douces. Il grignote ensuite une portion du Mbochi vers l'est, avant d'aller mourir doucement contre les premières collines du Yomba, au sud. Trois identités régionales, trois peuples aux tempéraments si différents, et pourtant tous d'accord, depuis longtemps, pour ne rien construire ici. Pas une maison. Pas un champ. Rien qui ressemble, de près ou de loin, à une trace humaine durable. J'ai mis du temps à comprendre pourquoi cette absence me frappait autant, la première fois. On s'habitue tellement, au Zafongo, à croiser un village au détour d'un chemin, une chèvre attachée à un arbre, une lessive qui sèche sur une corde tendue entre deux cases. Ici, rien de tout ça. Juste l'herbe, le vent qui la couche puis la relève, et cette impression tenace que le temps ne s'écoule pas de la même façon qu'ailleurs. Il faut souvent rouler longtemps avant de croiser le premier troupeau. Puis, sans prévenir, tout apparaît d'un coup, comme si la savane avait décidé de se dévoiler seulement quand elle jugeait le visiteur suffisamment patient. Des gnous par centaines, parfois par milliers selon la période de l'année, broutant sans se presser. Des zèbres mêlés à eux, indifférents au ronronnement du moteur qu'on laisse volontairement tourner au ralenti, par respect autant que par prudence. Les guides qui accompagnent ces excursions connaissent cette terre d'une façon qu'aucun livre ne pourrait enseigner. Je me souviens d'un homme, la cinquantaine, qui travaillait ici depuis l'adolescence, capable de deviner la présence d'un point d'eau à un simple changement de couleur dans l'herbe, ou de repérer un prédateur tapi dans les hautes tiges rien qu'à la façon dont les oiseaux, soudain, cessaient de chanter autour de lui. Ce genre de savoir ne s'apprend pas en un jour. Il se construit année après année, à force d'observer, de se tromper, de recommencer. Le Dendevu hante ces lieux, quelque part, invisible la plupart du temps. On en parle beaucoup, on l'espère secrètement, mais rares sont ceux qui ont la chance de l'apercevoir vraiment. La plupart repartent avec seulement des empreintes fraîches qu'un guide désigne du bout du doigt, expliquant que la bête est probablement passée là quelques heures plus tôt, sans jamais se montrer. Il y a quelque chose de presque rassurant dans cette absence, comme si le parc gardait volontairement son secret le mieux protégé loin des regards trop pressés. Les rapaces, en revanche, ne se cachent jamais bien longtemps. Ils tournent au-dessus des troupeaux, patients, guettant le moindre signe de faiblesse chez un animal isolé du groupe. D'autres oiseaux, plus discrets, se dissimulent dans les buissons épars et ne trahissent leur présence qu'à travers un chant qu'aucun visiteur, seul, ne saurait jamais identifier correctement. La saison change tout, ici, bien plus qu'ailleurs peut-être. Pendant les mois secs, les points d'eau se raréfient, et les animaux finissent par se concentrer autour des rares zones humides encore actives. On assiste alors à des scènes presque irréelles, plusieurs espèces se croisant au même endroit, contraintes par la nécessité plutôt que par le choix, buffles et zèbres et gnous partageant la même flaque boueuse sans grande cérémonie. Puis les pluies reviennent, et tout se disperse à nouveau sur l'immensité du territoire, rendant chaque nouvelle excursion incertaine, mais tout aussi fascinante que la précédente. Les règles imposées aux visiteurs, strictes, presque austères par endroits, n'ont jamais semblé excessives à ceux qui comprennent vraiment ce qu'elles protègent. Vitesse limitée sur les pistes. Trajets encadrés, jamais improvisés. Interdiction formelle de descendre du véhicule ailleurs que dans les zones spécifiquement prévues pour ça. On ne vient pas au Nyika Huru pour dominer quoi que ce soit. On vient observer, humblement, en essayant de déranger le moins possible ce qui existait ici bien avant que le premier touriste ne songe seulement à s'y aventurer. Cette prudence trouve sa justification dans la faune elle-même. Les buffles, massifs et imprévisibles, peuvent charger sans le moindre signe avant-coureur. Les éléphants, plus rares mais bien présents dans certaines poches boisées du parc, imposent le respect rien qu'en se découpant contre l'horizon, silhouettes lentes et pourtant terriblement puissantes. Et le Dendevu, toujours lui, reste raison suffisante pour ne jamais s'écarter seul des sentiers autorisés, même pour les guides les plus expérimentés. Le personnel qui veille sur ce territoire vient, pour l'essentiel, des villages qui bordent le parc sans jamais empiéter dessus. Certains y travaillent depuis des décennies, ayant vu grandir leurs propres enfants avec ces récits de traque et d'observation comme berceuses du soir. Ils transmettent leur savoir aux plus jeunes recrues avec cette patience particulière qu'on ne trouve que chez ceux qui ont appris, à force d'années, que la nature ne se laisse jamais vraiment maîtriser, seulement comprendre un peu mieux à chaque saison. Le tourisme que génère le Nyika Huru reste modeste comparé à ce que connaissent d'autres pays du continent, plus habitués depuis longtemps à ce genre d'attraction. Mais les revenus qu'il apporte, aussi limités soient-ils encore, contribuent directement à financer la préservation du parc lui-même. Un équilibre fragile, où chaque visiteur qui paie son entrée participe, sans toujours le savoir vraiment, à protéger ce qu'il est venu admirer. On repart, généralement, avec cette sensation étrange d'avoir touché quelque chose d'authentique, loin des discours qu'on entend habituellement sur l'économie minière ou les tensions du Luba. Ici, rien de tout ça. Pas de tours qui poussent vers le ciel, pas de routes qu'on répare à la hâte, pas de nouvelles inquiétantes à guetter du coin de l'œil. Juste des animaux qui continuent de vivre leur existence, tranquillement indifférents à tout ce qui agite, ailleurs, ce pays qu'ils ne connaîtront jamais sous ce nom.
2638
Mbwa-Nzoka

Mbwa-Nzoka

    Fiche technique du Dendevu
  • Fiche technique du Mbwa-Nzoka
  • Poids : Entre 480 et 550 kg pour les mâles adultes, un peu moins pour les femelles
  • Hauteur au garrot : Environ 0,90 mètre
  • Longueur (museau à queue) : Jusqu'à 4,60 mètres
  • Longueur du renflement frontal : Entre 15 et 20 centimètres de diamètre
  • Vitesse de pointe : Modeste sur terre, environ 15 km/h, jusqu'à 25 km/h en charge dans l'eau
  • Espérance de vie : 40 à 60 ans en milieu naturel
  • Régime alimentaire : Carnivore opportuniste, poissons et crustacés à carapace principalement
  • Habitat privilégié : Rivages rocheux, lagunes tempérées et embouchures calmes
  • Régions de présence : Luba, sud du Zafongo
  • Statut de conservation : Rare, population stable mais fragmentée

Une gueule interminable, hérissée de crocs qui dépassent des lèvres même à l'état de repos, voilà ce qui saisit d'abord quiconque aperçoit cette créature depuis la berge. Le Mbwa-Nzoka n'a jamais eu besoin de charger pour semer la crainte. Son immobilité seule, confondue avec les rochers noirs du rivage, suffit à tromper la vigilance de n'importe quelle proie qui s'aventurerait trop près de l'eau. Sa robe raconte à elle seule l'histoire d'un animal taillé pour vivre à la lisière de deux mondes. Brun doré et tacheté de sombre sur le dos, presque ivoire sous le ventre, cette peau épaisse et cuirassée, renforcée d'une double rangée de plaques osseuses courant de la nuque à la queue, lui permet de tenir aussi bien sous le soleil accablant des lagunes que dans la fraîcheur des eaux profondes où il se retire pour digérer. La chasse, chez lui, ne ressemble jamais à une poursuite. Trop lourd, trop lent pour rivaliser de vitesse avec ses proies sur la terre ferme, le Mbwa-Nzoka préfère l'attente immobile, parfois des heures durant, jusqu'à ce qu'un poisson ou un crustacé s'approche à portée de gueule. C'est alors que le curieux renflement osseux à l'extrémité de son museau entre en jeu, servant de masse pour fracasser les carapaces les plus résistantes avant que les mâchoires ne referment leur étau. Cette technique de chasse, aussi patiente que redoutable, explique pourquoi on ne le trouve que là où l'eau et la roche se rencontrent. Le Luba reste son territoire de prédilection, ses côtes découpées et ses lagunes peu profondes lui offrant un terrain de chasse quasi exclusif, loin des grandes routes maritimes qui se multiplient plus au nord. Le sud du Zafongo, avec ses embouchures calmes et sa faible fréquentation humaine, complète ce domaine, où l'animal peut chasser sans être dérangé par les filets des pêcheurs. Sa présence dépasse largement le simple fait naturaliste. Plusieurs légendes du Luba racontent des rencontres mémorables entre pêcheurs et Mbwa-Nzoka, où seule la patience, jamais la précipitation, permettait à l'homme de s'éloigner sain et sauf d'une créature capable de briser une pirogue d'un seul coup de museau. Les autorités côtières du Zafongo surveillent aujourd'hui cette espèce discrète, conscientes que la pression grandissante de la pêche sur ses zones d'embuscade menace, lentement mais sûrement, l'équilibre fragile qu'elle maintient depuis des générations le long de ces rivages.
6147
Nchi ya Maji Baridi


Nchi ya Maji Baridi

Il y a quelque chose d'assez vertigineux à contempler cette frise de couleurs alignées les unes contre les autres, ces huit familles de bâtonnets qui montent et redescendent comme un pouls qu'on aurait mis sous verre. On pourrait croire, au premier regard, qu'il ne s'agit que de statistiques, de chiffres empilés pour faire joli sur un rapport ministériel. Et pourtant, en s'y attardant, on comprend vite que ce diagramme raconte une histoire bien plus vieille que les instituts qui l'ont dessiné : celle d'un pays qui n'a jamais touché la mer, et qui a dû, pour compenser, apprendre à faire de son immensité intérieure une richesse à elle seule. Regardez, d'abord, ces deux blocs qui écrasent tout le reste à droite du graphique, dans la colonne des insectes. Un vert profond qui grimpe jusqu'à six cent cinquante, un orange qui le dépasse encore, jusqu'à toucher les huit cents. On dirait deux tours plantées au milieu d'une ville plus modeste, deux gratte-ciel qui font paraître minuscules les bâtiments alentour. C'est peut-être la première chose que l'œil retient de cette frise : cette disproportion presque brutale entre le monde minuscule des insectes et tout ce qui vole, nage ou rampe ailleurs sur le territoire. Et pourtant, à bien y regarder, cette démesure ne surprend jamais vraiment ceux qui connaissent le pays. Un pouce de terre cultivée en cache toujours mille qu'on ne voit pas. Puis vient ce premier groupe, à gauche, celui des oiseaux, où les barres dessinent une sorte de vague. Faible d'abord, avec ce désert couleur de sable qui ne s'élève qu'à quatre-vingts, puis un sursaut gris qui grimpe à cent soixante-dix, comme un souffle qui reprend de la force en abordant l'altitude. Le vert des zones fluviales culmine ensuite, presque à deux cent quatre-vingt-dix, avant que l'orange de la savane ne vienne le talonner de près. Et puis, tout à droite du groupe, cette petite tour violette, discrète, presque timide, qui rappelle que même les villes du Bakongo, avec leur vacarme et leur béton, gardent encore une place pour ce qui vole au-dessus des toits. Mais il faut, je crois, revenir sur quelque chose que ce diagramme, aussi honnête soit-il, ne dit pas complètement. Car ces barres grises qu'on appelle simplement « montagne », et ces barres oranges qu'on a rangées sous l'étiquette « savane et campagne », se recoupent en réalité sur un seul et même territoire, bien plus souvent qu'on ne le devine en lisant une légende. Le Bateke n'est pas qu'une montagne. C'est une montagne, oui, avec ses sommets qui gardent la neige la moitié de l'année, mais c'est aussi, entre deux chaînes, de vastes étendues de steppe et de campagne sauvage, des plateaux ouverts que le vent balaie sans obstacle, des lambeaux de savane haute où l'herbe pousse comme si personne, jamais, n'était venu la couper. On imagine trop souvent cette région comme un empilement de roches et de glace. Elle est cela, certes, mais elle est aussi ce vide immense entre les sommets, ce presque-rien de present humain qui laisse toute la place au reste. Et c'est précisément cette absence d'hommes qui a fait du Bateke le véritable réservoir du pays. Si l'on recomposait les chiffres autrement, si l'on ne séparait plus la montagne de sa steppe et de sa campagne comme le fait ce diagramme par souci de clarté, on verrait apparaître une évidence que les scientifiques du pays connaissent depuis longtemps sans toujours la formuler à voix haute : près des trois cinquièmes de toutes les espèces animales du Zafongo trouvent, quelque part dans cette région, un refuge, une halte, ou un foyer permanent. Ce n'est pas un hasard, ni un simple accident de la géographie. C'est la conséquence directe de ce que le Bateke n'a jamais eu, et qui a fini par devenir sa plus grande richesse : des routes, des villes, des champs cultivés à perte de vue. Là où le reste du pays a fini par se plier au rythme des hommes, semant ses villages, ses cultures, ses lignes électriques jusque dans les recoins les plus reculés, le Bateke, lui, a gardé ses distances. Un million d'habitants à peine, éparpillés sur un territoire que d'autres provinces peupleraient dix fois davantage, et cette solitude-là, loin d'appauvrir la terre, l'a laissée respirer. On le devine, d'ailleurs, en regardant certaines colonnes de plus près. Ce gris de la montagne qui domine, ou frôle le sommet, dans presque toutes les catégories du vivant, mammifères, insectes, arachnides, alors même que le froid et l'altitude devraient, en toute logique, décourager la vie plutôt que la nourrir. Ce n'est pas que la montagne soit un paradis facile. C'est qu'elle est un endroit où personne ne vient déranger ce qui s'y installe. Le Dendevu y chasse sans témoin depuis des générations. Le Ngozi y broute des alpages que jamais un troupeau domestique n'est venu disputer. Des oiseaux nichent dans des gorges que le regard humain n'atteint presque jamais, et des insectes prolifèrent dans des sous-bois que nulle route n'a encore traversés. Il y a quelque chose d'assez juste, au fond, dans cette manière qu'a le pays de récompenser ce qu'il néglige. Le Bateke, qu'on visite en dernier, qu'on désenclave en dernier, qu'on pense en dernier dans les grands discours consacrés à l'économie du Bakongo ou aux tensions du Luba, se retrouve être, sans qu'on l'ait jamais vraiment voulu, le poumon vivant de toute la nation. Ce diagramme, avec ses barres grises qui reviennent sans cesse parmi les plus hautes, en est peut-être la preuve la plus silencieuse. On ne l'a pas dessiné pour cela. Mais il le dit quand même, à qui prend le temps de le regarder correctement. Reste le désert, tout à gauche de chaque groupe, avec ses teintes de sable pâle qui semblent souvent modestes à côté du reste. Modestes en nombre, mais jamais insignifiantes. Car c'est là, précisément là où l'on attendrait le moins de vie, que les arachnides atteignent leur sommet, une centaine d'espèces qui ont fait de la sécheresse une alliée plutôt qu'une menace. C'est là aussi que les reptiles trouvent leur plus grand territoire, cent espèces capables de survivre à des écarts de température que nul autre animal du pays n'oserait affronter. Le désert du Teke ne cherche jamais à rivaliser en nombre avec les zones fluviales ou la savane. Il joue une autre partition, plus rare, plus austère, mais tout aussi essentielle à l'équilibre de cette frise qu'on regarde. Et puis il y a ce vert des rivières, qui domine sans conteste les poissons, les mollusques, les crustacés, comme pour rappeler, une dernière fois, ce que ce pays a choisi de faire de son absence de mer. Pas de littoral, jamais. Mais des fleuves qui serpentent depuis les hauteurs jusqu'aux plaines les plus basses, qui traversent le Luba comme des veines ouvertes, et qui ont fini, avec le temps, par offrir à toute une partie du vivant ce qu'un océan aurait pu offrir ailleurs. Ce diagramme, au fond, n'est pas qu'un inventaire. C'est un portrait du pays tout entier, dessiné sans qu'on l'ait cherché, à travers ce qui vole, nage, rampe ou creuse sous ses montagnes. Un pays qui n'a jamais eu de mer, mais qui a su faire de son désert, de ses fleuves, de ses savanes et surtout de cette montagne trop souvent réduite à ses sommets glacés, la plus grande réserve de vie sauvage qu'on ait jamais recensée sur son sol. Le Bateke n'a jamais demandé qu'on le compte. Il a simplement continué, dans son silence habituel, à faire ce que le reste du pays avait cessé de faire depuis longtemps : laisser la nature vivre sans lui demander la permission.
8067
Parc national de Mipaka Mitatu

Parc national de Mipaka Mitatu

    Parc national de Mipaka Mitatu
  • Création : 1921, le plus ancien parc national du Zafongo
  • Superficie : 40 735 km²
  • Provinces concernées : Bateke (nord-est), Yomba (nord), Teke (sud-ouest), à la jonction des trois frontières régionales
  • Statut : Zone naturelle protégée, safari autorisé, habitat permanent très restreint et encadré
  • Population résidente : Entre 10 000 et 50 000 personnes selon les saisons, nomades compris
  • Faune principale : Girafes, oryx, gazelles, guépards, lions, hyènes, autruches, éléphants (rares), phacochères, vautours, Dendevu (versants du Bateke), Ngozi (hauteurs de l’ouest, observations exceptionnelles)
  • Meilleure période de visite : Saison sèche, quand les animaux se resserrent autour des rares points d’eau
  • Accès : Pistes réglementées depuis M’Baye, Yonda ou Kouraba, véhicules escortés par l’armée
  • Gestion : Placé sous la protection permanente des forces armées, avec des guides civils recrutés dans les régions peuples riverains


Il existe, quelque part dans le nord du pays, une borne de pierre grise que personne ne remarque. Elle ne dépasse pas la hauteur d’un genou, elle penche un peu, et trois lignes y ont été gravées il y a plus d’un siècle, une pour chaque région dont elle marque la limite. C’est là que le Bateke, le Yomba et le Teke se rejoignent. Le parc porte son nom d’après ce caillou, mipaka mitatu, les trois frontières, et aucun autre nom ne lui aurait convenu. Ce lieu n’a jamais appartenu tout à fait à quelqu’un, et c’est sans doute pour cela qu’on a fini par décider qu’il appartiendrait à tous. L’histoire, les anciens la racontent chacun un peu différemment, ce qui est bon signe. La République n’avait pas treize ans quand le parc est né, en 1921, et elle n’avait pas encore l’habitude de se faire obéir dans ses marges. Dans ce coin du nord, le problème n’était pas la chasse seule, même si les fusils avaient beaucoup fait baisser le gibier depuis la chute de l’empire. Le problème, c’était l’eau. Les bergers du Bateke descendaient de leurs montagnes avec leurs chèvres, les nomades du Teke remontaient du sable avec leurs dromadaires, les paysans du Yomba poussaient leurs champs un peu plus loin chaque année, et tous trois convoitaient les mêmes quelques sources. Les disputes duraient des saisons entières. On raconte que trois chefs, un par peuple, ont fini par s’asseoir ensemble sous un arbre, non loin de la fameuse borne, et qu’ils ont décidé de ne rien décider : ni l’un, ni l’autre, ni le troisième n’aurait cette terre. Elle serait laissée aux bêtes, et chacun pourrait y puiser de l’eau sans que personne n’y plante sa tente pour toujours. Restait à faire respecter cette promesse, et c’est l’armée qui s’en est chargée. Pas par goût du décor, mais parce qu’aucun des trois chefs n’acceptait que les hommes d’un autre peuple veillent sur la terre commune. Une troupe venue de Ménaka, qui ne devait rien à personne, avait au moins l’avantage de n’appartenir à aucune des trois parties. Les premiers soldats ont planté leurs tentes près de la borne en 1921. Plus d’un siècle plus tard, une garnison y est toujours, et le parc n’a jamais connu d’autre autorité. Aucun garde civil, aucune agence de protection de la nature : des conscrits en uniforme, des sous-officiers qui connaissent chaque piste, et un état-major qui range le parc parmi les sites qu’on ne discute pas. Cela explique l’étrange statut de la zone. À Nyika Huru, plus au sud, on ne trouve aucune habitation, pas une case, pas un enclos. Ici, le règlement est plus souple, et c’est voulu. Entre dix mille et cinquante mille personnes vivent dans ses limites ou le traversent selon les saisons, ce qui est peu pour quarante mille sept cent trente-cinq kilomètres carrés, un habitant par kilomètre carré dans les meilleurs cas, bien moins dans les autres. Cette fourchette si large agace les statisticiens, mais elle dit la vérité : on ne compte pas des nomades comme on compte des villages. Certains mois, des familles teke installent leurs tentes près d’un point d’eau et le recensement les voit. Le mois suivant, elles ont plié le camp, et il n’en reste que des cercles de pierres noircies. Du côté du Bateke, quelques hameaux de bergers s’accrochent aux versants depuis des générations, plus anciens que le parc lui-même, et personne n’a songé à les déloger. On leur a seulement demandé de ne pas s’étendre, et ils ont obéi, parce que la demande venait de leur chef et que le lieutenant du poste voisin l’avait accompagné pour la formuler. Le visiteur qui arrive par l’ouest, là où la montagne s’effiloche en collines basses couvertes de buissons épineux, passe d’abord un poste de contrôle. Trois soldats, un ZV-66 garé à l’ombre, un registre ouvert sur une table de camp. On y note les noms, les plaques, l’heure d’entrée, et l’on y reçoit une consigne qui ne varie jamais : on ne quitte pas l’escorte. L’air y est encore vif le matin, presque froid, et l’on voit le souffle des antilopes avant de les voir elles-mêmes. C’est sur ces pentes qu’on a le plus de chances de croiser les empreintes du Dendevu, larges comme une paume ouverte, et les militaires qui conduisent les convois ne s’arrêtent jamais sans avoir balayé l’horizon à la jumelle. Plus haut, sur les crêtes que les nuages touchent, vivent paraît-il quelques Ngozi, mais personne ne promet jamais de les voir. Le parc ne promet rien, il laisse faire. Puis le paysage change, et l’on ne sait jamais très bien où. La roche cède à la savane sèche, une herbe blonde, haute, qui plie sous le vent sans jamais se coucher tout à fait, entrecoupée d’acacias aux couronnes aplaties. C’est le cœur du parc, la partie que les cartes montrent comme un grand vide jaunâtre et que les animaux, eux, remplissent. Les girafes y marchent avec cette lenteur de grues de chantier, les oryx traînent leurs cornes droites comme deux lances, les gazelles décampent par bonds nerveux dès qu’un moteur s’approche trop. Les guépards sont les plus difficiles à repérer, et les plus beaux : on les surprend couchés à l’ombre d’un arbre solitaire, indifférents. Les lions suivent les troupeaux sans hâte, et les hyènes, qu’on entend la nuit depuis les camps, rient dans le noir d’une manière que les nouveaux venus prennent mal. Au-dessus de tout cela, les vautours tournent, très haut, avec une patience qui est sans doute une forme de politesse envers la mort. La rivière Kimbi, enfin, tient le parc ensemble. Elle naît dans les hauteurs du Bateke, dévale en cascades étroites, puis s’étale en plaine et s’amenuise jusqu’à n’être plus, une bonne partie de l’année, qu’un lit de sable clair parsemé de mares isolées. On ne la voit pas couler, mais on la suit sous les pieds : toute la faune connaît son tracé. Pendant les mois secs, ces mares deviennent des scènes entières. Phacochères agenouillés pour boire, éléphants qui arrivent par petits groupes et chassent les autres sans un bruit, hyènes qui attendent leur tour. Les soldats y patrouillent à l’aube, car c’est là, autour de l’eau, que les braconniers viennent tendre leurs pièges, et la règle est simple : celui qu’on y surprend avec un fusil n’est pas jugé à M’Baye, mais remis à la justice nationale, sans indulgence particulière. Quand les pluies reviennent, la rivière gonfle, déborde, rend au désert ce qu’il lui avait pris, et le troupeau se disperse sur des centaines de kilomètres. Tout au nord, la savane s’use. Les arbres se raréfient, l’herbe devient rase, puis disparaît, et la terre vire à l’ocre, puis au sable. On entre dans le Teke sans traverser aucune frontière visible, le parc ne dessinant aucune ligne là où la nature n’en trace pas. Les autruches y courent en file, les fennecs sortent à la tombée du jour, et les dunes basses, couleur de pain brûlé, s’allongent vers l’horizon sans qu’aucun nuage ne vienne les troubler. Un peu plus loin, hors du parc, on aperçoit parfois la lueur des installations gazières. L’armée y tient des batteries de ZK-70, et la limite est respectée avec une rigueur que le reste du pays pourrait envier : on ne chasse pas ici, on ne fore pas là, et personne ne discute. La même garnison surveille les deux côtés de la ligne, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Le safari y est autorisé, mais il ne ressemble pas à ce que les brochures d’ailleurs promettent. Pas de grands hôtels, pas de piscine, trois ou quatre camps de tentes tout au plus, tenus par des familles des environs, où l’on mange du riz du Yomba et des sauces à l’arachide devant un feu. Les pistes sont étroites, et les convois n’avancent jamais sans un véhicule militaire en tête et un autre en queue. Les guides civils, issus des trois peuples riverains, lisent un sol comme d’autres lisent un journal, mais ils ne décident de rien : c’est le sous-officier du convoi qui fixe l’itinéraire, l’heure du retour et la distance à garder avec les éléphants. Certains de ces guides sont teke, et ils le disent sans cérémonie : pendant le jeûne du premier jour de Ramadan, ils restent au poste comme tout le monde, sans manger ni boire jusqu’au crépuscule, et les soldats de la garnison, quelle que soit leur foi, jeûnent avec eux, comme le pays tout entier. Le soir, le camp se rassemble autour des dattes, et c’est sans doute le seul endroit du pays où un guide musulman, un sergent chrétien et un visiteur étranger partagent la même assiette en silence. Le tourisme y reste modeste, et les revenus qu’il génère couvrent à peine l’entretien des pistes. Le ZH-91 de la garnison vient chercher un blessé ou un voyageur égaré, et les alertes se règlent plus vite qu’on ne le croirait dans une zone si reculée. Pourtant, on ne repart pas d’ici en pensant à l’économie. On repart avec une image têtue : trois peuples, trois façons de vivre, qui ont un jour décidé de laisser un morceau de leur pays tranquille, et un État qui, depuis plus d’un siècle, monte la garde pour qu’ils tiennent parole. La borne, elle, penche toujours un peu, et personne n’a envie de la redresser.
Haut de page