04/07/2020
09:55:54
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Un navire (rencontre Drovolski-Altrecht-Velsna-Kah-Teyla-Estalie-Talaristan)

Un navire

(Introduction par Enrico Corda, historien velsnien de la marine et gentilhomme)



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Enrico Corda a écrit :

Le San Sébastian: du canard boiteux au navire de commandement de la Classis III


Il me plait énormément de suivre le parcours des navires de la Marineria comme si il s'agissait de personnes dotées d'une conscience propre, d'une personnalité, avec leurs peines et leurs joies. Les navires sont davantage que de simples constructions. Ce sont tout d'abord des cadres de vie, ressemblant pour leurs occupants davantage à une maison qu'à l'habitacle d'une véhicule. Ces navires s'imprègnent du sang de leurs occupants, de leurs désirs et de leurs peurs, de leurs joies et de leurs tristesses, et finissent par leur ressembler. Dans la manière de décorer les cabines, dans les tableaux que l'on accroche dans le poste de commandement du supracomito (hrp: capitaine d'un navire velsnien), dans la manière dont on l'entretient et le bichonne, dont on lui appose nos pansements. Le fer, l'acier et le bois du navire est vivant, et comme le disait mon Supracomito, lorsque je fus marin durant les guerres de l'AIAN, il s'irrigue de nous. Cette réalité que je reconnais, me pousse à vous raconter l'Histoire d'un navire dont j'ai beaucoup noté la présence sur divers théâtres, de sa naissance à aujourd'hui.

Parmi ces navires, il me vient le temps de vous raconter l'histoire d'une petite corvette du nom de San Sébastian, et de vous nommer ses accomplissements comme on observe un enfant grandir en un adulte dont on éprouve une grande fierté. Comme beaucoup de navires de sa génération, sa quille fut posée fut posée dans l'année 2011 dans la cale sèche numéro 4 de l'Arsenal de Velsna, durant l'avant-dernière année de la mandature du Patrice Dandolo. Le San Sebastian possède six jumeaux, nés la même année, identiques à lui à l'origine, mais dont le temps a forcé de nombreuses modifications. Son maître d'œuvre est nommé Patrizio Di Cerva, un maître-membre de la Société des honnêtes armateurs velsniens, comme tous ceux qui participent à la vie de l'Arsenal velsnien. Sa plaque, au nom de ce maître armateur, est encore visible sur la proue du navire, bien que les années l'ont quelque peu rayé, et que le sel de la marée a usé sa brillance. Au total, je puis dire que ce furent pas moins de cinq-cents apprentis armateurs qui participèrent à sa production, de la pose de la quille à la sortie de l'Arsenal, et qui comme pour tous les autres navires sortis de ces ateliers, signèrent un contrat de confidentialité les mettant au secret de sa fabrication.

Le San Sebastian prit la mer le 2 février 2012 pour ne jamais la quitter. A l'origine prévue pour des patrouilles côtières le long de la plaine velsnienne au sein de la Classis I, et son premier Supracomito fut un natif d'Umbra du nom de Giuliano Petrucci, un jeune officier dont ce fut le premier capitanat. Il est intéressant de voir dans quelle mesure le San Sebastian fut pris dans le fil de la grande Histoire, et dont il fut, pour une simple corvette, l'objet de si nombreuses péripéties. Car sa mise à l'eau coïncida, un an plus tard, en mai 2013, à l'éclatement de la Guerre des Triumvirs. Comme beaucoup d'autres Supracomiti , la fidélité de Petrucci à la cause de Matteo Di Grassi le poussa à la désertion, et le navire fit la traversée depuis l'Eurysie jusqu'au refuse digrassien de la cité afaréenne de Cerveteri. Intégré à la flotte du "restituteur du Sénat", le San Sébastian participa au sein de sa flotte à son retour en plaine velsnienne, lors du débarquement d'Umbra, son premier fait d'armes, mais qui s'est déroulé presque sans combats.

Le premier méfait infligé au navire intervient un mois plus tard, lors d'une opération de repérage des abords de Velsna, alors toujours aux mains des scaeliens. S'approchant imprudemment du rivage de la capitale, le San Sebastian fut pris dans le piège d'une mine marine, qui cause de grands dommages et plusieurs morts, dont le Supracomito Petrucci. Le commandement passa alors à son jeune second qui était alors simple capitano (quartier-maître), Mario Gusto, mais qui fut contraint de rester à cale sèche jusqu'à la fin du conflit tant les dommages du navire furent grand.

On dit que le Supracomito Gusto était moins attaché et moins fidèle à Matteo Di Grassi que son prédécesseur, le tenant en partie responsable de l'opération imprudente ayant coûté la vie de Petrucci, si bien qu'après la guerre, le navire fut transféré de la très fidèle Classis II, le fer de lance de la Marineria basé en Achosie, à la Classis III, qui venait de recevoir le tout nouveau rôle de protectrice des intérêts velsniens dans le Pont Mésolvardien. Là, il participa à l'ensemble des opérations de la campagne du Chandekolza en 2017, et il se distingua lors du bombardement du camp de base achosien au nord de l'estuaire du Chandekolza, dont il a effectué la remontée jusqu'à la capitale.

Ce fut dans ce moment, lorsque le Sénateur-Amirraglio Gian Galleazo Barisi, dit "le boucher du Chendekolza" prit la place de sa prédécesseur nommée au gouvernement communal, que le San Sebastian se vit attribuer un tout autre rôle. Affectionnant particulièrement les navires légers dédiés à la course et à l'escorte, son excellence Barisi lui attribua le rôle de navire amiral de la Classis III, délaissant l'ancien destroyer "Erwys". Le Supracomito Gusto fut donc remercié, tandis que le poste fut attribué au Primipile Adriano Esquilin, l'un des fidèles de son excellence Barisi. Son équipge pourtant, entre 2012 et notre date, fut resté le même en globalité. Ce fut sous son commandement sans doute, que le San Sebastian connu son plus grand fait d'armes, en 2020 lors de la Bataille d'Ursus Testa, contre les gens de la nation des poètes. Pris directement en charge par le Sénateur-Amirraglio, le San Sebastian participa au naufrage du Porte-avion du groupe aéronaval adverse.

Deux mois plus tard, le San Sebastian fut le lieu d'une entrevue exceptionnelle entre diverses nations en litige, dans le cadre d'une attaque commide à l'endroit d'un convoi de l'Altrecht...




La proue du navire voyait l'arrivée du corps des officiers du San Sebastian, se rassemblant sous leurs uniformes bleus azur guindés, autour de cette piste d'atterrissage d'hélicoptères. Il est aisé de reconnaître un officier de rang de la Marineria: le plus souvent un homme, entre 25 et 40 ans, vêtu dans les occasions de représentation avec un veston de velours bleu, guindé de huit boutons dorés, des dorures sur les manches selon leur rang, et qui ont sans doute été cousus à la main à des milliers de kilomètres de là par des jeunes ouvrières travaillant dans l'un des nombreux ateliers de la Société des honnêtes armateurs. Mais l'uniforme ne fait pas l'officier, c'est dans la manière d'être que ceux ci se distinguent comme un monde à part. Ces jeunes gens, le plus souvent issus des trois premières classes censitaires de la société velsnienne, sont tous systématiquement coiffés de la même manière, se laissant pousser les cheveux jusqu'à la nuque, avant de les rabattre en arrière et de se faire une courte queue de cheval. Ils se rasent tous de la même façon, au point que leur peau ne laisse point apparaître leur implantation. Ils se mettent en rang devant la rambarde du pont arrière, et paraissent être un corps marqué par une cohésion sociale extrême. Depuis toujours, si l'armée civique velsnienne a la réputation d'accueillir les voyous, les pauvres et les mercenaires étrangers, la Marineria attire à son service les garçons (et filles depuis les années 1990) de bonne famille, qui voient en ce service de la flotte une marque de prestige social, et un moyen d'ascension. Il s'agit également de la seule composante d'armée où les gens de la cité velsnienne proprement dite sont représentés en nombre, mais la marine est également le royaume des élites locales de l'outre-mer velsnien, et agit comme un moyen d'échapper à sa condition de membre de la notabilité provinciale, et sans qui ces gens resteraient ce que leurs parents ont toujours été: des petits propriétaires relégués d'un rang par les milieux d'affaire de la capitale.

Aussi, les officiers de la Marineria sont perçus par leurs subordonnés comme des individus, souvent imbus de leur personne, confiants en ce qu'ils sont: des membres d'une élite sociale médiane, le plus souvent en quête de reconnaissance par plus puissant qu'eux, tentant de prouver leur place à leurs supérieurs et à leurs semblables. On dit d'eux également que les gens de la Marineria sont régis par un code d'honneur qui leur est propre: ils se considèrent comme des gentilhommes, prompts à répondre à toutes les provocations menaçant leur place. Mais cet honneur peut-être perçu comme tout relatif par quiconque n'est pas eux, car cela ne les empêche pas, tout en se disant civilisés, de commettre des massacres comme ce fut le cas lors de la Bataille d'Ursus Testa, qui a vu la destruction de la flotte poetoscovienne des mains de ces gens là.

Le San Sebastian, en pleine mission diplomatique, a encore sur lui des traces de ce combat, étant à peine sorti des ateliers de maintenance de Port-Ponant, en Polkême, qui accueille une base secondaire de la Marineria. Il reste encore sur la proue, des traces d'impacts causés par les défenses du Porte-avion du pays des poètes, qui désormais git par le fond. A l'aide d'une petite grue et de liens, on peut voir des marins affairés à repeindre cet endroit de la coque, tandis que le navire grouille de plus en plus de vie et s'agite à l'approche de l'arrivée des différentes délégations. Au loin, on peut entendre un marin fredonner avec quelques camarades.

Au revoir et adieu à toutes nos chéries,
Au revoir et adieu, aux chéries musclées de Loduarie...

Car nous naviguons depuis la vieille Léandre,
Jusqu'à la nouvelle Velsna,

Mais vous reverrons, nous vous reverrons sous peu,
Nous allons rugir, vous nous entendrez d'ici trente lieues,

Nous rugirons et chanterons, sur la mer salée,
Car nous sommes les fils de l'océan, que Fortuna nous a donné,


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Enfin, est venu le temps d'un cérémoniel hiérarchique lorsque le Sénateur-Amirraglio Gian Galleazo Barisi et son primipile Esquilin surgissent du fond de leurs quartiers de commandement pour rejoindre la piste d'atterrissage. Sur leur chemin, les marins retirent leurs calots et les officiers s'inclinent légèrement. Il est difficile de dire si c'est là du respect, de la peur ou les deux, car son excellence Barisi, depuis sa prise de fonction il y a deux ans, a imposé un degré de discipline inhabituel au sein de la Marineria. Il épuise l'esprit et le corps de ses subordonnés, est à l'initiative d'opérations sans fin depuis 2018. Le Chandekolza, le blocus du Khardaz et de l'Ouaine, la Poetoscovie...l'Ammiraglio ne laisse point de place au repos, et s'est improvisé l'amiral le plus actif de toute la Marineria. Ainsi, ses gens sont partagés entre une admiration de son énergie et de son dynamisme, et la fatigue qu'il leur impose, l'exigence qu'il demande de tout le monde. Ses accents n'inspirent guère la sympathie, et ses manies agacent: se promenant sur le pont avec un chien de berger le suivant partout, il est froid, ne fait guère montre d'empathie envers ses hommes comme pouvait le faire une Di Saltis ou un Di Grassi. C'est une froideur distante qu'il entretient, faisant passer ses ordres par le biais de son premier Primipile, qui le suit comme une ombre aux cheveux roux, qui exécute le moindre de ses ordres avec une rigueur martiale.

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Le Primipile Esquilin et sa chevelure de feu

" Mes excellences. C'est un honneur de vous recevoir. Suivez nous. Plus vite nous aurons clos cette affaire, plus vite nous pourrons recommence à gagner de l'argent."


L'accueil des délégations est cordial, et se fait sous le regard de corps des officiers, qui scrute les arrivants avec un mélange de courtoisie et de curiosité voyeuriste. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un mésolvardien hors de son pays, tout comme jamais on avait aperçuun estalien enjamber le pont d'un navire de la Marineria. Tous pensaient jusqu'alors que tous ces gens avaient mieux leur place sur le rivage, et que ces navires étaient comme autant de bulles d'un monde à part. L'arrivée de la délégation du Talaristan, approuvée en dernière minute par son excellence Barisi, était elle aussi une surprise. Les velsniens avaient l'habitude de traiter avec les puissances teylaises et kah tanaises, mais pas avec ces nouveaux venus. Son excellence ne pouvait également pas cacher son amateurisme dans l'hospitalité et la politesse: la réception était courtoise, mais austère, et certains auraient pu penser qu'il valait mieux faire cela à Velsna plutôt qu'ici. Mais c'était trop tard pour l'affirmer.

On fait circuler les délégations sur le pont, jusqu'à la passerelle de commandement de son excellence, qui a été réaménagée pour l'occasion, autour d'une grande table, autour de laquelle on a aligné des panneaux de boiserie afin de faire décoration, et de laisser croire aux participants que c'était là un salon mondain plutôt que des quartiers d'officiers. Un jeune aspirant de 16 ans faisait le tour des tables, et avait à peine terminé de poser les étiquettes correspondant aux places des participants.

Des deux bouts de la table rectangulaire, on avait mis face à face les négociateurs kah tanais et son excellence Barisi. En milieu de table, les gens d'Altrecht et de Mesolvarde seraient également face à face, entourés de chaque côté des estaliens pour les gens du "pays de révoltés" (nom donné à l'Altrecht), et des teylais et talars pour les mésolvardiens. On avait prit un certain soin à ne pas mettre estlaiens et teylais face à face, en vertu des évènements récents entre les deux nations. Le Primipile Esquilin surveillait les débats, debout dans un coin de la pièce, scrutant les visages comme une mante religieuse.

"Timo. Tu peux disposer. Je te remercie pour le vin."


"C'est un vin de paille de la vallée de l'Arna excellence. Nos invités apprécieront."


D'un mouvement de main, l'aspirant disparu dans un couloir adjacent, restant aux aguets en cas de besoin d'une nouvelle carafe de vin. Le vin, il y en avait chaque place, sauf celle des mésolvardiens, car on savait d'eux qu'ils ne consommaient point d'alcool. Un vilain défaut. On attendit que tous prennent place, avant que son excellence Barisi, caressant son collier de barbe dans un toc habituel, ouvre le bal.

" Mes excellences. Je vous remercie de votre présence. Je pense que nous pouvons ouvrir ces discussions. Nous sommes ici pour régler un différend survenu lors d'un incident impliquant ces excellences du pays gris, et du pays des révoltés. Vous, excellences kah tanaises, teylaises, estaliennes et talars, avez été invités car nous pensons qu'en vertu, soit de vos intérêts directs dans la région, soit par votre implication déjà actée dans le règlement de cette affaire, avez tout droit de siéger avec nous aujourd'hui.

Barisi marque une pause, prenant deux gorgées dans sa coupe dorée.

Nous tenons à faire le distinguo entre parties froissées que sont Mésolvarde et l'Altrecht, les parties négociateurs qui apposeront leur signature au traité que sont kah tanais et velsniens, et les parties observateurs ayant droit de suggestion dans le règlement que sont Teyla, l'Estalie et le Talaristan, qui sont présents ici pour s'assurer que les intérêts de chacun ne soient pas blessés.

En premier lieu, je pense qu'il serait de bon de partir de notre situation actuelle: un convoi d'armement altrechtois coulé par ces excellence mesolvardiennes, une réalité que personne ne peut nier. A partir de là, j'aimerais entendre les parties altrechtois et mésolvardiens sur leur propre version de l'évènement, leurs motivations et leurs justifications. Je pense que c'est là une bonne base de négociation que d'entendre en premier lieu ce que chacun à a dire. Mes excellences, je vous laisse la parole, à tour de rôle bien entendu."


Détroit = eau du Gange.



L'arrière-cour. Voilà comment Mistohir voyait certainement cette région à l'est de son territoire. Du moins, pour une certaine partie du pouvoir. La Commission aux Relations Extérieures voyait cette zone autrement à vrai dire, elle avait toujours considéré ce Détroit avec une certaine indifférence. L'Estalie n'était pas une nation maritime et son commerce ne dépendait à priori pas nécessairement de cette fine tracée de mer qui séparait le continent eurysien et nazuméen. Que les grandes puissances y installent des bases, y fassent circuler leurs navires ou proclament leur extraterritorialité impérialiste sur ce bout de mer salée n'importait que peu à la Commission, le seul horizon immédiat du Questan était d'éviter d'avoir des bases militaires ennemies fleurissant dans son dos, laissant vulnérable le sol estalien lui-même. Il était bien beau, l'objectif de paix des Estaliens. Venant de ceux qui ont prêtés serment de raser les nations capitalistes une par une, si nécessaire par la guerre, cela pouvait paraître paradoxal d'être invité à une réunion visant à résoudre la paix. Faire la paix ici, faire la guerre là, et tout de même avancer, pas après pas, en quête de la libération des peuples à chaque frontière traversée et chaque occasion saisie. Y avait-il une occasion à saisir ? C'était la question que s'était posée la Commissaire au départ de cette crise. Oh, elle aurait certainement pu faire de l'excès de zèle, les partisans de cette option ne manquaient pas en Estalie, elle aurait pu être bien plus intransigeante à l'égard des Mesolvardiens, jusqu'à la guerre si nécessaire et en acceptant délibérément d'exposer l'Estalie à la riposte balistique. L'arsenal balistique mesolvardien était peut-être imposant mais les forces restantes de l'Estalie auraient étés amplement suffisantes pour écraser le Drovolski et sa faible armée. Oui, certes, mais tout ça pour quoi ? Un Drovolski ravagé par sa propre industrie, une nation invivable où il aurait certainement fallu des décennies avant de pouvoir en faire quelque chose de viable et de vaguement libertaire ? Et pour le contrôle d'un Détroit qui n'avait aucune utilité stratégique immédiate à l'Estalie, dont la présence se limite à une présence militaire modeste en Barvynie ? C'est pour cela que Horny divergeait de l'opinion de certains de ses pairs : il n'y avait aucune utilité à considérer cette zone comme une arrière-cour, avec les responsabilités que cela implique. Tant que c'est calme et que ça ne grouille pas d'ennemis, tant mieux.

Oh mais ça ne devait pas être l'avis de tous ses compères. Alors que la silhouette du navire velsnien devient de plus en plus proche, Mila tourna l'œil vers son homologue, Velislav Vinograd. Comment était-il arrivé là, déjà ? Ah oui, c'est vrai. Initialement délégué du Comité de Défense Internationale, il avait ensuite été transféré comme membre du personnel diplomatique de la Commission aux Relations Extérieures. Oh, personne n'était dupe dans la Commission, peu étaient crédules quant aux allégeances réelles de Velislav, le cabot du SRR auprès de la Commission. Eux, oui, ils considèrent cette zone comme une arrière-cour. L'escalade kah-tanaise, la prise au dépourvu de la diplomatie estalienne face à l'Altrecht et le sentiment de trahison qui en a découlé a ravivé les méfiances anti-kah-tanaises au sein du SRR, de loin un des services fédéraux les plus belliqueux, les plus violents et les plus impitoyables, y compris envers leurs alliés auquel ils exigent la soumission tant matérielle qu'idéologique. De ce fait, la position du SRR sur la question est simple : éliminer la présence étrangère dans la région, perçue comme une menace. A leurs yeux, la Commission a beaucoup trop laissé faire l'ennemi s'installer dans la région : les Teylais en Translavya, Velsna au Drovolski et en Pal ponantaise, sans oublier le manque de représailles envers les Altrechtois pour leur trahison. Si ça n'avait tenu qu'au SRR, ils auraient certainement fait un second épisode aux frappes hotsaliennes sur l'Altrecht. Le SRR était le reflet violent des Estaliens, la niche radicale qui s'alimentait de la méfiance, de l'érosion du front populaire que constituait tant bien que mal les libertaires du monde entier et qui montait sur ses grands chevaux dès lors que l'intérêt de la Fédération était menacé. Peu importe par qui, tout ce qui était derrière la frontière était susceptible d'être un ennemi. Mila s'était convaincu avec le temps que ces gens-là avaient juste lu Husak en diagonale, y avait lu le mot "guerre" et en avait fait une religion. Terrifiant. Néanmoins, au vu de la montée du radicalisme du SRR, elle ne pouvait pas se permettre de refuser la demande de Velislav quand celui-ci lui avait demandé d'être son second à la rencontre.

Une autre raison qui poussa Mila à accepter Velislav comme bras droit fut la présence des Teylais. Velislav était celui qui accompagna l'ancienne Commissaire aux Relations Extérieures et actuelle Présidente de la Fédération Kristianya Volkiava à Manticore, avant la guerre en Eurysie Centrale. Depuis, les Teylais et les Estaliens avaient croisés le fer et il était évident que l'épée n'avait dès lors jamais été remis dans son fourreau entre les deux nations, techniquement toujours en état de guerre. Aux yeux des Estaliens, c'était pas plus mal. Cela forçait les Teylais à rester sur la défensive, à attendre le prochain coup. Ils étaient trop avancés maintenant, notamment en RT, trop isolée, trop lointaine, sous la menace persistante d'une invasion de son voisin du nord afin de réparer les erreurs loduariennes d'avoir laissé un appendice libéral pousser en Eurysie de l'Est. Velislav avait depuis cette rencontre était chargé d'affairer aux questions diplomatiques et politiques qui concernaient le dossier teylais. Il avait fait partie des effectifs du SRR chargés de mener les opérations d'influence politique à Teyla, lui acquérant un certain nombre de contacts sur place, et parlait parfaitement bien le teylois. Enfin, le plus simple fait d'avoir eu en face de lui le Premier Ministre Rojas et le Ministre des Affaires Etrangères Lore, à l'époque, lui avait donné un bel aperçu de la bande de vautours voraces et hypocrites qu'étaient les Teylais. Peut-être que Mila s'était dit qu'avoir un homme expérimenté lui donnerait de la marge face à la démagogie teylaise, inévitable au vu des échanges que Manticore a eu avec le Talaristan.

Le navire civil transportant la délégation arriva aux côtés du bâtiment de guerre velsnien et après les politesses d'usage et l'installation de chacune des délégations à la grande table, selon l'ordre donné par les Velsniens, Mila décida de prendre les devants, quitte à exposer l'hypocrisie de quelques acteurs sur place. Elle se fichait de l'esprit de solidarité entre libertaires en ces temps-là. Les Altrechtois jouaient aux sourds, les Kah-tanais assumaient ouvertement leur impérialisme, les Mesolvardiens jouaient la montre avec leurs missiles et les Velsniens étaient juste là pour rafler la mise au passage et les Estaliens étaient là pour gêner tout ce beau monde à faire ce que bon leur semblait en Eurysie de l'Est. Les seuls plus ou moins honnêtes du lot étaient les Talars, du fait de leurs intérêts matériels quasi-inexistants dans la région, peut-être le seul acteur de la rencontre à être objectivement neutre.

"Excellences, la délégation estalienne souhaite s'exprimer en introduction de cette entrevue.

La Fédération a été parmi les premières nations à réagir et à prendre contact immédiatement avec le Drovolski afin de connaître la nature de l'incident, les revendications de Mesolvarde ainsi que les possibilités de mettre fin à la crise de la manière la plus précoce possible. Nous avions estimés initialement qu'une résolution rapide de la crise aurait été à l'avantage de tous, y compris de nos hôtes velsniens, intervenus en dernière instance, en évitant de troubler davantage le commerce maritime dans cette zone-clé. Après avoir pris connaissance des revendications du Drovolski, nous avons souhaités proposer aux parties concernées que sont l'Altrecht et le Drovolski un accord visant à l'indemnisation des familles des victimes par le Drovolski ainsi que des indemnités de réparation quant au matériel coulé par l'attaque mesolvardienne, à cela nous avons déduits la somme de l'amende que l'ancien régime théocratique d'Altrecht avait imposé à TomaTo Corps avant la Révolution altrechtoise ; cette déduction a été proposée compte tenu de l'importance reflétée dans nos communications bilatérales avec le Drovolski, revendication à laquelle nous avons adhérés en estimant que la suppression des vieilles rancunes et litiges entre le Drovolski et un régime disparu auquel, je suis sûr que mes homologues altrechtois estiment n'avoir aucun lien de continuité, était nécessaire afin d'aplanir les tensions et de repartir sur des bases saines.

Notre proposition tenait ensuite en un second temps sur un protocole qu'aurait dû signer le Drovolski et l'Altrecht qui aurait disposé que les autorités maritimes de tout pays signataire avertissent au préalable 72 heures avant leur présence effective la présence de tout navire militaire ou de transport incluant du matériel militaire aux autorités compétentes du Drovolski, et à priori tout Etat signataire riverain si un tel protocole devait s'uniformiser et s'étendre. De même, un tel protocole inclurait une clause de non-agression tant que le protocole est effectif entre les différentes parties, tout acte hostile au sein du Détroit serait donc vu comme une rupture du dit protocole. Il est à noter qu'au vu de l'intervention velsnienne et kah-tanaise principalement, nous ajoutons qu'un tel protocole pourrait inclure également une clause d'arbitrage en cas de litige, dont l'identité des arbitres que sont Velsna, l'Estalie et le Grand Kah permettraient de créer une contrainte physique suffisante pour dissuader toute agression d'une des parties au sein du détroit, garantissant ainsi la paix par la seule force de la dissuasion. Les arbitres seraient pour leur part contraints de soutenir militairement la partie agressée si celle-ci venait à être attaquée par l'une des parties signataires au sein du détroit. Toute attaque en dehors du détroit n'est pas concernée par cette clause. Bien sûr, un tel protocole est une forme d'ébauche dans le cadre de cette entrevue, plus qu'une version finalisée et mature en soit, un tel accord nécessite à nos yeux des clarifications juridiques et diplomatiques afin que chacun à cette table y trouve son compte.

En dehors de cette dernière clause d'arbitrage, nous avons étés tenus informés par nos homologues de Mesolvarde ici présents qu'ils y étaient favorables et à l'inverse, l'Altrecht a refusé. Nous tenons donc à réaffirmer cette proposition de paix qui vise non seulement à réparer l'Altrecht des dommages subis mais également à éviter de telles agressions à l'avenir dans le Détroit. Répondre par l'agressivité dans ce cas de figure n'a aucune pertinence pour aucun d'entre nous ici, à moins que certains ici veulent nous faire part de leur souhait de transformer le détroit en zone de guerre, auquel cas je les invite cordialement à se manifester. Néanmoins, si l'une des parties directement concernées souhaite faire part ici même de ses revendications, je pense notamment aux homologues altrechtois dont les revendications sont restées floues aux yeux de ma chancellerie, il va de soit qu'en cohérence avec le souhait de notre Fédération d'assurer la paix nous écouterons vos revendications et tenterons d'y inclure le plus possible de celles-ci dans l'accord final afin de contenter le plus de monde possible, ou au moins de créer un semblant de compromis acceptable. Il va de même pour les deux thalassocraties kah-tanaise et velsnienne se trouvant ici, je suis bien curieuse de savoir ce que vous proposez de plus.
"

Evidemment, de tout le discours estalien, Mila omettait volontairement les Teylais de l'équation. C'était les Velsniens qui les avaient invités, pas Mistohir. Hors de question de considérer Teyla comme un acteur important dans la région ou de laisser une porte d'entrée à l'OND, la Translavya suffisait amplement. Bien sûr, dialoguer avec les Velsniens et refuser la même chose aux Teylais, favoriser l'ONC à la place de l'OND, c'était nourrir la bête plutôt que le minotaure mais au vu du manque de recul des Kah-tanais et de la faible coopération des Altrechtois, les Estaliens ne pouvaient affronter deux ennemis en même temps. Il fallait temporiser.
Un navire



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Un si beau sourire...


La prise de parole de la délégation estalienne fut inattendue, alors même que le protocole semblait déjà avoir été fixé. Il n'y avait point de colère ou de ressentiment visible pouvant se lire dans les traits du visage de son excellence Barisi. Celui qu'on appelait "le boucher du Chandekolza" était d'un calme et d'un flegme remarquable, compte tenu de la réputation qu'il avait auprès de ses officiers. Si les traits de Barisi n'avaient point bougé, tels qu'ils étaient figés comme ceux d'une statue de marbre durant toute l'intervention, les officiers et suivants assistant à la scène avaient quant à eux effectué un pas en arrière, plus particulièrement le jeune aspirant qui avait été déjà témoin des colères de l'Amirraglio, qui les subissait au quotidien. Son chien de berger s'était échappé à ses caresses pour retourner dans sa niche les oreilles baissées, dés lors qu'il avait perçu que le passage de la main de Barisi sur son crâne fut plus rugueux, plus irrégulier, tandis que son autre "chien", le Primipile Esquilin, avait levé un sourcil, paraissant désormais plus alerte, ne lâchant plus la délégation estalienne du regard, en particulier vers cette femme, "Mila".

Son excellence attendit la fin de l'intervention de la jeune femme, pour faire signe à son aspirant de revenir vers lui.

"Timo. Un autre verre."

"Oui excellence."


Le garçon approcha la carafe du verre de cristal de l'Amirraglio. Sa main était tremblante, tant et si bien qu'elle fit tinter le verre. Il se retira finalement, une goutte de sueur perlant sur son front. Après une gorgée bien trop longue, Gian Galleazo Barisi reprit la parole, se tournant vers ses homologues estaliens, avec un sourire étiré.

" Mes excellences. Vous touchez du doigt plusieurs sujets importants, et nous vous remercions d'en faire une introduction si détaillée, exposant j'en suis sûr votre point de vue à merveille.

En premier lieu, nous avons été tenu au courant de vos correspondances avec les deux parties froissées de cette affaire. Aussi, il va sans dire que nous reconnaissons l'utilité de votre rôle dans le règlement à venir de l'incident. C'est d'ailleurs la raison qui nous a poussé à faire acte de cette invitation à votre égard, comme la convenance et votre rang l'exige. Mais si nous avons une telle rencontre aujourd'hui, c'est bien que le problème est bien plus complexe et ne se règlera pas simplement par un règlement financier. En principe, nous sommes parfaitement d'accord pour un règlement pécunier, ou du moins en partie, des dommages causés par l'incident. Le problème étant que le gouvernement mésolvardien a déjà refusé par courrier une proposition de recouvrement de cette indemnisation. D'où notre attachement à ce que les délégués du Drovolski et de l'Altrecht s'expriment en premier dans le cadre de cette réunion. SI vous voulons régler cela rapidement, il serait en premier lieu de bon ton de connaître les versions des deux parties en cause, afin d'établir la base de négociation dont l'Altrecht, il est vrai, a été laconique. Mais nous sommes soulagés que nous soyons en accord avec vous sur un point: le remboursement, du moins partiel des dommages causés.

Concernant vos autres objets de négociation, nous sommes grés d'avoir entendu votre proposition d'établissement d'une convention multilatérale pour la résolution des différends pouvant apparaître dans le Pont Mesolvardien. Je ne suis pas fermé à cette idée, mais je pense qu'il nous faut déjà résoudre la question immédiate qui est la blessure d'orgueil de nos deux parties froissées. Suite de quoi, nous aurons tout le loisir de discuter de cela. Nonobstant, je note que vous oubliez la présence de nos homologues teylais ici présents dans la suite de vos propositions. Nous ne savons que trop bien la nature de vos différends, mais je ne pense pas que nous pouvons faire sans eux, au vu de l'implication ancienne de ces excellences dans le détroit, leur relation de protection vis à vis de la Translavye, et leur amitié avec le pays mésolvardien qui n'est plus à prouver. Il serait une vue de l'esprit de concevoir un rapport de force régional sans Teyla dans la région, ce ne serait pas une garantie de paix que d'isoler volontairement une nation puissante qui a possède un grand nombre de pions dans la région, ce serait tout au plus un arrangement isolé entre trois pays qui conduirait à d'autres frustrations, et d'autres guerres. Nous avons invité ces excellences teylaises ici en raison de la reconnaissance de cette importance, tout comme nous vous avons invité car nous sommes au fait de votre implication auprès de la Confédération socialiste du Nazum. J'en conviens que votre rencontre avec ces excellences ne se fait pas sous les meilleures auspices, et nous pleurons et dédions à San Stefano tous les morts de vos affrontements précédents, mais je pense qu'il est obligatoire de se faire violence dans le cas présent. Du moins, c'est la position de ces excellences du Sénat. Mais soit, comme je l'ai dit, nous aurons tout le loisir d'évoquer cela après que nous ayons régler ce problème plus pressant qu'est cette affaire de cargos détruits.

Mes excellences mésolvardiennes et altrechoises, je vous rends la parole. Eclairez nous donc de vos versions respectives."




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Le point de vue Altrechtois :


À bord du navire était envoyée une femme, une femme de caractère en qui le gouvernement Altrechtois avait entièrement confiance. Karina Szulc fut l'une des premières personnalités politiques à s'opposer au régime de l'Empire d'Altrecht, vivant en exil au sein de Kotios. Elle refit surface après la révolution et est aujourd'hui une diplomate très populaire, y compris parmi le gouvernement en place. Ainsi, c'est dans un esprit de négociation combative que l'Altrecht l'envoie afin de porter son message et ses revendications.

Karina Szulc : Camarades, Excellences, et autres représentants présents sur ce navire, je viens à vous afin de vous exposer notre version des faits. L'Altrecht, comme à son habitude, a fait traverser deux navires par le détroit Gris, l'un étant un cargo commercial avec à son bord des civils et des militaires, du fait de sa cargaison, l'autre étant un patrouilleur l'escortant à titre dissuasif. Une dissuasion qui semble avoir fonctionné durant les dizaines de passages effectués par ce détroit, mais qui semble aujourd'hui avoir été insuffisante.

Nous accusons les Mésalvardiens d'avoir intentionnellement coulé ces deux navires, ayant par ailleurs pour consigne de baisser leurs armes lors du passage dans les détroits. Nous rappelons que, à la suite de la crise diplomatique qui était survenue entre le Drovolski et l'ancien régime altrechtois, il avait été convenu d'une amende envers la TomaTo Corp, du retrait d'un réacteur nucléaire illégal de notre territoire et de la rupture des relations diplomatiques avec cette entité malsaine.

Ainsi, il ne nous a jamais été rapporté que le Drovolski se permettait un droit de regard et un droit d'interdire le passage à des navires traversant non pas son détroit, mais bien un détroit international. Ainsi, nous portons à l'attention de ceux présents aujourd'hui plusieurs revendications, dont les principales sont :


  • Premièrement, nous exigeons un dédommagement en faveur des familles des victimes.
  • Deuxièmement, nous exigeons un dédommagement en unités monétaires internationales pour le matériel militaire coulé, navires compris.
  • Troisièmement, nous exigeons la mise en place d'un traité affirmant le caractère international du détroit Gris, sans droit de regard ni d'intervention d'aucun État dans le détroit.
  • Enfin, nous demandons des excuses publiques de la part du gouvernement mésalvardien pour cet incident.


L'accusation et les revendications étant formulées, l'Altrecht restera aux côtés de son allié et médiateur, le Grand Kah, lors de cette rencontre, afin de collaborer ensemble à une résolution diplomatique potentielle du conflit.
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Drovolski


L'incident était peu commun, personne de bien né n'aurait pensé que Mesolvarde l'humaine eût des ennemis. La cité qui fait du commerce son principal objectif politique, si elle passe par l'industrie, s'accommodait bien d'à peu près tous les États du monde, tantôt en Rimaurie, tantôt à Sylva. Les Mesolvardiens, dans toute leur horreur, avaient fait le tour de force de demeurer une puissance commerciale très internationalisée. C'est un constat qui fait de ce pays bien particulier un objet de tension courante dans l'impérialisme mondial, sujet à la protection de l'ONC par Velsna, de l'OND par Teyla et d'une bonne entente traditionnelle avec des membres du Liberalintern ; le Drovolski n'avait pas idée d'avoir une véritable armée.

Mais ce constat fait exception au belligérant en place. L'Altrech, qui par vengeance de sa paresse contractuelle, avait rompu avec la paix. L'Altrech, dans son passé, avait détruit un équipement industriel Mesolvardien sur son territoire sans l'exercice d'une véritable résolution et était allé jusqu'à imposer une amende insoutenable. De quoi brusquer n'importe quel Mesolvardien ; il s'agissait d'une centrale nucléaire. Comble du différend, l'Altrech a déclaré le Drovolski comme son ennemi. Dès lors, et leur sort fut scellé, l'Altrech demeura l'ennemi du Drovolski par la provocation et la déclaration qui lui avait été transmise.

Si les Mesolvardiens semblent, dans l'imaginaire des hommes et femmes, affrontant un pays de désolation, la délégation qui s'était présentée n'y correspondait absolument pas. Tous, affectés de rachitisme, étaient blancs à rendre jaloux le papier. D'une démarche squelettique à la limite du morbide. Les yeux froids et sans témoigner un songe d'émotion, ces gens paraissaient d'un étonnement constant. Ces excellences n'ont que rarement vu le ciel et encore moins le soleil ; seul le jeune prince semble moins inquiété par la situation. Il est sans doute le seul à connaître un tant soit peu les Velsniens, dont son épouse, la future impératrice du Drovolski, est de sang. À son crochet, elle dénote pour être la seule arborant un peu de couleurs.

Les habitants de Mesolvarde l'humaine ne sont pas des gens qu'on pourrait qualifier de parfaitement en phase avec le monde. Ce sont des pessimistes accablés à l'idée que l'humain refuse de se conformer à la pensée mécanique de leurs dessins. La liberté est un concept creux qui ne prévoit que des obligations pour les autres, alors pourquoi se présenter comme libre quand on impose aux autres de convenir autrement. C'était là tout le sens de la devise du pays "Plus qu'un soyons le tout" ; il fallait entendre par là une profonde culture totalitaire et outrancièrement collectiviste. À Mesolvarde, l'individu n'a d'existence que s'il consent à n'être que le rouage du tout industriel. Placé en dogme, le Drovolski considère l'industrialisation comme le moteur du développement, lequel est placé comme un accomplissement politique et collectif.

Tradition politique oblige, sont présents ici essentiellement des membres du pouvoir judiciaire. Personne ne l'ignore, mais le pays du tout nucléaire est aussi le pays du tout judiciaire. Philosophie politique qui fait exception dans ce monde ; au Drovolski, tout semble sujet à faire l'objet d'un procès et de convenir à un fait légal. Les dérives sont évidentes, mais beaucoup de ses légalistes en couronnes considèrent que les vertus du droit et des procès contradictoires resteront préférables à l'État de gouvernement où le prince dispose de ce qu'il veut tant que le peuple y consent ; fussent-ils rois, président ou secrétaire général. Mais c'est sans doute du fait de l'absence de prince que le conflit avait éclaté. Les Mesolvardiens commuent sans le vouloir la question "Est-ce acceptable" en "Est-ce légal" sans jamais remettre en cause l'aspect tout à fait peu acceptable de leurs lois.

Sont présents pour la délégation Mesolvardienne quatre personnes de premier plan. Son Excellence Serge de Drovolski, prince en titre de l'Empire, Alexandra de Drovolski née Mascola, consort de Mesolvarde et dame de Velsna, Eugène de premier magistrat, représentant exceptionnel du comité permanent de la magistrature, et enfin Monsieur Henri Ventafalle, mandaté par TomaTo pour représenter Monsieur Hortensien Zaporminus, directeur général de la dite compagnie Wanmirienne.

Serge de Drovolski
Serge de Drovolski

Serge de Drovolski est un prince sans vrai pouvoir ; il représente les nobles de sang dans un pays qui les a dépouillés de tous les pouvoirs. Mais comme Mesolvarde se refuse à toute idée de la révolution, les vestiges restent toujours dans le décorum. Les grands de l'Empire veulent lui ravir ses titres pour en finir avec le consentement obséquieux avec la noblesse de robe, mais tant que la magistrature n'admet pas la succession des titres, le prince reste dans un instant de flottement. En l'absence de titre à revendiquer, les nobles ne peuvent accabler le prince ; de ce constat, la maison Drovolski reste comme stoppée dans le temps à admettre toujours plus longtemps le pouvoir des magistrats pour ne pas perdre leur domination sur l'empire. La fronde nobiliaire justifie le consentement des hommes de pouvoirs à l'administration ; un pouvoir impersonnel et déterminé. Il n'en demeure pas moins le premier pouvoir symbolique de l'Empire. Le jeune prince représente la continuité Impériale, et porte sur lui les éléments qui y conviennent. À sa main le sceptre pendulaire (1) et à son cou le soleil d'Aristarque (2).

(1) le sceptre pendulaire est le symbole de la monarchie, il a le même pouvoir symbolique qu'une couronne. Il est composé d'un pendule porté par une épée. Mobile et très léger, il représente le pouvoir judiciaire, quand bien même les Drovolski l'auraient donné à la magistrature.
(2) Le soleil d'Aristarque représente un cadeaux fait au Drovolski pour ses travaux dans le commerce et l'information des marchés économiques.

Sceptre pendulaireSceptre pendulaire
Blason de la Maison Drovolski

À son crochet Alexandra de Drovolski, dame de Velsna. L'horreur a fait de cette amoureuse du soleil et de la fortune la femme d'un prince sans couronne au pays gris. Elle se plaint de cette situation mais sait que son prince est son idéal politique. À Velsna, la société ne lui donne pas d'importance ; les femmes ne sont là que pour être de belles choses pour ces messieurs de haute noblesse. À Mesolvarde, les derniers nobles sont des caniches qui ont peur de s'exprimer ; par son caractère, elle sait pouvoir s'exprimer par la voix de son mari, ce qu'elle n'aurait jamais pu à Velsna. Oui, Alexandra consent à une vie en enfer si c'est pour qu'une Velsnienne ait enfin le pouvoir des couronnes sans consentir aux patriciens. Elle a la confiance de l'empire.

Eugène de 1er Magistrat
Eugène de 1er Magistrat

Suivant par préséance, Eugène de premier magistrat. Très étrange de voir un représentant du corps d'administration hors de Mesolvarde. C'est sans doute la première et dernière fois qu'il verra le soleil de ses propres yeux. Au Drovolski, personne ne le connaît vraiment, et son titre, s'il existe véritablement, n'est pas le gage d'une quelconque respectabilité. N'en demeure pas moins qu'Eugène est le cadre administratif le plus puissant du système judiciaire de Mesolvarde ; il représente la magistrature et plus spécifiquement le comité permanent en charge d'assumer et de représenter le comité central entre chaque congrès du corps légal. S'il ne décide pas des décisions comme un homme politique, son pouvoir d'initiative et d'interjection des procès constitue le levier le plus direct du pouvoir des tribunaux. On sait cependant que, même très puissant, le premier magistrat n'a aucun réel pouvoir hors du monde juridique ; sans procès et sans contradictoire, sa position n'a aucun ressort ici. Eugène est le parquet mais n'a pas le siège pour lui. Car si le pouvoir Mesolvardien est absurdement centralisé et concentré, les décisions de justice ne sont pas catégoriques. Tant qu'aucun consensus judiciaire n'est trouvé, des situations connexes peuvent recevoir des traitements différents ; moyen pour les degrés supérieurs de juridiction d'évaluer l'efficacité des jugements et prononcés des orientations du droit pour trouver les meilleures réponses du droit parmi toutes les solutions trouvées par les courants internes de la magistrature. Eugène, lui, n'est là que pour représenter ses consensus, les casser ou les réviser, mais n'est pas, comme pourrait l'être un président, un décisionnaire ; il ne peut pas prononcer un consensus.

Henri Ventafalle
Henri Ventafalle est le directeur général du laboratoire éponyme

Enfin, non loin de lui, un homme bien triste le suit de près. Ce cafard aux yeux de vipère est Henri Ventafalle. S'il n'a aucun pouvoir politique, personne ne contredira l'aspect prorogatif du commerce et de l'industrie pour le Drovolski, et comme le pouvoir n'a plus que l'apparence d'une administration, ses aspects sont pilotés par des conglomérats industriels dont Henri Ventafalle est le premier des instigateurs. C'est une personne fourbe, torturée et profondément misanthrope. Ses objectifs sont simples : le développement technique, ses intérêts économiques et la bourgeoisie internationale. Il n'est pas avide, ni un milliardaire qui profite de la vie ; c'est un technicien qui sait que ses innovations façonnent le monde et en premier lieu Mesolvarde. À l'initiative du tout nucléaire et de la réforme économique, c'est l'architecte de l'empire industriel du Drovolski. N'en demeure pas moins un personnage discret, sombre, gris, derrière de grandes lunettes au filtre des intentions très peu charitables aux Altrechois ; les anti-nucléaires.


Serge prend la parole le premier, timidement, on le voit blanchir vers le blanc craie.

Mes excellences, je suis très heureux de vous voir ici présents. Je vous prie d'excuser Sa Majesté l'Empereur qui n'a pas pu se joindre à nous du fait de son état de santé. Mon père est un homme très souffrant et je prie d'en excuser son absence. Nous sommes ici pour discuter de choses des plus importantes et je pense qu'il est dans notre devoir à tous de relever le caractère très stratégique des conclusions que nous prendrons ici. J'aimerais donner aux Velsniens tous les louages que mérite la nation protectrice de la nôtre ; Mesolvarde remercie Velsna pour l'amitié que nos intérêts partagés conviennent. Nous sommes heureux de voir nos partenaires de toujours que sont les Teylais et l'Estalie. Nos partenariats industriels ne sont le résultat d'une confiance partagée entre nos régimes. Nous sommes fiers de demeurer les promoteurs de la réindustrialisation de Teyla et d'assurer une partie de l'énergie des Estaliens en Kartvéli par nos activités nucléaires conjointes. N'en demeure pas moins que face à nous existe un ennemi du commerce. S'il se présente comme un défenseur des échanges, ses moyens n'y trompent pas. Comment justifier de défendre la libre circulation des marchandises par le blocus ? Nous trouvons ces moyens bien étranges, et menacer notre existence mais aussi la viabilité de nos économies partenaires pour défendre le commerce mondial, nous sommes, a priori, tout à fait contradictoires. Doit-on voir, dans les menaces Kahtanaises, une volonté de définir le commerce mondial à ses désirs impériaux ? Le Drovolski n'est pas dupe, l'escalade que mène le Kah contre le Drovolski n'est pas là pour défendre le Liberalintern. Nos amis Estaliens nous l'ont bien montré : il n'existe pas d'unité hormis celle de consentir à la volonté du grand et trop puissant Kah. Ils ne font là qu'exploiter un casus beli pour menacer une nation peu alignée pour affaiblir l'ONC, l'OND ou même la toute jeune CEN. On ne sait que trop bien que le Kah a des griefs contre le Drovolski, partenaire de toutes les alliances et industriel mondialisé ; c'est cet internationalisme que le Kah veut abattre par ses menaces. Le blocus qui nous menace et les bâtiments militaires qui sont à nos portes ne sont là ni pour le Liberalintern ni pour l'Altrech, pour s'assurer de diviser le multilatéralisme qu'entretient le Drovolski entre l'OND et l'ONC pour mieux régner sur le Nazum. Nous n'admettrons pas que les puissances impériales les plus prédatrices s'en prennent au commerce mondial pour prétendre défendre le sien, sans que rien ne l'ait démontré. Voilà le sentiment des nobles de sang que je représente. Je vous prie de bien vouloir écouter Eugène de premier magistrat pour évoquer les faits et leurs interprétations légales.

Serge de Drovolski
Majesté Serge de Drovolski

Eugène prend la parole

Merci, Majesté.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Eugène prend un ensemble de papier, il semble un peu agité et perdu.

Je demande à l'avocat général de ...
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Très étourdi, il fait un petit sourire et reprend.

Heu, désolé... C'est bien ma première fois hors d'un tribunal... Revenons au fait établi par la magistrature par sa décision du 28/12/2019 avant la réponse militaire du Drovolski contre le transport Altrechois. Ça me semble un bon départ.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Une petite pause, puis reprend.

L'Altrech est un pays dont les hostilités sont récentes ; elles ont en effet maintenant environ 6 ans. Nous ne reviendrons pas sur les éléments précis mais il faut noter que l'Altrech a déclaré le Drovolski comme un ennemi le plus directement qui soit, et c'est convenu de nous ignorer diplomatiquement en feignant de ne pas recevoir nos missives diplomatiques. Ce que nous, nous prévenons de faire. De surcroît, et pour des raisons que nous contestons, ils ont posé une amende impressionnante à TomaTo, une entreprise Wanmirienne dans les cercles d'influence Mesolvardiens. Combiné au rejet diplomatique, cela la rend irrévocable alors même qu'aucun procès n'a été rendu en notre présence. Un comportement de voyou. Nos amis Teylais l'avaient d'ailleurs constaté, si je puis paraphraser certains de vos analystes légaux. Voilà pour ce qui est de la personne en cause. Sur les faits, un transport militaire contenant des missiles balistiques, du moins vraisemblablement selon nos amis Estaliens, est passé à moins de 50 km de nos côtes sans l'ombre d'une déclaration. La cour a convenu que cela représentait une menace immédiate et importante pour la sécurité du détroit et notre intégrité territoriale. Un raisonnement validé par nos partenaires de l'ONC dont l'Alguarena. La cour a cependant admis le 01/01/2020 que la réponse avait été disproportionnée et qu'un arraisonnement aurait pu convenir à contenir la menace en présence. Cela étant, je pense que n'importe quel État ici présent aurait réagi de la même façon : une puissance hostile, que vous déclarez comme son ennemi et qui refuse tout échange diplomatique, se promène à moins de 50 km d'une de vos villes les plus importantes sans se fendre d'une déclaration ; évidemment, nous devons intervenir. Que se serait-il passé si l'Altrech nous avait finalement attaqués ? Qui ici serait venu défendre le Drovolski contre l'Altrech ? Nous le savons bien, trop peu de monde. Nous considérons que les agissements de l'Altrech sont des menaces tout à fait effectives et susceptibles de constituer un potentiel de nuisance important. Ces provocations sont consenties par le Kah qui peut ici défendre le commerce ? Trouverez-vous du commerce quand l'Altrech ira se balader à 50 km de Velsna avec des missiles balistiques ? Nous ne sommes pas dupes. L'Altrech vous sert de proxy pour vos provocations, moyen pour vous de légitimer vos interventions militaires contre l'ONC sans paraître à l'initiative des offensives.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Le sceptre pendulaire penche vers la droite, Eugène devient blanc comme plâtre.

Excusez mon ton, Votre Majesté.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Il regarde les Velsniens, l'air inquiet. D'un ton plus discret, il reprend sa démonstration.

Les Estaliens ici présents ont très bien compris nos revendications et semblent avoir suivi le dossier avec l'importance qui lui convient. Si vous n'êtes plus d'une monarchie alliée par sang, nos peuples continuent de s'entendre. Par la décision du 01/01/2020 et des discussions avec l'Estalie, nous convenons qu'il est recevable de dédommager les familles de victimes ; elles n'ont pas à subir le manque de diplomatie de leurs gouvernements, d'autant plus s'il y a des civils. C'est pourquoi nous avons convenu de réparations ; cependant, et comme le rappelle Velsna, nous ne réparons pas la cargaison, du moins pas sans la réouverture du contentieux entre TomaTo et l'Altrech. L'amende imposée à la compagnie est insupportable et il nous semblerait tout à fait peu convaincant de réparer quelqu'un qui nous a déjà volés.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Il regarde autour de lui, le spectre pendulaire penche à gauche. Le prince reprend la parole.

Demander une autorisation ou à minima une déclaration de transit n'a rien d'exceptionnel ; des nations peu alignées sur la nôtre, voire potentiellement nuisibles, nous envoient des missives assez régulièrement quand elles suggèrent un caractère dangereux de leur transit. Ce faisant, voir un pays qui nous déclare comme ennemi faire son chemin sans rien, cela se constitue à minima comme une provocation. Pourquoi ne pas s'être soumis à la déclaration de votre transit ? Avons-nous, une seule fois, refusé un transit qui nous avait été demandé ? Non, jamais, même les infâmes Dylatimérins ou Poetoscoviens ont reçu des autorisations ; alors pourquoi s'y soustraire quand on connaît nos différents ? Oui, Velsna ou Teyla transitent sans, mais il s'agit de partenaires de confiance, ce que vous n'êtes pas. Même vos alliés comme l'Estalie s'en départissent.
Serge de Drovolski
Majesté Serge de Drovolski

Il prit un ton assez solennel.

Concernant vos revendications, Excellence Szulc, nous consentons à réparer les victimes ; nous avons causé un préjudice notable, nous en convenons. Nous conditionnons la réparation du matériel militaire coulé à l'annulation de l'amende contre TomaTo. Nous rejetons votre troisième point au titre de notre intérêt à protéger notre intégrité territoriale. Enfin, concernant votre dernier point, nous sommes tout à fait disposés à cela.
Serge de Drovolski
Majesté Serge de Drovolski

Eugène reprend rapidement.

Oui, oui, tout à fait, Excellence Szulc. En fait, la décision du 01/01/2020 prévoit déjà des réparations pour les familles de victimes et nous avons prononcé un article 36 contre le gouvernement. La magistrature n'a aucun remords à cela ; nous nous fichons bien du devenir de ces hommes de paille ; si ça vous importe, ils le feront publiquement.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Il cherche un papier.

Regardez, nous avons même demandé à l'AGP de publier un petit mot là-dessus. Nous avons déjà prononcé un article 36 contre le gouvernement, Excellence Szulc.
Eugène de Premier Magistrat
Excellence Eugène de Premier Magistrat

Sa majesté Alexandra de Drovolski, née Moscola, regarda les Velsniens avec insistance, l'air de dire, interrompez ce monologue s'il vous plaît.
Un navire



a
Un si beau sourire...


Les greffiers sénatoriaux, dans leurs atours rouges vifs très reconnaissables faisaient vibrer les claviers de leurs ordinateurs depuis un coin de la pièce. Il étaient là, les yeux accaparés par la lumière de leurs écrans, et les doigts ne cessant jamais de s'agiter. Ce fut comme si, lors de l'entièreté des discours et argumentaires respectifs des délégations altrechtoises et mésolvardiennes. Ils étaient petits, recroquevillés et dociles: des créatures que Gian Galleazzo Barisi estimaient sans doute parfaites et bien à leur place. Ce militaire de carrière suivait avec attention les mots et les gestes de main du Premeier Magistrat Eugène. Ses yeux portaient également vers Dame Mascola, qu'il avait reconnu dés son arrivée, et dont il exerçait la personne de son père. Il n'en avait toutefois pas donné l'impression, et inclina doucement sa tête vers le sol lorsqu'elle le salua. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de le penser: "Ainsi, la lignée des Mascola fricote avec ces barbares...", pensait il sans le montrer.

Il fit la demande d'une autre coupe de son vin de paille fétiche durant l'exposé, ne lâchant guère du regard le magistrat et la déléguée altrechtoise. Les premiers échanges laissaient apparaître des différends qui lui donnait envie de les étrangler respectivement. Mais il avait depuis longtemps appris à refreiner ses instincts, avec un succès variable.



" Mes excellences. je vous ai écouté attentivement. Et il apparaît que cette affaire peut-être résolue rapidement si nous y mettons tous du nôtre, sans qu'il n'y ait plus de dommage qu'il en existe maintenant.

De ce que je comprends, cet incident est situé dans la droite lignée d'une série de vexations, et il apparaît que nous ne pouvons simplement demander à untel un vulgaire remboursement, sans qu'il n'y ait derrière toute une logique de réconciliation à l'oeuvre.

Il va de soi que nous ne sommes pas là pour discuter des veillétées hégémoniques de chacun. Nous savons tous que le Détroit/Pont mésolvardien est l'une des zones d'échange les plus sensibles du globe, et que son arrêt de circulation provoquerait bien des faillites dans bien de pays. Mais j'ai aussi confiance en le caractère raisonnable de chacun, quand j'affirme la vérité suivante: aucun d'entre nous autour de cette table n'a le désir de céder le contrôle de ce Détroit à qui que ce soit d'autre en face de nous, et ce n'est d'ailleurs pas le but de cette rencontre à l'origine. A défaut de pouvoir nous départager sur cette question, nous devrions en premier lieu nous occuper de ce sur quoi nous pouvons nous mettre d'accord.

Il n'est pas question ici de rejouer la parodie d'un match ONC-Liberalintern dont aucun pays autour de cette table n'a envie de prendre part. Nous sommes des commerçants et des hommes d'affaires, pas des guerriers. Nous avons bien trop à perdre dans un conflit périphérique pour mettre en jeu la pérennité des axes du commerce mondial."


Barisi se tourne vers ces excellences mésolvardiennes.

"Mes excellences. Nous ne remettons pas en cause votre droit à vous défendre, ce n'est pas le sujet. Notre pomme de discorde est de l'ordre de l'argent, comme il en a toujours été. La réalité objective est la suivante: un convoi altrechois a été coulé avec sa cargaison et ses passagers. Je ne vais pas m'attarder sur l'aspect humain de l'affaire: ces personnes sont mortes, et nous ne pourrons pas les faire revenir. Mais la cargaison en question avait une certaine valeur, et son remboursement est la ligne rouge absolue de son excellence Szulc.

Sur ce point excellence, je ne vous demande pas de les rembourser, mais le Gouvernement communal de la Grande République se propose afin de régler auprès de l'Altrecht le montant de ces réparations, si ceux ci daignent préciser sa valeur. Je sais pertinemment que vous avez déjà refusé cette proposition dans le cadre de nos échanges préalables, mais je vous prie, mes excellences, de bien vouloir considérer à nouveau notre proposition. D'autant plus que ces excellences estaliennes ici présentes ont formulé une proposition similaire. Nous pourrions fournir ce dédommagement en unités internationales standard ou en matériel, au choix.

Mais bien entendu, ce n'est pas une négociation si de votre côté vous ne pouvez pas tirer gain de la dite confrontation."


Barisi se tourne à nouveau vers Szulc.

"Mon excellence. En échange de ces réparations et de ces excuses hypothétiques, seriez vous disposés à reconsidérer le statut d'ennemi attribué au gouvernement mésolvardien par vous même, ainsi que de lever les sanctions économiques adressées aux entreprises mésolvardiennes en échange d'un tel arrangement ? Je conçois que cela soit prendre à rebours vos précédentes positions, mais il faut que nous partions tous de cette pièce avec le sentiment d'avoir gagner quelque chose. Vous, vous toucheriez ces réparations, et le Gouvernement mésolvardien se verrait tranquilliser dans son attitude diplomatique à votre égard, et vis à vis de ses investissements dans des groupes industriels nationaux que nous jugeons parfaitement de confiance.

Ceci est notre première proposition et ce que nous pensons être une bonne ase de négociation pour la suite. Libres à tous ceux autour de cette table d'en penser autrement."


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Le règlement des comptes :


La discussion devenait étrange, les Velsniens souhaitaient payer à la place de Mésalvarde. Comme bon leur semble, se dit-elle, l'Altrecht n'a que faire de qui paie, tant que le matériel détruit et un dédommagement symbolique sont reçus. Il fallait alors faire la liste des pertes. Elle avait déjà prévu cela : 14 missiles balistiques de dernière génération et un navire cargo de première génération. « Tout ça pour ça », se dit-elle en voyant le chiffre de 13 286 unités monétaires internationales pour les missiles uniquement et 5 000 unités monétaires internationales pour le navire, selon les données de l'Alguarena. L'objectif n'était pas de faire payer Velsna, alors, en signe de bonne volonté, et au vu de la volonté du gouvernement d'initialement moderniser sa flotte commerciale, le navire cargo ne sera pas compté.

Karina Szulc : Je vous remercie, Excellence Barisi. L'Altrecht se contrefiche de savoir qui paie, nous avons estimé le coût total des dégâts à 18 286 unités monétaires internationales. Cependant, en signe de bonne volonté, nous ne compterons pas le navire cargo d'une valeur de 5 000 unités monétaires internationales, ce qui ramène notre cargaison à seulement 13 286 unités monétaires internationales. Nous demandons une compensation en Altmark d'une valeur de 400 Altmark (équivalent à 400 euros) à chaque parent des victimes de l'attaque mésalvardienne, ceci sur 10 ans, afin de porter le deuil convenablement. Ceci étant dit, si elle est acceptée, cela remplirait nos première et deuxième exigences les plus importantes.

Concernant la contrepartie, nous acceptons d'enlever Mésalvarde de notre liste de nations ennemies, si celle-ci s'engage à ne plus émettre d'ingérence sur notre sol ni à l'extérieur de notre sol. Nous sommes également d'accord pour lever l'amende attribuée à la TomatoCorp et à rouvrir un canal diplomatique avec cette nation.

Enfin, nous nous engageons à considérer les entreprises mésalvardiennes, aux normes vis-à-vis de notre politique intérieure concernant les droits d'importation, comme étant éligibles à l'import en Altrecht afin de relancer le commerce entre nos pays. Ceci à la condition que Mésalvarde admette le caractère international du détroit gris, sans possibilité d'obstruction au commerce international y transitant.

Cela vous conviendrait-il, Excellence de Mésalvarde ?
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Henri Ventafalle lance un regard qui veut tout dire. La fourberie industrielle qu’il représente est satisfaite. Il se décale, fait un signe de la main, puis dit :

Je dois contacter Hortensien pour quelques éléments importants concernant les affaires qui viennent d’être énoncées. Un instant.
Henri Ventafalle
Henri Ventafalle

Il sort un téléphone préhistorique et s’écarte. On l’entend au loin, sans toutefois comprendre totalement ce qu’il dit.

C’est bon, Hortensien, tu l’as eue, ton annulation de dette. Tu as réussi à effacer 341 millions d’Altmark en une rencontre politique. Je ne sais pas comment tu t’y prends, mais, définitivement, notre alliance industrielle sait jouer avec la dynamique internationale à son profit. Le Casus Belli était inespéré.
Henri Ventafalle
Henri Ventafalle, PDG LHV

Trêve de flatterie, nous ne sommes pas ici pour faire dans l'obséquiosité. Qu’est-ce qu’ils réclament en échange de l’annulation ?
Hortensien-Zaporminus
Hortensien Zaporminus, PDG TomaTo Wanmiri

Des broutilles, disons 60 000 Altmark. Clopinette, que tu devrais trouver entre les coins de tes fauteuils.
Henri Ventafalle
Henri Ventafalle, PDG LHV

Excellent. Nous effaçons 341 millions d’Altmark de dette d’un jeu d’écriture. Heureusement que nous avons des pseudo-gouvernants à liquider pour ça. Je vais réinvestir la somme à Velsna dans le cadre du déploiement commercial consenti pour mon nouveau canal de distribution. Une telle manne, ça s’investit.Hortensien-Zaporminus
Hortensien Zaporminus, PDG TomaTo Wanmiri

Henri retourne à la table des discussions. Il glisse un mot, qui restera secret, à Sa Majesté Serge de Drovolski, puis un mot aux Velsniens :
Merci pour votre soutien. Les industriels du Drovolski reconnaissent la profonde stratégie de Velsna. Dans le cadre de la reconnaissance que vous faites de notre situation, nous nous engageons à investir un montant de 290 millions d’Altmark dès la signature effectuée. L’Alliance industrielle mesolvardienne vous remboursera d’elle-même les fonds que vous céderez à l’Altrech, mais rien d’officiel ne sera déclaré, afin que vous restiez dans votre position de protecteur et nous dans celle de simples serviteurs. Il y a là une question d’honneur.

Pour ce qui est de mon monarque, j’ai déjà pris des mesures qui devraient le convaincre, d’ordre politique, disons… Vive le commerce et l’argent. 341 millions d’Altmark pour un navire coulé ; merci, Velsna.

Sa Majesté Serge prend un ton solennel, presque pompeux :
Le Drovolski, par la voie du sang noble de son représentant ici séant, engage sa responsabilité et accepte les conditions ici déposées par Son Excellence Szulc concernant les modalités de compensation et la proposition de Velsna de règlement. Nous sommes ravis de pouvoir compter sur vous pour rouvrir des liens diplomatiques aux bonnes grâces de l’industrie et du commerce international.

Pour des affaires de questure, les fonds de la Couronne se doivent d’évaluer avec sérieux l’évaluation financière qui est faite. Nos amis estaliens ont évoqué qu’il s’agissait de missiles balistiques ; c’est aussi notre hypothèse. Étaient-ils potentiellement très coûteux pour votre nation ? Je veux dire par là : étaient-ils de haut niveau ?

Pour ce qui est des importations et autres normes, il est simplement précipité d’en convenir en trois phrases. Vous venez de proposer une normalisation ; allons-y doucement. D’autant que vos conditions sont assez peu conséquentes pour justifier de trancher si rapidement.
Serge de Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Alexandra de Drovolski prend la parole, un peu fébrilement :

Monsieur de Velsna, frère de sang, il n’y a rien de plus rassurant que de savoir que ma Couronne puisse compter sur la Sérénissime. Recevez la gratitude et l’estime de ceux qui vous connaissent le mieux. Au nom du peuple du Drovolski, nous considérons vos agissements comme porteurs de sens à notre endroit. L’ouverture proposée par l’Altrech, en cela qu’elle n’impose d’excuses publiques que pour notre gouvernement, est exactement là son rôle. Dame Fortune est charitable envers nous.
Alexandra de Drovolski
Alexandra de Drovolski, Dame de Velsna, censitaire Mascola
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Drapeau national
Déclaration des représentants talars
Sommet de la crise du détroit de Drovolski


Une nouvelle fois, les paroles de la Grande République de Velsna, par la voix de Son Excellence le Sénateur Basiri, résonnent comme une vision de sagesse et de conciliation, à la hauteur de son rôle de médiateur. Si nous avons également écouté les déclarations des représentants altrechtois, ainsi que de la délégation drovolskienne composée de juges, de magistrats, d'entrepreneurs et de Son Altesse le Prince héritier, Dauphin de l'Empire, nous sommes forcés de constater que la proposition velsnienne est sûrement, en l'état actuel des choses, le meilleur compromis que nous puissions trouver pour parvenir à la résolution de l'un des grands rouages de cette crise.

La République du Talaristan salue également le jugement de la cour de cassation qui a retenu l'utilisation de l'article 36 de la Constitution de l'Empire contre son propre gouvernement concernant l'utilisation disproportionnée de la force brute contre un navire civil altrechtois qui, s'il transportait effectivement du matériel militaire, n'avait en effet aucune velléité belliciste contre les autorités de Mesolvarde, en dépit de la rivalité qui oppose les deux nations. L'usage des moyens militaires à l'encontre de civils désarmés ne saurait être toléré par toute société civilisée, et le choix des magistrats drovolskiens constitue ainsi une haute valeur morale que nous tenons à favoriser, tout comme la reconnaissance qu'elle implique de facto sur la responsabilité pleine et entière de l'Empire constitutionnel de Drovolski dans ces déplorables événements, qui n'est donc plus à démontrer.

Si la participation de la République du Talaristan à ce sommet a sans nul doute fait débat, tout comme notre choix de nous positionner dans cette crise complexe du côté des artisans d'une solution de stabilité et de médiation pacifique, nos récents succès économiques, tant en matière de développement que de production, nous permettent également de nous montrer plus ouverts à certaines résolutions de crise par le renfort d'un soutien monétaire. Nous nous proposons ainsi de nous joindre à la solution proposée par Son Excellence velsnienne et de participer, conjointement avec la Grande République, au paiement des réparations qui seront dues au transporteur civil et à l'industrie militaro-industrielle des Communes Unies d'Altrecht.

Si nous saluons ainsi l'évolution favorable des débats, et l'ouverture raisonnable des représentants altrechtois et drovolskiens vers un compromis acceptable, la République du Talaristan tient à souligner que la remise en question du statut du détroit n'a toujours pas été abordée, en dépit des nombreuses sollicitations de Madame la représentante des intérêts des Communes Unies d'Altrecht. Soyons clairs : l'objectif de la représentation talar n'est nullement de pousser cette réunion vers un terrain défavorable ou sur un sujet dont nous savons à l'avance qu'il risque de causer des frictions. La résolution d'une partie de cette crise par la compensation financière est déjà un net progrès, mais nous ne devons pas oublier que cette crise est née d'une double conjoncture, et pas exclusivement du fait des tensions préexistantes entre les Communes Unies d'Altrecht et l'Empire constitutionnel de Drovolski.

À ce titre, je me tourne vers nos amis drovolskiens. Jusqu'à présent, la nation talar a toujours eu à cœur de favoriser un rapprochement bilatéral des relations économiques et diplomatiques entre nos deux gouvernements, qui y ont trouvé leurs intérêts communs. Cependant, à l'heure où la République du Talaristan entend favoriser un contexte mondial en faveur d'une structuration du droit qui y sera appliqué, par des traités et des consensus internationaux, nous ne pouvons guère soutenir la décision de la cour de cassation de l'Empire au sujet de la régulation du détroit de Drovolski qui, en dépit du nom que nous lui attribuons, ne doit pas faire l'objet d'une décision unilatérale de votre gouvernement, y compris si ce jugement se base sur un laxisme historique des autres nations de la communauté internationale qui n'ont jamais statué sur le sujet des détroits, laissant ainsi libre cours à toutes les interprétations en fonction des États qui y sont confrontés.

Si la République du Talaristan a ses propres opinions sur ce sujet — à savoir un soutien partiel à la solution altrechtoise visant à soutenir une absence de contrôle des navires militaires et des navires civils transportants des moyens militaires qui y passent, tout en nous assurant que les espaces des eaux maritimes drovolskiennes soient pleinement respectés —, en tant qu'État également féru de droit, nous tenons à rassurer l'Empire sur le fait que le gouvernement talar respectera les décisions qui seront prises par un consensus international ou, à défaut, par une décision rassemblant les États souhaitant favoriser l'harmonisation du droit international coutumier vers une solution plus à même d'éviter, à l'avenir, ce type de situation.
1899
Froid et presque vindicatif

Le Drovolski s'est toujours opposé, autant qu'il existe, à la constitution d'un régime d'hégémonie mondiale par un organe supranational. Nous avons déjà des accords concernant le détroit avec Teyla, l'Estalie et Velsna, suivant des modalités qui nous conviennent pleinement. De surcroît, cette question est traitée par Velcal et a déjà été rejetée par Barisi. La magistrature entend rester souveraine, autant que chacun ici le souhaite pour lui-même.

Nous consentons à responsabiliser notre gouvernement et à le contraindre à présenter des excuses publiques, mais nous ne saurions transformer cela en humiliation sous de faux prétextes. Ce n'est pas parce que le Kha joue de son impérialisme que vous pouvez légitimer votre propre prédation. Nous le rappelons : nous ne saurions tolérer, pas plus que vous ne le toléreriez vous-mêmes, qu'un transport militaire d'un ennemi déclaré se promène à 50 kilomètres d'une ville de 300 000 habitants remplie de missiles balistiques. Que cela soit bien clair : les provocations méritent des actions franches, et ce que vous proposez ne répond ni à notre intérêt ni à celui de chacun de se protéger contre les attaques indues.

Mesolvarde ne veut pas de votre aide. Si vous vous entendez avec nos industriels, qu'il en soit ainsi ; je ne crois pas avoir de relations franches avec votre nation. Le Kasen-sho vous soutient sans doute, mais le Drovolski restera toujours souverain en droit. Nous refusons votre participation à la compensation des Altrechois à ce titre : vous êtes inconnus à Mesolvarde et êtes les promoteurs de ce que nous avons toujours refusé, à savoir l'établissement d'un droit hégémonique favorable aux impérialistes. Nous n'accepterons pas de légitimer les provocations du Grand Kha par l'intermédiaire de son proxy Altrechois ~ la menace de blocus !

Que cela soit clair : cette question n'est pas de votre ressort.

L’Altrecht nous a déclarés ennemis, nous a ignorés diplomatiquement, a sanctionné nos entreprises et, maintenant, fait passer des missiles à 50 kilomètres de nos côtes. Vous ne pouvez pas, ensuite, nous reprocher d’avoir réagi, sans du même fait consentir au blocus commercial que le Kha promet de mener.
Eugène de 1er Magistrat
Eugène de 1er Magistrat
4907
Drapeau national
Déclaration des représentants talars
Sommet de la crise du détroit de Drovolski


Monsieur Eugène de premier magistrat,

Il semble vraisemblablement que vous ayez du mal à relire votre dossier de préparation de ce sommet : en effet, quand vous dites à la République du Talaristan que nous sommes « inconnus à Mesolvarde », je vous invite à vous tourner vers Son Altesse le Prince Serge, qui vous confirmera qu'une ambassade talar se trouve justement à Mesolvarde. Si vous n'avez guère connaissance des représentants diplomatiques qui siègent auprès de vos institutions politiques, je vous prierai donc d'éviter à cette assemblée vos réflexions personnelles et de respecter les us et coutumes propres à la diplomatie qui n'ont, jusqu'à présent, jamais fait défaut dans les échanges entretenus entre la République du Talaristan et l'Empire constitutionnel de Drovolski.

En outre, le terme « conciliation » ne signifie guère « imposition » : nous parlons ici d'axer un cadre de débat autour d'une solution durable pour le détroit gris, si vous nous forcez à l'appeler comme cela. Vous parlez d'accords conclus entre le Royaume de Teyla, la Fédération d'Estalie et la Grande République de Velsna pour considérer que le statut du détroit est déjà réglé. Très bien, mais dans ce cas, vous n'avez aucune légitimité pour arraisonner — vu que c'est une thèse qui avait été mise en avant à la place de faire usage de la force — les navires commerciaux transportant du matériel militaire avec une nation avec laquelle vous n'entretenez pas de relations diplomatiques ou avec laquelle aucun accord n'est conclu sur le statut du détroit. Partant de ce postulat, en tant que nation férue de droit, vous ne pouvez aucunement considérer que trois accords conclus vous donnent autorité pour définir souverainement ce qui est vôtre.

Par ailleurs, il semble que vous n'ayez guère entendu le passage où nous avons explicitement parlé de garantir la pleine sécurité de l'Empire constitutionnel de Drovolski par vos moyens militaires, mais dans la limite d'une raisonnabilité qui, à ce jour, vous fait défaut. Non pas que la République du Talaristan entende assurer la sécurité drovolskienne, mais bien que l'Empire ne se retrouve plus dans ce genre de situation à tenter de faire valoir son droit national comme supplétif à un droit international qu'il combat, sous couvert de conserver sa souveraineté pleine et entière.

Avant de conclure, Monsieur Eugène, je vous rappelle également que, dans ce sommet régional, personne n'entend octroyer à votre personne le choix de ne pas tolérer la République du Talaristan. Nous avons été invités par notre présence diplomatique dans cette crise et, que vous le vouliez ou non, notre présence est ainsi pleinement assurée. Si vous souhaitez réellement jouer au jeu de l'enfant roi, en revanche — et nous nous excuserons pour cela —, il est clair que la délégation talar préférera parler avec les représentants répondant aux valeurs qu'il sied à une telle réunion de porter, comme Son Altesse le Prince Serge ou les autres magistrats et membres de la délégation drovolskienne.

Enfin, la République du Talaristan tient à réaffirmer un point essentiel : si nous sommes pleinement favorables à la mise en place d'un droit international, cela ne peut se faire que par l'adoption volontaire des États, sur la base d'un consensus et d'une volonté propre des gouvernements répondant à un intérêt commun. Nous souhaitons uniquement ici lancer l'un des rouages essentiels de la tragédie qui a eu lieu dans ce détroit, à savoir la réponse militaire de l'Empire à un navire civil sous prétexte d'un droit national et d'accords conclus avec des nations extérieures au personnel maritime ou au pavillon d'usage du navire, donc non liées à vos engagements diplomatiques.

La République du Talaristan n'entend rien imposer à l'Empire constitutionnel de Drovolski, avec qui nous réitérons notre position sur le fait qu'une entente préalable était présente. Nous souhaitons cependant faire une mise au clair unique, adoptée par l'ensemble des États présents, qui puisse servir de base commune pour une déclaration en faveur d'une régulation du statut du détroit, qui ne reposerait pas exclusivement sur une législation unilatérale à laquelle nous n'accordons aucun crédit, mais bien sur une conciliation — action qui vise à rétablir la bonne entente entre des personnes dont les opinions ou les intérêts s'opposent, selon le dictionnaire que nous avons sous la main, Monsieur Eugène — des représentants du concert des nations, et à laquelle la République du Talaristan adhérera en toute bonne foi, même si cela implique une reconnaissance de votre législation si cette dernière est reconnue par les autres nations comme compétente en la matière.

Le micro ce coupe quelques secondes, avant de se réactiver instantanément


Mon attaché particulier me fait la remarque que nous n'avons guère parlé du cas du blocus du Grand Kah, que vous avez mis en avant à la fin de votre argumentaire. Si lancer des missiles depuis un navire civil qui ne dispose pas d'infrastructures adaptées à cette opération me semble complexe, je vous rejoins pleinement sur la position adoptée par les Communes Unies du Grand Kah au début de cette crise. Je rappelle d'ailleurs, à ce titre, que la République du Talaristan s'est positionnée dès le début de cette crise en faveur d'une intervention des grandes puissances et du rejet de l'envoi de flottes dans le détroit.

Sujet sur lequel la diplomatie drovolskienne, que nous avons contactée sur le sujet de cette crise, n'a jamais répondu. Cela me rappelle un peu la situation altrechoise, dont vous critiquez l'ignorance dans vos rapports diplomatiques.

Nous ne sommes cependant pas là pour faire des reproches, et nous préférons avancer sur des problématiques concrètes.
mais dans la limite d'une raisonnabilité qui, à ce jour, vous fait défaut ; Vous dites ? Charmant. Vous irez dire cela aux îles fédérées de l’Alguarena, pour leur soutien à notre initiative contre ce transport militaire battant la bannière d’un ennemi déclaré.

Notre souveraineté ne saurait être définie autrement que par nous-mêmes et nos pairs ; Velsna, l’Estalie et Teyla ; et, pour autant que faire se peut, par nos obligations envers Velcal.


Eugène de 1er Magistrat
Eugène de 1er Magistrat
Drapeau national
Déclaration des représentants talars
Sommet de la crise du détroit de Drovolski


Monsieur Eugène de premier magistrat,

Vous semblez ne pas différencier un navire civil et un transport militaire. Comme nous l'avons clairement expliqué, si une réaction de l'Empire constitutionnel de Drovolski aurait pu être pleinement entendue contre un navire militaire altrechois disposant de capacités opérationnelles à même de s'en prendre à Mesolvarde, il s'agit ici d'un navire de transport disposant, dans sa cargaison, de marchandises militaires et d'aucun moyen d'utiliser ladite marchandise.

Par ailleurs, il me paraît étrange de vous voir si ardemment défendre le point de vue du gouvernement drovolskien qui a ordonné l'attaque, alors que ce même gouvernement a été mis en cause par vos propres lois pour avoir utilisé la force militaire de manière irraisonnée.

Une nouvelle fois, personne ici, ni moi ni le droit international que la République du Talaristan entend défendre, n'a remis en question la souveraineté de l'Empire. Le seul droit reconnu par la République du Talaristan au sein de la communauté internationale est celui de l'adhésion, fait par la conciliation ou par l'adoption volontaire, non celui de l'impérialisme conquérant. Si nous ne reconnaissons pas une législation nationale prise unilatéralement par un gouvernement comme source de droit international légitime, vous conviendrez, Monsieur de Premier Magistrat, que la République du Talaristan ne soutient donc pas davantage comme source de droit l'imposition par la force brute ou par le jeu des grandes puissances.

En outre, s'il convient encore de le rappeler, je soutiens une nouvelle fois que la République du Talaristan n'est présente ici ni en ennemie de l'Empire constitutionnel de Drovolski, ni des Communes Unies d'Altrecht, ni d'aucun autre participant. Nous souhaitons exclusivement favoriser la médiation diplomatique, sous l'égide de la Grande République qui a amené l'ensemble des parties prenantes de cette crise autour de la table des négociations, et suivre une résolution qui, nous l'espérons, conduira à une base solide pouvant être proposée — et non imposée — aux autres nations, de par la démonstration de sa faisabilité et de sa lisibilité pour tous, tout en n'imposant pas — cette fois-ci — des obligations aux nations.
828
Au moment où la délégation Talar évoque le droit international, les magistrats s’esclaffent d’un rire discret, mais au visage ahuri.

Nous ne reconnaissons qu’un transport militaire, chose non discutée par l’altrech. Nous n’entendons pas nous conformer à votre opinion, quand bien même vous le manifesteriez avec insistance.

Défendre le gouvernement ? Je crois avoir été assez clair pour n’en avoir rien à faire.

Enfin, notre droit ne reconnaît et ne reconnaîtra jamais « le droit international ». Comme déjà dit et répété plusieurs fois, c’est là l’instrument de l’impérialisme, en ne légitimant qu’une seule appréciation, celle que vous voulez lui donner ; LE ; droit. À l'opposé des dynamiques de l'ONC.


Il se tourne vers les velsniens :

Je demande à ce que cet échange vexatoire ; cesse. Excellence Barisi, pourquoi avez-vous insisté pour la présence de personnes semant le trouble quand Mesolvarde et Ehrenstadt ont trouvé une résolution ?!

Eugène de 1er Magistrat
Eugène de 1er Magistrat
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"ASSEZ !"


La voix du Sénateur-Amirraglio avait raisonné dans toute la cabine. L'écho était faible, mais il avait rebondit sur les parois avec assez de puissance pour que l'on ait pu entendre cette plainte de l'autre côté de la porte des quartiers de la capitainerie, ainsi que dans les pièces adjacentes. Une veine menaçait de claquer sur le front de son excellence Barisi, tandis que le Primipile Esquilin s'était redressé sur sa chaise dans un coin, le regard de plus en plus glacé.

Gian Galleazo était homme de peu de patience, en particulier pour les problèmes de cet acabit. Il desserra le col de son uniforme étoilé, et reprit la parole avant que quelqu'un d'autre ne puisse le faire.


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Assis dans un coin de la pièce, le Primipile Esquilin fait sa présence plus menaçante alors que le ton monte...


"Où vous croyez vous ? Que nous sommes dans une foire à vins de Saliera ? La capitainerie de ce navire n'est pas un débat incendiaire plein "d'achoseries", mais un lieu de négociation. Les prochaines provocations ne sauraient être tolérées de qui que ce soit ici, et nul accès ou accord que nous avons donné à cette rencontre ne protège qui que ce soit ici d'une expulsion en bon et due forme de ces discussions. Me suis-je bien fait comprendre ?"

L'Amirraglio se tourne vers la délégation du Talaristan.

"Excellences. Nous sommes là pour donner des solutions concrètes à des problmèes concrets. Nous avons d'ores et déjà établi un ordre du jour et OUI, la question du statut du Détroit sera évoquée à cette réunion, TELLE QUE NOUS L'AVONS ETABLI au préalable."

Barisi se retourne vers les mésolvardiens.

"Nous ne sommes pas non plus ici pour dénoncer les impérialismes des uns et des autres. L'honnêteté voudrait que si nous sommes ici, c'est parce que finalement, nous le sommes tous un peu en un sens. Nous devons avoir la franchise de nous dire à nous même que c'est un rapport de force qui nous amené autour de cette table, un rapport de forces déterminé par une puissance, couplée à des ambitions politiques.

Quant au "droit international", le seul qui existe est celui qui se trouve dans cette cabine, et qui est rédigé tacitement par nous tous autour de cette table. C'est nous qui faisons le "droit international". Ce sont nos convenances et nos rapports de force qui le détermine, et pas autre chose....Bon, où en étions nous ? Esquilin ?"


Le Primipile se penche légèrement de sa chaise, sa voix porte moins que celle de son supérieur, mais elle est plus pinçant, paradoxalement plus basse mais plus intimidante.

"Je pense que nous devrions faire un récapitulatif des accords et des propositions de chacun jusqu'ici, excellence honorable."

"Oui...tu as raison."


Barisi balade ses yeux de délégué en délégué, faisant un tour de table.

"Bon. Pour le moment, les termes de notre accord sont les suivants:
  • Reconnaissance du tort de l'incident par les magistrats de Mesolvarde sur base de leurs considérations juridiques.
  • Remboursement de l'intégralité de la somme (13 286 unités économiques standard) des dommages et intérêts par la Grande République de Velsna aux Communes d'Altrecht.
  • Investissement de 290 millions d'Altmark sur cinq ans par ces excellences de Mesolvarde sur le marché velsnien en guise de compensation.
  • Le remboursement des familles des victimes de l'incident à hauteur de 400 Altrmark par tête par ces excellences mésolvardiennes.
  • Annulation des sanctions économiques envers les entreprises et groupes industriels mesolvardiens sur le sol altrechtois.
  • L'engagement des deux parties dans l'optique d'une amélioration de leurs relations.

Concernant votre proposition de participer au remboursement de la dette occasionnée, mes chers amis talars, nous apprécions le geste, mais la multiplication des créanciers nous apparait inutile à notre sens, et rendra ce traité plus complexe que nécessaire. Vous avez déjà fait preuve de votre volontarisme, et nous vous en remercions. Nous noterons votre bon esprit. Concernant le blocus du Kah, je pense que ce problème se résolvera de lui-même dés lors que nous aurons trouver une solution à notre deuxième point du jour...à savoir le statut international du Détroit.

Qu'on se le dise: c'est une zone sensible, à la fois pour la sécurité des échanges à l'échelle mondiale, mais aussi au regard de la sécurité des pays riverains de ce bras de mer. Nous ne pouvons pas juste coller une grosse étiquette marquer "neutre" dessus pour que tous les problèmes frontaliers dans cette zone cesse. Nous ne pouvons pas espérer résoudre les défis en matière de sécurité du Drovolski en leur ôtant tout contrôle sur ce qui traverse ce détroit, pas plus qu'il est illusoire de penser que c'est en leur confisquant ce droit que nous améliorerons la fluidité du passage, bien au contraire. Mais j'entends les observations du Talaristan, du Kah ou encore de nos excellences estaliennes. Nous pouvons trouver, je le pense, une solution intermédiaire qui, si elle ne nous satisfera pas entièrement, nous permettra de nous garder tous autour de la table ici au prix d'une menue vexation.

A défaut de faire de ces eaux une zone internationale, ce qui créerait de nouvelles tensions j'en suis certain, tout en privant le Drovolski d'un droit de regard vis à vis de sa sécurité, je propose de faire signer une déclaration au Drovolski garantissant la liberté sans entrave du passage de tout convoi commercial. CEPENDANT, concernant le passage de convois de matériel militaire, nous pourrions ajouter une condition en échange du passage libre, qui serait d'alléger les escortes militaires accompagnant ces cargaisons. En effet, je pense que le Détroit est déjà assez militarisés pour que personne ne tente sa chance en matière de piraterie. Le Drovolski s'engagerai à entraver le moins possible le trafic de matériel militaire et à y interférer que dans le cas d'une menace directe et avérée contre son sol, mais en échange, tout passage devrait se faire avec le MINIMUM d'escorte, de façon à ce que Mesolvarde ne se sente pas menacée dans son droit à se défendre. De même, tout mouvement militaire dans la zone serait notifié au gouvernement mésolvardien.

Ce n'est pas un accord idéal que je vous propose, mais c'est un accord que nous estimons acceptable, un "début" de démilitarisation du Détroit en somme."


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