13/07/2020
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[Néxanie - Poëtoscovie] On ne mélange pas les torchons et les serviettes

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On ne mélange pas les torchons et les serviettes
Rencontre entre la IIIe République Néxanienne (la serviette, assurément) et la République de Poëtoscovie

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Savez-vous comment l'on mesure la beauté d'un poème ? Eh bien, on ne le mesure pas, et en cela la diplomatie est-elle sans doute un art aussi splendide que l'est la poésie. Piotr Vassia du moins, ministre des Relations internationales à ses heures perdues, se surprenait à méditer à propos de sujets analogues, sans que jamais il ne s'abstînt de se repentir, car il était de cette race d'hommes condamnés à n'avoir qu'un plaisir, qu'une joie, qu'une passion, qu'une ardeur, qu'un amour, qu'une adoration, qu'une religion, qu'un dogme, qu'une secte, et celle-ci n'était autre que le vers. D'aucuns jugeraient avec hâte que Piotr Vassia profanerait ainsi l'autel sacré de la diplomatie, que l'on érige d'ailleurs bien souvent lorsqu'on ne peut rien, et fort rarement lorsque l'on peut tout. Cependant, Piotr Vassia n'était pas dupe, et non qu'il fût un ministre toujours exemplaire, il savait absolument, en revanche, être un humain sensationnel. Cette qualité, sans doute, lui conférait les qualités mais aussi les défauts que n'avaient pas les autres diplomates.

Ce portrait eût été flatteur, si nous n'avions pas songé y ajouter quelques traits caractéristiques de l'homme dont il convient de prendre connaissance avant de pouvoir le rencontrer, en quelques sortes, en vrai. Piotr Vassia avait l'un des traits les plus difficilement concevables en relations internationales : il préférait le peuple à ses élites. Si cela s'entendait, dans les médias comme sur les bancs parlementaires, au fond chacun savait y aller de sa méchanceté lorsque le ministre était absent, et tant parmi la Nation à l'extérieur, son visage était celui d'un homme désireux d'affronter les réalités sous la bannière de ses convictions.

Voilà. C'était à peu près tout, et il faut que le lecteur s'en contente. De nombreuses fois, nous avons énuméré des caractères par centaines, mais de nombreuses fois, cette éreintante description s'est avérée fort inutile, sinon fort coûteuse, et n'a que découragé autrui d'y donner suite. Car la Néxanie nous est chère, que nous désirons nous entretenir avec elle de la façon la plus directe comme la plus immédiate, il convient alors de cesser de digresser à tout propos, afin de se recentrer sans délai sur l'objectif auprès duquel, nous pouvons en être convaincus, toutes les Nations du monde courent.

Cet objectif était la paix, et la Néxanie pouvait apporter sa pierre à l'édifice. Le jeu était dévoilé avant que la partie eût commencé, et la délégation étrangère acceptait, quelle que soit sa réponse, de bien vouloir en livrer une en se faisant ambassadrice de leur État, quel que fût le titre qu'ils eussent. Aussi la Poëtoscovie était-elle honorée, tout d'abord de recevoir quelque représentant de la Néxanie, mais ensuite et surtout que celui-ci apportât parmi ses malles toute réponse dont le besoin devenait urgent.

Si nous parlons ici d'urgence, rien pourtant n'était absolument pressé. Seul Piotr Vassia manquait cruellement de la patience qui caractérise pourtant les hommes de raison, et non qu'il n'en fût pas un (le calcul de la double négation est à la charge du lecteur, comme toujours), il ne se conformait cependant aucunement à leurs traits ordinaires. Il avait hâte — nous pouvons l'entendre, le comprendre — de rencontrer la délégation néxanienne, et avait d'autant plus hâte de leur proposer la signature d'un traité d'amitié.

Pourquoi un traité d'amitié, me direz-vous, et pourquoi même un traité tout court ? Piotr Vassia était de ces poètes étranges mais fort sincères et fort talentueux, et reconnaissait dans le droit une forme de pureté, la symbolique de tout l'engagement du monde et la négation de toutes les circonstances futiles au profit de l'intérêt le plus grand. C'était cela, le droit, du moins pour un poète, et cette définition justifiait bien à elle seule qu'on se donnât tant de mal pour inviter la Néxanie.

Si maintenant il faut acter une trêve de bavardages inutiles, reconnaissons que la IIIe République de Néxanie et la République de Poëtoscovie ont des intérêts convergents, qu'un dialogue entre elles ne saurait que leur être bénéfique, et enfin que la prise d'engagements réciproques entérinerait une relation de coopération durable, dans tout domaine que ce soit et au degré qui voudra bien plaire à la délégation néxanienne.

Lorsque Piotr Vassia accueillit alors la délégation à l'aéroport, ce fut avec tous les gestes qui caractérisent la fraternité entre deux peuples. Les hymnes furent tous deux joués, les drapeaux hissés de part et d'autre de la capitale. Tout, en somme, appelait l'union, et les journalistes n'attendaient qu'un oui néxanien pour faire mille clichés et mille dépêches de cette seule information. Mais cette seule information était gigantesque.
Revenons donc dans le présent. Des diplomates, au sein d'une rencontre plutôt décontractée, mais où les documents sur les tables attestent malgré tout d'un travail assidu. Les uns s'expriment, puis les autres, et l'on dépasse rapidement le stade de la politesse comme celui des formalités.
Alors Piotr Vassia, ministre des Relations internationales de la République de Poëtoscovie, s'exprime :

« Honorables Excellences,

Je ne puis vous dissimuler avec quelle joie je vous accueille aujourd'hui à Hernani-centre. Nous avons eu le temps de faire connaissance, et je crois qu'il est maintenant l'heure d'aborder le sujet de notre rencontre.

Je crois que les liens qui nous unissent justifient l'ambition d'un accord bilatéral qui approfondirait nos relations.

Nous souhaiterions, peut-être vous en doutez-vous, établir des rapports de coopération solides dans le domaine culturel.

Nous sommes également à votre écoute pour tout autre domaine dans lequel la Néxanie souhaite voir nos deux Nations s'impliquer conjointement »
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