29/05/2020
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Recensement des mouvances politiques et intellectuelles au sein de l'Eglise Catholique.

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Bibliothèque du Vatican.

Comme vous le savez, une Eglise est rarement un bloc monolithique ; tout un tas de conceptions frôlant plus ou moins l'hérésie et flirtant parfois avec les limites dogmatiques... C'est pour cela que dans un travail visant à harmoniser et recenser les principales doctrines officielles, nationales ou particulières qui cohabitent au sein de ce vaste espace j'ai mis à votre disposition ce topic. Les nouveaux joueurs souhaitant donner un semblant d'activité à leurs catholiques peuvent bien évidemment s'y référer et s'y rattacher autant qu'ils le souhaitent.

Je compte sur vous pour être un minimum sérieux x)
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La Théologie de la Libération // Hommage à Guttierez, l'un des pères de cette doctrine chrétienne.

La Théologie de la Libération ; une révolution au sein même de l’Église catholique.

La théologie de la la Libération est tout de même une invention qui bouleverse profondément l’Église de l’intérieur ; pour la première fois depuis plusieurs siècles un mouvement de représentants du clergé de tout grades et de toutes origines a réclamé une refonte complète de l’Église pour la rendre plus fidèle, selon eux, aux enseignements dispensés par Jésus. Plus innovant encore ils adoptent un discours radical, quasiment de rupture vis à vis de la pensée dominante, traitée non sans mépris de « bon enfant » par plusieurs révolutionnaires marxistes qui voyaient en la doctrine sociale une sorte de sparadrap qui tentaient de soigner une hémorragie ; un cheveux sur la soupe au mieux inefficace et utopique, au pire paternaliste et bourgeois. Et c’est là où, d’entrée de jeu, ce courant de pensée, cette idéologie même, rompt brutalement avec le consensus de l’époque qui partait du principe que l’Église seule peut permettre le salut des pauvres, et pourtant voilà que des étudiants en théologie et des prêtres s’opposent à cela en arguant que le pauvre, l’opprimé, n’a pas à se montrer passif dans sa libération, mais à devenir un acteur de cette dernière. C’est là une véritable révolution intellectuelle qui n’a pas manqué de connaître plusieurs succès locaux à travers le monde ; tant dans l’Église antérinienne (qui pourtant est extrêmement conservatrice) que dans plusieurs grandes villes hernandiennes ; à l’est du Tajija notamment avec l’émergence mouvements marxistes moralement et politiquement soutenus par le clergé local.

Pourtant, il ne faut certainement pas considérer que l’idéologie est née d’elle même ; il serait bon de rappeler le contexte social et politique de l’époque pour le constater. En effet, Manuel de San-Diego-de-la-Montagna dirigeait alors l’Hernandie d’une main de fer depuis les années cinquante ; un gouvernement dirigé par une junte militaire extrêmement brutale qui n’hésitait pas à recourir à une répression aveugle et brutale pour écraser la contestation ouvrière. Difficile d’oublier le Seis de Mayo lorsque un peloton de la Guardia Nacionale tira à balles réelles et à bout portant sur une foule de grévistes pacifiques qui réclamaient une augmentation des salaires… Cette brutalité inouïe ne fut même pas condamnée par le clergé catholique local, trop heureux de mener ses affaires sous la bienveillante protection des autorités militaires qui avaient besoin de ce soutien tacite pour légitimer auprès du reste du monde, mais aussi de leurs concitoyens, le maintien d’un statut proche de l’état d’urgence. Il serait facile de croire alors que les jeunes étudiants en théologie d’Hernandie auraient « pondu », si on me permet l’expression, des ouvrages en appelant à la révolution tant ils étaient révulsés par la violence de telles pratiques, en s’appuyant évidemment sur tout un corpus intellectuel et moral fourni par les penseurs kah tanais.

Seulement c’est bien plus compliqué que cela ; l’Église n’a jamais été une institution totalement uniformisée ; sa pensée, ses dogmes, ses interdits, sont largement débattus et parmi les prélats catholiques il n’est pas rare de voir des évêques soutenir des thèses qui font polémiques, et l’Église elle-même ne doit pas être considérée comme un immense bloc monolithique qui interdirait à ses prélats de prendre des positions pour le moins… controversées. Bien au contraire, l’Église se transforme en profondeur depuis des siècles et des siècles ; il y a eu la Polémique aristotélicienne qui opposa Saint Thomas aux recteurs d’université à propos des traductions d’un certain Averroès, il y a évidemment eu la question de la Réforme et des réponses morales et spirituelles que l’Église devait absolument apporter pour conserver sa domination morale… Et évidemment il y eut la bien épineuse question de l’émergence du libéralisme dans la vie sociale du XIXe siècle avec la mise en place d’une société capitaliste. Et, malgré ce que prétendent certains, l’Église n’a pas été le soutien sans faille tant décrié des élites industrielles en devenant le protecteur moral, en quelques sortes, du capitalisme.

En vérité la position de l’Église est plus complexe ; tout comme il y existe de fervents soutiens au libéralisme économique, il y a des conciliaristes pragmatiques et des anti-capitalistes radicaux ; ce sont là les trois alternatives possibles que si ce sont dès le départ imposées à l’Église ; trois voies dont le choix allait définir pour plusieurs siècles le rapport qui allait exister entre l’Église et l’argent. Cela commence dès le seizième siècle avec l’émergence du protestantisme : c’est ce dernier qui allait définir une nouvelle définition de la religion lorsqu’il décida de traduire la Bible (qui on le rappelle était jusqu’alors uniquement disponible en latin ou en grec!) et il tomba sur un terme à traduire polysémique : la « vocation » (« vocatio ») qu’il décida de traduire par « Beruf » un germanisme signifiant ‘’l’appel du travail’’ (c’est là la meilleure expression à disposition tant il nous est malaisé de traduire avec précision un mot étranger avec un sens aussi large) qui incluait par conséquent une nouvelle vision de la relation vis à vis de Dieu ; le salut ne s’obtient plus uniquement par de bonnes actions mais aussi par le travail ; cela eût deux conséquences immédiates : premièrement les Protestants adoptèrent un mode de vie quasi monacal, extrêmement sobre, simple. Souvenons-nous des représentations de l’époque qui habillent systématiquement les protestants en bourgeois (entendez ici citadin et non « classe dominante ») vêtu de noir tandis que les catholiques portaient des tenues aux tons plus colorés, plus vifs, plus éclatants. Et finalement ce changement d’habitude vestimentaire est lui-même la conséquence d’une autre approche ; l’économie de l’épargne pour la réserver à l’investissement. C’est pour cette raison que les nations protestantes prirent de l’avance sur les États catholiques car les initiatives privées recevaient un soutien de la part d’une foule de petits épargnants qui investirent dans des parts ou des titres d’entreprises (d’ailleurs l’action boursière fut elle même crée pour profiter des ces milliers de petits investisseurs)… De ce fait il est évident que dès le départ le protestantisme et le capitalisme ont de fortes affinités ; un contraste d’autant plus saisissant que l’Église s’est toujours montrée sceptique vis à vis de l’argent ; les catholiques ne reçoivent une autorisation officielle de pratiquer de le prêt à usure qu’en 1917 !

Car ce qui différencie grandement l’Église catholiques des sectes protestantes n’est pas tant son rapport au travail; après tout l’Église comme Luther ou Cauvin ne voient pas le travail comme une punition et bien au contraire ils voient cela comme un acte servant les dessins de Dieu. La véritable différence entre ces mouvements de pensée chrétiens repose sur le rapport qui existe avec le fruit de ce travail ; l’Argent. L’Église elle-même s’inscrit dans une longue tradition philosophique lorsqu’elle ne voit en l’argent qu’un bien futile et stérile ; des liens avec la « Pléonexia » (πλεονεξία ) d’Aristote devraient nous sauter aux yeux (attention, il n’est pas fondamentalement opposé au fait de produire de la richesse, en revanche il condamne fermement la cupidité où l’enrichissement excessif). Les protestants ont un rapport bien différent à cela ; acquérir des milliards n’est pas un problème tant que l’on « rend » ces derniers à la communauté ; c’est là le capitalisme du Nouveau Monde tel que présenté dans l’Évangile de la richesse (The gospel of Wealth) et qui sera un véritable modèle pour les grandes fortunes aleuciennes… Pour l’un des hommes les plus riches de tout les temps, John Rock’nroller (il est bien le jeu de mot hein?), baptiste convaincu qui dit ceci : « Je tien directement mon argent de Dieu ». Malheureusement ce dernier oubliait probablement les malheurs causés par son monopole, les licenciements massifs qu’il avait causé et la casse sociale dont il était responsable.

Car au final l’avènement du capitalisme marque une hausse des inégalités qui scinde l’Humanité en deux corps caractérisés avant tout par leur richesse ; et surtout par leur possession des moyens de production. L’Ancien Régime médiéval n’était certainement pas un exemple de redistribution, seulement les inégalités n’avaient pas explosées en quelques années seulement, et surtout la misère paysanne était difficilement comparable à la misère ouvrière tant leurs modes de vie était différent. C’est justement la misère de ce prolétariat qui poussa l’Église à condamner officiellement les abus du capitalisme : la très célèbre Rerum novarum qui démontrait avec brio les grandes différences éthiques et morales séparant définitivement l’Église et le capitalisme triomphant. Cette dernière en effet voyait en cela une inversion des valeurs ; l’homme ne servait plus le grand plan de Dieu en entrepreneurant, mais ils servaient leurs propres intérêts. Et c’est ce changement de paradigme plus que la misère ouvrière (même si elle joua un grand rôle aussi) qui mena à l’Église à définir une doctrine adaptée aux grands enjeux du temps ; la doctrine sociale. Cette dernière est une sorte d’alternative au capitalisme sauvage plus qu’une opposition radicale ; l’Église reconnaît que les travailleurs doivent être humainement traités et ne plus être considérés comme du « travail » (pour reprendre la terminologie utilisée pour évoquer la main d’oeuvre) et ses intérêts doivent à tout prix êtres considérés comme supérieurs au capital. C’est là la principale simplification que nous faisons de cette encyclique somme toute assez conséquente. Alors qu’en vérité, il y existe tout un tas de nuances qu’il est bon de prendre en compte… Néanmoins l’autre caractéristique notable prise en compte est le ton « paternaliste » qui sera retenue de cette encyclique lorsque les grands patrons feront de l’ouvrianat un ensemble impropre à se gouverner par lui-même (c’est par ailleurs une conception assez commune au sein de la société libérale du XIXe siècle qui voit en cette masse ignorante une réserve à voix qu’il s’agit d’acheter le jour du vote avant de les oublier une fois le scrutin dévoilé…).

En Aleucie justement le mouvement ecclésiastique ne diverge pas vraiment des oppositions qui traversent l’Église ; certains évêques voient en l’essor du capitalisme l’émergence d’un individualisme cupide et égoïste, mais la majorité du clergé, du haut clergé surtout, entretenait d’excellentes relations avec les élites économiques et sociales du pays. Ainsi, c’est tout naturellement que ce dernier se rallia aux militaires lors du coup d’État de 1945 commis par une junte militaire dirigée par San Diego de la Montagna. Le clergé accueillit avec d’autant plus d’enthousiasme ce changement lorsque el Jefe criminalisa les mouvements socialistes. Mais cela était sans compter la crise économique qui éclata dans les années 50’ et l’industrialisation rapide que connaissait l’Hernandie depuis deux décennies ; et cette crise fut en véritable car elle ouvrit les yeux au clergé séculier mais aussi à la jeunesse estudiantine ; jamais la misère ne fut plus grande, et pourtant, jamais les grands magnats de l’industrie affichaient un luxe et une opulence aussi ostentatoire. C’était à croire que ces derniers, qui se prétendaient bons catholiques, profitaient de toute cette misère pour s’enrichir encore plus en cassant les salaires et en augmentant les heures. Et c’est de cette manière qu’un changement radical de modèle économique mûrit dans l’esprit de plusieurs chefs religieux et étudiants syndiqués ; et l’impensable devint tout à fait acceptable dans des cercles de pensée ; et si le Marxisme, « perversité de la foi », « dégénérescence monstrueuse », « abomination morale » n’avait pas complètement tort quand au diagnostique qu’il faisait de la société libérale.

C’est ce que certains sociologues nomment une « relation d’affinité élective » des mots terriblement complexe qui désigne l’attraction mutuelle qui peut exister entre certaines idées à un moment donné dans un contexte précis ; prenons le cas du protestantisme et du capitalisme, ces deux idées se sont naturellement attirées tant l’éthos protestante est en vérité similaire au libéralisme. C’est ce que démontrera Weeber dans l’éthique protestante du capitalisme où il démontrait que cette relation (« Wahlverwandtschaft ») a été permise par l’adéquation qui existait entre l’éthos protestant (esprit d’entreprenariat, culte du travail, mise en avant d’un mode de vie simple et sain) et l’éthos capitaliste (enrichissement personnel, ruissellement des richesses…) qui amena une influence mutuelle qui en vint à créer une véritable symbiose entre l’éthique morale et l’éthique économique. Ici justement ce fut le catholicisme qui en vint à se mêler au marxisme. Ce « mariage » fut justement permis par certains points communs évidents entre la religion et l’idéologie ; des points communs qui n’ont cessé d’être recensés et qui parfois devenaient véritablement frappants (poussant par ailleurs certains à voir en l’idéologie marxiste une version matérialiste du messianisme judéo-chrétien…) les deux principaux points étant la défense des opprimés et l’universalisme que prétendaient incarner les défenseurs autoproclamés du prolétariat et l’Église. C’est donc tout naturellement que les deux idées se rapprochèrent pour être pleinement intégrées par les Jeunesses Universitaires Chrétiennes d’Hernandie (J.U.C.H) et par plusieurs membres du clergé catholique, tant par des prêtres que par des hauts responsables des institutions ecclésiastiques.

Ce qui caractérise ces derniers, et qui nous empêche de voir en eux des « conciliaristes » (des hommes qui croient en la doctrine sociale de l’Église) radicaux ou des marxistes qui ne s’assument pas est l’analyse toute particulière qu’ils font de la société et de ses maux. Cette dernière s’appuie sur les grilles de lecture marxistes de l’époque et adoptent un vocabulaire propre à cette idéologie ; « violence de classes », « oppression prolétarienne », « lutte des classes »… Des termes quasiment peu utilisées au sein même des institutions religieuses. D’autant plus que ces étudiants n’hésitent pas à rejoindre les marxistes sur des points précis ; à commencer par la définition d’un ouvrier, étrangement similaire à celle qu’en fera Marx dans le Manifeste ; «  groupe de ceux qui sont obligés de vendre leur force de travail sur le marché en échange d’un salaire qui ne correspond pas à la valeur de sa contribution au processus productif et qui ne participe pas à la gestion dudit proçès de production » autrement dit toutes les composantes principales de l’analyse marxienne sont à noter : la vente de sa « force de travail » (de ses bras, pour le dire de manière plus triviale) pour des sommes dérisoires, mais aussi autre caractéristique importante, la division fondamentale qui est faite entre ceux qui possèdent les outils de production (le capital) et ceux qui n’ont rien. Seulement ces derniers ne considèrent pas le penseur kah tanais comme un maître à penser ; pour citer Louis Salsa ; figure de ce mouvement ; - « Nous ne prenons pas Marx pour un maître puisque nous en avions un déjà auparavant, mais nous savons lire Marx. » par ailleurs, même si beaucoup de la terminologie marxiste est reprise, les documents qui ont été considérées comme une base intellectuelle sont tous issus de la théologie catholique ; Sait-Thomas et Léon en étant des figures essentielles. Par ailleurs, les membres du J.U.C.H n’ont jamais adhérés aux structures marxistes (P.S.H, P.C.H ou à l’Action Communaliste Hernandienne…) alors qu’ils avaient une vision radicale du problème.

Par ailleurs l’influence kah tanaise ne se limite pas uniquement à corpus idéologique pré-existant, mais à un véritable effort mené de concert par l’Église du Kah (qui a des pratiques radicalement différentes de celles qui ont cours à Sancte comme on s’en doute)[ou à défaut des prêtres anticapitalistes agissant de leurs propres chefs si la Junte est toujours en place, à toi de voir Vast]. Mais néanmoins ce n’est pas la seule ; des missionnaires issus des mouvements ouvriers antériniens soutenus par des évêques influents, comme l’archevêque de Marcine, réclamant que l’Église entretienne des relations cordiales, ou a minima un dialogue, avec les Sociétés socialistes. Même si ces derniers n’étaient pas de fervents marxistes. Ils restaient néanmoins convaincus qu’un dialogue était nécessaire pour permettre in fine une meilleure coordination entre les mouvements ouvriers de différentes obédiences. Pour eux en effet le socialisme était une réponse (même imparfaite) au « capitalisme en tant que système inhumain ». Parmi ces missionnaires Mouriez était justement la référence absolue que les Jeunesses universitaires citaient en permanence. L’apport fut par ailleurs plus pratique que théorique ; notamment avec la mise en place de mouvements de solidarités chrétiens où la lutte contre la pauvreté était une priorité et au lieu de se contenter de simples donnations, de véritables campagnes d’alphabétisation, de gestions collectives et responsables de quartier conseillées par des prêtres… Ce fut une véritable révolution silencieuse qui visait à faire prendre conscience à la masse qu’elle aussi peut gouverner. Ce fut aussi ce qui marqua le début de la fin pour les J.U.C.H qui virent le pouvoir dissoudre le syndicat et incarcérer pour cinq ans les principaux meneurs… En revanche l’action de ce syndicat ouvrit la voie malgré la répression du pouvoir à des cas pratiques montrant qu’une libération chrétienne est possible.

Cette pratique n’est pas propre à l’Église ni même décidée par Sancte, en revanche cette dernière est une « expression de la pratique libératrice et émancipatrice de l’Église » ; une Eglise qui a sciemment choisie les pauvres et les indigènes en se référant directement au Christ. Mais néanmoins, ce sera avec la répression des mouvements ouvriers au début des années 50’, au seis de Mayo que l’on actera officiellement la naissance de cette théologie de la Libération lorsque les travaux intellectuels de plusieurs prêtres (ayant parfois participés au J.U.C.H ou à son encadrement) seront massivement publiés en Hernandie et que ces même ouvrages deviendront des références dans les mouvements catholiques d’Afarée… Mais c’est aussi à partir de ce moment là où l’influence marxiste est véritablement acceptée et reconnue par ces mouvements de Libération. L’adéquation entre le marxisme est le christianisme devient effective et entre dans une « relation d’affinité élective » avec les mouvements marxistes. Et surtout c’est à partir de ce moment que la polémique se met en place ; dans la tradition catholique en effet le pauvre est un objet purement passif, une victime de sa situation plus qu’un acteur de sa propre vie. Les théologiens de la libération, comprenant l’«aberration » que représentait ce postulat et partait du prince qu’au contraire il fallait que le pauvre lui-même s’émancipe ! C’est la solidarité avec le pauvre. Mais c’est aussi ce qui mena à une véritable convergence avec les marxistes ; le travailleur ne s’émancipera que par lui-même.

En revanche, il ne faut pas voir en ces révolutionnaires du clergé des socialistes ou des communistes convaincus ; au contraire ils ne voient le marxisme que sous une vision purement utilitariste ; ses grilles d’analyse seraient correctes, ses outils de compréhension du monde (notamment le concept clé de lutte des classes) seraient parfaitement adaptés à l’ère actuelle, en un mot le marxisme serait une « science » utile pour appréhender le monde. Néanmoins, la philosophie marxiste, sa finalité absolue, est rejetée car en totale inadéquation avec les principes moraux du christianisme. Le matérialisme et l’athéisme exacerbé par certains groupes empêchent la fusion entre les Chrétiens adepte de la libération et les marxistes pour la simple et bonne raison que les marxiens ne reconnaissent pas Dieu ; alors que les Chrétiens pensent agir en Son nom et pour Lui en soutenant les classes laborieuses dans leur émancipation. Malgré tout il serait faux, et même mensonger, d’affirmer que les relations se limitaient à un simple partage de connaissance ; les liens tissés entre les réseaux marxistes (surtout communalistes) et chrétiens étaient plus nuancés, composés d’apports mutuels et d’un but commun globalement cohérent : tout comme les marxistes les adeptes de la Libération voulaient une société plus communautaire, tout comme les marxistes les adeptes de la libération étaient solidaires des pauvres et tout comme les marxistes les adeptes de la libération voulaient et croyaient en une société sans classe et sans domination… C’est en quelque sorte un processus sélectif qui se met en place éliminant les éléments idéologiques indésirables, comme l’athéisme ou le matérialisme…

Par ailleurs il ne faut pas partir du principe que les Chrétiens n’ont fait qu’importer des données intellectuelles marxiennes ainsi que certains buts communs ; ce serait se méprendre et ne pas faire hommage aux immenses apports réalisés par ces Chrétiens dans plusieurs mouvements ouvertement marxistes. Prenons deux exemples concrets ; le Mouvement Révolutionnaire Hernandien et le Front de Lutte Anarchiste.

Dans le premier cas les Chrétiens n’ont pas été des alliés de circonstance dans l’épisode révolutionnaire qui bouleversa dans les années 80’ l’Hernandie, comme c’est parfois le cas dans les révolutions (communistes et chrétiens menant leurs barques indifféremment des autres) sud-aleuciennes. Au contraire, les Chrétiens jouèrent un rôle décisif dans le soulèvement contre le successeur de San Diego. Et ce fut la première fois que les adeptes de la théorie de la libération se fondirent avec les marxistes pour mener ensemble une révolution. Ce furent les Communautés écclésiales de la Base qui participèrent avec enthousiasme à former politiquement les paysans, tout comme ce furent dans les grandes villes que les prêtres se montrèrent des plus virulents vis à vis du régime et ce furent ceux qui firent les discours les plus enflammés pour condamner les militaires corrompus et les fonctionnaires fantoches. Tout comme ce fut dans les provinces rurales et catholiques que la résistance et le combat furent les plus féroces ; encore aujourd’hui le Tajija reste une province encore agitée par les souvenirs du Mouvement Révolutionnaire Hernandien. D’autant que ces journées agitées menèrent plusieurs centaines de catholiques du monde entier à rejoindre le M.R.H ; comme un ralliement de l’autel autour de la révolution. Plusieurs membres clés du mouvement était par ailleurs des prêtres ; montrant que ce fut une fusion totale entre les mouvements marxistes et les adeptes de la libération.

À l’internationale ce mouvement s’exporta ; au Moranza ce furent les prêtres marcinois qui insufflèrent le décolonialisme au sein des élites écclésiastiques locales, à Marcine plusieurs archevêchés clés furent occupés par des théologiens de la Libération ; et ces derniers eurent une influence non négligeables sur la maturation du Front de Libération National, initialement composés en grande majorité de marxistes, avant d’êtres infiltrés et et dirigés quelques années plus tard par plusieurs membres du clergés révolutionnaires, inspirés par les actions du J.U.C.H réussirent à donner une envergure régionale au parti ; lui permettant de tutoyer les géants conservateurs traditionnels ; le Parti Pan Afaréen (de droite conservatrice) et le Parti Conservateur ; offrant à la gauche un moyen de gouverner (en parti) le Royaume. Par ailleurs, la plupart des cadres du mouvement sont issus des grandes écoles de théologie où l’étude de la théorie de la Libération est un axe clé pour comprendre le combat de l’Église contre la pauvreté au travers d’un nouveau prisme ; moderniste à souhait, mais absolument nécessaire dans les grands mouvements sociaux en partie piloté par des ecclésiastiques. Or, plus intéressant encore, le F.L.A n’attire plus uniquement des marxistes de la première heure, athées et matérialistes à souhaits, mais aussi des catholiques progressistes convaincus ; ces propos tenus par un militant sont par ailleurs éclairants et révélateurs : - « Ma foi et mon appartenance à l’Église catholique m’obligent au processus révolutionnaire du F.L.A parce que l’émancipation des prolétaires opprimés est partie intégrante de la Rédemption du Christ. »

Révélateurs parce qu’au sein de l’Église une telle approche est souvent considérée comme une « infiltration » révolutionnaire, une « manipulation » plus qu’un choix fait par les adhérents à une telle doctrine. Et malheureusement, c’est ce qui contribue à discréditer le mouvement auprès des masses catholiques du monde entier en présentant la théologie de la Libération comme « l’antichambre du marxisme », le premier pas vers l’athéisme et le matérialisme. Alors qu’en vérité, c’est la foi chrétienne qui les orientent « naturellement » vers cette doctrine qui est à leurs yeux la plus à même de faire advenir l’ordre voulu par Dieu et l’amour entre les hommes. Et cette regrettable confusion confine encore ces mouvements aux territoires kah tanais, hernandiens, marcinois et Moranzais, alors qu’en vérité les possibilités pour ces derniers de s’épanouir sont grandes et les opportunités nombreuses.

Encore aujourd’hui les foyers intellectuels sont vifs ; si les kah tanais ont récupéré plusieurs éléments de cette théorie de la libération pour y accoler de nouveautés qui sont plutot bien accueillie à Marcine et en Hernandie ; le sacerdoce pour les femmes, la possibilité de marier les homosexuels, la reconnaissance de la transition de genre… Des propositions qui sont prises très au sérieuses dans les cercles de la théorie de la libération ; notamment pour les femmes « la position la plus réalisable que nous avons sous la main » pour le Docteur Aimé Jaliwa de l’Académie Royale de Marcine, section théologie, l’une des grandes figures intellectuelles modernes du mouvement. Même si le mouvement se fait vieillissant, il réussit à trouver des soutiens parmi la jeunesse, notamment dans les quartiers populaires avec de véritables programmes expérimentaux qui visent à améliorer la formation des quartiers autogérés et à améliorer le bagage intellectuel fourni lors des cours d’alphabétisation. Pour ce mouvement en effet, la pratique ne doit absolument rien céder à la pratique.

Par Son Eminence le Docteur Paolo Busocci, de l'Université de théologie de Sancte.

Sources (si ça intéresse quelqu'un) :
Marxisme et Christianisme en Amérique Latine, Persée.
Le capitalisme selon Jésus, Partie III (France Culture) évoquant la différence de point de vue entre l'Eglise romaine et les églises protestante sur le rapport à l'argent.
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