Posté le : 03 oct. 2026 à 23:57:59
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Le médiatiquement populiste Président Victor Hardenbor Jr. venait de démontrer qu’il était bien plus fin diplomate et négociateur qu’il pouvait le laisser paraitre. L’entrée en matière du Monarque avait été un peu osée, ce que le Président Hardenbor lui avait fait subtilement remarquer en reprenant et utilisant sa métaphore de la “charrue” et des “boeufs” contre lui. Ce qu’il souhaitait avant tout était probablement de signifier au Royaume de Brocelynwood qu’il considérait le refus de la GANSA comme une erreur, ce qui était le minimum attendu de la part de la Grande République, notamment dans le cadre d’un entretien confidentiel avec son Chef d’Etat. Mais ces une ou deux petites phrases mises de côté, Johnyn IV écouta avec la plus grande satisfaction la prise de parole de son homologue westalien. En refusant l’adhésion aux Traités GANSA, le Royaume de Brocelynwood avait pesé le pour, le contre, estimé que c’était la moins mauvaise décision. Pour autant, malgré des forces jouant en sa faveur, les décideurs avaient conscience que c’était loin d’être sans risque, ce qui avait divisé jusqu’au sein même de l’exécutif.
En définitive, le Royaume de Brocelynwood ne pouvait espérer meilleure issue que celle qui était en train de se dessiner, de son propre point de vue. Le Royaume n’avait abandonné aucune souveraineté à un Traité supranational, qui l’aurait engagé sur la voie du libre-échange et des accords mutuels de défense avec plusieurs nations, même si cela aurait pu être négocié et progressif. Aussi, même si ce n’était pas l’objectif premier, le Royaume de Brocelynwood avait démontré la possibilité d’adopter une position de force en disant “non” à la Grande République, même si ce n’était évidemment pas dirigé contre elle.
Or, malgré ce refus de la GANSA, Westalia venait d’exprimer par la voie d’Hardenbor la volonté de prioriser le partenariat bilatéral Westalo-Brocélien, sans tenir rigueur de la non-adhésion du Royaume à la GANSA. Le pari selon lequel, réciproquement, l’approfondissement de la coopération est trop important pour qu’il soit négligé par la Grande République, finit par être payant. Le Roi le ressent même comme une victoire diplomatique du Royaume de Brocelynwood, qui a su garantir sa doctrine des relations internationales sans en payer un prix fort.
Et si la Grande République regrette probablement sincèrement la position du Royaume à propos de la GANSA, l’issue de la présente journée lui permettrait tout aussi bien “d’avancer ses pions”, garantissant un accord potentiellement gagnant-gagnant. Finalement, l’enjeu de la GANSA aura également poussé le Royaume à accélérer ses perspectives de coopération westalo-brocéliennes, allant jusqu’à proposer d’emblée un accord de défense mutuelle. Et même hors GANSA, dans cette relation, c’est bien la Grande République de Westalia qui demeure en position de force malgré la puissance rapide acquise par le Royaume de Brocelynwood ces dernières années.
En conclusion, dans le contexte aleucien actuel, il s’agit certainement du meilleur compromis possible, même si l’architecture de l’accord reste encore à construire dans les futurs échanges.
Ce qui est également particulièrement arrangeant, c’est de pouvoir annoncer un accord fort avant le lancement de la GANSA. Car l’annonce d’une GANSA sans Brocelynwood aurait été particulièrement délicat à appréhender, tant cela aurait pu donner lieu à de multiples interprétations laissant entendre aux partenaires comme aux opinions publiques l’idée d’un affaiblissement notable de la relation Westalo-brocélienne. Dans le présent cas de figure, nul ne pourra contester la force et l’ambition des relations entre les deux Etats. Un discours pourra en effet être tenu dès l’annonce du lancement de la GANSA, explicitant la doctrine historique du Royaume de Brocelynwood, sans que cela n’alimente foncièrement des bruits sur les relations entre les deux nations ex-austariennes.
Johnlyn IV :
"Président Hardenbor, je vous serais gré de m’excuser de mon entrée en matière un peu abrupte. Étant entre nous, je me permets de parler assez directement. Il est évident qu’il ne s’agissait nullement de remettre en question le bienfondé ou non du lancement de votre projet, en cohérence avec vos propres intérêts et votre propre vision. Je signifiais simplement que cela était en effet arrivé avec un certain décalage vis-à-vis de notre approche actuelle, ne nous permettant pas de nous y engager.
Dans tous les cas, je suis extrêmement ravi de constater que, si nos charrues et nos bœufs ne se retrouvent pas tout à fait au même croisement, ils sont tout à fait en capacité de comprendre l’intérêt d’emprunter un même chemin.
Je suis tout à fait en accord avec le principe d’annoncer la nouvelle étape de notre coopération dès ce jour même, car cela coupera quasi intégralement l’herbe sous le pied à tous ceux qui auraient sinon cherché à remettre en cause la qualité et la solidité du couple brocélio-westalien.
Un accord de défense mutuelle est une option rarement envisagée par le Royaume de Brocelynwood, et cela serait même le seul actuellement en vigueur.
Selon nous, un mécanisme de défense mutuelle doit prévoir que toute intervention militaire dont serait victime l’une ou l’autre de notre nation entraine automatiquement une réponse de l’autre nation signataire, pouvant aller jusqu’à l’utilisation des armes à la demande de la nation agressée. Compte tenu de notre distance géographique, il serait tout à fait intéressant de prévoir que cela puisse impliquer une réponse touchant directement le territoire de l’Etat agresseur. Cela signifie que le mécanisme de défense mutuelle pourrait aller au-delà de la seule intervention visant à protéger nos territoires respectifs.
Je serais favorable à la mise en œuvre d’un préavis d’un an pour mettre fin au Traité. Mais l’accord n’a du sens que dans le cadre d’un alignement d’un certain nombre d’idées ; par conséquent, il me semblerait tout à fait primordial que nos diplomates trouvent le bon cadrage juridique permettant au Traité d’être de nouveau interrogé, et rapidement, en cas d’alternance politique ou, pire, de changement de régime.
A titre préventif, nous devrions également mettre en place des instances de coordination bilatérales entre nos Etats-majors afin d’entretenir des liens opérationnels constants. Par ailleurs, la défense mutuelle ne peut être seulement un mécanisme technique se mettant en place automatiquement en dehors de toutes discussions préalables ; c’est pourquoi de toute situation de tension doit découler un système d’alerte à l’échelon diplomatique et politique nécessitant une information et un dialogue entre les responsables des affaires étrangères de nos nations respectives ou, si besoin, directement à notre niveau.
Par ailleurs, même si cela pourrait être amené à provoquer quelques remous, notre Royaume devrait encore gagner quelque peu en puissance afin d’être pleinement diassuasif, même si nous en prenons le chemin. Or nous ne pouvons une nouvelle fois vous demander de mettre votre appareil productif militaire au service d’une vente d’armes au Royaume. C’est pourquoi je vous propose d’explorer la possibilité d’une base militaire westalienne au sein de notre territoire. Évidemment, nous devrions dans ce cas en dessiner les contours, lui donner un cadre, et un dimensionnement qui ne soit ni minime, ni démesuré. Ce serait dans tous les cas une garantie physique au sérieux du mécanisme de défense mutuelle.
Avant de vous laisser de nouveau la parole, Président Hardenbor, je souhaite également rebondir sur un sujet qui nous tient conjointement à cœur : la question de Empire du Nord. Pour aller dans votre sens, nous avons effectivement conscience de la dangerosité représentée par le tournant idéologique chez notre voisin. Notre attitude en cette année 2020 s’articule autour de trois dimensions stratégiques.
Premièrement, nous ne provoquons pas de conflit diplomatique ouvert. L’Empire du Nord est toujours notre allié, nous sommes toujours engagés dans un Traité bilatéral ambitieux. Pour parler trivialement : nous laissons les problèmes et ruptures potentielles venir à nous.
Deuxièmement, nous construisons ostensiblement les conditions d’une bonne défense de notre côte et de notre territoire indépendamment de l’appui de l’Empire du Nord. C’est tout le sens du Traité II signé avec la République de Duve il y a seulement quelques mois, et bien évidemment tout l’intérêt de la présente journée.
Troisièmement, je vais vous confier une information secrète qui ne vous étonnera probablement guère. Nos services de renseignements ont activement travaillé à la décrédibilisation idéologique du pouvoir en place auprès de ses propres citoyens, avec pour être francs peu de succès pour l’instant. Mais nous savons que ces choses là prennent du temps. Je vous soumets donc l’idée d’une mise en commun de ce type d’efforts afin d’acquérir une force de frappe suffisante.