10/12/2020
16:39:51
Index du forum Scène Internationale Diplomatie internationale

Tintellin Cove - 16 août 2020 : un Sommet Westalo-Brocélien pour l'Histoire

SOMMET WESTALO-BROCELIEN DU 16 AOÛT 2020
Tintellin Cove (Brocelynwood)


Du 9 au 15 août 2020, les services de sécurité des délégations respectives se coordonnent techniquement sur place, afin d’écarter tout potentiel danger au sein notamment de la ville de Tintellin Cove, son port et les eaux à proximité. La flotte objet de la livraison, leur escorte et la flotte dédiée aux exercices militaires en provenance de la Grande République de Westalia stationnent dans les eaux maritimes brocéliennes afin d’être prêtes pour l’évènement du 16 août.


Programme de la journée

09h00 : Début de diffusion de la chaîne de télévision publique westalo-brocélienne en édition spéciale toute la journée

10h00 : Apparition à l’horizon de la flotte livrée, escortée par la flotte westalienne propre, devancées par un patrouilleur brocélien et un patrouilleur westalien faisant office de porte-drapeaux qui seront hissés à l'approche de la côte

10h25-10h30 : Arrivée des flottes au niveau du port militaire avec, simultanément, le survol de 10 avions de chasse de l’Armée du Royaume de Brocelynwood

10h30 : Hymne de la Grande République de Westalia suivie de l’Hymne du Royaume de Brocelynwood

10h35 : Le Roi JOHNLYN IV accueille le Président HARDENBOR devant les caméras et les photographes

10h40 : Mot introductif et d’accueil de Stephen PHILIPPS, Secrétaire Royal à la Politique Etrangère et aux Armées du Royaume de Brocelynwood

10h50 : Mot introductif d’Henry TAKAJIWA, Ministre des Affaires Etrangères de la Grande République de Westalia

11h00 : Présentation de la flotte livrée et de la coopération sécuritaire et militaire westalo-brocélienne par le Chef d’Etat Major des Armées de la Grande République de Westalia

11h15 : Mot de conclusion du Chef d’Etat Major des Armées du Royaume de Brocelynwood

11h25 : Déplacement des délégations vers la péniche royale, lieu du déjeuner officiel

11h40 : Apéritif officiel en présence des délégations élargies

12h00 : Déjeuner en présence des délégations restreintes, autour des deux chefs d’Etat

13h30 : Entrevue confidentielle entre le Président Victor HARDENBOR Jr. et le Monarque JOHNLYN IV

15h00 : Préparation et coordination au sein et entre les délégations en vue de la conférence de presse

16h00 : Déplacement retour vers le port militaire de Tintellin Cove

16h30 : Discours du Monarque, Sa Majesté le Roi du Royaume de Brocelynwood JOHNLYN IV

16h45 : Discours du Président de la Grande République de Westalia, Victor HARDENBOR Jr.

17h00 : Réponses des deux Chefs d’Etat aux questions des médias brocéliens, westaliens et internationaux

17h45 : Déplacement des délégations en avion de l’aéroport militaire de Tintellin Cove vers la capitale, Wynterhall

20h30 : Dîner et bal au Palais Royal (Wynterhall) en présence des Chefs d’Etat et de 250 invités (délégations élargies, célébrités, invités de marque de Brocelynwood et Westalia)

00h00 : Fin des festivités et de la Visite d’Etat

Les exercices et manoeuvres militaires seront réalisés du 16 au 23 août 2020 dans les conditions les plus discrètes possibles, sous la supervision des Chefs d’Etat Major des Armées du Royaume de Brocelynwood et de la Grande République de Westalia.
13552


Le contexte vu du Royaume de Brocelynwood

Ce dimanche 16 août 2020 est une journée que le Royaume de Brocelynwood veut faire entrer dans l’Histoire des relations Brocélio-Westaliennes. Peu de nouvelles annonces sont attendues. Le principe de cette rencontre a été acté il y a plus de six mois, lorsque le Royaume a commandé auprès de la Grande République trois nouveaux navires, visant à parfaire sa flotte, en forte croissance depuis les toutes dernières années. En adossant la livraison publiques des trois grands navires de guerre modernes à une rencontre entre les deux Chefs d’Etat, le Royaume a souhaité en faire d’abord un événement visible, marquant et à forte portée symbolique. Il semble au premier abord que les relations sont au beau fixe entre Brocelynwood et Westalia, et que le Traité international “cadre” signé il y a deux ans trace plus que jamais sa route. Depuis un an et l’arrivée au pouvoir d’Hardenbor, les liens entre les deux nations sont même devenus d’autant plus étroits que leurs idéologies se sont particulièrement alignées, en l’occurrence vers l’extrême-droite du spectre politique. Sur le fond, peu de dimensions semblaient à négocier à l’approche du 16 août, sous réserve des ambitions que chaque délégation aurait derrière la tête.

Devant le symbole de cette journée, il y avait surtout au départ un intérêt et une cible principale à qui faire passer un message : l’Empire du Nord. Pour Westalia, l’Empire est une puissance régionale rivale, malgré des relations récemment cordiales. Concernant le Royaume de Brocelynwood, un rapprochement fort avec son voisin a eu lieu en 2018 - en même temps que la signature du nouveau Traité avec Westalia - sur des plans multiples : d’abord sécuritaires, mais également économiques et culturels. La coopération sécuritaire et militaire aurait dû prioritairement continuer à se renforcer avec l’Empire du Nord, avec des perspectives majeures de protection de la côte Est aleucienne, en associant notamment la République de Duve.
Mais les perspectives se sont refroidies à la mi-2019, sans pour autant d’affrontement diplomatique direct entre les deux nations. L’évènement déclencheur a été la crise du Valtern, lorsque le Royaume de Brocelynwood a initié une rencontre avec ce pays ainsi qu'avec le Liberalintern auquel il venait d’adhérer, et avec ses alliés l’Empire du Nord et la République de Duve. Lors de la visioconférence, l’Empire du Nord a progressivement adopté une posture très conciliante envers le Valtern et le Grand Kah, ce qui a déplu aux représentants du Royaume, tant pour les conséquences concrètes sur l’issue des négociations que par le sentiment de trahison. C’est ce qui a conduit le pouvoir monarchique à immédiatement prendre l’initiative d’acheter de nouveaux armements de taille auprès de Westalia, par le souhait de démontrer que Brocelynwood pouvait se passer de l’Empire du Nord pour renforcer sa défense, et notamment sur la côte orientale. L’argument a été implicitement avancé auprès d’Henry Takajiwa pour convaincre Westalia d’orienter une partie de sa force productive militaire au profit des intérêts brocéliens, dans des délais relativement contraints.
Depuis fin 2019, cette dimension n'a pu que nettement s'accentuer puisque l’Empire du Nord a vu le retour au pouvoir d’une gauche qui s’assume pleinement et porte un nouveau projet constitutionnel. Cela marque nécessairement une rupture pour les deux pays ex-austariens qui, eux, tendent clairement vers l’extrême-droite.
Pour autant, il n’y a eu à ce jour aucune dissension publique. Les services secrets brocéliens tentent bien d’influer sur les idéologies dominant la société nordiste, sans grand succès, mais les désaccords et l’éloignement n’apparaissent nulle part. Il faut seulement noter que le Royaume a signé un nouvel accord militaire et sécuritaire avec la République de Duve, sans chercher nullement à associer à l’Empire du Nord. Dans tous les cas, les divergences de régime et idéologiques entre Wynterhall et Estham sont bien évidemment un secret de polichinelle.

Au-delà de la démonstration de force et des liens qui les unissent, cette journée peut cependant être bousculée par trois évènements récents ayant marqué les enjeux politiques et internationaux du Royaume de Brocelynwood ces dernières semaines, et qui n’étaient évidemment pas prévus au moment de prévoir cette rencontre.

  • Premièrement, le jeune Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes Julian Westbridge a subitement quitté son poste il y a quelques semaines, sans que l’on sache s’il a démissionné ou s’il a été démis de ces fonctions. Westbridge était Ambassadeur de Brocelynwood à Westalia avant de devenir Secrétaire Royal il y a un an. Il est donc bien connu de Takajiwa et d’autres responsables westaliens, ce qui rend probable que certains hommes de la délégation en sachent davantage, ou du moins s’interrogent à ce sujet. Il faut noter qu’à ce jour, le Royaume n’a pris aucun risque et n’a pas remplacé Westbridge, confiant de nouveau un portefeuille large à Stephen Philipps à la fois Secrétaire Royal à la Politique Etrangère et aux Armées et, par intérim, Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes. On en revient donc à la situation pré-2019, lorsque Philipps occupait la même fonction et que le Secrétariat Royal aux Affaires Aleuciennes n’existait pas.

  • Deuxièmement, c’est une information toute récente à cette date et à laquelle le Royaume n’a pris aucune position publique : mais il semblerait que l’ancien Secrétaire Royal au Culte Melvin McBride, victime d’une tentative d’assassinat il y a quelques mois, se trouverait au Navasota et serait sur le point de prendre la parole publiquement. Cette situation étonne d’autant plus que les relations ont récemment été indirectement tendues entre Brocelynwood et le Navasota. Quoique McBride ait à dire, ce ne serait pas un hasard s’il le faisait depuis l’étranger, et cela donnerait une dimension diplomatique à un sujet qui aurait pu être de politique et de polémique intérieure.

  • Troisièmement et surtout : les deux chefs d’Etat et les délégations vont devoir appréhender un dossier beaucoup plus lourd et sensible qui n’a pas été rendu public, mais constitue un véritable accroc dans l’idylle Brocelynwood / Hardenbor-Takajiwa. La Grande République de Westalia a lancé récemment auprès de plusieurs nations aleuciennes un grand projet d'alliance pour le continent, articulé autour de deux grands futurs Traités : l’un militaro-sécuritaire, l’autre économico-commercial. La Grande République comptait certainement sur le Royaume de Brocelynwood pour être un partenaire de taille dans ce nouveau projet et occuper la place de puissance alliée de l’Aleucie orientale, d’une dimension moindre que Westalia elle-même évidemment, ce qui aurait été mutuellement bénéfique pour les deux nations. Westalia garderait et affirmerait son rôle de première puissance, tandis que Brocelynwood prendrait une autre dimension en s’adossant à son plus fidèle allié. Cela aurait été impossible à imaginer il y a quelques années, mais la sortie progressive de l’isolationnisme du Royaume de Brocelynwood et son rapprochement avec Westalia rendait cette perspective envisageable voire inéluctable. Et le Royaume de Brocelynwood n’a effectivement pas souhaité rejeter d’emblée le principe même de contribuer à une alliance portée par Westalia, en partie par conviction et par contrainte vis-à-vis du rapport de force. Mais en analysant les détails et les principes de base auxquels il aurait fallu s’engager, le Royaume de Brocelynwood a estimé qu’il n’avait d’autre choix que de donner une fin de non-recevoir à la proposition. S’engager dans un espace de libre-échange, même progressif, ou dans un dispositif de défense mutuelle à huit Etat, présentant parfois quelques divergences : c’était déjà bien trop pour être acceptable et possible à assumer.

  • A l’aube de cette journée, la situation diplomatique n’est donc pas stabilisée et aucune des deux diplomaties ne peut prévoir à ce jour comment la relation westalo-brocélienne va rebondir après ça. Le calendrier de cette rencontre du 16 août tombe donc au plus mal. Quand bien même les deux nations se contentaient de s’appuyer, dans leurs discours, sur les traités existants et enchainaient les concepts mobilisateurs, que restera-t-il de ce grand moment lorsque l’alliance continentale sera annoncée haute et forte… sans Brocelynwood ? Dans les coulisses des rencontres entre délégations et entre les deux Chefs d’Etat, à quel point ce dossier va-t-il contaminer la journée ? Surtout, comment Westalia a-t-il perçu ce refus et comment la Grande République va-t-elle se positionner par rapport à cela ? Plusieurs options complètement opposées sont effectivement possibles : faire pression tant qu’il est encore temps, considérer que Brocelynwood doit se rendre compte de l’erreur commise en en payant certaines conséquences, ou au contraire considérer que Brocelynwood a suffisamment d’importance et aujourd’hui de pouvoir pour conserver et au contraire raffermir les liens malgré cette déception en comptant sur l’avenir. Côté brocélien, tous les scénarii sont anticipés. Ce qui semble certain, c’est que dans tous les cas, le positionnement westalien devrait être amené subtilement par Takajiwa… mais peut-être bien plus directement par le Président si l’on tient compte de la personnalité de Victor Hardenbor. A moins qu'il se tienne mieux en coulisses que publiquement ?



9h00 - 10h50 : Lancement du Sommet

Le canal est prêt. L’écran est noir. Puis à 9h00m00s, le jingle se lance et l’équipe est prête, une présentatrice en premier plan : “Bienvenue sur Austaleucia TV, la nouvelle chaine de télévision publique commune au Royaume de Brocelynwood et à la Grande République de Westalia. C’est un grand honneur pour nous et un grand moment, merci d’être là chers téléspectateurs et chères télespectatrices. Sur Austaleucia TV, vous découvrirez du sport, du cinéma, de la fiction, du divertissement, des évènements culturels, et bien évidemment les grandes actualités internationales et aleuciennes. Et précisèment, aujourd’hui, la date du lancement de notre chaine n’a pas été choisie au hasard. Brocéliens comme Westaliens pourront découvrir cette journée historique, grâce à notre dispositif exceptionnel à Tintellin Cove, à l’occasion du sommet entre le Royaume de Brocelynwood et la Grande République de Westalia. Il s’agit de la première visite du Président Hardenbor depuis son nouveau mandat débuté il y a un an, et il sera directement reçu par le Sa Majesté le Roi du Royaume de Brocelynwood Jonlyn IV, ce qui est toujours un évènement sortant clairement de l’ordinaire. La matinée sera aussi marquée par la livraison de trois navires de guerre colossaux, et des prises de parole de plusieurs officiels westaliens et brocéliens. Nous allons suivre et décrypter ce grand moment tout au long de la journée et sans interruption jusqu’à ce soir minuit, grâce à nos envoyés spéciaux à Tintellin Cove, Wynterhall, mais aussi Columbia, et à nos spécialistes en plateau. Mesdames, messieurs, nous sommes le dimanche 16 août 2020, il est 9h02, vous êtes bien en direct sur Austaleucia TV.”

Le ton est donné. La chaine de télévision brocélio-westalienne est un point d’orgue de la coopération culturelle entre les deux nations. Mais de façon plus ou moins directe et volontaire, la valorisation des pouvoirs politiques actuels et du principe même du bienfondé de cette rencontre au sommet entre Westalia et Brocelynwood semble prendre clairement le dessus sur toute tentative d’analyse critique et de démonstration d’indépendance. Il s’agit clairement d’un choix de communication de type gouvernemental, plutôt que de journalisme. Sans prédire la suite des choix éditoriaux, avec une place au politique qui sera peut-être de toute façon restreinte, la couverture de toute la journée restera enthousiaste et positive. Cette optique est pourtant loin d’être partagée par tous dans les sociétés civiles des deux États et, d’autant plus, ailleurs en Aleucie.

A Tintellin Cove, la ville est quasi-bouclée depuis plusieurs jours afin de s’assurer d’une sécurité optimale pour un évènement aussi sensible. Tintellin Cove est le cœur économique de Brocelynwood, accueillant un des plus grands ports industriel du continent. C’est le point névralgique du commerce avec l’extérieur. Mais c’est aussi la ville au sein de laquelle se situe la moitié de la communauté alderii (autochtone) du pays, avec de vives tensions il y a moins d’un an qui ont justement suivi celles s’étant déroulées à Westalia avec la communauté hamajak. C’est aussi un lieu au sein duquel le militantisme communisme reste particulièrement vivace. Quelques mois après la tentative d’attentat contre McBride (à Hollowford), les autorités brocéliennes, en coopération avec les services westaliens, ont voulu absolument se prémunir de tous les risques potentiels, qu’ils soient le fait d’activistes ou de véritables terroristes.

Toute une partie du port a été aménagée pour accueillir les délégations et les invités, et afin que le décor soit le plus adapté télévisuellement possible pour donner des images grandioses de l’arrivée des navires et des prises de parole des hauts représentants des deux Etats tout au long de la journée. Les images comme la réalisation sont d’ailleurs intégralement fournies pour les deux exécutifs, qui n’ont souhaité prendre aucun risque de perte de contrôle.
C’est avec la précision d’une éclipse que la flotte livrée a commencé à faire son apparition à l’horizon à 10h00, comme annoncé, entamant sa longue progression d’une trentaine de minutes vers le port de Tintellin Cove. L’énorme escorte westalienne, dédiée à la protection des navires et se présentant également en vue des exercices militaires qui se tiendront pendant plusieurs jours, est restée à distance, les images devant faire apparaître dans un premier temps les trois navires, précédés de deux patrouilleurs. A 10h20, alors qu’ils sont maintenant tout prêts du port et des caméras, les deux patrouilleurs hissent deux immenses drapeaux, dont la taille est à peine imaginable, dégageant une impression de puissance.
Quelques minutes plus tard, dans le même temps, une dizaine d’avions de chasse survolent la zone en s’entrecroisant et réalisant des figures maitrisées au couleur des drapeaux des deux nations. A 10h30, les avions de chasse se séparent au loin dans le ciel, les navires stationnent. Aux images, on voit alors Sa Majeste le Roi parcourir un long chemin pour accueillir le Président de la Grande République de Westalia, Victor Hardenbor Jr , les deux hommes saluant les photographes, avec en toile de fond l’océan surmonté des navires de guerre. Côte à côte, les deux hommes écoutent religieusement entonnées tour à tour les hymnes nationales des deux Etats.

Ils vont alors retrouver leurs sièges devant l’estrade, là où les prises de parole de la matinée vont s’enchainer, à commencer par celle de Stephen PHILIPPS, Secrétaire Royal à la Politique Etrangère et aux Armées du Royaume de Brocelynwood. Il s’agit évidemment d’un mot solennel d’accueil et de remerciements, destiné à lancer le Sommet en entrant dans le vif du sujet, et dont il ne faut pas attendre beaucoup sur le fond. Le Secrétaire Royal parle de “moment historique”, revient sur la longue Histoire dans laquelle il s’inscrit. Il revient sur les racines communes, “assumées” et vis-à-vis desquelles “les indépendances respectives n’ont pas marqué une rupture, mais un prolongement et un renouveau”. Il fait alors référence au lancement de la nouvelle chaine de télévision Austaleucie TV, décidée deux ans plus tôt au moment de la signature du Traité de septembre 2018. Cela lui permet alors de faire le lien avec l’historique plus récent, marqué par des “coopérations économiques, culturelles, et bien sûr sécuritaires et militaires”. Il vante la vision commune partagée par les deux nations et la nécessité d’être prêt à se défendre “face à des menaces parfois anciennes, mais prenant souvent des formes nouvelles”. Et c’est ainsi qu’il conclut.
Flotte westalienne

7h00 du matin, 16 août 2020, à bord du GRS ‘Stanislas Asfort’, dans les eaux nationales brocéliennes.


Le groupe aéronaval westalien aura mis plusieurs semaines avant d'arriver à destination, avec à sa tête le vaisseau amiral de la marine fédérale, le porte-avions 'Stanislas Asfort', en service depuis cinq années désormais. L'un des navires de guerre les plus performants et les plus impressionnants du monde, à l'image de la montée en puissance de la Grande République au cours de la dernière décennie, notamment sur le plan militaire, en devenant une force de premier plan en Aleucie, au point de s'en revendiquer comme la première puissance de cette dernière. La marine westalienne est en effet sans conteste la plus puissante dans la région, pour preuve sa capacité à pouvoir mobiliser un groupe aéronaval complet d'un bout à l'autre du continent, fruit de plusieurs décennies d'investissement dans le secteur de la défense, le développement de navires, d'avions et d'engins militaires modernes ayant pour ambition de faire des forces de la Grande République une armée en phase avec son temps. Pour le moment, le gouvernement westalien peut se permettre ce genre de dépenses pharamineuses grâce à son importante croissance économique qui permet de faire croître le budget chaque année, démonstration de son rayonnement commercial depuis le début des années 2010, bien que la tendance commence à se stabiliser depuis peu, avec une croissance de moins en moins importante au fur et à mesure des années. Pour autant, cela n'a pas empêché le gouvernement de vouloir investir une fois de plus dans une nouvelle phase de modernisation de la marine fédérale, couplée à la constitution d'un nouveau groupe aéronaval dont la figure de proue devrait être un nouveau porte-avions de la même classe que le Stanislas Asfort. Un choix très critiqué par certains économistes westaliens qui mettent en garde contre ces trop grandes dépenses et le risque d'un éclatement de la bulle économique westalienne, qui est une théorie agitée par ces derniers depuis quelque temps désormais. Mais les conservateurs balaient d'un geste de la main un tel scénario, tout particulièrement lorsqu'ils ont le soutien des plus puissants industriels de l'armement, Warsmith Industries et Akiyama Kajiya, dont les bénéfices ont augmenté exponentiellement grâce aux commandes de l’État, leur principal client, au point de connaître un renouveau industriel dans ce secteur, avec le développement de nouvelles chaînes de production et de nouvelles usines un peu partout sur le territoire.

Un avion présidentiel spécial avait été aménagé pour permettre la venue du Président fédéral à bord de l'orgueil de la flotte westalienne, dans une manœuvre inédite pour s'y rendre, bien que ce ne soit pas la première visite du chef de l'État au sein de cet immense navire. Il aura fallu plusieurs heures de voyage pour arriver jusque-là, bien avant le début des manœuvres officielles qui lanceront cette rencontre avec le Royaume. Loin d'être seul, c'est une véritable suite de ministres, de diplomates, de hauts gradés militaires et d'invités spéciaux qui l'accompagne pour cette rencontre. Victor Hardenbor Jr. a tout d'abord commencé par faire une légère inspection des troupes à bord du porte-avions, saluant les marins et les pilotes qui le font fonctionner, confiant la suite de la visite à son Ministre fédéral à la Défense, le Général Maxwell Ledford, son Ministre fédéral aux armées, le Général Richard Meylan, et son Chef d’État-major des armées, l'Amiral Nobuyoshi Kaminaga. Ce trio de militaires est très iconique en Westalia, puisqu'ils ont chacun contribué au renouveau de la force militaire de la Grande République ces dix dernières années, dans une coopération qui les amène désormais à occuper chacun des postes de haut rang au sein de la nouvelle administration conservatrice, notamment Maxwell Ledford, qui a officiellement marqué son rapprochement avec le nouveau Président fédéral en devenant un membre du Parti de l'Union Républicaine, peu de temps après la fin de son service en tant que Chef d’État-major des armées, avant de voir sa proximité être récompensée par un poste au gouvernement et un siège de sénateur quelques semaines plus tard. A eux seuls, ces trois hommes représentent la croissance de plus en plus importante de l'influence des militaires, ou d'ex-militaires, sur le gouvernement fédéral, une tendance qui a clairement pris place au cours du très long mandat de Victor Hardenbor Sr. et contre laquelle le Président fédéral Simeon Belagri n'a eu aucun moyen de lutter, avant d'être de nouveau embrassé à bras ouvert par son successeur.


Le chef de l’État, de son côté, s'est retiré dans un salon VIP aménagé spécialement pour lui, pour se préparer à la rencontre et pour profiter de quelques instants de repos après ce long voyage. Il s'assoit sur un sofa présent dans la pièce, faisant face à une table basse où se trouvent une boîte de cigares de très haute qualité et plusieurs dossiers qu'il doit lire avant la rencontre. Il prend un cigare, l'allume et commence à fumer dans la pièce, tout en commençant à feuilleter un premier dossier. Quelques minutes plus tard, quelqu'un frappe à la porte et il indique d'une voix ferme son autorisation pour pouvoir rentrer dans la pièce.

A gauche, le Président fédéral Victor Hardenbor Jr., à droite, son frère cadet, Henry Hardenbor, Président du groupe Hardenbor.
A gauche, le Président fédéral Victor Hardenbor Jr., à droite, son frère cadet, Henry Hardenbor, Président du groupe Hardenbor.

La personne qui vient de pénétrer dans la pièce est son frère cadet, Henry, également Président du groupe Hardenbor, qui a fait le voyage avec lui pour se rendre en Brocelywood. Dans les faits, avec les différents accords conclus avec le Royaume, Henry Hardenbor était devenu de facto le plus grand investisseur étranger dans cette monarchie Est-Aleucienne, notamment par la fondation de la marque automobile Royal Motors, soutenu technologiquement et économiquement par l'Empire hardenborien. Mais également en étant une partie prenante dans la commande militaire qui avait eu lieu avec les brocéliens, d'une part parce que la frégate a été conçue et construite par Warsmith Industries, société appartenant au groupe Hardenbor, mais également en sa qualité de Président du Consortium de Columbia, qui réunit les principales entreprises westaliennes de l'armement, qui a également eu la charge de superviser cette commande.

Victor Hardenbor Jr. : Henry, quel bon vent t'amène ? Quelque chose à voir avant cette rencontre ?, commence par répondre le frère aîné.

Henry Hardenbor : Rien d'important, mon frère, je passe seulement te rendre amicalement visite avant cette journée très chargée qui nous attend.

Les deux frères étaient une exception au sein des Dynastic Families, où la compétition intra-familiale est très largement encouragée, violente par nature, pour qu'un seul héritier puisse s'accaparer la direction de la famille. Mais chez les Hardenbor, du moins avec eux, le pouvoir était partagé en duo, un double héritage, celui des deux "Princes Hardenbor". Leur père, Victor Hardenbor Sr., en avait décidé ainsi : l'aîné héritera de son contrôle politique, tandis que le cadet héritera de son contrôle économique. Dans les faits, cet héritage est déjà bien présent, chacun ayant obtenu les titres et les pouvoirs qui leur avaient été promis des années auparavant, bien que le père reste une figure de l'ombre au contrôle immuable sur l'Empire familial dont il a été le principal contributeur. De par ce tandem, l'un contrôlant le pays et l'autre, la première force économique du pays, les deux frères ont été élevés dans une bonne entente, coopérant encore plus depuis l'arrivée au pouvoir du frère aîné.

Le frère cadet se rapproche d'une table où est posée une bouteille de saké nipozam haut de gamme, ainsi que quelques verres, qu'il commence à servir.

Victor Hardenbor Jr. : Un cadeau du Shōgun, avant mon départ pour le Royaume. Lui aussi est intéressé par ce que l'on va pouvoir tirer aujourd'hui.

Henry Hardenbor : Ce vieillard n'a aucune limite, vraiment. Je suis sûr qu'il n'a pas apprécié le fait qu'on ne l'ait pas inclus dans l'investissement pour Royal Motors, déjà que ce n'est pas facile d'investir comme on le souhaite en Brocelynwood...

Victor Hardenbor Jr. : C'est pour ça qu'il était bien content de récupérer la majeure partie du contrat d'armement du Royaume. Une corvette et un sous-marin... Il n'a pas dit non pour se créer un nouveau réseau à l'étranger, encore plus pour vendre des armes.

Henry s'approche de son frère et lui tend un verre de saké, qu'il saisit.

Victor Hardenbor Jr. : De toute façon, j'ai l'impression qu'au niveau du commerce, cela va être difficile d'obtenir plus des brocéliens avec leur balai dans le cul concernant l'international... J'ai l'impression de devoir traiter une fois de plus avec la vielle garde traditionaliste du PUR, heureusement qu'on a pu s'en débarrasser avec Takajiwa à l'époque. On leur offre une opportunité comme on en voit qu'une fois par siècle, en les prenant grandement en compte, mais on se prend un rejet, fucking dickheads. Ils comprendront leur erreur que trop tardivement, mais c'est leur problème désormais.

Henry Hardenbor : Le refus de participer à la GANSA ? Il faut dire que tu n'avais pas beaucoup apprécié cette réponse de leur part. Ils n'arrangent pas nos plans d'expansion vers l'Est avec cette attitude, c'est certains. Mais j'en ai parlé avec Takajiwa avant de venir te voir, c'est déjà quand même une bonne chose qu'ils s'engagent vers un éloignement de l'Empire, non ? Après tout, il a déjà rebondi avec un nouveau projet pour l'Est les concernant...

Le Président relâche une importante quantité de fumée, dû à son cigare, avant de reprendre la parole.

Victor Hardenbor Jr. : Oui, il m'en a déjà parlé et j'ai donné mon approbation à son idée. Déjà que l'Empire n'a jamais été trop porté sur ses relations aleuciennes, encore moins depuis la guerre en Carnavale, il ne faut pas rater cette opportunité pour s'implanter à l'Est.

Franchement, je suis bien heureux qu'ils aient fait leur grand virage à gauche et ultra-idéaliste. Leur pays va s'affaiblir tout seul et nous allons prendre encore plus de place sur le continent. Que des bénéfices et sans rien faire. C'est cette même raison qui pousse les brocéliens à se rapprocher encore plus de nous après tout... Ils savent qu'ils vont avoir besoin de notre soutien pour prendre en puissance dans l'Est, ce qui fait au moins nos affaires, diplomatiquement.


Le Président fédéral boit une gorgée de saké de son verre, laissant son frère réagir à ce qu'il vient de dire.

Henry Hardenbor : En effet, on a déjà des bénéfices géopolitiques à tirer de notre seule présence dans la région, aujourd'hui. Profitons-en pour marquer les esprits de notre puissance et pour rappeler qu'ils n'ont pas d'autres choix que de reconnaître l'entrée du continent dans l'ère westalienne.

Victor Hardenbor Jr. : Tu as parfaitement raison, j'ai presque l'impression d'entendre notre père quand tu dis ça. Il faut dire qu'il préfère se charger des affaires dans le sud, surtout quand on voit tout le travail qu'il a déjà réalisé en Yukanaslavie en seulement cinq ans... Il faut que je lui parle à notre retour, pour les sénatoriales de 2021, je vais avoir besoin de ses connexions pour ce que je prévois avec Celenza.

Le Président finit son verre, se lève de son sofa, écrase son cigare et prend ses dossiers, avant de se diriger vers la porte.

Victor Hardenbor Jr. : On reparlera de ça plus tard. J'ai une réunion avec Takajiwa avant que l'on approche de Tintellin Cove. On essaiera de voir ce qu'on pourra tirer de cette rencontre et de la nouvelle posture que nous devons adopter aujourd'hui.

Henry Hardenbor : Si tu peux glisser un mot concernant le Consortium, je ne dirai pas non...

Victor Hardenbor Jr. : Si la rencontre se passe bien, c'est prévu de voir ce que l'on peut faire.

Les deux frères quittent la pièce et se dirigent là où ils sont attendus, le début de la rencontre approchant à grands pas...


Le porte-avions westalien GRS ‘Stanislas Asfort’ arrimé au port de Tintellin Cove.
Le porte-avions westalien GRS ‘Stanislas Asfort’ arrimé au port de Tintellin Cove.

10h30 du matin, 16 août 2020, Tintellin Cove, Royaume de Brocelynwood.


L'entrée du groupe aéronaval westalien dans le port de Tintellin Cove avait de quoi être très marquante, tout particulièrement celle du porte-avions GRS ‘Stanislas Asfort’, surclassant de loin tous les navires du ports de par sa taille imposante, ses nombreux avions et hélicoptères placés volontairement sur le pont, et son équipage présent en nombre et clairement visible de tous, tenant de grands drapeaux westaliens comme pour accentuer le rappel de leur appartenance dans un grand spectacle patriotique. Sur les autres navires, les agissements étaient de même, tout particulièrement avec l'arrivée des deux destroyers de classe Akiyama et du croiseur de classe Aleucia, de loin les navires les plus imposants et les plus modernes de cette flotte derrière le porte-avions. Il y avait une volonté claire des westaliens de se présenter comme une force militaire majeure, à l'image d'une propagande vivante et retransmise à la télévision, doublement marqué par leur présence à l'étranger et à l'autre bout du continent. Le message envoyé n'était pas seulement destiné à l'Empire du Nord, à la population westalienne ou au Royaume de Brocelynwood, mais bien à l'ensemble du continent, pour rappeler les rapports de forces actuels en Aleucie et une démonstration de la force westalienne hors de chez elle. Heureusement un spectacle très inoffensif et bien plus dans un objectif d'impressionner, qui plus est agréable à observer de par la rareté de voir une telle flotte se rassembler de la sorte. Les trois navires escorté pour l'occasion et qui atteignent enfin leur point de livraison participent également à ce spectacle, à l'exception qu'il y a également la présence du drapeau brocélien, à même proportion que celui westalien, avançant à proximité les uns des autres lors de leur entrée dans le port et en tête de file de la flotte, précédé par les deux navires portant les gigantesques drapeaux des deux nations.

Si Tintellin Cove est une cité particulièrement symbolique pour une telle rencontre, en tant que principale ville portuaire en Brocelynwood, elle se compose également de nombreux éléments qui donnent à une méfiance extrême au cours de cette visite, des éléments déjà identifiés par les services brocéliens en amont de cet événement. En effet, l'activisme natif est particulièrement important dans cette région, notamment pour le cas des alderii, dont on compare très souvent leur sort au sein du Royaume à celui subit des hamajaks en Westalia, que cela soit par les politiques répressives du gouvernement à leur encontre ou des discours hostiles à leur égard. Un contexte ayant entraîné des violences au cours de la même période que celles rencontrés en Westalia l'année dernière, bien que celles survenues au sein de la Grande République furent bien plus sanglantes et mortelles, voir toujours d'actualité avec de nouveaux morts chaque mois provoqués par le terrorisme hamajak, bien qu'à un nombre grandement réduit depuis l'opération militaro-policière "Great National Reclaim", qui a permis l’interpellation de nombreux cadres dirigeants du Southern Hamajak Liberation Front et la destruction de plusieurs cellules, dont celle de Felbord, avec la "reconquête" du quartier, non sans une grande violence et de nombreux morts. Il ne serait pas exagéré de considérer Victor Hardenbor Jr. comme l'ennemi ultime de la cause native en Aleucie, de par ses prises de positions de plus en plus extrême et ses décisions de plus en plus ferme prise à l'encontre des hamajaks ces derniers mois. De même, la présence d'une activité communiste importante dans la ville, alors que cette idéologie est interdite en Westalia, voir activement chassée depuis le retour des conservateurs au pouvoir, rajoute un facteur de risque à prendre en compte pour cette visite. Une étude largement menée en amont pour s'assurer d'une sécurité sans faille pour cette rencontre, menée principalement par les services brocéliens, mais également avec le soutien des services westaliens, notamment par la Federal Intelligence Coordination Agency, discrète en ce jour, mais tout aussi présente sur place que les autres.

La cérémonie débute par un accueil de la délégation westalienne, menée par le Président fédéral Victor Hardenbor Jr., par le monarque brocélien, le Roi Johnlyn IV. Image assez surprenante, le chef d’État westalien descend du porte-avions, sur lequel il a atterri quelques heures plus tôt, afin de pouvoir réaliser une entrée historique, unique et remarquée au cours de cette rencontre. Les deux dirigeants échangent quelques mots, avant de se laisser photographier par les journalistes présents à proximité de ces derniers. Ils écoutent par la suite les hymnes nationaux respectifs des deux pays, le Président fédéral arborant un salut militaire, le dos bien droit et le menton légèrement relevé durant l'écoute des deux hymnes, tandis que certains membres de sa délégation font de même ou pose leur main droite au niveau de leur cœur, en signe de respect.

Les événements s'enchaînent par la prise de parole du Secrétaire royal à la politique étrangère et aux armées du Royaume, Stephen Philipps, qui introduit la rencontre après que l'ensemble des personnalités invitées se soient installées à leur siège, devant l'estrade où se tient le discours. Ce dernier est suivi par la prise de parole de son homologue, le Ministre fédéral aux affaires étrangères de la Grande République, Henry Takajiwa, qui rejoint une partie du discours du chef de la diplomatie brocélienne, en accentuant beaucoup l'unité culturelle et les racines historiques des deux pays, les points communs aussi bien anciens que nouveaux, entre les deux populations. Il insiste particulièrement une partie de son discours dans la nécessité de "construire un partenariat et une amitié durable" entre les deux pays, pour pouvoir contribuer à la construction "d'une souveraineté forte et indestructible dans l'Est de l'Aleucie" face "aux nombreux dangers qui peuvent venir menacer cette partie du continent", complétant cette prise de position en souhaitant "voir une contribution westalienne dans la constitution d'un partenaire brocélien fort et indépendant, pour construire une coopération future dans laquelle nous pourrons nous soutenir et prospérer ensemble, comme le prouve déjà notre engagement dans la livraison de navires ultramodernes à la marine royale en ce jour". Il conclut sa prise de parole en déclarant que "l'avenir des relations westalo-brocélienne s'inscrit directement dans la construction d'un projet bien plus grand en Aleucie, donnant un rôle majeur et central à nos deux nations dans un futur grandiose et dans un nouvel ordre stable, prospère et souverain !".

Conformément au programme, c'est désormais le Chef d’État-major des armées de la Grande République, l'Amiral Nobuyoshi Kaminaga, qui s'avance sur l'estrade pour parler de la flotte qui vient d'être livrée au Royaume et de la coopération sécuritaire et militaire entre les deux nations. Le militaire commence d'abord par parler des modèles de navires qui ont été livrés, présentant ces derniers comme l'aboutissement de décennies d'expériences militaires westaliennes obtenues dans l'affrontement de plusieurs guerres, dont la Grande République est toujours ressortie victorieuse, notamment celles contre le communisme entre les années 50 et les années 80, présentant la corvette de classe Kaijotoshi comme un navire adaptatif avec son temps et capable de réaliser des missions aussi bien dans les zones littorales que offshore, rappelant la nécessité de protéger les routes commerciales maritimes de la piraterie et des menaces diverses. Il présente également la frégate de classe Vistali comme le navire de ce type le plus rapide du monde, ainsi que de la colonne centrale de toute force maritime souhaitant développer une véritable souveraineté navale, nécessaire aussi bien pour protéger les eaux nationales, les navires marchands, que pour constituer un groupe aéronaval moderne et efficace, prenant en exemple celui constituer par la marine fédérale westalienne. Il parle du sous-marin de classe Typhoon comme d'un maître silencieux des mers, capable de se déplacer rapidement et discrètement dans le but d'infliger d'importants dégâts contre des navires ennemis, accentuant particulièrement son autonomie de 84 jours, presque le double de son prédécesseur, confirmant que ce genre de modèle est ce vers quoi les flottes modernes et puissante du monde s'oriente vers. Il fait le lien avec la nécessiter de construire une coopération entre la Grande République et le Royaume pour développer une coordination efficace, le partage de l'expérience westalienne et une capacité d'organisation d'opérations doublement plus efficace dans l'avenir, notamment dans la sécurisation des routes maritimes stratégiques. Il termine par une présentation des exercices à venir entre l'armée fédérale et l'armée royale qui vont suivre cette journée, laissant la parole à son homologue brocélien, pour conclure ces prises de paroles, qui précédera la suite du programme de la journée.
6685
C’est classique en diplomatique mais étant donné le contexte et l’importance du moment, il est évident que la délégation brocélienne scrute d’autant plus chaque fait et geste, et surtout chaque mot, des personnalités westaliennes. Lorsque Takajiwa évoque un “projet bien plus grand en Aleucie, donnant un rôle majeur et central à nos deux nations”, la formule est suffisamment subtile et passe-partout pour les médias et le grand public, qui n’ont pas connaissance du projet de GANSA. Mais les autorités brocéliennes comprennent bien le message codé, sans savoir à ce stade si le Ministre des Affaires Etrangères exprime indirectement des regrets, ou bien une volonté de revenir à la charge à ce sujet.

Après la prise de parole du Chef d’Etat Major des Armées westalien, il n’y a pas de grande annonce sensationnelle à retirer de celle de son homologue brocélien. Celui-ci veille bien à remercier la Grande République de Westalia et force évidemment l’admiration devant les capacités et la force de frappe démontrée par la nation partenaire. Mais le Royaume de Brocelynwood est évidemment soucieux à ne pas apparaître comme l’éternel petit frère des ex-austariens de l’Aleucie occidentale - ce qu’il est encore en partie - et veille bien à mettre en avant sa propre puissance. L’extraordinaire développement technologique et militaire de ces toutes dernières années est souligné, et notamment l’arsenal maritime, composé maintenant de 33 navires, dont 17 de combat, ainsi que de 4 sous-marins. Le Chef d’Etat Major en profite pour annoncer la production de nouveaux missiles balistiques, qui seront opérationnels au cours de l’année 2021. Il rejoint enfin la prise de parole précédente sur la nécessité d’une coopération et coordination militaire étroite entre les deux nations.


11h30 - 16h30 : A l'abri des regards

Les journalistes d’Austaleucia TV continuent à commenter la journée :

“Et voilà pour la prise de parole du Chef d’Etat Major des Armées du Royaume de Brocelynwood. Nous venons maintenant d’achever la première partie de la journée. C’est peut-être celle que nous retiendrons le plus, pendant de très nombreuses années. Cette démonstration de force conjointe des armées brocéliennes et westaliennes - et notamment de l’Armée westalienne disons-le -, le Président de la Grande République accueilli par le Monarque à la descente du porte-avion westalien, ce sont des images rares et qui vont marquer les esprits. Il n’y a pas eu d’annonce particulière lors des prises de parole successives, mais nous n’en attendions pas spécialement. Mais bien sûr nous avons clairement vu la volonté de part et d’autre de sceller l’amitié, la coopération ; il est évident qu’il ne s’agit pas d’un simple contrat d’armement, mais que cette vente de navires est mise au service d’un projet bien plus grand intégrant les deux nation, dont nous voyons bien l’intention mais pas encore tous les contours.
Maintenant, expliquons ce qu’il va se passer lors de ces prochaines heures. Elles seront certainement décisives, mais pas les plus accessibles pour nous médias et grand public. Le prochain grand rendez-vous se déroulera aux alentours de 16h30, avec la Conférence de Presse des deux Chefs d’Etat, et nul ne sait à l’heure actuelle quelle sera la teneur des déclarations des dirigeants, s’ils voudront marquer une nouvelle étape dans la coopération westalo-brocélienne, s’ils se positionneront sur des grands sujets internationaux. Il est possible qu’eux mêmes ne sachent pas encore avec précision le positionnement qu’ils vont adopter.

Justement, les délégations vont maintenant passer du temps ensemble et tout ceci va s’ajuster. Nous sommes parfaitement raccord sur le timing annoncé, il est 11h35 et ces longs cortèges présidentiels, royaux, diplomatiques s’approchent de la péniche royale. Nous le constatons très facilement grâce à cette vue depuis le ciel. Il va d’abord y avoir un apéritif en présence des dirigeants et de très nombreux diplomates. Peut-être que des détails vont se jouer mais il s’agit plutôt de développer les relations informelles, et d’un moment de convivialité. Puis ça va se resserrer petit à petit. Un peu après midi débutera un déjeuner autour des deux Chefs d’Etat, dont le programme nous dit qu’il se fera en “délégations restreintes”. Nous n’avons pas de liste précise des participants à ce déjeuner, mais nous pouvons facilement imaginer que les plus proches conseillers, les Ministres, les Chefs d’Etat Major seront associés. Puis à 13h30, Victor Hardenbor Jr. et Johnlyn IV se retireront pour une entrevue confidentielle. Alors cela nécessite du personnel de sécurité et quelques rares témoins, mais le nombre de personnes dans la pièce seront réduites à peau de chagrin. Le secret de ce qui se dira sera gardé à jamais, à moins d’être rompu un jour peut-être par l’un des dirigeants, par exemple dans des mémoires, comme cela a pu déjà se voir par le passé. Puis les délégations se retrouveront dans un format un peu plus élargi, car il faudra bien voir ce qu’on retire et ce qu’on annonce de l’entrevue entre les deux Chefs d’Etats, ce qui nécessite des ajustements et de la coordination. A 16h30, les dirigeants devraient être de nouveau face à nous, sur le port de Tintellin Cove, pour des déclarations qui seront suivies des questions des journalistes des deux nations, et de ceux venus du monde entier pour l’évènement.”



Arrive maintenant le moment certainement le plus important et le plus incertain de la journée. Les deux Chefs d’Etat vont s’entretenir dans un quasi huis-clos, leur permettant de casser - s’ils le souhaitent - la langue de bois et les codes diplomatiques. La dimension psychologique va certainement prendre une part plus prépondérante ; pour autant rien ne certifie que les propos soient plus honnêtes et sincères, même si le fait d’être à l’écart de tout public et des médias peut favoriser cette dimension. Les deux homologues vont évidemment jouer leur partition et probablement développer des stratégies. Une dernière donnée est aussi à prendre en compte : les deux hommes peuvent se dire beaucoup de choses, et d’autant plus avec une personnalité “en roue libre” à la Hardenbor, mais tout "Chefs d’Etat" qu’ils sont, le filtre ministériel et diplomatique qui s’ensuivra pourrait amender ou édulcorer les grandes lignes directrices sur lesquelles ils s’accorderaient. C’est pourquoi l’échange en huis clos sera suivi d’un temps de coordination au sein et entre les deux délégations, avant que Sa Majesté le Roi et le Président de la Grande République ne prennent la parole et ne répondent aux questions des journalistes.


Roi

Une fois les portes refermées, Johnlyn IV prend la parole :

“Etant donné le tapis rouge que nous vous avons laissé aujourd’hui pour étaler la puissance westalienne aux yeux de l’Aleucie et du monde, je suppose que vous aurez compris que notre position au sujet des deux Traités GANSA n’est pas dirigée contre votre Grande République. J’ai quand même été jusqu’à vous accueillir à la descente de votre porte-avion sur mon propre territoire… Il sourit. Il est dommage que vous… ou votre Ministre… ayez voulu mettre la charrue avant les boeufs. Enfin de notre point de vue. Le moment aurait été particulièrement opportun pour un historique Traité de Défense Mutuelle bilatéral. C’était impossible il y a deux ans, car c’était de toute façon prématuré, et surtout… vous m’avez compris. Pas avec Belagri ! Le Traité de 2018 est d’ailleurs assez faiblard au sujet de la coopération militaire. Mais aujourd’hui, nous pourrions considérer cette perspective avec la plus grande attention. Nous ne sommes pas reclus, nous sommes raisonnables. Mais s’engager sur cette voie avec six autres nations, qui plus est dans une alliance dont nous n’avons pas le leadership principal, c’était évidemment impensable. Mais je suppose que, quoique vous en ayez pensé, vous avez bien fini par digérer notre décision. Je ne vous imaginer guère nous laisser entrevoir que quiconque soit indispensable aux grands projets westaliens.”
Les événements se déroulent pour le moment sans encombre et comme prévu par le programme décidé à l'avance, dans une relative bonne ambiance, de quoi renvoyer une excellente image de la relation entre les deux États, un objectif évident et presque central de cette visite officielle pour les deux pays. De son côté, la diplomatie westalienne a correctement marqué son arrivée et cherche à affirmer la nouvelle doctrine géopolitique du gouvernement actuellement au pouvoir, dont l'international représente de plus en plus un enjeu central dans ses occupations, après plusieurs mois à avoir lutté avec acharnement pour l'instauration de nouvelles lois et mesures sécuritaires de plus en plus fermes, permettant par la même occasion de renforcer le pouvoir de l'exécutif et d'affaiblir les oppositions, en plus de montrer une certaine efficacité dans le retour à la stabilité, avec des méthodes qui avaient déjà fait leurs preuves lors des premières années du mandat de Victor Hardenbor Sr, dans les années 90, avec un degré d'intensité et de liberté d'action encore plus important entre les mains de son fils aîné, désormais au pouvoir. L'actuel dirigeant ne manque pas de marquer l'attention, que ce soit par son caractère très expressif et de bonne humeur, sa grande taille qui lui permet de se démarquer de la foule, un héritage génétique de son père, mais tout particulièrement par ses très bonnes manières qui semblent trancher avec l'image que l'on peut se faire de lui en dehors du pays, celle d'un homme bruyant et sans filtre, qui laisse ici place à un homme distingué, cultivé et bien éduqué. Dans le fond, il n'y a rien d'étonnant à ce que le Président fédéral agisse de la sorte, lui qui est déjà un habitué des soirées mondaines et des grandes réceptions très courantes dans la culture de la haute société westalienne, où sa famille trône au sommet depuis plusieurs décennies désormais. Si les traditions peuvent varier entre Westalia et le Brocelynwood, les Dynastic Families sont celles qui se rapprochent le plus des grandes familles de la noblesse brocélienne, d'un point de vue équivalent, celui d'une sorte de noblesse au sein même d'une République, un schéma de société dont les peuples austariens ont visiblement bien du mal à se débarrasser au fur et à mesure des siècles. Ainsi, Victor Hardenbor Jr. se retrouve être un bon partenaire de "petites discussions", tout comme de sujets plus complexes, tout au long de l’apéritif et du déjeuner qu'il partage avec les autres acteurs de cette journée. En réalité, le Président fédéral applique seulement ce qu'on lui a appris tout au long de sa vie, endosser différents masques suivant les besoins et le contexte, celui du populiste, du dirigeant ferme et autoritaire, celui d'un "noble" républicain raffiné ou encore d'un père de famille aimant. Pour n'importe quel membre d'une Dynastic Family, ce genre de jeu est un quotidien et une façon de vivre très complexe, encore plus nécessaire et accentuée lorsque des enjeux politiques ou économiques sont mis sur la table.

Après le déjeuner commun, les deux dirigeants s'apprêtent à se diriger vers une pièce où ils pourront échanger en privé, face à face, dans un cadre bien différent du reste de la journée. Avant de s'engager vers la suite du programme, le Président fédéral est vu en train d'échanger quelques mots avec son chef de la diplomatie, Henry Takajiwa, les deux hommes, visiblement détendus et se permettant un petit rire à une remarque ou une blague du chef de l’État westalien, avant que ce dernier ne quitte la pièce pour rejoindre le monarque de ces terres. Dans cette pièce, se trouve le Roi de Brocelynwood, descendant de la famille royale de Brocelyn, elle-même trouvant ses racines dans la légendaire dynastie des Landor, un homme portant un héritage spectaculaire de plusieurs siècles dans son sang. Face à lui, Victor Hardenbor Jr. n'a bien évidemment pas un historique familial aussi ancien et légendaire que son homologue, mais il n'en reste pas moins un "Prince Hardenbor", le fils du "Président de fer". C'est cet homme qui a conquis politiquement et économiquement toute la Grande République pendant presque un quart de siècle, devenant dans la même période l'homme le plus riche d'Aleucie, avec une influence toujours aussi importante. En effet, lorsque le nom "Hardenbor" est prononcé, on pense avant tout à Victor Hardenbor Sr., dont l'ombre se fait encore grandement ressentir sur le continent et dont la "retraite politique" est de plus en plus perçu comme un moyen détourné pour construire une "Grande sphère d'influence hardenborienne", bien loin de se limiter à son pays d'origine... Bien évidemment, le monarque brocélien n'a pas le père face à lui, mais il a le fils aîné de cet homme très puissant et influent, le "Prince" qui a réussi à exceller en politique en opérant d'abord à la reconquête de son parti politique, puis de la droite westalienne et finalement de toute la Grande République, tel le destin que son père lui avait confié. Dans ce complexe plateau d'échec continental, le Président fédéral est sans conteste une pièce maîtresse, mais il est encore difficile de dire s'il est celui qui décide de son tour pour bouger ou si quelqu'un d'autre le fait à sa place.

Victor Hardenbor Jr.

Le chef de l’État s'avance dans la pièce et écoute attentivement le monarque brocélien sur ses remarques, qui ne manquent pas de franchise. Il ne l'interrompt pas durant l'introduction de ces échanges à huit-clos, souriant pendant quelques secondes après la prise de parole de son interlocuteur, comme pour poser le silence, avant de commencer à marcher doucement dans la pièce et à débuter sa réponse.

Victor Hardenbor Jr. : "Votre Majesté, je peux vous assurer que ma personne et ma délégation avons beaucoup apprécié l'hospitalité que vous nous avez offert pour cette visite, vous êtes un excellent hôte et je n'en attendais pas moins de votre part en venant en Brocelynwood. J'espère pouvoir me présenter à la même hauteur que votre pays, si un jour vous émettez le souhait de visiter la Grande République, je vous l'assure."
Il marque cette première réponse d'un arrêt dans sa marche, comme pour casser avec la prise de parole très directe et sans détour du Roi à son encontre. Il fallait dire que cette dernière avait eu des airs de jugement et de moral sur les décisions géopolitiques de la Grande République, chose qu'il ne va pas oublier durant ces échanges. Il poursuit sa marche dans la pièce en reprenant la parole, d'un ton beaucoup plus sérieux.
Victor Hardenbor Jr. : "Si vous me permettez, je ne pense pas que la charrue a été mise avant les bœufs dans ce projet qu'est la GANSA. Les autres nations que nous avons invitées ont toutes accepté de participer à la conception de cette future alliance. Bien évidemment, je me doute bien que cela n'est pas un argument du point de vue brocélien... Ou du moins cela ne le sera pas encore. On peut voir aujourd'hui que notre calendrier et votre calendrier ne sont pas synchronisés. Il est tout à fait normal que vous cherchiez à prendre les meilleures décisions pour votre Royaume, je ne peux pas vous en vouloir pour cela, tout bon dirigeant agit de la sorte. Votre calendrier est celui centré sur l'avenir du Brocelynwood et cela se tient à vos politiques. Le nôtre est celui centré sur l'avenir de l'Aleucie et de nos intérêts au sein de notre continent. Le Royaume peut donc avancer sans encombre, sans faire partie de la GANSA, mais il viendra un jour où votre calendrier devra se resynchroniser avec l'Aleucie, tout comme nous l'avons récemment fait. Si je peux me permettre un conseil, Votre Majesté, ne laissez pas les bœufs avancer trop longtemps sans la charrue."
Le Président fédéral s'arrête de nouveaux quelques instants, le regard porté sur le sol richement travaillé de cette pièce, marquant de nouveau un léger silence. Un message clair avait été passé dans cette réponse centrale à ce qu'avait exprimé le Roi quelques instants plus tôt, non pas une menace à l'encontre du Royaume, la Grande République n'a aucun intérêt à opérer de la sorte, mais plutôt comme un avertissement de l'avenir que cet homme réserve pour le continent : celui de le mettre à "l'heure westalienne", une autre façon de dire "ne soyez pas en retard pour le futur". C'est une façon de s'exprimer de plus en plus courante dans les discours officiels westaliens, celui de mélanger volontairement les termes d'Aleucie et de Westalia dans une même phrase, leur donner un sens similaire et à la fois différent, celui d'une hégémonie naissante et qui compte bien se développer de tout son potentiel sur ce continent en manque d'une force fédératrice et dominante. Victor Hardenbor Jr., son gouvernement et ses proches le savent, la Grande République n'a jamais été autant en position de force en Aleucie et ils n'hésitent pas à s'en servir, bien plus que Belagri, qui s'inquiétait de l'émergence d'un tel futur entre les mains des conservateurs. Il y avait aussi ce jeu de se dire que le Brocelynwood voyait en Westalia un allié naturel dans les jeux d'influences continentaux, une réciprocité évidente, mais à un degré similaire ? Avec le refus de rejoindre la GANSA, quelle serait la nouvelle ligne westalienne vis-à-vis du Brocelynwood ? C'est sur cela que va répondre le Président fédéral dans quelques instants. Ce dernier relève la tête, reprenant un sourire et un ton amical à l'égard du monarque brocélien, avant d'entamer un mouvement pour finalement s'asseoir sur le siège désormais face à lui.
Victor Hardenbor Jr. : "Bien évidemment, Votre Majesté, tout cela n'est en aucun cas un frein à entretenir des coopérations bien plus développées qu'actuellement entre nos deux nations. Au contraire, je serai particulièrement ravi de pouvoir développer de nouveaux axes, ou certains existants, au cours de l'avenir. Si vous considérez votre pays comme dispensable à notre projet de GANSA, je pense qu'il reste un atout majeur dans les jeux géopolitiques de notre époque, dans un contexte qui fait que nous avons tous les intérêts à poursuivre ce rapprochement. Nous avons seulement besoin de développer une approche alternative à ce que nous avions prévu à l'origine, reprendre sur une suite beaucoup plus bilatérale, comme vous le proposez. En réalité, il serait plus qu'intéressant de développer cet accord de défense mutuelle avant que le développement de la GANSA n'arrive à son terme et qu'elle soit officialisé aux yeux du monde, une façon de dissocier cette alliance de nos relations, tout en renvoyant une image d'alliés naturels et solidaires en Aleucie, un véritable axe Est-Ouest que nous devons marquer rapidement. Le développement de nos coopérations militaires peut donc être un très bon complément au traité de 2018, tout comme ce projet d'accord de défense mutuelle que vous me proposez. Mais je suis certain que vous en avez déjà les premiers contours en tête, que je suis prêt à entendre avec la plus grande attention."
Victor Hardenbor Jr. avait à l'origine de bons espoirs que le Royaume intègre le projet de la GANSA, dans un espoir d'en faire un membre central de l'alliance et un allié idéologique favorable en son sein. Bien que, soyons honnêtes, de toutes les estimations faites pour chacun des pays invités, le Brocelywood était considéré comme celui ayant le plus de chance de refuser, pour les raisons présentées par ce dernier lors de son refus. Si le Président fédéral avait beaucoup misé sur cette participation, Henry Takajiwa, quant à lui, avait prévu un plan à cette éventualité, un coup d'avance pour ne pas voir les plans continentaux de la Grande République être chamboulés par cette possibilité, aujourd'hui devenue réalité. Le Royaume de Brocelywood est une opportunité d'encrage inestimable dans l'Est de l'Aleucie, aux portes de l'Empire du Nord, et il ne serait pas envisageable de ne pas saisir une telle chance, tout particulièrement avec une nation idéologiquement proche de la Grande République. Bien évidemment, l'alternative aurait également pu être de s'implanter beaucoup plus activement en Saint-Marquise, autre nation austarienne dans l'Est avec qui Westalia entretien de bonnes relations, mais le projet aurait été plus complexe à mener, contrairement au Brocelynwood, qui cherche à se démarquer dans la région, chose qui ne peut qu'être à l'avantage des westaliens à ce jour. Un nouvel axe de coopération beaucoup plus axé sur le domaine militaire et sur la défense commune, voilà quelque chose que le Ministre avait pour projet de mener à bien avec le Royaume et qui semble, par chance, être la même vision de ce dernier... Désormais, il reste aux deux dirigeants à s'accorder sur cette ligne. Après tout, même si une divergence a fait place, les intérêts de se rapprocher sont bien trop intéressants pour ne pas les saisir...
Victor Hardenbor Jr. : "Vous l'aurez sûrement compris, nous avons tous les deux des intérêts à coopérer, notamment pour mettre à mal la mauvaise influence idéologique en provenance de l'Empire du Nord sur le continent. Si je pense que nous avons pour le moment le dessus, il est nécessaire de continuer à creuser cet écart. La GANSA est un des outils qui va nous aider à accomplir cela, notre rapprochement peut en devenir un autre... Tout particulièrement avec la journée d'aujourd'hui, il est évident que nous avons envoyé un message fort à l'Empire du Nord, à ses portes. Si nous accentuons notre coopération, tout particulièrement avec ce traité de défense mutuelle, cela marquerait une nouvelle victoire géopolitique en Aleucie pour nos deux nations."
Au final, Victor Hardenbor Jr. devait avoir l'air de manier bien mieux les mots que sa réputation internationale ne pouvait le laisser deviner, pouvant les rendre aussi bien tranchants que charmeurs... Un jeu d'acteur qu'on ne lui aurait pas prêté et qui est très "à la westalienne", en cherchant à tirer le meilleur bénéfice possible, comme dans un contrat commercial, tout en s'assurant que l'autre partie serait apte à le suivre dans ses idées, bien que la dimension géopolitique rajoute un aspect un peu plus pesant à ce genre de négociation, quoi que rien de bien différent que de devoir traiter avec des "requins westaliens", un synonyme pour parler des hommes d'affaires de la Grande République. Au final, rien de surprenant venant de l'un des élèves d'Henry Takajiwa, puisque le Président fédéral actuel fut l'un de ses étudiants au cours de ses années d'études pour l'un et de son passé d'universitaire, pour l'autre. Désormais, il reste à voir comment va réagir le Roi à ces différentes réponses du dirigeant westalien.
Le médiatiquement populiste Président Victor Hardenbor Jr. venait de démontrer qu’il était bien plus fin diplomate et négociateur qu’il pouvait le laisser paraitre. L’entrée en matière du Monarque avait été un peu osée, ce que le Président Hardenbor lui avait fait subtilement remarquer en reprenant et utilisant sa métaphore de la “charrue” et des “boeufs” contre lui. Ce qu’il souhaitait avant tout était probablement de signifier au Royaume de Brocelynwood qu’il considérait le refus de la GANSA comme une erreur, ce qui était le minimum attendu de la part de la Grande République, notamment dans le cadre d’un entretien confidentiel avec son Chef d’Etat. Mais ces une ou deux petites phrases mises de côté, Johnyn IV écouta avec la plus grande satisfaction la prise de parole de son homologue westalien. En refusant l’adhésion aux Traités GANSA, le Royaume de Brocelynwood avait pesé le pour, le contre, estimé que c’était la moins mauvaise décision. Pour autant, malgré des forces jouant en sa faveur, les décideurs avaient conscience que c’était loin d’être sans risque, ce qui avait divisé jusqu’au sein même de l’exécutif.

En définitive, le Royaume de Brocelynwood ne pouvait espérer meilleure issue que celle qui était en train de se dessiner, de son propre point de vue. Le Royaume n’avait abandonné aucune souveraineté à un Traité supranational, qui l’aurait engagé sur la voie du libre-échange et des accords mutuels de défense avec plusieurs nations, même si cela aurait pu être négocié et progressif. Aussi, même si ce n’était pas l’objectif premier, le Royaume de Brocelynwood avait démontré la possibilité d’adopter une position de force en disant “non” à la Grande République, même si ce n’était évidemment pas dirigé contre elle.
Or, malgré ce refus de la GANSA, Westalia venait d’exprimer par la voie d’Hardenbor la volonté de prioriser le partenariat bilatéral Westalo-Brocélien, sans tenir rigueur de la non-adhésion du Royaume à la GANSA. Le pari selon lequel, réciproquement, l’approfondissement de la coopération est trop important pour qu’il soit négligé par la Grande République, finit par être payant. Le Roi le ressent même comme une victoire diplomatique du Royaume de Brocelynwood, qui a su garantir sa doctrine des relations internationales sans en payer un prix fort.

Et si la Grande République regrette probablement sincèrement la position du Royaume à propos de la GANSA, l’issue de la présente journée lui permettrait tout aussi bien “d’avancer ses pions”, garantissant un accord potentiellement gagnant-gagnant. Finalement, l’enjeu de la GANSA aura également poussé le Royaume à accélérer ses perspectives de coopération westalo-brocéliennes, allant jusqu’à proposer d’emblée un accord de défense mutuelle. Et même hors GANSA, dans cette relation, c’est bien la Grande République de Westalia qui demeure en position de force malgré la puissance rapide acquise par le Royaume de Brocelynwood ces dernières années.
En conclusion, dans le contexte aleucien actuel, il s’agit certainement du meilleur compromis possible, même si l’architecture de l’accord reste encore à construire dans les futurs échanges.

Ce qui est également particulièrement arrangeant, c’est de pouvoir annoncer un accord fort avant le lancement de la GANSA. Car l’annonce d’une GANSA sans Brocelynwood aurait été particulièrement délicat à appréhender, tant cela aurait pu donner lieu à de multiples interprétations laissant entendre aux partenaires comme aux opinions publiques l’idée d’un affaiblissement notable de la relation Westalo-brocélienne. Dans le présent cas de figure, nul ne pourra contester la force et l’ambition des relations entre les deux Etats. Un discours pourra en effet être tenu dès l’annonce du lancement de la GANSA, explicitant la doctrine historique du Royaume de Brocelynwood, sans que cela n’alimente foncièrement des bruits sur les relations entre les deux nations ex-austariennes.



Johnlyn IV :

"Président Hardenbor, je vous serais gré de m’excuser de mon entrée en matière un peu abrupte. Étant entre nous, je me permets de parler assez directement. Il est évident qu’il ne s’agissait nullement de remettre en question le bienfondé ou non du lancement de votre projet, en cohérence avec vos propres intérêts et votre propre vision. Je signifiais simplement que cela était en effet arrivé avec un certain décalage vis-à-vis de notre approche actuelle, ne nous permettant pas de nous y engager.

Dans tous les cas, je suis extrêmement ravi de constater que, si nos charrues et nos bœufs ne se retrouvent pas tout à fait au même croisement, ils sont tout à fait en capacité de comprendre l’intérêt d’emprunter un même chemin.
Je suis tout à fait en accord avec le principe d’annoncer la nouvelle étape de notre coopération dès ce jour même, car cela coupera quasi intégralement l’herbe sous le pied à tous ceux qui auraient sinon cherché à remettre en cause la qualité et la solidité du couple brocélio-westalien.

Un accord de défense mutuelle est une option rarement envisagée par le Royaume de Brocelynwood, et cela serait même le seul actuellement en vigueur.
Selon nous, un mécanisme de défense mutuelle doit prévoir que toute intervention militaire dont serait victime l’une ou l’autre de notre nation entraine automatiquement une réponse de l’autre nation signataire, pouvant aller jusqu’à l’utilisation des armes à la demande de la nation agressée. Compte tenu de notre distance géographique, il serait tout à fait intéressant de prévoir que cela puisse impliquer une réponse touchant directement le territoire de l’Etat agresseur. Cela signifie que le mécanisme de défense mutuelle pourrait aller au-delà de la seule intervention visant à protéger nos territoires respectifs.
Je serais favorable à la mise en œuvre d’un préavis d’un an pour mettre fin au Traité. Mais l’accord n’a du sens que dans le cadre d’un alignement d’un certain nombre d’idées ; par conséquent, il me semblerait tout à fait primordial que nos diplomates trouvent le bon cadrage juridique permettant au Traité d’être de nouveau interrogé, et rapidement, en cas d’alternance politique ou, pire, de changement de régime.

A titre préventif, nous devrions également mettre en place des instances de coordination bilatérales entre nos Etats-majors afin d’entretenir des liens opérationnels constants. Par ailleurs, la défense mutuelle ne peut être seulement un mécanisme technique se mettant en place automatiquement en dehors de toutes discussions préalables ; c’est pourquoi de toute situation de tension doit découler un système d’alerte à l’échelon diplomatique et politique nécessitant une information et un dialogue entre les responsables des affaires étrangères de nos nations respectives ou, si besoin, directement à notre niveau.

Par ailleurs, même si cela pourrait être amené à provoquer quelques remous, notre Royaume devrait encore gagner quelque peu en puissance afin d’être pleinement diassuasif, même si nous en prenons le chemin. Or nous ne pouvons une nouvelle fois vous demander de mettre votre appareil productif militaire au service d’une vente d’armes au Royaume. C’est pourquoi je vous propose d’explorer la possibilité d’une base militaire westalienne au sein de notre territoire. Évidemment, nous devrions dans ce cas en dessiner les contours, lui donner un cadre, et un dimensionnement qui ne soit ni minime, ni démesuré. Ce serait dans tous les cas une garantie physique au sérieux du mécanisme de défense mutuelle.

Avant de vous laisser de nouveau la parole, Président Hardenbor, je souhaite également rebondir sur un sujet qui nous tient conjointement à cœur : la question de Empire du Nord. Pour aller dans votre sens, nous avons effectivement conscience de la dangerosité représentée par le tournant idéologique chez notre voisin. Notre attitude en cette année 2020 s’articule autour de trois dimensions stratégiques.
Premièrement, nous ne provoquons pas de conflit diplomatique ouvert. L’Empire du Nord est toujours notre allié, nous sommes toujours engagés dans un Traité bilatéral ambitieux. Pour parler trivialement : nous laissons les problèmes et ruptures potentielles venir à nous.
Deuxièmement, nous construisons ostensiblement les conditions d’une bonne défense de notre côte et de notre territoire indépendamment de l’appui de l’Empire du Nord. C’est tout le sens du Traité II signé avec la République de Duve il y a seulement quelques mois, et bien évidemment tout l’intérêt de la présente journée.
Troisièmement, je vais vous confier une information secrète qui ne vous étonnera probablement guère. Nos services de renseignements ont activement travaillé à la décrédibilisation idéologique du pouvoir en place auprès de ses propres citoyens, avec pour être francs peu de succès pour l’instant. Mais nous savons que ces choses là prennent du temps. Je vous soumets donc l’idée d’une mise en commun de ce type d’efforts afin d’acquérir une force de frappe suffisante.
Dans l'esprit de Victor Hardenbor Jr., et donc dans l'esprit westalien, cette histoire entre la GANSA et le Brocelywood n'était pas terminée, bien loin de là. Les accords de "substitutions" que les deux hommes sont en train de discuter sont certes très intéressants, tout particulièrement pour la Grande République, mais ils ne pourraient être que suffisants sur le moyen terme, une sécurisation stratégique, mais qui ne peut pas être éternelle. En effet, les "années GANSA" qui vont s'annoncer vont être un chamboulement pour le continent : là où Westalia est déjà la première puissance économique et commerciale d'Aleucie, sa participation à la création d'un nouveau marché commun va naturellement provoquer des changements dans les dynamiques économiques régionales. La première pourrait être une réorientation naturelle des importations et des exportations des nations membres, la Grande République comprise, qui verrait celles-ci être naturellement favorisées de par un traité économique largement plus favorable que tous les autres actuellement existants. Le second, non des moindres, va être une captation des investissements en Aleucie vers les membres du marché commun, au détriment des pays non membres du continent, de par l'accès facilité au marché de nombreux pays grâce à ce futur traité. Le gouvernement westalien s'aventure ici sur le terrain qu'il domine depuis plusieurs années désormais : le commerce et l'économie continentale, afin de les transformer en une arme d'influence géopolitique encore plus importante que celle qu'elle était jusqu'à présent et qui va naturellement chercher à pousser à ce que ce marché commun devienne le cœur économique du continent, ainsi qu'une norme à laquelle il faudra être lié de près ou de loin. Bien évidemment, cela prendra quelques années avant que cela ne soit réellement visible, les westaliens planifiant sur le long terme leur stratégie, et c'est bien pour cela que le Président fédéral avait averti le Roi de ne pas prendre de retard, que sa non-présence au départ de la GANSA n'était pas un problème, mais que son absence, dans cette économie continentale de plus en plus libérale, pourrait le devenir dans les années à venir. Une réalité que le chef d’État ne se gênera pas de rappeler aux brocéliens le moment venu...

Heureusement pour le Royaume, toute cette nouvelle intrigue ne sera pas pour tout de suite, les projets de la Grande République dans un futur proche n'imposent pas la participation du Brocelynwood au sein de la GANSA, ou plutôt ne nécessitent plus sa participation. L'approche au cours de ces échanges le démontre bien, il y a d'abord une importance à sécuriser l'influence dans l'Est de l'Aleucie, avant de poursuivre plus loin dans la région. Mettre en échec l'Empire du Nord, cette nation qui se dessine de plus en plus comme la principale rivale et l'obstacle à l'hégémonie westalienne sur le continent, reste une priorité géopolitique, tout particulièrement aux portes de celle-ci. Victor Hardenbor Jr. sait parfaitement quels sont ses objectifs, leurs priorités et la nécessité de suivre les plans décidés en amont... Des plans dont il est loin d'être le seul auteur et acteur, preuve de l'expansion des jeux d'intrigues des grandes familles du pays sur l'ensemble du continent, entraînant de plus en plus de pays dans ce rouage fait de complots, d'ambitions et sans merci pour personne.

Le Président fédéral n'était pas étonné par la volonté des brocéliens de renforcer leurs liens bilatéraux par la signature d'un traité aussi important, tout particulièrement de leur côté. Le refus d'intégrer le projet de la GANSA était forcément une épine dans le pied du Royaume et, compte tenu de leur nécessité de se rapprocher de la Grande République, il n'y avait rien d'étonnant donc à ce que ces derniers soient plus ouvert ou initiateur de nouveaux accords qui dépassent leurs limites habituelles. Mais la construction d'une base militaire sur leur territoire ? C'est là que se trouve réellement la surprise de ces échanges, une possibilité encore plus inattendue et surprenante que toutes les autres qu'il pourrait y avoir aujourd'hui, de toute évidence l'élément qui pourrait faire l'image de cette rencontre, au-delà d'un accord de défense plus que prévisible par les observateurs, une présence militaire westalienne dans l'Est de l'Aleucie, le retour d'une force armée permanente à l'étranger après la fin de l'occupation militaire de l'ex-Viétie communiste, dans les années 80. Bien évidemment, le contexte et les missions d'un tel déploiement ne sont clairement pas les mêmes, mais la nouvelle aura de quoi surprendre aussi bien à Westalia que dans l'Aleucie tout entière. Il serait faux de dire que l'idée d'une base militaire en Brocelywood n'a pas été envisagé par l'état-major et le gouvernement fédéral westalien dans le projet d'expansion vers l'Est, mais autant le concept semble très profitable sur le papier, il était considéré comme irréalisable avec le Royaume, qui était considéré comme bien trop réticent à l'idée d'accueillir des soldats étrangers sur son sol, quand bien même ces derniers puissent-ils venir de la nation avec qui ils entretiennent les meilleures relations diplomatiques et culturelles. L'objectif était donc d'attendre une nouvelle opportunité avec un autre pays ou une crise régionale d'ordre sécuritaire qui aurait rendu le Royaume plus favorable à une telle idée, mais de là à ce que ce dernier propose cette idée de lui-même ? Même le meilleur diplomate de la Grande République, Henry Takajiwa, n'avait pas prédit un tel mouvement, pour dire que les brocéliens ont très bien réussi leur surprise et probablement une volonté de "présenter patte blanche" après le refus d'intégrer le projet de la GANSA. Une sorte de "compensation" qui avait de quoi ravir le chef de l’État westalien.

The great Victor Hardenbor Jr. is happy

Victor Hardenbor Jr. écoutait avec attention la proposition complète du monarque brocélien, non sans lever un sourcil d'étonnement à la mention de la base militaire, preuve qu'il avait été surpris par cette idée, agréablement surpris. D'un point de vue aussi bien diplomatique que politique, c'était une grande victoire pour le premier grand voyage du Président fédéral à l'étranger, il allait ressortir avec un poids géopolitique plus important et des résultats qui viendrait renforcer son électorat, à un an des prochaines sénatoriales intermédiaires. S'il reste encore à définir les détours de ce nouvel accord, une tâche qui incombera aux diplomates et aux conseillers des deux pays, il est désormais indéniable qu'il se retrouve avec un sentiment de satisfaction bien plus important que prévu pour cette rencontre et cet échange qui avait pourtant débuté de façon un peu plus musclée qu'à l'habituel. Les deux dirigeants s'étant désormais testés, il ne reste plus qu'à tirer profit de cette même vision pour générer de nombreux bénéfices. Une chose que le Président fédéral va s’apprêter à faire en répondant à son homologue, d'un air satisfait.

Victor Hardenbor Jr. : "Votre Majesté, vous me voyez être ravis de la tournure que prend notre échange. Cet accord de défense mutuelle est une étape stratégique, nécessaire et historique dans nos relations et dans l'ordre qui s'installe en Aleucie. Bien évidemment, vous soulevez un point essentiel à la viabilité d'un tel traité, qui est de toute évidence l'éloignement géographique de nos deux nations. S'il y a déjà environ deux mille kilomètres de distance à parcourir pour le simple passage de nos avions, ce nombre se retrouve rapidement multiplié par neuf si on parle d'une route maritime entre nous, probablement l'axe le plus stratégique pour acheminer de véritables renforts en cas d'agression."
Le Président fédéral sous-entendait bien plus la distance Westalia-Brocelynwood que l'inverse, d'un point de vue logistique militaire. Si le Royaume comme la Grande République ne sont confrontés à aucune menace extérieure précise ou suffisamment importante pour mettre en péril leur intégrité, il n'en reste pas moins que le Brocelynwood est dans la région "la plus à risque" des deux alliés, bien que cette qualification soit plus à titre comparatif qu'autre chose. En effet, la faible cohésion régionale, couplée à l'affaiblissement de cette dernière en prévision d'une croissance des tensions avec les nordistes, marque un premier point notable à cette dernière et si aucun observateur n'envisage de guerre, le contexte géopolitique pourrait évoluer très facilement. Depuis le bombardement d'Estham, la côte Est de l'Aleucie s'est également présentée comme vulnérable aux agressions eurysiennes, ce continent hébergent de nombreux conflits militaires et d'importantes tensions locales, qui n'ont que quelques pas à franchir pour exporter leur malheur hors de chez eux, une situation que le chef d’État ne s'est jamais manqué de critiqué lorsqu'il en avait l'occasion, n'ayant jamais été un grand euryphile. A l'inverse, les westaliens se trouvent dans une région qu'ils ont pacifié pendant presque quatre décennies, depuis la défaite de la Viétie communiste dans les années 80 et la constitution d'un axe westalo-lermandien local qui s'est renforcé et qui s'est doublement imposé régionalement ces dix dernières années. Bien évidemment, cela ne signifie pas que le Brocelynwood se rapproche d'une situation de guerre, bien loin de là, il existe des points chauds bien plus important sur le continent, ou que le Royaume ne fait rien pour améliorer ce contexte géopolitique beaucoup plus fragile de son côté, son rapprochement avec la République de Duve étant une bonne décision sur cet aspect. Cependant, des deux alliés, les westaliens jugent que l'armée fédérale serait la plus à même à faire le déplacement pour soutenir l'autre, avant même de prendre en considération la différence de puissance évidente avec l'armée royale.
Victor Hardenbor Jr. : "Des clauses de ripostes réciproques en premier lieu ne sont donc pas une mauvaise idée pour contre-balancer ce désavantage stratégique, sans parler qu'une telle possibilité serait également une "arme" de dissuasion majeure contre toute nation ou force armée qui essaierait de s'en prendre à l'un de nous, que la distance et le lieu ne pourrait être interprété comme un moyen d'échapper au soutien militaire de l'allié qui viendrait à une force de représailles et de défense. La Grande République possède la force aérienne la plus puissante et la plus moderne du continent, toujours en pleine expansion, avec nos effectifs qui ont presque doublé en l'espace de deux ans, tout comme notre marine pour laquelle nous produisons de nouveaux navires en continue depuis plusieurs années. De quoi démontrer que le Royaume s'est fait un grand allié capable de lui venir en aide efficacement et à tout moment."
Le Roi Johnlyn IV avait probablement déjà identifié cette même conclusion dans le rapport géo-politico-militaire entre les deux nations et le manque d'efficacité d'un accord de défense mutuelle trop "classique", "standard" et bien trop hors contexte pour être viable. Cette première proposition est déjà un très bon pas en avant vers la construction d'un traité efficace et au sérieux suffisamment important pour servir diplomatiquement. Mais là aussi, le Roi a bien identifié que la seule présence de ce point ne serait pas suffisante dans ce texte et probablement déduit qu'une présence westalienne permanente serait beaucoup plus efficace directement sur son territoire. Outre l'effet de surprise que cela a pu provoquer, l'avantage est double dans cette offre bien difficile à refuser : la plus évidente, c'est celle d'une réaction bien plus rapide des forces armées westaliennes en cas d'agression contre les brocéliens. La plus intéressante, bien plus pour la Grande République, c'est celle d'une véritable démonstration de sa puissance et d'humiliation géopolitique contre l'Empire du Nord, à seulement quelques centaines de kilomètres, tout cela dans la plus grande légalité et la plus grande finesse diplomatique, sans parler de toutes les possibilités qui pourraient s'ouvrir à Westalia pour opérer dans l'Est de l'Aleucie...
Victor Hardenbor Jr. : "Je n'ai également aucun doute sur les capacités du Royaume à se constituer une force militaire dissuasive et efficace dans un futur proche. Après tout, votre prise en puissance est considérée comme un avantage par notre gouvernement, comme nous avons pu vous le démontrer avec nos nombreuses ventes avantageuses ces deux dernières années... Mais je dois vous dire que je suis assez surpris par votre proposition d'installer une base militaire westalienne en Brocelynwood. Une grande surprise, mais toute particulièrement positive, je vous l'assure. Notre présence dans la région ne pourra être que bénéfique sur tous les plans et permettra l'ouverture de nouvelles possibilités et de collaborations militaires plus avancées, comme des formations plus fréquentes de vos forces armées à certaines techniques ou à l'usage du matériel westalien que vous employez dans votre armée. De ce fait, je pense que l'installation d'une base navale, équipée de moyen de déploiement aérien, pourrait être une bonne chose."
Le Président fédéral réfléchit quelques instants, avant de reprendre la parole, avant de compléter sa phrase, toujours dans un air de réflexion :
Victor Hardenbor Jr. : "En effet, cela pourrait être l'occasion de préparer une future présence aéronavale dans la région... Progressivement, bien évidemment, nous n'avons pas encore les ressources pour le faire, mais cela sera sûrement le cas d'ici un à deux ans. Cela pourra être également l'occasion de partager notre expertise dans la matière à la marine royale, si cette dernière souhaite se doter d'une force similaire dans l'avenir. L'opportunité d'une telle présence pourrait également être une chance pour rapprocher la Grande République des opérations de sécurisation des routes maritimes de l'Est aleucien, que vous réalisez déjà avec la République de Duve... Peut-être une nation auprès de laquelle vous pourriez nous introduire dans cette optique ? Mais rassurez vous, il est important pour le contexte géopolitique local que le Royaume reste leader dans la matière, mais je pense que nous pourrions y gagner à introduire Westalia dans les jeux de l'Est."
Si l'idée d'une base militaire n'était pas à l'origine prévue au programme de cette rencontre, on pouvait facilement voir que Victor Hardenbor Jr. était déjà en train d'essayer d'identifier tous les bénéfices qu'il pourrait en tirer, d'un point de vue bien plus diplomatique que militaire en réalité. Cette base, à ses yeux, c'était le moyen d'humilier l'Empire du Nord sur la scène aleucienne, et de capitaliser sur cette dernière pour la doubler en s'insérant comme un acteur de la protection des régions maritimes de l'Est du continent, même de façon mineure. Une opportunité pour marcher sur son principal rival et pour accentuer l'image d'une Grande République qui s'impose de plus en plus en Aleucie. L'Empire du Nord ne resterait pas sans réagir, bien évidemment, mais c'est là que le soutien du Royaume viendrait légitimer une telle présence dans l'Est... Les yeux du Prince Hardenbor ne peuvent cacher sa véritable nature, celle d'un héritier d'une Dynastic Family, la plus puissante du pays, celle d'un homme ambitieux et comploteur, où chaque opportunité est une occasion d'atteindre plus rapidement ses objectifs. Si le Roi s'engage dans cette même direction, cette base militaire ne serait pas qu'une simple infrastructure de défense, mais les fondations d'une présence active des westaliens dans l'Est, un véritable cadeau pour la Grande République et ses ambitions.
Victor Hardenbor Jr. : "Mais je m'avance peut-être beaucoup sur cet ensemble d'opportunités que nous pourrions avoir avec cette base. Je peux vous assurer que mon gouvernement sera plus que favorable pour financer un tel projet, qui nous rapportera énormément à chacun, si nous l'utilisons correctement..."
Le Président fédéral avait encore quelques idées et propositions sur le domaine militaire, mais l'orientation de la discussion pousse à échanger sur l'élément réel de ces changements à venir : l'Empire du Nord. Il aurait tout le temps d'aborder le reste après cela, d'autres éléments qui pourraient intéresser son homologue, mais qui passe en second plan face à ce sujet qui concerne les deux pays. Le chef d’État reprend alors la parole, non pas sans une expression du visage qui trahit son opinion au changement de gouvernement nordiste.
Victor Hardenbor Jr. : "L'Empire du Nord est effectivement devenu une épine dans le pied de l'Aleucie, un danger idéologique qui pourrait bien servir d'exemple à des mouvements extrémistes et parasitaires dans de nombreux pays. Des mouvements qui ne cachent nullement leur hostilité à l'égard de nos deux nations, c'est un fait. Si nous nous inquiétons des changements que cela va provoquer au niveau du continent, je peux comprendre que le Brocelynwood soit doublement inquiet de cette nouvelle menace, littéralement à ses portes. Une menace bien plus idéologique et diplomatique, pour le moment, et je pense que votre approche, de ne pas briser immédiatement les relations avec l'Empire, est une bonne stratégie."
Il se penche légèrement, avant de reprendre sous un nouveau ton plus approprié au partage des informations confidentiels que les deux dirigeants sont actuellement en train de réaliser.
Victor Hardenbor Jr. : "Opérer au sein du territoire impérial est un plan viable, surtout que le nouveau régime n'est pas encore pleinement installé et qu'il y a matière à faire progresser des idées... Différentes... Sur une scène politique en plein renouvellement. J'ai moi-même demandé à mes services, ainsi qu'à certaines de mes connaissances, l'élaboration d'un plan pour influencer l'opinion publique, pour préparer le terrain aux prochaines élections nordistes. J'envisage d'apporter un soutien progressif au Parti Nouvel Horizon, qui me semble être le plus à même de créer une opposition de droite favorable à notre point de vue. C'est un mouvement encore particulièrement récent, mais j'ai déjà rencontré son dirigeant, Atlas Solomon, et je suis persuadé qu'il pourrait devenir un très bon relais westalophile dans l'Empire, avec quelques aides et une bonne persuasion... J'ai déjà un très bon conseiller à moi qui se penche sur le sujet et qui pourrait bien partir pour les terres impériales d'ici la fin de l'année.

Si l'étendue des opérations que nous envisageons ne s'arrête pas à ce soutien politique, il est en effet tout à fait envisageable que nous nous unissions pour augmenter nos chances de réussir à influencer durablement la société nordiste. Une coopération sur le sujet pourra être ouverte entre vos services et notre Federal Intelligence Coordination Agency... Tout comme je pourrai vous présenter à quelques initiatives moins officielles et très prometteuses sur le continent pour soutenir notre effort."

Comploter est loin d'être une affaire des seuls services officiels d'un pays, tout particulièrement en Westalia, où les Dynastic Families jouent un rôle majeur dans les intrigues du pays, et même parfois à l'étranger, tout particulièrement ces dernières années. Dans cette histoire avec l'Empire du Nord, il est clair qu'il n'y a pas qu'un seul acteur westalien sur la scène, mais ces derniers travails malgré tout de concert pour atteindre leurs objectifs, comme ils ont récemment réussi à mener Victor Hardenbor Jr. au pouvoir et le retour de la droite au gouvernement, avec une majorité écrasante dans toutes les chambres législatives du pays. De toute évidence, la Grande République s'intéresse grandement à l'évolution de la situation au sein de l'Empire et les paroles du Président fédéral semblent suggérer qu'elle va bientôt y apporter une plus grande attention à son tour...
Johnlyn IV

De mon côté, je me vois assez peu surpris de constater que vous avez également à votre niveau un intérêt à ce que cette base militaire se déploie sur notre sol. Afin de ménager toutes les susceptibilités, depuis nos opinions publiques jusqu’aux gouvernements étrangers, il me semble raisonnable d’envisager son plein potentiel sur le moyen terme. La composante aéronavale me paraît pertinente, pouvant par ailleurs intégrer une part d’Armée de Terre. Tout cela ne peut pas être pleinement ajusté dans les détails aujourd’hui, mais je serais favorable à ce que la taille et l’armement de cette base soient, dans un premier temps, d’une dimension assez modérée. Cette base doit représenter un vrai appui militaire, contribuer à la dissuasion, mais je ne néglige pas pour autant la dimension symbolique de l’annonce - tout à l’heure - ni de sa construction et de son officialisation.

Nous devons nous mettre d’accord sur l’emplacement, et je souhaiterais que ce soit le cas dès maintenant. Nous avons trois grandes villes sur notre côte, autour desquelles celle-ci pourrait s’établir : Alderash, Tintellin Cove et Highbrook. Tintellin Cove est la principale ville, un lieu hautement stratégique et sensible pour notre Royaume, un port “phare” de l’Aleucie de l’Est : ce sont les raisons pour lesquelles il n’est à mon humble avis pas opportun d’y installer une base étrangère. Alderash est beaucoup trop proche de la frontière avec l’Empire du Nord ; nous prendrions le risque que cela soit perçu comme une provocation ou un acte hostile, surtout si les relations sont amenées à se détériorer dans les prochains mois. Je vous propose donc que la base soit située dans la province d’Highbrook, à environ cinquante kilomètres à l’ouest de la ville.

Par rapport au calendrier, je suggère que nous envisagions le lancement de la construction dans des délais assez rapides, permettant d’accueillir vos premiers hommes et armements au cours de l’année 2022. L’achèvement d’une base pleine et entière nécessitera la poursuite de travaux complexes et d’élargissements. Nos responsables des affaires étrangères, des armées, nos Etats-majors et leurs équipes devront se pencher très vite sur la précision, les modalités du projet et l’aboutissement de tous les travaux. Cela sera évidemment en lien avec les décisions stratégiques à prendre, dont nous devons à la fois définir rapidement les fondements et les engagements réciproques, tout en conservant une marge d’évolution en fonction de nos enjeux internes et diplomatiques. Il me paraît difficile de tout graver dans le marbre en ce jour, mais je crois qu’au vu de nos échanges, nous devrions être suffisamment alignés pour faire les premières grandes annonces et signer incessamment sous peu les premiers textes.

Vous évoquez la question de l’intégration de Westalia dans la protection de la côte est-aleucienne, sur laquelle nous avons pris des engagements sérieux avec la République de Duve, et pour laquelle nous sommes effectivement leader en la matière puisqu’il n’y a plus de Traité tripartite envisageable à ce jour avec l’Empire du Nord. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que la Grande République en soit partie prenante, puisque nous parlons bien ici de la protection du continent aleucien sur son flanc Est ce qui nous concerne de manière commune. Des accords Brocelynwood/Duve/Westalia représenteraient un format pertinent, et je n’exclue pas que le développement de relations avec Saint-Marquise en la matière soit à penser également. Tout cela étant dit entre nous, je suis convaincu qu’il est prématuré, publiquement, d’aller au-delà du sous-entendu aujourd’hui à ce sujet. Les annonces seront déjà majeures, et il serait donc maladroit diplomatiquement d’annoncer le souhait d’une implication de la Grande République de Westalia dans le cadre de l’accord actuellement duvo-brocélien. En effet, celui-ci devait initialement inclure l’Empire du Nord et la rupture n’a jamais été actée de façon claire et précise.

Concernant les actions de nos services secrets respectifs, je vous suis reconnaissant de ce partage d’informations réciproques. Je constate que nous avons des objectifs et des méthodes tout à fait proches, ce qui est à la fois rassurant et positif pour l’avenir. Il était donc essentiel de partager ces éléments entre Chefs d’Etats. Je vous propose que nous ne prenions pas de risque et que nous en restions là à ce sujet, et nos services de renseignement auront la responsabilité de décider si, techniquement, ils doivent agir de manière conjointe ou, au contraire, relativement indépendamment l’un de l’autre. Je parle bien ici d’une décision technique afin de potentialiser l’efficacité sans faire courir de risque à nos Etats. Les enjeux politiques, idéologiques et diplomatiques sont - d’après mes constatations - déjà tranchés de votre côté comme du nôtre.

Excusez-moi de cette longue prise de parole, je vous laisse réagir à ces différents points, ou bien me signifier si vous souhaitiez en évoquer d’autres dans le temps qui nous est encore imparti.
La rencontre s'était avérée plus intéressante en comparaison avec ce qu'avait prévu la diplomatie westalienne à l'origine. Au final, le Royaume s'était montré beaucoup plus ouvert au renforcement des relations avec la Grande République, non pas qu'il ait pensé que le premier serait réticent à poursuivre son rapprochement avec le pouvoir hardenborien, mais plutôt que le refus d'intégrer le projet de la GANSA avait toutes les raisons de pousser à un ralentissement notable de cet objectif, en cause d'une future repriorisation du regard westalien sur la future alliance qu'il allait participer à fonder et pour laquelle cela aurait obligatoirement nécessité une redistribution des ressources diplomatiques et politiques du dossier brocélien vers ceux des membres de la nouvelle organisation, ce qui aurait été très préjudiciable, pour le Royaume, de voir son principal allié lui accorder moins d'importance dans un futur proche. Si le mal de ce refus est déjà fait, le Roi et son gouvernement ont visiblement bien saisi la nécessité de garder l'intérêt de la Grande République pour le maintien de leurs propres projets, probablement une opération "séduction" qui ne pouvait se dérouler que durant ce laps de temps stratégique : entre le refus d'intégrer la GANSA et son officialisation. De quoi préparer le contrecoup de cette absence, tout en évitant d'être trop mis de côté, pour les quelques années à venir, du moins. En offrant cette base militaire à la Grande République, le Brocelynwood donne sur un plateau d'argent quelque chose dont le Président fédéral n'aurait jamais pu rêver en venant dans ces lieux, une opportunité unique pour les westaliens et leur soif d'ambition de plus en plus démesurée. Une soif que les brocéliens ont artificiellement planté dans l'Est du continent, en devenant de facto un point d'ancrage pour les manigances du géant de l'Ouest, tout comme un moyen de s'assurer que la Grande République répondrait beaucoup plus favorablement aux opérations brocéliennes dans l'Est, puisque l'intérêt à y participer n'en serait que plus naturel. Dès 2018, Henry Takajiwa n'avait pas caché sa volonté de voir le Royaume devenir une puissance régionale majeure sur la côte orientale de l'Aleucie, dans l'objectif de sortir de l'ombre de l'Empire et, encore mieux, commencer à lui faire lui-même de l'ombre. A l'époque, l'idée avait paru assez surprenante et un peu farfelue pour l'émergent Brocelynwood, un rêve fait de mirages et d'impossibilités... Mais deux ans plus tard, les changements géopolitiques et la croissance spectaculaire du Royaume ont changé le raisonnement de ces mots du célèbre chef de la diplomatie westalienne, celle d'un futur qui n'est pas fait de rêves, mais d'un projet tout à fait accessible à cette même vitesse, tout particulièrement avec le soutien de la Grande République plus que proactive et favorable à l'accomplissement d'un tel objectif brocélien. Ainsi, la nation du bois était vue comme un pieu de plus en plus affûté, à la gorge de l'Empire, qui deviendra bientôt un élément majeur dans la politique continentale d'affaiblissement des nordistes dans les jeux aleuciens.

Affichant un air satisfait, Victor Hardenbor Jr. se réinstalle sur son siège, content de la tournure de ces échanges pour lesquels il pourrait en tirer de nombreux avantages, aussi bien pour la Grande République, que pour lui-même, en se posant comme un diplomate accompli, en accomplissant en un an bien plus que Belagri en quatre années de mandat. Après la nouvelle prise de parole du monarque, le Président fédéral s'empresse de lui répondre et d'aborder un dernier sujet majeur sur lequel échanger.

Victor Hardenbor Jr. : "Vos remarques sont très pertinentes sur le lieu à choisir pour installer cette base militaire. La province d’Highbrook me semble également être un bon choix pour ce faire, mais comme vous l'avez très bien souligné, les détails de l'établissement d'un tel complexe seront à voir entre nos diplomates et nos militaires, le plus tôt possible pour ne pas perdre de temps, avec la mise en place d'un comité dédié à ce projet dans les deux mois qui suivent, avec la présentation d'un plan à suivre d'ici la fin de l'année 2020. Si la Grande République ne dispose actuellement pas de base militaire en dehors de son territoire, elle en a déjà eu dans le passé, notamment lors de l'occupation de l'ex-Viétie, où nous sommes restés plusieurs années sur place après la guerre. Nos forces armées ne s'aventurent donc pas en terrain inconnu dans la création d'une base militaire à l'étranger, bien que le contexte soit bien différent de l'époque et des enjeux, sans aucun doute plus grands et plus bénéfiques pour nous, comme pour vous.

Pour ce qui est de notre rapprochement dans vos accords avec la République de Duve, c'est une évidence que ce projet n'a pas la nécessité d'être annoncé aujourd'hui. Nous initions aujourd'hui seulement le processus qui mènera à une telle finalité. Je pense que la meilleure chose à faire reste que vous faisiez jouer votre réseau diplomatique avec la République pour la convaincre du bien-fondé et des intérêts de notre participation... Probablement à présenter sous le meilleur angle, par exemple comme celui d'un tout nouveau traité, peut-être légèrement plus complet en raison de son caractère tripartite. Je fais bien évidemment confiance à vos diplomates pour réussir à convaincre votre partenaire d'entrer dans cette nouvelle scène géopolitique que nous construisons ensemble à l'Est."

Le Président fédéral se penche légèrement en avant, joignant ses mains et prenant un nouveau ton, comme pour aborder un nouveau sujet. A l'image de l'homme d'affaires qu'il n'a jamais été, mais dont les expressions lui sont d'un très grand naturel, aussi bien de par ses origines westaliennes et encore plus par le sang des Hardenbor qui coule dans ses veines.
Victor Hardenbor Jr. : "Pour conclure nos échanges, je souhaiterais revenir sur un dernier sujet qui pourrait vous intéresser, une offre qui pourrait vous apporter des avantages aussi bien économique, militaire, qu'industriel.

L'année dernière, dans les échanges portant sur l'achat des navires que nous vous avons offert aujourd'hui, Monsieur Takajiwa vous avez proposé la possibilité d'investissements dans votre secteur de la défense, notamment dans la création de filiales westaliennes pour l'entretien des navires livrés, le développement des technologies maritimes brocéliennes, par un partage indirect d'une partie de nos technologies, et potentiellement des lignes d'assemblage sur le long terme. Avec le développement d'une base navale dans le Royaume, et avec pour projection d'y déployer un groupe aéronaval, nous aurions chacun des avantages à développer une telle filière industrielle, peut-être même à Highbrook. La Grande République dispose du complexe militaro-industriel le plus important du continent, ainsi que d'un savoir-faire inégalé et multi-centenaires dans le domaine. Si les détails d'une telle installation peuvent être délégués à nos conseillers, je pense que nous pouvons reproduire le modèle d'investissement que nous avons déjà appliqué avec Royal Motors, qui fonctionne bien depuis deux ans déjà. Cela aura autant des effets bénéfiques pour notre présence militaire à l'Est, votre développement naval et la croissance économique de Highbrook, si on reste dans la même région pour ce projet."
2785
Johnlyn IV

"Président, je suis ravi de constater que les contours de cette proposition de base militaire vous conviennent. Concernant le principe de vous inclure progressivement dans un accord de protection du littoral oriental de l'Aleucie avec Duve, je ne vois pas bien quel serait l'intérêt de la République de refuser. Seul un changement de majorité à gauche dans les prochaines années aurait toutes ses chances de faire échouer des accords avec le Royaume et la Grande République, bien évidemment. Mais il faut bien reconnaitre que la République de Duve ne représente pas à ce jour une grande puissance géopolitique et militaire. Cela étant dit, ce serait dommageable, pour des raisons très concrètes. L'emplacement géographique de Duve fait qu'un accord bilatéral - ou prochainement à trois parties - devient légitime pour que nous mettions notre contribution à la protection de toute la côte situé sur notre nord. Sans cela, l'Empire du Nord ou d'autres états contre le Norland pourraient aisèment mettre en cause la présence de nos navires, quand bien même il s'agit de notre propre sécurité. Bref, ne divaguons pas : le contexte demeure favorable, et la Grande République de Westalia a toute sa place pour apporter sa pierre à l'édifice. La République de Duve acceptera, j'en fais une affaire personnelle.

Concernant votre proposition d'investissement dans le secteur naval, je ne peux que constater qu'il y aurait effectivement une cohérence avec l'installation d'une base aéronavale, pouvant être bénéfique à la fois pour notre développement technologique et industriel dans le domaine, mais aussi pour la vitalité économique d'Highbrook, comme vous l'avez mentionné.
Pour deux raisons, je pense cependant qu'il faudra bien dimensionner le projet, qui ne doit pas prendre une ampleur démesuré.
La premier motif est politique. Nous allons annoncer dans quelques minutes la création de cette base militaire westalienne sur notre territoire, ce qui provoquera peut-être certains remous venant de tous les partis, éventuellement même dans mon propre camp. Il ne faudrait pas donner la sensation d'une forme de colonisation de la Grande République sur une de nos villes. Si cette perception gagne du terrain, nous serons tous perdants. Il faudra donc l'amener avec "doigté" dans le discours, mais aussi que la réalisation reste raisonnable.
Le deuxième motif est légal, et je n'ai pas toutes les clefs en main, avant de consulter les Secrétaires Royaux et conseillers concernés. Notre Loi limite les investissements en provenance de pays étrangers, comme vous en avez connaissance. Notre dernier traité a déjà donné lieu à plusieurs opportunités et réalisations, dont la principale que vous venez de mentionner avec Royal Motors. Il est probable que nous soyons donc proches de la borne maximale, ce qui serait un frein à de futurs investissements. Rassurez-vous, il me semble être dans le sens de l'Histoire et de nos relations de trouver les moyens de détourner ou de faire évoluer la législation pour permettre la réalisation d'un tel projet, sans que cela ne renverse notre doctrine.
Vous avez donc ma parole en privé, et dans quelques minutes une annonce publique qui ne permettra pas de retour en arrière possible.

Discours du Monarque du Royaume de Brocelynwood - Sa Majesté Johnlyn IV

discours


"Brocéliens, Westaliens, Aleuciens, Protestants du monde entier :
Nous venons de vivre une journée historique.

Le Royaume de Brocelynwood est ouvert sur le monde. N’écoutez jamais ceux qui prétendent le contraire.
Mais le Royaume de Brocelynwood continuera à choisir ses partenaires ! Ses partenaires culturels. Ses partenaires économiques et commerciaux. Ses partenaires militaires et sécuritaires.
Le Royaume de Brocelynwood continuera à défendre sa capacité à choisir, sa souveraineté. C’est ce que ne permettent pas les grandes institutions internationales auxquelles de larges champs de compétences sont délégués.
Mais c’est ce que permettent les relations bilatérales. Et le Royaume de Brocelynwood ne les a jamais négligées.
C’est ce qu’il se passe avec l’amitié westalo-brocélienne, forte d’une longue Histoire.
Depuis deux ans, cette amitié a été relancée, approfondie. Ce 16 août 2020 à Tintellin Cove est un aboutissement. L’amitié devient alliance.

Avant même de se matérialiser ce matin à Tintellin Cove, notre coopération s’est concrétisée dès l’aube. Je fais bien sûr référence au lancement de la chaîne de télévision Austaleucia TV, dont la création a été décidée au moment de la rencontre précédente entre nos délégations, à Wynterhall, en septembre 2018. C’est un des plus beaux aboutissements de coopération culturelle sur le continent aleucien. Il fait partie d’une multitude de modalités, inscrites dans le marbre du Traité signé en 2018. Du domaine religieux aux voyages scolaires, en passant par les tournois sportifs inter-universitaires, les prêts d’œuvres d’art, et bien sûr la facilitation des séjours touristiques, nous avons su créer les conditions d’un lien étroit entre nos populations.
Car là est le sens profond des relations internationales selon notre Royaume : il ne s’agit jamais de simples arrangements techniques et utiles entre dirigeants, dans le secret des antichambres. Il s’agit d’avoir avant tout les conditions d’une cohésion culturelle, historique, politique et idéologique entre les nations. Pour cela, le culturel puis le politique sont les conditions préalables à l’économique et au militaire. C’est la raison pour lesquels certaines coopérations s’accélèrent tandis que d’autres patinent ou sont menacées.

Et nous célébrons aujourd’hui une coopération qui a plus que jamais sa raison d’être.
L’élection du Président Hardenbor à l’été 2019 fut, à ce titre, une bénédiction. Une opportunité indéniable. Un alignement des planètes sans précédent.

Cher Président, nous venons de regarder en face l’état de notre continent, le contexte de nos relations, les besoins de nos populations.
Et nous avons constaté que nous ne pouvions pas rester les bras croisés, ou même nous contenter du Traité déjà ambitieux signé à Wynterhall il y a deux ans.
Contre les menaces mondiales et continentales, dont nous avons pris d’une certaine manière la mesure à l’intérieur même de nos États en 2019, nous devions prendre de nouvelles décisions.

Je remercie en premier lieu le Président Hardenbor et la Ministre Takajiwa pour l’efficacité et l’engagement dans la livraison de ces trois navires, déjà effective, alors qu’elle a été convenue il y a seulement quelques mois.
Mais la nécessité commande aujourd’hui même d’établir des modalités structurelles, fondatrices, au-delà des contrats conjoncturels.

C’est pourquoi, avec le Président Victor Hardenbor Jr, nous avons décidé de graver dans le marbre la capacité à nous défendre mutuellement. Ce 16 août 2020 sera en effet la date de signature d’un Traité historique de défense mutuelle entre le Royaume de Brocelynwood et la Grande République de Westalia. A tous ceux qui seraient tentés d’attenter à la souveraineté physique d’un de nos États, il trouvera sur sa route son allié. Et ne comptez pas sur notre distance géographique. Contrairement à certains accords de ce type, nous ne nous contenterons pas de défendre notre allié sur son propre territoire. Nous sommes prêts à prendre toute mesure nécessaire, allant de l’embargo commercial jusqu’à des interventions et frappes, depuis notre propre territoire, jusqu’au territoire même de l’État criminel.
En tant que brocélien, nous savons qu’en souscrivant à de tels engagements, nous continuerons à défendre nos propres valeurs et in fine notre propre sécurité. Parce que nous portons par la même une force de dissuasion et parce que nous portons des combats communs.

Nous avons pris une autre décision. Afin de donner corps à cette défense mutuelle et nous permettre d’obtenir la puissance suffisante pour devenir parfaitement dissuasif, j’ai proposé au Président Hardenbor d’accueillir une base militaire aéro-navale westalienne, comprenant une composante militaire terrestre et un complexe industriel et technologique. La taille, la fonction, les modalités de mobilisation de cette base seront évidemment convenues d’un commun accord et encadrées par des accords bilatéraux finement négociés. Nous sommes convaincus qu’un tel dispositif nous permettra d’atteindre notre pleine souveraineté, toujours dans une optique défensive, conformément à la doctrine brocélienne.

Cher Président Hardenbor, je réitère une nouvelle fois ma gratitude à votre égard, et à l’égard de la diplomatie westalienne, pour la qualité de notre dialogue, de nos perspectives, la profondeur de nos relations, votre concours au développement économique et militaire du Royaume de Brocelynwood, permettant d’atteindre notre pleine indépendance au sein d’un continent sécurisé et débarrassé de multiples déstabilisations et dangers idéologiques. Merci à vous, merci à tous.

Que Dieu bénisse le Royaume de Brocelynwood.
Haut de page