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Janus Statue


04/06/2020 ● 8:52 ● Lieu tenu secret

La porte blindée s'ouvre lentement, Heinrich Draxler accompagné d'un autre haut dignitaire du parti et de Laurenz Lehman, nouveau chef de la Volksarmee émergeant de l'obscurité.

Walther Gortner lève la tête, jusqu'alors assis en sirotant un verre de Schnaps.


Walther Gortner - "Messieurs, bonjour. Je vous prie de chacun vouloir prendre un siège... nous avons beaucoup de travail."

Laurenz Lehman - "Je vois que nous vous interrompons en pleine célébration, chancelier... Est-ce réellement approprié selon vous ? De boire tandis que notre patrie est menacée par la vermine rouge à l'est ?"

Heinrich Draxler - "Oh fermez-la et posez donc votre cul sur une chaise. Vous avez beau être maréchal, les forces armées restent fidèles à Monsieur Gortner. Calmez vos ardeurs voulez-vous ?"

Il s'adresse directement à Gortner.

"Vous nous l'avez dégoté où celui-ci sans déconner, toujours en couche-culotte et il se permet de parler ainsi à ses aînés... sous Schneider une telle insubordination vous aurait valu le peloton d'exécution."

Walther Gortner - "Je vous assure que j'ai nommé Monsieur Lehman comme successeur sur la base de ses compétences en tant qu'officier. Il me doit absolument tout.
Et j'ose espérer qu'il tachera de s'en souvenir à l'avenir....
Quoi qu'il en soit, c'est justement pour discuter de notre politique que je vous ai convoqués ici."

Il prit un air grave, balayant la pièce ainsi que ces invités du regard.

"Messieurs, nul ne doit être au courant de ce qu'il se passe ici aujourd'hui, des accords qui seront passés entre ces murs ou même de l'existence de cet endroit. Puis-je vous accorder ma pleine confiance ?"

La petite assemblée acquiesce dans le silence. Appréhensive.
Viktor Seger, un des cadres invités refoule un rire nerveux.


Viktor Seger - "Monsieur le Chancelier... bon sang de quoi s'agit-il ?"

Walther Gortner - "Il s'agit d'avenir, monsieur Seger, de l'avenir de notre nation, de notre politique. Ces réformes... que l'on mène depuis peu... pardonnez-moi l'expression... mais elles cassent profondément les couilles. Leur seule raison d'être est de nous éviter une guerre contre les salopards Kartiens et Estaliens, autrement il s'agit d'un affront à tout ce qu'a construit Schneider, à l'idéal Volkiste et au peuple Vahr dans son ensemble...
Nos forces armées ne tiendraient même pas une semaine contre ne serait-ce qu'un quart des leurs.
Loin de moi de douter de la détermination ou de la bravoure de nos hommes mais bon sang on ne peut pas faire face aux forces Estaliennes armés de nos bites et de nos couteaux !"

Heinrich Draxler - "Des bites et des couteaux... Quelle élégance, Walther. Mais vous avez raison, comme toujours. Les Kartiens et les Estaliens ne nous laisseront aucune chance à moins que l'on se décide à jouer les démocrates humanistes pour faire bonne figure à l'internationale. Ces réformes, ce n'est que de la poudre aux yeux pour gagner du temps... nombreux déjà sont ceux qui s'en doutent au sein du parti. Après tout pourquoi le décidément fanatique Maréchal Gortner déciderait-il du jour au lendemain de mener des réformes démocratiques ?"

Draxler prend une pause réfléchissant à ses prochaines paroles. Il jette un regard oblique vers Laurenz Lehman, assis à peine quelques mètres plus loin avant de reporter son attention sur Gortner.

Heinrich Draxler - "Monsieur Gortner, je vous connais suffisamment pour savoir que si vous nous avez fait descendre dans ce trou à rats, ce n'est pas pour geindre sur notre évidente infériorité militaire face aux voisins de l'est. Vous avez une alternative, n'est-ce pas ? Un plan pour inverser la vapeur sans qu'on se fasse tous pendre haut et court par une révolution ou écraser par des chars étrangers ?"

Gortner esquisse un sourire imperceptible, pose son verre de Schnaps sur la table en bois massif et se penche en avant, les coudes ancrés sur le plateau.

Walther Gortner - "Monsieur Draxler on ne peut décidément rien vous cacher. Des réformes démocratiques sont pour l'instant inévitables, c'est un fait : L'Estalie nous met la pression et c'est pour nous soit la démocratisation soit la chute. J'ai donc réfléchi à un plan. Qui non seulement nous permettra de monopoliser le pouvoir mais de plus tard réinstaurer le Volkstaat, une fois la maturité militaire atteinte."

Laurenz Lehman - "Réinstaurer le Volkstaat... après avoir fait mine de plier l'échine devant leurs urnes ? Vous comptez leur donner un parlement juste pour mieux le leur arracher le moment venu ?"

Walther Gortner - "Entre autres, oui."

Heinrich Draxler - "Avec tout le respect qui vous est dû, ça ne passera jamais auprès des gens. Vous ne pouvez pas simplement donner aux gens la démocratie pour la leur retirer quelques mois plus tard. Cela ne fera qu'accélérer notre chute..."

Walther Gortner - "Les réformes démocratiques n'en seront réellement que de forme, dans le fond notre parti conservera le contrôle sur les secteurs clés. La privatisation est un de nos plus gros atouts dans cette politique de réformes. Rien ne nous empêche de placer discrètement des sympathisants Volkistes à la tête des plus gros médias du pays. Notre politique libérale est respectée sur le papier, dans les faits rien ne change... Monsieur Seger, ici présent se chargera de la privatisation une fois que j'en aurai fait mon ministre de l'économie."

Laurenz Lehman fronce les sourcils, les bras croisés sur sa poitrine, cherchant à imbriquer les pièces du puzzle dans son esprit.

Laurenz Lehman - "Des sympathisants à la tête des médias... Bien sûr. Si la surface médiatique continue de relayer l'idée que nous sommes en pleine transition démocratique, la population gobera le mensonge sans broncher. Pas besoin de censurer brutalement si ceux qui tiennent les caméras et les rotatives chantent notre louange sous couvert d'indépendance."

Heinrich Draxler hoche la tête, un sourire narquois aux lèvres, savourant l'analyse du jeune officier avant de renchérir.

Heinrich Draxler - "Et tandis que la presse nouvellement "indépendante" bercera les masses d'illusions, Viktor Seger s'occupera d'arroser nos fidèles à travers les privatisations."
Ministre de l'économie... ma foi il s'agit d'un poste en or, Viktor. Vous allez avoir entre les mains les clés du royaume, ou plutôt les clés du coffre-fort. Si c'est vous qui pilotez les cessions d'actifs et le grand bal des privatisations, nous pourrons nous assurer que chaque fleuron industriel atterrisse exactement là où il faut."

Viktor Seger, jusque-là silencieux depuis sa nomination implicite, esquisse un sourire tendu mais ambitieux.

Viktor Seger - "Et ce sera naturellement l'occasion de nous enrichir personnellement au passage, n'est-ce pas ?"

Gortner éclate d'un rire court et sec, levant son verre vide pour saluer l'audace de ses subordonnés.

Walther Gortner - "Messieurs, vous comprenez enfin le véritable art de gouverner. Le pouvoir et l'argent font toujours bon ménage, cette libéralisation économique, c'est une aubaine !"

Il prit alors un air plus grave.

"Soyez en certains cependant que si jamais nous venions à perdre le pouvoir, les conséquences seront sans précédent pour chacun d'entre nous. Croyez-moi il ne s'agira pas d'une simple alternance voire d'une retraite honorable, non nos têtes finiraient sur des piques avant même que des tribunaux populaires aient eu le temps de siéger, notamment pour ceux qui ont comme Seger et moi eu un rôle dans les massacres des peuples latins du Liefenz. Ce pourquoi nous devons agir vite, la privatisation n'est que la première étape, vient ensuite la seconde : afin de nous protéger des menaces extérieures une fois le Volkisme réinstallé, nous devons moderniser notre armée, au moins de manière à être en capacité de leur résister."

Lehman se redresse sur sa chaise, oubliant un instant son statut de subordonné pour endosser celui de maître d'œuvre de la future puissance Vahre.

Laurenz Lehman - "Enfin nous y venions. La modernisation de la Volksarmee ne sera pas une simple question de rachat de matériel de pacotille, Chancelier. Si nous voulons faire face aux Estaliens sans trembler, il nous faudra restructurer nos doctrines, purger les officiers mous et réorienter une partie colossale des capitaux générés par les privatisations vers le complexe industrialo-militaire."

Heinrich Draxler plisse les yeux, toisant le jeune maréchal avec un mélange de mépris persistant et d'intérêt pragmatique.

Heinrich Draxler - "Et tout cela en catimini, bien entendu. Parce que si nos chers voisins ou les observateurs internationaux voient la Volksarmee doubler ses capacités blindées et ses stocks de munitions sous couvert de 'transition démocratique', notre beau bouclier diplomatique volera en éclats en un rien de temps.

Walther Gortner - "C'est bien là qu'est tout l'art de la manœuvre, Heinrich. C'est pourquoi le réarmement se fera sous le manteau, camouflé derrière des programmes de recherche civile, des industries de double usage et j'en passe. Lehman aura les mains libres pour bâtir la machine, mais chaque rouble, chaque tonne d'acier et chaque brevet devra transiter par les circuits opaques que Seger s'empressera de mettre en place."

Viktor Seger, encore sous le choc de la mention des massacres du Liefenz, déglutit difficilement mais finit par hocher la tête.

Viktor Seger - "Oui, c'est entendu... Les fonds nécessaires seront masqués dans les budgets des nouvelles structures privées et des holdings industrielles. Personne ne verra d'où vient l'argent."

Heinrich Draxler - "Et qu'en est-il de la restauration, alors ? Comment comptez-vous vous y prendre ?"

Walther Gortner - "Ah, il s'agit du coup de grâce mon cher Draxler. Je n'ai nul besoin de vous expliquer ce qu'est une opération "faux drapeau", n'est-ce pas ?"

Heinrich Draxler - "Un faux drapeau... Évidemment. Provoquer une incursion, une bavure frontalière ou une provocation imputée aux communistes voire même aux minorités au sud, et hop... le peuple terrorisé réclame à grands cris le retour à l'ordre fort, au bon vieux temps de la sécurité nationale et du Volkisme."

Walther Gortner - "Exactement. Le moment venu, la transition démocratique aura fait son temps. Il suffit d'une crise bien orchestrée, d'une menace brandie sous les yeux d'une population déjà manipulée par nos médias "libres", et nous récupérons les pleins pouvoirs par acclamation populaire, l'armée renforcée et les caisses pleines. Tout ça sous prétexte de sécurité nationale, un plan aussi vieux que le monde."

Gortner regarde brièvement sa montre, quarante minutes s'étaient déjà écoulées depuis le début de l'entretien

"Messieurs, puis-je compter sur vous ?"

Draxler esquisse un sourire sec en redressant sa veste, se levant le premier pour signifier que la messe est dite.

Heinrich Draxler - "Vous pouvez sans le moindre doute compter sur nous, Chancelier. La privatisation médiatique se fera dès demain matin, et Viktor s'assurera que les caisses de la transition se déversent là où nos intérêts convergent. Et le reste... disons que j'ai toujours un faible pour les vieilles méthodes."

Viktor Seger, le visage blafard mais reprenant une contenance calculatrice, se lève pesamment à son tour en balayant ses notes du revers de la main.

Viktor Seger - "Je prépare les dossiers de privatisation et les circuits financiers dès mon retour au bureau. Personne n'y verra que du feu."

Le Chancelier hoche la tête l'air satisfait

Walther Gortner - "C'est donc acté."

Il se lève de son siège avant de servir un verre de Schnaps à chacun de ses complices. Il balaie la petite assemblée du regard

"Trinquons alors à l'avenir, à la patrie, à Schneider et au Volkisme. Et bien entendu aux bénéfices potentiels qui nous attendent..."

Heinrich Draxler - "Et aux imbéciles qui croient encore que la liberté s'achète avec des bulletins de vote. Santé, messieurs."

Le choc des verres résonne brièvement dans l'acoustique feutrée de la pièce blindée. Au bout d'un quart d'heure de discussion supplémentaire sur des sujets ne pouvant être qualifiés que de futiles, dans un premier temps Seger, puis Lehman laissant alors seuls les Gortner et Draxler

Walther Gortner - "Monsieur Draxler, avant que vous partiez j'aimerais discuter d'une dernière chose. Comme vous le savez, tout changement dans la constitution doit être soumis à un vote direct du Volkstag et je ne doute absolument pas du soutien de l'aile réformiste ou modérée du parti."

Il prend une pause.

"Je compte cela dit sur vous pour faire appel au bon sens du peu de conservateurs qui en ont, Dieu sait qu'une vaste majorité d'entre eux tentera de nous mettre des bâtons dans les roues avec l'aide des radicaux, le vote sera extrêmement serré. C'est pourquoi nous avons besoin de tout le soutien possible. Puis-je compter sur vous ?"

Heinrich Draxler - "Vous m'offrez là un sacré numéro de voltige, Chancelier..."

Il regarde un instant le fond de son verre, pensif, avant de redresser la tête en direction de Gortner.

"C'est entendu, je me débrouillerai pour faire passer dans notre camp suffisamment de conservateurs pour adopter la nouvelle constitution."

Draxler se redresse, réajustant son col avec un calme olympien.

"Le vote passera, je m'en assurerai personnellement. Bonne journée à vous, Chancelier."

Walther Gortner - "Monsieur Draxler, arrêtons donc avec les formalités. Appelez-moi simplement Walther."

Draxler acquiesce.

Heinrich Draxler - "Bonne journée, Chancelier."

Il pivote sur ses talons et quitte la pièce à son tour, sa silhouette s'effaçant dans l'ombre du couloir blindé, laissant à nouveau Gortner seul, sirotant son alcool éclairé par la lumière blafarde du bunker, préparant déjà son discours à l'assemblée.
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07/06/2020 ● 09:47 ● Lieu tenu secret

Walther Gortner regarde sa montre, il s'impatiente : son nouveau ministre de l'économie était déjà en retard de treize minutes. Heinrich Draxler, affaissé dans un des sièges de l'abri, soupire audiblement avant d'allumer un cigare.

Walther Gortner - "Je préférerais que vous ne fumiez pas ici, monsieur Draxler ; la ventilation n'est déjà pas au point, nous ne voudrions pas nous étouffer dans votre fumée."

Heinrich Draxler fronce les sourcils, il fixe brièvement Gortner avant d'éteindre son cigare.
Heinrich Draxler - "Comme vous le voulez, monsieur le Chancelier."
Il fait rouler le cigare entre ses doigts, sans doute par ennui.
"En retard lors de son premier jour au poste... êtes-vous sûr que ce monsieur Seger est réellement compétent ?"

Walther Gortner - "Compétent ou non, je sais que l'on peut compter sur lui. Pour l'instant, ce dont j'ai besoin, c'est avant tout de ministres obéissants."

Heinrich Draxler - "Soit..."
Il prend une brève pause, pensif.
"Si je peux me permettre, monsieur, pourquoi se retrouver dans ce trou à rats ? Le palais ne serait-il pas plus approprié comme endroit pour une rencontre ?"

Walther Gortner - "Je n'ai pas confiance en les gardes. Comme vous le savez, la garde du palais était assurée par la Volkswatch, et l'est aujourd'hui par ce qu'il en reste. Ils ont tous les moyens de nous espionner s'ils le veulent, et donc non seulement de découvrir nos plans, mais aussi de savoir que cette politique de réformes n'est appliquée qu'en raison de la pression estalienne. Draxler, si cette information venait à fuiter, vous vous en doutez, le parti tout entier me renierait... Je ne peux pas me permettre d'avoir l'air faible aux yeux de quiconque."

Heinrich Draxler - "Cela se tient..."
Il prend alors une pause pour réfléchir à ses prochaines paroles.
"Tant que l'on parle du parti, monsieur Gortner... nous avons un problème."

Walther Gortner - "Bon sang... de quoi s'agit-il encore ?"

Heinrich Draxler - "À présent que l'illégalité des partis d'opposition a été levée, des rumeurs de scissions ont commencé à circuler au sein du parti. D'abord de la part des radicaux qui, comme vous pouvez vous en douter, sont très mécontents en vue des récents changements... mais plus surprenamment d'une certaine minorité de réformistes."

Walther Gortner - "LES RÉFORMISTES ???" crache-t-il (aussi bien littéralement que figurativement), furieux.
"Ohhhh les salauds, les BÂTARDS... n'ont-ils pas été satisfaits par les réformes ???"

Draxler, plissant les yeux, sort de sa poche un mouchoir pour essuyer les postillons sur son visage, envoyés par Gortner.
Heinrich Draxler - "Une minorité... monsieur. Plus précisément ceux qui suivent Hilda Schneider, la fille de notre défunt Führer."

Walther Gortner - "Cette bonne femme ?? Merde, je savais qu'on aurait dû s'en débarrasser plus tôt."
Il se frotte le visage, exaspéré.
"Nom de Dieu, pourquoi voudraient-ils faire une scission alors que j'implémente leurs réformes ?"

Heinrich Draxler - "Eh bien monsieur, c'est une femme, tout simplement. Elle sait pertinemment qu'elle n'aura aucune chance en politique tant que le parti ne soutiendra pas ses idées..." Son visage affiche alors une feinte expression de dégoût "...féministes."
Il prend une profonde inspiration.
"Je ne m'inquiéterai cependant pas pour cela si j'étais vous : peu sont ceux suffisamment stupides pour soutenir ses mœurs, il s'agirait d'un suicide politique lorsque l'on sait que la population montre à ce sujet une opinion profondément conservatrice. Je me concentrerais, si j'étais vous, davantage sur les radicaux : la politique de réformes leur a donné le parfait casus belli pour créer leur propre mouvement, et le parti ne peut pas se permettre d'être divisé en cette période."

Walther Gortner - "Soit. Dans ce cas, que proposez-vous ?"

Heinrich Draxler - "Vous pourriez utiliser le vide juridique dans la constitution que vous avez créé — j'ose l'espérer volontairement — lors de la suppression de l'article concernant le parti unique, pour interdire la création de leur parti. Cela nous permettrait de mieux les contrôler... d'un autre côté..."
Il prend une pause au milieu de sa phrase pour mieux réfléchir.
"D'un autre côté, monsieur, l'interdiction d'un parti à peine les réformes instaurées ne plaira certainement pas à la population qui risque de voir clair dans nos ambitions, sans compter que cela leur donnerait une raison de se radicaliser davantage..."

Walther Gortner - "Alors, que faire ?"

Heinrich Draxler - "Pour l'instant... rien. Ne rien faire me semble être le choix le plus judicieux dans cette situation."

Walther Gortner - "Bon sang, quel merdier..."

Heinrich Draxler - "En effet, monsieur..."

Viktor se précipite alors dans la pièce, suintant, le vacarme de la porte blindée interrompant la conversation qu'avaient alors les deux hommes.

Gortner se lève, absolument furieux.
Walther Gortner - "Nom de Dieu, Seger, OÙ ÉTIEZ-VOUS ?!"

Viktor Seger - "Je... Monsieur... Je..." bégaye-t-il. "Monsieur le Chancelier, je vous présente mes excuses, mon sens de l'orientation n'..."

Walther Gortner - "Fermez-là donc et asseyez-vous ! Que cela n'arrive plus, vous m'entendez ?"

Le cadre, toujours aussi embarrassé, obéit, s'asseyant à l'opposé de Draxler.
Viktor Seger - "Oui... entendu, monsieur, mes excuses."

Heinrich Draxler - "Messieurs, commençons donc à faire ce pourquoi nous sommes ici : parlons privatisation."
Il fait glisser sur la table un document dans la direction du Chancelier.
"Voici une liste de noms de candidats potentiels pour la privatisation. Seger, ici présent, a déjà négocié les prix avec ceux-ci. Ça n'est pas ce qui importe. Sachez que chacun d'entre eux est, d'une manière ou d'une autre, sympathisant volkiste... Il est cependant important que vous ne choisissiez pas que des membres du parti, nous ne voudrions pas rendre les choses trop évidentes pour l'opposition."

Les yeux de Walther parcourent les noms : Martin Riesch, Gregor Tanne, Adam Reinmann... Kristian von Falkenstein ??
Walther Gortner - "Bon sang, Draxler, les noms... Beaucoup de ces gus sont de la vieille noblesse ! On ne peut pas se permettre d'avoir des monarchistes à la charge de nos médias !"

Heinrich Draxler - "Ça ne serait pas une mauvaise idée. Avec les divisions au sein du parti, faire des concessions aux monarchistes pourrait calmer une partie des réformistes dont, je vous le rappelle, ceux-ci font partie. Avec les tensions internes, il s'agirait d'un moyen de prouver notre 'bonne volonté' et de calmer une portion des partisans de Hilda dont je vous parlais tout à l'heure."

Walther Gortner - "Des concessions... aux réformistes ? Vous voulez que l'on donne les clés de la presse nationale à des partisans d'Hilda Schneider sous prétexte qu'ils portent un titre de noblesse et qu'ils pleurent la mort du Kaiser ?"
Il se redresse, toisant Draxler avec un mélange d'incompréhension et de méfiance.
"Draxler, vous avez vous-même dit il y a près de cinq minutes que ces gens-là étaient un épiphénomène politique voué au suicide électoral ! Et maintenant vous voulez leur tendre la main en leur refilant les instruments de propagande ? C'est le meilleur moyen de leur donner une tribune légitime qu'ils n'ont jamais eue !"

Heinrich Draxler - "Calmez-vous donc, Chancelier," soupire-t-il en réajustant ses manches. "Je ne dis pas qu'il faut leur donner les clés de la maison et les laisser rédiger les éditoriaux selon leurs lubies. Je dis que nous devons diviser pour mieux régner au sein de cette frange. La noblesse réformiste nostalgique du Kaiserreich et les partisans d'Hilda Schneider ne forment pas un bloc homogène. D'un côté, vous avez les idéalistes comme elle et autres modérés progressistes ; de l'autre, vous avez ces vieux aristocrates opportunistes qui veulent juste récupérer leurs privilèges financiers et leurs terres. Une alliance avec eux ne nous serait que bénéfique, et je suis sûr que monsieur Kristian saura se montrer coopératif, sans compter que cela nous permettra de gagner des soutiens lors de la législation."
Il regarde un instant la liste dans le silence.
"J'aurais tendance, cela dit, à leur confier l'industrie sidérurgique plutôt que les médias, simple question de sûreté."

Walther Gortner - "La sidérurgie plutôt que la presse..." Il marmonne, tapotant du bout des doigts sur la table en chêne. "C'est effectivement moins risqué de les laisser s'empiffrer de charbon et d'acier que de leur laisser le contrôle des rotatives et des ondes radio. Au moins, un haut fourneau ne rédige pas d'éditoriaux subversifs. Soit. Confions-leur les forges et les aciéries. S'ils veulent jouer aux grands capitaines d'industrie sous bannières aristocratiques, qu'ils produisent le fer et les plaques de blindage dont la Volksarmee a besoin pour sa modernisation. Mais pour ce qui est des médias, je veux des hommes à nous, des types dont on connaît la docilité et sur lesquels, Draxler, vous avez un dossier bien épais dans vos tiroirs. Nous devons les garder sous notre contrôle quoiqu'il arrive, vous m'entendez ?"

Draxler acquiesce, satisfait.
Heinrich Draxler - "C'est entendu, monsieur, je choisirai parmi les noms sur la liste en conséquence." Il se lève, portant le dossier en mains. "Viktor, je vous confierai les noms plus tard, suite à quoi vous rédigerez la mention qui passera à l'assemblée."
Il salue les deux hommes avant de quitter l'abri.

Seger prend alors la parole, toujours aussi hésitant.
Viktor Seger - "Monsieur... j'ignore si vous devriez le laisser prendre ce genre de décisions... En ces temps-ci, nul n'est vraiment digne de conf..."

Walther Gortner - "Bon sang, Viktor, mêlez-vous de ce qui vous regarde, voulez-vous."
Il se lève à son tour et tourne les talons en direction de la sortie.
"Restez ici un instant, Seger. Laissez passer un quart d'heure avant de remonter à la surface. Je ne veux pas qu'on nous voie sortir ensemble de ce trou à rats."
Sans attendre de réponse, le Chancelier s'engouffre dans le couloir, son pas lourd résonnant dans la cage d'escalier.
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07/08/2020

10:34

Cela faisait près d'un mois à présent que le peuple réclamait des élections. Des communistes du Parti Socialiste Unifié jusqu'aux conservateurs de l'Union Démocratique, l'opposition s'était organisée en une coalition temporaire populiste, tous d'accord sur deux choses : le renversement de l'élite volkiste et l'entrave aux tentatives — absolument pas inaperçues — du gouvernement "réformiste" de créer une oligarchie. D'un autre côté, le VVP s'était irrémédiablement fracturé : les conservateurs et les radicaux avaient basculé dans l'opposition, tandis que les libéraux voulaient imposer des réformes plus profondes. Pour résumer, le chancelier Gortner avait perdu tout soutien viable.
Dans les rues paradaient les manifestants, beuglant, chantant, criant leurs slogans. Une majorité de conservateurs. Beaucoup de libéraux. Quelques monarchistes.


15:00

Gortner observe le chaos par la fenêtre du palais. Il observe l'armée prendre place alors que les manifestants refusaient de faire marche arrière. Une odeur putride de sang pouvait déjà être sentie alors que rien ne s'était encore produit.
Dans son bureau patiente Lehman, le seul complice qui, il le savait, ne le trahirait jamais, pas comme Draxler qui, tel un rat, avait préféré quitter le navire en voyant que Gortner perdait progressivement le contrôle.


Lehman observait le chancelier avec appréhension. Il savait pertinemment ce qui était sur le point d'arriver : l'armée allait tirer sur la foule comme elle l'avait toujours fait lorsque le régime était menacé. Sauf que cette fois n'était pas comme les autres : d'un côté, une répression trop violente ferait exploser le masque de la démocratisation ; de l'autre...

Walther Gortner - "Donnez l'ordre."

Les deux hommes s'observent dans un silence autrement total s'il n'était pas perturbé par le vacarme des manifestations.
Lehman acquiesce avant de s'en aller de la pièce. Quelques instants plus tard, dehors, éclatent des coups de feu.


15:42

Il ne fallut pas longtemps avant que les forces de la capitale ne se mutinent. On ne sait comment cela était arrivé, mais l'armée ne semblait plus répondre aux ordres de Lehman ; pire, elle avait sympathisé avec les manifestants. Le chancelier, cloâtré dans son bureau, était muni d'un petit revolver tandis que la garde du palais tentait de prendre le dessus sur les mutins qui s'y étaient déjà infiltrés. Lehman était lui-même probablement mort, fusillé par ses propres hommes. Gortner sirotait, tremblant, très certainement son dernier verre de schnaps, son regard perdu dans le vide, submergé par la terreur de mourir, d'être torturé, humilié. Le relatif silence occasionnellement interrompu par des échanges de tirs est alors brisé par une explosion, puis deux, trois et enfin quatre. Les salauds tiraient des obus sur le palais !

Le claquement des bottes derrière la porte du bureau de Gortner vint mettre fin à son hésitation ; il pointa son arme en direction de sa tête.
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