11/09/2020
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[Poëtoscovie-Cité du Désert] Deux acteurs pour un rôle

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Deux acteurs pour un rôle.
Rencontre entre la princesse de la Cité du Désert et la présidente du Conseil de la République de Poëtoscovie
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Il est bien difficile à concevoir qu'un État puisse être chassé d'un territoire sans pour autant être rancunier à cet égard. Tel était pourtant la position poëtoscovienne, qui avec une certaine constance - qu'il convient de souligner, afin de demeurer d'honnêtes gens - s'était évertuée à aider un pauvre petit territoire afaréen isolé - il faut dire que la Cité du Désert n'était membre d'aucune organisation internationale, et n'avait aucun allié véritable, n'ayant aucune diplomatie véritable, n'en ayant aucun besoin, ne possédant aucun pétrole - tandis que celui-ci s'était toujours évertué à chasser "bouh les méchants colons nazumis". Pourtant, c'était bien la Poëtoscovie qui, plusieurs siècles durant, avec été un protectorat, quand la Cité du Désert savait se la couler douce (excuse-moi Eryn pour emprunter un registre aussi vulgaire, mais il est circonstances où l'on ne saurait guère plus faire autrement). Bref, tout cela était un jeu fort drôle, moins sans doute que de rechercher à faire exploser la basilique San Stefano à Velna, faire semblant de normaliser les relations internationales avec la Troisième République du Jashuria, fournir des armes aux milices afaréennes qui s'excitent seules au Moranza - à moi que ce fut un autre État... qu'importe s'il est question de l'Afarée ! Enfin voilà quoi, des mots, toujours des mots, les mêmes mots.

Ce jour là, pour en revenir au fait, rien qu'aux faits, et cesser de digresser à volo (sans doute n'est-ce pas là l'orthographe correcte, mais comme on dit, on s'en tamponne), il s'agissait d'acquérir une masse tout à fait considérable d'armes légères afin d'équiper les soldats poëtoscoviens dans le cadre du Plan quinquennal paru en 2020 et indiquant l'action, nationale et internationale, de la Poëtoscovie jusqu'en... 2025 - bravo Johnny Poëtoscovich. La Cité du Désert, qui avait jusqu'à peu bénéficié d'une protection militaire de la part de la Nation littéraire contre le monopole de l'eau - bon ok, ils étaient un peu cons, mais on peut pas leur en vouloir, ils se sont sortis tous seuls des problèmes qu'ils se sont créés. Tout cela pour explique qu'à la base il y avait du sable avec une ville, que cette ville était dérangée à des pillards, qu'un État - la Poëtoscovie - l'a protégée, que ses conditions étaient difficiles, qu'elles s'est faite virée, et qu'entre temps les usines d'armement délocalisées sont restées sur le territoire de la Cité du Désert.

Pour la Poëtoscovie, l'objectif est alors là de créer une relation gagnant-gagnant. La Cité du Désert peut vendre ce qu'elle souhaite, garder les usines et tout et tout, pour peu qu'elle accepte de fournir des armes gratuitement à la Poëtoscovie. Faut-il rappeler que les modèles d'armes sont poëtoscoviens ? Pour le diplomate venu d'Hernani-centre, le fait que la Cité du Désert leur doive tout n'est en rien un tabou. Cette question d'ailleurs au cœur du problème...

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Il est sept heures du matin lorsque l'avion transportant la délégation diplomatique extraordinaire - deux choses : d'abord oui, ils sont extraordinaires, c'est comme ça, c'est une caractéristique commune à toutes les poëtoscoviennes et tous les poëtoscoviens, d'autre part cela s'explique plus sérieusement par le fait que la Cité du Désert prenne soin de ne pas s'intégrer au concert des Nations, si tant est qu'il puisse exister - poëtoscovienne atterrit en Azur. Si la Cité du Désert avait fait construire un aéroport en son sein, ç'eut été en effet bien plus facile, mais allons-bons, n'allons pas jusqu'à les accabler d'être pauvre (HRP : ballec, je parle seul sachant que c'est une rencontre entre moi et moi, alors je digresse quand je veux si je veux, d'abord). Cette délégation donc, puisque nous en étions resté ici, attendue de pied ferme par les autres fonctionnaires poëtoscoviens déjà présents en Azur - car l'Azur et la Poëtoscovie sont des grands amis - pris le chemin de la Cité dans de gros véhicules à l'allure bling-bling type alguarenos. Il fallait dire que le contraste entre la douceur du sable et la brutalité du métal noir avait quelque chose dont on ne savait s'il témoignait du prestige ou du grotesque.

- Est-on bientôt arrivé ? lança le CMD comme on dit dans le milieu, soit "chef de mission diplomatique".
- Presque ! répondit le chauffeur. Cela, bien évidemment, était un mensonge. Mais il est des mensonges qui donnent espoir, et à ce titre, il convient de ne pas les considérer avec le regard méprisant que nous inspire l'infamie. Peut-être même pouvons-nous y voir, avec un peu d'exercice il est vrai, le témoignage authentique d'une empathie pour ce bourgeois blanc conduit par un pauvre noir, payé au lance-pierre par un État dont l'extraction du Tiers-Monde n'est plus à prouver... Non non, toutes ces considérations frôlaient le racisme, mais avaient quelque chose de parfaitement honnête. Deux vertus donnant naissance au vice... C'est impossible ; tout cela pour prouver, encore, que l'honnêteté n'eut jamais rien de vertueux et le mensonge de vicieux.
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De son côté, la délégation princière attendant le convoi diplomatique poëtoscovien était prête. Les palmiers étaient passés au produit-vitre, comme on dit ici, et chacun souriait - du moins parmi les diplomates, lesquels étaient tenus à une vaste hypocrisie tandis que les habitants, eux, ne cachaient pas leur mépris - face à une telle rencontre. Il faut dire que la Cité du Désert avait connaissance des raisons de cette venue, et si la princesse eût été hautement favorable à l'idée de la repousser autant qu'il lui fut donné de le faire, de tels délais n'avaient pas été admis par son homologue poëtoscovienne.

La princesse n'était pourtant pas de nature à se faire marcher sur les pieds. Bien au contraire, sa réputation de « femme forte » - quoiqu'il y ait toujours un caractère malsain à juger une femme eu égards de sa condition de femme -, la précédait, réconfortait la population d'une manière fort surprenante et, il faut bien le souligner également, avec un succès dépassant toute observation tant antérieure qu'étrangère. Enfin bref, c'était une politique douée, mais consciente également de ses forces et faiblesses. Durant les grandes réceptions, elle n'avait aucun mal à exiger quoique ce soit de ses fonctionnaires, qui lui étaient d'une dévotion sans pareille, et auraient été jusqu'à se sacrifier pour son éphémère plaisir. Cependant, dans les rapports internationaux, cela était naturellement plus difficile, car la Poëtoscovie, qui avait déjà aidé la Cité du Désert - non sans de hautes contre-parties - n'était pas de nature non plus à se laisser faire. Aussi la princesse avait-elle exiger sur le pont l'ensemble de ses meilleurs diplomates, et avait ainsi organisé une rencontre diplomatique suivant les usages les plus strictes de la cité.

- Sa Majesté ne les fera tout de même pas prier durant quatre heures d'affilé, sans boire ni manger, pas un climat pareil, s'étonna d'ailleurs l'un de ses conseillers, nous-mêmes n'y arrivons, à vrai dire, que très difficilement.
- Je le sais bien, répondit alors la femme d'État, pourquoi croyez-vous que nous le ferions, sinon ?
- Et seront-ils astreints aux boissons locales, dont la teneur en alcool dépasse tout ce qu'ils connaissent ? ajouta un second conseiller.
- S'ils sont poëtoscoviens, ils survivront. S'ils ne le sont pas, nous ne pourrons qu'en être plus exigent dans nos demandes.

Ainsi la Cité du Désert était fin prête à dialoguer. C'était certes une rencontre amicale, du moins paraissait-elle tout comme : c'était surtout l'occasion de renverser ce sentiment selon lequel les nations du nord dominent celles du sud. C'est avec environ cette conviction et environ cette fermeté que s'organisait, dans l'ombre, l'idée d'un sommet diplomatique à la violence parallèle bien plus marquée en réalité que ce à quoi pouvaient s'attendre tous les poëtoscoviens.

Cela faisait penser à une affaire qui avait fait grand bruit en Poëtoscovie et, il faut le dire, pour bien peu de choses. Il en demeure que les institutions en avaient été particulièrement touchées, refusant de reconnaitre leur tort quoique le droit se soit ainsi exprimé. C'était au sujet d'une triche dans l'attribution d'un marché public, au sein de laquelle une même entreprise semblait avoir, par deux reprises, participer en tentant de couvrir le plus largement possible les exigences de l'administration. La princesse, non dupe de cette supercherie et alertée aussitôt, s'exclama lors de séances publiques contre cette entité morale, portant par là atteinte - légitimement, le croyait-on alors - à sa réputation ainsi qu'à son honneur. Pourtant, il advint que cette entreprise possédait des firmes répondant effectivement de critères divers, et que la réponse aux appels passés n'avaient pas pour objectif de frauder l'appel d'offres public, mais bien d'y répondre avec la plus grande exigence publique. Après discussions confidentielles entre les services de Sa Majesté et celles de la société, la princesse fut mise au fait de la légalité, et même de sa compatibilité avec le plus haut intérêt général. Cependant, touchée sans doute dans son orgueil, Sa Majesté refusa catégoriquement de s'excuser, et fit une seconde annonce, sans rien retirer à celle la précédant, pour déclarer à peu de choses près que la faute revenait non à son erreur hâtive d'appréciation, mais bien au caractère suspect d'un tel comportement.

Tout cela, au fond, pour illustrer avec quelle mauvaise foi savait se conduire la princesse, et expliquer en quoi tout revirement de sa politique, même face à des arguments probants et compris, semblait impossible. Cela n'était, en somme, qu'une histoire de vanité. Et en vanité mal venue, orgueil déplacé, fierté fautive, amour-propre impertinent, les autorités suprêmes étaient bien d'expertes autorités. Aussi, car cela relevait dorénavant de la notoriété publique, le peuple ne s'en faisait pas véritablement pour les intérêts nationaux dans les circonstances présentes, à moins qu'un part infime d'entre-eux, malgré tout, furent irrationnellement atteints d'une poëtophilie incompréhensible par l'ensemble de leurs concitoyennes et concitoyens.

Pour le diplomate poëtoscovien, il n'y a nul doute que ces éléments n'étaient pas tout à fait inconnus, mais qu'ils n'étaient pas non plus tout à fait cernés à leur juste mesure. La préparation, l'anticipation, le choix des mots, celui du costume, la façon de se présenter, même de serrer la main ou, du moins, de se saluer à l'arrivé de l'aéroport - et encore fallait-il qu'il n'y ait absolument aucune minute de retard - : tout cela servirait à justifier le caractère intraitable de la diplomatie de la Cité. Si la Nation littéraire était connue pour ses revirements de bord, ici, en plein cœur de l'Afarée, on avait tout juste trop peu de modestie pour oser revoir la copie.
Il y avait une certaine audace, pour la Poëtoscovie, de n'envoyer qu'un petit diplomate tout en sachant qu'une réception était attendue au plus haut sommet de l'État du côté de la Cité du Désert. Cette asymétrie était déjà, pour eux, un total aveux de domination sur ce petit territoire afaréen à la souveraineté toute relative. Le CMD - sans doute vous rappelez-vous déjà de ce que cela signifie : chef de mission diplomatique - était donc tout satisfait de cette situation et s'en réjouissait ostensiblement dans le cortège le conduisant de l'Azur vers sa destination finale.

Le conducteur de sa voiture, un local, azuréen assurément, était quand à lui profondément gêné qu'une telle discussion puisse se tenir tandis que son cœur penchait davantage du côté du panafaréanisme que de l'impérialisme poëtoscovien. Lorsque le diplomate eût raccroché - car tout cela, il l'exprimait en réalité au téléphone, grâce aux très longues antennes qui avaient été installées sur le toit de l'un des véhicules -, il essaya d'entamer la conversation.

- Êtes-vous déjà venu en Afarée, Monsieur ? lança le conducteur, qui savait par expérience et conscience professionnelles que les banalités, dans ce genre de situation, relevaient clairement d'une forme de nécessité absolue.
- Moi ? Bien sûr, je travail au bureau afaréen du Ministère, répondit l'homme, qui enchaîna avec un bien long monologue pour expliquer, en fin de compte, une chose dont la complexité n'était pas véritablement à cette hauteur. Car voyez-vous, disait-il ainsi, la Poëtoscovie a toujours été très proches de certaines Nations. La Cité du Désert, évidemment, que nous avons su aider mais dont en interne nous avons mal vécu le retournement de veste, mais également l'Azur, avec qui la coopération porte véritablement ses fruits, et avec qui nous souhaiterions encore davantage nous rapprocher. La signature du Traité de Bascra a, assurément, été un accord central dans notre relation bilatéral, tout comme la participation de l'Azur à l'Organisation des partenaires de la Poëtoscovie, l'OPP, cela va sans dire. Cependant nous pourrions encore nous rapprocher davantage, multiplier les exercices militaires en communs etc... Du moins, dans la cellule de l'afarée nous le voudrions, nous le voudrions terriblement, et nous aurions pu le faire, mais hélas le Plan quinquennal focalise nos efforts sur un tout autre territoire : le Nord-Nazum. Oui oui, même pas un continent entier, car « Bouh, il ne faudrait pas empiéter sur la zone d'influence jashurienne » que me disent mes supérieures. Il demeure que les effectifs de ma cellule, à moi, ils ont été diminués de leur tiers, quand d'autres, pour un demi-continent, travaillent désormais davantage dans les salons dorés du palais présidentiel que sur le terrain.
- Ah, je vois... répondit alors, avec toute la politesse du monde, le conducteur, sans doute un peu embarrassé.
- Nan et puis il faudrait les voir aussi, ceux qui veulent travailler de mèche avec les institutions. Tenez, l'OPP par exemple, dont je vous parlais tout à l'heure. Voilà évidemment une structure centrale dans la vie diplomatique de la Poëtoscovie, mais attention à ne pas donner que là-dedans ! Quand vous regardez la carte, qui participe le plus ? Les pays développés : San Youté, Alarya et j'en passe. C'est une mode du monde occidental, et c'est fort bien que la participation aux programmes d'une agence poëtoscovienne revête un caractère de "mode", cependant, et je l'ai toujours dit : cela ne doit pas remplacer la bonne vieille diplomatie. Si vous regardez les ambassades... assurément c'est vieux comme le monde - et encore, le Pacte international relatif aux normes diplomatiques (PIND) y a changé beaucoup. Mais bref, si vous regardez les ambassades, vous parviendrez à comprendre qu'ici, l'Afarée est présente. Certes c'est toujours l'Eurysie qui domine - ce qui est totalement absurde, la Poëtoscovie n'a presque pas de lien avec l'Eurysie, sinon peut-être Capitalia, mais c'est un vieil héritage, du reste, de la participation à l'UICS, bien jacobine, c'est à dire eurycommuniste - tout est dans le nom. Et il continuait ainsi, dans des phrases à la syntaxe parfois hasardeuse, jusqu'à même se reprendre lui-même : Oulah ! Je crois que cette phrase a manqué d'un verbe !

L'heure avançait furieusement vite mais, qu'il fut dix heures le matin ou sept du soir, le sable gardait la même allure dorée, le même aspect cruel, la même odeur de rien. Le convoi avançait invariablement, et n'avait fait qu'une pause depuis qu'ils étaient partis de l'Azur. Lors de celle-ci, et le diplomate savait pourquoi, ce sont les hommes de la première et de la dernière voiture - nous disons voiture, mais il s'agissait en réalité davantage de gros véhicules indescriptibles, de la couleur du déserts, parfois munis d'antennes, de mitrailleuses, et d'autres gros instruments inqualifiables, avec sur chaque parebrise et sur chaque côté inscrit « Véhicule diplomatique » à côté d'une colombe, et cela dans plusieurs langues, dont l'arabe et le rhêmo-kamien - qui descendirent les premiers. Munis d'armes de guerre, dans un tel paysage, on eût cru qu'il s'agissait d'une scène apocalyptique. La réalité était en fait qu'il fallait dissuader les pilleurs. Dans les véhicules, des snpiers étaient prêts à tirer sur d'autres snipers. Aux mitrailleuses, on était prêt à tirer sur d'autres mitrailleuses. Le CMD put sortir deux minutes, chronométrées, avant d'être contraint de regarder son siège.

De nouveau dans le désert, le convoi continua son périple. Les véhicules, il faut le souligner, n'allaient guère tout droit. Ils faisaient même parfois de larges virages.
- Pourquoi n'allons-nous pas simplement tout droit ? demanda le diplomate.
- Nous suivons les routes sur les cartes. C'est un travail très difficile vous savez, car en vérité, matériellement, on ne voit absolument rien. Il faut alors mesurer de combien on avance, où l'on est alors que tout n'est que désert. Se tromper d'une centaine de mètre - et cela est bien peu - et vous pouvez passer sur un champ de mine.
- Dans ce cas les virages sont les bienvenus, se rattrapa lors le CMD, un peu confus et, désormais, prenant moins à la légère ce petit trajet.
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