06/10/2020
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🐟| Les nénètses, les pêcheurs du Golfe de Kosa

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LES NÉNÈTSES
LES PÊCHEURS¹ DU GOLFE DE KOSA


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Une femme nénètse devant sa tente conique en peau de renne, sur les côtes septentrionales de la Iakumie en juin 2017.

Présentation générale

Les Nénètses (en nénètse : Ненэць / Nenec’) sont une population autochtone du cercle polaire du Nord du Nazum, parlant le nénètse et vivant majoritairement en dehors de la péninsule de Kosa. Les Nénètses de Iakumie (en nénètse : Якуумяа ненэць / Yakuumyaa Nenec) constituent l'une des minorités ethniques reconnues par la République iakume, et constituent une population d'environ 13 191 habitants présents sur l'ensemble du territoire (soit environ 3 % de la population nationale).

Les Nénètses vivent majoritairement dans le Nord du Kirkuzaï et sur certaines îles du Yutchun, dont ils constituent l'un des peuples constitutifs de la République Socialiste Native des Nénètses, des Tchouktches et des Aléoutes et où ils disposent d'une autonomie pleinement reconnue. Le présent article traitera presque exclusivement du cas des Nénètses présents en Iakumie, mais également de certains traits culturels, sociaux et économiques propres à l'ensemble du peuple nénètse, en dépit des frontières et de leur éloignement géographique.

Les Nénètses, à la différence de nombreux peuples autochtones ou turciques de la région, sont encore majoritairement chamanistes ou animistes, et n'ont jamais accepté les conversions, parfois forcées, des colons mors et eurysiens à la religion chrétienne orthodoxe. Le culte des ancêtres, et les différentes croyances locales propres aux tribus et aux familles liées aux esprits de la nature, jouent encore un rôle central dans la vie spirituelle des Nénètses de Iakumie.

Tradition déjà présente chez leurs cousins du Nord du Nazum, les Nénètses de Iakumie pratiquent essentiellement la pêche comme moyen de subsistance et à des fins de commerce avec les autres populations, et cela depuis les premières installations de communautés nénètses dans le Nord de la Iakumie. L'élevage de rennes, très présent au Kirkuzaï et chez d'autres populations natives de la péninsule de Kosa, a presque totalement disparu des habitudes culturelles des Nénètses iakumes, qui ont également délaissé, en partie, le nomadisme pour s'installer dans des villages monoethniques sur les côtes iakumes.

L'origine de l'installation des Nénètses en Iakumie, du fait de l'éloignement géographique conséquent entre leur « foyer ethnique principal » et la péninsule de Kosa, n'est encore pas connue, bien que les historiens aient émis plusieurs hypothèses qui restent à démontrer. Les premières familles nénètses s'installent dans le territoire du Nord de la Iakumie entre le XVe et le XVIIe siècle, et établissent rapidement des contacts réguliers avec les communautés tchouktches déjà présentes sur le territoire. Leur implantation reste cependant très limitée et, en dépit de la revendication de leurs terres par les colons mors qui s'installent à Naryakha à partir du XVIIIe siècle, ils restent globalement isolés et vivent localement de la pêche. Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que les colons mors s'aventurent réellement dans les territoires du Nord et pratiquent le commerce avec les Tchouktches et les Nénètses, tout en leur accordant de fait une autonomie relative, de par leur incapacité à administrer réellement le Nord de la colonie.

De la fin de la période coloniale à l'indépendance, les Nénètses de Iakumie commencent une phase de sédentarisation et se dispersent dans les territoires du Sud, notamment du fait du contact avec les colons mors et de la raréfaction des poissons dans leurs anciennes zones de pêche. L'installation des Nénètses dans les zones « historiquement iakumes » ne fut pas sans heurts et des affrontements isolés avec les olons iakumes sont à signaler, tensions qui perdureront jusqu'aux années 1980, date à laquelle le gouvernement intervient directement dans le « conflit ». De nos jours, environ un tiers des Nénètses de Iakumie ont « renoncé » à leur mode de vie traditionnel et sont partis s'établir dans les villes de Iakumie ou sont partis à l'étranger, tandis que les deux tiers restants continuent de pratiquer leur mode de vie traditionnel, désormais majoritairement regroupés dans de petits hameaux et villages, même si des communautés nomades continuent d'être présentes.

Références

    1. Les Nénètses, définis ici comme les « pêcheurs du Grand Nord », renvoient essentiellement à leur pratique en Iakumie. De manière plus générale, les Nénètses sont des éleveurs nomades de rennes et des pêcheurs. Pour en savoir plus, nous vous conseillons la lecture des articles traitants des nénètses au Yutchun.

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LES NÉNÈTSES DE IAKUMIE

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ENDONYME

L’endonymie est le fait, pour un nom, d'être employé régulièrement et couramment par une population pour se désigner elle-même ou l'endroit où elle vit dans sa propre langue, ce nom est l’endonyme

Le terme Nénètse (en nénètse : Ненэць / Nenec) est un nom utilisé par les populations nénètses pour dire « Homme » ou « être humain » en langue nénètse. Depuis leurs premiers contacts avec les colonisateurs mors, différents termes ont été employer par les peuples étrangers aux zones de populations nénètses pour les désigner, tandis que les nénèstes se sont désigner de différente manière au fil des siècles, notament donc par le mot « nénètse » ou « yurak ».

Si le terme Yurak est encore utilisé par la majorité des populations nénètses de nos jours (notament dans le Nord du Nazum), il est quasiement absent du vocabulaire courant des nénèstes de Iakumie, qui lui préfère le terme de nénètse. En République Socialiste Native des Nénètses, des Tchouktches et des Aléoutes les deux termes sont courament employer, et le terme « yurak » as été utilisé pour symboliser la syllabe « des nénètses » dans le nom court reconnu pour le pays : Yutchun (selon l' encyclopédie officielle de l'État).

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PARTICULARISME NATIONAL

Les Nénètses de Iakumie ont développé, au fil des décennies et des siècles passés dans la péninsule de Kosa, plusieurs particularismes locaux que l'on ne retrouve pas comme normes culturelles, sociales ou économiques chez leurs cousins du Nord du Nazum. Ces particularités ont notamment été imposées par des contraintes géographiques, démographiques et climatiques, ainsi que par une plus grande influence des colons mors sur leur mode de vie traditionnel, notamment entre les XIXe et XXe siècles. Il est également à noter que bon nombre de traits propres à la société iakume se retrouvent tant dans le Nord du Nazum qu'en Kosa, marquant ainsi un pont symbolique entre les Nénètses de Iakumie et ceux du Nord du Nazum, notamment par leur langue commune qui, en dépit de quelques locutions locales, reste intercompréhensible.

À la suite de leur établissement sur les côtes septentrionales de la péninsule de Kosa, puis de leur diffusion progressive dans le reste du territoire iakume, les Nénètses renoncent progressivement à l'élevage des rennes, qui était cependant un trait culturel important pour leur peuple. Diverses hypothèses ont étés proposées : les conflits avec des populations autochtones locales (iakumes, tchouktches) pour les troupeaux de rennes, l'infériorité démographique des Nénètses ou encore leur absence de connaissance du terrain sont autant de raisons qui peuvent avoir poussé les Nénètses de Iakumie à favoriser la pêche comme principal moyen de subsistance et de commerce. L'importance des peaux, notamment de renne, n'a cependant pas totalement disparu, mais a simplement évolué vers une forme de troc avec les autres populations de la région.

De nos jours, les villages, hameaux et autres communautés nénètses vivent, en Iakumie, majoritairement de la pêche et de la revente de leurs produits de la mer, que ce soit sur les marchés ou en passant par des filières plus « industrielles ». La marque Neney (en nénètse : Неней) s'est ainsi fait une spécialité de diffuser certains produits de la pêche des Nénètses dans les supermarchés des grandes villes iakumes.

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Le nomadisme, qui était un autre trait important de la société nénètse, notamment pour le suivi des troupeaux de rennes, a aujourd'hui majoritairement disparu. S'il était encore pratiqué entre les XIXe et XXe siècles, la sédentarisation des autres populations natives de la péninsule de Kosa sous l'influence des colons mors qui commence au début des années 1800 — ainsi que leurs échanges commerciaux avec les Nénètses — ont progressivement contribué à faire disparaître cette pratique. Elle n'est aujourd'hui pratiquée que par une minorité de familles. La majorité des Nénètses vivent en communautés regroupées en hameaux et villages, le plus souvent monoethniques et « à part » du reste de la société iakume. Ces villages sont reconnus comme municipalités par la République iakume et bénéficient donc d'une administration et de services modernes de l'État, en dépit d'une préservation culturelle et sociale locale.

Par ailleurs, il est important de souligner qu'une partie des Nénètses iakumes ont progressivement renoncé, entre les années 1960 et 2000, à leur vie en communauté et ont choisi d'habiter dans les villes iakumes, où la préservation de leur identité n'est plus un sujet majeur. Il n'existe ainsi pas de quartier nénètse à Akolyat ou Naryakha, même si une école en langue nénètse a ouvert dans la capitale en 2008. Certaines familles nénètses ont également choisi de quitter le territoire et sont parties s'installer dans les États voisins.

Depuis les années 2000, comme pour les populations tchouktches du Nord de la Iakumie, une forme de « tourisme » s'est développée autour de la culture nénètse. Des agences proposent leurs propres forfaits d'une semaine de vie chez l'habitant, majoritairement dans des familles et des communautés nomades, surreprésentées dans ce secteur. Si la majorité des Nénètses vivent désormais de manière sédentaire, le patrimoine nomade reste cependant un important vecteur de la préservation de leurs traditions. Ce « tourisme des nomades » a été plusieurs fois critiqué par des associations de défense des communautés natives et nomades, tant en Iakumie qu'à l'étranger, comme une forme de « bouleversement de leurs traditions » et une atteinte à leur « droit à la vie en communauté ».


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ACTIVISME ET INTÉGRATION

Les droits et libertés fondamentaux définis par la Constitution de la République iakume garantissent l'égalité de l'ensemble des citoyens devant la loi, quelle que soit leur origine ethnique. Cependant, lors de l'indépendance de la Iakumie en 1974, les Nénètses subissent différentes formes de discrimination par les autorités locales et nationales : refus de leur accorder la citoyenneté, marginalisation politique et absence d'infrastructures sanitaires, sociales et éducatives de l'État dans leurs villages. Cet état de fait a poussé les Nénètses de Iakumie à se communautariser grandement, afin de préserver leur mode de vie mais également de pallier un État absent et discriminatoire. Durant la même période, des affrontements sporadiques éclatent avec des communautés iakumes, avant que l'État n'intervienne pour mettre fin aux tensions en 1980.

Ce n'est que dans les années 1990 que le gouvernement iakume favorise une plus grande intégration des Nénètses, à la fois via des programmes sociaux et communautaires, une mise en relation des villages avec les autorités des olons dont ils dépendent administrativement et la reconnaissance de leur communauté comme municipalité, leur accordant enfin l'accès à différents services essentiels de proximité. Si cette démarche a été présentée comme une volonté propre de l'État, il ne faut cependant pas négliger les différentes pressions diplomatiques provenant de certains États du Nord du Nazum, notamment du Yutchun, mais également de différentes manifestations de la jeunesse nénètse à Naryakha en 1986 et 1988.

Si les plaies ne sont pas encore totalement refermées pour les Nénètses sur cette « période noire », la plupart des observateurs des droits de l'homme et les intéressés eux-mêmes conviennent que le gouvernement iakume et ses relais locaux ont fait de grands efforts quant à l'intégration civique des populations nénètses de Iakumie et que leurs droits de citoyens sont désormais pleinement observés.

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Photographie d'un rassemblement de Nénètses de Iakumie à Naryakha en 2017, organisé afin de réclamer une autonomie administrative.

Différents sujets d'accrochement, notamment politiques, existent encore entre les communautés nénètses et le gouvernement iakume : en premier lieu, la plupart des villages monoethniques nénètses, qui vivent en partie de manière semi-autonome durant les mois d'hiver, revendiquent une réelle autonomie juridique et administrative en tant que minorité nationale. En effet, si la Constitution de la République iakume garantit l'autonomie aux populations tchouktches, via les « territoires tchouktches », ainsi qu'aux communautés nomades, rien n'est défini quant au statut des Nénètses. La plupart des rassemblements ayant revendiqué cette autonomie, dont le plus massif fut celui de 2017, ont toujours échoué face à un gouvernement « sourd aux revendications des Nénètses ».

La justification employée par le gouvernement de la République iakume a toujours été la dispersion territoriale : à la différence des nomades tchouktches qui vivent tous dans la région Nord de la Iakumie, et majoritairement dans les territoires dont l'autonomie leur est garantie, les villages nénètses sont éparpillés un peu partout sur les côtes, principalement — mais pas exclusivement — sur les côtes du Golfe de Kosa, une zone définie comme stratégique pour son importance économique. Dans le cadre d'une consultation nationale réalisée en 2019, l'Institut iakume des Statistiques a également mis en avant que « seul 30 % des jeunes sondés sont favorables à l'autonomie, contre 60 % favorables au statu quo », des chiffres qui ont été hautement critiqués par les associations nénètses.

L'activisme des associations nénètses est également très mal perçu par une large partie de la classe politique iakume, qui souhaiterait favoriser une « plus grande intégration » de la culture nénètse au sein de la société iakume. Dans les communautés où la préservation de leur identité et de leur patrimoine est particulièrement importante, ces discours sont très mal acceptés. En 2014, un regroupement de villages nénètses situé à proximité d'Akolyat organise une « session » de la République iakume, qui ne sera cependant pas suivie d'effet. Le principal intéressé, chef de file de l'activisme nénètse dans la région d'Akolyat, revendique surtout une « action symbolique de mise en lumière des revendications des Nénètses », mais sera tout de même condamné à dix ans de prison pour « tentative de sédition nationale », avant d'être gracié par la présidente Tuyaara Uruy Kün en 2019, peu après sa prise de fonction.

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