30/08/2020
12:19:36
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Le Ruban Doré : vote final [Fujiwa / Grand Ling / Negara Strana / Jashuria]

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LE RUBAN DORE : VOTE FINAL



Salle de conférences – Hall des congrès – Etat d’Azur - Jashuria


« Mesdames, messieurs, maintenant que le protocole a été respecté, allons droit au vif du sujet. »

Les mots du Premier Ministre Nantipat Sisrati résonnèrent dans la grande salle de conférence au sein de laquelle les représentants et les experts des délégations étrangères s’étaient rassemblés. La salle de conférence, immense et traitée acoustiquement, accueillait aujourd’hui les représentants des comités techniques et politiques du Grand Ling, du Fujiwa, du Negara Strana et du Jashuria. L’ensemble des participants, confortablement assis autour de grandes tables équipées d’écran de visualisation et de tablettes prêtées pour l’occasion, se retourna vers le Premier Ministre jashurien, qui entamait la dernière année de son mandat et conclurait vraisemblablement son destin politique avec ce projet de grande ampleur, unique au Nazum.

Le projet du Ruban Doré avait parcouru bien du chemin depuis ses premières itérations au début des années 2000. L’instabilité du Nazum était un fléau qui avait durant longtemps paralysé le développement d’infrastructures transcontinentales. Entre les psychopathes génocidaires, les isolationnistes et les différents fous du bus, il devenait difficile de planifier quoi que ce soit sans se retrouver d’emblée avec une question embêtante : est-ce que ça va tenir ? C’était malheureusement l’une des conditions du travail au sein du Nazum : l’impermanence des relations internationales. Fort heureusement, les Jashuriens constataient, après bien des écueils et errements, que leurs proches voisins étaient désormais d’une remarquable stabilité et qu’il était devenu possible de tisser des liens véritables avec eux.

Les experts travaillaient d’arrache-pied depuis des mois pour formaliser le tracé de la ligne principale du Ruban Dorée, du Fujiwa jusqu’au Grand Ling en passant par le Negara Strana et le Jashuria. Des dizaines de réunions, de comités d’organisations et de points de planification divers – tant sur la gouvernance possible que sur les équipements à privilégier et aux formes contractuelles des exploitations – avaient été nécessaires pour accoucher de ce projet se développement sur plusieurs milliers de kilomètres. Les négociations entre les représentants des divers comités avaient nécessité tout le savoir-faire diplomatique et la bonne volonté de pays souvent très éloignés en matière de fonctionnement pour rendre ce projet possible et finançable.

Au micro, le Premier Ministre fit afficher le tracé retenu suite à la dernière réunion de pilotage internationale qui avait vu les représentants des différents pays se prononcer pour adopter en première instant le tracé et l’emplacement des différentes gares de l’ensemble de la ligne. Chaque pays avait eu son domaine d’expertise : les Lingois étaient les rapporteurs de la partie technique et équipementière, les Stranéens étaient en charge des pôles gare et de l’intermodalité sur l’ensemble de la ligne, les Fujiwans étaient responsables de la partie financement et les Jashuriens avaient pris à leur compte la partie gouvernance de la ligne. Chaque pays était sensé présenter les résultats des discussions internationales avec les différents partenaires afin de s’acheminer vers le vote final du projet.

« Nous voici rassemblés aujourd’hui dans cette magnifique salle de conférences à Azur pour voter les derniers éléments qui nous serviront à acter le démarrage de ce projet exigeant et stimulant qu’est le Ruban Doré. Il est le fruit du travail conjoint de nos quatre pays, ici rassemblés, et du savoir-faire des ingénieurs, économistes, planificateurs et experts, qui ont su mettre en commun leur savoir-faire et leur expertise pour tracer les lignes d’un projet qui est plus que la simple addition de nos compétences propres. Ce jour est à marquer d’une pierre blanche, car pour la première fois dans l’histoire du Nazum, le Ruban Doré apportera aux pays du Nazum une infrastructure contemporaine, rapide, efficace et nous l’espérons, sans retards, aux pays du Nazum. Je souhaite à nouveau remercier les représentants du Grand Ling, du Fujiwa et du Negara Strana pour s’être prêtés à cet exercice exigeant, mais qui démontre notre capacité collective à relever les défis de demain. Mais assez de lauriers tressés, passons aux présentations finales. Si ces messieurs-dames de l’Empire du Grand Ling veulent bien se lever et démarrer par la présentation des équipements retenus pour cette première ligne. »

Les applaudissements suivirent la fin du discours de Nantipat Sisrati et accompagnèrent l’annonce des représentants du Grand Ling.


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Affiche de trains.
LES ROUTES DE LA SOIE.
Le Ruban Doré : vote final.


Le moins qu’on puisse dire c’est que le Premier ministre lingois, ZHOU Lee, avait tenu sa parole face à la Cours Législative au moment du discours sur l’état de l’Union voilà déjà trois ans. La diplomatie lingoise n’avait jamais été aussi active que depuis ces trois dernières années, oscillant entre présence dans de grandes instances internationales, multiplications des partenaires stratégiques ou présence dans des conflits internationaux. Le Grand Ling était devenu un acteur incontournable du Nazum pour de nombreux pays dont la Grande République de Velsna, pour ne citer qu’elle.
Pendant que les entreprises lingoises se donnaient toutes les peines du monde pour rivaliser avec des acteurs internationaux et arracher des parts de marché, les autorités lingoises arrachaient les contrats et multipliait les accords cadre nécessitant l’appui de ces géants industriels.
Après le Duché de Sylva et la Grande République de Velsna, était venu le moment de s’attaquer au Ruban doré, plus grand projet humain du XXIe siècle au Nazum et peut-être du monde. Assez naturellement, le Grand Ling avait été d’office nommé en charge de la gestion technique et équipementière du projet ce qui lui octroyait d’office un soft power majeur, un soft power que jamais plus il n’aurait espéré avoir depuis la chute du Grand empire des Liang.
Très en avance sur ses infrastructures ferroviaires, le Grand Ling allait simplement recommencer la formule qui avait fait le succès du rail chez lui. Cette formule fonctionnait très bien y compris dans un paysage international.
En effet depuis 2015, le Grand Ling et le Burujoa partageait une co-entreprise gérant les liaisons ferroviaires frontalières entre leurs pays tandis que depuis 2011, c’était avec le Negara Strana qu’un même procédé existait. Rompu à l’exercice de la coopération internationale, l’Empire se montrait fort enthousiaste à l’idée de mettre la barre un cran au-dessus.

La délégation lingoise était comme toutes les autres happée par les mots fédérateurs du Premier ministre jashurien. La ligne courait du Grand Ling a Sokshō en passant par le Negara Strana et le Jashuria. Les lingois avaient déjà eu plusieurs idées d’embranchements renforçant la résilience du réseau, tandis qu’il était arrivé à leurs oreilles que les Fujiwans préparaient des plans de desserte afin d’accroître les revenus de la ligne.
La chance du Grand Ling était que l’intégralité de sa portion de Yunhe jusqu’à Kotarakyat (Strana) en passant par Xine-Shoudu (Burujoa) et Neijing était accomplie. En somme, elle servait directement de proof of concept. Lorsqu’elle fut invitée à prendre la suite, la délégation lingoise mit un petit temps avant de s’exprimer. En l’occurrence, elle se composait du Secrétaire aux Communications, monsieur SURYANATA Devi, en qualité de chef de la délégation. Il était accompagné par le responsable de la Direction des Études et Projets nouveaux de Great Ling Railways, monsieur TRAN Henry, en qualité d’ingénieur en chef et responsable technique du projet ; par le directeur industriel de Hongzhaji Rail, monsieur WEI Liang, en qualité d’équipementier matériel roulant et par le responsable de la Direction des Infrastructures de Great Ling Railways, monsieur TANAKA Kenji, en qualité de responsable infrastructures.
Le Secrétaire aux Communications se racla rapidement la gorge et débuta son propos.

— Bien, merci Monsieur le Premier ministre Sisrati. Avant toutes choses, il est de mon devoir de responsable politique que de féliciter ce Groupe des Quatre pour cet incroyable exploit humain que nous sommes sur le point de réaliser.
Le chemin de fer n’est pas simplement un moyen de transport, il représente aussi une manière de rapprocher les Hommes entre eux, de développer et aménager un territoire, de participer à mobilités alternatives tout autant qu’il crée de l’emploi et des vocations.
La manne financière que dégagera le Ruban sera bénéfique à tous ici présent. C’est un immense privilège pour ma Nation que d’être le garant technique et matériel du projet.
Mais assez de bla-bla de politicien, j’aimerais inviter l’Honorable TRAN Henry, ingénieur en chef du projet, à prendre la parole.

Tandis que l’intéressé se leva brièvement pour remercier les applaudissements convenus, on chargeait sa présentation sur l’écran de la salle de conférence. Cette dernière était d’une incroyable technicité à en faire dormir un insomniaque. C’était attendu, la partie technique n’avait rien d’excitant mais sans elle, le projet ne pouvait pas vivre.
— […] Donc, comme je le disais le tracé suivra cette ligne jusqu’à Kota Rakyat au Negara avant de reprendre le chemin des LGV existantes en rejoignant Kota Tua au Grand Ling et de là notre réseau Grande Vitesse. Il est a noter que ce réseau se poursuit jusqu'aux Xinamenes burujoises et pourrait éventuellement être complétées jusqu'à la provin... Mh. Jusqu'au Xin mais je laisserais le soin à mon collègue, monsieur TANAKA Kenji de revenir en détail là-dessus.
Bien, ainsi que nous avons étudié et conceptualisé le projet avec la participation de nos homologues jashuriens lors d'une rencontre préliminaire à celle-ci, nous estimons qu'en qualité d'expert technique, les normes lingoises s'appliqueront sur l'ensemble du tracé concernant les systèmes embarqués, les appareils de voie et etc.

A cet effet nous préconisons une formation de deux mois de vos futurs conducteurs afin de mettre en conformité les futurs cheminots du réseau du Ruban Doré. GLR pourra se charger de dispenser les supports de formation et d'aiguiller vos formateurs ainsi que fournir des conducteurs en qualité de moniteur de conduite le temps que vous acquériez les compétences manquantes.

Il marqua une pause pour retirer le capuchon en carton du verre d'eau posé à côté de lui et boire une très grande gorgée. Il reprit finalement sa soporifique présentation.
— [...] Enfin, il s'agira de miser sur les avantages du Train Control System, abrégé TCS, pour nous libérer des contraintes de la signalisation physique à l'image du T3 – pardon, du Track-to-train – que l'on retrouve sur les LGV lingoises. Comme vous pouvez le voir sur cette diapositi... Ah non, pas celle-ci... Oui, avancez encore... Oui voilà, celle-ci. Comme vous pouvez le voir sur cette diapositive, l'idée du TCS est d'avoir des cantons flottants où chaque trains communiquent entre-eux et ne dépendent donc plus de la signalisation physique qui pour des raisons de sécurité était implantée à des distances précises et obligeait les conducteurs à observer certaines marches quand bien même ils avaient l'assurance par de nombreux indices que la voie était libre devant eux. Il faudra que les futures machines soient dotées du Driver-Machine Interface (DMI), ce qui est la norme chez Hongzhaji Rail depuis quelques années pour les besoins du marché lingois. 

[...]

Et ici, vous pouvez voir tout l'intérêt du Railway Mobile Communication System (RMCS), composante intégrale du RTMS dont nous parlions plus tôt. Pour simplifier les choses, retenez que nous utiliseront le réseau 5G et satellite pour transmettre sur l'ensemble de nos lignes les informations de train en train et d'acteurs en acteurs et cela à la place de l'actuel système de radio GSM qui nécessite plus d'infrastructures et est bien moins sécurisé. Weihua Technologies Company, Ltd. fournie déjà la majorité des puces 5G co-développées avec la Grande République de Westalia. Il serait intéressant de mettre vos acteurs en coordination avec les notres sur ce plan, d'autant que le Grand Ling veut utiliser l'opportunité du réseau ferré continental pour développer la fibre optique partout et nous relier tous ensemble de manière redondante et complète. Nous procédons de manière similaire sur le réseau national en exploitant le rail comme autoroute de télécommunication, j'imagine que le projet continental observera la même rigueur. [...] Je laisse donc à présent la parole à mon collègue WEI Liang.

L'enfer des chiffres, des données techniques et du discours d'ingénieur, meilleur en technique qu'en communication — drôle de hasard quand on travaillait dans le transport. Il laissait à présent sa place au représentant de Hongzhaji Rail qui avait été sélectionné par Neijing pour son matériel Grande Vitesse, tant par chauvinisme que parce que Hongzhaji avait d'excellent arguments et était le premier constructeur ferroviaire du monde avec des contrats aux quatre coins du globe dont Velsna ou Sylva pour ne citer qu'eux.
— Merci... Beaucoup, Henry, pour tes explications limpides... Et... claires ? Bref, nuls doutes qu'à tête reposé et avec tous les supports écrits que tu as donné, les choses seront plus facilement assimilables aux délégations en présence.
Tant qu'à moi, je serais assez bref. Pour ce réseau Grand Vitesse, nous proposons les dernières itérations des Great Ling Railway High speed (LRH), les LRH3. Au regard de la très probable fréquentation du réseau, les LRH3D seront préférés aux LRH3 classiques car ils embarquent deux niveaux soit 1 280 PAX pour une longueur similaire et une meilleure motorisation pour éviter de perdre en vitesse maximale. En l'occurence, les LRH3D font 15 000 kW soit 20 000 chevaux pour 220 mètres en unité simple. Je vous laisse faire les calculs en configuration multiple et vous avez une petite ville eurysienne réunie dans un seul train.

Du reste, les automotrices proposées ici ont le net avantage de disposer des dernières technologies en vigueur tant pour le confort voyageur que pour la sécurité avec les toutes dernières normes anti-incendies ou intégrant déjà les systèmes RTMS sur demande du Gouvernement lingois pour l'homologation ce qui fait que le Ruban Doré n'aura pas de nouvelle R&D à fournir ni aucun deniers à dépenser pour la mise à niveau du matériel roulant existant.

A son tour, il marqua une pause pour boire de l'eau.
— Concernant le fret et la Vitesse Classique. Que vous choisissiez d'utiliser le réseau secondaire existant des pays membres du projet ou que vous fassiez sur site propre, mais j'imagine que cela coûtera deux à quatre rein du kilomètre, les coûts de R&D pour l'homologation et la mise à niveau sont largement inférieur à la Grande Vitesse. Libre a vous de voir si vous voulez vous lancer dans cette aventure, Hongzhaji Rail recommande toutefois son matériel aussi pour les mêmes raisons évoquées que plus tôt. En l'espèce, nous suggérons la BB 38000 pour le Voyageur et la BB 38000 version double pour le Fret.
La puissance continue de la BB 38' est de 3200 kW, 6400 VD, pour une vitesse maximale voyageur à 200 km/h et fret à 120 km/h. Pour le reste, ce sont des technologies assez basique de moteurs asynchrones avec une chaîne de traction AC-DC-AC IGBT... Ouh Grands Dieux, je deviens aussi soporifique qu'Henry ! Bref, Hongzhaji Rail s'engage à la transparence et vous communiquera personnellement les documents de présentation des solutions que nous proposons. J'imagine que je dois passer la parole à monsieur TANAKA Kenji ? Oui ? Allez ça marche.

TANAKA Kenji était fait du même bois que son collègue TRAN Henry, il détestait par ailleurs parler beaucoup et surtout inutilement.
— Je serais bref. La majorité du réseau existe déjà et c'est une bonne nouvelle. Cela vous nous prendre plusieurs mois avec les fonds nécessaires à plusieurs années sans les fonds pour mettre aux normes RTMS le réseau. Encore plus longtemps avec les portions à construire ou reconstruire.
Pour la maintenance, nous voulons installer plusieurs technicentres autour des gares principales du réseau où nous pensons que l'offre commercial offrira des terminus. Par exemple un à Neijing, un à Kotarakyat, un à Yunhe, un à Azur, etc. Nous en voulons au moins deux à trois par pays, parce qu'on a pas envie de faire six heures de train pour porter le secours ou rapatrier une rame.
Pour le reste de l'infra, nous serons sur du classique mais redoutable 25 kV CA avec un rail écarté à 1435 mm. Sinon, que dire de plus ? Ah oui ! Bien qu'il y aura du RTMS partout avec du TCS dans tous les sens, nous pensons qu'il est pas absurde de conserver les infrastructures physiques au moins pour le réseau secondaire, sur LGV ça ira de toutes façon trop vite pour voir puisqu'on ambitionne la V max commercial du LRH3, c'est à dire 350 km/h, voire peut-être plus avec les futures versions, mais ça sera à discuter avec Hongzhaji. Après, je n'ai pas beaucoup plus à raconter que mon homologue TRAN Henry qui vous a déjà parlé des technologies utilisées sur la voie, de la fibre optique, des antennes relais 5G, etc.

TANAKA Kenji regarda la pièce autour de lui, remua légèrement sa lèvre inférieure maintenue fermée et quitta le pupitre. Il estimait avoir fini sa présentation et la conférence était à nouveau assurée par le Secrétaire SURYANATA qui attendait les éventuelles questions arrivant.
HRP : Ressources complémentaires
Armoiries du Grand Ling.
Délégation stranéenne
Le Ruban Doré : vote final


Après plusieurs dizaines d'années difficiles, le Nazum commençait à sortir doucement de l'enlisement conflictuel dans lequel il était plongé. Au Nord, les États libéraux portés par la Poëtoscovie et le Talaristan travaillaient d'arrache-pied pour construire une structure internationale pacificatrice, la Communauté des États Nazumis, avec le plus de pays possible, incluant même certains membres de la Confédération Socialiste. Plus au Sud, le Jashuria conserve depuis bien des années sa figure de force stabilisatrice. Puissance diplomatique majeure, le pays a multiplié au fil des années des initiatives, tant bilatérales que multilatérales, pour une pacification des relations au Nazum. Aujourd'hui, c'est l'un de ses projets phares qui arrive au bout du jour : le Ruban Doré, le rêve devenant réalité d'une connexion ferroviaire du Nazum. Destiné à être déployé en plusieurs phases, le Ruban Doré naît sur les côtes de la mer d'Azur et vise à relier dans un premier temps le Jashuria, le Fujiwa, le Grand Ling et le Negara Strana.

Ce projet arrive à un moment particulier pour la République Socialiste. Après près de 20 ans d'ouverture politique et économique, le gouvernement stranéen voyait se consolider l'un des fruits de sa politique diplomatique. Surtout, l'initiative intervient à un moment charnière, où la scène politique stranéenne se remet encore de la participation active du gouvernement à la chute du régime shogunal mis en place au Fujiwa. Ainsi, la mise en place du Ruban Doré arrive non pas comme un cheveu sur la soupe mais bien comme la cerise sur un gâteau qui a manqué de s'effondrer.

Du côté stranéen, la direction des négociations a été tenue par Murti Mahendra, Commissaire aux Affaires Extérieures délégué à la Coopération Nazumie. Pour lui, ce n'était pas qu'une mission qui lui avait été assignée par la cheffe du gouvernement de l'époque, Kawaya Haryanto, mais bien une (é)preuve politique à réaliser. Voilà maintenant dix ans que le Nouveau Parti Socialiste progresse dans les urnes et gagne en responsabilité. Son influence a nettement grandi depuis son arrivée au gouvernement, il était temps de prouver aux Stranéens que les valeurs portées par le parti sont celles pouvant mener à une véritable élévation du pays : ouverture, retrait de l'État et pluralisme. Pour autant, l'homme n'a pas été seul dans sa tâche. En effet, Asirwanda Janura et Fitriani Wijayanti, respectivement Commissaire aux Transports et Présidente du Conseil Central des Travailleurs de Mawssim Transpotasi, ont tous deux consacré une part importante de leur temps au projet nazumi. La petite équipe, accompagnée d'une dizaine de techniciens et hauts fonctionnaires, fait partie de la délégation stranéenne à Azur.

Après avoir longuement applaudi les interventions jashuriennes et lingoises, il était au tour de Murti Mahendra d'intervenir pour ouvrir la présentation stranéenne. Tout excité, le petit homme s'approcha du pupitre avec un sourire qui aurait fait rougir n'importe quel dentiste. Il prit la parole :

Murti Mahendra : Mesdames et messieurs, quel plaisir d'être présent dans ce magnifique Hall des Congrès d'Azur pour discuter avec vous du Ruban Doré ! Comme mes collègues, je vais commencer par remercier très chaleureusement monsieur le Premier Ministre Nantipat Sisrati pour son accueil et sa supervision. J'aimerais saluer plus largement mes homologues avec qui j'ai grandement discuté ces derniers mois pour mener ce projet à bien. Votre force politique vous honore, l'union prévalera toujours sur la conflictualité en nos terres nazumies ! Enfin, j'adresse mes plus humbles remerciements à l'ensemble des comités et agents techniques qui ont matérialisé notre idéal politique en véritable projet.

Tous ces remerciements mènent à un seul point : celui de l'Honneur. Car ce projet est honorable pour notre continent, et surtout pour tous les citoyens et sujets qui y vivent. Je suis persuadé que cette première pierre posée est celle d'un futur monument du Nazum, alors bravo à nous ! Dès à présent, je vais laisser la parole à mon collègue Asirwanda Janura, Commissaire aux Transports du Negara Strana.

Le petit homme descend du pupitre et part s'asseoir, presque en sautillant. Loin d'être le meilleur des orateurs, il était certain qu'un engouement sincère transpire à travers ses paroles. La personne qui lui succéda, le Commissaire Janura, était bien plus sobre. Plutôt monotone, sa mine grise et son sérieux contrebalançent clairement avec la bonne humeur de son collègue.

Asirwanda Janura : Bonjour messieurs dames, en tant que Commissaire aux Transports, je représente aujourd'hui l'ensemble de mes agents et de mes directions commissariales, qui ont notamment été chargés de superviser le choix des gares concernées par la première ligne ferroviaire du Ruban Doré. Au total, ce sont 13 gares qui font partie du tracé retenu. Comme vous pouvez le voir sur la diapositive, la ligne débutera, ou finira ça dépend comment on voit les choses en tout cas moi je les vois comme ça, au Fujiwa depuis Sokcho en passant par Kishi près de la frontière avec le Jashuria. Dans ce pays-ci, les arrêts de notre aventure seront Vijaya et la mégalopole Azur, où nous nous trouvons actuellement. Ensuite, au Negara Strana, notre train s'arrêtera à Hijau, Manalotaug, Baranglama, Kotarakyat et Ensaulai. Enfin, le trajet se termine à Neijing, au Grand Ling, en passant par Tianhan, Jiangnan et Fengling.

Pour de nombreuses villes, le choix a été évident. Au-delà d'être à peu près alignées sur le même axe, elles représentent les pôles démographiques et économiques majeurs de la façade est nazumie. Plusieurs d'entre elles, comme les capitales nationales ou régionales, sont aussi des centres névralgiques des réseaux ferroviaires nationaux, maximisant les correspondances. D'autres aspects techniques peuvent expliquer ce choix...

[...]

...Maintenant, pourquoi choisir les villes de Kishi, Manalotaug et Ensaulai ? Villes de taille moyenne, elles ne sont certainement pas les premières à vous venir en tête lorsque l'on parle du Fujiwa ou du Negara Strana. Tout simplement, ces lieux représentent un potentiel important sur le plan de la connectivité de la ligne aux réseaux nationaux. Premièrement, dans le cas de Kishi, la ligne est assurée d'être reliée à des villes fujiwannes importantes comme Kôchi ou Houren, sans avoir à passer par Sokcho. Ensuite, pour Ensaulai, nous avons un cas similaire. Malheureusement, la géographie stranéenne et le tracé de la ligne nous empêchent la possibilité d'inclure Pradipta, plus grand centre urbain stranéen, au projet du Ruban Doré. Avec un arrêt à Ensaulai, nous connectons la ligne à Pradipta via l'axe national préexistant Ensaulai-Pradipta. Enfin, le cas de Manalotaug est différent. Ce choix est davantage porté sur le futur plutôt que sur le présent. Ce qu'il ressort des discussions politiques que nous avons pu avoir, c'est que cette ligne n'est que la première étape du Ruban Doré. À moyen terme, dans un monde idéal, il sera question d'inclure Heon-Kuang au projet. Poser aujourd'hui un pied à Manalotaug, c'est s'enlever une épine du pied demain...

[...]

...Enfin, une fois notre inventaire fait, ces gares sont-elles opérationnelles ? Pas toutes. Si le Jashuria et le Grand Ling disposent déjà d'un réseau de pointe, il en est autrement pour le Fujiwa, et surtout le Negara Strana. En priorité, les gares de Kishi et Manalotaug nécessiteront des travaux d'agrandissement et d'aménagement des quais et des bâtiments d'accueil des voyageurs. Pour autant, les coûts et le temps des travaux devraient être plutôt marginaux mis à l'échelle du projet.

C'est à peu près tout sur le sujet, quoique je me sois déjà bien étendu. J'appelle ma collègue Fitriani Wijayanti à prendre ma place. Elle vous présentera comment nous allouerons les moyens du Ruban Doré sur l'ensemble du réseau en gare et en publicité notamment. Je vous remercie.

Alors que l'homme descendit du pupitre, on sentit presque un soulagement dans la salle tant sa présentation avait paru longue. À sa suite, Fitriani Wijayanti arriva. C'était une grande femme, tant en termes de taille que de prestance. Rien qu'à sa posture, on la sentait déjà plus à l'aise et intéressante que les deux politiques stranéens.

Fitriani Wijayanti : Bonjour à tous ! En ma qualité de Présidente du Conseil Central des Travailleurs de Mawssim Transpotasi, j'ai été grandement sollicitée au sein de ce projet et je compte vous rapporter ce qui est ressorti de nos travaux en ce qui concerne la gestion des agents de gare et les moyens investis dans l'information voyageur. Pour commencer, une philosophie générale s'est dégagée de nos discussions : il faut faire confiance à nos gares. L'ensemble des parties rejette la mise en place d'une structure unique pour la gestion des ressources humaines allouées au Ruban Doré. Si des fonds pour l'embauche pourront être débloqués dans certains cas particuliers, nous laisserons la tâche aux gares et à leurs gestionnaires de reconfigurer l'affectation de leurs agents de gare. Cette mesure permet d'éviter les frictions qu'il peut y avoir entre les législations nationales en matière de droit social ou, pour être direct, cela règle l'obstacle que représente l'organisation socialiste du travail au Negara Strana.

Pour autant, le recrutement des agents sur la ligne sera tout de même réalisé selon une base de critères communs pour assurer une haute qualité de service. Par exemple, les agents devront être en capacité de parler une autre langue que la leur pour servir les voyageurs. Ainsi, le Ruban Doré mise sur une gestion autonome et décentralisée portée par des normes partagées et définies collectivement.

[...]

En outre, le challenge du Ruban Doré est d'intégrer notre ligne commune aux réseaux nationaux tout en la distinguant du réseau classique. Pour cela, une charte graphique unique sera choisie afin de rendre reconnaissable le service dans les différentes gares du continent. Parallèlement, les informations sur les trajets du Ruban Doré seront incluses, bien sûr sur les affichages en gare, mais aussi sur les applications des prestataires nationaux. Un site à part sera créé, mais les informations seront toujours accessibles via les canaux classiques pour faciliter la compréhension du réseau par les voyageurs.

Voilà ! Merci pour votre écoute, je laisse maintenant la parole à Bunga Putu, femme à la tête de la Direction de la Coordination des Services Annexes de Mawssim Transpotasi.

Fitriani descendit gracieusement et fit un sourire à sa collègue qui montait à l'estrade. Fidèle travailleuse de l'entreprise du haut de ses 67 ans, elle était certainement la doyenne de la salle. Pour autant, sa compétence et sa soif de travail la faisaient continuer jusqu'à aujourd'hui. Certains disent que le Ruban Doré est le dernier projet sur lequel elle s'est investie.

Bunga Putu : Bien le bonjour chers collègues et représentants, ma prise de parole sera brève, ne vous inquiétez pas ! Pour finir cette présentation du Negara Strana qui gérait le pôle gares et intermodalités, je vais adresser la question des services annexes au réseau, que je traite déjà au sein de Mawssim depuis un petit moment. Comme a pu le souligner madame Wijayanti, l'issue des discussions a été assez claire pour tous. Le Ruban Doré doit poser un cadre clair, mais les gares sont toujours responsables de la gestion des services. Dès lors, il a été question de dresser une liste de services auxquels les gares doivent absolument répondre, toujours dans l'optique de fournir la meilleure qualité de service possible. Sans être exhaustive, les gares doivent proposer des services de restauration variés, des espaces d'attente suffisants en taille, des services de toilettes, des points d'information clairs sur les différents moyens de transport disponibles dans la ville, ou encore une réception pouvant communiquer en jashurien, en lingois, en fujiwan et en stranéen.

Je pourrais vous lire la liste entière, mais celle-ci vous sera fournie et elle suit une seule et même logique de qualité de service, d'accessibilité et d'autonomie des unités. Merci de m'avoir écoutée.

La présentation réalisée par la délégation stranéenne finit sous les applaudissements, ouvrant la voie pour la délégation fujiwane.



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