
Son Altesse princière, le prince souverain de l’Embsund Karl-Wilhelm V, est décédé à l’âge de 62 ans dans la nuit du 11 mars 2020, selon un communiqué du palais princier de Sankt-Ludeck où résidait le prince souverain de l’Embsund.
Karl-Wilhelm V, né le 28 mai 1958 à Höchhagen, dans le palais de vacance de la famille princière, et fils aîné de Son Altesse princière Friedrich-Wilhelm III (1906-1968) et de la princesse consort Anna Margeritha von Lüprands Marstallerin, est devenu Kurfürst de l’Embsund en 1968 à l’âge de 10 ans lors du décès de son père. Sous la régence de sa mère, le prince souverain, devenu majeur à l’âge de 18 ans, est le souverain le plus apprécié de la principauté de l’Emsbund, en retrait de la vie politique, intervenant peu au-delà des questions de crise politique et respectant à la lettre la Loi fondamentale, la Déclaration des droits et les principes démocratiques qui régissent la principauté de l’Embsund. Malgré les importants pouvoirs constitutionnels dont est pourvu le pouvoir princier qu’il incarne, il n’en a jamais véritablement fait usage, sauf sur les conseils de ses chanceliers, inaugurant la période de démocratie après son père, qui est l’auteur de la Charte constitutionnelle de 1948. Préférant le rôle d’arbitre institutionnel et de garant de l’indépendance de la nation ainsi que de son bon fonctionnement, il est le souverain le plus discret qu’ait connu l’Emsbund. Il est le prince de la modernité, accompagnant une principauté qui, depuis mai 1964, cherche à durablement passer d’une société conservatrice à une société libérale. Sous son règne, de nombreuses lois en faveur de l’égalité entre hommes et femmes, pour les minorités ethniques et sexuelles, mais également pour la protection des droits des Emsois, ont été adoptées. Grand prince et prince électeur du Saint-Empire, il a toujours fait valoir son attachement à une principauté wardonne unie et forte face aux puissances étrangères, appelant à l’unité de l’Empire et au renforcement des pouvoirs de l’Empereur. Karl-Wilhelm V faisait partie de ceux qui croyaient que seule une Wardonie unie et forte autour d’une figure charismatique était capable de peser sur le monde multipolaire qui se dessinait.
Apprécié de ses sujets comme des autres habitants de l’Empire, il incarne la voie de la modernité qui reste toutefois attachée à ses racines historiques, ni trop libérale et progressiste ni trop conservatrice et réactionnaire. Le prince de la mesure a toujours cherché à représenter au mieux l’ensemble des voix et des peuples qui composent son domaine sans prendre parti pour l’un ou pour l’autre.
Ayant vécu Mai 1964, la grande révolte qui s’est étalée sur plusieurs mois en Embsund, des manifestations étudiantes, ouvrières et de travailleurs qui ont manifesté dans l’ensemble de la principauté pour une réforme de la société, une libéralisation du pouvoir et une ouverture des mœurs qui régissent la principauté, à la suite de Mai 1964 s’installent des gouvernements progressistes issus de la gauche qui vont durablement impacter le futur prince de l’Emsbund. Prince de la modernité à l’Emsoise, il s’inscrit parfaitement dans ce courant de transformation des mœurs et des identités qui traverse toute la société emsoise. En faveur de l’égalité hommes-femmes, de la protection des minorités et du renforcement de la démocratie malgré son attachement à des figures considérées comme plutôt conservatrices, comme l’Église, aux traditions multiséculaires et à une vision forte de l’Empire, il est connu pour avoir durablement impacté les mentalités de l’Emsbund. Sous son règne, l’Emsbund connaît le plus grand nombre de gouvernements progressistes, d’abord celui de Ludwig Kramer (1968-1972), à la tête de l’Union démocrate et libérale (UDL) de centre-gauche, qui parvient à arracher le pouvoir aux conservateurs de l’Alliance de la droite populaire et qui est directement arrivé au pouvoir après les événements de Mai 1964, et qui va durablement transformer la principauté, notamment le droit, la sécurité sociale, mais également l’éducation et la protection des travailleurs. Si le véritable chancelier qu’il nomme est Friedrich Horlder (1972-1984), à la tête du Parti de la liberté, il affirme par cette nomination son attachement aux valeurs libérales et progressistes et s’éloigne des conservateurs de l’Alliance de la droite populaire et de ceux du Parti du prince, qui se sentiront trahis par le pouvoir princier. Horlder, tout comme Kramer, s’inscrivent tous deux parfaitement dans la continuité des réformes voulues par Mai 1964. Le retour de l’ADP en 1984 sous la tête de Karl-Theodor Aigels (1984-1992) marque l’image d’un prince de gauche au sein de la principauté. Il faut attendre 1992 pour qu’arrive au pouvoir un gouvernement de droite après la percée de l’Alliance de la droite populaire portée par Matthias von Bischoff (1992-2004).
S’il est apprécié par beaucoup de ses sujets pour son attachement aux valeurs progressistes et libérales, mais également aux institutions démocratiques, les partis de droite lui ont été pendant longtemps opposés en raison de sa trahison idéologique. Les rares gouvernements de droite qui arrivent au pouvoir sous son règne, comme celui de Matthias von Bischoff (1992-2004) et le dernier, celui de Cunz von Beringen (2012-2020), tous deux de l’Alliance de la droite populaire, se sont attachés à peu le consulter et à lui demander son avis, préférant diriger et administrer la principauté sans son chef d’État. Le Parti du prince et son électorat ne se sont jamais vraiment remis de cette trahison perçue envers la fidélité à la principauté, à la figure du prince, à ses prérogatives, à l’Église mais également aux valeurs conservatrices de la société emsoise. Ce sentiment est allé tellement loin que le parti a cherché de nombreuses fois à modifier son nom, mais sans véritable succès.
Dès l’annonce de son décès par le palais princier de Sankt-Ludeck, les drapeaux de la principauté ont été mis en berne. Les cloches des églises et des cathédrales ont sonné dans la matinée tandis que la famille princière s’est rendue au palais de Sankt-Ludeck pour organiser les funérailles du souverain tant aimé de l’Emsbund. Spontanément, de nombreux citoyens se sont rendus eux aussi au palais princier pour pleurer la perte de leur souverain et pour déposer des fleurs, des bougies et des messages de condoléances en son hommage, réaffirmant leur fidélité envers leur prince et envers l’Emsbund. L’actualité nationale de l’Embsund est occupée par cet événement majeur. Après avoir régné pendant un demi-siècle, le prince souverain Karl-Wilhelm V s’en va, laissant s’ouvrir une nouvelle page de l’histoire de l’Embsund. Le gouvernement et le palais royal doivent, dans les prochaines heures, communiquer sur la succession au trône, qui devrait revenir à la princesse Luise-Amalie Ire, première femme à accéder au trône de princesse souveraine de l’Emsbund et à porter le titre d’électrice de l’Emsbund, ainsi que sur les modalités des funérailles.