20/10/2020
13:05:30
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[CEN-Poëtoscovie] Ça ne casse pas trois pattes à un canard

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Ça ne casse pas trois pattes à un canard
Communication entre le Secrétariat général de la Communauté des États Nazumis
et le Ministère des Relations internationales de la République de Poëtoscovie

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Les Grands Jeux Pannazumis approchaient à toute allure, et leur premier temps d'organisation était déjà achevé. Pourtant, jusqu'à présent, si les États avaient d'ores et déjà inscrit les disciplines de leur choix, il manquait une répartition claire des compétences entre la Communauté des États Nazumis et l'Organisation des partenaires de la Poëtoscovie (OPP). Au fond, il manquait du dialogue, du dialogue simple, il est vrai, sans aucune exigence, simplement du dialogue, c'était à peu près tout, oui... Et ces jeux s'annonçaient grandioses.

C'est donc le ministre des Relations internationales de la République de Poëtoscovie qui prit l'initiative d'inviter à Hernani-centre le Secrétaire général de la Communauté des États Nazumis. Cela simplifierait, du moins l'espérait-il, l'ensemble des modalités d'organisation des jeux. Il avait d'ailleurs plusieurs propositions à lui soumettre. Certaines étaient en réalité des exigences, quand d'autres, au contraire, relevaient davantage d'une forme de séduction diplomatique, laquelle était, il faut bien l'assumer, à peine voilée. La Poëtoscovie avait en effet à cœur de maintenir d'excellentes relations avec le principal organe exécutif de l'organisation nazumie, ce qui était pleinement visible lors de la réception, annoncée sobre et réalisée excessive, de cette rencontre internationale tant attendue par les autorités de la Nation littéraire.

Après l'ensemble des éléments relatifs au protocole, et dont Piotr Vassia, qui y avait fait face de nombreuses fois ces jours-ci, était intégralement lassé, s'ensuivirent enfin les choses du réjouissement. Autour d'un bon repas, quoique la diplomatie de la fourchette n'ait jamais été au menu des moyens géopolitiques poëtoscoviens et bien que Carnavale l'eût contesté s'il s'était avéré présent - ce qui était possible, car l'on n'était jamais tout à fait sûr d'aucune affirmation concernant ces obscurités-là -, le ministre commença à expliquer la situation.

- Voyez, Excellence, combien l'organisation de ces jeux traduit l'amitié que la Poëtoscovie entretient avec la Communauté des États Nazumis. Cela est très important pour nous, et je puis vous avouer me montrer très exigeant avec mes collaborateurs traitant ce dossier, commença Piotr Vassia. Il poursuivit ainsi un moment, louant tous les mérites du matérialisme, en commençant par ses vertus diplomatiques et en allant jusqu'à ses bienfaits culturels, en passant par l'économie et tout un tas de domaines, dont la philosophie et, assurément, la littérature. C'était ainsi pour Piotr Vassia, qui en toute chose trouvait une trace de perfection et l'image d'une quintessence. Quintessence de qui ? Il aurait été préférable qu'il trouvât cela plutôt, car ses répliques fort inspirées trouvèrent, parfois, quelques difficultés. Le multilatéralisme, nul ne saurait en douter, est en quelque sorte la quintessence de..., et la fin de la phrase manqua.

Fort heureusement, le Secrétaire général, qui n'était pas un homme idiot, et qui, s'il s'amusait de l'affaire, était un bien meilleur serviteur que Piotr Vassia, à la fois bien moins fantasque et bien plus travailleur, permit au ministre d'achever sa phrase au lieu d'y remettre une pièce.

- De l'amitié nazumie ! s'exclama donc l'homme, ce qui ravit pleinement son interlocuteur. Maintenant, si vous le voulez bien, venons-en à la raison de ma venue ici.
- Assurément
, embraya Piotr Vassia, qui pourtant ne prévoyait pas de répondre de sitôt à quelque chose d'aussi sérieux. Il s'y sentit cependant obligé, pensant malgré lui à l'image de Roxane Rostand, Présidente du Conseil, qui, si elle avait été présente, l'aurait sûrement repris ensuite pour s'être à ce point désintéressé du caractère concret de la chose politique.

Il était fort curieux, d'ailleurs, et cela vint tout de suite à l'esprit de Piotr Vassia, qu'un mot aussi insignifiant que chose puisse connaître à la fois les deux absolus du registre des hommes. Il était en effet l'objet d'un emploi courant de la part de ceux ignorant, la chose exprimant ce dont on ignore tout à fait assez de caractéristiques pour en énoncer une qui parvienne à visualiser l'objet ou le concept en particulier ; il était également utilisé pour ce dont on ne pouvait pas parler ouvertement, et ainsi on disait faire la chose pour parler des plaisirs charnels, ou bien l'on parlait de choses, en politique notamment, pour qualifier les ennuis judiciaires sur lesquels les journalistes s'arrêtaient lors d'une interview télévisée ; le terme chose était enfin le substantif propre, dans la haute société, aux gens les plus cultivés, et l'on pouvait aisément l'employer en prétendant au statut de philosophe moderne. Faire allusion à la chose, comme ensemble des dynamiques et enjeux d'un domaine, et que l'on retrouvait dans la locution chose politique, conférait, il est vrai, une image sainte parmi les sachants.

Le ministre continua alors ainsi, tout subjugué de telles considérations, et tentant malgré tout de dissimuler l'emballement qu'il éprouvait à l'idée de cette découverte littéraire fascinante :
- Nous nous disions que, la Poëtoscovie ayant clairement joui jusqu'à présent du rayonnement de ces jeux, ayant été les seuls à en être les acteurs, la CEN pourrait acquérir les compétences relatives, non à l'organisation de ces jeux, mais au déroulement des épreuves. En clair, nous achevons de gérer les inscriptions, nous aurions à notre charge l'aspect technique des épreuves, et vous l'ensemble de l'aspect sportif, comprenant l'arbitrage. Par ailleurs, nous nous disions que nous pourrions accueillir la cérémonie d'ouverture devant le siège du Conseil kosi, et que la cérémonie de clôture pourrait avoir lieu devant le siège de la CEN. Enfin, nous pensions ouvrir à l'étranger le fait de pouvoir faire des épreuves. Nous y poserions bien une condition : ne pas accueillir l'épreuve proposée. Nous nous disions que l'on pourrait également rendre obligatoire le fait d'être membre à la CEN, qu'en pensez-vous ?

Piotr Vassia, qui pensait se conformer parfaitement à la citation « Je suis ministre, je ne sais rien faire ! », avait en horreur la chose politique. C'était certes fâcheux, car il était constamment d'une humeur peu compatible avec l'exercice de ses fonctions, mais cela le rendait également excellent. Quel meilleur homme politique qu'un être qui n'a aucun attrait pour le pouvoir ? Enfin bref, toujours était-il que, pour se débarrasser pleinement de son fardeau, il avait tout dit, d'un coup, comme ça, et le Secrétaire général, après avoir fini sa bouchée, posa son couvert et le regarda. Il semblait qu'il comprenait pour partie la situation et s'en trouvait plein de compassion. Nul ne doutait que les discussions commençaient excellemment bien.
Illustration
Photographie en panorama d'une rue passante d'Hernani-centre, capitale poëtoscovienne, à l'aube de la période estivale.

Monsieur Züleyhan n'avait pas l'habitude d'être dans une capitale nazumie qu'il ne connaissait pas encore. Ses nouvelles fonctions, couplées à ses expériences passées au service de la République du Talaristan comme ambassadeur, négociateur ou encore ministre plénipotentiaire, l'avaient poussé à faire le tour des grandes chancelleries que compte le continent, et était donc très à l'aise de débarquer dans les services diplomatiques pour y négocier, désormais dans l'intérêt de la CEN. Cependant, Züleyhan avait déjà été déçu du choix de Rèv comme ville-hôte de l'Assemblée parlementaire : le froid. Il détestait le froid et ce n'était guère le climat aride qui l'avait habitué à tolérer cette « mort blanche », surtout à son grand âge.

Hernani-centre, situé dans le cercle polaire, non loin d'ailleurs de Rèv ou de la Iakumie, connue pour ses records de températures extrêmement basses, n'avait donc rien pour l'enchanter et il n'était venu qu'à contrecœur voir Monsieur Vassia, alors qu'il aurait préféré discuter de la tenue des Grands Jeux Pannazumis à Khydan, bien au chaud dans son bureau, en hiver comme en été. Et nous étions bien en saison estivale, aujourd'hui, dans la capitale poëtoscovienne.

L'organisation des Grands Jeux Pannazumis était par ailleurs un sujet très épineux, tout comme la coopération avec l'Organisation des Partenaires de la Poëtoscovie (OPP). Il était bien conscient que la Communauté nazumie n'avait rien d'un groupe fraternel et solidaire de nations. Il s'agissait plus, à l'heure actuelle, d'une conférence continentale consultative qui, si elle présentait un intérêt certain à ses débuts, peinait désormais à rassembler au milieu des grandes puissances qui lui avaient pourtant donné vie : les divisions étaient parfois grandes et des tensions aussi anecdotiques que la création d'une Confédération de football — similaire à ce qui avait été fait en Aleucie — avaient presque provoqué une crise entre deux délégations. Si le sujet sportif était bien au cœur de l'actualité communautaire, il souhaitait réellement faire de ces Jeux, d'origine poëtoscovienne, un événement résolument nazumie.


    Monsieur Vassia, je tiens encore à vous remercier pour l'attachement dont vous faites preuve au nom de la République de Poëtoscovie et de son Organisation des Partenaires pour l'organisation mutuelle des Grands Jeux Pannazumis avec la Communauté des États Nazumis. Nous croyons sincèrement que ce genre d'événement sportif est bien plus à même de favoriser un rapprochement des peuples du Nazum que toutes les considérations et actions politiques que nous tentons de mettre en place. Le sport représente des valeurs humaines centrales dans la construction de la Communauté : le respect, la solidarité et l'esprit commun, pour n'en citer que quelques-unes.

Le Secrétaire général marqua une courte pause pour desserrer sa cravate. Il savait que ce qu'il allait dire n'allait peut-être pas être les mots que souhaitait entendre le ministre, mais une mise au point préalable, quand bien même elle était édulcorée, se devait d'être faite si la Communauté des États Nazumis devait avancer sereinement avec la République de Poëtoscovie.

    Il faut également que la République de Poëtoscovie se rende compte d'un facteur que nous ne pouvons guère ignorer : en dépit de sa validation par l'Assemblée communautaire, le principe d'une coopération avec une institution de la République de Poëtoscovie — en l'occurrence l'Organisation des Partenaires de la Poëtoscovie — est loin de faire l'unanimité, et les récentes négociations entre le Conseil de la Communauté et le Pacte afaréen de Sécurité, dans un cadre relativement similaire, me poussent à vous demander de prendre la plus grande des précautions concernant les futures communications autour des Grands Jeux Pannazumis. Si nous avons défendu dès le début que ces Jeux auraient dû être un projet strictement communautaire, au vu de la vocation plus internationale de l'OPP, et non nazumie, je pense qu'il est dans l'intérêt commun de la République de Poëtoscovie et de la Communauté des États Nazumis de porter ce projet comme un étendard de la solidarité sportive entre les États de la CEN, plutôt que comme un évènement collaboratif donnant l'impression que nos deux instances seraient, dans leur forme, des sponsors de l'évènement.

    Que l'on soit clair cependant, Monsieur Vassia, je ne remets nullement en question la motion votée par l'Assemblée communautaire ni l'esprit de coopération conclu entre l'Organisation des Partenaires de la Poëtoscovie et la Communauté des États Nazumis, mais je vois dans la communication un moyen de rassurer les adversaires de premier ordre de ces Jeux en leur montrant qu'il s'agit bien d'un rassemblement nazumi et non d'un « évènement de l'OPP », si vous me permettez l'expression.

Une certaine tension c'était installé dans l'air. Est-ce que le Ministre des relations internationales avait bien compris, par les mots de Monsieur Züleyhan, que nous parllions essentiellement de communication et non de réel changement d'organisateur principal ? Le secrétaire général l'espérait sincèrement, car il était bien conscient du rôle moteur jouer par la République de Poëtoscovie dans les débats des institutions communautaires depuis son adhésion, ou bien même tout simplement de l'activité de sa délégation qui était hélas l'un des principal défaut de ses confrères du continent.

    Concernant la tenue des Jeux, raison pour laquelle vous m'avez convié dans cette belle — et froide — ville d'Hernani-centre, la Communauté nazumie serait ravie de prendre en charge la tenue des Jeux et leur arbitrage. Cependant, vous devez avoir conscience qu'en l'état actuel des choses, nous ne disposons d'aucune structure dédiée au développement de l'activité sportive nazumie. Si l'idée a été évoquée par la délégation talar en réponse aux « provocations » jashuriennes lors de la dernière réunion de l'Assemblée communautaire, nous pâtissons justement de ce manque d'infrastructure et il me paraît donc, en l'état, compliqué d'assurer cette charge faute d'institution compétente.

    Cependant, nous pensons qu'avant la tenue desdits Jeux, une soumission à l'Assemblée communautaire, via le dépôt d'un projet de « Comité sportif nazumi » œuvrant tant au développement du sport au Nazum qu'à la mise en place d'infrastructures communautaires dans ce sens, serait une initiative répondant pleinement à votre proposition. Si je n'ai guère compétence pour proposer un tel projet, nous pensons que la République de Poëtoscovie pourrait le faire, s'il sied à votre gouvernement. Le soutien majoritaire exprimé lors de la précédente session à ce projet, qui n'a pour l'heure pas encore pris forme, nous assure également qu'il présente peu de risques de ne pas être approuvé.

Les esprits s'adoucirent quelque peu. Le secrétaire général, qui avait le nez pris, prit la peine d'utiliser son mouchoir. Monsieur Vassia avait bien du mal à comprendre ce qui avait pu enrhum­er Monsieur Züleyhan en pleine période estivale...

    Votre proposition pour les cérémonies d'ouverture et de clôture est plus qu'intéressante, mais dans la continuité de ce que je vous ai dit tout à l'heure, pourquoi ne pas inverser et faire la cérémonie d'ouverture à Rèv, ville hôte de l'Assemblée communautaire en Yutchun, tandis que la clôture se ferait à Hernani-centre, devant le siège du Conseil kosi ? Cela ne change guère vos plans et assure à la fois la promotion au premier plan de la CEN, tout en assurant au second plan la place de l'Organisation des Partenaires de la Poëtoscovie et de la République de Poëtoscovie, par son intégration régionale au sein de la coopération kosi et nazumie.

    Concernant la tenue des épreuves, nous n'avons rien à ajouter et acceptons pleinement vos conditions, qui sont raisonnables et offrent un terrain d'intégration intéressant pour l'ensemble des participants. Nous ne pouvons également que soutenir votre initiative de restreindre la participation aux Grands Jeux Pannazumis au cadre exclusif de la Communauté des États Nazumis, clause par ailleurs que nous avons sollicitée dès l'annonce de votre projet afin d'offrir un premier évènement de grande ampleur au cadre communautaire. Nous espérons cependant que cette nouvelle direction adoptée ne va pas discréditer les volontés d'adhésion libre et consentie de notre Communauté auprès des États non membres du Nazum.

    Mais je... Pardon ? Vous souhaitiez prendre la parole ?
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