20/09/2020
11:50:48
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[Poëtoscovie-San Youté] 'Faut pas pousser mémé dans les orties

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'Faut pas pousser mémé dans les orties
Rencontre entre le San Youté et la République de Poëtoscovie

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Ceux qui ont pris cette habitude, dont ils doivent sans doute avoir un peu honte, de lire les différentes aventures de Piotr Vassia doivent bien remarquer à quel point c'est un homme... C'est un homme poète, voilà tout. Il est à la recherche, sans doute, d'un absolu. Lequel ? Cela est un mystère, mais ce mystère ne l'empêche nullement d'œuvrer parmi les diplomates. La diplomatie, en de nombreux points, ressemble d'ailleurs à la poésie. Tout d'abord, cela nécessite une expertise, et tous ces experts défendent — ils ont raison — que cela ne s'improvise pas. Par ailleurs, ces deux disciplines ont naturellement en commun de faire progresser l'humanité. C'est une étrange formule que de parler d'un progrès de l'humanité, mais n'est-ce pas d'ailleurs étrange de s'adonner au vers comme de s'adonner aux relations internationales.

Cependant, il faut impérativement reconnaître à la diplomatie qu'elle est utile, ce que n'est assurément pas la poésie. Cela, Piotr Vassia en était rigoureusement convaincu, comme tous les poètes ; aussi s'amusait-il à le clamer, et se délectait de voir combien les gens manifestaient à son égard une sorte de répugnance, comme s'il se fût érigé contre cet art sacré, là où justement, car les mortels n'ont que l'utile à la bouche, c'était reconnaître le caractère divin de toute chose que de reconnaître sa poésie. S'il faut en effet que les choses soient utiles, elles ne peuvent naturellement le demeurer à rien. Tout n'est utile qu'à quelque chose, jamais dans l'absolu. On conclut donc aisément, en société, qu'une chose utile est une chose permettant de parvenir à une fin. Or, et c'est là que toute la subtilité de Piotr Vassia se faisait comprendre par les êtres initiés aux énigmes de la philosophie, la poésie était cette fin. Pouvait-elle être nécessaire, il eût été absurde de la considérer utile lorsqu'elle n'était en réalité que le dessein de la vie. C'est cela, en vérité, aimer la poésie.

Piotr Vassia méditait justement à ce propos lorsque son chef de cabinet, que nous avions déjà rencontré — toujours pour ceux suivant les exploits de notre ministre — lors de l'affaire wanmirienne, d'ailleurs toujours fort d'actualité, entra afin de plaider auprès de lui la cause du San Youté, cet État qui s'était illustré par sa participation active aux programmes initiés par l'Organisation des partenaires de la Poëtoscovie. Il lui parla alors à peu près en ces termes :

« Mon Ministre, je n'ignore pas que vous vous chargez quotidiennement des pires tâches que le monde ait à porter, ni que vous ayez du temps dont il faut que vous vous déchargiez. Comprenez cependant mon honnête position, moi qui vous conseille et vous assiste, vous supporte et vous aime — le chef de cabinet avait une façon toute à lui de reprocher au ministre son inefficacité, toujours de bonne foi et avec un sourire aimable — , mais il faut ici que je puisse vous instruire sur-le-champ d'une affaire qu'il me tarde de vous partager. Comprenez en effet la hâte qui m'envahit à l'idée de voir, sur notre sol, à nous, humbles Poëtoscoviens, un sol riche d'une riche nature et, à force d'efforts, pauvre de pauvres gens, de voir donc — il fit, évidemment, à cet instant précis, un renversement de sa main d'une façon laissant penser qu'il jouait un évanouissement — de voir sur notre sol, mon suzerain, marcher quelque délégation san-youtaise ! »

Comme à son habitude, Piotr Vassia n'écoutait qu'à moitié. Du moins, s'il fallait rétablir la vérité d'une façon tout à fait sincère et impartiale, il n'écoutait jamais plus qu'à un tiers, et cette fois seulement fit attention de moitié au propos de son premier fonctionnaire.

- Plaît-il ? s'exprima-t-il.

- Vous n'avez pas écouté... Vous devinez sans doute comme le chef de cabinet était livide.

- Pas le moins du monde, mon cher.

C'était ainsi que le ministre se vengeait de son collaborateur, lequel en avait parfaitement conscience. Mais cela était bon enfant et, malgré les quelques suicides au sein du ministère, on admettait tacitement de reconduire l'atmosphère dans laquelle prospéraient de tels traits d'esprit. En somme, les Relations internationales étaient une administration des plus vertueuses, laquelle mettait parmi ses priorités l'épanouissement professionnel de ses employés — que, par affection, Piotr Vassia appelait « ses prolétaires ».

- Nous avons dit à l'Agence de presse de l'OPP que vous rencontriez les autorités du San Youté.

- Sans me consulter ? s'étonna le ministre.

- Sans vous consulter.

Piotr Vassia eut à cet instant l'amère saveur dans la bouche que vous pouvez vous figurer. Décidément, il fallait remettre de l'ordre parmi ses troupes. Il s'y employa alors de suite, avec force, sagacité, orgueil, honneur et malice. Il faut dire qu'il avait ses méthodes bien à lui de manifester son ire, si toutefois il n'était pas amusé d'une telle situation — nul ne le savait jamais véritablement.

« Mon valeureux chef de cabinet, commença-t-il, et celui-ci se sut perdu. Je méditais, voyez-vous, à diverses choses auxquelles il faut absolument que vous sachiez m'apporter une réponse afin que je puisse me remettre au travail de ce pas ! Ce faisant, il frappa deux fois très fort du pied par terre, ce qui fit immédiatement tressaillir son interlocuteur et amena, dix minutes plus tard, les employés du dessus à venir s'inquiéter du fait que « Monsieur notre Ministre aurait très bien pu choir d'un malaise inopiné ». Si le malaise fut présent, ce ne fut cependant que dans un sens tout à fait autre. Mais reprenons... J'ai l'impression qu'écrire et que jouer du piano cessent d'être des objectifs pour moi. Je n'y consacre plus le même temps, sans m'en rendre compte, et parfois, lorsque je suis atteint d'éclairs de lucidité, cela me reprend soudainement, sans que je sache véritablement me l'expliquer. Il me faut bien avouer que ce ne sont pas là les sentiments les plus agréables, de se rendre compte que l'on dérive de son propre idéal, enfin bon... Je n'ai pas du tout envie de vous expliquer en long, en large pourquoi ne pas parvenir à écrire, ça fait mal, seulement j'ai l'impression de ne pas avoir la force d'atteindre ce que réclame mon exigence, et de là j'en conclus que, peut-être, plein de choses ne servent à rien, et j'ai terriblement honte. J'ai vraiment le sentiment que tout s'écroule, que je suis moins que ce que je projetais de réussir. C'est absolument atroce à endurer. Si demain je meurs, je ne sais pas à quoi aura servi le fait de vivre, et cette pensée m'angoisse terriblement. J'aurais envie de faire n'importe quoi qui ait du sens, mais ça fuit, ça fuit de partout. Et même ça, je n'arrive pas à l'exprimer aussi clairement que je le ressens. C'est pas le fait de ne pas écrire qui pose problème en fait, ça, on s'en fout vraiment. Simplement voir les autres trouver du sens, ou s'en foutre, quand on en débat soi-même sous tous les angles, à toute heure, et y retrouver un écho dans chaque mouvement de chaque être, alors que tous l'ignorent — du moins feignent l'ignorer avec un talent qui force la plus sincère des admirations —, cela me répugne de moi-même !

Le chef de cabinet se trouvait de façon fort évidente dans la gêne que vous pouvez lui deviner. Il s'était déjà fait avoir une fois, en lui demandant seulement « Et c'est une bonne situation, ça, poète ? » ; le malheureux avait perdu au moins la moitié de son après-midi.

Seulement voilà, le ministre continua. « Je veux, avec l'honnêteté que je trouve la plus crasse au monde, qu'on cesse de me dire comment ceci et cela doit être organisé, parce qu'au fond, à ne suivre que ces ineptes préceptes, on meurt comme les autres, et à la fin on n'aura rien accompli. Il y a ça, et puis il y a les sentiments, dont le caractère impératif s'évade afin qu'il n'en subsiste qu'un état de béatitude permanent, loin de toutes les libertés et de tous les désirs impossibles. En fait, je me fais terriblement chier dans une vie que j'essaie de rendre ordinaire : voilà ce que je veux vous dire. Et vous me direz, à raison, que cela ne sert strictement à rien de se borner à ce train d'existence, qu'il faut au contraire veiller à ne pas conformer sa conduite à quoi que ce soit. Vous serez sans doute étonné d'apprendre qu'effectivement, ce qui aurait pu être vos mots achève dans une certaine mesure de guider mon jugement. Le romantisme dont j'étais un dévot des plus inconditionnels m'est aujourd'hui d'une ringardise mal apprêtée, et d'une féérie normée telle que je ne puis parfaitement m'y retrouver. J'erre sans dessein dans un monde qui n'en a pas davantage, pour moi tout comme pour lui-même, et c'est car je l'accepte que je veux au contraire repousser ce réel. L'alexandrin est splendide, mais la splendeur m'ennuie : elle est dans tous les livres, toutes les bouches, tous les siècles... Je voudrais de la passion n'épouser aucune forme mille fois explorée. Je veux le dégoût, la dissonance. Je veux trouver dans l'Amour parfait la chose qui révèle un paradoxe dans sa logique, enfin je veux arrêter de croire que le monde est un conte. En fait, je veux arrêter de croire. C'est un peu ridicule : je le sais — il le savait, mais l'autre homme, lui, n'était pas sauvé pour autant. Et puis, il faut bien le dire, avoir le sentiment, quoi qu'il sera, quoi qu'il arrive, qu'un meilleur récit gâche, avant toute entreprise, son plaisir intime. Se rappeler qu'il est de meilleurs coups gâche le sexe — n'eut-il pourtant jamais déplu —, savoir qu'il est de meilleurs films passe l'envie d'achever celui à peine entamé, et l'idée que l'on s'apprête à découvrir une exposition à peine passable suffit amplement à renoncer aux instants perdus face à des traits qui ne veulent, de toute évidence, pas dire grand-chose. »

Le chef de cabinet ne s'était pas endormi, et une telle prouesse aurait nécessité un paragraphe à lui tout seul. D'ailleurs, cela étant dit...

Et au-delà de ne s'être pas endormi, ce qui eût été une sage décision dans un contexte pareil à celui-ci, le chef de cabinet regarda fixement Piotr Vassia. Mais d'un fixement entre celui de la plainte et celui de l'exécration. Il ne savait trop quoi répondre. Une longue réponse en aurait amené une autre ; une courte réponse eût sans aucun doute fait de même. Pour l'heure, il se contentait de ce silence parachevant son allure d'abasourdi, à laquelle venaient s'ajouter quelques gouttes de sueur perlant sur son crâne chauve — c'est une info lambda, c'est pour moi, c'est cadeau.

- Et... ? se risqua-t-il tout de même, car le ministre restait également, droit, face à lui avec un air proprement imperturbable.

- Et ? répondit Piotr Vassia.

- Et alors quoi ? compléta le chef de cabinet.

- Bon Dieu, mais vous êtes forts tout de même. Je vous parle de choses d'une importance capitale si nous souhaitons pouvoir faire ensemble un travail de qualité, et vous, comme ça, vous n'écoutez pas. C'était, oui ?

Le ministre se tut quelques secondes, à la façon d'un enseignant qui entend l'élève se plaindre des reproches qui lui sont adressés, alors même qu'en l'espèce le fonctionnaire n'avait rien ajouté.

- Non-non-non-non-non. Pas de cela, pas avec moi. S'il vous plaît, monsieur. Tout de même ! Si même dans un ministère l'on n'a plus aucune exigence, où va le monde ? Je vous le dis, moi, je vous le demande. Où va le monde ?

De même, il s'arrêta quelques instants et, au moment exact où il sentit que le chef de cabinet allait reprendre la parole pour aborder enfin le sujet de sa venue, il poursuivit :

- Non, cela n'attendait pas une réponse. Attendît-elle une réponse, sans doute auriez-vous été incapable de me la fournir. Mais enfin, pensez-vous qu'ici, dans mon ministère, on puisse se permettre de telles négligences ? Eh bien, je vous réponds, non, je ne l'admets pas. Je ne l'admets absolument pas, alors vous allez devoir sérieusement vous mettre au travail. Allez, au boulot !

Et, pour faire déguerpir l'homme, le ministre lui mit une petite fessée. Tout confus, vous pouvez l'imaginer, il partit effectivement avec un empressement incomparable. Deux secondes plus tard, le téléphone du ministre sonna.

- N'a-t-on pas un cabinet pour le téléphone ? râla Piotr Vassia, avant de décrocher.

- Piotr, que faites-vous ? C'était la présidente du Conseil à l'appareil. La délégation san-youtaise va arriver et vous n'êtes même pas à l'aéroport, mais c'est une blague ? Moi qui croyais pouvoir faire confiance à votre chef de cabinet, sachez que je le ferai renvoyer.



Note : Piotr Vassia sera à l'heure. Vous saurez comment au prochain épisode.
Et une nouvelle rencontre pour la ministre, alors même qu'elle revient à peine de Wanmiri la voilà d'eau trimballer une nouvelle fois au Nazum mais cette fois-ci plus au nord puisque son avion se rend en Poëtoscovie.
Le récent allié du San Youté s'est vite imposé comme un partenaire de confiance et un allié solide de la nation paltoterrane en plein développement.
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Au côté de cette dernière, Luis Marcelo.
Le jeune diplomate connaissait déjà la ministre puisqu'il l'a accompagnée lors des deux congrès de l'OPP.
Il été récemment nommé ambassadeur du San Youté en Poëtoscovie et malgré la genèse de son poste il est sans l'ombre d'un doute le san youtiens le plus qualifié pour tout ce qui touche à la Poëtoscovie et à la collaboration du San Youté avec ce dernier.

Dans l'avion qui les menait en terre poëtoscovienne, la discussion battait son plein, notamment sur les attentes poëtoviennes qui intriguaient énormément les san youtiens.

Finalement après plusieurs heures de vol et une escale pour déguster une délicieuse limonade wanm, l'avion atterrit à l'aéroport d'Hernani-centre.
Ceci est une image

Les portes de l'avion s'ouvrent et les deux compères sortent de l'avion.
L - :”Juste Madame la ministre, ne lancez pas Monsieur Piotr Vassia sur le sujet de la poésie.”

C - :”Je vous demande pardon ?”

L - :”Faites moi confiance, j'ai commis cette erreur lors de ma première rencontre avec lui.”
L'hélicoptère se posa dans la cour du ministère des Relations internationales. Piotr Vassia y monta et, à son chef de cabinet, lança un « Vous voyez, j'ai trouvé un moyen d'être à l'heure ! », en partie dissimulé derrière le bruit imposant des hélices du véhicule. Bien sûr, Piotr Vassia avait pris ses feuilles à la main et, ne manquant pas de desserrer légèrement la force qu'il exerçait sur ce dossier, l'ensemble des feuilles se dispersa de façon chaotique, mais drôlement poétique, dans le décor. « Toi qui t'ennuyais, mon inconscient te soulage ! » hurla le ministre à son fonctionnaire favori, avant que l'hélicoptère ne décolle.

- Quand arrive-t-on ? aboya le passager au copilote, laissant le véritable maître de l'appareil tranquille, car il ne faisait pas assez confiance à la technique pour risquer une telle folie. Celui-ci lui fit un geste lui indiquant son micro.
- Pardon, les machins et moi... Quand arrive-t-on ? prononça alors le ministre à la manière d'un enfant lors d'un départ en vacances.
- Six minutes.
- A-t-on le temps de passer à la librairie ?
Il y eut un silence gêné dans l'appareil.
- Je n'ai pas compris. Pouvez-vous répéter ? demanda alors le copilote.
- Je disais : a-t-on le temps de passer à la li-brai-rie ? répéta donc le ministre.
- Négatif, monsieur.
- Demandez tout de même à vos supérieurs, on n'est jamais trop certain de ne pas pouvoir faire un saut dans une librairie.
Le pauvre copilote s'exécuta. L'échange était audible dans l'ensemble des casques, et le malheureux se fit violemment jeter par une voix irritée de ce qu'elle considérait comme une blague. Le pilote se mit alors à rire ostensiblement.
- Ne riez pas, vous, le reprit le ministre, je ne voudrais pas que nous nous crashions sans que mon chef de cabinet soit parmi nous.

Quelques temps plus tard, sans que nul ne sache véritablement combien, mis à part le cadre du ministère en charge du protocole pour lequel chaque seconde semblait valoir de l'or, l'hélicoptère se posa. Devinez quoi ? Pile à temps pour se présenter à l'avant de l'avion san youtais. C'était, assurément, d'une classe incomparable.

Piotr Vassia appréciait d'ailleurs l'image que dégageait une entrée, quoiqu'il n'eût jamais aucun sentiment particulier pour le tape-à-l'œil, car il y retrouvait le caractère fougueux de sa jeunesse, l'éclat de l'imprévisible, le charme des excès, la beauté de l'absurde, une malice qui lui était propre et, aussi, le plaisir simple de disposer d'une volonté toute souveraine. Sa fonction de ministre était ainsi le parachèvement de son être, l'aboutissement, enfin, d'une année de chirurgie pour sculpter un visage pareil au sien et qui, désormais, affichait un sourire sincère et plein de conscience. Piotr avait, nous l'avons déjà dit, et si nous ne l'avons pas dit, d'aucuns l'auront deviné, cette humanité aux caractères très justement énigmatiques, qui font que l'on regrette l'absence de l'homme tant celui-ci s'oppose à sa nature même. En cours de philosophie, il avait été marqué par cette « chevalité » humaine — la chevalité étant ce sans quoi le cheval n'est pas le cheval, et ainsi il parlait de chevalité de chaque chose dont il souhaitait définir l'essence par un peu d'humour, bien qu'il ne fût jamais que le seul à avoir ri d'une telle analogie.

Dans les couloirs tortueux du ministère, tout un chacun avait appris à vivre aux côtés des blagues dont on ne sait jamais si elles vous enseignent quelque chose, et la seule certitude qui demeurait, toujours, était que l'unique discipline dont on savait pertinemment que le ministre n'était pas dévot était l'humour. Par ailleurs, à la suite de ce trait d'esprit sur la « chevalité » qui était invoqué quelques fois par Piotr, il incitait chacun à le défaire lui-même des traits qui le rendent humain, afin d'envisager qu'il fût un animal, du moins un autre animal. Certainement, il eût été particulièrement choqué qu'on pût lui dire qu'il était humain, et n'y aurait pas vu un manque d'inspiration. Non, bien au contraire, cette réponse aurait été pour lui parfaitement censée et absolument cruelle, effroyablement géniale et, osons le dire, génialement effroyable. Lui, la quintessence du pire ? Oh ! C'était là une bien fâcheuse répartie. Et quiconque aurait répondu ceci, nous pouvons en être pleinement assurés, aurait causé au ministre un spleen existentiel le soir venu.

Enfin bref, d'ordinaire, comme chacun le sait, Piotr Vassia était bien davantage, hum... Nous ne dirons pas « facile à vivre », mais donnant de lui-même une image davantage appréciable, quelque peu extravagante, mais d'une extravagance juste.

Cependant, de tout cela, chaque fonctionnaire du ministère essayait, lors des rencontres officielles, de ne rien faire remarquer aux invités. Ici, c'étaient les San Youtais qu'il fallait préserver de telles considérations philosophiques et politiques, sinon humoristiques, et cela pour le bien des rapports diplomatiques entre les deux États qu'étaient la République fédérale du San Youté et la République de Poëtoscovie.

Enfin voilà, tout était dit par rapport à l'état d'esprit présent du ministre. Mais, à vrai dire, cela ne nous avance pas de grand-chose car, véritablement, nos ambitions étaient autres, c'est-à-dire appelaient davantage à décrire le réel que vivait le ministre en ces instants plus que ses impressions générales. Alors voici, en peu de mots cette fois — même si personne n'y croit — ce qui se passa lorsque Piotr Vassia arriva à l'aéroport afin de recevoir la très honorable délégation du San Youté. Il faut dire que le San Youté était, à bien des égards, une nation divine. Certes, Piotr Vassia ne le pensait pas, du moins pas en ces termes, et il préférait véritablement diriger la Poëtoscovie, dont le caractère était bien plus affirmé, bien plus franc... Mais le San Youté appartenait à ce rang de nations, vénérables, parmi lesquelles on retrouvait Saint-Marquise, et pour lesquelles l'intérêt général paraît être leur intérêt propre. À partir de là, lorsqu'on en prenait conscience, il était bien impossible de leur forcer la main, de les faire tomber dans une embuscade car, si l'Amour n'est qu'à la croisée de l'intérêt et de la pitié, on put dire que tout diplomate n'avait jamais été amoureux que de ce genre de nations-là. Piotr Vassia, exception dans tous les domaines, trouvait ici un moyen de se fondre parmi la masse. Aussi la réception avait-elle été prévue comme si l'on recevait... la Sublime Maison Aykhanide — car le ministre était pris d'une fervente adoration de cette nation qu'il trouvait si grande.

À l'instant où Son Excellence la Ministre san youtaise posa le pied sur le sol poëtoscovien, ce fut alors tout l'orchestre national, présent lors de la réception, qui se mit à jouer d'abord l'hymne de l'invitée, puis celui de l'hôte, tandis que Piotr Vassia, qui attendait Son Excellence sur le tapis rouge, avançait à côté d'elle avec toute la dignité qu'imposait un pareil événement. Bien évidemment, la presse nationale, mais également internationale, était présente. L'APOPP, agence de presse de l'Organisation des Partenaires de la Poëtoscovie, était évidemment là, et tandis que les deux diplomates se serraient la main face à une multitude de flashs, celui-ci cria :
- Pour l'APOPP, un mot sur l'amitié Poëto-San Youtaise ?
Ce à quoi Piotr Vassia répondit :
- Mais certainement, mon cher ! Un mot, vous avez dit ? Eh bien, ce sera celui-ci : bienvenue, amis de la Poëtoscovie !
C - ”Et c'est un plaisir partagé que d'être ici aujourd'hui dans ce magnifique pas.”

S'en suivies de très nombreuses photos de la presse de journalistes des deux pays et de ceux de l’APOPP.
Les diplomates s'engouffrent par la suite dans le cortège qui devait les mener aux lieux des discussions.

Peut avant de partir, Piotr Vassia s'adressa au chauffeur :
Piotr - ”Mon amie vous serez bien aimable de faire une halte à la librairie.”

C - ”À la librairie ?”

Piotr - ”Oui je n'ai pas eu le temps d'y passer, j'espère que cela ne vous dérange pas.”

C - ”Pas le moins du monde, cela sera une occasion parfaite de découvrir un peu de littérature poëtoscovienne, qui est très réputée si je ne me trompe pas.”

Le cortège finit par démarrer et sur le trajet, la conversation battait son plein et sur divers sujets l'OPP par exemple mais aussi le sport dont était friand les san youtiens.
C'était l'occasion parfaite de revenir sur les récents mondiaux de bobsleigh aux cours desquels le San Youté et la Poëtoscovie se sont tous les deux illustrés avec brio.
La conversation finit aussi par dévier sur l'architecture d’Hernani-centre, puisque encore une fois le contexte de ce trajet au cœur de la ville s'y prête parfaitement.
Nos compères s'arrêtent finalement devant une petite librairie locale.

Leurs courses attirent logiquement la curiosité des habitants.
La ministre san youtienne craqua pour quelques essais et des romans tandis que son homologue nazumis tend logiquement vers de la poésie.

C - ”Ho, je vois que vous êtes attiré par la poésie.”

L en chuchotant - ”Ho non.”
Revenons ensemble quelques instants plus tôt...
Dans une petite librairie, du moins une librairie paraissant petite de l'extérieur - celles-ci sont toujours les meilleures -, dans laquelle on pouvait entendre un peu de jazz, un peu de musique d'inspiration loduarienne, dans laquelle il y avait une échelle coulissante pour accéder aux collections les plus sublimes, quoiqu'elles le fussent toutes... Dans cette librairie, donnant sur une rue pavée où la circulation n'avait, il faut le dire, jamais existé car elle avait demeuré proscrite de tout temps, et où l'on devait passer sous une arche de livres pour entrer et trouver des étagères entières, non contentes d'être rangées conventionnellement, triées par collection avant de l'être par nom d'auteur. Et entre ces rangées bien distinctement séparées par quelques centimètres par lesquels un corps passe à peine, on trouvait à même le sol quelques piles composées exclusivement de littérature marxiste. Adossées à la salle principale, c'était également une myriade d'alcôves qui se muaient en pièces ne suffisant à elles-mêmes lorsque l'on y pénétrait, et chacune d'entre-elles se voyait assignée une littérature. Aux unes le roman noir, aux autres des éditions exclusivement teylaises. Dans ce lieu dont tout était sujet à fascination, on pouvait même trouver une étagère de romans san youtais. Là était le paradis des poëtoscoviens et, à plus forte raison, le paradis de Piotr Vassia lui-même.

On ne pouvait pas s'y tromper d'ordinaire, c'était un lieu calme et discret. Le voisinage ne s'en plaignait pas ; comment s'en plaindre ? Contrairement à ce que l'on pouvait penser en y songeant seulement comme ça, elle n'était guère fréquentée par un public âgé, et touchait plutôt de jeunes adultes attirés par l'aspect révolutionnaire d'un tel endroit. Quelques adolescents aussi, reconnaissables à leurs longs manteaux noirs qu'ils ne quittaient l'air malheureux qu'au prix de leurs larmes et sous 20°, participaient de l'assemblée d'adorateurs d'un espace pareil, et quelquefois s'y déroulait d'ailleurs quelque rendez-vous galant. Dans chaque livre acheté était glissée une petite carte toujours dissemblable en tout, laissant incrédule l'heureux être qui en avait alors la possession. Au fond, c'était donc une librairie, dans tout ce que ce terme a de singulier et d'intime.

Cette intimité fut cependant brisée lorsque dix policiers entrèrent d'une allure unanime et se disposèrent aux mille angles du bâtiment. L'un d'eux, sans doute leur chef, s'expliqua au gérant du magasin, qui, sans sembler particulièrement coopératif, demeurait las d'une telle situation, comme s'il se fût agi de la centième fois. Un narrateur omniscient vous aurait d'ailleurs affirmé que c'était le cas.

Dans la rue sur laquelle donnait la librairie, outre les véhicules d'urgence, il n'y avait en somme qu'une voiture qui ne soit jamais passée : celle de Piotr Vassia. Car oui, parmi les privilèges de ministre se trouve le fait de faire ôter les barrières semblant être coulées dans le sol mais retenues en réalité par un cadenas rouillé à leur pied. Ainsi, le convoi diplomatique s'arrêta, tandis que les snipers venaient d'ajuster leur lunette de tir pour protéger la délégation san youtaise face à toute menace éventuelle. En vérité, si le service du protocole était particulièrement anxieux, comme à chaque déplacement de Piotr Vassia, vous l'imaginez bien, la cellule de sécurité accompagnant le ministre était relativement sereine. On ne pouvait pas dire que le San Youté était une sulfureuse contrée, et c'était à peine si un homme, si le milliard qu'il en existait, pouvait se proclamer ennemi d'une telle Nation.

Comme le voulait le protocole poëtoscovien, un peu sexiste il est vrai, étant d'une galanterie sans doute trop appuyée, Piotr Vassia sortit de sa voiture sans se presser, et alla ouvrir lui-même la portière de Son Excellence la ministre san youtaise, alors que Luis Marcelo voyait sa porte à lui être ouverte par un vulgaire cadre de la fonction publique. C'était écœurant pour le chef du protocole, bien sûr, mais c'était ainsi, car il n'y avait qu'un seul ministre des Relations internationales, quoique cela fût bien dommage.

- Madame, dit Piotr en ouvrant la porte. Puis il poursuivit, en digressant comme habituellement, avec les mots des hommes pédants et fort détestables mais qui, sortis de sa bouche, en venaient à devenir doux et un peu innocents, comme cet enfant autiste passionné des trains, et qui n'en parle plus avec intérêt mais par Amour. Cette architecture majestueuse que vous pouvez contempler - rien n'était majestueux, même si beau, hormis pour Piotr Vassia - provient de l'époque coloniale. Ici, quartier trop excentré du centre-ville et donc du fleuve, on retrouvait majoritairement des artisans. La Poëtoscovie, dont l'art était très prisé partout dans l'Empire Mor, connaissait une grande concentration des ateliers dans ces rues. Malheureusement, celles-ci n'en gardent plus la trace aujourd'hui, à l'exception des sculptures faites sur la roche des bâtiments. Et, de fait, les immeubles de pierre avaient, en tout endroit accessible, des formes gravées, faisant de la ville même une exposition à ciel ouvert, et sans doute l'une des plus populaires qui soient.

Après de multiples autres explications architecturales très savantes, les diplomates finirent par pénétrer dans la librairie. Il demeurait que Piotr Vassia était ce que l'on peut appeler un érudit. Il avait sur tous les sujets d'art ou d'histoire une connaissance abyssale, dont lui-même ignorait en vérité l'origine exacte dans la plupart des cas. À l'intérieur, Piotr Vassia invita la délégation san youtaise à le suivre, jusqu'à atteindre le rayon avec gravé sur une plaque en bois par de grosses lettres capitales : POÉSIE.

- Oh ! Je vois que vous êtes attiré par la poésie, s'enquit Clara Mendizabal à son homologue, lançant un regard amusé à son collaborateur, lequel lui avait indiqué au préalable - connaissant peu mais suffisamment Piotr Vassia - de ne pas aborder ce sujet.

Et nous voilà de retour au présent...
Le ministre se baissa, chercha vraisemblablement un livre dont il avait précisément l'image en tête, arrêta son doigt sur le haut de la reliure d'un ouvrage, appuya de façon à le faire basculer et sortir du rang, s'en saisit et le tendit à la ministre invitée.
- Un grand poète de notre Nation, dans une édition bilingue. J'espère que cela vous plaira.
- De quoi cela parle-t-il ?
- Cela parle des guerres durant lesquelles les poëtoscoviens ont été envoyés sur un front qu'ils ne connaissaient pas, par l'Empire Mor.
- Et quel message ce recueil porte-t-il à cet égard ?

Piotr Vassia était, il faut le dire, tout à fait excité à l'idée que l'on s'intéresse à ce livre. Certes, il avait menti, ce n'était pas un monument de la littérature poëtoscovienne, mais c'était son monument à lui, et quoique parfaitement modeste, ce n'était même pas qu'il croyait... il savait que le monde se trompait, et que cet ouvrage eût été le plus connu si le monde avait un tant soit peu de goût.

- "Combattre la menace.", commença-t-il. Telle n'est pas la guerre. Jamais nous n’avons eu besoin de recourir à cela, en vérité, car pour combattre il nous suffit d’armer d'autres qui luttent à notre place, comme l’ennemi lui-même arme déjà ceux qui nous combattent. Surtout, la guerre, c’est au fond plonger la société dans une démarche administrative. La dictature pour préserver la démocratie. La guerre, c’est faire de tout citoyen un fonctionnaire, satisfait de sa suffisance, et qui ne sait plus qu’aimer sa patrie. Oh, certainement il l’aime, oui ! Mais il ne comprend pas la moindre notion que cela implique. Il ne sait pas tout à fait ce qu’est l’Amour ; il ne sait pas tout à fait ce qu’est sa patrie non plus. La guerre, vous pouvez la désirer. Personnellement, ça m’est complètement égal, comme cela est égal à la plupart des gens, et j’y serai indifférent jusqu’à ce que l’on m’impose le choix entre avoir un fusil dans les mains ou une balle dans le cœur.

Peu après ce discours, on regagna les voitures et le convoi put reprendre sa route en direction du ministère. Sur le trajet, car Piotr Vassia était lancé sans pour autant que Clara Mendizabal soit dans sa voiture, le ministre continua à commenter l'architecture de toute la ville auprès du conducteur durant les vingt minutes de trajet. Cela parut, aux deux hommes du premier rang, d'une longueur interminable, tant et si bien que l'arme de service du garde du corps aurait pu servir à leur suicide. On s'imaginait déjà les titres des journaux du lendemain : « Deux hommes poussés au suicide par un ministre », ou encore « Pression au travail dans le ministère des Relations internationales : deux fonctionnaires se donnent la mort ». Sans doute les répercussions qui auraient suivi auraient été méritées, et Piotr Vassia aurait ainsi appris les vertus du silence. Cependant, il n'en était rien, et Piotr Vassia poursuivait inflexiblement son discours dont on devinait une faculté d'infini.

Bien évidemment, du fait de leur halte, les politiques arrivèrent bien après la presse, dont on pouvait sentir qu'elle conservait une forme de dilemme dans son appréciation de la situation. Ce dilemme était constant, et Piotr Vassia était absolument le même à tout instant. En quelques mots, il était en retard, mais il était sincère. Si le premier de ces traits exaspérait les journalistes de toute rédaction, le second rendait toute attente un peu plus supportable, du moins la savait-on récompensée par de véritables informations. Chose rare avec les ministres qui se livrent tant à la presse : ce n'était pas non plus par cette voie que les subordonnés apprenaient les grandes réformes, et la communication ne prenait pas le pas sur le travail diplomatique. C'était donc une forme de climat singulier qui entourait la figure du ministre, sans qu'il ne s'en rendît jamais compte, et cela, sans le desservir, pour sûr, créait sinon un lien autrement plus fort entre les paparazzis cultivés et lui.

Voiture à l'arrêt, Piotr qui ouvre la portière de Madame la représentante du San Youté, tous deux qui s'avancent, quand le chef du protocole s'adresse au ministre, une fois hors du regard de la presse.

- Heureux de vous voir, Monsieur, déclare-t-il à l'oreille de Piotr Vassia, tout en continuant de marcher avec les diplomates.
- Et moi donc !
- Vous avez trente minutes de retard. Félicitations ! Je n'y croyais pas quand j'ai su que c'était en passant à la librairie, je m'attendais à...
- Nous sommes d'accord, rester aussi peu dans cette librairie était une infamie, le coupa le ministre.

La joyeuse troupe entra finalement dans une salle majestueuse, quoique très sobre. Il venait d'y être installé des verres de différentes tailles sur des tables au fond de la pièce, derrière lesquelles se tenaient deux jeunes hommes en costume trois pièces qui avaient laissé tomber la veste, et se tenaient prêts à un éventuel service.

Sur une longue table, on fit s'asseoir les deux délégations, l'une en face de l'autre, en plaçant au centre respectivement leurs dirigeants. Aux côtés de ceux-ci, on trouvait respectivement les conseillers diplomatiques et politiques, puis des experts placés tous face à face suivant les souhaits des représentants invités. Ainsi, le protocole poëtoscovien se démarquait par son art de combiner ses règles propres avec celles étrangères, de façon à permettre aux délégations reçues de se sentir chez elles. Ce sentiment chaleureux était maintenu, en outre, par tout un tas de procédés absolument savants, allant de la couleur des rideaux, que l'on changeait régulièrement en fonction des circonstances - rouges pour les réceptions où l'on cherchait à prendre l'ascendant, bleu clair lorsque l'on s'adressait au membre d'une aristocratie étrangère et dont le ministre parlait sous le qualificatif de « teinte grand-mère », noir lorsque les temps étaient au deuil, et enfin, pour les Nations amies, la couleur de leur drapeau - jusqu'au nombre de boissons proposées au petit bar lorsqu'il y en avait un. Dans le cas présent, le petit bar comptait un nombre encore inexpérimenté de boissons toutes plus délirantes les unes que les autres, et les rideaux étaient d'un bleu obscur et profond.

- Excellence Mendizabal, au nom du peuple poëtoscovien, je ne puis que vous exprimer mon immense gratitude pour votre souhait ostensible de faire de nos deux Nations des sœurs, débuta Piotr Vassia. Pour des États dont les diplomaties se sont, jusqu'à présent, rarement côtoyées, c'est une décision heureuse, que nous entendons, si vous le voulez bien, approfondir, et dans laquelle nous souhaiterions nous engager, nous aussi, comme marque de notre affection la plus immuable.

À ces mots, la représentante du San Youté semblait toute heureuse. Il faut dire que le ministre poëtoscovien était doué dans la flatterie, laquelle continuait encore, et encore, en des termes toujours plus élogieux, et en même temps toujours aussi sincères.

- Voilà donc, Madame, le fond de ma pensée, acheva Piotr. Aussi ne puis-je que me permettre de vous soumettre la rédaction d'un traité d'amitié permettant à la Poëtoscovie de remercier le San Youté pour la fidélité de son action sur la scène internationale.
La Ministre prend un remps de réflexionavant de répondre : ”Bien entendu, ça serait un immense honneur.
Que comptez-vous inclure dans ce traité ?”
2047
Le ministre, désormais, était pleinement dans le mood propre aux événements diplomatiques dans lequel s'inscrivait pleinement la rencontre de ce jour. Dans sa tête, c'étaient des milliers d'idées toutes plus folles les unes que les autres qui filaient à toute allure, et toujours il se répétait tacitement de ne point laisser paraitre le moindre indice de cette heureuse passion.

Le Chef de cabinet du Ministre était, il faut le dire, même si nous l'avons déjà à maintes reprises répété, un fonctionnaire admirable qui répondait avec adresse aux qualités qu'un poste tel que le sien exigeait. Une telle dévotion était, admettons-le, un élément rare, mais un élément apprécié et que l'on savait récompenser. Piotr Vassia le faisait lui à sa manière, par des blagues, mais celles-ci, nous l'avons déjà dit mais ne craignons pas de nous répéter, étaient chaque fois pleines d'une tendresse presque fraternelle.

« Excellence, poursuivait donc le ministre, qui devait bien cesser, à présent, de se comporter comme un enfant si la rencontre devait suivre son cours. Car oui, jusqu'à présent, on ne pouvait pas dire que son attention eût été concentrée sur l'aspect diplomatique de l'événement, et nous sommes prêts à parier nous aussi que le lecteur non plus ne voyais pas en la situation un élément central de l'intrigue. Pourtant, tel était bien le cas, et s'il faut que nous nous en soyons écartés, je vous saurais gré de croire que nous regrettons amèrement cet acte, qui nous éloigne, il faut là aussi le reconnaître, du but véritable que poursuivait la chancellerie diplomatique de la République de Poëtoscovie.

La Poëtoscovie est absolument ouverte à la moindre de vos propositions. Nous souhaitons avant tout entériner des liens forts qui nous unissent devant le droit, cela, vous le comprenez fort aisément, comme assurance de perspectives d'avenir dans nos rapports. Aussi, en premier lieu, ne saurions-nous pas écarter un élément nécessaire à tout traité, à savoir une alliance sur le plan diplomatique, ainsi que la promotion du dialogue et de la paix. Ce serait là, je le crois, un premier élément fondamental à toute évolution de ce traité, et constituerait un premier pas afin d'avancer dans le consensus et l'entente.

Mais je vous en prie, Excellence, vous, à quoi pensiez vous ? La République de Poëtoscovie peut-elle, de quelque manière que ce soit, exprimer par des actes concrets son amitié envers la Nation san youtienne ? »
807
Mendizabal écoute attentivement son homologue et se satisfait de voir que le vif des discussions a commencé.
Non pas que l'amitié de son homologue la dérange (bien au contraire) mais c'est une femme connu pour être direct et surtout pour restée pro en toutes circonstances.
Finalement, elle répondit :
"Il y a effectivement des sujets que nous souhaiterions aborder, des accords mineurs.
Pour commencer, nous souhaiterions une suppression totale des droits de douanes entre nos deux nations sur l'ensemble des marchandises pour stimuler le commerce.
Ensuite, nous voulons mettre en place des facilités administratives mutuelles pour l'implantation de nos entreprises dans nos nations respectives.
Cette proposition peut s'avérer utile puisque j'ai cru comprendre que DataPoët souhaite participer à un appel d'offres lancé par mon collègue Varuz.

Aussi, je souhaite vous prévenir que le San Youté n'est pas près à entamer de collaboration militaire."
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