13/02/2020
18:21:51
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Karty - Néxanie : Sommet de Maneonne

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L'imposant appareil transportant la délégation de Karty touche enfin le tarmac de la piste privée présidentielle de l'Aéroport International Guilherme Mendes. Dès l'ouverture des portes, l'air de Maneonne est balayé par les accords solennels des deux hymnes nationaux qui résonnent en écho. De chaque côté du tapis rouge, les gardes présidentiels néxaniens, triés sur le volet et surentraînés, se tiennent immobiles, figeant leur salut militaire avec une discipline de fer.

Au bout de la ligne, le Président Josh McKenzie en personne s'avance d'un pas assuré pour saluer chaleureusement Léon Kostery et Tosca Shimanskaya envoyé au nom de Karty.

Sans perdre de temps, le cortège officiel s'installe à bord des SUV luxueux de chez Rosebery Motors, vitres teintées et moteurs silencieux, escorté par les motards de la gendarmerie nationale à travers les artères sécurisées de la capitale.

Quelques minutes plus tard, la délégation pénètre dans l'enceinte du Palais présidentiel. Les ministres sont conduits vers les salons de haute sécurité : un complexe de salles de réunion ultra-luxueuses et modernes, mêlant le marbre traditionnel néxanien aux technologies de pointe. Une fois les portes blindées refermées et le protocole installé, le Président McKenzie s'installe en bout de table, fixe ses hôtes avec un regard déterminé, et lance d'une voix claire :

''Messieurs, installez-vous. L'avenir de nos relations et la stabilité de nos marchés se jouent ici aujourd'hui... Allez-y, commencez, honneur aux invités !''
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AlinéaLa République Fédérale Kartienne avait répondu présente à l'invitation Néxanienne. Léon Kostery et Tosca Shimanskaya représentaient leur pays pour cet événement. Ce fut à bord du jet que les deux Kartiens engagèrent une discussion, pourtant étaient-ils tous deux doués d'un caractère diamétralement opposé. La Gouverneure de Zaverço était partisane d'une diplomatie avenante, lorsque son ami -si tantôt l'on pouvait le qualifier ainsi- nourrissait une diplomatie rude, ne voyant que les intérêts de son pays. Rien d'autre, il engagea.

«Ma chère Tosca, puis-je avoir ton point de vue ?»
Le vieil homme affichait son habituel sourire, était-il sincère ou empli de ses faux semblants, c'était là son art.
«A quel sujet ?»
«L'invitation des Néxaniens, évidement.»
«C'est là l'occasion d'ouvrir de nouvelles voies, c'est encourageant je suppose !»
«Mhm.»
L'homme ne semblait guère convenir du point de vue de la Gouverneure.
«Tu n'es pas d'accord ?»
«Non, non pas du tout. La Néxanie est un pays à l'économie périphérique, elle ne possède pas le poids de nous impacter de quelque manière que ce soit. Il n'y aura aucun intérêt pour nous, si ce n'est l'importation de leurs ressources primaires sur nos marchés. Il s'agit d'un pays libéral après tout, il est guidé par les mécaniques du marché. Par le plus offrant.»
«C'est cynique.»
«Cynique ? Allons, aucun peuple, aucune nation, n'a survécu en abandonnant ses intérêts au profit de ceux des autres. Tâchons de nous concentrer sur nous, que chacun fasse ainsi.»
«C'est ce genre de discours qui a légitimé l'aversion de certains à l'aide pour l'Antares.»
«Je fus résolument pour aider le Concordat.»
«Ah ?»
«Que tu le veuilles ou non, il était dans notre intérêt, et notre intérêt seul, d'aider ce pays. Pas par amitié, cela n'existe pas dans notre travail. Par intérêt. Il était dans notre intérêt de voir la Loduarie s'écrouler, nous avons affirmé notre puissance au monde.»
«De ton côté, tu tâcheras d'être moins incisif.»
L'homme se mit à rire franchement.
«Allons, tu me connais ! Je tiens seulement à dire que leur dernière proposition laisse à désirer.»
«Le Néxan ?»
«Le Néxan. Proposer ce torchon à notre pays est une insulte. Notre monnaie est forte, nous en sommes les seuls maîtres. A quoi bon déléguer sa maîtrise ? Proposer ce ramassis d'idioties à Karty, un des pays le plus souverainiste au monde si c'est pas le premier.»

Dès lors les visages de la délégation Kartienne visibles en Néxanie, les deux hymnes des deux pays s'enclenchèrent à l'unisson. Une pratique que Léon Kostery jugea curieuse. L'hymne Néxanien était d'un calme absolu, lorsque celui Kartien était d'une agressivité militaire marquée. Pour autant, ce furent les Néxaniens qui brandirent les armes. Non par la guerre, mais par l'accueil. Les soldats semblaient parfaitement droits, indiquant un travail minutieux derrière cette cérémonie en grande pompe. Mais déjà, le secrétaire d'Etat décelait des manquements, ou au moins des imperfections. Toute cette cérémonie, ces soldats, tout cela servait à dissimuler. Car derrière les grandes notes et la droiture militaire, il y avait un très jeune pays sur la scène internationale, qui devait encore faire ses preuves. Les armements des militaires Néxaniens étaient, qui plus est, d'une vieillesse certaine. Comment affirmer un grand accueil martial avec du matériel déjà bien éloigné des standards des armées puissantes ? D'aussi féroce que soit le caractère des armées Néxaniennes, il sera balayé par la moindre armée un peu plus technologique qu'elle: Soit par la quasi entièreté des pays de ce globe. Léon avait cet œil pour le détail. Cette perception d'analyse s'acheva lorsque le Président Néxanien eut clôturé sa courte prise de parole. Honneur aux invités ? N'est-ce pas, néanmoins, la troisième République de Néxanie qui est à l'origine de cette entrevue ? Ne serait-ce guère à elle, d'ouvrir le bal ? La Gouverneure Shimanskaya répondit aux salutations du Président, avant de laisser le secrétaire Kostery se charger du cœur de l'entrevue.

«Excellence Néxanienne, c'est un plaisir d'être accueilli sur votre sol. La République Fédérale Kartienne souligne la grande qualité qu'a offert votre pays pour l'accueillir.»

Citoyenne Tosca Shimanskaya
«Nonobstant, ce ne sera pas l'accueil qui déterminera 'l'avenir de nos relations et la stabilité de nos marchés', n'est-ce pas ? Ma foi permettez-moi une interrogation, votre pays la Néxanie demeure à l'origine de cette entrevue. En ce sens, ne serait-ce pas au demandeur de l'entrevue de l'entamer ? Soit, cependant, honneur aux invités... Je tâcherais d'ouvrir cet événement par l'évocation de votre deuxième missive, au sujet de la participation Kartienne à ce projet du 'Néxan'. Nos marchés sont déjà stables, notre monnaie déjà forte et établie, mon pays ne se joindra pas à ce projet. Au delà du manque criant de souveraineté que ce projet engendrera, il n'est tout simplement pas réalisable.

Eh bien... Une monnaie est forte lorsque ses investisseurs lui font confiance, lorsqu'une grande économie la couvre en arrière plan, lorsque son marché obligatoire est profond et sa banque centrale crédible. Ce ne sera pas en signant un bout de papier que les investisseurs utiliseront miraculeusement votre monnaie. Qui plus est, les politiques et les besoins économiques de chaque pays sont uniques. Mettons que deux pays connaissent simultanément des besoins économiques opposés. Le premier souffre d'une inflation, le deuxième d'une récession: La banque centrale augmente-t-elle ou diminue-t-elle les taux ? De surcroît, vous mentionniez la création d'une sorte de banque centrale où chaque décision serait prise à l'aide d'un vote, chaque pays ayant une voix égale à l'autre. Au delà du caractère anarchique d'un tel organe, sur quel fondement objectif et raisonnable estimez-vous que la République Fédérale Kartienne dispose du même poids sur cette devise que votre pays, tandis que mon pays possède plusieurs fois le poids économique du vôtre ? Une monnaie commune créera des problèmes communs. Mettons qu'un membre fasse faillite, tout le monde paiera son erreur. Sur quel autre fondement estimez-vous que Karty, ou même la Néxanie, doive payer de sa poche cette erreur qui n'est pas de sa portée ? Notre monnaie, le Kart, est puissante et établie. Pourquoi substituer le Kart à une monnaie expérimentale sans garantie quelconque ? Vous proposiez, parallèlement, de conserver la souveraineté étatique tout en créant une monnaie commune. Soit. Si chaque Etat conserve sa propre devise, quel besoin concret indiquera l'utilisation du Néxan ? A l'inverse, sans conservation de la monnaie d'origine, le Néxan deviendra la seule monnaie puisque ce serait son but: Dès lors, les Etats auront abandonné leur souveraineté monétaire. Où placez vous l'équilibre entre ces deux principes ? Les Etats pourront signer un papier en une journée, mais les marchés eux, prendront des dizaines d'années pour commencer à croire en ce projet.
»

Citoyen Léon Kostery
La Gouverneure Shimanskaya cerna la sévérité de la prise de parole de Kostery, elle décida d'ajouter.

«Si la République Fédérale Kartienne refuse ce projet économique, Excellence Néxanienne, elle demeure naturellement favorable à l'approfondissement des échanges économiques avec votre nation. »
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Josh McKenzie


''Pour commencer je tiens à vous remercier''
Inclinant légèrement la tête sans que son calme soit affecté face aux propos d'en face
''Tout d'abord pour votre franchise pour vos mots, un pays qui masque ses intentions et ses mots derrière des politesses ne mérite pas qu'on lui fasse confiance pour le futur. C'est donc un respect sincère que je reçois votre honnêteté, aussi dure soit-elle.

Permettez-moi tout d'abord, avant toute chose, de reconnaître que Karty est une puissance considérable, la Néxanie en face petite. Il serait malvenu de notre part d'en prétendre le contraire, ou d'exiger de votre pays qu'il traite d'égal à égal un projet dont le poids économique, je l'admets, ne peut rivaliser pour l'instant avec le vôtre. Si Karty juge, en toute souveraineté, que ce projet ne sert pas ses intérêts, la Néxanie l'entend et le respecte pleinement. Aucune nation ne doit sacrifier ce qu'elle a bâti pour rejoindre une organisation économique encore incertaine.''


McKenzie réfléchit à la suite, avant de reparler

''Cela étant dit... permettez-moi quelques éclaircissements, non pour vous convaincre à tout prix, mais pour que votre refus, s'il doit être maintenu, repose sur une compréhension exacte de notre proposition plutôt que sur un malentendu.

Sur la question du vote égalitaire, nous ne prétendons nullement que le poids économique de chaque nation soit identique, ce serait aveuglement que de le nier. Mais l'égalité des voix ne vise pas à nier les réalités économiques, elle vise à garantir qu'aucun membre, fût-il le plus modeste, ne devienne l'otage des décisions d'un plus puissant qui voudrait tourner l'organisation à son avantage.
C'est une garantie de confiance mutuelle, non une négation des rapports de force.
Rien n'empêchera, par ailleurs, que les modalités précises de gouvernance soient encore débattues et affinées lorsque l'ensemble des membres fondateurs se réunira.''


McKenzie fait une pause après le long monologue avant de reprendre

''Sur la question de l'aléa moral que vous soulevez à juste titre, le risque qu'un membre défaillant fasse porter le poids de son erreur aux autres, c'est précisément une question que nous n'avons pas la prétention d'avoir déjà résolue seuls, et nous ne le ferions pas sans les futurs membres.
Ce sont des mécanismes de responsabilité et de discipline budgétaire qu'il conviendra de bâtir ensemble, avant même toute union monétaire pleine et entière.

Enfin, sur l'équilibre entre souveraineté conservée et adoption du Néxan, nous ne prétendons pas non plus que ce dernier remplacera immédiatement, ni nécessairement partout, les monnaies nationales. Il s'agit d'abord d'un instrument d'échange et de commerce facilité entre membres, appelé à gagner en confiance progressivement, comme toute monnaie l'a fait avant elle. Vous avez raison, cela prendra des décennies, non des jours. Nous n'avons jamais prétendu le contraire, et nous ne forcerons personne à l'adopter, car nous privilégierons toujours le libre choix et la volonté propre de chaque nation membre.''


Le représentant marqua une pause, avant de conclure d'un ton plus posé encore.

''Mais je le répète, Excellences, si, malgré ces précisions, la République Fédérale Kartienne demeure fermement opposée à ce projet monétaire, la Néxanie ne s'en offusquera pas. Nous comprenons parfaitement qu'une puissance telle que la vôtre pèse ses engagements avec la plus grande rigueur, et nous ne saurions vous tenir en otage d'un refus aussi mûrement argumenté.
Aussi, si ce chapitre devait véritablement se clore ici, la Néxanie serait tout aussi ravie d'explorer avec Karty d'autres voies de coopération, notamment sur le plan économique et commercial, en dehors de ce projet monétaire. Nous croyons qu'il existe, entre nos deux nations, bien des terrains où l'intérêt mutuel peut s'épanouir, indépendamment du Néxan.''
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