

"In Tempestate Invicti."
(Devise traditionnelle de la Marine du Götterland depuis 1784).
Face à l'insurrection généralisée qui a embrasé les territoires d'outre-mer, la Marine a dû se réorganiser pour pallier à la distance importante des départements d'outre-mer avec la métropole et l'état-major de Turmhain en donnant une forte autonomie aux forces locales afin de régler la situation et s'adapter aux situations de chaque enclave maritime. Chacun des trois départements est sous l'autorité d'un des trois vice-amiraux de la Marine avec l'amiral en chef Visscher en tant que commandant en chef pour chapeauter tout ce petit monde. Dans les faits, les méthodes de la Marine diffèrent énormément d'un vice-amiral à l'autre et chaque vice-amiral dispose de son propre comportement, sa logique propre et agit en fonction de celle-ci, profitant de son autonomie opérationnelle pour accomplir sa mission selon ses principes.

Amiral en chef de la Marine de la République du Götterland (1958-...).
Né en 1958 à Turmhain d'un père officier de la marine et d'une mère qui tenait un bar selon les mêmes horaires que ceux de la base, Visscher appartient à cette caste très fermée des familles navales de la ville qui se transmettent de génération en génération un rapport presque liturgique à l'uniforme de la Marine. Elève discipliné mais sans éclat particulier de l'Académie Navale de Turmhain, il gravit les échelons d'une carrière longue de près de quarante ans de service marquée par une régularité presque déprimante. Il n'a jamais été l'officier le plus brillant de sa promotion mais il était toujours celui qui allait au bout de ce qu'il entreprenait, c'était l'homme à qui l'on confiait les postes qui exigent de la constance plus que du panache. Cette trajectoire sans esclandre en fait, à la mort accidentelle de l'amiral en chef précédent en 2016, un choix de consensus pour la tête de la Marine plutôt qu'un choix de conviction, un fait qu'il connaît et qui, loin de le vexer, conforte sa propre conception du commandement comme fonction plutôt que comme destin. Physiquement, c'est un homme sec dont l'uniforme reste d'une propreté presque provocante, maintenant parfaitement sa discipline vestimentaire en tous temps et en tous lieux. Il a conservé, malgré les pénuries, l'habitude d'inspecter chaque matin en personne une pièce d'artillerie commémorative installée sur le font de mer de Turmhain, un geste sans utilité militaire qu'il ne justifie jamais et que ses officiers ont cessé depuis longtemps de questionner. Sa vie personnelle a payé le prix de cette rigueur. Marié depuis 1985 à Greta, restée à Turmhain, le couple s'est progressivement délité au fil des affectations et des absences sans jamais franchir le pas du divorce, davantage par habitude que par attachement réel. Leur fils unique, Matthias, aujourd'hui médecin à Waltereich, a grandi avec un père plus souvent en mer ou au bureau qu'à la maison et a explicitement refusé, le jour de ses dix-huit ans, d'envisager une seule seconde une carrière navale, un choix que Visscher n'a jamais commenté mais qu'il vit intérieurement comme un désaveu silencieux de tout ce qu'il représente. Les deux hommes se parlent à peine depuis, les rares appels avec son fils sont très brefs et assez formels, Visscher n'a jamais cherché à combler ce vide autrement qu'en s'investissant davantage dans l'institution elle-même au point que ses officiers les plus proches le soupçonnent de préférer au fond cette solitude à toute alternative.
Lorsque la guerre civile éclate en janvier 2018, Visscher convoque en quelques semaines l'ensemble de ses officiers supérieurs à Turmhain pour leur exposer un texte administratif, un mémorandum sur la préservation de la Marine que ses subordonnés nommeront rapidement entre eux la "Doctrine Visscher". Le texte est assez court et sec et se contente de signifier que la Marine doit allégeance ni à un gouvernement ou à une faction mais à la Nation du Götterland et à la continuité de l'Etat, deux abstractions qui survivront selon lui à n'importe quel vainqueur de la guerre civile actuelle. C'est pas vraiment un choix de principe cela dit, Visscher avait observé dès les premières semaines du conflt la manière dont l'armée régulière s'était effondrée en ralliements séparés et non coordonnés entre la République, le FRN, l'ALPG et les autres sectes et factions mineures qui infectent le pays intérieur. Chaque officier semblait suivre ses propres réseaux sans répondre à une chaîne de commandement complètement désemparée, un précédent qu'il cite en privé comme la preuve empirique que l'absence de doctrine claire mène droit à la dissolution d'une institution. Avant la guerre, il connaissait personnellement le général Timon Luxenberg, c'était un camarade de promotion dans les années 1970 et il était aujourd'hui commandant des forces du FRN et ce dernier tenta même en 2018 de convaincre Visscher de rallier la flotte à la cause de Goldstein, ce que Visscher refusa catégoriquement, estimant que le ralliement de Luxenberg était une faute de discipline au sen des forces armées. Sur le plan politique, Visscher cultive donc une forme d'agnosticisme de façade qui dissimule assez mal son mépris général pour la majorité des factions de la guerre civile : le gouvernement de Waltereich lui semble faible et discrédité après des décennies de mauvaise gestion, l'ALPG sont de sales communistes prêts à faire chuter le pays dans le chaos révolutionnaire, le FRN n'est qu'une chemise vide autour d'un vulgaire homme d'affaires et la Division Massenvernichtung est une bande de cinglés qui mérite la pendaison. Son autorité réelle sur ses trois vice-amiraux est cependant bien plus ténue que la chaîne de commandement officielle ne le laisse croire : ses communications en outre-mer sont irrégulières et Visscher reçoit le plus souvent des rapports déjà filtrés par leurs auteurs et lorsque l'information réelle lui parvient malgré tout, Visscher ne réagit pas, il ne peut pas sanctionner, il n'a pas assez d'effectifs et de cadres expérimentés pour remplacer ses subordonnés, aussi incontrôlables soient-ils. Mieux que cela, il se contente de reformuler pour la presse internationale les actes de la Marine afin de préserver l'image d'une Marine disciplinée et maîtresse d'elle-même face à un supposé mouvement terroriste océano-afaréen qui accumulerait à l'inverse tous les défauts. Cette cécité volontaire, plus que la cruauté, est la vraie faille morale de Visscher car il ne commet jamais lui-même les atrocités de ses subordonnés mais leur offre par sa distance bureaucratique la couverture nécessaire pour les commettre sans jamais avoir de comptes à rendre. Son rapport aux Océano-Afaréens est à l'image de cette distance, très abstrait et administratif. A vrai dire, il n'a pas posé les pieds sur un territoire d'outre-mer depuis 2009. Enfin, avec Reiner Bötticher, Visscher entretient une relation quasi-quotidienne, les deux hommes ayant partagé pendant des années le même quartier. Il voit en lui un officier prometteur, discipliné, respectueux des formes et de la hiérarchie.

Vice-amiral en charge des opérations de Schawuental (1968-...).
Levi Ruhl naît en 1968 à Schawuental dans une famille de colons de quatrième génération dont l'ancêtre, arrivé au milieu du XIXe siècle comme administrateur subalterne du Gouvernorat avait fini sa carrière avec le titre très envié de conseiller colonial. Cette généalogique, que Ruhl récite d'ailleurs avec fierté, façonne toute sa conception de lui-même : il n'est pas un occupant de Schawuental, c'est chez lui, c'est l'héritier légitime d'un ordre que la guerre civile n'a fait que suspendre temporairement et qu'il a pour mission personnelle de restaurer. Elevé dans le quartier eurysien de Schawuental, éduqué par des précepteurs privés puis à l'Académie Navale de Turmhain où il termine parmi les premiers de sa promotion, Ruhl retourne en 1995 dans sa ville natale avec une franche détermination. Il est ouvertement raciste, un racisme autant de classe que de couleur qu'il ne s'embarrasse jamais de justifier puisqu'il considère comme une évidence naturelle l'infériorité des Océano-Afaréens à l'homme blanc. Il n'a jamais appris un mot de créole en trente ans de présence à Schawuental, apprendre la langue des domestiques reviendrait selon lui à accorder une dignité à un peuple qui n'en est pas vraiment un, au mieux une race bâtarde, semble-t-il penser. Marié depuis 1997 à Charlotte, elle-même issue d'une famille coloniale de Klein-Wustadt, Ruhl s'est installé dans l'ancien palais du gouverneur colonial du Regierungsviertel, bâtiment baroque de 1720 qu'il a fait restaurer en partie et où le couple continua d'organiser à des intervalles réguliers jusqu'à la guerre civile des réceptions et des petits bals qui reconstituent avec un très mauvais goût la vie sociale sous le Saint-Empire au milieu d'une ville qui déborde de pauvres. Il est pédant, il aime avoir raison, ne pardonne jamais un affront ou une entorse au règlement, il est incapable de se remettre en question et il cultive envers ses pairs coloniaux blancs une politesse mielleuse qui s'évanouit instantanément dès qu'il s'adresse à un Océano-Afaréen à qui il exprime en public tout son mépris et compare à des sauvages à discipliner par le fouet.
Ses méthodes à Schawuental est à l'image de son tempérament où il applique une répression méticuleuse et procédurière, presque administrative dans toute sa brutalité. Dès les premières semaines de la guerre civile, il avait rétabli de facto un système de laissez-passer entre les quartiers de la ville, un vieux système hérité des lois ségrégationnistes avant 1979, justifié comme une simple mesure de sécurité militaire. Le port colonial est son levier de pression économique sur la population locale à qui il impose des réquisitions de main d'œuvre pour l'entretien des infrastructures sous couvert d'obligations de guerre. Chaque acte de répression fait l'objet d'un procès verbal en bonne et due forme, Ruhl ne concevant la violence que si elle peut être justifiée administrativement, une différence de forme plus que de fond avec la brutalité de ses collègues qu'il méprise ouvertement pour leur manque de méthode. C'est précisément cette rigueur qui produit, quelques temps après le début du conflit, l'incident le plus embarrassant de sa carrière : suite à une embuscade d'une patrouille de la Marine, Ruhl ordonne une opération de représailles contre l'Eingeborenenstadt et donne cette tâche au capitaine de corvette Ezéchiel Fontaine, un officier océano-afaréen qui avait dû, en 19 ans de service, gravir les échelons deux fois plus lentement que ses homologues blancs pour atteindre le même grade. Fontaine refusa d'aller au bout, il fit défection avec l'intégralité de sa compagnie et rallia l'ALOA où sa connaissance intime de l'organisation de la Marine devient immédiatement précieuse à l'ennemi. Ruhl n'a jamais publiquement reconnu sa part de responsabilité dans cette perte qu'il attribue exclusivement à une trahison raciale prévisible. Ruhl entretient par ailleurs des rapports réguliers et strictement transactionnels avec Trèfle Sécurité, la société de façade d'Irroshan Goonatilake à qui ses services de renseignement achètent des informations sur les mouvements du MOA. Envers ses pairs de l'état-major, Ruhl affiche un mépris à peine voilé pour Blumenthal qu'il juge indiscipliné et indigne du corps des officiers et une suspicion permanente envers Hoenigsberg dont la familiarité avec la population locale de Klein-Wustadt lui semble relever d'une corruption morale et non d'un choix tactique. Politiquement, Ruhl serait sans doute plus proche, dans l'absolu, des idées du FRN mais il méprise profondément Goldstein, un homme d'affaires médiatique sans lignage et sans élégance à ses yeux et préfère encore la neutralité de la Marine qui lui laisse les mains libres à Schawuental plutôt qu'avoir un politicien qui traîne dans ses pattes.

Vice-amiral en charge des opérations à Bedorf (1971-...).
Jannick Blumenthal naît en 1971 à Turmhain mais dans un monde un peu différent de ses pairs : son père, maître principal dans la Marine, n'a jamais dépassé le rang de sous-officier malgré 28 ans de service et Blumenthal grandit avec cette conscience douloureuse d'appartenir à la caste inférieure de la grande famille navale de la ville. Cette blessure de classe, jamais tout à fait refermée, explique en grande partie l'énergie qu'il déploie pour gravir les échelons à partir de son entrée à l'Académie en 1989, poussé moins par vocation que par une volonté farouche de prouver quelque chose à des officiers d'origine plus enviable qui ne l'ont jamais tout à fait considéré comme un des leurs. Sa carrière avant la guerre civile est ponctuée d'incidents disciplinaires que sa hiérarchie a toujours fini par étouffer, faute de vouloir perdre un officier compétent sur le terrain. En 2009, il aura même une altercation violente avec un subordonné qui a manqué de peu le conseil de guerre, plusieurs rapports pointant explicitement le rapport colérique de Blumenthal comme incompatible avec un commandement autonome. Physiquement massif, la voix facilement portée, Blumenthal est colérique au sens le plus littéral du terme : à cran en permanence, explosif au moindre contretemps et incapable de recevoir la moindre critique sans y voir un affront personnel. Il dort mal, se réveille en pleine nuit pour donner des ordres qu'il annule le matin et est parfaitement instable, ce qui use ses officiers plus sûrement que n'importe quel excès de discipline. Il est également alcoolique, de plus en plus ouvertement depuis le début de la guerre civile. Il est également extrêmement superstitieux, fervent catholique. Apeuré à l'idée que la population océano-afaréenne en même temps, il repose toute sa doctrine sur la terreur, il frappe vite et fort avant d'être frappé à son tort dans une stratégie de terreur préventive qui nourrit année après année les rangs de ceux qui veulent sa mort. Il n'a pas le choix à vrai dire : Bedorf n'est qu'un petit fort du XVIIIe siècle agrandi au XIXe siècle et dont la garnison semble dérisoire face à l'immensité du bidonville océano-afaréen qui l'entoure. Le 8 mars 2018, en représailles à une embuscade qui coûta la vie à quatre marins à Bedorf, Blumenthal ordonne l'encerclement de l'Eigeborenenstadt et le recours à des armes incendiaires contre le quartier, une opération qui fait des centaines de morts en quelques heures. Parmi les victimes se trouvaient la mère et les deux frères d'une étudiante située à Waltereich, Aïda Amanetake, qui deviendra quelques temps plus tard commandante du Front des Combattants Exilés, la faction la plus violente que compte le MOA. Blumenthal n'a jamais établi le lien entre sa propre décision et la naissance de son ennemie la plus brutale ; au contraire, il voit le FCE comme une raison de considérer les populations océano-afaréennes comme intrinsèquement hostiles et que seule la force la plus déterminée peut les contenir. Depuis, son autorité sur Bedorf tient davantage du siège permanent que du gouvernement : il effectue des raids nocturnes fondés sur des renseignements souvent douteux, il met en place des punitions collectives systématiques à chaque incident et incendie des pâtés de maisons entiers lors des opérations de représailles.
Envers Ruhl, il nourrit un ressentiment de classe non résolu, convaincu que son collègue dispose de moyens et d'un confort qu'il ne mérite pas davantage que lui. Envers Visscher, il partage un mélange de respect et d'incompréhension, persuadé au fond de lui que la neutralité promue par l'amiral n'est qu'une faiblesse de plus qui l'empêche d'obtenir des renforts dont il a désespérément besoin. Politiquement, Blumenthal n'a aucune conviction articulée mais il a forcément une attirance pour tout ce qui ressemble à un régime fort, il admirerait certainement les méthodes de la Division Massenvernichtung s'il daignait s'y intéresser. Après tout, il faut dire que les deux massacrent les civils avec des méthodes très proches l'une de l'autre.

Vice-amiral en charge des opérations à Klein-Wustadt (1976-...).
Augustin Hoenigsberg naît en 1976 à Klein-Wustadt, plus du côté de Wustadt que de Klein, dans une famille de négociants dont la maison, spécialisée depuis trois générations dans l'export de sucre et de rhum vers la métropole, entretient depuis toujours des rapports d'affaires directs avec les commerçants et les intermédiaires du Kreolenviertel voisin. Cette enfance dans le tissu commercial de la ville plutôt que dans les sphères administratives ou militaires réservées habituellement aux colons blancs, façonne durablement le comportement d'Augustin : contrairement à ses pairs qui ne parle généralement pas un mot de créole, Augustin parle couramment le créole océano-afaréen depuis son enfance et il a grandi et jouer avec des enfants océano-afaréens durant son enfance et son adolescence. Il entre néanmoins dans la Marine plutôt que dans le négoce familial, séduit par le prestige de l'uniforme et il gravit les échelons avec une certaine aisance qui impressionne ses supérieurs. C'est un homme sociable, charmeur, à l'aise en toutes circonstances et capable de désarmer une situation hostile avec une plaisanterie bien placée ou une anecdote personnelle bien choisie. Il aime le confort, la bonne chère, les alcools fins, les réceptions et il cultive un goût du luxe qui détonne avec la misère générale de sa province mais qui, paradoxalement, ne semble pas lui aliéner la population locale autant qu'on pourrait s'y attendre, tant son aisance sociale traverse les barrières que Ruhl s'obstine à maintenir. Il n'obtient le commandement de Klein-Wustadt qu'à la mi-2018 après que son prédécesseur plus rigide mène une répression sans nuance en détruisant notamment en 2018 le Walderhingerichteten qui va précipiter directement la militarisation du Culte de Tazadaqyah sous la houlette d'Elisée Mvoto. Visscher, alarmé par cet échec cuisant, porte Hoenigsberg au commandement dans l'espoir qu'une approche différente produise de meilleurs résultats et pour cause, Hoenigsberg lui-même considère la destruction du site comme une erreur stratégique impardonnable.
Ses méthodes rompent radicalement avec celle de ses pairs, il administre Klein-Wustadt comme une entreprise, négocie directement avec les intermédiaires locaux, tolère un vaste marché noir portuaire dont il prélève lui-même une part importante et réserve la violence à des opérations ciblées et chirurgicales plutôt que des opérations de représailles aveugles. Le port de Wustadt, le Handelszentrum et les raffineries sucrières de l'Industrielviertel continuent d'ailleurs de fonctionner à un rythme qui aurait été impensable en temps de guerre. Il n'est pas rare non plus qu'il laisse filer, contre une discrète rétribution, des cargaisons destinées à des milices locales, préférant cela à des affrontements coûteux pour des gains tactiques marginaux. Cette tolérance apparente a tout de même certaines limites, Hoenigsberg n'hésite jamais à sacrifier un intermédiaire ou un contact devenu gênant si l'occasion s'en présente et ce, sans le moindre état d'âme apparent, révélant sous son charme une pure froideur transactionnelle qui n'a rien à envier à celle de Ruhl. Envers ses pairs de l'état-major, Hoenigsberg cultive une diplomatie souriante qui masque un amusement souvent méprisant, il sait ménager Ruhl dont il flatte l'ego sans jamais partager ses obsessions raciales et gérer Blumenthal avec la prudence circonspecte qu'on réserve aux fous tout en le trouvant, en privé, parfaitement incompétent. Il entretient un rapport courtois et prudent avec Visscher, conscient que son amiral en chef le tolère plus qu'il ne l'approuve. Politiquement, Hoenigsberg est le plus cynique de l'état-major, la guerre civile n'est à ses yeux ni une cause à défendre ni une catastrophe à endurer, c'est une conjoncture à travers dans le meilleur des cas et il passe davantage de son temps à consacrer l'après-guerre à travers ses réseaux, l'argent accumulé discrètement sur ses comptes privés, plutôt qu'à mener des opérations militaires.

Capitaine des fusiliers-marins de la République, en charge de la protection terrestre de Turmhain et ses alentours (1987-...).
Reiner Bötticher naît en 1987 à Turmhain, c'est le fils d'un officier de la Marine respecté, issu d'une famille stable et sans histoire. Rien dans son parcours ne le destinait à un commandement d'une telle importance et aussi jeune : simple lieutenant de vaisseau au début de la guerre civile, il se retrouve propulsé capitaine des fusiliers-marins en quelques mois à peine après que son supérieur direct et deux autres officiers plus gradés que lui périssent dans les premières semaines du conflit. Cette ascension accidentelle plus que méritée explique en grande partie le doute qui persiste malgré ses galons, il ne se sent pas complètement légitime quant à son propre commandement, une insécurité qu'il tente de compenser par un sérieux méticuleux et une réticence marquée à trancher trop vite. C'est un homme sympathique, avenant et accessible dont le tempérament tranche nettement avec celui de ses supérieurs. Prudent et mesuré, il pèse chaque décision avant de décider, ce qui lui est d'ailleurs souvent reproché comme de l'indécision. Diplomate, Bötticher a fait de Turmhain où la ville est autant une ligne de front militaire à sécuriser mais aussi une affaire de négociation entre les différentes figures civiles qu'il connaît personnellement et qu'il écoute chacun à sa manière. Avec Till Köhler, l'ancien maire de la ville et membre du Parti du Progrès, il entretient une relation de confiance mutuelle car faute d'administration civile fonctionnelle, Bötticher laisse Köhler gérer officieusement la distribution alimentaire et les petits différends de voisinage. Avec Konrad Hohmann, l'ancien conseiller municipal du PIN, la relation est plus tendue, Bötticher sait que Hohmann pousse depuis plusieurs mois une partie de la population conservatrice de la ville vers un ralliement au FRN et il doit constamment doser entre la fermeté nécessaire et le risque de s'aliéner une base militaire traditionnellement portée à droite politiquement. Enfin, avec Silva Gunaratne, président autonomiste du conseil département des outre-mer, c'est la seul figure à connecter Bötticher aux relations coloniales dont il n'a par alleurs qu'une connaissance de seconde main sur les méthodes brutales de la Marine sur ses compatriotes de l'autre côté de l'océan, ce qui le met profondément mal à l'aise sans qu'il puisse vraiment former une opposition affirmée.
Bötticher voue à Visscher un respect sincère, presque filial, et cherche activement son approbation mais l'amiral en chef, de son côté, prend sa déférence constante pour une loyauté acquise sans sonder ce qu'elle recouvre réellement. Car la vérité, c'est que Bötticher n'est ni fidèle à la neutralité de la Marine, à un camp politique et encore moins à l'institution navale en tant que telle mais à Turmhain. C'est cette loyauté envers sa ville natale qui fait de lui le maillon le plus imprévisible de toute l'état-major parce que le jour où protéger sa ville et obéir à la chaîne de commandement cesseront d'être compatibles, personne ne peut prédire avec certitude ce qu'il choisira. Et son contrôle et son commandement sur les fusiliers-marins rend sa position extrêmement vitale car il est peut-être le seul à pouvoir décapiter la Marine en son centre de commandement et névralgique d'un seul coup.