
Concernant les droits des homosexuels, en dépit du fait que la Constitution garantit l'égalité de tous devant la loi et diverses autres libertés, ce n'est pas trop le cas concernant les associations LGBT+ et les personnes qui s'y associent : les manifestations liées à ces « activités » sont strictement interdites et la loi ne reconnaît ni les adoptions par des homosexuels, ni leurs mariages, ni même leur couple en concubinage. Si l'État n'accorde ainsi aucun droit aux homosexuels, il reste cependant laxiste sur l'application des peines, qui peuvent aller jusqu'à un an de prison toutefois. « Vivons bien, vivons cachés » était devenu une forme de norme pour une partie des homosexuels talars depuis la répression de la dernière Pride à Alnur en 2016.
Pourquoi alors les députés du Parti libéral-démocrate ont-ils porté une motion visant à « garantir la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles étrangères ainsi que les actes civils qui y sont liés émis par des nations étrangères » à l'Assemblée suprême ? Parce que le gouvernement talar a invité le président de la République latruane Vasiliy Shulichenko, qui est marié avec « le premier mari de la République latruane », Sergey Shulichenko. Pour des raisons de bienséance diplomatique, il était utile de légiférer en matière de droits pour les homosexuels « [...] du moment qu'ils ne sont pas de chez nous ».
Le président Mirza Arsam a cependant donné des directives claires : pas de scandale public sur les chaînes de télévision concernant la venue de Monsieur Shulichenko et de son mari, et pas de bruits non plus concernant l'adoption d'une législation sur les droits des homosexuels non-citoyens : « Messieurs Shulichenko doivent être reçus avec les honneurs qui siéent à un chef d'État et à son mari, avec le sens du respect et de la morale qu'ont toujours su entretenir les Talars ».
À l'image du reste de la ville, que l'on surnomme « la cité blanche » pour ses bâtiments essentiellement faits de marbre blanc, le palais d'État donnait l'impression d'avoir été inauguré hier, sans aucune imperfection visible et entouré par de grandes places et allées de jardins et de canaux d'eau qui sentaient assez fort le chlore. On aurait pu croire que la place tout entière était vide, mais un détachement de la Garde républicaine était présent, ainsi qu'une chorale d'enfants de l'Institut national des langues eurysiennes — la principale école de langues d'origine eurysienne du Talaristan — qui commença à entonner l'hymne latruan, devant les yeux pleins d'admiration de leur maîtresse et d'un fonctionnaire qui, quant à lui, n'avait l'air guère sympathique.
Arrivé finalement devant l'entrée, le président latruan — suivi de près par son mari, Sergey Shulichenko, qui avait eu vent de la situation des homosexuels au Talaristan — fut reçu avec honneur aux portes du palais d'État par deux imposants drapeaux talars et latruans, tenus par des hommes de la Garde républicaine en tenue traditionnelle talar. Devant eux se tenait le président de la République Mirza Arsam et, directement sur sa gauche, le Premier ministre Röstäm Almir Arslanbay. Derrière eux, presque aucune femme, que des hommes et des hauts fonctionnaires.
Le président Mirza Arsam fini par s'avancer pour prendre la parole :
J'espère que cette première rencontre sera productive et constructive pour l'avenir des relations qu'entretiendront la République du Talaristan et la République de Latrua, deux nations bâties sur des valeurs universelles de liberté, de paix, de justice et de démocratie. Monsieur Arslanbay et moi-même allons vous accompagner tout au long de votre visite, qui, j'espère, saura vous montrer toutes les richesses et les opportunités que la République du Talaristan peut offrir.