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[Gallouèse-Karty] Rencontre à Ligert

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Salle de réunion du ministère des Outre-Mers français, Paris
La rencontre se déroule dans une salle du ministère des affaires étrangères.

Participants :
  • Angèle Orlovski, gouverneure fédérale de la République kartienne
  • Hannah Husseski, administratrice kartienne de la zone humanitaire neutre roncevaloise
  • Henri dè Chastèu-Beriant, ministre des affaires étrangères du duché de Gallouèse
Date : 5 janvier 2019

La République fédérale kartienne, comme son nom ne l'indique pas, est pratiquement une confédération ; aussi, la venue de l'un des trois membres de sa présidence aurait pu être vue comme celle d'un chef d'État étranger. Mais, comme elle n'était à elle seule que gouverneure, le ministère n'avait pas convoqué le faste réservé parfois aux rencontres au sommet. Pas d'entrevue avec S.E. le Duc, pas de déjeuner au château de Ligert, pas de déploiement de la Garde nationale. Il s'agissait surtout de maintenir une atmosphère de travail autour de cette rencontre à la feuille de route large, et de ne pas magnifier par avance une relation qui était à peine à son stade embryonnaire.

Sur le tarmac de l'aéroport de Ligert, le maire de la ville ou les autres officiels locaux (comte administrateurs, ernaotes, officiers) n'étaient pas présent ; le ministre des affaires étrangères était là pour souhaiter la bienvenue à la délégation kartienne. Henri dè Chastèu-Beriant, comte de Vaez, portait, comme il se doit pour un aristocrate de métier, un costume sur mesure dont les pans se rabattaient sans mal sur sa généreuse bedaine. Le pantalon bleu tombait sans un pli sur des chaussure de ville noires parfaitement cirées. Il affichait un sourire poliment diplomatique à la descente de ses homologues.

« Bienvenue, madame la Gouverneure. J'espère que vous avez fait bon voyage ? »

Sans autre pompe que des salutations protocolaires entre ces deux petites délégations, on embarqua dans un convoi de berlines qui foncèrent en centre-ville, à quarante-cinq minutes de là environ. Le véhicule des invités, arborant deux fanions rouges et blancs frappés de la rose sur son capot, s'immobilisa dans une allée de graviers blancs. Le valet de pied ouvrit la portière d'Angèle Orlovski sur un grand hôtel particulier ligérois du XVIIIe siècle, qui servait de ministère des affaires étrangères. On monta à l'invitation des huissiers au premier étage, dans une salle de réunion mitoyenne du bureau ministériel.

Le ministre indiqua poliment des sièges à ses hôtes, puis il s'assit à son tour en face d'eux. À sa gauche, un secrétaire avait pris place, tandis qu'à sa droite, un maigre quinquagénaire aux cheveux déjà gris tirait la chaise à lui pour s'asseoir ; il s'agissait d'un conseiller du président, appelé André Moliëre. On lui avait demandé de venir car son nom avait été mentionné par la partie kartienne dans les échanges précédent cette réunion, sans doute à cause de ses récentes sorties dans la presse.

« Bien, je pense que nous pouvons commencer, si vous en êtes d'accord. Alors, quel est le sujet que vous souhaitez aborder en premier : la Loduarie, l'Antares, ou les relations gallo-kartiennes dans leur ensemble ? »
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AlinéaAucune preuve de cordialité ? Soit. Qu'il en soit ainsi.

Cette analyse, la Gouverneure Fédérale Orlovski la comprenait bien. Il n'y avait ni hymne, ni cérémonie: Simplement ce Ministre des Affaires Etrangères et un conseiller présidentiel. La République Fédérale Kartienne n'était pas accueillie par ambition d'amitié, vraisemblablement, elle l'était plus comme une potentielle menace. Et cela, la Gouverneure le gardera bien à l'esprit.

En revanche, pour ce qui était de Karty, les moyens n'avaient pas été utilisés pour montrer cette sorte d'appréhension. Certes, il n'y avait qu'en apparence un seul Gouverneur sur les trois. Néanmoins, cela était de coutume pour toutes les nations: La Présidence Fédérale n'envoie qu'un seul Gouverneur puisque ce dernier est plénipotentiaire pour l'entrevue.

C'était même, ici, le Gouverneur le plus important des trois. Juridiquement, ces derniers étaient sur un pied d'égalité. Mais en réalité, la Gouverneure Orlovski écrasait purement et simplement, par sa popularité, les deux autres. Qu'Angèle décidait de venir elle-même, c'était un signe de considération pour la Gallouèse. Un geste qui, vraisemblablement, n'avait pas trouvé échos. Pis encore, l'accueil Gallésant montrait appréhension, et aucune forme réelle de considération.

Ce fut, encore une fois, en cette considération, que la Gouverneure Orlovski prit place: Accompagnée de dame Husseski. Au lieu de répondre à cette provocation diplomatique, elle décida de s'en faire une arme. La Gallouèse ne montrait aucune considération à la République Fédérale Kartienne ? Alors la République Fédérale, elle, montrera toute sa considération: Elle n'avait nullement besoin de prouver sa puissance, le rapport de forces était factuel.

«La République Fédérale Kartienne tient, tout d'abord, à vous remercier pour cet accueil. Se faisant, permettez-moi de vous offrir ce présent qui, je l'espère, deviendra le symbole des voies par lesquelles nos deux pays se rapprocheront.»

Angèle se pencha légèrement, attrapant une petite mallette de bois qu'elle avait à ses pieds. Elle la posa sur la table, l'ouvrant et la tournant vers sieur Henri dè Chastèu-Beriant. Il s'agissait d'un assortiment luxueux de thés Kartiens: Un cadeau simple, qui faisait résonner la culture Kartienne. Elle patienta quelques secondes, avant de reprendre.

«Nous avions évoqué, durant nos échanges, le nouveau tournant diplomatique de votre pays. Un tournant que nous comprenons, la République Fédérale Kartienne tient tout autant que vous à assurer la stabilité et la sécurité de sa propre région. Malheureusement, l'Eurysie de l'Est semble plus en proie à l'instabilité, aujourd'hui. Par la Loduarie, certes, nous pourrons y revenir. En revanche, nous souhaitons entamer cette entrevue par le cas de notre alliée la République d'Antares. Si nous déplorons sa situation de guerre civile, elle n'en reste pas moins notre plus proche alliée. Nous avons matériels, hommes et complexes militaires en Antares, pour assurer sa sécurité. En cela, nous sommes un acteur important pour votre région. Nous aimerions connaître plus en détail les positions Gallèsantes à ce sujet: Volkingrad tient à prendre en compte l'avis des pays alentours.»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Moliëre avait été très fortement amusée par l'expression enfantine qui avait gagné le visage du ministre, lorsque ce dernier avait ouvert la petite boite en bois. Son visage était empreint de sincère flatterie, ses bajoues étaient roses, ses pommettes remontées sur ses yeux et ses sourcils disparaissaient sous ses cheveux blancs. Il exemplifiait de la candeur qu'à l'enfant à Noël et la gourmandise qu'à l'adulte au repas du même jour. Il allait évidemment garder ces assortiments pour lui.

« Merci beaucoup, madame la Gouverneure, c'est très attentionné de votre part. Non, vraiment, il ne fallait pas. »

Il resta un moment absent en regardant les différentes étiquettes, et fut tirée de son affaire lorsque Orlovski repris la paroles. En tournant son visage vers elle, il ferma hâtivement la boîte, tout gêné.

Il se replongea dans l'entretient tant bien que mal, pendant que Moliëre suivait attentivement les propos de la Kartienne. Lorsqu'elle eut terminé, Chastèu-Beriant prit la parole.

« C'est tout à votre honneur de vouloir réfléchir à une politique étrangère cohérente en vertu des expertises régionale, madame. Sachez que nous approuvons votre démarche. J'aimerais toutefois savoir, lorsque vous mentionnez votre alliance avec la République d'Antares, de qui parlez vous ? Vous êtes alliées à la République telle qu'elle était autrefois, ou bien aux putschistes ? Car ce sont eux qui ont l'avantage sur le terrain semble-t-il.

Toujours est-il que la position gallèsante est simple sur le sujet de l'Antares. Nous sommes pour un retour immédiat à l'ordre constitutionnel de notre pays voisin, et nous nous opposerons catégoriquement à tout autre issue, que celle-ci soit la conquête du pays par des puissances étrangères ou par les rebelles. Comme vous l'avez apparemment su, nous avons déjà apporté notre soutien en ce sens à l'Antares républicain en matière d'intelligence.

Nous souhaitons également, bien sûr, éviter que l'Antares devienne le terrain de jeu des puissance étrangères. Mais cela ne semble pas devoir être le cas, il semble que votre présence militaire là-bas n'a pas provoqué de désordre particulier dans la région pour l'instant. Nous préférons, si vous voulez, que vous n'y soyez pas !
ajouta-t-il avec un sourire franc, sans méchanceté ou sous-entendu, mais il s'agit là d'une simple préférence.

André Molière ajouta :

« Je tiens à préciser que l'Antares est aussi un pays à surveiller, en l'état actuel des choses. D'un point de vue purement réaliste et opérationnel, c'est un pays qui sombre un peu plus chaque jour dans les mains des putschistes, et, semble-t-il, certaines des forces impliquées dans cette guerre ont des vues agressives. Nous avons acquis les preuves que l'Antares abrite actuellement des menaces contre notre pays, aussi nous avons conscience qu'à l'heure actuelle, l'Antares ressemble de plus en plus à une source de désordre. Pour nous comme pour l'Eursyie. »
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AlinéaAngèle sourit chaleureusement, voyant que le présent Kartien semblait faire effet chez son interlocuteur. Elle écouta la réponse attentivement. Elle fut surprise d'apprendre que l'Antares menacerait la Gallouèse: Si elle avait en tête la fuite de quelques agents par leur territoire lors de l'Opération Scattershot, visant l'assassinat de la dictatrice rouge, elle ne fut pas réellement convaincue. D'une part, il ne s'agissait là que d'un simple cas isolé. D'autre part, la République d'Antares n'était tout simplement pas —en l'état actuel des choses— en capacité de menacer qui que ce soit. Elle répondit, d'un ton certes calme mais pas moins assertif et ferme.

«La logique du multilatéralisme, lorsque que les intérêts Kartiens sont portés à l'étranger, est une œuvre diplomatique mais nécessaire. C'est là notre point de vue, du moins. Il est, en conséquence, tout naturel que vous connaissiez notre position sur la guerre des ombres. La réponse à votre question se trouve dores et déjà dans un texte officiel, signé et ratifié par notre pays et les trois parties de la guerre des ombres: L'Accord des as croisés. Elle tendit un document, à la couverture de cuir. La République Fédérale Kartienne est neutre dans ce conflit, en vertu de l'article VI. Cela nous permet entre autres d'assurer, dans les modalités des articles VII et VIII, la zone neutre de Roncevaux: Où quinze millions d'Antariens et de Corvuns obtiennent sécurité, travail et soins, à l'heure où nous parlons. Ce que vous nommez les 'putschistes' portent également le nom, pour nous, de Corvuns. Que le gouvernement 'légitime' ou Corvus sorte victorieux de cette guerre, ce pays sera toujours notre sœur.

Vous dites souhaiter rétablir l'ordre constitutionnel en Antares. Fort bien. Juridiquement, la MIRA mène des opérations parfaitement légales. Elle agit dans son plein droit, selon la constitution Antarienne, qui prévoit la loi martiale en cas de crise majeure. Pour autant, le Duché de Gallouèse soutient-il la MIRA ? Une junte fasciste au demeurant. Dans le cas où cette entité vient à l'emporter, nous reconsidérerons nos relations avec l'Antares. En d'autres termes, Excellences Gallésantes, nous considérons que c'est aux Antariens et aux Antariens seuls de décider de leur propre destin. Les Corvuns, tout comme les deux autres parties, ont une voix légitime à faire porter. Le peuple Kartien est lui-même né de la Révolution, le qualiferiez-vous d'illégitime aux postes de gouvernance ?

Néanmoins, nous semblons trouver une entente commune: L'Antares ne doit pas devenir un terrain de jeu. L'article XI de l'Accord des as croisés est prévu à cet effet. Vous dites ne pas souhaiter notre présence en Antares... Excellence, cela va à l'encontre de votre propos. Sans le Commissariat des Armées Kartiennes, comment l'Antares ne pourrait-elle pas être un terrain de jeu pour les puissances étrangères ? C'est la République Fédérale Kartienne, et elle seule, qui a empêché le triomphe de la Loduarie Communiste. C'est elle qui assure la sécurité de millions d'Antariens, mais aussi la non régionalisation du conflit prévue par l'article XIII.

Nos positions peuvent diverger à ce sujet, la Présidence Fédérale se doutait bien que ses soldats ne seraient guère accueillis à bras ouverts. C'est pour cela, entre autres, qu'elle se tient en face de vous en ce moment précis. Pour vous assurer de ses bonnes intentions. La République Fédérale Kartienne maintiendra sa présence militaire en Antares, quoiqu'il advienne. Jamais nous ne tolérerons une deuxième Loduarie, là où nous étions les seuls la défendre d'une invasion totalement injustifiée et belliciste. En revanche, vous dites que l'Antares serait un pays à surveiller qui, pis encore, vous menacerait ? Pourriez-vous éclaircir cet aspect ?
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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André Moliëre écouta en silence, sourcils légèrement plissés. Tandis que Henri de Chastèu-Beriant écoutait bruyamment, lui, puisqu'il avait une fâcheuse tendance à toussoter lorsqu'il était en désaccord avec son interlocuteur. Il avait toussoté plusieurs fois pendant que la Gouverneure Orlovski parlait. La quinte avait viré à la toux sèche lorsque l'ancienne chancelière avait vanté le rôle de Karty dans le départ des Loduariens.

Il avait jeté un bref coup d'œil au document que lui avait tendu la Kartienne, reportant son regard sur les différents article qu'elle mentionnait, puis cherchant dans sa mémoire le contenu du mémo que lui avait transmis son directeur de cabinet, la veille de la rencontre, sur cet « Accord des as croisés ».

Il laissa Orlovski dérouler son exposé jusqu'au bout.

« Nous sommes tout à fait rassurés par votre neutralité, elle me semble de bon aloi, dit le ministre en cherchant l'approbation dans les yeux de Moliëre. Cependant, puisque vous vous dites indifférents à l'issue des combats, je me permets, moi, d'appeler un chat « un chat ». Corvus est une organisation rebelle, qui a pris les armes contre un gouvernement démocratiquement élu. Démocratiquement. Voilà le paramètre que je m'inquiète de voir absent de votre exposé. Car, s'il faut chercher une ligne directrice à la nouvelle diplomatie gallèsante, c'est celle de la défense de la démocratie et de ses valeurs. Comme vous l'avez dit, c'est aux Antariens de décider. Pas à des soldats. La guerre n'est pas un suffrage, madame ; c'est une tragédie.

Je cherche, sans les trouver, les signes qui indiquaient que la République d'Antares était une démocratie défaillante. Il faut se rendre à l'évidence : Corvus est une rébellion, assez violente qui plus est. Quant au terme « putschistes », je l'employais surtout pour faire référence à la MIRA, justement. Et je vais vous contredire : non, la MIRA n'agit pas dans un cadre légal. C'est un coup d'état qu'elle mène. »

« La loi martiale n'abolit pas l'État, d'autant que la MIRA n'est pas l'armée en elle-même »
intervint André Moliëre.

« Merci. Donc, pour la faire courte, nous sommes pour la démocratie, contre ceux qui l'ont attaquée, à savoir, que vous le vouliez ou non, Corvus et la MIRA. Mais nous ne souhaitons pas nous impliquer dans cette guerre. Simplement, si des rebelles réussissaient à conquérir tout l'Antares, nous refuserions tout à fait de leur reconnaitre aucune forme de légitimité, et nous inviterions les institutions exilées à travailler avec nous. Nous sommes d'ailleurs tout à fait en paix avec la présence de vos forces armées, comme je l'ai dit tout à l'heure, peut-être un peu maladroitement : nous aurions préféré qu'il n'y ai personne pour occuper l'Antares, mais puisque vous y êtes et que ça ne créé pas de remous - au contraire même, ça calme des Loduariens - tant mieux. »

Ces clarifications faites, le conseiller du président pris la parole pour répondre à la question de la Gouverneure.

« Comme vous le savez, je pense, les services de renseignement gallèsant sont assez fiable pour la collecte d'information en Eurysie occidentale. Nous avons une longue expérience en la matière depuis les années 2000 et notre expertise est reconnue. Or nos services ont identifié des... mouvements suspects qui... laissent penser qu'une... entité hostile opère contre nous depuis l'Antares, dit le conseiller en choisissant bien ses mots. Je ne peux pas moi-même vous en dire plus sur les contours précis de cette menace, une telle décision revient au président du Conseil des ministres. Il n'a pas pu faire le déplacement aujourd'hui, malheureusement, mais il a été très clair : s'il y a besoin, nous pouvons l'appeler à tout moment. »

Il désigna, au centre de la table, un haut-parleur à trépied servant pour les visio-conférences et autres réunions téléphoniques.
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AlinéaLa Gouverneure Fédérale écouta, sans afficher la moindre expression, contrairement à son interlocuteur. Il s'agissait là des enseignements Kartiens en matière de diplomatie, rien de plus.

«En de nombreux temps, certains peuples ont obtenu leur liberté par les armes, par la Révolution. La République Fédérale Kartienne voit en Corvus sa propre Histoire. Du reste, il s'agit de différences de point de vue, que ce soit sur Corvus, le gouvernement 'légitime' ou même la MIRA. Pour nous, la République d'Antares était une République bourgeoise qui, comme beaucoup d'autres, exploitait son prolétariat. Nous n'allons néanmoins pas vous présenter la situation sous cet angle, nous savons que le Duché de Gallouèse ne sera pas sensible aux propos révolutionnaires.

La République Fédérale Kartienne restera neutre dans cette affaire, quelles que soient les idées qui y mènent.

En revanche, si Corvus vient à remporter cette guerre civile, nous le reconnaîtrons. Là où le Duché de Gallouèse, semble-t-il, ne reconnaîtra pas même le gouvernement Corvun. Soit. Nous sommes néanmoins en obligation de vous signifier qu'en matière de stabilité régionale, ce futur Corvus ne serait pas spécialement 'flatté' d'une telle position politique. Si elle résulte de votre droit, elle n'en sera pas moins perçue comme une insulte aux yeux des Corvuns.

N'émettons cependant pas de spéculations hâtives, le temps présent nous est autrement plus important.

La République Fédérale Kartienne garantiera, par sa présence militaire, la sécurité de l'Antares à l'égard d'éventuels acteurs désireux de marcher sur les traces Loduariennes. Nous assurerons également à ce que la guerre des ombres ne dépasse pas son sol, l'Accord des as croisés prévoit notre engagement militaire contre toute partie qui ne respecterait pas ledit accord.

Cela étant, nous souhaitons avoir ces précisions quant à cette prétendue ingérence Antarienne, quitte à déranger quelque peu l'emploi du temps de votre Président.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Devant les explications de la Gouverneure sur la légitimité de la révolution, Henri dè Chastèu-Beriant afficha un sourire poli. Il était évident qu'aucune forme de concorde n'était à attendre sur cette question. Il conserva la même sourire quand l'ancienne chancelière impériale signifia ses remontrances sur la posture gallèsante en Antares : manifestement, la partie gallèsante n'accordait pas grande importance à ce que pouvais penser la République kartienne de sa politique.

Sur le reste, il répondit simplement avec bonhommie :

« Parfait ! je suis ravi de savoir que la présence kartienne en Antares est un facteur de plus pour la stabilité de notre région ! Et faits que cela dure ! »

Moliëre répondit ensuite à la sollicitation d'Orlovski en se penchant sur le trépied.

« Eh bien attendez, je l'appelle »

Il gardait ses lèvres proches l'une de l'autre, visiblement soucieux. Il pensait en lui-même que, vu les tournures de la discussion et l'absence apparente d'accointance, sur le sujet de l'Antares, entre les deux pays, il n'était sans doute pas indiqué de dévoiler des informations classées secret, même vaguement. Il s'exécuta tout de même. Le téléphone sonna deux fois, puis on décrocha. Moliëre parla immédiatement.

« Allô monsieur de le président ? C'est André. André Moliëre. Je suis avec le ministre et la délégation kartienne, vous êtes sur haut-parleur. »

Une voix chaleureuse et enjouée se fit entendre au bout du fil.

« Ah, mais oui bien sûr ! Comment allez vous, madame Orlovski ? Je suis vraiment navré de ne pas vous avoir accueilli moi-même... Je suis dans le nord avec des organisations syndicales, je ne pouvais pas annuler... Tout se passe bien ? »
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AlinéaLa Gouverneure Orlovski s'étonna de recevoir une injonction: 'Faites que cela dure'. Elle s'exaspéra de la conduite diplomatique de son interlocuteur qui n'avait, décidément, aucune notion en terme de diplomatie. Oh oui bien sûr, cela n'avait pas de réelle importance. Mais au fond cela signifiait bien une chose, oui. Et cette chose, elle ne portait qu'un seul nom: Celui de l'incompétence. L'incompétence d'un système tout d'abord, qui peinait à former correctement sa propre population puisque même ses élites étaient dépourvues des codes les plus élémentaires. L'incompétence d'un gouvernement ensuite, qui ne savait guère comment s'adresser correctement à un autre. L'incompétence d'une lecture, finalement, qui méprisait purement et simplement la réalité et la logique des rapports de forces. Le Duché de Gallouèse n'avait aucun ordre à donner à la République Fédérale Kartienne, et encore moins un pays —vacillant— qui avait peiné à envoyer trois pauvres engins explosifs sur la Loduarie Communiste, pour se rétracter par la suite: S'excusant —penaud— comme un enfant miséreux s'excuserait pour sa mauvaise conduite.

Néanmoins elle n'en fit, encore une fois, rien. Non puisqu'au lieu de cela, son sourire ne s'était pas même amoindri. Elle se prononça, d'une voix claire et audible, toujours incisive sur le ton.

«Sieur Majëul Farche. La République Fédérale Kartienne vous épargnera votre précieux temps avec ces organisations syndicales, je vous serais très brève. Votre Ministre des Affaires Etrangères a affirmé que la République d'Antares opérerait contre le Duché de Gallouèse, ce qui nous l'avouons clairement, nous étonne. D'une part parce que la République d'Antares, en l'état, n'est tout simplement pas en capacité de représenter une menace pour vous. Nous parlons d'un pays en guerre civile. D'autre part, étant la plus proche alliée de ce pays, la République Fédérale n'a eu —sincèrement— aucune information quant à ces prétendues menaces qui planent sur votre pays. Nous souhaiterions donc les connaître plus en détail. Quel intérêt aurait votre pays à nous révéler les travaux de ses renseignements ? Assez simplement parce que nous sommes les plus proches alliés Antariens, sieur Farche. Nous pourrons régler cette affaire, nous en avons la ferme conviction. N'est-ce pas ce que la logique du multilatéralisme au profit de votre stabilité régionale vous enseigne ?»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Henri dè Chastèu-Beriant se permit de réagir en premier, pour corriger légèrement les propos de la Gouverneure. Il avait assez circonspect, lui comme Moliëre, du raccourci que s'accordait la Gouverneure, surtout avec toutes les précisions qui avaient été faites précédemment.

« Pardon, je me permets ; nous n'avons jamais dit que la République d'Antares opérait contre nous... M. Moliëre a évoqué le fait que l'Antares servait probablement de base arrière à des opérations contre le duché. »

Puis ne sachant pas comment conclure, il se rassit contre le dossier de sa chaise, en toussotant, le gras mou tremblant autour de son col. Comme il laissa la place à un silence gênant, André Moliëre se permit d'y aller de son grain de sel.

« Oui, d'ailleurs, si vous le permettez madame la Gouverneure et monsieur le président, je voudrais faire une autre précision, parce que, dans des cas comme celui-ci, la précision est importante, si ce n'est très importante. Nous n'avons pas parlé de menace. Nous vous avons avancé des faits. Selon nos informations - et nous savons qu'elles sont justes - l'Antares sert de base arrière à des opérations hostiles contre nous. »

« Ah, et bien, oui, madame Orlovski, il semble que ce soit exact... , répondit le président Farche. Et comme l'a dit monsieur le ministre, nous n'avons pas identifié les commanditaires, aussi je ne sais pas s'il est bien sensé de solliciter Karty pour une médiation, même si je prends bonne note de votre généreuse proposition. D'ailleurs, si vous souhaitez jouer un rôle dans la normalisation des relations entre la Gallouèse et cet État failli qu'est la République d'Antares, vous qui êtes implantés là-bas, nous serions ravis d'avoir des informations kartiennes sur ces opérations hostiles contre nous. Ce serait la poursuite d'une collaboration intéressante entre Karty et la Gallouèse en matière de renseignement, qu'en dites vous ? Après les échanges d'informations de la guerre contre la Loduarie ? Et puis, si la République d'Antares n'y est pour rien dans cette situation, c'est donc qu'il y a une autre entité qui opère, et que cette entité ne fait pas les affaires de Karty, je me trompe ? Nous serions alliés de circonstance, dans cette affaire... »
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AlinéaAngèle avait la sensation que ses interlocuteurs avaient —tous— la ferme intention de la faire tourner en rond. Si elle s'en agaçait intérieurement, ce n'était guère ce qui la dérangeait le plus. En effet, elle retenait surtout que l'alliée Antarienne était perçue comme 'un État failli'.

«Excellence Gallèsante Majëul Farche, je dois m'avouer circonspecte. Vous parlez de commanditaires, d'opérations hostiles contre vous: J'appelle cela des menaces. La République Fédérale Kartienne a pleine confiance en son alliée Antarienne, elle ne sait rien de ces dernières. Qui sont, en conséquence, ces commanditaires ? Ces agents ? Vos renseignements n'ont pu les identifier, vous semblez néanmoins détenir des informations sur eux. Quelles sont ces opérations hostiles ?»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Il y eu un léger blanc, le silence se faisant épais et l'atmosphère plus lourde.

« Madame Orlovski, nous avons effectivement des informations sur quelques exécutants de ces opérations... mais nous n'avons pas identifié de commanditaire. Aussi, je comprends que vous ayez confiance dans la République de Karty, mais vous vous dites son allié, et, vous comprendrez facilement que nous n'allons pas communiquer à vos services tous les détails dont nous disposons à ce stade. Je l'ai déjà dit, mais vous avez tout intérêt à nous aider à tirer au clair cette histoire. Et à empêcher les opérations hostiles de continuer. Si d'ailleurs, et je dis bien si, la République d'Antares devait être commanditaire, ce qui n'est pas du tout exclus, j'espère que vous prendrez parti pour notre cause, car ce n'est pas en magouillant chez ses voisins qu'on stabilise une région... »

Le ministre, prit alors la parole :

« Si vous le souhaitez, nous pouvons aussi avancer sur l'ordre du jour... »
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AlinéaLa patience s'écoulait, à chaque minute supplémentaire par laquelle la Gouverneure assistait à cette entrevue.

«Si la République Fédérale Kartienne apprendrait effectivement que son alliée Antarienne opérerait contre votre pays, nous n'en serions que des plus disposés à engager des discussions trilatérales de médiation. Nonobstant, la République Fédérale Kartienne n'est —hélas— point omnisciente. Vous dites à la fois souhaiter que notre pays 'tire au clair cette affaire' tout en ne voulant point nous en donner les informations, tout aussi préliminaires soient-elles. La République Fédérale Kartienne ne pourra en rien éclaircir ces 'histoires' si vous ne lui donnez pas de quoi les identifier...»

Citoyenne Angèle Orlovski
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« Vous pouvez alors commencer par voir avec votre allié si celui-ci opère bien en Gallouèse, et si tel est le cas, lui suggérer de mettre fin à cette situation. De son côté, la DDS va continuer à investiguer, et s'il s'avère qu'une médiation est nécessaire, nous manquerons pas de vous solliciter. Mais, si vous voulez des détails techniques, nous n'avons pas des preuves suffisamment solide pour accuser qui que ce soit. Lancer une médiation, cela reviendrait à ce que nous accusions publiquement la République d'Antares. »
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AlinéaJusqu'à lors, seule la Gouverneure Orlovski s'était prononcée. Et, imperceptiblement, sa patience allait —tôt ou tard— sonner les cloches: Telle une horloge qui à chaque minute s'approchait un peu plus de l'annonciation. A côté d'elle siégeait une autre femme. Cette Kartienne n'avait que très peu d'éléments qui indiqueraient qu'elle soit une diplomate, et pour cause elle n'en était pas une. Pas plus qu'elle ne s'appelait, en réalité, pas même Hannah Husseski. Cette femme était une agente des renseignements Kartiens, mieux encore elle avait opéré directement avec l'Antares lorsqu'elle était en guerre contre la Loduarie Communiste. Alias: La Cantatrice. Il s'agissait d'une jeune femme, charmante au demeurant, la jeunesse lui offrant encore tous les beaux traits de la vie. Elle était vêtue d'un large trenchcoat, d'une élégante chemise et une cravate au dessous, et de ses caractéristiques lunettes ovales. Elle était, plus encore, discrète et réservée: Et ce fut ainsi qu'elle se prononça, désengorgeant le climat de la pièce qui semblait s'échauffer.

«Excusez moi...»

Parvenant à prendre l'attention générale, elle continua timidement. Elle réfléchissait, au même temps. Elle avait en effet mémoire de la présence temporaire de quelques agents Antariens en Gallouèse: C'était sur le but que la DSS se fourvoyait. Ce sur quoi elle réfléchissait, c'était avant tout comment évoquer cela sans révéler sa position d'agente: Officiellement, elle faisait partie de l'exécutif et rien de plus.

«En tant qu'administratrice de Roncevaux... Enfin, coadministratrice, puisque je travaille avec le gouvernement Antarien... Celui que vous appelez 'légitime'. J'ai pu, au delà de ma tâche humanitaire, me charger des événements qui ont suivi le retrait Loduarien, puisque je fais office de liaison en Antares, pour le gouvernement Kartien, vous comprenez... En parlant d'événements, j'essaye de faire référence aux retours des soldats et des agents Antariens, chez eux. Ces... 'commanditaires' aperçus en Gallouèse... Il me semble, en fait, que le gouvernement Gallèsant a identifié des agents Antariens qui ont fui la Loduarie... Peut-être que vos informations iraient dans ce sens ?...»

Et, soudainement, la Gouverneure Orlovski comprit. S'il s'agissait en effet de cela, le Duché de Gallouèse avait repéré des agents de la République d'Antares qui s'étaient camouflés parmi des réfugiés, et ce pour fuir la Loduarie à partir du sol Gallèsant. Angèle enchaîna.

«Vous n'êtes pas sans savoir que la République Fédérale Kartienne a orchestré l'assassinat de la dictatrice Loduarienne. Cette opération était conjointe avec la République d'Antares. Ce sont là les éléments officiels, que vous connaissez déjà. La République Fédérale Kartienne vous transmet donc, ici, des informations confidentielles. Nous espérons que le Duché de Gallouèse saura mesurer la confidentialité de ces informations. L'assassinat qui visait la secrétaire générale Loduarienne était double, Excellences Gallésantes. Il y a eu, certes, un bombardement balistique de grande ampleur. En revanche, cette opération était précédée d'une autre, sur le terrain: Par des agents Antariens et Kartiens. Ces agents, Excellences Gallésantes, sont rentrés sur le sol Antarien par un transit sur le vôtre. La frontière Antaro-Loduarienne était, à ce moment, sujette à l'ensemble des échanges armés. Il nous semble que vos services ont détecté leur présence.»

Citoyenne Hannah Husseski
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L'assemblée resta coite un moment. André Moliëre était interdit, le ministre faisait la moue, et le haut-parleur au bout duquel s'exprimait le président était silencieux. Ce deus ex machina très inattendu semblait faire cogiter ces vieux politiciens. Le silence fut brisé par Chastèu-Beriant, qui s'adressait à son secrétaire :

« Va me chercher l'attaché sécurité s'il te plaît. »

Il se tourna ensuite vers les Kartiennes. Il avait beau réfléchir, le mémo qu'il avait lu avant la rencontre ne donnait pas tant de détails sur les raisons de l'opération de contre-espionnage ouverte par la DDS.

« Nous allons essayer de voir si ce que vous dites est possible, je ne sais pas moi-même les détails de cette histoire... Vous croyez que c'est envisageable, monsieur le président ? »

« Hmmmm. Je ne sais pas. Votre attaché aura l'information, vous croyez ? Sinon je peux appeler Picotous, et en attendant vous passez à autre chose ici... Je vous prie de m'excuser, mesdames, pour cette situation, mais, vous voyez, vous nous donnez des informations auxquelles nos services n'avaient pas accès, et nous ne sommes que les membres du gouvernement, nous ne sommes pas au cœur de l'enquête... ce qui serait bien, ce serait que Karty et la DDS collaborent sur cette question, mais ça ne peut pas s'improviser ici pendant un sommet... Enfin, on va voir ce que l'attaché va nous dire. »

Le secrétaire revint dans la pièce, précédé de l'attaché sécurité, un colonel de l'armée de terre en uniforme, qui retira son képi. Il se présenta et fit savoir que le secrétaire l'avait instruit des informations divulguées par Angèle Orlovski. Il posa sur la table le dossier qu'il avait sous le bras et commença à fouiller dedans.

« Alors... la DDS fait état de l'ouverture d'une enquête sur la base d'un flagrant délit, oui, c'est leur procédure... Donc un flag, sur une interpellation de deux agents étrangers, au passif connu, ok. Et donc oui, mademoiselle, ajouta-t-il à l'adresse de la jeune espionne kartienne, les espions interpellés venaient de la Loduarie. Vos informations seraient précieuses à la DDS pour poursuivre son enquête. » conclut-il en levant la tête de son dossier.

« Effectivement, nous avons l'occasion de faire un grand pas si vos services de renseignement voulaient bien collaborer avec les nôtres sur ce dossier. Vous en avez la preuve. Si ce que vous dites est juste, madame Husseski, et que des agents de l'Antares n'ont bien fait que transiter, il faudra que nous en obtenions la preuve. Nous allons pas nous contenter de suppositions, vous vous en doutez... D'autant plus que le comportement antarien est à ce titre très étrange, puisque nous collaborions avec eux sur certains dossiers à cette époque, et que cette fois-ci, ils n'ont pas daigné nous avertir, sauf erreur. »

L'attaché ajouta, tête penchée sur un document de son dossier :

« Oui tout à fait, il semble que ces espions interpellés n'ont à aucun moment essayé de régulariser leur situation. »

« Ce que je vous propose, mesdames, reprit le président Farche, c'est que madame Husseski vous puissiez rencontrer le colonel Picotous, qui dirige la DDS, et M. Van Breentz, le chargé de la défense au cabinet exécutif, qui dirigeait le pays à cette époque là. Mon gouvernement n'était pas encore aux affaires. »
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