

La cérémonie d'investiture prenait doucement fin. Les invités quittaient progressivement la salle, non sans avoir préalablement salué le Président nouvellement réinvesti. Tous, diplomates, présidents, chefs d’État, chefs de gouvernement, parlementaires et représentants des corps constitués étaient venus assister à l'intronisation du dirigeant latruant, reconduit à la tête du pays pour la troisième fois. Tous avaient écoutés les mots du même Président, qui prononça un discours d'une quinzaine de minutes présentant ce que serait son action durant les cinq prochaines années. Tous se pressaient maintenant pour pouvoir lui serrer la main, voire échanger quelques mots avec Vasiliy Shulichenko. Dehors, les détachements de militaires, venus des quatre coins du pays, quittaient les uns après les autres la cour du Palais après leur passage en revu par le Président.
Ce dernier naviguait entre les différents invités, raccompagnant certains jusqu'à l'entrée de la salle de bal, s'avançant quelque peu avec d'autres, discutant avec la majorité, riant avec une minorité. Parmi eux, le couple Orlovski fut honoré de ce qui devait être le plus long échange de la journée. Vasiliy et Sergey discutaient avec les deux Kartiens, fraichement mariés, avec une aisance et une authenticité rare dans les relations diplomatiques, habituellement marquées par le cynisme et les faux-semblants. Les deux Eurysiens furent d'ailleurs les derniers à être raccompagnés par la couple présidentiel et ce, fait rare, jusqu'à l'entrée du Palais.
Ceci fait, les Shulichenko revinrent sur leurs pas et rejoignirent la foule de conseillers, ministres et intimes massée sur les tapis de la salle de bal du Palais. Chacun attendaient le discours - le vrai - que prononcerait le Président pour mobiliser les troupes à l'aune de ce nouveau mandat. Vasiliy, lorsqu'il fut entré dans la pièce, alla se positionner au centre de l'étoffe, laissa Sergey rejoindre leur famille, balaya l'assistance du regard et dit :
"Avant toute chose, je tiens à dire et à vous prévenir qu'il est fort probable que ma mère et ma belle-mère pleurent durant cette intervention."
L'assistance se mit à rire, poliment pour certains, réellement pour d'autres. Vasiliy reprit :
"Et peut-être même mon mari !
Ceci étant dit, je pense que nous pouvons rentrer dans le dur du sujet. Nous sommes aujourd'hui réuni dans ce palais, dans cette maison, car le peuple latruant nous a, une nouvelle fois, fait confiance. Nous lui devons tout. Nous lui devons nos fonctions, nous lui devons notre vie et nous lui devons la chance qui est nôtre de diriger à la destinée de ce beau pays.
Nous sommes ici réunis car nous nous sommes battus - démocratiquement bien-sûr - pour être ici. Nous avons convaincus, nous nous sommes déplacés partout sur le territoire, nous avons discutés avec le plus grand nombre d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards possible. Nous l'avons fait et cela ne fut pas vain, et pour cela, pour votre engagement, je vous remercie.
Je tenais aussi à vous remercier pour les dix dernières années que nous avons passées ensemble. Dix années d'action, de souffrance pour quelques-uns. Je suis un peu taquin aujourd'hui, ou peut-être moins que d'habitude ! Les dix années passées ont été des années riches et je pense que nous devons continuer dans cette lancée. Nous devons continuer, mais pas faire la même chose. Je veux que ce début de quinquennat soit marqué par le social. Je veux que l'on réforme le social, je veux que l'on travaille sur les questions liées à l'égalité homme-femme, sur les problèmes qui existent dans notre système de santé. Nous devons aussi lancer des lois rectificatives sur la question de l'école, pour permettre une plus grande flexibilité de nos institutions. Je souhaite, enfin, que nous permettions, par la réindustrialisation, par le travail, d'augmenter de 1 500 ₽l le salaire moyen dans notre pays. Je veux qu'en 2023, soit à mi-parcours, nous puissions dire que nous avons réformé en profondeur et dans la durée et que nous avons atteint chacun de ces objectifs.
Je veux aussi que nous continuions à donner une place de choix au Latrua sur la scène internationale. Je déjeunerai d'ailleurs dans quelques minutes avec des représentants de l'Altrecht. Les discussions qui se tiendront auront pour sujet principal le rapprochement entre nos deux nations. Il me semble important, à l'image de l'Altrecht, de continuer à discuter avec des pays de tous les continents et avec des gouvernements de tous les bords. Nous l'avons fait, avec beaucoup de socialistes, voire avec quelques communalistes, et malheureusement peut-être pour nous, nous continuerons à le faire.
Ceci est la feuille de route pour les trois premières années. Je ne veux pas dire que les autres sujets n'auront pas droit à notre attention, mais que ces sujets sont nos priorités. Je compte donc sur vous, conseillers et conseillères, pour continuer à me suivre et à m'aider dans ma tâche, au jour le jour. Je compte sur vous, Mesdames, Messieurs les Ministres, au poste qui sera le vôtre, à l'intérieur du gouvernement ou au sein de notre majorité à l'Assemblée constituante, pour défendre, préparer et voter ces textes, pour réformer notre pays. Je ne peux pas vous garantir une place dans la future équipe gouvernementale, mais je peux vous assurer de mon plein soutien et de mon entière considération. J'ai entendu les demandes de chacune et chacun, j'ai entendu les « doléances » qui ont été faites, je peux d'ores et déjà vous dire que celles et ceux qui veulent quitter le gouvernement le quitteront. Je comprends la fatigue et je pense qu'il est tout naturel de vouloir un peu de repos.
Enfin, car je ne serais rien sans eux, je tenais à remercier mes proches ici réunis. Remercier ma mère et ma belle-mère, qui, malgré mon âge avancé, ne cessent jamais de m'apprendre de nouvelles choses, et ce chaque jour. Je voulais aussi remercier ma sœur, qui, par ses idées, parfois opposées aux miennes, m'amène à repenser ma vision du monde. Remercier aussi mes ami.es, qui me suivent depuis plusieurs longues années et qui sont de véritables oasis dans ma vie politique. Remercier mes deux enfants, d'accepter que leur papa fasse la carrière qui est la sienne et de le soutenir par leur joie, par leurs rires et par leurs sourires. Remercier, finalement, celui qui partage ma vie au quotidien, celui qui embellit mes journées - et mes nuits aussi ! Remercier mon magnifique mari, qui vit un véritable calvaire avec moi depuis bientôt vingt-deux ans et qui, je l'espère, je le crois, continuera d'en vivre un durant les vingt-deux prochaines années.
Alors merci à toutes et à tous, l'aventure ne recommence pas, au contraire, elle commence et c'est pourquoi le plus tôt nous nous mettrons au travail, le plus tôt des résultats seront visibles et la vie de nos compatriotes changera. Mon travail commence dès maintenant, car je vais devoir vous laisser pour accueillir nos amis communalistes. Merci à tous !"
Pour la deuxième fois dans la journée, Vasiliy raccompagna nombre de ministres et conseillers dans le hall du Palais, embrassa les différents membres de sa famille. Cette tâche faite, il regarda son image dans un des miroirs de la pièce, remit en place sa cravate, tira quelque peu sur sa veste bleu marine et se dirigea dans le jardin du Palais. Entre les bosquets fleuris et les arbres, une table avait été dressée, une nappe blanche avait été déposée et assiettes et couverts avaient été disposés. Le déjeuner qui arrivait s'annonçait complexe et complet, et Vasiliy attendait avec une certaine impatience, il est vrai, qu'il commence. Il était sûrement grisé par le nouveau mandat qui s'ouvrait devant lui et toutes les possibilités dont il était le synonyme. Il n’eut cependant pas le temps de réfléchir à cette question, la petite grille donnant accès au parc laissa passer quelques visiteurs, encadrés par des gardes du Palais Présidentiel.
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