03/09/2020
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[Talaristan-Latrua] - Le Talaristan revoit sa législation sur l'homosexualité

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Panorama sur le centre ville de Khydan, la capitale : en premier plan, le palais d'État, siège de la présidence et du gouvernement, en second plan le bâtiment de la Cour constitutionnelle.

VISITE D'ÉTAT DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE LATRUA A KHYDAN
ou « Pourquoi le Talaristan va revoir sa législation entourant l'homosexualité. »

Ce qu'il y a de pratique quand ton parti politique et ses alliés ont la majorité au Parlement, c'est que tu peux faire passer des réformes législatives rapidement, parfois tellement rapidement que le peuple n'a guère le temps de s'en rendre compte. La République du Talaristan a toujours été, dans sa conception institutionnelle, administrative et politique, un État fortement conservateur sur les volets sociaux et sur les courants dits « progressistes ». Si l'État n'interdit pas explicitement les revendications telles que le droit des transgenres ou des homosexuels, elles sont dans les faits extrêmement mal vues, que cela soit par les élites politiques, les hautes sphères de la société civile ainsi que par une partie notable de la population, et par ailleurs non légiféré, voir dans certains cas effectivement interdit.

Concernant les droits des homosexuels, en dépit du fait que la Constitution garantit l'égalité de tous devant la loi et diverses autres libertés, ce n'est pas trop le cas concernant les associations LGBT+ et les personnes qui s'y associent : les manifestations liées à ces « activités » sont strictement interdites et la loi ne reconnaît ni les adoptions par des homosexuels, ni leurs mariages, ni même leur couple en concubinage. Si l'État n'accorde ainsi aucun droit aux homosexuels, il reste cependant laxiste sur l'application des peines, qui peuvent aller jusqu'à un an de prison toutefois. « Vivons bien, vivons cachés » était devenu une forme de norme pour une partie des homosexuels talars depuis la répression de la dernière Pride à Alnur en 2016.

Pourquoi alors les députés du Parti libéral-démocrate ont-ils porté une motion visant à « garantir la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles étrangères ainsi que les actes civils qui y sont liés émis par des nations étrangères » à l'Assemblée suprême ? Parce que le gouvernement talar a invité le président de la République latruane Vasiliy Shulichenko, qui est marié avec « le premier mari de la République latruane », Sergey Shulichenko. Pour des raisons de bienséance diplomatique, il était utile de légiférer en matière de droits pour les homosexuels « [...] du moment qu'ils ne sont pas de chez nous ».

Le président Mirza Arsam a cependant donné des directives claires : pas de scandale public sur les chaînes de télévision concernant la venue de Monsieur Shulichenko et de son mari, et pas de bruits non plus concernant l'adoption d'une législation sur les droits des homosexuels non-citoyens : « Messieurs Shulichenko doivent être reçus avec les honneurs qui siéent à un chef d'État et à son mari, avec le sens du respect et de la morale qu'ont toujours su entretenir les Talars ».


Le soleil était au rendez-vous pour la première visite d'État officielle d'un président latruan à Khydan, la « nouvelle capitale » du Talaristan depuis 2008. La délégation latruane, avec Monsieur le président de la République Vasiliy Shulichenko en tête, avait été accueillie à l'aéroport international de la ville, située en dehors de l'agglomération, par le Sous-secrétaire d'État aux relations étrangères pour l'Eurysie, la Ministre des Affaires étrangères, Madame Asmina Akmyradowa, s'étant déclarée, plus tôt dans la journée, « indisposée ». Après avoir fait le tour de Khydan en voiture, et être notamment passé devant la fameuse — et controversée — « Arche internationale de la Turciquité », le cortège du président latruan et de sa suite s'arrêta devant le palais d'État.

À l'image du reste de la ville, que l'on surnomme « la cité blanche » pour ses bâtiments essentiellement faits de marbre blanc, le palais d'État donnait l'impression d'avoir été inauguré hier, sans aucune imperfection visible et entouré par de grandes places et allées de jardins et de canaux d'eau qui sentaient assez fort le chlore. On aurait pu croire que la place tout entière était vide, mais un détachement de la Garde républicaine était présent, ainsi qu'une chorale d'enfants de l'Institut national des langues eurysiennes — la principale école de langues d'origine eurysienne du Talaristan — qui commença à entonner l'hymne latruan, devant les yeux pleins d'admiration de leur maîtresse et d'un fonctionnaire qui, quant à lui, n'avait l'air guère sympathique.

Arrivé finalement devant l'entrée, le président latruan — suivi de près par son mari, Sergey Shulichenko, qui avait eu vent de la situation des homosexuels au Talaristan — fut reçu avec honneur aux portes du palais d'État par deux imposants drapeaux talars et latruans, tenus par des hommes de la Garde républicaine en tenue traditionnelle talar. Devant eux se tenait le président de la République Mirza Arsam et, directement sur sa gauche, le Premier ministre Röstäm Almir Arslanbay. Derrière eux, presque aucune femme, que des hommes et des hauts fonctionnaires.

Le président Mirza Arsam fini par s'avancer pour prendre la parole :

    Monsieur Shulichenko, c'est un honneur pour la République du Talaristan que vous, votre mari, Monsieur Shulichenko, et la délégation diplomatique qui vous accompagne ayez accepté notre invitation pour cette rencontre d'État dans notre ville de Khydan. Soyez les bienvenus.

    J'espère que cette première rencontre sera productive et constructive pour l'avenir des relations qu'entretiendront la République du Talaristan et la République de Latrua, deux nations bâties sur des valeurs universelles de liberté, de paix, de justice et de démocratie. Monsieur Arslanbay et moi-même allons vous accompagner tout au long de votre visite, qui, j'espère, saura vous montrer toutes les richesses et les opportunités que la République du Talaristan peut offrir.
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en-tête
13/05/2020, Palais d'État de KhydanAvion présidentiel

Cela faisait près de trois heures que l'avion présidentiel volait dans le ciel matinal. La délégation latruante avait embarqué dans l'imposant appareil plus tôt dans la matinée et l'atterrissage était prévu pour midi et demi. Il restait donc un peu plus d'une heure au Président et à ses équipes pour préparer comme il se devait la rencontre à venir entre le Chef d’État latruant et son homologue du Talaristan. Étaient rassemblés, autour de la longue table de la salle de l'avion, le Ministre des Affaires Étrangères, la Ministre de l’Économie, la Secrétaire d’État à l'Industrie, le Ministre de la Culture, la conseillière diplomatique, la conseillière économique et le conseiller culture. Pour la plupart d'entre eux, ils étaient habitués à ce genre de voyage et connaissaient cette pièce et la table qu'ils entouraient par cœur. Ils formaient, en quelque sorte, la garde rapprochée du Président, l'accompagnaient dans nombre de déplacements et le conseillaient sur les sujets dont ils avaient la compétence.
Cependant, parmi ce gratin politique, un invité surprise s'était glissé : un homme habituellement absent de ces grandes réunions politiques, de ces petits conciliabules, car considéré, à tort ou à raison, comme bien éloigné des considérations qui font l'essence de la gouvernance. S'était joint aux discussions, en ce matin ensoleillé de mai, Sergey Shulichenko, mari du Président latruant. Habitué à accompagner son Président d'époux un peu partout autour du globe, Sergey l'était beaucoup moins lorsqu'il s'agissait d'accompagner ce même époux dans les réunions qui ponctuaient ses journées. Une exception avait été faite car, semblait-il, un sujet de la plus haute importance, vital pour la réussite de la visite officielle, le concernait directement. Il écoutait donc avec attention les échanges.

Mais, à son grand désespoir, les hommes et femmes assis autour du cercle blanc ne discutaient que de sujets purement politiques. Un coup, ils s’intéressaient aux coutumes talars et à la richesse culturelle du pays ; un autre, ils se penchaient sur les possibles investissements que pourraient faire les entreprises latruantes - dont les patrons étaient présents en nombre dans l'avion - au Talaristan ; une autre fois, ils parlaient des récents changements politiques à la tête du gouvernement de cette république turcique avant d'embrayer, sans aucune transition, sur un portrait détaillé de chaque interlocuteur que Vasiliy aurait à rencontrer.
Si toutes ces informations étaient intéressantes, et frôlaient parfois même le passionnant, elles finirent par assommer Sergey qui regardait de plus en plus souvent les détails inexistants du plafond de la pièce. Il commençait sérieusement à se demander ce qu'il faisait là quand la réponse lui fut apportée, par son mari qui plus est. Ce dernier lui toucha l'avant-bras et lui dit :

"Mon amour, il faut maintenant qu'on te parle d'un sujet important."

Il était très rare que Vasiliy l'appelle Mon chéri en public, encore plus devant ses conseillers. Son mari donnait habituellement dans le Sergey ou, quand il se voulait un brin plus joueur, Monsieur le Premier Mari. Ce changement soudain de dogme mit la puce à l'oreille de Sergey qui, s'il ne s'attendait pas au pire, se demandait ce qui se tramait dans son dos. Le sujet de la discussion était donc suffisamment important pour que Vasiliy fasse ce genre d'entorse, et Sergey se retourna vers son mari, en quête de plus amples explications. Cependant, ce ne fut pas ce dernier qui lui répondit, mais la conseillère diplomatique, une femme brune d'une soixantaine d'années qui représentait à elle seule tout ce que la diplomatie pouvait avoir de strict et de rigide. Elle dit :

"Monsieur le Premier Mari, les services talars nous ont fait savoir qu'ils ont modifié leur loi pour permettre cette visite. Ils ont autorisé la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles étrangères ainsi que les actes civils qui y sont liés, émis par des nations étrangères. Grossièrement, ils reconnaissent votre union et modifient ainsi leur législation sur la question homosexuelle. Cela pourrait paraître positif et un bon signal pour la lutte sur ces questions ; cependant, il y a deux hics. Le premier, c'est que ce texte ne s'applique qu'aux étrangers, et qu'à vous en particulier, Monsieur ; le deuxième, c'est que la société talare est assez conservatrice et donc peu encline à la libération des mœurs.

- Et donc, Madame la conseillère, quelle est la conséquence sur cette visite
, demanda Sergey, partagé entre agacement et impatience ?"

Ce fut cette fois-ci Vasiliy qui répondit à ses questionnements en disant :

"Cela veut dire deux choses, mon chéri. La première, c'est qu'il faudra se faire à l'idée qu'il est possible que notre présence soit moins souhaitée par certains habitants, et deuxièmement, que nous devrons agir dans le respect des traditions du Talaristan, mais...

-Mais ?
, interrogea Sergey

- Mais on ne va pas se cacher non plus. Et donc, si on peut envoyer un message doux, caché, tout en respect, à leur communauté homosexuelle, on ne s'en privera pas.

Le visage de Sergey s'éclaira. Il retrouvait l'homme qu'il avait épousé, il y a plus de vingt ans. Un homme certes sérieux, habité par la fonction et conscient des risques et des responsabilités qu'elle incombe, mais aussi facétieux et militant dans l'âme, défendant avec la même ardeur qu'il y a vingt ans, les causes qui lui tiennent à cœur. Sergey répondit en souriant :

"Et que fait-on donc ?

- J'ai ma petite idée, mais ce sera mignon, très raisonnable, presque discret."



***

Le véhicule contenant les époux Shulichenko s'immobilisa devant le palais d’État. Sergey en sortit le premier, faisant face à la délégation talar. Il fit un léger signe de la tête aux dirigeants présents, reboutonna sa veste et attendit que Vasiliy le rejoigne. Ce dernier déposa un léger baisé sur la joue de son mari et lui présenta son bras pour qu'il le prenne. Le couple arriva devant le Président du Talartistan. Ils écoutèrent les salutations d'usage puis, ces dernières finies, Vasiliy prit la parole :

"Merci beaucoup Monsieur le Président pour votre accueil. Mon mari et moi-même avons été enchantés par votre capitale et la beauté de son architecture. C'est pour nous un immense honneur de pouvoir vous rencontrer ce jour, vous et Monsieur le Premier ministre.

Monsieur le Premier ministre, je souhaitais vous féliciter pour votre nomination et pour la victoire qui l'a permise. "


Ces mots dits, Vasiliy quitta Sergey, dont le programme était de visiter plus amplement la ville. Il entra avec le Président talar dans le Palais et ils déambulèrent, accompagnés de leur délégation respective, avant d'entrer dans une grande salle. Vasiliy présenta de manière succincte les membres qui formaient sa délégation et dit à son homologue :

"Monsieur le Président, je souhaitais vous remercier une nouvelle pour votre accueil et celui de votre peuple. Comme vous l'avez dit, le Latrua et le Talaristan partage de nombreux points en commun, à commencer par leur volonté, toujours renouvelée, de défendre la paix et la stabilité pour permettre l’essor de la souveraineté des peuples et des nations. Ce que nous bâtissons ici, aujourd’hui, est non seulement utile mais aussi nécessaire pour le développement de nos pays.

Il existe deux traditions diplomatiques auxquelles j'attache une grande importance. La première est la franchise dans les débats. Il me semble important, en ces temps où tout va très vite, et où de l'incompréhension naît le conflit et la mort. C'est pourquoi je présenterais, sans circonvolutions parasites, les propositions de partenariats, qui pour moi, peuvent aider nos nations à se rapprocher.
Deuxième point important pour moi, et c'est une vieille tradition protocolaire latruante, l'hôte ouvre la réunion. Vous avez eu la gentillesse de m'inviter, moi, mon mari et nombre de représentants de la nation latruant. Il est donc tout naturel que vous commenciez cette entrevue et que vous présentiez, en premier, les points importants qui forgeront la relation future entre le peuple talar et le peuple latruant. "



PRMPR
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Panorama sur le centre ville de Khydan, la capitale : en premier plan, le palais d'État, siège de la présidence et du gouvernement, en second plan le bâtiment de la Cour constitutionnelle.

VISITE D'ÉTAT DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE LATRUA A KHYDAN
ou « Pourquoi le Talaristan as revu sa législation entourant l'homosexualité. »

La raison d'État ne justifie pas toujours tout. En dépit de la volonté de son mari, le président de la République Mirza Arsam, la « première dame » du Talaristan avait elle-même déclaré quelques instants après que la délégation latruane fut rentrée être « indisposée » et s'être retirée. La raison de ce soudain mal de ventre ? Le léger baiser échangé entre le président de la République de Latrua, Vasiliy Shulichenko, et Sergey, son mari, lors de la réception protocolaire aux abords du palais. Un baiser qui fut certes bien discret, mais qui ne passa pas inaperçu au regard des milieux politiques très conservateurs qui dirigent le Talaristan depuis plus de quarante ans désormais.

Si, par le passé, ce genre d'échange n'aurait même pas prêté à attention, la « nouvelle société » du régime d'Arsam s'était parfois tournée, dans certains domaines, vers une forme d'ultra-puritanisme qui tournait presque à la dérision et qui, parallèlement, causait de nombreux problèmes : si l'on excepte le cas des homosexuels, l'absence de cours d'éducation sexuelle dans les écoles talars et de discussions sur ces sujets dans la sphère privée, sous réserve de « bonnes mœurs », avait fait exploser, chez les plus jeunes, le nombre de maladies sexuellement transmissibles, de par l'absence d'utilisation de préservatifs, alors pourtant pleinement disponibles dans les pharmacies des grandes villes.

Beaucoup voyaient la nomination du Premier ministre Röstäm Almir Arslanbay comme une bonne chose : le président Mirza Arsam, qui domine la vie politique depuis des décennies, commençait à se faire vieux et on le voyait de moins en moins à la télévision nationale ou dans la sphère publique, alors qu'il était pourtant un habitué des ondes et de la communication, se baladant dans les rues de Khydan, la capitale faite sur mesure pour lui. Arslanbay, lui, avait certes cinquante ans, mais incarnait une génération réformiste au sein du Parti libéral-démocrate et ses prises de position passées lui avaient permis d'assurer la place qu'il occupe aujourd'hui, tandis que son prédécesseur, Aydar Azamat, agissait plus comme un pion que comme un chef de gouvernement.



Le président talar semblait avoir été surpris de voir Sergey quitter les rangs de la délégation latruane, au point qu'il échanga vraissemblement un mot à ce sujet avec un conseiller qui l'accompagnait. Pourtant, sa femme non plus n'assistait jamais au réunion strictement politique ? Alors pourquoi semblait-il surpris ? Le vieissant talar avait peut être du mal à comprendre que sa relation avec sa femme était comparable à celle entretenue par son homologue latruan et son mari.

    Nous avons été informés par notre ambassadeur à Vrarany des coutumes qui siéent au protocole diplomatique de la République de Latrua, et il est bien évident que nous ne vous avons pas fait venir d'aussi loin sans avoir nous-mêmes des projets concrets à vous proposer. Comme je vous l'ai dit plus tôt, je suis persuadé que la République de Latrua et la République du Talaristan ont de nombreux intérêts communs qu'il ne tient qu'à nous de développer, d'enrichir et d'affirmer par une entente constructive et collaborative.

    Plusieurs points sont à aborder, notamment dans les domaines de la souveraineté, de la diplomatie, mais également de la coopération économique, culturelle et sociale, que mon Premier ministre va vous présenter dans les grandes lignes. Bien évidemment, il ne s'agit que des lignes politiques dont nous souhaitons discuter avec vous, et il ne tient qu'à votre gouvernement de les étudier pour que nos services puissent rédiger un traité d'entente en bonne et due forme.

Le Premier ministre Arslanbay se leva, salua de la tête une nouvelle fois les membres de la délégation latruane présents et se prépara à parler, un gros dossier entre les mains. De son côté, le président Mirza Arsam observait scrupuleusement sa prise de parole, comme s'il regardait quelqu'un faire son travail à sa place. L'exécutif talar avait, jusqu'à présent, été entre ses seules mains et ses chefs de gouvernement n'étaient que des acteurs secondaires de la vie politique. Avec Arslanbay, cela semblait différent.

    Mesdames et messieurs les représentants latruans, Votre Excellence, Monsieur le président de la République, comme l'a dit à juste titre le président de la République, Monsieur Mirza Arsam, la main que nous tendons aujourd'hui à la République de Latrua répondra pleinement à divers axes de coopération. J'entends que mon gouvernement n'agisse pas exclusivement dans les domaines lointains de la politique internationale et de l'entente diplomatique, étrangers à nos concitoyens, mais bien dans des actions concrètes au plus proche de nos populations, répondant à leurs besoins respectifs.

    En premier lieu cependant, je reviens sur des sujets certes essentiels, mais au demeurant communs à la plupart des accords d'amitié : reconnaissance mutuelle de notre souveraineté et de notre intégrité territoriale, de la légitimité de nos institutions et de nos gouvernements, et conclusion d'un pacte de non-agression par des actions directes ou indirectes. J'attire votre attention sur le fait que la notion d'« intégrité territoriale » revêt selon nous à la fois nos frontières terrestres, mais également les eaux maritimes de la République du Talaristan, délimitées et administrées par nos législations dans le respect des conventions qui peuvent être signées, sur ce sujet, avec nos voisins ou les acteurs de la communauté internationale. Bien évidemment, toute reconnaissance de la sorte est et sera réciproque, si tant est qu'il faille le notifier.

    Le développement économique est également un axe important que nous souhaitons valoriser avec la République de Latrua : la mise en place d'avantages douaniers ainsi que des restrictions plus souples sur nos exportations, en conformité avec les législations nationales, ainsi que l'adoption de mesures fiscales et administratives favorisant l'installation d'entreprises latruanes sur le sol talar et de sociétés talars sur le territoire latruan. Ce dernier point serait toutefois soumis à une imposition particulière dans la nation où se concentre l'activité de production : si un impôt peut bien sûr être mis en place pour les succursales de vente, vous conviendrez que ce dernier ne peut être le même qu'un prélèvement sur le site central de l'activité entrepreneuriale. L'ensemble de ces mesures pourrait également être consolidé par une commission pour le développement économique conjoint, qui pourrait formuler des suggestions adaptées au renforcement de nos rapports économiques une fois le traité conclu.

    L'aspect humain est également un sujet majeur que nous souhaitons aborder. S'il est indubitable qu'il existe de profondes divergences entre nos sociétés, le multiculturalisme et la valorisation des identités nationales de chaque peuple et de chaque religion qui composent la nation talar nous ont démontré que des populations bien différentes, tant culturellement que socialement, peuvent favoriser l'harmonie et la concordance dans l'intérêt commun. C'est sur cette base que nous souhaitons fonder nos échanges culturels, sociaux et éducatifs avec la République de Latrua, avec notamment des échanges universitaires, soutenus par un système de bourses, et une reconnaissance mutuelle des diplômes qui sont délivrés à la fin des cursus. Dans le même domaine, nous souhaitons également favoriser l'ouverture d'écoles talars en Latrua et d'écoles latruanes dans nos villes, ainsi que de centres culturels où des expositions pourraient être tenues concernant la société, ses œuvres et ses réalisations.

    La solidarité doit également être l'un des piliers de cette collaboration, à l'image de notre initiative visant à assurer une aide, par l'envoi de fonds, d'hommes ou de matériel, en cas de catastrophe naturelle, de pénurie ou de tout autre incident mettant sous tension les services publics de l'État, tels que les services hospitaliers, les pompiers ou même nos moyens sécuritaires, si cela sied à votre gouvernement.

    Enfin, à l'aune de nos collaborations passées, qui se sont toujours basées sur la diplomatie et l'échange, nous souhaitons qu'en cas de crise internationale majeure, l'autre partie puisse être convoquée et consultée afin d'élaborer une réponse commune appropriée à la situation. Sur l'aspect sécuritaire également, nous souhaitons proposer un accord d'extradition en cas de crime commis sur nos territoires nationaux respectifs. Bien entendu, s'il revêt une importance de le préciser, en cas de litige entre nos gouvernements sur un cas donné, toutes les négociations seront faites dans un cadre de conciliation et d'entente pacifique, et non de confrontation.

    Mesdames et messieurs les représentants, Monsieur le président de la République, la République du Talaristan a abordé les grands axes des accords que nous souhaitions mettre en place, sans entrer dans de vastes détails qui seront soit discutés entre nous, soit feront l'objet du texte intégral qui sera rédigé par nos soins. Cependant, un traité d'une telle importance ne peut faire l'objet d'une seule réflexion et volonté talar, et la présence de Votre Excellence en visite d'État ici, à Khydan, reflète également les ambitions de la République de Latrua de consolider notre entente préalable par la signature d'un accord constructif répondant à notre volonté de renforcer nos échanges.

    ... Monsieur Shulichenko, vous souhaitiez dire quelque chose ?
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Le Président de la République avait écouté religieusement l'intervention de son interlocuteur. Il avait pris un nombre astronomique de notes et pris quelques secondes pour organiser sa réponse avant de prendre la parole :

"Je vous remercie Monsieur le Premier Ministre pour cet exposé riche, intéressant et prometteur pour l'avenir de notre relation bilatérale. Je me permettrais de répondre à chacun des points que vous avez soulevé avec la même rigueur et la même précision.

Tout d'abord, sur les questions politiques, je suis d'accord avec vous quand vous placez la reconnaissance à la fois de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale, à la fois talar et latruante, au premier plan de cette discussion. Je suis totalement d'accord avec vous et que cette reconnaissance commune et mutuelle soit la base de toute relation diplomatique. J'aimerais vous proposer, toujours sur le sujet politique, mais aussi humain, deux propositions : la première, que nous ouvrions nos espaces aériens à la compagnie aérienne nationale civile de l'autre ; la seconde, que nous mettions fin régime de visa pour nos ressortissants en visite ou en résidence sur le territoire de l'autre, ou du moins que nous créions d'un visa spécial, défini par des modalités d'accès spécifiques et par une période de résidence plus longue qu'un visa classique.

En ce qui concerne l'économie, je pense comme vous que l'économie est la colonne vertébrale de toute alliance entre deux nations. Je suis favorable, et ce très largement, à l'abaissement des droits de douane, car je pense que ces derniers ne sont utiles et bénéfiques à une économie qu'en cas de crise grave et de bouleversements macroéconomiques de premier plan. Je suis en accord avec l'idée d'une taxation différée entre les succursales, qui sont nécessairement étrangères au sol qui les accueille, et les sites mères, en effet, on ne peut taxer une entreprise qui fait des bénéfices à l'étranger, comme on ne peut omettre de comptabiliser une production sous prétexte qu'elle soit réalisée par une entreprise étrangère. Ceci est pour moi, en tant que non-économiste, une réalité qui va de soi.
Je suis aussi pour la création d'une commission économique, dont la mission principale sera de trouver des aménagements législatifs communs sur les sujets économiques et financiers. J'aimerais lui ajouter une autre compétence, qui serait de cibler les secteurs économiques qui devraient faire l'objet d'une attention plus particulière de notre part et qui pourraient être les têtes de pont d'une coopération plus large.

Concernant les échanges culturels, je vous rejoins sur tous les points que vous avez abordés. Je compléterais en ajoutant seulement deux : premièrement, en créant un programme de résidence artistique pour nos chanteurs, nos danseurs, nos plasticiens et autres performeurs ; deuxièmement en vous proposant de jumeler deux de nos villes, dont nos capitales. Pour la partie latruante, la ville d’Illiv, certes troisième ville du pays en termes de population, mais seconde en ce qui concerne son influence politique.

Enfin, pour ce qui est des questions de solidarités, je suis pour le lancement d'une initiative permettant de créer une réelle solidarité matérielle et logistique en cas de graves crises climatiques ou environnementales. Je suis pour la définition d'une consultation nécessaire entre nos deux nations en cas de crise internationale, non seulement pour connaître la position de l'un et l'autre sur ce bouleversement, mais aussi, si un de nos territoires était touché, pour comprendre et l'aide qui pourrait être demandée et apportée. Finalement, car je crois que la sécurité est nécessaire dans nos démocraties, je suis pour la mise en application d'extraditions des criminels les plus dangereux et les plus menaçants - ceux qui tuent, ceux qui viols, ceux qui terrorisent - vis à vis de nos sociétés.

Je crois avoir passé en revue l'ensemble des propositions que je souhaitais vous soumettre, je vous laisse maintenant me donner votre analyse quant à ces dernières."

PR
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