
La Fédération du Navasota est, avec certains États aléuciens, la représentation même de ce qu'est un melting-pot culturel, avec un ensemble de peuples, de cultures, d'ethnies et d'origines divers et variés qui, à un moment de l'histoire, se sont installés sur le territoire de la fédération. Qu'ils soient issus des populations autochtones arrivées sur le territoire des dizaines de milliers d'années avant notre ère, ou qu'ils soient issus des colons blancs austariens venus coloniser le nouveau monde, sans oublier les Afro-Navorais, importés et héritiers d'une histoire aussi riche que violente, la grande famille des Nazumiens installée sur le territoire au gré des vagues de migrations, les juifs navorais, communauté atypique, et enfin les latinos icamiens, tous forment une même communauté nationale, toujours revendiquée mais toujours débattue.
Car le concept de communauté nationale a évolué dans l'histoire du Navasota : il correspondait, au début de la colonisation puis durant l'indépendance, aux seuls colons blancs, considérés comme supérieurs et dotés d'une mission civilisatrice donnée par Dieu, une mission divine, celle de civiliser le nouveau monde, barbare et sauvage. En dessous d'eux se trouvaient les autochtones, rapidement massacrés au gré des expropriations, les Afro-Navorais, importés de plusieurs colonies afaréennes pour compléter la main-d'œuvre servile, servant d'esclaves dans les plantations, et plus tard les Nazumiens, Navorais discrets et relégués à des tâches subalternes en marge de la société coloniale puis du Navasota nouvellement indépendant.
Des guerres ethniques ont eu lieu : celle de 1711 à 1720, appelée la Petite Guerre indigène, qui se solde par un massacre des populations natives ; la révolte de Leviticus Wallace, entre 1770 et 1774, aussi appelée la Guerre négrière, qui, malgré une percée historique et des victoires durant les deux premières années du conflit, voit les troupes révoltées massacrées par la jeune milice coloniale. Malgré tout, la question abolitionniste s'inscrit dans les mémoires après le choc de ce massacre.
L'indépendance de 1805 proclamée, la question de l'identité nationale se pose au sein de ce qui constitue les Pères fondateurs de l'Union, car c'est l'occasion de repenser l'Union et son identité.
Deux camps s'opposent rapidement : les abolitionnistes de l'esclavage, au nom de l'égalité, de la mission civilisatrice et des idées des Lumières, menés par Thomas Marshall, premier président de l'Union et héros de l'indépendance nationale ; face à lui se tiennent fermement les esclavagistes, menés par Andrew Roberts, solides sur leurs positions, qui défendent ardemment l'esclavage pour des considérations économiques et civilisatrices, estimant qu'en plus de profiter à l'économie de l'Union grâce aux grandes plantations coloniales, les maîtres civilisaient les hommes esclaves à vivre en société. L'abolition de la traite négrière en 1805 par Thomas Marshall achève de diviser l'Union.
De 1810 à 1905, c'est la Grande Expansion, une période d'exploration du territoire national et de conquête marquée par des massacres envers les populations autochtones, qui sont exterminées, forcées à se déplacer et dépossédées de leurs terres. 1842 voit l'abolition de l'esclavage par le président Cameron Cole, abolition qui mènera, quelques années plus tard, entre 1845 et 1850, à la guerre civile entre le Nord et le Sud. La dictature de Darius Dudley puis le Golden Age qui suit, marqué par les barons voleurs, nous invitent une nouvelle fois à repenser ce qu'est l'Union : malgré la prospérité économique sous le Golden Age, les inégalités sociales sont criantes, tant au sein qu'en dehors des différents groupes ethniques et catégories sociales, seule une minorité s'enrichissant vraiment durant cette période, à savoir les grands patrons dits barons voleurs, à la tête de puissants holdings et trusts, et les politiciens largement soudoyés par les premiers.
En 1883, le 8e amendement est adopté : la Fédération du Navasota rejette définitivement l'esclavage sur l'ensemble de ses territoires, mettant fin à plusieurs siècles d'exploitation humaine intensive, toutefois sans contrepartie. En 1885, adoption du 10e amendement, qui accorde le droit de vote aux Noirs et aux Natifs.
C'est l'élément de trop pour les conservateurs et esclavagistes, opposés à ces évolutions ; situés dans les États conservateurs, ils votent en réaction le Code noir (Black Code) et instaurent, dans l'espace civil, la ségrégation à travers la loi Joseph Brown du Congrès, de fait confirmée par la jurisprudence de la Federal Supreme Court (FSC) dans l'arrêt Waylon vs. State of Durminster.
Le projet social est donc contrebalancé par des reculs des droits nouvellement accordés aux populations émancipées ; le Congrès de la Fédération s'illustre à cette période comme un lieu de progrès, mais en même temps comme un espace où reculent les droits des minorités, rôle ambivalent qui constitue un élément marquant de la pensée de l'époque sur ce qu'est la communauté nationale. Pour illustrer cela : après avoir voté en 1885 le 10e amendement sur le droit de vote, le Congrès crée de nouvelles réserves pour y parquer les peuples natifs.
En 1963 ont lieu les mouvements d'émancipation, portés par la libéralisation de la société civile et la sacralisation de la liberté de la presse et des communications. Les mouvements féministe, gay, LGBT et les revendications raciales, noire (à travers le slogan Justice Now) et native (reconnaissance des méfaits de la colonisation, dédommagements, et volonté de retrouver la terre de leurs ancêtres), se rassemblent et se conjuguent dans la rue. La Fédération du Navasota repense alors, une nouvelle fois, son concept de communauté nationale et ce qu'est son identité. Deux visions s'opposent, là encore : la vision assimilationniste, portée par le sénateur conservateur Robert Hill, qui voit dans la Fédération du Navasota une nation d'hommes blancs mais multiculturelle, ouverte à tous ceux qui veulent s'intégrer dans son histoire, dans sa culture, dans son idéologie libérale et dans sa devise : la liberté ou la mort. À l'inverse, s'oppose à lui le sénateur Herbert Carr, qui porte la vision pluraliste, celle d'un Navasota comme melting-pot culturel, où chacun peut apporter son identité et sa culture, le mélange de tous ces apports différents formant ce qu'est l'identité de l'Union.
En vérité, la vision pluraliste est davantage une vision fondée sur l'histoire de l'Union : colonisation, mélange de peuples divers et variés, et évolution progressive des droits des peuples qui forment la Fédération, tandis que la vision assimilationniste s'appuie davantage sur l'héritage des régimes conservateurs, où l'homme blanc est au centre de l'Aleucie, puisqu'il l'a construite et développée, mais aussi sur les valeurs de la famille, de l'Église et de la liberté, qui s'opposent à l'État fédéral, considéré comme trop intrusif, ainsi qu'aux évolutions sociales jugées contre nature (mouvements féministe, gay et afro).
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