Deux acteurs pour un rôle.
Rencontre entre la princesse de la Cité du Désert et la présidente du Conseil de la République de Poëtoscovie
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Ce jour là, pour en revenir au fait, rien qu'aux faits, et cesser de digresser à volo (sans doute n'est-ce pas là l'orthographe correcte, mais comme on dit, on s'en tamponne), il s'agissait d'acquérir une masse tout à fait considérable d'armes légères afin d'équiper les soldats poëtoscoviens dans le cadre du Plan quinquennal paru en 2020 et indiquant l'action, nationale et internationale, de la Poëtoscovie jusqu'en... 2025 - bravo Johnny Poëtoscovich. La Cité du Désert, qui avait jusqu'à peu bénéficié d'une protection militaire de la part de la Nation littéraire contre le monopole de l'eau - bon ok, ils étaient un peu cons, mais on peut pas leur en vouloir, ils se sont sortis tous seuls des problèmes qu'ils se sont créés. Tout cela pour explique qu'à la base il y avait du sable avec une ville, que cette ville était dérangée à des pillards, qu'un État - la Poëtoscovie - l'a protégée, que ses conditions étaient difficiles, qu'elles s'est faite virée, et qu'entre temps les usines d'armement délocalisées sont restées sur le territoire de la Cité du Désert.
Pour la Poëtoscovie, l'objectif est alors là de créer une relation gagnant-gagnant. La Cité du Désert peut vendre ce qu'elle souhaite, garder les usines et tout et tout, pour peu qu'elle accepte de fournir des armes gratuitement à la Poëtoscovie. Faut-il rappeler que les modèles d'armes sont poëtoscoviens ? Pour le diplomate venu d'Hernani-centre, le fait que la Cité du Désert leur doive tout n'est en rien un tabou. Cette question d'ailleurs au cœur du problème...
Il est sept heures du matin lorsque l'avion transportant la délégation diplomatique extraordinaire - deux choses : d'abord oui, ils sont extraordinaires, c'est comme ça, c'est une caractéristique commune à toutes les poëtoscoviennes et tous les poëtoscoviens, d'autre part cela s'explique plus sérieusement par le fait que la Cité du Désert prenne soin de ne pas s'intégrer au concert des Nations, si tant est qu'il puisse exister - poëtoscovienne atterrit en Azur. Si la Cité du Désert avait fait construire un aéroport en son sein, ç'eut été en effet bien plus facile, mais allons-bons, n'allons pas jusqu'à les accabler d'être pauvre (HRP : ballec, je parle seul sachant que c'est une rencontre entre moi et moi, alors je digresse quand je veux si je veux, d'abord). Cette délégation donc, puisque nous en étions resté ici, attendue de pied ferme par les autres fonctionnaires poëtoscoviens déjà présents en Azur - car l'Azur et la Poëtoscovie sont des grands amis - pris le chemin de la Cité dans de gros véhicules à l'allure bling-bling type alguarenos. Il fallait dire que le contraste entre la douceur du sable et la brutalité du métal noir avait quelque chose dont on ne savait s'il témoignait du prestige ou du grotesque.
- Est-on bientôt arrivé ? lança le CMD comme on dit dans le milieu, soit "chef de mission diplomatique".
- Presque ! répondit le chauffeur. Cela, bien évidemment, était un mensonge. Mais il est des mensonges qui donnent espoir, et à ce titre, il convient de ne pas les considérer avec le regard méprisant que nous inspire l'infamie. Peut-être même pouvons-nous y voir, avec un peu d'exercice il est vrai, le témoignage authentique d'une empathie pour ce bourgeois blanc conduit par un pauvre noir, payé au lance-pierre par un État dont l'extraction du Tiers-Monde n'est plus à prouver... Non non, toutes ces considérations frôlaient le racisme, mais avaient quelque chose de parfaitement honnête. Deux vertus donnant naissance au vice... C'est impossible ; tout cela pour prouver, encore, que l'honnêteté n'eut jamais rien de vertueux et le mensonge de vicieux.