13/07/2020
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[Mémoire] Sociologie du Sport au Makota

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Mémoire de Licence de Sciences Sociales<br>Université de Fort-Aleucien<br>République du Dakora Les arts du Gymnase : Esquisse d'une sociologie des sports au Makota











par Mlle Jeanne-Élodie Mounier.  <br>Année 2019-2020

















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Texte en vracIntroduction
S’il est un sujet méconnu du monde en général et même de la communauté sportive internationale en particulier — et bien à tort car je crois qu’il est vraiment fascinant — c’est bien la culture du sport au Makota. On se méprendrait gravement si l’on se contentait de dire, comme le font les ignorants et ceux qui ne perdent pas une occasion pour attaquer à tort et à travers ce pays dont le plus souvent ils ne connaissent rien ou si peu de choses, qu’il n’y a pas de sport au Makota sous le prétexte fallacieux qu’il y prend une forme tout à fait particulière, très différente de ce que l’on voit un peu partout ailleurs dans le monde. Hors, ce monde existe bel et bien et il incombe au sociologue de prendre un soin tout à fait particulier l'étudier car il me semble d’autant plus intéressant qu'il demeure encore à peu prés totalement méconnu du grand public et même du monde savant.
On pourra m'objecter, sans doute à raison, que c'est certainement un monde plein de noirceur que je me propose de décrire dans ce mémoire de licence et que je ferais mieux de cacher cette réalité sordide, de la laisser là où elle est, sur les hauts plateaux du Makota et de m'attaquer à des sujets plus communs et plus attendus. Mais je répond à cela que le sociologue ne doit pas chercher la facilité et à rester sur les sentiers battus mais qu'il a le devoir, au contraire, de montrer la réalité sans louer ni blâmer et avec comme unique objectif que d'en montrer les mécaniques psychologiques et sociales sous-jacentes.
C’est précisément dans l’espoir de montrer au monde ce que je sais du sport makotan que j’ai décidé de choisir ce sujet pour en faire mon mémoire de licence. Évidemment, j’ai bien conscience qu’il n’est pas possible de faire le tour de ce monde si singulier avec un seul petit mémoire de licence, si court et pour lequel la faculté ne nous donne pas assez de temps ni de moyens. Ce sujet aurait mérité une thèse et même plusieurs, des entretiens, des enquêtes, des expérimentations. Bref, il aurait fallu tout ce qu’il faut à une vraie recherche scientifique pour faire de ce petit papier que je présente humblement à mon jury un véritable document scientifique digne d’attirer son attention. Je me permets donc de remercier d’avance les membres de ce jury qui auront la bonté d’examiner ces travaux un peu précaires avec toute la bienveillance nécessaire.
Je n’ai pas pu enquêter sur place ni interroger qui que ce soit, néanmoins, je ne suis pas ignorante pour autant. Je ne parle pas de nulle part, ni même seulement par ouï-dire. Je connais assez bien le sujet dont j’entends parler car je l’ai connu de l’intérieur et j’ai eu tout le loisir de l’étudier et même de le méditer pour en avoir fait partie. En vérité, je connais surtout son aspect scolaire qui est, malgré tout, son aspect principal et même central, comme j’aurai l’occasion de vous l’expliquer. Évidemment, ma porte d’entrée dans le monde du sport makotan est également sa limite. Je ne connais pas très bien le monde professionnel, mais je pense que j’en sais suffisamment pour le format de ce mémoire de fin de licence que l’on me demande.
Je sais que la majorité des professeurs qui composent ce jury viennent d’autres pays que le Makota et que nombre de choses que je vais écrire ici risquent certainement de les surprendre et même de les choquer ; néanmoins, j’affirme que tout ce que j’ai écrit dans ce mémoire est résolument exact et rend compte avec exactitude de la vérité sociale telle que j’ai pu l’observer. Naturellement, mon analyse se borne à mes outils et ma lecture aux clés que j’ai reçues pour lire le réel. Une fois encore, j’espère donc que je pourrai être jugée avec bienveillance et que le jury n’oubliera pas que c’est bien un mémoire de licence que je lui présente et non une véritable grande œuvre de sociologie.
Comme on me l’a demandé, j’annonce mon plan. Dans un premier temps, je parlerai du sport scolaire, sous ses formes féminines et masculines, car le sexe change énormément de choses au Makota, dans le sport comme dans le reste d'ailleurs, et je tenterai d’expliquer ce que cela dit de la manière dont la culture makotane et ses institutions voient les rapports entre les sexes et leurs missions respectives, ce qu’elles attendent d’eux. Puis, dans une seconde partie, j’aborderai le sport professionnel et son aspect médiatique, commercial, ainsi que les choses plus sombres qui gravitent autour et je tenterais de montrer en quoi le sport à au Makota une fonction cathartique pour les strates les plus basses de la société et une fonction de distinction pour les strates les plus hautes. Enfin, je conclurai en tentant de donner un point de vue synthétique de la question du sport au Makota, avec comme objectif final de donner une esquisse de ce que pourrait être une sociologie du sport makotan.
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Texte en vracPremière partie :
Le sport scolaire, un outil de renforcement et d'exaltation des théories sociales et sexuelles traditionnelles.
I.1 Le sport n'existe pas au Makota, on ne connaît que la gymnastique.
Avant d'attaquer dans le vif, si j'ose dire, il importe, je crois que l'on prenne le temps de bien expliquer le lexique sportif en usage au Makota ainsi que quelques concepts clés en lien avec celui-ci. La première chose à comprendre et sans doute la plus importante c'est que le mot sport, en lui-même, n'existe pas au Makota ou bien, en tout cas, il n'est pas d'usage courant. En effet, je ne l'ai employé ici que pour être compris de mon lecteur, mais la vérité est que vous avez bien peu de chance de le voir écrit dans un article ou répété dans les discussions. Le mot en usage sur les Haut Plateaux makotans est gymnastique, c'est à dire la discipline du gymnase ou arts du gymnases. Et j'attire l'attention du lecteur sur le fait que ce mot de gymnastique s'applique à l'ensemble des disciplines sportives et ce qu'elles prennent place dans le gymnase ou quelles se pratiquent ailleurs, en piscine ou même au grand air. Si l'on en croit le professeur Jean Damier, historien à l'Université de Sainte-Régine et spécialiste de l'histoire de la Nouvelle-Gallouèse, ce terme ne serait rien d'autre qu'une réminiscence de la culture antique ou même une volonté d'un retour discret à la culture physique de l'antiquité1.
Nous verrons dans ce mémoire tout ce que ce terme de gymnase signifie concrètement et en quoi il nous montre comment les mokotans comprennent et vive leur pratique du sport. Cependant, sans doute sous l'influence de l'étranger, il semblerait que le mot sport fasse ponctuellement son apparition dans les articles et autres papiers de la presse sportive pour éviter les répétitions et fluidifier l'expression2. Je ne m'aventurerais pas à me hasarder sur l'évolution de la langue mais il me semble que la notion d'arts du gymnase ou gymnastique a encore de beaux jours devant elle.
I.2 Le sport pour les filles
Ce point de vocabulaire éclairci, attaquons maintenant le cœur du sujet. Et nous commençons par ce que je connais le mieux pour l'avoir expérimentée, je veux dire l'enseignement sportif de la jeune fille dans les institutions pour filles du Makota. Les étrangers se figurent mal le poids culturelle et civilisationnelle du système d'enseignement secondaire fait peser sur la société makotane. Ils se figurent un peu naïvement que, parce que ces institutions n’accueillent que les enfants de bonnes familles (mais aussi nombre d'enfants doués et disposant d'une bourse d'étude3), l'influence de ces institutions serait finalement faible voir inexistante.
Il n'est pas temps, ici de parler du rayonnement géographique de ces établissements en ce qui concerne les équipes de gymnastiques professionnelles qu'ils organisent et à qui ils donnent offre l'accès à leurs installations sportives. Aussi, nous nous contenterons, pour l'instant, de dire qu'il n'existe rien, ou pas grand chose, sur le plan sportif en dehors de ce qui se fait dans les institutions d'enseignement secondaire. Et ce point est encore plus fort pour les filles car elles ne disposent tout simplement d'aucunes autres installations et structures que celles de leurs institutions d'enseignement, contrairement aux garçons qui ont une gamme beaucoups plus large de choix, notamment sur le plan des associations militaires ou municipales.
Cela peut sembler anodin mais c'est loin d'être le cas, au contraire. Cette différence entre les sexes dans l'accessibilité au sport en dehors du cadre scolaire est la manifestation d'un fait culturel central dans société makotane et que je pourrais appeler : La protection des filles et de leur vertu. En effet, si il est un point sur lequel il y a vraiment une différence frappante dans l'enseignement du sport selon le sexe c'est que le rapport à l'extérieur. Comme nous le verrons chez les garçons plus loin, l'objectif est avant tout de construire l'homme en devenir, tandis que chez les filles c'est l'inverse, il s'agit de préserver l'innocence de la jeune fille. C'est pour cela, d'ailleurs, que l'on assiste à l'enfermement systématique des installations sportives féminines et à la pratique à l'intérieur de la Clôture4 là où c'est tout l'inverse chez les garçons chez qui tout est ouvert et où l'on a aucune inquiétude d'être vu par le monde extérieur.
La gymnastique se pratique donc portes closes chez les filles. Mais les différences entre les sexes ne s’arrêtent pas à la seule logique de réclusion que l'on impose aux filles mais elles impactent également la nature des disciplines sportives qu'elles sont autorisées à pratiquer. Ainsi on peut faire une typologie des disciplines en les classant selon qu'elles sont interdites aux filles, mal vues, neutre ou bien vues.
Commençons par les disciplines tout bonnement interdites à la pratique des jeunes filles. Ces disciplines sont clairement indiquées par l'Association des Directrices des Établissement d'enseignement pour Filles (ADEEF) dans sa documentation officielle5. Naturellement ce document n'a pas formellement force de loi et rien n’empêche, en principe, à un établissement de dispenser l'enseignement qu'il veut à ses élèves, cependant, comme tout au Makota, ne pas respecter les directives des Ligues de Vertu et de ses structures affiliées c'est s'exposer à coup sûre à une panique morale et à ses conséquences d’hyperviolence, et en l’occurrence ici, à l'incendie de son établissement, à des fusillades contre le personnel ainsi qu'à une chute abyssale de réputation et le retrait massif des enfants qui s'en suit logiquement. Sans parler du fait que le personnel étant essentiellement religieux, on le voit mal aller contre les autorités morales comme l'ADEEF. C'est pourquoi, donc, ce qui est purement indicatif de jure est en réalité obligatoire de facto.
Pour ce qui est de la liste des sports interdits, elle n'est pas difficile à déduire. On parle déjà de l'ensemble des sports de combats dont la pratique est rigoureusement contraire aux vertus féminines. Les sports de force sont également rigoureusement interdits car la musculation et autre discipline semblable rend les corps moins féminins et donc engendrent par là même un désordre moral. A cela il faut ajouter les sports d'eau car ils impliquent de se mettre en maillot de bain, hors le maillot de bain est interdit pour les femmes car il est jugé indécent. On le voit clairement, est strictement interdit tout sport un temps soit peu masculin.
Pour les sports mal vus mais tolérés, on peut citer le cas de l'équitation. Il surprendra certainement les observateurs extérieurs. Il est en effet très mal vu de pratiquer l'équitation bien qu'elle soit tolérée si les jeunes filles montent en amazone. L'explication est très simple, c'est que ce sport est réputé nuire à l'hymen de ses pratiquantes, en plus d'être naturellement assez virile dans son essence. Je pense qu'il serait tout bonnement interdit si le Makota n'était pas, par ailleurs, une nation de vachers et donc de cavaliers. C'est à l'identité générale du pays, je crois que l'équitation féminine doit d'être tolérée avec difficulté. Autre discipline mal aimée mais tolérée est l'athlétisme. Ce qu'on lui reproche c'est d'être pratiquée en dehors du gymnase, en stade, dans un endroit où la jeune fille est visible et exposée socialement.
Pour ce qui est des disciplines bien vues, elles ne manquent pas. Il y a tout d'abord l'ensemble des jeux de balle (à l'exception des jeux de balle équestres ou aquatique, naturellement, qui sont interdits ou mal vus pour les raisons que j'ai dites) et en particulier le Volleyball et le Soccer6, qui sont les deux sports nationaux féminins. Les sports de balle sont particulièrement bien vus car ils sont réputés favoriser le travail collectif, valeur considérée comme féminine dans la société makotane, en plus de ne pas être orientée vers la performance pure et la violence. Les autres sports particulièrement bien vus sont, on s'en doute, les sports du gymnase, c'est à dire la gymnastique proprement dite. Plus encore que la gymnastique, les sports artistiques sont particulièrement bien vus, notamment la danse, le patinage artistique, et les différentes disciplines qui en découlent.
Pour les sports neutres, on s'en doute, c'est tout le reste. Notons, au passage, comme contre-exemple, que le tir est assez bien vu mais ne relève pas tant du sport que de la défense personnelle, sujet très important au Makota et de l’hygiène de vie. L'arme à feu est au centre de l'identité makotane et ne présente pas, contrairement à l'équitation, de danger moral pour la jeune fille. Il est seulement demandé aux pratiquantes d'être discrètes car le tir n'est pas très féminin en soi et il convient en général de cacher ses revolvers pour ne pas se donner un air hommasse. Notons, au passage, que cela ne s'applique qu'aux armes à feu, les autres sports de tir, y compris l'arc, sont considérés comme neutres.
A présent que nous avons quelles disciplines étaient praticables ou non, voyons comment le système éducatif makotan enseigne ces disciplines. Notons d'abord que le sport est quasi inexistant à l'école primaire. Cela varie beaucoup selon les types d'établissement mais les petites écoles municipales consistent le plus souvent à une classe unique tenue par une seule religieuse souvent débordée qui n'a guère le loisir d'enseigner le sport et qui se consacre uniquement à ce qui fait le centre du programme primaire : la maîtrise des savoirs fondamentaux, c'est à dire la lecture, l'écriture, le calcul et le catéchisme. Ces petites écoles sont le plus souvent mixtes et l'on craint donc beaucoup les risques de promisscuité, ce qui décourage certainement de pratiquer des activités physiques pour les classes qui pourraient en avoir le loisir. Naturellement, les écoles de villes et bien en fond, appliquent la non mixité et ont davantage de moyens, ce qui leur permet de dispenser un enseignement sportif, c'est cependant assez rare et de faible ampleur.
L'enseignement du sport commence réellement au secondaire. Notez qu'au Makota on ne distingue pas collège et lycée car ce sont les mêmes institutions qui assument toutes ces classes. Les temps et la nature des sports pratiqués dépendent naturellement de chaque établissement mais l'usage général c'est tout de même de pratiquer tout les jours l'après midi et d'appartenir à plusieurs clubs. En général, il est demandé de pratiquer un jeu de balle et une activité de gymnastique et d'alterner chaque jour. Notons enfin que si le sport scolaire féminin et fermé et protégé, pour ne pas dire cloîtré, il n'est pas pour autant exempte de recherche de performance et l'on constate qu'il existe un nombre assez impressionnant de compétitions à l'échelle national durant lesquelles les institutions s'affrontent, ce qui renforce le sentiment d'appartenance des élêves à leur établissement.

les notes :
1Damier, Jean. Histoire générale de la Nouvelle-Gallouèse. Tome I, article « Gymnastique ». Éditions Chevalier, 2019.
2 On peut citer, à titre d'exemple, certains articles du Miroir des Sports (sic.) : Nous connaissons les titulaires de l'équipe nationale , In Le miroir des sports, 12/01/2017 ; Le Soccer est-il appelé à devenir le principal sport féminin au Makota ? , In Le miroir des sports, le 15/11/17.
3 En réalité, si l'on en croit les chiffres du secrétariat du Concile du Makota en charge de l'instruction secondaire, la proportion de boursiers des deux sexes est en réalité assez élevée et avoisinerait les 25% des élèves, ce qui bat en brêche un certain nombre d'idées reçues sur le caractère intégralement oligarchique du systême d'enseignement makotan et sa logique de reproduction sociale. CF. « Note sur les bourses ». In Rapport annuel du Secrétariat du Concile du Makota en charge de l’Enseignement secondaire, 2019.
4 L'enseignement secondaire, peu importe le sexe, est intégralement sous la responsabilité du Clergé makotan, ce qui implique, pour les filles, qu'elles demeurent toute leur scolarité à l'intérieure de la cloture monastique. Les makotans du commun ne comprendraient pas que l'on fassse autrement, ils y verraient une mise en danger des pensionnaires et il faudrait certainement s'attendre à des réactions populaires et violentes, des paniques morales, choses très fréquentes au Makota, voir à ce sujet : Paul Marin, La lutte contre le mal : Une histoire de la Panique morale au Makota, Sainte-Régine, Editions Zinc, 2011
5 ADEEF, Recommandations à destination des enseignantes de Gymnastique, Editions scolaires générales, 2018, Sainte-Régine.
6 Au Makota, on se sert du mot Soccer pour désigner le football ou balle au pied, l'étymologie de ce curieux mot n'est pas connue. Voir à ce sujet l'article dédié au Soccer dans l'Encyclopédie volignonaise.

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Texte en vracI.3 Le sport pour les garçons : entre virilité et transmission du vacherisme
L'enseignement de la gymnastique, c'est à dire du sport, chez les garçons est, comme on se l'imagine, très différent de ce qu'il se pratique chez les filles. Naturellement, je le connais moins bien et par témoignages récoltés dans ma famille et chez mes amis. Il semblerait que la pratique des sports soit encore plus centrale dans la culture scolaire masculine que dans les institutions pour jeunes filles. Les garçons font du sport tous les jours et souvent plusieurs heures. Cela vient du fait que les makotans sont convaincus que la santé physique est indispensable à la bonne santé mentale, morale et spirituelle.
En ce qui concerne les sports pratiqués, comme pour les filles, il y a les disciplines incontournables, celles qui le sont moins, d'autre à éviter et d'autres, enfin, sont proscrites. En ce qui concerne les disciplines incontournables que tout garçon makotan pratique plusieurs heures par semaine, on trouve d'abord les disciplines du vacherisme, c'est à dire l'équitation et le tir. Ces disciplines sont tellement fondamentales que l'on pourrait presque dire qu'elles se pratiquent à coté du sport. De fait, sauf cas exceptionnel, tout makotan masculin sait chevaucher et tirer (et la plupart du temps sait parfaitement pratiquer les deux simultanément). D'ailleurs les concours d'équitation et de tir sont fréquents et populaires dans les institutions pour garçons tandis que chez les filles, nous l'avons dit, le tir est pratiqué discrètement, comme quelque chose d'un peu sale, et l'équitation, quant elle est pratiquée, l'est en catimini et en amazone.
Outre donc ces quelques heures hebdomadaires consacrées à l'équitation et le tir, le reste de la dizaine d'heure en moyenne1 consacrée au sport est répartie entre plusieurs disciplines. La grande logique est la suivante. Les sports de combat sont bien vus, ainsi que les sports de force que l'on pratique à la salle de musculation. D'ailleurs c'est là un concept qu'il est important à comprendre pour bien saisir la différence de traitement entre les sexes c'est que les filles doivent pratiquer les sports de gymase (jeu de balle, la gymnastique au sens strict ou les sports artistiques) tandis que les garçons doivent plutot pratiquer, en plus du vacherisme, les sports de la salle (musculation et combat). Cependant, outre cela, sont aussi appréciés les disciplines d'orientation comme la course d'orientation ou la randonnée, et d'endurance comme la course, et toutes les disciplines de plein air diverses et variées. Naturellement, l’Athlétisme est pratiquée et honorée dans l'ensemble ses disciplines. Globalement, tous les sports sont pratiqués à l'exception de ceux qu'il ne convient pas à un homme de pratiquer. Tachons de voir pourquoi il ne convient pas que tel ou tel sport soit pratiqué par les garçons, c'est assez instructif sur la façon donc les makotans perçoivent les sexes. Pour ce qui est des sports artistiques, notamment la danse classique et autres choses semblables, cela leur est défendu car l'expression physique artistique est considérée comme relevant de la courtisanerie quand elle est pratiquée devant des hommes. Cependant, ça ne s'applique pas aux danses traditionnelles qui doivent être apprises par les garçons mais en dehors du cadre scolaire, en famille.
Pour la gymnastique au sens strict, les makotans estiment que les sports de souplesse sont des sports anatomiquement faits pour les femmes et que les hommes n'ont donc aucun intérêt à pratiquer puisque le perfectionnement dans cette discipline impliquerait pour eux de devoir s’efféminer, ce qui serait contradictoire vis à vis de la finalité des sports au Makota qui, outre d'assurer une bonne santé, permettent de bien encrer l'individu dans son sexe.
Pour ce qui est des jeux de balles, et des jeux collectifs en général, ces sports sont prohibés car considérés comme féminins. Cela déconcerte souvent les étrangers qui ne comprennent pas en quoi le Football (ou Soccer comme nous l'appelons chez nous) ou bien le Rugby seraient des sports féminins. C'est que pour le comprendre il faut bien avoir à l'esprit que le Makota est une nation de vachers. C'est donc une nation d'hommes de la plaine, seuls avec le troupeau. Des hommes qui se débrouillent seuls, en autonomie. Les jeux collectifs sont mal vus parce qu'ils vont à l'encontre de cet idéal libertarien radical et traditionnel qui veut que l'homme se débrouille seul. Tandis que du coté des filles, personne ne trouve anormal le fait qu'elles fonctionnent en groupe, en synergie, en troupeau.
I.4 L'enseignement du sport selon la condition sociale
Avant d'aborder le sport dans la société en générale, il serait bon de prendre le temps d'éclaircir certains points concernant la pratique du sport en fonction du niveau socio-économique. Cela peut sembler évider mais va mieux en le disant, il n'y a pas que les garçons et les filles qui pratiquent des sports différents, mais aussi les pauvres et les riches. En fait, ce ne sont pas tellement le niveau socio-économique des individus, ou de celui de leurs parents, qui comptent que le niveau de l'établissement dans lequel ils se trouvent. On me répondra que c'est un truisme, et qu'il y a une corrélation absolue entre les ressources des familles et la qualité des établissements où sont admis leurs enfants. Je répond que c'est faux, en partie en tout cas, car ça fait abstraction de la nature du tissu social au Makota.
Aussi curieux que cela puisse paraître à l'observateur étrangers et malgré ses représentations et ses revendications libertariennes (en partie fantasmées), le Makota est un pays fondamentalement féodal2 dans sa manière de s'organiser socialement et de penser ses institutions. Et cela a des implications très concrètes sur le plan de la sociologie des sports et de l'éducation. Par exemple, il est bien rare qu'un Rancher envoie son fils dans une institution sans lui adjoindre quelques enfants des vachers qui sont à son service, et parfois ces enfants de vacher sont d'une condition qui n'aurait pas permis un enseignement secondaire. Ou bien encore, quand une institution est sous la protection d'un Rancher, il est fréquent qu'il y envoie l'ensemble des enfants de ses subordonnés, de ses vachers, en un mot de ses gens. Outre qu'il est du devoir d'aider ses employés, cela permet aussi de remplir lesdites institutions. Enfin, tout cela pour dire que l'on ne peut avoir une vision trop déterministe du niveau social des élèves d'une institution sur la seule base du rang social de cette institution car la société makotane est beaucoup plus complexe et organique que ce qu'elle aime à montrer au monde et à se le figurer à elle-même3.
Cependant, si il y a indiscutablement beaucoup plus de diversité dans les institutions que ce que l'on pourrait croire, on constate malgré tout une indiscutable différence dans les sports qu'on y pratique selon les dotations qu'ils ont à leur disposition. Sur ce point, il n'y a pas de différence entre les sexes, et les ressources prennent le pas sur toutes autres considérations. Concrètement, ça peut sembler évident et ça l'est certainement, plus un établissement est bien doté et plus il peut disposer d'installations de qualité permettant la pratique de sports plus rares ou coûteux.
Le cas le plus caractéristique est, sans doute, le curling. Le curling a comme caractéristique de ne pouvoir être pratiquée qu'en patinoire, d'ailleurs, on ne trouve que patinoires que dans les institutions de jeunes filles puisque ces structures ne permettent que le patinage artistique ou les sports collectifs comme le Hockey ou le Curling, dans tous les cas que des disciplines prohibées aux garçons. Il va de soi que seules les riches institutions pour filles peuvent s'offrir une piste de patinage. Il en ressort que la compétition de Curling et l'équipe nationale de Curling excluent de fait toutes celles (car il n'y a que des femmes, naturellement) qui n'ont pas pu avoir accès aux établissements suffisamment bien dotés pour être équipés d'installations si onéreuses. Et ce qui s'implique aux patinoires pour les femmes s'applique aussi pour la piscine pour les garçons. Comme nous l'avons indiqué, les sports aquatiques sont interdits aux femmes parce que les maillots de bain sont indécents. Il existe donc des institutions de garçons avec piscine et d'autres qui n'en pas les moyens, et naturellement, ces établissements pauvres ne peuvent pas enseigner la natation ni fournir des athlètes dans ces domaines.
En conclusion, l'accès à l'enseignement du Sport au Makota n'est absolument pas égalitaire et varie énormément selon le sexe de l'élève et le niveau de dotations dont jouit l'établissement qu'il fréquente. En cela, le sport ne fait pas exception à la règle générale car tout, dans le pays des vachers, est très différent selon que l'on soit un homme ou une femme ou que l'on soit d'un haut ou d'un bas niveau sur le plan de la hiérarchie sociale. En somme, si vous êtes makotans les sports que vous savez pratiquer en disent beaucoup plus sur vous que vous ne le pensez.


note :
7 Concile du Makota, Rapport de la Commission sur l'Enseignement de la Gymnastique aux garçons, 2019
8 On pourra se rapporter à la Thèse de la Soeur Bathilde, de l'OSR, passée au Jashuria et qui montre bien en quoi, sous ses aspects de société individualiste et autonomiste, le Makota est en réalité animé par des reflexes et des logiques foncièrement fédodales : Soeur Bathilde (OSR), Les Ranchers du Makota et leurs vachers : étude d'une société féodale en Aleucie, Presses Universitaires du Jashuria, 2015.
9 Paul Hervé, Le Makota tel qu'il se voit, Presses Universitaires du Dakora (PUD), 2019
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