25/11/2020
14:55:15
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Octaville

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OctavilleOctaville

Ses plages,
ses rues,
sa brume,
son phare,
son chantier-naval de sous-marins militaires.


*le plus haut taux renseigné de malformations congénitales d'Eurysie.
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Eh oh là

- Eh oh, là, vous-là, oui vous monsieur là !

- Moi ?

- Le monsieur avec ses sacs de course !

Il s'approche.

- Oui ?

- Ça vous dirait de devenir scaphandrier ?

- Ah non pas plus que ça.

- Ça paye bien monsieur, et c'est pour servir la patrie.

- C'est à dire que j'ai une formation de professeur de musique moi, ça n'a un peu rien à voir...

- Pour la patrie monsieur. Pour le Potentat.

- Vous savez moi, le Potentat...

- Vous n'aimez pas votre pays monsieur ?

- Ah si si mais comme je vous dis, je n'y connais rien en scaphandres moi.

- On vous apprendra monsieur, on vous forme à bord. Six mois d'engagement en stage, satisfait ou remboursé et ça vous fait une ligne sur le CV.

- Ah c'est vrai qu'avec la conjoncture actuelle...

- Vous développez des compétences très bien vues sur le marché du travail : esprit d'équipe, débrouillardise, savoir travailler sous pression...

- Sous pression ?

- 30 à 40 bars environ selon la profondeur de la plongée.

- Ah c'est beaucoup.

- Vous signez monsieur ? On part demain avec la marée.

- Je peux appeler ma femme pour lui demander son avis ?

- Bien sûr monsieur.
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Octaville

Certains matins, le golfe rejette sur les côtes d'Octaville des lambeaux d'une civilisation avancée et mystérieuse. Carnavale pèle comme un de ces lépreux réputés hanter ses rues. Depuis longtemps les habitants d'Octaville savent qu'il ne fait pas bon ramasser ces morceaux sur la plage, seuls les touristes se font encore avoir et s'étonnent ensuite de développer des maladies inconnues. On a laissé aux pêcheurs hazmat le travail pénible de nettoyer le golfe au large du port, il y flottent sur leurs planches munies de filets, jaunes dans leurs combinaisons comme des petites bouées.

Le sémaphore d'Octaville surveille les marées comme le lait sur le feu. Lorsque le courant descend depuis Carnavale, la ville se met en branle pour récupérer un maximum de déchets avant qu'ils n'atteignent les plages. Cela ne suffit pas toujours, cependant, et il est déconseillé de se baigner dans le golfe lorsque la mer monte. Malheureusement pour Octaville et ses habitants, les flux et reflux de l'océan d'Espérance balayent les côtes carnavalaises, dont les restes viennent s'écraser plus au sud de la péninsule, contre les rives de l'isthme.

Depuis quelques décennies, la mairie d'Octaville a compris l'importance de collecter les déchets. La plupart sont récupérés pour être traités et incinérés, mais il arrive qu'un objet de valeur passe entre les mailles du filet. On le retrouve alors revendu aux halles du port les jeudis et dimanches matins.

Les cités portuaires de la côte est se sont bâties dans l'ombre de Carnavale, la mère de toutes les villes. Elles l'imitent monstrueusement, mais ce ne sont jamais que des farces. Pollutions, résidus, produits chimiques sont le quotidiens des habitants du golfe et il faut s'éloigner des côtes pour profiter d'un air pur, qui ne sente pas le souffre. Mais le Minuit est bordé de côtes et on n'échappe pas aisément à la lourdeur chargée de l'air marin.
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Octaville

Cité portuaire, chef-lieu de la région des Marches-de-Minuit, Octaville tient mal la comparaison par rapport aux villes de Carillon et de Bricole, situées plus au sud de l'isthme. Toutes deux deux fois plus peuplées qu'Octaville, cette-dernière est réputée atrophiée par sa proximité avec la Principauté de Carnavale et les calamités qui l'accompagnent. La plus récente et notable est l'implantation du gigantesque bidonville de Malfestin à ses portes. Deux-cents milles Carnavalais réfugiés implantés au cœur de la région des Marches-de-Minuit après la destruction de plusieurs de leurs quartiers d'habitation. Ce qui aurait dû être une routine (des catastrophes à Carnavale, il en arrive tous les jours) se transforme en crise frontalière à cause de la guerre. Les troupes de l'OND patrouillent l'arrière pays carnavalais tandis que depuis les hauts-quartiers de la Cité noire, Améthyste Castelage ne semble pas pressée de rappeler tant de bouches inutiles à nourrir.

Dans un premier temps paralysé par la situation, le maire d'Octaville appelle le Potentat à l'aide, qui se saisit de l'affaire. Le problème devient national et pendant que le conseil des ministres tergiverse, la police octaine a bien du mal à faire respecter l'ordre et à subvenir aux besoins élémentaires de tout le monde. Déjà, à l'heure où nous parlons, la campagne des Marches est pillée par des Carnavalais voraces et les habitants apeurés ferment volets et fenêtres de crainte de se faire dérober leurs maigres réserves.

Impuissante, Octaville également se calfeutre. On ferme les portes de la ville et l'ancienne muraille du moyen-âge, depuis longtemps transformée en attraction touristique, retrouve de son utilité. Dans leurs grands cabans longs qui dissimulent la matraque et le pistolet, les policiers municipaux tentent de contrôler ce qui peut encore l'être et de contenir une invasion migratoire qui ne dit pas son nom.
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