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Le Bal des Débutantes

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Image d'illustration.

LE BAL DES DÉBUTANTES.
Domaine des ducs de Qingshan-Hanlin, 28 Mai 2020.


Il existait une tradition aristocratique eurysienne qui avait su durablement s'importer au Grand Ling. Provenant directement des marchands kentois et gallèsants, la tradition des bals était venue enrichir les historiques banquets impériaux en renversant certains codes. Parmi l'un des plus prestigieux bals organisés au Grand Ling, le Bal des Débutantes qui se déroulait systématiquement à la fin du mois de mai, une vingtaine de jour avant l'été au moins. Ce bal était un moyen pour toute l'aristocratie et la bourgeoisie lingoise voire mondiale de présenter ses débutants à la Maison Impériale Ling et d'accéder à la très sélective cour de l'Empereur qui ne comptait qu'une centaine de membre, recevant des dignités impériales et parfois même des postes dans l'administration de la Maison Impériale ou même du Cabinet de Sa Majesté. Le Bal des Débutantes sonnait comme un vestige d'une époque où les empereurs gouvernaient encore. D'ordinaire, le Département de la Maison Impériale s'arrangeait pour que les lieux de reception soit tous dans des palais de prince de premier ou de second rang, parfois dans des lieux emblématiques comme l'Hotel de Marboussier1.
Cette fois-ci, le coquin de sort ou l'heureux hasard fit désigner la Maison Lin comme hôte du Bal. La réalité moins mystique tenait très probablement dans les sollicitations répétées de la Duchesse (fille) de Qinshan-Hanlin, Lin Meiyue, qui en qualité d'ambassadrice de la Maison Impériale, avait ses accès privilégiés au Département.
L'histoire ne dira jamais si ce fut sur demande de sa mère ou si elle fut la propre instigatrice de la chose, il n'en demeure pas moins que le domaine ducal des ducs de Qingshan-Hanlin, en banlieue de Hanlin dans le Hexie, bouillonna de vie durant les deux semaines précédant le célèbre bal.

Nombreuses avaient été les invitations envoyées puis retournées, de nombreuses familles internationales avaient acceptées de venir se prêter à la mondanité lingoise. Quelques maisons velsniennes, teylaises, nordistes, burujoise et même westalienne ou alariennes viendraient se présenter aux journalistes du monde entier dans leurs robes et leurs smokings de créateurs. Ils y rencontreraient les maisons lingoises des plus insignifiantes aux plus glorieuses. La Maison Impériale elle-même venait pour le Bal pour y présenter ses derniers membres et pour donner sa bénédiction aux jeunes gens de l'aristocratie. L'espace d'une fin de semaine, Hanlin deviendrait le centre du monde.
Lin Chao, la jeune femme reccueillie par son oncle et sa tante et soeur d'adoption de Lin Meiyue, n'avait pas manqué un seul instant des préparatifs auxquels elle participait en aidant sa mère avec une joie non dissimulée. Quelques semaines plus tôt, on l'avait intimé l'ordre d'épouser un noble nordiste contre son gré, mais la jeune femme espérait secrètement que sa mère laisse tomber. C'eût été sous-estimer la Duchesse de Qingshan-Hanlin, la véritable duchesse, la douairière qui avait la fâcheuse qualité d'être Lin Shuying, la mère de Chao.
Les plans de la Duchesse douairière étaient déjà tous tracés sans que quiconque, pas même son époux, n'ait pu espérer l'y faire changer d'avis. Lin Chao le savait pertinement mais continuait d'espérer. « Le risque zéro n'existe pas ! » se disait-elle.

Le domaine disposait depuis quelques décennies d'un pavillon dédié aux bals, justement car à l'instar de l'aristocratie lingoise, la Maison Lin n'avait pas manqué le virage culturel du bal. Les Lin en donnaient souvent, particulièrement à l'occasion de la fête du Solstice qui célébrait le solstice d'été et dont la tradition venait du Lanhu où Lin Rongde avait vécu des décennie et où la mère de Shuying était née. Chaque bal était l'occasion pour Chao de porter ses plus belles robes ou de faire flamber la carte bancaire de son père. Maquillage, talons hauts, robe et même parfois lingerie y passait. Il ne fallait pas oublier le coach sportif pour préparer l'événement, le prothésiste ongulaire, le coiffeur ni la séance d'épilation. En d'autres termes, Lin Chao avait prit l'habitude de son pomponner comme jamais à chaque réception et particulièrement aux bals.
Dans l'immense pavillon au style néo-traditionnel de 750 m², les petites gens du domaines ouvraient les grandes persiennes qui servait de mur pour ne faire apparaître que les poteaux supportant la structure. Le pavillon était lui-même accessible du reste du domaine — et de son entrée — par une coursive extérieure qui longeait le jardin. On décorait la pièce avec des satins colorés, des lampes classiques. Là, on installait les tables rondes sur lesquelles on dressait des nappes de soie et des couverts de porcelaine. Ici, on s'assurait que les musiciens avaient tout ce dont ils avaient besoin et que le DJ, qui jouerait plus tard, également. L'endroit avait été transformé en un lieu féérique. Tout était fin prêt.

Quand vint le temps de danser.

Les semaines devinrent des jours, les jours devinrent des heures puis les heures devinrent des minutes. Et voilà que le bal devait commencé d'ici quinze minutes. Nombreuses avaient été les réponses positives, toutefois les nordistes ne s'étaient pas fait foules. Une maison inconnue semblait avoir répondue la première d'après la rumeur. Les Varèques, non Valreich ? Valderche ! Ah oui voilà, les Valbrèches. Lin Chao sentait son coeur tambouriner tandis qu'elle froissait nerveusement sa robe que deux amies l'aidaient à mettre.
— Mais enfin, ma chérie, si tu continues à gesticuler comme un poisson, je ne vais jamais réussir à remonter cette fermeture ! Dit l'une d'entre elles, dans son dos.
— Je sais... Pourtant ce n'est pas notre premier bal, mais je suis si nerveuse. Répondit Chao.
— Dis-toi qu'au moins tu vas faire de l'ombre à la Duchesse. Ajouta une deuxième qui portait une coupe à ses lèvres maquillées.

Au fond, elle n'avait pas tort. Lin Chao était de la manière la plus objective qui soit, la plus belle débutante de la soirée. La tradition lui rendait hommage car elle devait porter du blanc et or, elle avait choisit une robe de couturier lingois très peu connu à l'étranger mais qui faisait fureur dans les hautes sphères de Zhenzhou comme dans celles de Neijing.
Comme la tradition l'exigeait, Chao devait arriver en voiture jusqu'au lieu de reception, alors ses parents lui avait payé une suite dans un quatre étoile de Hanlin situé à trente minutes d'ici. Elle pourrait y passer la nuit, si elle le souhaitait, avait indiqué Rongde. Une berline Sheng toute noire vint la chercher avec ses amies pour la ramener jusqu'à chez-elle, finalement.
L'étiquette impériale avait une lourdeur qui rendait hommage au surnom du gouvernement lingois, la Bureaucratie Célèste. Elle indiquait par exemple que tous les débutants du bals devaient arriver seuls et trouver une cavalière sur place avant la fin de la soirée. Car avant la fin de la soirée, ils devaient être présenté à la Maison Impériale ensemble après s'être enregistré auprès de l'eunuque chargé de les présenter. En l'occurence, le chef de la Direction des Banquets et Festin de la Maison Impériale.
Autre harassement de l'étiquette impériale résultait dans l'arrivée même des débutants. Toutes les femmes d'abord sortaient de leurs voitures dans un balai aux cadences infernales. Elles rejoignaient la salle de bal suivies de près des jeunes débutants. Une musique, toujours la même, ouvrait et clôturait ce défilé avant que les musiques de bal se lancent. C'était Printemps du velsnien Vivendi. Le parallèle avec la saison n'était plus à démontrer. Après avoir été tous et toutes introduits devant la Maison Impériale, l'Empereur prononçait un discours très sommaire leur accordant sa bénédiction et priant pour leurs bonnes grâces, après quoi les couples devaient danser sur Rondeau de Abdelaziz ou la revanche du Mor du compositeur kentois Henry Pourceau. C'était à peu près là que s'arrêtait le plus gros du protocole. Le reste relevant davantage du savoir-vivre au sein de l'aristocratie lingoise et occidentale.

Ambiance musicale

Chao venait d'arriver devant l'entrée d'une maison qu'elle connaissait pourtant par coeur. La fontaine éclairée faisait danser ses gerbes d'eau tandis que de nombreux paparazzi attendaient la photo à vendre à tous les tabloïdes. La presse spécialisée était également présente, autant qu'un célèbre présentateur du paysage audiovisuel teylais, réputé pour être un monarchiste militant et un homosexuel non militant, présentant de nombreux programmes dont Miss Eurysie ou la Grande Soirée du 31. Chao ne parvenait pas à remettre un nom sur ce sourire benet. Était-ce Stan ? Peut-être Sébastien ? Son esprit était en berne, elle ne parvenait décidemment pas à se rappeler alors, elle se contenta d'en rire légèrement. Elle était la première à ouvrir le défile du Bal des Débutantes en qualité de débutante des hôte, la musique se lanca et elle aussi.
De chaque côté du chemin conduisant au pavillon, des invités de toutes les origines et tous les âges dans des tenues de soirées les plus chics les unes des autres.
Sa démarche lente mais assurée dissimulait un trac imperceptible, elle savait qu'elle allait rencontrer Le Nordiste mais pis encore, qu'elle allait devoir faire la révérence à Leurs Majestés et peut-être devoir entretenir une conversation avec elles. Peut-être même que Leurs Altesses également voudraient discuter. Ou alors, rien de tout cela et c'eût été peut-être encore pire. L'idée la contraria encore. Arrivée au pavillon sous quelques applaudissements, elle se tint bien droite aux côtés de ses parents. Après quelques longues minutes, les vingt-deux jeunes femmes du bal étaient arrivées, c'était au tour des jeunes hommes. Chao ne perdit aucune miette de l'entrée des débutants. Eux aussi, par ailleurs, ne purent pas la manquer.

Image d'Illustration

Informations complémentaires1 : l'Hôtel de Marboussier est un hôtel de luxe appartenant à la famille de la Hardays-Marboussier, vieille famille noble de Valteuse. Elle est notamment connue pour descendre des Marboussier, célèbres sucriers sylvois et des de la Hardays, célèbres armateurs gallèsants opérant pour l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes. L'Hôtel de Marboussier fut d'abord un hotel particulier de la famille de nobles gallèsants des de la Hardays qui le fit construire en 1785 dans un style purement eurysien de la fin du XVIIIème siècle. Il devient ensuite le siège de la mission commerciale gallèsante à Jingdao avant de revenir à la famille de la Hardays-Marboussier qui en fit l'actuel hôtel de luxe.
Armoiries du Grand Ling.
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