Séance de prise de parole libre du 16 juin 2020
Prise de parole du Sénateur Domenico Sforza (Hommes du Patrice)

Contexte: Nous sommes quelques heures après l'attentat de la Basilique San Stefano qui a été perpétré à quelques centaines de mètres de l'enceinte du Sénat des Mille de la Grande République. L'atmosphère est explosive et alors que les opérations de secours sont encore en cours à l'extérieur, la question d'un coupable est sur toutes les lèvres. Naturellement, els regards se tournent vers l'AIAN, qui est la seule organisation connue des velsniens à agir selon ce mode opératoire, mais le jeune sénateur conservateur Domenico Sforza ne l'entend pas de cette oreille, et s'élance en direction de la Tribune, interpellant le Doyen Lupo Cadorna qui dirige la séance.
Originaire de la petite cité de Lipara, située dans la chôra velsnienne, il s'agit du premier mandat de Domenico Sforza, un fils de juriste ne figurant pas à l'origine dans la plus haute classe censitaire de la société velsnienne. Pourtant, celui-ci impressionne par son verbe et sa maîtrise de la plupart des codes rhétoriques velsniens et s'exprime dans un fortunéen classique parfait. Il s'est notamment fait connaître pour ses émissions de streaming où il enseigne la politique velsnienne avec pédagogie à ses viewers.
Doyen Lupo Cadorna: Le Sénat t'écoute, excellence Sforza, mais tu n'es qu'un primo-sénateur, alors tu t'exprimeras debout parmi nous et non sur le perchoir, conformément à ta jeunesse. Qu'as tu as dire que nous devrions prendre en compte ? Viens tu pleurer avec nous, hurler de rage, ou nous apportons des réponses que nous n'aurions pas.
Benedetti: [b]Oui, excellence doyen. J'ai fort à dire. Mais avant toute chose, je souhaiterais m'exprimer sur le caractère pernicieux des temps que nous traversons. Aujourd'hui, notre cité a subit une attaque bien pire que tout ce qu'elle a p connaître de calamités et de malheurs ces dernières décennies. Jamais nous n'avons eu à pleurer morts si près de cet hémicycle. Jamais quiconque n'avait osé défier le sacré et s'attaquer à la population de notre cité. Le poète landrin Esteban Piccola disait ceci, qu'à la guerre, les fils meurent avant les pères, là où en paix, les pères meurent avant les fils. Ce soir, ces mots n'ont jamais été aussi justes, car une guerre a été déclarée à nos pieds, en pleine messe de minuit, sous le toit sacré et sanctifié du saint patron des voleurs et des escrocs.
J'entends dire dans ces tribunes toute la peine du monde, toute la tristesse et le choc. A juste titre, et sachez le que je pleure avec vous, et que je me plains avec vous, et que je fulmine avec vous. Mais j'entends aussi le manque de discernement dans la détermination que nous avons à trouver un coupable. O temps, ô mœurs qui font ressortir le pire de nous même, et par dessus tout, la confusion de notre pensée. Sénateur Benedetti, je t'entends dire que les achosiens sont coupables. Mais laisse moi te dire à quel point cet acte n'est pas le leur. Je suis d'accord avec toi, pour dire qu'il n'est point peuple plus barbare que les gens du pays d'Achos, que leur sauvagerie n'égale que leur bravoure. Et c'est précédent par ce fait que je tiens ton attention. Nous savons comment les achosiens se battent, nous connaissons leurs principes et la façon dont ils pensent. Ne pense tu pas que dans leur audace et leur courage mal placé, ils auraient clamé qu'il s'agisse de leur œuvre ? Qu'ils auraient crié sur tous les toits qu'il avaient commis l'atroce ? Ils l'auraient revendiqué comme on revendique une victoire sur les champs de bataille. Aussi, nous pouvons accuser les achosiens de tout, mais pas de lâcheté.
Or, des peuples barbares et lâches que nous affrontons en ce moment, il n'en est guère beaucoup. Je n'en connais qu'un à qui nous avons causé tort, à dire vrai. De tous les peuples, il n'est guère plus couard et ignominieux qu'un poetoscovien. Ils cachent leur barbarie derrière la lecture de romans médiocres, derrière de faux sourires et des alexandrins, mais ils sont une race fourbe et bornée, qui n'écoute aucune mie en garde, qui ne pare d'aucune gêne. Cela fait depuis des années désormais que leur nom nous revient, encore et encore, de la part de nos alliés et partenaires. Des nations de commerçants honnêtes qui font grand échange avec nous, et qui nous ont prévenu du danger de laisser notre dos à la merci de ces gens. Un arrogance et un orgueil démesuré nous ont mené là où nous en sommes. Nous avons cru bien malgré nous qu'une simple expédition maritime aurait suffit à leur faire comprendre, mais nous nous sommes fourvoyés, et nous devons le reconnaître, et reconsidérer notre jugement.
Mais je ne ferai aucun reproche à l'un d'entre nous, aucune récrimination. Il n'est pas de notre intérêt de pointer notre doigt dans la direction de nos compatriotes, même de ceux qui ont failli. Non, nous devons jurer, entre nous que la justice sacrée sera respectée, car l'enjeu de ce qui vient de se passer et autrement plus important que la virtu, la gravitas ou l'avancement personnel. L'enjeu de cette bataille est l'agonie ou la survie d'un ennemi mortel ! Nous nous sommes laissés endormir par la conviction qu'une simple leçon suffirait. Il n'en est rien, et il nous faut réagir avec la plus ferme des intentions, et en administrant la plus grande des punitions. Les poetoscoviens ne se contentent plus de mettre des têtes de cheval dans les lits de dirigeants étrangers. Ils ne se contentent plus d'assaillir des peuples amis de notre cité. Hier, ils s'ingéraient partout, aujourd'hui, ils sont sur le pas de notre porte avec un glaive ensanglanté dans la main forte.
Nous mobiliserons les levées citoyennes de toutes les classes censitaires. Des plus pauvres comme des plus riches, nous ne feront aucune différence. Nous viderons les prisons, nous distribuerons les amnisties et les armes à qui de droit, nous donnerons la citoyenneté à tous les soldats et tous les étrangers prêts à se battre sous nos étendards. Nous trouverons des soldats n'importe où, coûte que coûte ! C'est que je conseillais depuis le début... Nous rappellerons nos généraux, nos amiraux, nos flottes et nos armées.
En outre, mes excellences, je pense que la Poetoscovie doit être détruite jusqu'à la dernière pierre, jusqu'à ce qu'il ne s'élève d'Hernani que des plaintes et des lamentations. Car ce sera la seule chose qui puisse réparer l'offense qui a été faite au sacré.
Résultat des votes des propositions de la présente séance:
- "Détruire la Poetoscovie", proposition portée par la sénateur Domenico Sforza: 451 pour, 420 contre, 169 absents ou abstentions

