
La rencontre se déroule dans une salle du ministère des affaires étrangères.
- Angèle Orlovski, gouverneure fédérale de la République kartienne
- Hannah Husseski, administratrice kartienne de la zone humanitaire neutre roncevaloise
- Henri dè Chastèu-Beriant, ministre des affaires étrangères du duché de Gallouèse
La République fédérale kartienne, comme son nom ne l'indique pas, est pratiquement une confédération ; aussi, la venue de l'un des trois membres de sa présidence aurait pu être vue comme celle d'un chef d'État étranger. Mais, comme elle n'était à elle seule que gouverneure, le ministère n'avait pas convoqué le faste réservé parfois aux rencontres au sommet. Pas d'entrevue avec S.E. le Duc, pas de déjeuner au château de Ligert, pas de déploiement de la Garde nationale. Il s'agissait surtout de maintenir une atmosphère de travail autour de cette rencontre à la feuille de route large, et de ne pas magnifier par avance une relation qui était à peine à son stade embryonnaire.
Sur le tarmac de l'aéroport de Ligert, le maire de la ville ou les autres officiels locaux (comte administrateurs, ernaotes, officiers) n'étaient pas présent ; le ministre des affaires étrangères était là pour souhaiter la bienvenue à la délégation kartienne. Henri dè Chastèu-Beriant, comte de Vaez, portait, comme il se doit pour un aristocrate de métier, un costume sur mesure dont les pans se rabattaient sans mal sur sa généreuse bedaine. Le pantalon bleu tombait sans un pli sur des chaussure de ville noires parfaitement cirées. Il affichait un sourire poliment diplomatique à la descente de ses homologues.
« Bienvenue, madame la Gouverneure. J'espère que vous avez fait bon voyage ? »
Sans autre pompe que des salutations protocolaires entre ces deux petites délégations, on embarqua dans un convoi de berlines qui foncèrent en centre-ville, à quarante-cinq minutes de là environ. Le véhicule des invités, arborant deux fanions rouges et blancs frappés de la rose sur son capot, s'immobilisa dans une allée de graviers blancs. Le valet de pied ouvrit la portière d'Angèle Orlovski sur un grand hôtel particulier ligérois du XVIIIe siècle, qui servait de ministère des affaires étrangères. On monta à l'invitation des huissiers au premier étage, dans une salle de réunion mitoyenne du bureau ministériel.
Le ministre indiqua poliment des sièges à ses hôtes, puis il s'assit à son tour en face d'eux. À sa gauche, un secrétaire avait pris place, tandis qu'à sa droite, un maigre quinquagénaire aux cheveux déjà gris tirait la chaise à lui pour s'asseoir ; il s'agissait d'un conseiller du président, appelé André Moliëre. On lui avait demandé de venir car son nom avait été mentionné par la partie kartienne dans les échanges précédent cette réunion, sans doute à cause de ses récentes sorties dans la presse.
« Bien, je pense que nous pouvons commencer, si vous en êtes d'accord. Alors, quel est le sujet que vous souhaitez aborder en premier : la Loduarie, l'Antares, ou les relations gallo-kartiennes dans leur ensemble ? »