Posté le : 27 août 2026 à 22:28:13
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C’en était fini, tant d’énergie et d’efforts mis à disposition d’un projet noble. Mais quelle que soit la noblesse de ce projet, celui-ci n’en restait pas moins idéaliste avec peu de chances d’aboutir. Entre États perturbateurs, vision presque enfantine de la politique internationale basée uniquement sur le dialogue, ressentiment de certains États vis-à-vis d’autres, etc., etc. Pour un Raskenois habitué à l’ingénierie, les caractéristiques du sommet poëtoscovien ressemblaient à la fiche technique d’un projet dont on sait qu’il a peu de chances d’aboutir.
Cependant, malgré les faibles chances que ce sommet ne se transforme pas en garderie après 5 minutes, l’Empire raskenois avait tout de même décidé d’y envoyer un représentant. Les raisons étaient multiples, nécessité de ne pas apparaître comme celui qui saboterait le sommet, un intérêt pour certaines propositions qui auraient pu émerger et, en dernière position, l’infime possibilité que celui-ci ait une durée de vie supérieure à la demi-heure. De plus, même dans le cas où celui-ci échouait, cela permettait à Eberstadt de sonder les intentions de certaines puissances, de mettre un visage sur quelques noms, d’identifier les lignes rouges des uns et des autres. Alors, pour toutes ces raisons, l’Empire raskenois décida d’y participer en y envoyant son ministre des Affaires étrangères Axel Orndorff. Pourtant, même les prévisions pessimistes quant à ce sommet furent rattrapées par la réalité, il n’avait fallu que quelques prises de parole pour que les premiers projets de coopération internationale soient relégués derrière les accusations de génocide, les demandes d’exclusion, les règlements de comptes et, pour une raison qu’Axel Orndorff ne parvenait toujours pas à comprendre, une controverse grandissante autour de la qualité du buffet poëtoscovien.
Voyant que la situation se dégradait minute après minute, Axel Orndorff décida avec son homologue de la République fédérale kartienne, Tosca Shimanskaya, de discuter de projets plus importants que le spectacle se trouvant devant eux. Malheureusement, le point de non-retour fut franchi et rester ne comportait plus aucun avantage, pire, cela dérangeait les deux diplomates dans leur discussion. Alors, la décision fut prise, celle de partir et de continuer leur discussion dans un environnement plus calme, c’est donc tout naturellement qu’Axel Orndorff invita la gouverneure Tosca à monter à bord de l’avion diplomatique raskenois pour rentrer dans leurs pays respectifs.
Une fois monté dans l’avion, le Raskenois fit signe à son invitée de s’asseoir dans l’un des fauteuils du salon principal de l’appareil, après s’être installés, la discussion put enfin reprendre. Axel écouta attentivement son homologue kartienne, ne faisant guère attention aux mouvements extérieurs terminant les préparatifs précédant le décollage. À mesure que les portes se refermaient, ce n’était pas seulement l’appareil qui se préparait à quitter la Poëtoscovie, mais le sommet lui-même semblait déjà disparaître. Tosca continua de parler et à mesure de cela, les derniers événements survenus dans la salle de conférence semblaient appartenir de plus en plus au passé.
Rasken d’un côté, Karty de l’autre, l’un capitaliste, l’autre socialiste civique, un Empire démocratique à droite et une République fédérale à gauche. Sur le papier, ces deux pays devraient se détester ou au moins se considérer de manière indifférente et pourtant ce n’était pas le cas, ces deux pays étaient de très proches alliés ayant chacun une grande estime de l’autre. Leur coopération militaro-industrielle n’en était qu’un énième exemple rappelant la proximité des deux nations, d’abord un programme de développement d’explosifs de nouvelle génération au travers du CL-20, maintenant le développement d’un hélicoptère de nouvelle génération.
Axel Orndorff – Je vous rejoindrai partiellement en ce sens, Mme Tosca, les relations internationales sont quelque chose de très compliqué et changeant, les alliés d’hier seront les indifférents d’aujourd’hui et peut-être les ennemis de demain. En cela, le dialogue est primordial, car c’est avec lui que l’on résout la majorité des situations et qu’on empêche ce que j’ai dit, en revanche, là où je vous rejoins, c’est que oui, quand le dialogue échoue, ce sont les armes qui auront le dernier mot. C’est à mon sens pour cela que le sommet poëtoscovien a échoué car leur conception du multilatéralisme est que le dialogue suffit à lui seul à résoudre toutes les situations, mais cela serait oublier que les nations ont des intérêts parfois en accord mais souvent divergents. Tant que l’une des deux parties se sent lésée, alors le recours à la force devient de plus en plus probable à mesure que le désaccord persiste… à moins qu’il y ait une entité qui impose un accord par la force aux deux, on en revient donc à l’usage inévitable de la force. Le problème, c’est qu’aujourd’hui il n’y a pas cette entité et le deuxième problème, c’est que presque aucune nation ne veut que cette entité voie le jour car cela voudrait potentiellement dire une restriction des libertés d’agir des États et ce sacrifice, peu de gouvernements sont prêts à y consentir.
En cela, dans le monde qui est aujourd’hui le nôtre, la force reste le garant ultime de tout ordre politique, y compris d’un ordre fondé sur le droit. C’est pour cela que le gouvernement que je représente devant vous tient à cœur aux partenariats en cours avec la République fédérale kartienne. Comme vous l’avez dit, nos deux nations ont développé conjointement l’un des meilleurs hélicoptères d’attaque au monde et le fait que vous en ayez déjà une vingtaine en service permettra un retour d’expérience rapide sur ses capacités. Cependant, je dois vous avouer un peu à contrecœur que cela n’ira pas aussi vite pour Rasken, nous comptons bien évidemment lancer la production, mais cela ne se fera que dans un futur proche (HRP : je rappelle qu’à ce moment-là, Rasken n’avait pas encore lancé la production).
En restant sur le sujet de la coopération, j’ai reçu des informations venant du ministère des Armées dirigé par mon collègue Henry Moser au sujet de notre première coopération. Cela n’étant pas mon domaine de prédilection, je ne peux vous donner une lecture précise, mais de ce que je sais, la phase 3 du projet CL-20, à savoir la "Validation Industrielle", se serait terminée sans encombre. Ainsi, la phase 4, à savoir la "Montée en cadence pilote & qualification munitions", a pu débuter sans encombre et dans les délais imposés.
Orndorff marqua alors une pause, l’avion étant maintenant dans les airs, Orndorff fit signe à une hôtesse de l’air de l’avion d’approcher, une fois à sa hauteur, il demanda un verre et une bouteille d’eau. Avant qu’elle ne puisse partir, il se retourna vers son invitée et lui demanda si elle désirait boire quelque chose, Tosca répondit par la positive. Maintenant désaltéré, Orndorff revint à la discussion.
Sur le sujet de la Loduarie, tout d’abord, permettez-moi de vous féliciter quant à votre victoire, ce pays fut une véritable épine dans le pied de l’Eurysie de l’Ouest pendant plusieurs décennies. Ainsi, la voir se couper du monde est pour nous une bonne chose, même si dans les faits, le pays était déjà très isolé du monde avant. Pour ce qui est de l’Illirée, il s’agissait jusqu’à présent, et pardonnez-moi du terme, du chien de la Loduarie, au moindre ordre du maître loduarien, l’Illirée s’exécutait, maintenant, son maître disparu, il est compliqué de dire dans quelle direction le pays va se diriger. Celle-ci peut très bien se normaliser, s’extrémiser ou chercher un nouveau maître. Mais à mon sens, le plus probable, c’est que l’on observe une période de battement dans laquelle rien ne changerait vraiment pour l’Illirée, cette période durerait typiquement quelques mois à un an. Mais passée celle-ci, le pays sera forcé de changer de politique, jusqu’à présent ses actions étaient tolérées parce qu’il y avait le grand frère loduarien. À mon sens, je vois deux solutions, la première moins probable que la deuxième.
Dans le premier cas, l’Illirée s’extrémiserait pour en quelque sorte combler le vide laissé par la Loduarie, on verrait alors apparaître une sorte de Loduarie 2.0. Cependant, je ne pense pas que cela sera le chemin choisi, ceux-ci étaient peut-être soumis à la Loduarie, mais ils ne sont pas dénués d’intelligence, ils ont vu le chemin emprunté par la Loduarie et ils ont vu le résultat.
Le plus probable, à mon sens, est que l’Illirée cherche à combler ce vide en se trouvant un nouveau maître, Grand Kah ou Estalie, nous ne le savons pas, mais si le pays prend cette voie, ce sera l’un des deux.
Sur les représailles à votre encontre, je suis assez optimiste. L’Illirée a effectivement des raisons de vous tenir responsable de la situation actuelle de son ancien protecteur et pourrait vouloir vous attaquer pour faire passer le message, mais entre vouloir et pouvoir, il y a un monde. Comme je vous l’ai dit, ils ne sont pas idiots et, de toute façon, si la moindre attaque était portée à l’encontre de votre territoire ou de vos citoyens, le traité Accard est là pour ça. Si une attaque à votre encontre était proférée, alors l’armée raskenoise serait là pour rappeler à l’Illirée les raisons de la chute de la Loduarie.