
Missive à l’attention des services diplomatiques antariens. Son Excellence
Louis d’Antrania, Ministre des Affaires étrangères de Son Excellence Primo-ministérielle
Albert de Grace, Premier Ministre de Sa Très Pieuse Majesté
Louis VI d’Antrania—Marcine—Weilsbrecht. Empereur d’Antérinie, Négusa Négast de Marcine, Grand Duc du Scintillant, Le’ul de Kalindi, Duc de Weilsbrecht et d’Antrania, Comte de Luz et des Marches, descendant des Augustes empereurs des Rhêmiens, commandeur de l’Ordre de Saint Jérôme d’Antérinie et Abbé Laïc de Flatan.
Son Excellence
Louis Oliga le Directeur du Département des Exportations de Carbonnex.
Au Cabinet Fédéral des Affaires étrangères de la Fédération de Corvus.
Objet : Réponse à votre précédente missive. Excellence ;Comme vous pouvez le constater votre missive a suscité l’intérêt du gouvernement antérinien, mais aussi celui de notre major pétrolière nationale ; Carbonnex. Et c’est pour nous une joie de pouvoir vous répondre ; c’est bien la première fois que l’on nous contacte directement pour nous proposer un contrat pétrolier long-terme, et nous serions ravis de pouvoir en discuter autour d’un bon repas, à Antrania ou à Margaux. Quant à votre demande d’ambassade, nous ne voyons, à l’heure actuelle, aucune raison de vous refuser ce geste : même si nos nations n’ont pour l’heure jamais eu à discuter directement, il est souhaitable de pouvoir avoir un interlocuteur attitré qui puisse vous représenter au 35 avenue de l’Empire, à quelques pas du Palais Impérial, résidence permanente de Sa Très Pieuse Majesté. Quant à votre demande de rencontre, les services du Ministère des Affaires étrangères n’ont guère plus de raison pour vous refuser cela ; après tout Antrania et Margaux ont quelques points communs, des amis communs (comme vous l’avez si bien remarqué), mais aussi des intérêts communs.
Par ailleurs, nous prenons aussi note de votre demande pour des échanges universitaires. Nous considérons que la culture est l’une des richesses les plus précieuses qui soit, et permettre à notre jeunesse de bénéficier de systèmes universitaires alternatifs. Nous sommes disposés à mettre en place tout un réseau de facilités pour que vos étudiants puissent s’installer près de nos universités et bénéficier de tarifs avantageux, minorant ainsi les frais d’inscription. Nous pouvons parfaitement envisager d’autres accords similaires et réciproques qui puissent nous être mutuellement bénéfiques. Ce serait même un honneur pour nous de pouvoir signer des partenariats avec des nations réputées pour leurs philosophes de renom…
En ce qui concerne notre « ami commun » ; la République Fédérale de Karty, vous avez raison d’être surpris, mais si d’aventure l’idée vous venez de lire la presse nationale et ses grands titres quotidiens, vous rendriez rapidement compte que nous sommes attachés à la tradition et à la coutume. Pour nous en effet, la stabilité dans le temps est un gage de qualité, tandis que la nouveauté restera toujours, à nos yeux, une simple mode. Une passion qui n’est que passagère, et qui parfois soulève les peuples, lui aspire ses forces vitales et s’en va… Comme une maîtresse ingrate et mécontente qui claque la porte dès qu’elle considère son amant incapable de la satisfaire… Pour nous, vous l’aurez compris, nous voyons la politique comme un mariage ; et ce dernier ne porte ses fruits que sur le temps long, résistant aux pires séismes et aux tempêtes propres à la vie des hommes. La Garde Kart a fidèlement servi la Couronne, et la Couronne lui en est profondément reconnaissante et la lui témoigne en renouvelant à chaque règne le contrat unissant la Famille à ces braves mercenaires.
Et cette maxime est aussi le guide de la politique confédérale ; je ne vous le cache pas, les régimes centralisés sont bien plus faciles à administrer : une assemblée unique et des provinces obéissantes, seulement c’est aussi un modèle fragile qui excite la rancune, les vélléités indépendantistes et la sécession. Si je puis me permettre quelques conseils ; c’est de laisser les Fédérations s’administrer comme bon leur semble : le particularisme culturel et politique n’est rien de moins que l’essence même d’une Fédération, c’est d’ailleurs pour cette raison que les peuples doivent êtres autonomes. Sans cela, sans cette autonomie culturelle et politique, le concept même se vide de sa substance ; les États fédérés n’étant rien d’autres que des extensions juridiques de l’État central, des avatars de ce dernier. Je vous l’avoue, je n’ai que mépris pour ces nations qui se prétendent fédérales et qui pourtant n’ont rien de fédéral : comme la Bayvinie et les États socialistes.
Au niveau juridique, laissez-leur une grande autonomie : la Fédération signifie en elle-même que l’universalisme n’est qu’une illusion. En reconnaissant ce simple fait, beaucoup de choses se simplifient d’elles-mêmes ; chaque peuple a son droit, et c’est à ces peuples de choisir quelles sont leurs sources de droit : en Antérinie nous avons la Constitution coutumière, à Marcine c’est le Fetha Negest. Comme vous le constatez, tant que les principes moraux généraux qui permettent de maintenir la cohérence interne de la Fédération ; chez nous ce serait la religion, le respect des Libertés et de l’autorité (même symbolique) de la Couronne. Car la diversité culturelle, ne signifie pas pour autant le rejet de l’unité. C’est, je ne vous apprend rien, le principe général qui permet à une Confédération de survivre et de ne pas s’effondrer sur ses propres contradictions. Et enfin, dernière garantie de survie ; le dialogue. La différence fondamentale qui sépare les différents peuples des Antérinies et de Marcine, n’empêche pas de faire comprendre que malgré tout nous sommes obligés de coopérer ensemble : et cela se traduit aussi bien dans le dialogue culturelle qu’institutionnel : l’intérêt de chaque État ne doit pas pour autant éclipser celui de la Confédération.
Vous l’avez compris, c’est un sujet passionnant, que dis-je ? Fascinant. Je serai ravi d’aborder ce sujet là avec vous lors de notre prochaine rencontre qui portera, si je comprends bien, sur les modalités des échanges scolaires, des accords commerciaux mais aussi je pense que l’on pourrait y ajouter des discussions autour de la Loduarie, qui pour nous représente une menace pour nos partenaires wardons.
Bien cordialement.