05/10/2020
11:35:33
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"Une cigarette ma sœur ?" - Conclave 2020 (Dodécapole-Makota) (à Sancte)

Une cigarette ma sœur ?



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La voûte céleste du Saint Siège de nuit avait quelque chose de reposant. Mais il ne fallait pas s'y tromper: en période sede vacante ce n'est pas parce que le soleil se couche que la petite politique du conclave cesse. Le Cardinal Giovanni Spinelli (c'est son nom) en savait quelque chose. Quelques jours plus tôt, il avait fait venir des serruriers afin de poser deux verrous de plus à la porte de ses appartements. La raison ? Une paranoïa naissante, qui émergeait dés qu'il posait les yeux sur la délégation youslève suivant à la trace le Cardinal Mattin.

Mais ce soir, la surprise était toute autre: on tambourinait à la porte, vivement, et de manière irrégulière, alors que le cardinal Spinelli était déjà dans le creux de son fauteuil de salon, en train de somnoler, un exemplaire de la Règle de San Stefano sur les genoux, encore ouvert. L'homme d'église sursaute, faisant glisser le livre sur le tapis, et qu'il ramasse aussitôt pour le poser sur sa table basse.

"Merde..."


Les yeux encore a demi fermés, il vient déverrouiller bruyamment un à un les loquets de sa lourde porte, glissant sa tête au dehors. Une sœur ? A cette heure-ci.

"Oui ? C'est pour quoi ma sœur ? Il est un peu tôt pour les matines, non ?"
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Il faut qu'on cause de ton attitude, Stefano. Ne t'inquiête pas, ça va bien se passer.


Mère Mahaut tappe à la porte
La Mère Mahaut tappe à la porte de Stefano, elle se fait connaitre et demande à lui parler, elle semble de mauvais poil et alcoolisée.

Narration de l'Evénement

La sœur ne cache pas son identité et dit d’une voix un peu forte où l’on sent toujours les relents d’alcool (et des intonations assez hommasses) tout en titubant légèrement :

« Je suis Mère Mahaut, supérieure des sœurs réginistes à Dakoraville, tu sais, on torche les orphelins qui errent dénutris et en guenilles dans les décombres dévastées au milieu des cadavres, vaste mission, ouf, on chôme pas, c'est pas de la mise en scéne comme dans tes tweets, et nous, tout le monde s'en fout et on a bien du mal à récolleter des fonds tellement tout le monde s'en fout ... et bien figure-toi que l'on m'a promis quelques subsides ... Evidemment ce n'était pas pour rien ... j’ai été dépêchée spécialement pour te parler, Stefano, à toi en particulier. Pour te faire comprendre certaines choses. Mais ... »

Elle lève les mains et tente de se montrer rassurante tout en continuant à tituber légèrement sous l’empire de l’alcool :

« Je ne suis pas armée et je ne vais pas te faire de mal, je le jure sur tout ce qu’il y a de plus sacré, et chez les Volignonistes ça veut dire quelque chose un serment. »

Elle sort malaisément et sans aucune grâce de sous le camail de sa guimpe une chaîne rustique qui se trouve autour de son cou et au bout de laquelle pend lourdement un petit reliquaire vitré en argent ouvragé d'assez belle facture :

« Tu vois ça, Stefano ? C’est une relique de sainte Régine, l’évangélisatrice du Makota, je suis pas certaine mais il me semble que c’est la seconde phalange de son oriculaire droit… enfin, on s’en fout. Je jure dessus que je ne vais pas porter la main sur Stefano, je ne vais pas lui faire du mal, il est en sûreté avec moi. »

Et elle accompagne ses mots par un geste de serment solennel sur la relique. Puis après l'avoir baisée d'un geste réflexe, elle range la relique dans son empilement complexe de linges blancs amidonnés et elle poursuit son monologue quelque peu confus et éthylique :

« Le taxi avait un peu de retard alors j’ai un peu abusé du whisky en l’attendant, j'ai discuté avec les gens du coin au bar, j'ai fais quelques bras de fer, tu vois ce que c'est, et les verres se sont multipliés... mais on a tous un péché mignon, n’est-ce pas ? J’aurai désaoûlé rapidement, c'est un entrainement, tu sais. Maintenant, on va avoir une discussion constructive concernant tes prises de position récentes vis-à-vis de Volignon. Ça nous a pas vraiment plu, tu sais, Stefano. Certains à Volignon s’en sont inquiétés et il y en a même qui sont vexés, c'est pas très bon pour toi, ça, Stefano. Heureusement, j'arrive à temps pour arrondir les angles. Mais on va parler calmement, j’ai juré, bien s’passer. Enfin, je pense que tu ne veux pas que l’on parle comme ça dans la rue, à la portée des oreilles indiscrètes, n’est-ce pas, Stefano ? Fais-moi entrer. On doit causer de ton attitude. Ça va bien se passer. »

Effet en terme de jeu

Néant (RP).
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Une cigarette ma sœur ?



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L'haleine de la vieille femme envahissait jusqu'aux narines du cardinal, dont le roulement des yeux fit transparaître son inconfort. Pire que tout, Giovanni était particulièrement sensibles aux odeurs de manière générale, et le plus fin fumet était prompte à le faire éternuer.

"Eh bien ma sœur, vous m'envoyez désolé et je prierai pour ces enfants, entrez donc. Et cessez de m'appelez Stefano, ce n'est pas mon prénom, c'est celui du saint patron de mon ordre. Avinée ou pas, vous m'appellerez Giovanni Spinelli. Et si possible "votre éminence". Même si je sais que cela fourcherait votre langue. Je suis un prince de l'Eglise, pas un vulgaire paysan."

L'Homme d'église laisse passer la sœur, et lui indique le chemin de son salon, le regard méfiant.

"Ne touchez à rien, et évitez de vous cogner contre les meubles. Et pas de vomis sur ma moquette."


Il observe la sœur prendre ses aises, lui déballer ses intentions au milieu du salon pendant que ce dernier se tient contre l'entrebâillement de la porte reliant le vestibule à sa salle de vie. Il fait un pas en avant, les mains dans l'une des poches de son habit rouge. Il sort un paquet de Tarliton (HRP: marque de cigarettes relativement populaire dans les pays velsnianophones), ouvre le paquet et tend une cigarette à la soeur makotane.

"Mère Mahaut. En premier lieu...prenez une cigarette. Cela...masquera les autres odeurs. J'y tiens particulièrement. J'avais des pastilles à la menthe, mais elles ont toutes disparues. Je soupçonne deux petits chanoines de Saint Pierre d'avoir fait le coup."


Il règne un autre silence, plus long que le premier. Spinelli s'allume pour lui même une autre cigarette. Il prend le tirer dessus et d'en recracher la fumée, avant de reprendre, plus intrigué que surpris.

"Vous avez du cran de frapper à ma porte ma sœur. Comment se porte votre petite secte schismatique ? Les affaires sont bonnes ? Je suis surpris que vous vous intéressez encore aux conclaves de notre sainte mère l'Eglise. Cela fait un moment qu'on ne vous y a pas vu. Oh. J'oubliais: vous ne faites pas partie de notre Eglise. Vous êtes ici pour demander de l'intégrer, ou pour simplement saper un peu plus l'unité de l'Eglise ? C'est une question que je me pose."

Le cardinal Spinelli se tient contre l'un des accoudoirs de son canapé de velours, rouge comme ses atours. Son air st dédaigneux certes, mais il scrute le visage de la vieille femme comme si il attendait davantage qu'une simple empoignade.

"Ne pensez vous pas que ce reliquaire aurait davantage sa place dans une église que dans mon salon ? Bref...j'irai droit au but, sœur Mahaut: je ne vous aime pas. Vous et vos amis m'inspirent un rejet viscéral. Pas tant par vos positions que par votre rejet de l'œcuménisme. Tout cela est vrai...mais je dois vous dire ceci également: bien que ma détestation de ce que vous êtes est réelle, mon désintérêt pour votre existence l'est tout autant. Je me suis surtout attaqué à vous parce que c'est une mode bien populaire, et que je pourrais y attirer des voix au conclave.

En théorie donc, je POURRAIS revoir mes positions vis à vis de votre petite mouvance avec plus de "tempérance", et d'"indulgence", après ma nomination sur le trône de Saint Pierre. Je pourrais disons..."mettre sous le tapis" une partie de ce que je prévois et qui nous mettrait en porte à faux. Mais la grande question est ce que vous proposez en échange de mon effort. Vous avez de la chance: il existe des personnes en ce monde qui mettent notre sainte mère l'Eglise plus en danger que vous, et c'est sur eux qu'est toute mon attention. Alors j'attends d'entendre ce que vous avez à me dire."

Le cardinal prend une autre bouffée.

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Merci pour la cigarette, monsieur Spinelli, vous avez du feu ?


La Mère Mahaut, clope au bec, semble un peu moins furieuse que tout à l'heure.
La Mère Mahaut, clope au bec, semble un peu moins furieuse que tout à l'heure.

Narration de l'Evénement

La mère Mahaut entre, accepte la cigarette que lui tend son hôte, se la fait allumer puis, après avoir pris le temps d’une grande inspiration, suivie d’une longue expiration qui expulse beaucoup de fumée dans la pièce, elle répond :

— J'avais arrêtée, mais c'est comme l'alcool, il suffit que je quitte l'enfer du Dakora, que je me trouve quelques heures en Catholagne, pour que je sois en proie aux plus dégradants des péchés ... Et la liste n'est pas encore complète, je vous passe les détails... Cette ville est décidemment celle du diable, on y arrive en état de grace, plus ou moins et on ne tarde pas à rejoindre le rang des damnées. Les ruines de Dakoraville me réussissent bien mieux, le Smog est bien moins pervers que cette île maudite de Sancte et ses sollicitations contraire à la morale volignonaise et à l'état religieux ... enfin laissons cela, ça concerne mon confesseur et non vous. Je suis navrée de vous avoir vexé, Monsieur Spinelli, quand je bois un peu trop j’ai tendance à perdre le sens des conventions… Mais vous savez, tout le monde vous appelle Stefano chez nous, c'est même pas loin d'être affectueux. Votre saint patron vous colle à la peau mais je me garderais bien d'en tirer aucune conclusion désobligeante.

Enfin, il me semble que vous venez de tout dire. Il ne s’agit pas de nous aimer, vous et nous. Volignon et Catholagne n’ont plus rien en commun ; Catholagne a choisi de s’éloigner de ce qu’elle devait être pour devenir ce que l’on voit qu’elle est aujourd’hui… Pour répondre à votre question, notre Église se porte bien, elle est solide et unie et observe plus que jamais une orthodoxie des plus parfaites malgré les faiblesses ponctuelles et bien humaines de nombre de ses membres…

J’ai tenté de vous intimider, tout à l’heure, monsieur Spinelli ; manifestement ça n’a pas marché, il faut croire qu'en Dodécapole l'on connait aussi ces méthodes d'intimidation dont on fait grand usage au Makota, mais c’est sans importance puisqu’il semble que vous ayez bien cerné le problème qui est le nôtre vous concernant. Effectivement, votre discours belliqueux contre nous nous a beaucoup déplu, c’était vous faire des ennemis pour pas grand-chose. Je ne sais pas s’il y a des voix à gagner dans votre Conclave en affichant votre hostilité à notre égard… Enfin vous le savez assurément mieux que moi, je n'en doute pas. Vous me disiez que vous étiez disposé à nous ignorer… Ce serait pas mal… Vous avez évoqué des choses concernant ce que vous prévoyiez contre nous ? Pouvez-vous m'en dire plus ?

Voyez, monsieur Spinelli, nous discutons calmement. Tout va bien. J’attire cependant votre attention sur le fait que Volignon compte au bas mot cent millions de fidèles et un clergé pour le moins pléthorique ; nous ne nous portons pas mal, et même très bien. Le rapport de force n'est peut être pas celui que vous pensez. Nous savons, vous comme moi, que c’est Catholagne qui est chancelante. Ses bases sont ébranlées et je ne vois pas comment ça pourrait aller mieux dans l'avenir. Mais laissons ce vieux débat, il est sans importance ici et nous ne sommes pas dans votre salon, au milieu de la nuit pour parler de théologie ; je sais que je ne vous ouvrirai pas les yeux sur ce qu’est Catholagne et ce qu’elle n’est pas… Cependant, un pape de Catholagne capable de nous ignorer, d’ignorer la Sainte Église de Volignon, nous irait très bien… Voyez, monsieur Spinelli, nous pouvons nous entendre.

Effet en terme de jeu

Néant (RP).
Une cigarette ma sœur ?



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Spinelli observait toujours la sœur du coin de l'œil, même quand il avait l'air de lever les yeux au plafond en recrachant sa fumée comme une cheminée. Il fait tomber des lambeaux de sa cigarette dans un cendrier en porcelaine avant de le tendre en direction de Mahaut pour qu'elle en fasse de même. Baissant furtivement les yeux sur son tapis, espérant que la cendre ne s'y soit pas déjà incrustée sous les piétinements de la vieille femme.

" Beaucoup de gens pensent comme vous. Que Sancte est un endroit puant. Je le pensais aussi quand je suis arrivé ici. Vous qui êtes en mission, vous connaissez ce sentiment non ? De passer des années à évangéliser dans des contrées perdues pour finalement parvenir dans un endroit baigné de luxe et une accumulation mobilière étalée sur plusieurs siècles. On a vite fait de se faire attraper comme un ours par du miel, et de se perdre. Beaucoup de mes coreligionnaires se sont perdus, je le conçois, et je l'ai vu. Mais je ne puis me résoudre à ne pas essayer d'améliorer ce qui peut l'être, et à laisser n'importe qui devenir l'intercesseur de dieu sur Terre, que ce soit un youslève qui vit parmi les païens de son maudit pays, ou un vulgaire travelot. Mais par dessus tout, j'estime que sa sainte mère l'Eglise n'a pas à se soumettre aux pouvoirs temporels de quelque nation qui pense pouvoir se substituer à ce qui revient à dieu...et à nous."

L'homme marque une pause, avant de s'adosser à un mur immaculé, du rouge pétant sur du blanc laiteux, qui dessine parfaitement le contour de sa silhouette.

" Je vous trouve très curieuse, mais je pense qu'il ne m'en coûte rien de vous dire ce que je pense de toute cette chienlit. Il me fait ni chaud ni froid que vous répandiez mes mots: j'ai déjà assez d'ennemis pour le soucier de vos éventuelles opérations de manigances. Si d'aventure la cheminée devenait blanche pour moi, j'ai bien l'intention de convoquer un grand concile, peut-être le plus important depuis le contre-réforme. Il ne s'agit pas tant de redéfinir le canon de l'Eglise que de faire le grand ménage dans ses institutions. J'estime que la parole de dieu doit être apportée par une puissance politique indépendante de toute influence de l'extérieur. Or, nous avons désormais des pays qui s'y ingèrent: preuve en est de ce missile balistique carnavalais qui a frappé ce pauvre cardinal de l'Empire du Nord au dernier conclave. L'un des objets de concile pourrait également de potentiellement statuer sur les relations entre notre Eglise et les autres confessions du monde chrétien. Vous inclus. Inutile de dire que les volignonais n'ont pas bonne presse parmi nos princes.

Quant au rôle de mes communications sur votre...Eglise, sachez le, qu'il rapporte toujours des points de taper chez la concurrence, 100 millions de fidèles ou pas. Nous avons bien livré guerre à ces réformés de malheur tout vêtus de noir et allergiques aux reliques... Et il est toujours bon pour la cohésion d'un groupe de désigner un objet de malheur. Cela entre dans le cadre de ma stratégie pour réunir ces gens à côté de qui je dois passer mes journées au conclave. MAIS...ce n'est pas une partie très importante de mon plan. C'est pourquoi je suis disposé à la revoir, au vu de votre grande insistance, à la condition que l'on me rende un service égal.

Vous avez l'air d'avoir beaucoup d'oreilles dans les murs de notre Eglise ma sœur. Disons que si certains cardinaux se retrouvaient..."indisposés" à se faire élire, nous n'en y éprouverions pas le chagrin. Connaissez vous le cardinal Mattin, ma sœur ? Le youslève. Et le cardinal Anagonye ? L'un est un soi disant chrétien qui vit parmi ses congénaires dans un pays de paiens, quand l'autre est un béni oui-oui incapable. Les autres cardinaux, qu'on se le dise, n'ont aucune chance d'être élus. Pas même ce brave jashurien qui est bien seul dans sa solitude. Indisposez les de la façon que vous l'entendez, et en échange, je m'engagerai à fermer les yeux sur votre existence. Et je reporterai l'attention des princes de l'Eglise sur d'autres sectes quelconques...luthériens, calvinistes et autres dénominations exécrables qui détournent du droit chemin. Et qui sait...un jour, peut-être vous renverrais je l'ascenseur de manière plus concrète. Avons nous un accord ma soeur ?"


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Nous nous comprenons bien, monsieur Spinelli et j'ai toujours su que nous arriverions à nous entendre. Vous êtes un homme plein de bon sens.


La Mère Mahaut, clope au bec, semble un peu moins furieuse que tout à l'heure.
La Mère Mahaut, toujours clope au bec, semble à présent tout à fait détendue.

Narration de l'Evénement

La Mère Mahaut, qui malgré les illustrations piteusement réalisées par le narrateur de ce texte, n’est pas si vieille qu’on l’eût qualifiée spontanément de vieille dame, bien que ses traits hommasses lui interdisent depuis toujours la moindre revendication à la beauté et au charme (ce qui n’est pas très grave, n’est-ce pas, pour une religieuse), avait écouté attentivement et avec beaucoup d’intérêt chaque parole du cardinal Spinelli ; elle reprit la parole avec plus de calme que tout à l’heure, parlant avec décontraction entre de profondes bouffées de cigarette et des gestes un peu grotesque d'une virilité congénitale qui n'étouffait cependant pas une intelligence et une sensibilité certaines :

— L’Église de Volignon n’est pas beaucoup mieux lotie que celle de Catholagne, vous savez. Je suis bien placée pour vous le dire. Je devrais sans doute me taire, mais enfin, puisque vous avez été franc avec moi, je pense devoir être franche avec vous. Comme vous, nous avons le bon sens, ou plutôt l’instinct, de cacher nos turpitudes par tout un ensemble de subterfuges et de faux-semblants. Ici même, dans cette ville que nous méprisons, vous et moi, pour ses désordres, cette ville qui est la capitale de votre Église, je connais des religieuses volignonistes qui sont infiltrées dans votre Église et qui sont plus débauchées et immorales que des prostituées ou des travestis, et ça ne leur vient pas de Catholagne, elles ne le sont pas devenues sur place en côtoyant les membres de votre église, elles ont été envoyées ici parce qu’on pensait que leur perversité, qui nous était parfaitement connue, pouvait être utile à nos intérêts, et je pourrais vous donner les noms d'un nombre assez considérable de clercs de mon Église qui se sont rendus coupables de plusieurs meurtres ou que l'on suspect fortement d'être impliqués dans d’autres genres d’abus, car soyez assurés que Catholagne n’a pas le monopole de l’abjection.

Moi-même, comme vous me voyez, j’ai déjà eu la faiblesse, plusieurs fois durant ma vie de religieuse, de tomber amoureuse de consœurs et de pratiquer ce qu’il est d’usage chez nous d’appeler des amitiés particulières. Inutile de vous dire que tout cela incluait bien évidemment des choses tout à fait contraires aux lois de la nature et à la teneur de mes vœux… C’est la vie, c’est la condition humaine. Plusieurs fois je suis tombée amoureuse et plusieurs fois j’ai décidé de renoncer à cette amour pour reprendre le droit chemin, mais qui sait si demain, vaincue par les démons ou convaincue par eux de succomber définitivement, je ne retomberai pas, de nouveau, dans ce genre de vice damnable ? Ce n’est qu’à la mort que l’on peut enfin laisser les armes et cesser le combat. Et Dieu fasse que j’aie une bonne mort en état de grâce pour que mon âme éternelle soit sauvée plutôt que jetée en enfer…

Vous voyez, je vous l’ai dit, sur de nombreux points nous ne sommes pas si différents, Catholans et Volignonistes, et nous faisons peu ou prou les mêmes choses et sans doute plus ou moins de la même façon… En revanche, ce que ne fait pas Volignon, et c’est sa différence avec Catholagne, la différence qui change tout, c’est que ses clercs n’entendent pas abaisser sa doctrine, qui est la doctrine divine, celle du Christ, à la hauteur de leurs turpitudes. Nous avons conscience de ne pas être à la hauteur de notre mission mais jamais, au grand jamais, il ne sera question pour nous d’abâtardir notre mission pour nous la rendre plus facile, de changer une seule virgule de la loi de Dieu pour nous rendre meilleurs en abaissant les standards… Moi aussi j’aimerais que la vie soit plus facile, moi aussi j’aurais aimé que les choses soient plus simples… Mais la vie est un combat, monsieur Spinelli, vous devez le savoir aussi bien que moi, un combat pour le salut de nos âmes… Enfin, on s’en fout, on n’est pas là pour parler de théologie et je ne pense pas que je vous convertirai au Volignonisme, et je ne suis pas là pour ça.

Vous avez compris le problème, monsieur Spinelli, et vous avez apporté la solution. Si vous ne parlez plus de nous, que vous nous ignorez, que vous vous concentrez sur d’autres que nous, alors vous cessez d’être pour nous un danger et vous devenez un candidat acceptable, ce qui vous éloigne de fait de toutes listes rouges. Je partage votre inquiétude pour ce qui est de Désiré, et oui, si tout va bien, nous vous en débarrasserons. Je ne sais pas encore très bien de quelle façon, mais ça arrivera. Pour le Youslêve, en revanche, les hiérarques de mon Église ne sont pas persuadés du danger qu’il représente pour nous mais je suis certaine que si je leur dis que le compromettre servira nos intérêts alors cela sera fait certainement. Cependant je ne peux absolument pas le garantir. Ma question est celle-ci : si on écarte Désiré, vous en contenterez-vous ? Je vous préviens que nous imposer d'éliminer le yousléve c'est encourir le risque que nos autorités préfèrent vous éliminer vous, par simplicité, plutôt que lui... Je vous aime bien, monsieur Spinelli, je ne veux pas qu'une telle chose vous arrive.

Effet en terme de jeu

Néant (RP).
Une cigarette ma sœur ?



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L'Homme d'Eglise observait la scène, il en éprouvait presque un amusement. Ses muscles tendus se relâchèrent, tout autant que ses bouffées de fumées étaient de plus en plus espacées. Il s'affala dans son fauteuil, laissant paraitre une position qui n'était plus celle d'une certaine vigilance. Il analysait les traits du visage de la soeur, chaque regard et chaque froncement de sourcils. Puis, il lâcha un rire léger qui fit écho dans le salon, qui n'était éclairé que par quelques lampes de chevet.

"Inutile de me donner davantage de détails des prouesses sexuelles de vos bonnes sœurs pour vous, Mahaut. Je suis peut-être habilité par le secret de la confession, mais je laisse ce travail à vos propres curés. J'ai bien assez de cas à traiter. Dieu jugera les lesbiennes le moment venu j'imagine, comme nous tous...

...Pour ce qui est de votre proposition...alors soit, cela ne me coûte rien de l'accepter. Qu'il en soit ainsi. Faites ce que vous voulez de notre cher Agonye, ce n'est pas mon affaire, et la dernière chose que je veux est d'être tenu au curant des détails. Tuez le, discréditez le, accusez le de ce que vous voulez. A partir du moment où je ne vois pas son nom inscrit sur les listes du conclave, cela me convient. C'est toutefois regrettable pour le cardinal Mattin: je ne connais point d'adversaire plus retors que lui dans la cité sainte: excellent théologien, cache très bien toute l'étendue de sa colère, de sa frustration et de sa paranoia... sa disparition m'aurait grandement arrangé. Mais j'imagine qu'il faut se contenter du peu. Mais prévenez moi si vous changez d'avis. Peut-être même qu'un arrangement financier pourrait être trouvé afin de récompenser votre peine."


Giovanni se lève, se rapprochant de nouveau de la soeur.

"Sur ce. Je pense que nous nous sommes tout dit. Je vous raccompagne à la porte ?"

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Formidable, monsieur Spinelli. Je savais que vous feriez le bon choix !


La Mère Mahaut, clope au bec, semble un peu moins furieuse que tout à l'heure.
La Mère Mahaut, toujours clope au bec, semble à présent tout à fait détendue.

Narration de l'Evénement

La Mère Mahaut, surprise d’apprendre que ses errements intimes n’intéressaient pas son hôte alors qu’ils intéressaient énormément, à l’ordinaire, ses confesseurs volignonais, éluda rapidement dans les grandes lignes cette partie de son argumentation qui servait, initialement, à illustrer la différence doctrinale fondamentale entre Volignon et Catholagne puis, après avoir achevé ses explications pratiques et obtenu de Spinelli l’accord qu’elle attendait de lui, elle le félicita chaleureusement. Elle l’aurait volontiers pris dans ses bras si la proximité physique avec les hommes ne la dégoûtait pas tant. Puis, se laissant raccompagner à la sortie de l’appartement, à présent beaucoup moins grise que tout à l’heure, elle reprit la parole :

« Je vous demanderai bien votre bénédiction, mais vous savez que je ne peux pas l’accepter compte tenu de votre état de schismatique publique Catholan. Je vous souhaite de réussir dans votre entreprise et pour la chose que nous avons convenue, vous et moi, je pense que vous serez très rapidement informé, et par vous-même, de sa réalisation. Et vous, n’oubliez pas de faire ce qui est convenu. Je pense que vous êtes un homme habile et intelligent, monsieur Spinelli, nous aurons certainement l’occasion de nous revoir dans l’avenir et pour parler d'autres choses que de ce genre d'affaires si sombres, peut-être aurez-vous alors le courage de m’avouer vos faiblesses comme je vous ai avoué les miennes. Dieu vous garde, monsieur Spinelli, je ne vais pas revenir en Catholagne avant un certain temps, je suis assez pressée de quitter ce pays et vous devinez assez facilement pourquoi, je pense. »

La nonne sort donc dans la rue et repart à pied, descend quelques pâtés de maisons pour ne pas être localisée à côté de chez Spinelli et appelle un taxi. Elle monte dedans, se fait conduire à l’aéroport d’où elle quitte le Territoire, direction Volignon, pour y rendre compte. Le cardinal Spinelli venait vraisemblablement de sauver sa vie en n’exigeant pas que l’on prenne celle du Youslêve. Reste à voir si Désiré sera bien mort avant le Conclave. C’est une chose que l’on ne tarderait pas à apprendre.


Effet en terme de jeu

Un accord secret est passé entre Spinelli et Mère Mahaut au nom de Volignon. Spinelli ne parle plus de Volignon, Désiré est écarté, tout le monde est heureux, et tout va bien pour tout le monde dans le meilleur des mondes.
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