Poète qui roule n’amasse pas mousse
Rencontre tripartite entre le Negara Strana, le Wanmiri et la Poëtoscovie
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Pour la première fois sans doute, car Piotr Vassia était très occupé et nous qui écrivons ses histoires l’étions donc aussi, nous passerons les explications habituelles tendant à rappeler par mille exemples combien le ministre poëtoscovien portrait l’adjectif fantasque à merveille.
Ce jour-là, donc, nous nous bornerons à dire qu’il était levé à l’heure. Vous vous en doutez, là n’est pas la vérité, mais c’est bien ce qu’il faut dire s’il faut que nous soyons bien vus, et s’il faut aussi que nous ne devions pas raconter tout ce qu’il s’ensuivit, tel que le café sur la tartine tombant du même côté que la veille, le dentifrice sur la veste, la tâche de café sur la chemise, l’oubli des clefs sur la table du salon, le retour pour aller les chercher, l’absence de certitude sur le fait d’avoir fermé la porte de l’entrée, l’aller-retour alors qu’elle l’était bien, la route barrée, l’essence manquant, et toutes les situations que le lecteur peut, aisément, s’imaginer seul.
Piotr Vassia arriva donc avec du retard au ministère tandis que le chef du protocole, habitué à cette situation, était déjà à l’aéroport d’Hernani-centre. Piotr fut quant à lui conduit par son pilote habituel, qui, une nouvelle fois, battit le record qu’ils avaient déjà établi ensemble la semaine précédente. C'était là la botte secrète du ministre, une véritable gomme à retard. Cette gomme laissait cependant quelques traces sur la chaussée, car son caoutchouc, quoique d'assez bonne facturation, pouvait être suivi au mètre près : la route n'était plus noire de monde mais bien noire du passage unique de Piotr Vassia.
À l'aéroport, Piotr Vassia attendit que les deux avions arrivassent. D'abord le premier, le Wanmiri, qui commençait désormais à connaître les lieux, et le second, le Negara Strana, dont la présence était absolument indispensable pour un problème de droit et de tourisme que nous vous exposerons tout à l'heure.
Une fois tout le monde arrivé, une fois les salutations dans le respect du protocole faites (Pitor Vassia s'y faisait), les hymnes jouées, les drapeaux hissés, les poignées de mains immortalisées, les sourires adressés, la joyeuse troupe pu regagner le ministère. Les Poëtoscoviennes et Poëtoscoviens avaient beau être particulièrement gentils, ils n'étaient pas moins relativement agacés, et nous pouvons considéré cela comme hautement légitime, de voir leurs routes bouchées pour quelque affaire diplomatique que ce soit. On dit même que Roxane Rostand somma Piotr Vassia d'organiser ses sommets dans une autre ville du pays une fois que celui-ci fut terminé.