07/06/2020
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Janus Statue


04/06/2020 8:52 Lieu tenu secret

La porte blindée s'ouvre lentement, Heinrich Draxler accompagné d'un autre haut dignitaire du parti et de Laurenz Lehman, nouveau chef de la Volksarmee émergeant de l'obscurité.

Walther Gortner lève la tête, jusqu'alors assis en sirotant un verre de Schnaps.


Walther Gortner - "Messieurs, bonjour. Je vous prie de chacun vouloir prendre un siège... nous avons beaucoup de travail."

Laurenz Lehman - "Je vois que nous vous interrompons en pleine célébration, chancelier... Est-ce réellement approprié selon vous ? De boire tandis que notre patrie est menacée par la vermine rouge à l'est ?"

Heinrich Draxler - "Oh fermez-la et posez donc votre cul sur une chaise. Vous avez beau être maréchal, les forces armées restent fidèles à Monsieur Gortner. Calmez vos ardeurs voulez-vous ?"

Il s'adresse directement à Gortner.

"Vous nous l'avez dégoté où celui-ci sans déconner, toujours en couche-culotte et il se permet de parler ainsi à ses aînés... sous Schneider une telle insubordination vous aurait valu le peloton d'exécution."

Walther Gortner - "Je vous assure que j'ai nommé Monsieur Lehman comme successeur sur la base de ses compétences en tant qu'officier. Il me doit absolument tout.
Et j'ose espérer qu'il tachera de s'en souvenir à l'avenir....
Quoi qu'il en soit, c'est justement pour discuter de notre politique que je vous ai convoqués ici."

Il prit un air grave, balayant la pièce ainsi que ces invités du regard.

"Messieurs, nul ne doit être au courant de ce qu'il se passe ici aujourd'hui, des accords qui seront passés entre ces murs ou même de l'existence de cet endroit. Puis-je vous accorder ma pleine confiance ?"

La petite assemblée acquiesce dans le silence. Appréhensive.
Viktor Seger, un des cadres invités refoule un rire nerveux.


Viktor Seger - "Monsieur le Chancelier... bon sang de quoi s'agit-il ?"

Walther Gortner - "Il s'agit d'avenir, monsieur Seger, de l'avenir de notre nation, de notre politique. Ces réformes... que l'on mène depuis peu... pardonnez-moi l'expression... mais elles cassent profondément les couilles. Leur seule raison d'être est de nous éviter une guerre contre les salopards Kartiens et Estaliens, autrement il s'agit d'un affront à tout ce qu'a construit Schneider, à l'idéal Volkiste et au peuple Vahr dans son ensemble...
Nos forces armées ne tiendraient même pas une semaine contre ne serait-ce qu'un quart des leurs.
Loin de moi de douter de la détermination ou de la bravoure de nos hommes mais bon sang on ne peut pas faire face aux forces Estaliennes armés de nos bites et de nos couteaux !"

Heinrich Draxler - "Des bites et des couteaux... Quelle élégance, Walther. Mais vous avez raison, comme toujours. Les Kartiens et les Estaliens ne nous laisseront aucune chance à moins que l'on se décide à jouer les démocrates humanistes pour faire bonne figure à l'internationale. Ces réformes, ce n'est que de la poudre aux yeux pour gagner du temps... nombreux déjà sont ceux qui s'en doutent au sein du parti. Après tout pourquoi le décidément fanatique Maréchal Gortner déciderait-il du jour au lendemain de mener des réformes démocratiques ?"

Draxler prend une pause réfléchissant à ses prochaines paroles. Il jette un regard oblique vers Laurenz Lehman, assis à peine quelques mètres plus loin avant de reporter son attention sur Gortner.

Heinrich Draxler - "Monsieur Gortner, je vous connais suffisamment pour savoir que si vous nous avez fait descendre dans ce trou à rats, ce n'est pas pour geindre sur notre évidente infériorité militaire face aux voisins de l'est. Vous avez une alternative, n'est-ce pas ? Un plan pour inverser la vapeur sans qu'on se fasse tous pendre haut et court par une révolution ou écraser par des chars étrangers ?"

Gortner esquisse un sourire imperceptible, pose son verre de Schnaps sur la table en bois massif et se penche en avant, les coudes ancrés sur le plateau.

Walther Gortner - "Monsieur Draxler on ne peut décidément rien vous cacher. Des réformes démocratiques sont pour l'instant inévitables, c'est un fait : L'Estalie nous met la pression et c'est pour nous soit la démocratisation soit la chute. J'ai donc réfléchi à un plan. Qui non seulement nous permettra de monopoliser le pouvoir mais de plus tard réinstaurer le Volkstaat, une fois la maturité militaire atteinte."

Laurenz Lehman - "Réinstaurer le Volkstaat... après avoir fait mine de plier l'échine devant leurs urnes ? Vous comptez leur donner un parlement juste pour mieux le leur arracher le moment venu ?"

Walther Gortner - "Entre autres, oui."

Heinrich Draxler - "Avec tout le respect qui vous est dû, ça ne passera jamais auprès des gens. Vous ne pouvez pas simplement donner aux gens la démocratie pour la leur retirer quelques mois plus tard. Cela ne fera qu'accélérer notre chute..."

Walther Gortner - "Les réformes démocratiques n'en seront réellement que de forme, dans le fond notre parti conservera le contrôle sur les secteurs clés. La privatisation est un de nos plus gros atouts dans cette politique de réformes. Rien ne nous empêche de placer discrètement des sympathisants Volkistes à la tête des plus gros médias du pays. Notre politique libérale est respectée sur le papier, dans les faits rien ne change... Monsieur Seger, ici présent se chargera de la privatisation une fois que j'en aurai fait mon ministre de l'économie."

Laurenz Lehman fronce les sourcils, les bras croisés sur sa poitrine, cherchant à imbriquer les pièces du puzzle dans son esprit.

Laurenz Lehman - "Des sympathisants à la tête des médias... Bien sûr. Si la surface médiatique continue de relayer l'idée que nous sommes en pleine transition démocratique, la population gobera le mensonge sans broncher. Pas besoin de censurer brutalement si ceux qui tiennent les caméras et les rotatives chantent notre louange sous couvert d'indépendance."

Heinrich Draxler hoche la tête, un sourire narquois aux lèvres, savourant l'analyse du jeune officier avant de renchérir.

Heinrich Draxler - "Et tandis que la presse nouvellement "indépendante" bercera les masses d'illusions, Viktor Seger s'occupera d'arroser nos fidèles à travers les privatisations."
Ministre de l'économie... ma foi il s'agit d'un poste en or, Viktor. Vous allez avoir entre les mains les clés du royaume, ou plutôt les clés du coffre-fort. Si c'est vous qui pilotez les cessions d'actifs et le grand bal des privatisations, nous pourrons nous assurer que chaque fleuron industriel atterrisse exactement là où il faut."

Viktor Seger, jusque-là silencieux depuis sa nomination implicite, esquisse un sourire tendu mais ambitieux.

Viktor Seger - "Et ce sera naturellement l'occasion de nous enrichir personnellement au passage, n'est-ce pas ?"

Gortner éclate d'un rire court et sec, levant son verre vide pour saluer l'audace de ses subordonnés.

Walther Gortner - "Messieurs, vous comprenez enfin le véritable art de gouverner. Le pouvoir et l'argent font toujours bon ménage, cette libéralisation économique, c'est une aubaine !"

Il prit alors un air plus grave.

"Soyez en certains cependant que si jamais nous venions à perdre le pouvoir, les conséquences seront sans précédent pour chacun d'entre nous. Croyez-moi il ne s'agira pas d'une simple alternance voire d'une retraite honorable, non nos têtes finiraient sur des piques avant même que des tribunaux populaires aient eu le temps de siéger, notamment pour ceux qui ont comme Seger et moi eu un rôle dans les massacres des peuples latins du Liefenz. Ce pourquoi nous devons agir vite, la privatisation n'est que la première étape, vient ensuite la seconde : afin de nous protéger des menaces extérieures une fois le Volkisme réinstallé, nous devons moderniser notre armée, au moins de manière à être en capacité de leur résister."

Lehman se redresse sur sa chaise, oubliant un instant son statut de subordonné pour endosser celui de maître d'œuvre de la future puissance Vahre.

Laurenz Lehman - "Enfin nous y venions. La modernisation de la Volksarmee ne sera pas une simple question de rachat de matériel de pacotille, Chancelier. Si nous voulons faire face aux Estaliens sans trembler, il nous faudra restructurer nos doctrines, purger les officiers mous et réorienter une partie colossale des capitaux générés par les privatisations vers le complexe industrialo-militaire."

Heinrich Draxler plisse les yeux, toisant le jeune maréchal avec un mélange de mépris persistant et d'intérêt pragmatique.

Heinrich Draxler - "Et tout cela en catimini, bien entendu. Parce que si nos chers voisins ou les observateurs internationaux voient la Volksarmee doubler ses capacités blindées et ses stocks de munitions sous couvert de 'transition démocratique', notre beau bouclier diplomatique volera en éclats en un rien de temps.

Walther Gortner - "C'est bien là qu'est tout l'art de la manœuvre, Heinrich. C'est pourquoi le réarmement se fera sous le manteau, camouflé derrière des programmes de recherche civile, des industries de double usage et j'en passe. Lehman aura les mains libres pour bâtir la machine, mais chaque rouble, chaque tonne d'acier et chaque brevet devra transiter par les circuits opaques que Seger s'empressera de mettre en place."

Viktor Seger, encore sous le choc de la mention des massacres du Liefenz, déglutit difficilement mais finit par hocher la tête.

Viktor Seger - "Oui, c'est entendu... Les fonds nécessaires seront masqués dans les budgets des nouvelles structures privées et des holdings industrielles. Personne ne verra d'où vient l'argent."

Heinrich Draxler - "Et qu'en est-il de la restauration, alors ? Comment comptez-vous vous y prendre ?"

Walther Gortner - "Ah, il s'agit du coup de grâce mon cher Draxler. Je n'ai nul besoin de vous expliquer ce qu'est une opération "faux drapeau", n'est-ce pas ?"

Heinrich Draxler - "Un faux drapeau... Évidemment. Provoquer une incursion, une bavure frontalière ou une provocation imputée aux communistes voire même aux minorités au sud, et hop... le peuple terrorisé réclame à grands cris le retour à l'ordre fort, au bon vieux temps de la sécurité nationale et du Volkisme."

Walther Gortner - "Exactement. Le moment venu, la transition démocratique aura fait son temps. Il suffit d'une crise bien orchestrée, d'une menace brandie sous les yeux d'une population déjà manipulée par nos médias "libres", et nous récupérons les pleins pouvoirs par acclamation populaire, l'armée renforcée et les caisses pleines. Tout ça sous prétexte de sécurité nationale, un plan aussi vieux que le monde."

Gortner regarde brièvement sa montre, quarante minutes s'étaient déjà écoulées depuis le début de l'entretien

"Messieurs, puis-je compter sur vous ?"

Draxler esquisse un sourire sec en redressant sa veste, se levant le premier pour signifier que la messe est dite.

Heinrich Draxler - "Vous pouvez sans le moindre doute compter sur nous, Chancelier. La privatisation médiatique se fera dès demain matin, et Viktor s'assurera que les caisses de la transition se déversent là où nos intérêts convergent. Et le reste... disons que j'ai toujours un faible pour les vieilles méthodes."

Viktor Seger, le visage blafard mais reprenant une contenance calculatrice, se lève pesamment à son tour en balayant ses notes du revers de la main.

Viktor Seger - "Je prépare les dossiers de privatisation et les circuits financiers dès mon retour au bureau. Personne n'y verra que du feu."

Le Chancelier hoche la tête l'air satisfait

Walther Gortner - "C'est donc acté."

Il se lève de son siège avant de servir un verre de Schnaps à chacun de ses complices. Il balaie la petite assemblée du regard

"Trinquons alors à l'avenir, à la patrie, à Schneider et au Volkisme. Et bien entendu aux bénéfices potentiels qui nous attendent..."

Heinrich Draxler - "Et aux imbéciles qui croient encore que la liberté s'achète avec des bulletins de vote. Santé, messieurs."

Le choc des verres résonne brièvement dans l'acoustique feutrée de la pièce blindée. Au bout d'un quart d'heure de discussion supplémentaire sur des sujets ne pouvant être qualifiés que de futiles, dans un premier temps Seger, puis Lehman laissant alors seuls les Gortner et Draxler

Walther Gortner - "Monsieur Draxler, avant que vous partiez j'aimerais discuter d'une dernière chose. Comme vous le savez, tout changement dans la constitution doit être soumis à un vote direct du Volkstag et je ne doute absolument pas du soutien de l'aile réformiste ou modérée du parti."

Il prend une pause.

"Je compte cela dit sur vous pour faire appel au bon sens du peu de conservateurs qui en ont, Dieu sait qu'une vaste majorité d'entre eux tentera de nous mettre des bâtons dans les roues avec l'aide des radicaux, le vote sera extrêmement serré. C'est pourquoi nous avons besoin de tout le soutien possible. Puis-je compter sur vous ?"

Heinrich Draxler - "Vous m'offrez là un sacré numéro de voltige, Chancelier..."

Il regarde un instant le fond de son verre, pensif, avant de redresser la tête en direction de Gortner.

"C'est entendu, je me débrouillerai pour faire passer dans notre camp suffisamment de conservateurs pour adopter la nouvelle constitution."

Draxler se redresse, réajustant son col avec un calme olympien.

"Le vote passera, je m'en assurerai personnellement. Bonne journée à vous, Chancelier."

Walther Gortner - "Monsieur Draxler, arrêtons donc avec les formalités. Appelez-moi simplement Walther."

Draxler acquiesce.

Heinrich Draxler - "Bonne journée, Chancelier."

Il pivote sur ses talons et quitte la pièce à son tour, sa silhouette s'effaçant dans l'ombre du couloir blindé, laissant à nouveau Gortner seul, sirotant son alcool éclairé par la lumière blafarde du bunker, préparant déjà son discours à l'assemblée.
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