14/07/2020
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[à archiver] Karty-Latrua, Taliska au bout du fil

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Roman en patrie mère

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aaaAlinéaTandis que les premiers hélicoptères du projet Krechet sont enfin manufacturés, diverses vagues d'essai sur ces derniers sont opérées: En présence même de la Commissaire à la Défense de la République Fédérale Kartienne. Taliska Strakhova assiste donc, en conséquence, aux tout premiers vols et tirs des Krechets: Hélicoptères d'attaque de dernière génération de Karty. Dès lors validation de la Commissaire et des experts techniques, ces hélicoptères partent directement pour Roncevaux en Antares. Une phase qui se voit néanmoins troublée par l'allié Latruant, dont son Ministre de la Défense demande à parler avec son équivalent en Karty.

Présence de Taliska Strakhova.


On the radio

Province de Biancariva, Sud de Karty, vingt-sept février 2020.

AlinéaBiancariva est connue pour être l'une des provinces les plus agricoles et campagnardes de la République Fédérale Kartienne. Les champs et les vignes s'y profilent à tout son horizon, tantôt quelques arbres laissés là pour l'irrégularité de la nature. Parfois, à d'autres temps, une grande demeure de campagne. Elle n'était guère souvent luxueuse, mais grande elle l'était. L'immobilier était fort peu coûteux.

A d'autres moments, plus rares encore, une zone interdite à l'accès se présentait. Peut-être un riche vigneron ayant réussi à privatiser un grand terrain ? Ou bien, peut-être également, un domaine de l'Etat qu'il ne fallait pas découvrir. C'était le cas, ici. Un endroit où collines et hauteurs se dressaient suffisamment pour en former une vallée, c'était tout cela qui était interdit d'accès. Aucun des fermiers, paysans ou autres travailleurs ne savait ce qu'il s'y tramait.

Par delà cet infime mont, il n'y avait ni vigne ni plantation. Des arbres, quelques uns avaient pu proliférer. Mais à la majorité, c'étaient des baraquements, des tours de garde surélevées, des héliports et d'autres installations militaires. Il s'agissait d'un des innombrables complexes militaires du pays. Son calme habituel fut troublé par l'arrivée d'un convoi escorté. Une femme à l'allure martiale en sortit, drapée d'une écharpe rouge le long de son buste et d'une casquette couronnée d'une étoile aux couleurs aurifères. Pas de doute, il s'agissait de la Commissaire Strakhova. Un homme, visiblement le responsable du complexe, accueillit la Commissaire. Il avait l'allure fine, étant simplement drapé d'un trenchcoat.

«Dame Strakhova, c'est un honneur de vous accueillir ici.»
«Capitaine Lapïnski.»
Dit-elle froidement, comme à son habitude, avant d'enchaîner.
«Les hélicoptères sont-ils prêts au vol, Capitaine ?»
«Oui... Si vous voulez bien me suivre.»
Taliska appréciait la rapidité et l'efficacité, ce qui, pour l'instant, était de mise.

...

Deux Krechets prirent leur envol. Le fin amas métallique s'éleva, sous la force miraculeuse des rotors coaxiaux, fruits d'un travail scientifique fort long. Ils s'arrachèrent du bitume noir de l'héliport dans un grondement assourdissant. Quelques rafales de vent, mais rien ne semblait pouvoir contrer la puissance de l'appareil, parfaitement stable. Les quelques scientifiques retinrent leur souffle: Des mois de travail qui tenait sur les pâles d'un engin volant. Le vol s'était passé à merveille. Taliska émit un sourire imperceptible. Enfin. Enfin le projet Krechet était clôturé. De nouveaux horizons pouvaient se présenter à elle. Après les hélicoptères les blindés, paraît-il. Elle s'adressa au Capitaine Lapïnski.

«Pourriez-vous communiquer au pilote d'effectuer une salve de tir ?»
«Une cible en particulier, camarade commissaire ?»
«Le baraquement désaffecté.»
«Nos hommes doivent le démonter demain, effectivement.»
«Telle en sera la cible.»
L'homme se saisit d'une radio, communiquant l'ordre de tir. Le pilote sembla regarder le Capitaine, attendant l'ordre de validation, qui fut donné. Lapïnski avait fait un signe de son bras, pointant la cible de son index et son majeur.

Une roquette fut tirée... L'installation partit en lambeaux en quelques secondes.

«A la présente, au-»

La Commissaire fut interrompue dans se demande par un militaire arrivant.

«Dame Strakhova, un appel pour vous.»
«Dites à celui au bout du fil que la Commissaire à la Défense n'est pas chargée de communication.»
«Il s'agit du Ministre des armées Latruantes.»
Taliska s'attendait à une communication interne... Elle prit le document que lui offrait le soldat, ainsi que le téléphone de sécurité militaire. Elle entama la lecture, avant d'allumer le petit appareil. Elle dit sobrement.

«Taliska Strakhova.»

L'homme au bout du fil pouvait sans doute entendre les battements des pâles de l'hélicoptère d'assaut. La Commissaire émit un regard au Capitaine, qui, comprenant immédiatement, donna l'ordre de s'éloigner.

Commissaire à la Défense Taliska Strakhova
Commissaire à la Défense Taliska Strakhova
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en-tête
27/02/2020, Ministère de la Défense et des arméesMinistère de la Défense et des armées

"Quelle plaie !" pensa Sergei Yesenin lorsque son collègue des Affaires Étrangères eut raccroché. Ce dernier venait de l'invité, tout à fait gentiment, à entrer en contact avec son homologue kartienne. Il avait reçu, quelques minutes plus tôt, une communication urgente de la Présidence de la République, signée par le Président lui-même, allant dans ce sens, lui ordonnant de trouver une voie de convergence avec la République Fédérale sur des questions de production d'armement. Il était donc poings et mains liés, obligé de répondre positivement à la demande présidentielle.

Il était obligé et autant dire que cela ne l'enchantait pas. Ministre depuis cinq ans, Sergei ne supportait que très difficilement le fait d'être l'une des personnalités politiques les plus populaires du pays et de stagner depuis près d'un quinquennat au même poste. Son ambition, sa seule envie, son unique obsession était de monter en grade et de devenir enfin Premier Ministre, ce qu'il méritait amplement, du moins à son avis. Il voulait ce poste comme personne ne l'avait jamais voulu avant, et il était prêt à tout pour s'attirer les grâces présidentielles, pour convaincre une bonne fois pour toutes Shulichenko qu'il était l'homme pour le poste.

Il demanda donc à son secrétaire, ancien membre d'une unité de parachutistes reconverti en fonctionnaire zélé quoique taciturne, d'activer la ligne sécurisée et d'appeler la Commissaire à la Défense. L'homme, dont la carrure et la largeur d'épaules étaient à même de cacher momentanément la lumière du jour, tourna les talons, non sans avoir au paravent esquissé une légère salutation, toute militaire. Appeler un Kartien était toujours une entreprise périlleuse. Les Kartiens étaient connus pour leur froideur, surtout lors des premiers contacts, et il fallait toujours faire preuve d'un trésor d'imagination, de persuasion et de diplomatie pour les convaincre du bien-fondé d'une demande, quelle qu'elle soit. Si le "patron" avait trouvé une manière de dialoguer avec les plus hautes autorités de cette République, les échanges à des niveaux plus modestes étaient toujours semés d'embûches et celui-ci, Sergei en était sûr, ne dérogerait pas à cette triste règle.

Alors qu'il commençait à penser qu'il lui faudrait bien fumer une cigarette pour se préparer à la conversation à venir, son secrétaire entre de nouveau dans la pièce et lui dit, l'air penaud :

"Monsieur le Ministre, La Commissaire à la Défense Strakhova n'est pas joignable."

L'ancien militaire arborait le visage d'un chien déçu, dépité de n'avoir pu rapporter le bâton lancé, affreusement désolé de peiner ou de décevoir ainsi son maître. Vielle ruse de militaire qui, pensait-il, lui permettrait de s'en sortir indemne, ou presque. Cependant, la réplique de Sergei fut directe, sèche :

"Et bien Alexei, vous vous démerdez, mais vous me la trouvez ! Ce n'est pas une kartienne qui va faire sa loi ! Merde à la fin !"

Le dénommé Alexei reparti informer Volkingrad que la communication ne pouvait attendre et que le Ministre souhaitait parler à son homologue dans les plus brefs délais. Ce fut chose faite quelques minutes plus tard, lorsque que la ligne sécurisée sonna et que la voix de la Commissaire à la Défense de la république Fédérale résonna dans le large bureau de Yesenin. Derrière cette voix grave, sérieuse, un rien martiale, Sergei distinguait un mouvement régulier, un son motorisé qui coupait l'air presque toute les deux secondes. "En plus, elle n'est pas dans son bureau. Ils m'énervent !" pensa rageusement le Ministre. Il dut cependant reprendre rapidement une constance et c'est calmé qu'il commença :

"Bonjour Madame la Commissaire, Sergei Yesenin, Ministre de la Défense et des armées de la République du Latrua à l'appareil. Merci de prendre le temps de me répondre. Je sais que vous êtes particulièrement occupée et je vais donc essayer de ne pas prendre trop de votre temps, particulièrement précieux.

Permettez-moi donc de rentrer tout de suite dans le vif du sujet. Nous avons reçu votre missive concernant à la fois votre proposition d'achat de matériel militaire ainsi que le recentrage de votre politique militaro-industrielle sur vos intérêts et besoins propres. Comme mon collègue des Affaires Étrangères l'a déjà écrit, nous comprenons ce choix qui est en réalité l'expression la plus légitime et la plus essentielle de votre souveraineté. Nous avons donc commencé à réfléchir à de nouveaux moyens d'approvisionnement ainsi qu'à la construction d'usines militaires pour pallier nos dépendances sur ce point.

Cependant, nous souhaiterions profiter d'une dernière vente d'armement de la part de l'Ordre Oruzhiya , activer pour une dernière fois de l'Article VI du Codicille de Corbevent. En effet, nous souhaiterions que l'Ordre, contre rémunération bien-sûr, fournisse au Latrua de quoi assurer à la fois sa protection maritime et une capacité de projection de ses forces sur mer. Nous serions heureux, honorés et réellement aidés si la République Fédérale pouvait permettre au Latrua et à ses forces armées d'accueillir des moyens de dissuasion maritime, réellement efficace.

Nous souhaiterions obtenir ou deux porte-avions, ou un porte-avions et un porte hélicoptères, ou un porte-avions et un croiseur ou, et cela serait pour nous le schéma le plus satisfaisant et le plus efficace, un porte-avions, un porte hélicoptères et un croiseur. Quel que soit le schéma qui sera conservé, il permettrait au Latrua d'avancer plus rapidement sur la voie de la sécurité maritime et cela annoncerait aussi le passage accélérer de notre alliance, aujourd'hui basée sur la protection kartienne sur la nation latruante, à une réelle coopération militaire et sécuritaire entre nos deux nations.
Fournir ce matériel serait donc dans nos deux intérêts, car les armées latruantes, en cas d'attaques contre la nation kartienne, pourraient intervenir plus rapidement et gêner l'adversaire sur un terrain nouveau, celui des mers et des océans.

Avant que vous ne répondiez à ma demande, je me permets de vous faire part d'un autre sujet, que nos responsables politiques et militaires traiteront plus en profondeur. Nous aimerions lancer avec votre nation un dialogue stratégique permettant d’identifier à la fois les menaces qui planent sur nos nations et les plans d'attaque et de défense communs que nous pourrions mettre en œuvre.

Ceci étant dit, je vous laisse la parole et je suis à votre écoute."


Ministre de la Défense
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Commissaire à la Défense Taliska Strakhova

AlinéaLa Commissaire tourna talon. La prairie dégagée, qui offrait aux hélicoptères le choix d'une parfaite valse, disparut. De grands sapins se dressèrent devant elle, une sorte de verger qui ne donnait que des branches toute la saison, au beau milieu de ce complexe hébergé par une vallée.

La Commissaire avait son uniforme si caractéristique. Un long manteau, dépouillé de toute médaille. Son rang n'était indiqué que par les épaulettes qui formaient son uniforme, ainsi que la longue écharpe rouge qui épousait son buste. Il y avait également cette casquette, couronnée d'une étoile aurifère à son centre-haut.

Taliska était curieuse, plus encore elle était circonspecte. Mais elle restait insondable. Sa curiosité s'expliquait par un seul mot: Pourquoi. Pourquoi elle, meneuse des armées de la République Fédérale Kartienne, devait-elle répondre à ce Latruant. Cette vente d'armements ne la regardait pas, pas plus que cette planification diplomatique. La Commissaire est aux armes, aux armées, aux planifications militaires, pas à la diplomatie.

«Sieur Sergei Yesenin.»

La Kartienne n'avait prononcé que quelques mots jusque là, elle venait simplement d'acquiescer le grand, long et fastidieux monologue de son interlocuteur. Elle n'avait prononcé que son nom, comme un explosif au beau milieu d'un champ qui se voulait calme. Usait-elle consciemment de cette mine, c'était seulement la question. Elle laissa quelques secondes s'épanouir, dans un parfait silence qui pouvait même laisser passer la brise au téléphone. Il n'y avait plus de son motorisé, plus d'hélicoptère, plus d'hommes, simplement elle et la nature qui l'entourait. Drôle d'endroit pour un tel appel. Elle répondit, d'une froideur assassine.

«Je ne suis aucunement chargée de traiter de ces volets. Cependant, au vu de la position de votre pays à l'encontre du miens, je vais oublier votre erreur, disons administrative. Vos souhaits seront transmis. Velestra vous salue.»

La ligne se coupa.
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Cela faisait bientôt trois mois qu'Alexei Penkin travaillait au service du Ministre. Il était le septième à occuper le poste, convoité à tort, de secrétaire du Ministre de la Défense et des Armées. Le septième en cinq ans, même si un décompte officiellement officieux portait au nombre de quinze le nombre de titulaires de cette haute fonction. Il était le septième, et déjà au sein des équipes du Ministère, on comptait ses jours. Les fonctionnaires les plus pervers, ou les plus intelligents, ou peut-être les deux, du Ministère s'étaient amusés à calculer la durée moyenne de "l'utilisation" d'un secrétaire par Monsieur le Ministre. Huit mois et quinze jours : voilà son espérance de vie, voilà la durée avant qu'il ne démissionne ou soit "démissionné" par le Ministre, lassé et en soif d'une nouvelle proie. Une vie courte dans l'administration qui rendait sa position peu confortable.

Il n'avait pas rencontré ses prédécesseurs. Il avait appris, de la part de collègues plus ou moins mal intentionnés, que deux anciens secrétaires continuaient paisiblement leur vie dans un institut psychiatrique, internés pour surmenage et un léger début de démence, tandis qu'un autre, plus radical, avait simplement décidé de mettre fin à sa propre vie. Ces hommes étaient tous des fonctionnaires, sortis des plus hautes écoles latruantes, passés par les plus prestigieux services, auréolés de leurs gloires administratives, pourtant si quelconques. Ces hommes étaient des serviteurs de l’État - du moins se présentaient-ils ainsi - et l’État avait pris leur vie.

Il existait cependant deux grandes différences entre Alexei et ces hommes. La première était qu'Alexei n'était pas un fonctionnaire. Il était un soldat à la retraite, ancien lieutenant au sein du IVe régiment de parachutistes, basé à Vrarany sous le commandement du Général d'armées Viktor Krimenko. Voici un discours qu'il eut à raconter un nombre incalculable de fois, à chaque passage en revue, à chaque visite d'officiel, et même, lorsqu'il dut présenter son régiment au Président de la République, à l'occasion de la Fête de la République. C'était ce même matricule qu'il avait ressorti devant le Ministre, la première fois qu'ils s'étaient vus, un cérémonial qui dut plaire à Yesenin, ce dernier l'ayant engagé peu de temps après.
Étant militaire de formation, Alexei avait appris le maniement des armes, la tenue d'opération en milieu hostile, les méthodes de camouflage artisanales, l’atterrissage en parachute, et le fait que les supérieurs hiérarchiques prenaient toujours un malin plaisir à brimer, humilier et pousser à bout les simples soldats comme lui. Il avait donc appris avec les années à la fermer et à exécuter les ordres sans états d'âme, sans aucune émotion, sans haine ni rancœur. Ces années d'entraînement, en conditions réelles, lui avaient permis de se préparer à ce qu'il allait vivre, à la mission qu'on lui avait confiée.

Car il était en mission. Une mission non pas d'ordre divin, ni même militaire, mais d'ordre politique, voire amical. Il n'était pas entré par hasard au service du Ministre. Un ami de longue date lui avait fait parvenir l'annonce du Ministère et lui avait fortement conseillé de postuler. Cet ami était puissant, influent. Il l'était déjà lorsqu'ils se sont rencontrés, il y a près de trente-cinq ans, mais dans une autre mesure, dans un autre contexte. Cet ami, avant jeune écolier de l'école communale de Lahorad, était aujourd'hui Président de la République du Latrua. En effet, les deux hommes, peut-être en raison de leurs liens anciens et juvéniles, ne s'étaient jamais perdu de vue et chacun avait suivi la carrière de l'autre avec attention. Lorsque que Vasiliy apprit la retraite prochaine de son ami soldat, il lui proposa de travailler pour l’État, mais directement à son service, sous ses ordres. Sa mission était simple, et présentée en des termes qu'il comprenait aisément : infiltrer le cabinet du Ministre de la Défense et des armées, espionner ses conversations, ses rendez-vous et en rendre compte à Vasiliy.

Une mission simple qu'il remplissait depuis maintenant trois mois sans qu'aucun obstacle ne soit apparu. Si son patron était on ne peut plus dur, injuste, agissant comme un enfant capricieux et pourri gâté, ses nombreuses sautes d'humeur ne gênaient en rien le travail officieux d'Alexey. Ce dernier notait, méthodique, le nom de chaque interlocuteur, de chaque visiteur du soir, de chaque visiteusE du soir - et Dieu sait qu'elles étaient nombreuses - Yesenin, bien que marié et père d'un jeune enfant, trouvant dans la polygamie et dans les jeunes attachées militaires un attrait certain.
La conversation avec la Kartienne n'échappait donc pas à la règle, et la porte refermée, Alexey se dirigea sans aucune précipitation vers le combiné présent sur son petit bureau et mit le haut-parleur. La conversation se déroula donc presque sous ses yeux, du moins sous ses oreilles, et il fut surpris par le calme du Ministre et son apparente bienveillance, ainsi que par la sèche réplique de la gradée kartienne. Une réponse qui, il le savait, ne satisfaisait en rien son patron officiel et qui pousserait ce dernier dans une colère noire.

La haine ministérielle ne se fit pas attendre et un grand cri résonna dans tout le bâtiment, suivi de plusieurs bruits de coups et d'efforts. Derrière la porte noire, une bête sauvage semblait se déchaîner, se livrant à une furie qui n'avait rien d'humaine. Un être déraisonné semblait avoir pris le contrôle du bureau, mais cela n'inquiétait pas Alexei. Une personne qui serait entrée dans la pièce l'aurait même trouvé détendu, un brin amusé. Après, près d'une dizaine de minutes de violence, de hurlements et de bruits d'impacts, le silence revint et le téléphone sonna. "Ah" pensa ce dernier lorsqu'il décrocha :

"Penkin, dites au service comptabilité que l'on aura besoin de mobilier ! ordonna Yesenin.

- Bien Monsieur le Ministre. Le même que la dernière fois ?

- Qu'entendez-vous par là, Penkin ?

- Rien Monsieur le Ministre."


Yesenin ayant raccroché, Alexei appela le service comptabilité et une voix masculine lui répondit :

"Oui ?

- Secrétariat du Ministre. Monsieur le Ministre à besoin de mobilier.

- Encore ? Mais c'est la quatrième fois en un mois !

- Vous voulez peut-être le lui dire en personne, monsieur ? »


- Non, répondit la voix.

- Vous voulez peut-être ma place, monsieur ?

- Non.

- Alors exécution.

- Oui.


Alexei reposa le téléphone et regarda l'heure. Dans quelques heures, il raconterait tout à Vasiliy et ce dernier rigolerait sûrement. Oui, il en rigolerait.

Alexei Penkin
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