06/08/2020
18:02:45
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Des terroristes dans l'ambassade

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Une nouvelle semaine vient de débuter dans les rues de Pravlia en ce lundi matin. Les magasins ouvrent progressivement et la lumière se fait plus vive. Les piétons marchent dans la rue avec leur empressement habituel tandis que le ballet automobile a repris son activité quotidienne.

En parlant de voiture, et si on en regardait une au hasard. Celle-là, par exemple, elle a l'air pas mal mais... j'aime pas la couleur verte. Ou celle-là ? Non, elle est trop polluante. Ah ! Peut-être celle-là ? En plus elle a l'air intéressante, c'est une plaque ustienne, des étrangers donc. C'est décidé, suivons cette voiture et regardons qui il y a à l'intérieur... Il y a trois personnes, tous des hommes. Et si on devinait ce qu'ils vont faire ? Pour nous aider, nous allons voir ce qu'ils ont dans leur coffr... OH MAMMA MIA, il y a trois fusils d'assaut dans le coffre. Et ils viennent de s'arrêter devant l'ambassade du Kronavio ! Mais nous ne pouvons rien faire, sinon nous briserons le quatrième mur ! Nous allons donc être contraints de regarder ce spectacle, impuissants. Ils sortent de leur voiture. Je crains le pire. Mais ? Ils n'ouvrent pas le coffre ? Ils entrent dans l'ambassade naturellement, sans armes. Ouf, nous pouvons respirer. Comme quoi, ce n'est pas parce qu'on est étranger, qu'on a des fusils d'assaut dans le coffre de notre voiture et qu'on s'arrête devant une ambassade d'une autre nation qu'on va faire un attentat.

Bref, trêfle de plaisanterie, soyons sérieux, c'est GK ici, pas une histoire avec une narration bizarre. Bon, revenons en à nos bonshommes.


Ces trois hommes avaient fait une longue route depuis le village d'Oïmiakoust en Ustia. Ils font partie du groupe Molo Gotov, le groupe ayant fait les attaques au Talaristan en 2019. Leur chef leur a donné une consigne : entrer en contact avec l'ambassade du kronavienne pour parler avec la délégation qui s'y trouve et parler de leur plan. Ils ont pour mission d'obtenir l'accord du Kronavio, l'aide et le transport pour lancer une campagne d'attaque au San Youté. Même si leur acceptation est probable au vu du contexte diplomatique entre les deux pays évoqué, les trois membres devront donc se comporter en diplomates, ce qui n'est pas dans leur nature.

Ils entrèrent tout sourire, passant la sécurité sans problème, et s'approchèrent d'un secrétaire à laquelle ils demandèrent de voir un représentant kronavien avec un minimum d'autorité. Plus qu'à attendre que l'un d'entre eux se ramène.
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Une question occupait grandement l'esprit de la réceptionniste : pourquoi des personnes n'ayant pas la nationalité kronavienne se rendraient-elles dans son ambassde ? Les citoyens du Namarov bénéficient pourtant d'une exemption de visa pour les séjours de moins de 30 jours. D'autant plus que toutes les autres formalités sont réalisables en ligne. Pas besoin de se déplacer ! La situation la laissait perplexe, mais après tout, il y avait peut-être une bonne raison.

Lorsque les individus demandèrent à voir un responsable, elle leur répondit que personne n'était disponible pour le moment. En réalité, ils étaient tous parfaitement libres dans leurs bureaux, mais la réceptionniste se méfiait : elle avait le flair pour sentir quand une situation cachait quelque chose. Des individus lambdas qui demandent à voir un responsable, ce n'est pas tous les jours !

Soudain, les visiteurs changèrent de version. Ils demandèrent à prendre rendez-vous pour obtenir un visa de long séjour (plus de 30 jours). Une démarche tout à fait classique ... si l'on oublie qu'elle est entièrement réalisable en ligne. Même si elle préférait les renvoyer chez eux, elle jeta un œil au planning des disponibilités.

Après avoir patienté plus de deux heures dans la salle d'attente, la prochaine fois, ils n'oublieront pas de faire les démarches en ligne, la réceptionniste leur indiqua enfin qu'une personne est disponible pour déposer le dossier et enregister les empreintes digitales : longer le couloir, tourner à droite, puis entrer dans le premier bureau sur leur gauche.

Mais évidemment, ils n'avaient aucune intention de se rendre dans ce bureau. Le visa ne les intéressait absolument pas, ils l'obtiendraient sans doute sans le moindre problème si le Kronavio acceptait leur projet. Une fois engagés dans le couloir, les trois hommes se mirent à chercher une plaque indiquant "Responsable", "Directeur" ou "Représentant", n'importe quel titre évoquant une certaine autorité.

Mais pour ceux n'ayant jamais mis les pieds, l'ambassade kronavienne ressemble à un immense labyrinthe. Et comme si cela ne suffisait pas, un employé surgit par la porte d'un des nombreux bureaux.

- Bonjour Messieurs. Vous n'êtes pas censés vous trouver dans ce couloir, je vous invite à faire demi-tour.

Prétextant une envie pressante d'aller aux toilettes, juste après le bureau, les trois hommes réussirent à continuer leur chemin. Après de longues minutes à marcher rapidement dans des couloirs qui leur paraissaient interminables, ils tombèrent enfin sur une porte avec écrit "Représentant du Kronavio pour les affaires économiques".

Bingo ! Même s'ils n'étaient pas là pour parler d'économie, mais bien de terrorisme. Ils frappèrent. Pas de réponse. Ils insistèrent... jusqu'à ce qu'une voix d'homme :

- Attendez ! On ne vous a jamais appris la politesse ?!
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L'attente leur avait paru interminable et le labyrinthe infini. Au moins, ils avaient compris la leçon. La prochaine fois qu'ils iraient dans une ambassade, ils seraient plus aimables et plus subtils, chose complexe pour des gens qui n'ont pas le sens du dialogue.

Quoiqu'il en soit, ils étaient enfin arrivés devant le bureau de quelqu'un avec assez de responsabilité pour les écouter. Le plus vieux des trois hommes prit la parole :

— Pardonnez-nous, monsieur, pour notre manque envers la politesse et le protocole, mais nous devons nous entretenir avec un responsable kronavien sur un sujet urgent. Pourrions-nous entrer ? Cela concerne le San Youté, un ennemi que nous avons en commun.
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Le représentant, intrigué par ces trois hommes qui pourraient avoir de bonnes propositions, les laissa entrer. Après tout, si des personnes sont arrivées jusque ici c'est pour une bonne raison

- Le San Youté ... j'ai effectivement eu plusieurs réunions avec mes supérieurs au Kronavio au sujet de cet État hostile. Entrez donc, mais je ne suis que le représentant pour les affaires économiques. Si vous souhaitez parler de diplomatie ou du San Youté je ne suis peut-être pas le plus compétent. Je saurai du moins vers qui vous orienter.

Les quatres hommes entrèrent et se mirent à discuter autour du bureau ...
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Les membres s'assirent et dirent sans se cacher au responsable :

— Nous allons aller droit au but. Nous sommes des membres de l'organisation paramilitaire Molo Gotov qui a effectué des actions au Talaristan, un odieux pays autoritaire anticommuniste. Cette année, le chef a décidé de s'attaquer au San Youté. En effet, ce pays aussi est anticommuniste et vous menace directement. Nous aimerions avoir l'aide du Kronavio pour cette entreprise.
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Le responsable est embarrassé par cette question. Des terroristes demandent de l'aide à un pays : qu'adviendra-t-il si cette histoire est découverte ? Une guerre éclatera ?

D'autant que le San Youté s'est déjà montré menaçant, comme le prouvent les bombardements qu'ils ont immédiatement organisés sur de simples ballons.

- Écoutez, vous me posez là une question plutôt difficile. Il va d'abord falloir que je contacte d'autres responsables, voire le Chef d'État-Major Général des Armées pour pouvoir vous répondre. Mais j'aimerais vous demander une chose : que comptez-vous faire pour que personne ne sache officiellement que l'État kronavien est impliqué dans cette affaire ? Nous ne voulons pas entrer en guerre avec le San Youté. La puissance militaire de ce pays est réputée dans toute la région paltoteranne, et elle est nettement supérieure à la nôtre. L'issue d'un conflit serait extrêmement catastrophique pour le Kronavio, dont les moyens restent très limités à l'heure actuelle.
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Le plus vieux échangea un regard avec ses collègues puis dit d'une voix calme, comprenant qu'il faudrait s'armer de patience :

— Nous comprenons vos craintes. Mais nous vous garantissons, au Kronavio, à vous et à vos supérieurs, que même si le San Youté dispose en effet d'une puissance non négligeable, nous ne ferons aucune mention de votre pays dans nos actions, ne lui donnerons aucune légitimité et ne ferons tomber entre leurs mains aucun du matériel que vous nous donneriez si vous acceptiez. De plus, dans notre groupe, nous avons une consigne très claire, nous n'avons pas le droit d'être capturés vivants par l'ennemi.
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- Attendez un instant, je dois contacter certaines personnes.

Le responsable laissa les trois hommes dans le bureau et passa dans une pièce voisine. Après une heure passée au téléphone, il revient dans le bureau.

- Messieurs, le Kronavio est intéressé par une campagne de déstabilisation du San Youté qui sera menée par votre groupe Molo Gotov. Cependant, cette affaire qui n'est pas à prendre à la légère, ne peut pas être validée immédiatement. J'ai obtenu un premier accord, qui devra toutefois être confirmé par une autre personne. Vous recevrez la décision finale dans moins d'une semaine, je vous l'assure. En cas d'accord, nous vous ferons parvenir les détails des moyens mis à votre disposition par le Kronavio. Avez-vous des questions ?
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Les trois hommes échangèrent un regard satisfait, puis le vieux dit :

- Non, nous n'en avons aucune. Nous sommes ravis que vous nous fassiez confiance malgré notre démarche peu protocolaire. Une semaine est largement suffisante pour contacter et préparer le reste du groupe.
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Quelques jours plus tard, le groupe reçoit un appel d'un numéro masqué.

- Messieurs, rendez vous a l'aéroport le 30 mai, soit dans 5 jours. J'espère que vos valises sont prêtes, nous avions fait au mieux. Un avion est parti du Kronavio en direction du Namarov pour, officiellement envoyer des renforts humains à l'ambassade face à l'afflux de demandes de visa long séjour (en partie vrai, et nous remercions au passage les namaroviens si entousiates à l'idée de visiter notre cher pays) mais officieusement pour pouvoir transporter votre groupe sous couverture. Dans l'avion, le Ministre de la sécurité intérieure vous attendra, vous y discuterez des formalités, des objectifs et du matériel nécessaire qui sera mis à votre disposition. Je ne peux pas m'éterniser, les services de renseignement secret du San Youté pourrait nous tomber dessus. Des questions ? Sinon, bon voyage !
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Lorsque les trois hommes revinrent parmi les leurs dans le village d'Oïmiakoust, ils se mirent à raconter l'étrange prise de contact qu'ils avaient orchestrée. Une chose leur était désormais sûre : la prochaine fois, ils penseraient à mieux planifier. Quoiqu'il en soit, le Molo Gotov, Pavel Orlov, fut satisfait. La rencontre avait été un franc succès car, en plus d'avoir réussi à avoir l'accord du Kronavio, le groupe avait obtenu l'aide matérielle et le transport. Tout était donc prêt pour l'envol. Il n'y avait plus qu'à attendre que les cinq jours soient écoulés.

Ainsi, le 30 mai, le groupe arriva à l'heure à l'aéroport comme convenu et se forma en huit petits groupes de dix, soit quarante membres. Cela n'était pas la totalité des effectifs du groupe car le Molo Gotov avait pris la décision de ne pas emmener l'entièreté des membres au San Youté pour que, dans le village d'Oïmiakoust, ceux restés sur place continuent à recruter des personnes et à stocker du matériel.

Le Molo Gotov fit prudemment entrer les trois membres qui avaient fait la discussion dans l'aéroport pour qu'il repère la délégation kronavienne. Une fois cela fait et qu'ils furent reconnus, ils firent signe aux autres que tout était bon. Les groupes traversèrent l'aéroport un par un, à intervalles réguliers, prenant un passage non habituel et privé vers le tarmac pour garantir le plus de discrétion possible. Même s'il savait que le Namarov se fichait des activités kronavienne et qu'officieusement, le Namarov ne faisait rien contre le groupe, il ne voulait pas que, lorsque les actions seraient effectuées, on puisse faire le rapprochement entre cet embarquement et la venue du groupe au Paltoterra. Comme il l'avait promis, Pavel faisait tout pour mouiller le moins possible le Kronavio.

Pour finir, ils montèrent dans l'avion, après une rapide poignée de main entre un représentant kronavien et Pavel, sans dire un mot, et s'installèrent.
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Le Ministre de la Sécurité intérieure en personne accueillit les membres du groupe à bord de l'avion. Une fois l'appareil dans les airs, la discussion commença. À plus de 11 000 mètres d'altitude, personne ne pouvait les espionner…

- À présent, je vous écoute. Quels sont vos objectifs ? Même si je pense que nous sommes surtout ici pour parler du matériel dont vous avez besoin. Nous avons 21 heures de vol devant nous, alors j'espère que vous avez beaucoup de choses à m'expliquer.

Le Ministre essayait tant bien que mal de masquer son stress. Il s'apprêtait à fournir des armes et des équipements qui serviraient à tuer de nombreuses personnes lors de futurs attentats. Mais l'idée que la cible était le San Youté apaisait sa culpabilité.
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Pavel Orolv n'était pas né de la dernière pluie. Il sentait le stress palpable de l'homme en face de lui. Il s'imaginait que le ministre devait le voir comme un vulgaire terroriste assoiffé de sang. Cependant, il s'en fichait et répondit :

— Tout d'abord, nous avons plusieurs objectifs. Déjà, les installations des partis de droite et d'extrême droite comme le Parti Republicain ou l'Union de la République du San Youté, le parti au pouvoir, sont de bonnes cibles. À ces odieux partis, nous leur donnerons de bonnes raisons d'être anticommunistes. Également, nous avons pensé à viser des personnalités politiques de ce bord infâme. Nous verrons jusqu'où nous pourrons les atteindre. Bien sûr, lors de ces actions, nous éviterons le plus possible les dégâts collatéraux. Car, contrairement à ce que disent les journaux capitalistes corrompus du monde, nous ne voulons pas tuer des civils innocents.

Il marqua une petite pause, puis reprit :

– Pour ce qui est du matériel, nous aurions besoin de fusils d'assaut de bonne qualité, de gilets pare-balles, mais aussi d'explosifs, sans oublier des voitures et des motos pour pouvoir transporter et fuir. Des moyens de communication seraient évidemment utiles.
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- Je suis ravi de vous dire que nous disposons de tout le matériel dont vous avez besoin. Évidemment que nous vous prêterons des véhicules. Pendant le voyage, vous devrez traverser les forêts et les plaines du Paltoterra jusqu'au San Youté. Un peu plus de 200 kilomètres nous séparent de la capitale. Un long voyage vous attend ! Sachez aussi que nous vous sommes reconnaissants pour ce que vous accomplissez.

Il est tellement plus facile d'envoyer des terroristes que de déclarer ouvertement une guerre...

- Une fois sur place, sachez que le Kronavio restera disponible si vous souhaitez être exfiltrés ou si la situation s'envenime. Nous pourrons intervenir ou vous envoyer du matériel supplémentaire, il vous suffira de nous contacter. Vous aurez un téléphone satellite. Cela dit, le Kronavio ne dispose que de deux satellites en orbite : le système n'est donc pas encore totalement fiable, malgré nos investissement.

Le ministre venait-il de commettre une gaffe en divulguant une information classée secret-défense ? Ce n'était pas un drame, au 21e siècle, le Kronavio n'était certainement pas le seul pays à posséder des satellites militaires.

- Le plus simple pour nous contacter reste d'appeler depuis un numéro san-youtien et de transmettre le message de façon codée. Voici les deux codes dont vous pourriez avoir besoin :
1. Besoin de renfort matériel : "Sul sul"
2. Exfiltration d'urgence : "Dag-dag"

La conversation occupa une grande partie du voyage et l'avion s'appretait désormais à attérir.
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Pavel était plutôt surpris par le fait que le ministre de la sécurité sécurité intérieure venait de lui lâcher un informations secrètes comme celle-ci alors que ça faisait moins d'une semaine que le groupe était rentré en contact avec le Kronavio. Paradoxalement, cela renforça sa détermination. Il faudrait à tout prix ne pas se faire capturer vivant au San Youté. Il attacha sa ceinture avant l'atterrissage pour ne pas risquer un incident puis se leva prêt à sortir.
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