10/11/2020
14:08:45
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Le vent tourne d'un rouge à l'autre

1967
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Le vent tourne d'un rouge à l'autre


L'aéroport d'Ehrenstadt, capitale de l'Altrecht et centre des affaires politiques du Gemeindebund (l'organisation regroupant économiquement et militairement l'Altrecht et le Champalak), était vide d'avions. Il n'en restait qu'un, celui de la délégation du Grand Kah. Il avait de la chance, la capitale était ensoleillée, chose rare au vu des jours de pluie habituels du mois de juin. Alors, lorsque l'escalier de l'avion se posa sur le sol de l'aéroport, une haie d'honneur militaire se mit en place, afin de tracer un chemin jusqu'au camarade haut représentant de la nation, Ernst Schmid. Une foule de journalistes était également présente pour suivre l'évènement. Derrière Ernst se trouvaient quatre voitures blindées de marque ASE noires aux drapeaux des deux pays. Après des salutations solennelles, le camarade Ernst Schmid invita la délégation kahtanaise à rejoindre leur véhicule et à venir au palais impérial, centre du pouvoir du pays et lieu de l'entrevue diplomatique.

Arrivant au palais, les journalistes se tenaient encore à l'entrée, l'évènement avait l'air très important pour le grand public. Après quelques photos, Ernst invita la délégation à son bureau afin de discuter clairement du cahier des charges présenté par l'Altrecht. Un autre évènement viendra s'ajouter également dans ce dit cahier des charges, celui du renvoi des institutions de l'UICS de la Loduarie, bouleversant l'organisation dont faisaient déjà partie l'Altrecht et le Grand Kah.


Le camarade haut représentant Ernst Schmid : Croyez-moi, c'est un plaisir de vous avoir, camarade, vous trouverez des gâteaux sur votre droite, ils sont un peu secs mais accompagnés d'un bon thé, je pense que ça devrait être plus agréable en bouche.

Voici notre cahier des charges du jour, je vous laisse choisir de quel sujet vous souhaitez que nous abordions :

  • L'agressivité grandissante de l'Estalie envers l'Altrecht
  • La question autour d'un déploiement militaire kahtanais en Altrecht et au Champalak
  • La création d'un accord permettant au Gemeindebund d'utiliser les infrastructures de ravitaillement logistique du Grand Kah (port et aéroport) à des fins commerciales, avec la même contribution pour le Grand Kah au Gemeindebund
  • Que va-t-il se passer pour l'UICS depuis la chute de son centre politique

Palais Impérial
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Meredith avait goûté l’air eurysien avec une moue surpris. Par exactement de la désapprobation, plutôt quelque chose de l’ordre d’une surprise larvée, et discrètement étouffée. Elle avait passé du temps sous ces lattitudes, mais les conditions géographiques de Kotios et de l’Altrecht n’avaient pas grand-chose à voir. L’ouverture sur l’océan de l’Eurysie occidentale allait de pair avec son lot de spécificités climatiques que l’on ne retrouvait pas sur les pans asiatiques de la manche blanche. Elle était sortie de l’avion et avait levé le nez vers le ciel, avant toute chose, et confirmée ce qu’elle voyait déjà depuis les hublots de l’appareil.

« Du Soleil en Eurysie.
– Je devine que ce n’est pas systématique », dit Styx Notario.

La citoyenne Meredith secoua la tête, et descendit de la plateforme jusqu’au tarmac, pour participer aux habituelles salutations d’usage. Saluts, serrages de main si la culture le veut, formules de politesse et révolutionnaires, sourires ou air graves à destination des journalistes. Une mécanique bien huilée d’obligations et de geste. Le signifiant et le signifié. Chaque action un mot, une phrase dans un langage sans lettre, un langage donc chaque phrase et chaque silence est un mouvement. Comme de la danse. Meredith n’aurait pas pu se sentir plus éloignée d’une danseuse.

Altrecht était un allié important, pour le Grand Kah.

On aurait pu avancer que tous les alliés de l’Union l’étaient. Importants. C’est vrai. C’est tout à fait vrai. Le plan de l’Union est un plan pensé pour le long terme. Des décennies, des siècles de planifications, doivent amener à une victoire finale et inévitable. Une victoire dont n ne mesure ni l’ampleur, ni le moment de son déclenchement, ni les signes observables de son rapprochement ou de son éloignement. Mais on sait qu’il y a quelques constantes, et que chaque allié pèse dans la balance. Chaque allié compte.

En l’occurrence, l’Altrecht est un allié qualifié de "lointain". Signifiant moins que l’Union lui apporte une importance inférieure – très au contraire – mais que les contraintes matérielles et humaines imposent une supervision moins active – pour ne pas dire tout à fait passive – de cette alliance. Dans ces conditions, l’Union est pourvoyeuse, mais jamais initiatrice.

« Demandez, et l'on vous donnera », prétend le livre saint des catholiques. C’est très amusant, la religion, et les maximes. En bonne anthropologue, Meredith juge ça positivement fascinant. Elle doit aussi s’accorder à dire que c’est un bon résumé de la politique kah-tanaise pour l’Eurysie. Demandez, demandez...

On a demandé, et on a reçu : le Grand Kah et là. Styx sur les talons, la citoyenne s’installe dans le confortable salon de réception, et goûte immédiatement un biscuit, qu’elle trempe généreusement dans le thé, avant d’en avaler un tiers et de le reposer sur la coupole de céramique.

« C’est, effectivement, un bon thé. »

Et pendant un instant, elle reste silencieuse. Styx, qui dirige les services secrets de l’Union, attend, les mains posées sur les genoux, parfaitement droite. Elle lance un regard en direction de Meredith. Meredith avale une ultime gorgée de thé, repose la tasse. Toussote. C’est une femme très polie, son pull noir lui donne un aspect sévère, et ses cheveux sont en bataille. C’est de nature. C’est aussi très travaillé. Meredith a beaucoup de classe.

« Si cela vous convient, je propose que nous gardions la question Estalienne pour la fin. Si nous l’abordons d’entrée de jeu j’ai peur que cela contamine le reste de nos discussions, alors qu’en gardant ce point pour la fin de notre échange nous pourrons en parler en ayant en tête tout ce que nous avons déjà convenu. Je pense que nous pouvons nous débarrasser des questions les plus simples. Styx ?
– Bien. »

La cheffe des renseignements acquiesce et offre un sourire froid, mais pas dénué de sympathie, à son interlocuteur.

« L’Union déploiera les forces que l’Altrecht et le Champalak jugeront nécessaire à leur protection. Nous recommandons un contingent limité à un millier d’hommes – actant de notre défense du territoire – et une dizaine de batteries antimissiles et d’avions, pour assurer une capacité concrète de défense active en cas de crise. Dans un premier temps ces contingents pourraient occuper des bases locales, mais à terme nous pourrions supposer que des bases dédiées seraient construites, accompagnant si nécessaire une augmentation des effectifs en question.
– Avez-vous des recommandations ou demandes précises à ce sujet ? »
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