17/12/2020
02:27:27
Index du forum Scène Internationale Diplomatie internationale

[Karty-Kah] L'amicitia

6115
Roman en patrie mère
Musée des Beaux Arts de Volkingrad
«A vast work which preserves smaller ones»
On the radio

AlinéaLe Musée des Beaux Arts de Volkingrad se hisse parmi l'un des plus immenses ouvrages de toute la République Fédérale Kartienne, aux côtés du Capitole, ou encore de l'ancien Kremlin. Il s'agit en première apparence, à l'évidence, d'un lieu où sont stockés les plus belles peintures Kartiennes, les plus reconnues. A l'image de l'Académie des Lettres Modernes et Anciennes, abrégée l'ALMA chez les amis Corvuns, le MBAV sert également de lieu pour conserver les écrits littéraires et philosophiques. Enfin, cette immense infrastructure occupe une place privilégiée pour une partie du pouvoir étatique puisque l'Assemblée Délibérative Populaire y siège. En effet, ce sont parmi les philosophes, économistes et politistes agrégés les plus reconnus qui s'occupent de représenter un véritable pan de la démocratie directe en Karty: En vertu, par exemple, du deuxième amendement du bloc constitutionnel de la République Fédérale Kartienne.

Somme toute, le Musée des Beaux Arts de Volkingrad est un lourd édifice culturel, purement Kartien. Y inviter une délégation étrangère serait, véritablement, un large symbole. D'une part, et assez simplement, car cela n'a jamais été fait par le passé. D'autre part, et cette fois en vertu du principe Kartien du 'socialisme dans un seul pays', ce serait une invitation au cœur de l'âme Kartienne. Une marque de confiance, dans un pays où la doctrine appliquée est le 'socialisme des Kartiens, par les Kartiens, pour les Kartiens'. Et cette idée, ce sera à la Gouverneure Orlovski qu'on la devra désormais, pour les Communes Unies du Grand Kah. En effet, l'Union Kahtanaise a été invitée par Volkingrad, occurrence acceptée, afin de consolider un partenariat déjà bien ancré. Mais aujourd'hui, quid des relations Kahtano-Kartiennes ? Cette question, ce sera à l'exécutif et aux renseignements d'y répondre...


Kah

25 juin 2020, rapport classifié

AlinéaCe rapport constituera, fort certainement, uniquement des confirmations et non des nouveaux apprentissages à sa lecture. Pour cause, l'Union Kahtanaise est ce qu'elle est: Un des trois plus puissants pays de ce monde. Elle se hisse aux côtés de son rival indirect l'Alguarena, et de la Grande République de Velsna. Il s'agit, selon nos critères, d'une puissance militaire de premier rang, parmi ses trois membres susmentionnés. Sa force militaire s'appuie notamment sur trois axes, que sont sa marine, ses chasseurs-bombardiers et sa capacité balistique. Si un jour l'Union Kahtanaise devra être considérée comme une ennemie, ce sera sur notre doctrine de destruction mutuelle assurée qu'il faudra compter.

En réalité, il est plus important de saisir la politique étrangère de l'Union Kahtanaise, diamétralement opposée à la nôtre. Si nos deux pays accordent une importance peu relative à l'armée, l'Union Kahtanaise, elle, ne l'applique pas pour sa stricte défense nationale. En effet, elle mène une politique impérialiste assumée, officiellement présentée comme une lutte anti-capitaliste. L'Union prétend étendre son modèle idéologique, tout en pratiquant à l'étranger ce qu'elle reproche à d'autres: N'hésitant pas à voguer sur les cours boursiers pour détrousser les économies étrangères. Cela n'est là qu'un exemple, en bref l'Union Kahtanaise est ultra interventionniste, et ce y compris par les armes.

Le Kah fait, point d'importance, partie de l'Union Libertaire. En ce sens et par nos échanges passés, ce pays est à considérer comme une nation proche, dont nous devons soigneusement, néanmoins, nous méfier. L'Union Kahtanaise est, par sa politique interventionniste, présente militairement à de nombreux endroits du monde: Mährenie, Mokhaï, CUPO, Altrecht, Jadida, Kotios, Estalie, Kaulthie, Etznabie, Carnavalle, Finejouri et CSN. Cela prouve, encore une fois, le modèle d'exportation idéologique: Là où notre pays par sa doctrine du 'socialisme dans un seul pays' a abandonné, temporairement, la révolution prolétaire internationale. Ce sera un élément qui, s'il doit être abordé par les Kahtanais, nous sera reproché. Notre premier contact fut lors de la République Impériale de Karty, une volonté de vassalisation claire avait été présentée puis écartée par nos services.

Aujourd'hui, le Kah et Karty ont bénéficié d'échanges privilégiés, et d'une certaine entente commune. C'est l'exemple, entre autres, de la guerre de l'Ouest rouge, qui a permis la démilitarisation des îles de la Goïda. Il est à noter que les services diplomatiques Kahtanais ont qualifié notre pays d'allié stratégique. De récents contacts avec l'Altrecht ont démontré une rivalité dissimulée entre l'Estalie et le Kah, une position qui, pour notre pays, pourra être sensible. En tout et pour tout, cette future entrevue avec le Kah sera un symbole de rapprochement aux yeux de la communauté internationale, de deux pays opposés sur de nombreux points, qui sont parvenus à se concentrer sur ceux où ils ne le sont pas. Il est à parier que le cas de la Loduarie, de la Vahrénie, de Corvus, de quelques uns de nos positionnements à l'internationale, ainsi que cette future coopération qui se prépare, et ce potentiellement militairement, seront des points abordés.


Quelle approche avaient choisi, finalement, les services diplomatiques Kartiens ? Découvrons le !

AlinéaLe Musée des Beaux Arts de Volkingrad n'avait pas réellement été préparé, pour l'occasion. En effet, la République Fédérale Kartienne décidait de se montrer sous sa facette de démocratie directe. Le lieu n'avait pas été fermé au public, les citoyens et citoyennes de tout le pays affluaient encore à l'intérieur. Quelques éléments de préparation étaient tout de même à ne pas oublier: Une salle de l'aile Ouest avait été réservée pour l'occasion, et il fallait le dire, sécurisée par quelques agents des renseignements qui essayaient de se faire un peu plus discret qu'au mariage du couple Orlovski. En évoquant le nom d'Orlovski, la Gouverneure s'étaient rendue, une heure plus tôt, au musée. Elle avait échangé avec des citoyens, chose qu'elle essayait sincèrement de faire lorsque le temps lui était léger, compréhensif et clément: Parler simplement avec des Kartiens et des Kartiennes, il y avait même eu quelques Corvuns pour sublimer la journée.

A l'heure fatidique, Angèle attendait dehors, devant une des innombrables entrées du musée. Elle était en simple tenue civile, comme beaucoup de gens aux alentours: Vêtue d'un simple pull qu'elle avait soigneusement subtilisé à son mari, comme du temps de sa jeunesse. Clou du spectacle, si tantôt il y en avait un: Une chorale d'enfants et un orchestre réduit pour interpréter l'Ôde à l'Être Suprême, hymne de l'Union Kahtanaise. Le chant résonnait. Oh c'est sûr, il n'était pas parfait: Il était interprété par des enfants. Des enfants qui s'étaient portés volontaires pour se faire, sans doute poussés par la fougue d'un professeur passionné. Angèle espérait que cette petite intention trouverait échos chez la délégation Kahtanaise, comme tout le climat fort peu diplomatique qui se présentait à eux. Karty ouvrait sa culture au Kah, et c'était une chose qu'elle n'avait fait qu'avec un seul autre pays: Corvus.

Citoyenne Angèle Orlovski
Citoyenne Angèle Orlovski
5666
Actée était venu, évidemment. C’était toujours Actée, pourraient dire les mauvais esprits, bien qu’il serait plus juste de dire "c’était souvent Actée". La citoyenne Iccauhtli avait rejoint la coalition des pragmatiques en échange d’un maintien à son poste diplomatique, et avait profité de cette position pour prolonger ce que l’on surnommait parfois « l’éternel Grand Tour ». Référence à la pratique médiévale consistant à visiter les duchés des vassaux importants pour y raffermir, d’une part, l’autorité de la couronne, d’autre part, les obligations entre le centre et les périphéries. Dans cette comparaison toute journalistique, Actée devient alors la Couronne, ou son mandataire exclusif. Ce qu’elle récuse, et déteste. Mais après tout, c’est toujours Actée – pardon, "souvent" Actée. Combien de voix kah-tanaises ont eu autant de pouvoir que la citoyenne ? Bien peu, bien peu. Elle le sait. Cela ne lui plaît pas. Cela ne lui déplaît pas non-plus. Actée se conçoit comme son rôle – c’est-à-dire comme une commissaire. C’est hypocrite, et faux. Actée est Actée. Et parce qu’elle est Actée, elle s’en fout. C’est souvent Actée, et alors. Demain c’en sera un autre, et elle élèverait un fils adoptif, avec sa compagne, et le monde continuerait de tourner, et un jour des gosses apprendraient son nom et, selon la propagande de leur État, verraient en elle une héroïne du prolétariat, ou une espèce de Lorenzo en jupe et talons plats.

Pour ce trajet, elle s’était fait accompagner. C’était la norme. Il y avait un nom, pour ce principe culturel propre à la révolution kah-tanaise, voulant que personne ne représente seul, ou ne tienne seul un poste à haute responsabilité. La seule institution qui y échappait réellement était l’Égide, à la tête de laquelle se trouvait un citoyen unique, représentant l’institution auprès de la Magistrature et de la Volonté Publique. Tous les autres, même au sein du comité, ne pouvaient pas se déplacer seuls, se décider seuls, parler seuls. C’était aussi normal que respirer, ou boire, ou faire de la politique et avoir une vie amoureuse insatisfaisante. C’est à ça qu’on reconnaît que cette règle fait culture, et non simple obligation légale. Actée voyageait avec Aquilon Mayhuasca, qu’on avait surnommé "le Radical" à une époque ou la radicalité politique n’allait pas de soi, la connaissait comme personne, et avec qui elle entretenait des relations amicales. Les deux avaient travaillé ensemble au sein d’un consensus modéré, puis observé ce consensus échouer, puis muter, et évoluer. Ils étaient restés globalement fidèles à eux-mêmes. Elle l’architecte d’une diplomatie qu’elle aurait été incapable de décrire ou de qualifier, mais remplissant ses objectifs affichés. Lui, bâtiseur de la Garde Communale. Avec tout ce que cela sous-entendait. A tout point de vue, les observateurs étrangers avaient trop ignoré Mayhuasca. Preuve ultime du succès du communalisme, quand le bâtisseur de sa terrible et crainte armée ne figurait même pas dans les analyses des adversaires de l’Union. Vraiment, il n’y a que le collectif qui vaille.

Les deux marchaient. L’ambassade leur avait affrêtée un véhicule, qui les avait amenés devant le musée, et les avait lâchés là avec un joyeux « Amusez-vous bien ! » auquel Actée avait répondu par un « Beriki ! » qu’elle n’arrive pas à articuler et regretta aussitôt. Aquilon garda une expression très digne, et personne ne sortit grandit de cette interaction.

Puis ils s’étaient retournés pour faire face à l’immense bâtiment style prolétarien. Aquilon rehaussa doucement ses petites lunettes.

« Tu sais qu’ils parlent de changer le drapeau ?
– Pardon ?
– Ils veulent le moderniser.
– Qui ça, "ils".
– C’est un bruit qui court.
– Le drapeau. Celui de la confédération ?
– C’est ça. »

Un moment de flottement, et Actée fronça les sourcils.

« C’est idiot. La Roue C’EST le Grand Kah.
– Je le crois aussi.
– Mais nous verrons bien. Nous verrons bien. »

Elle se mit en marche, et il l’accompagna, le nez toujours levé. De loin, et en ignorant qui ils étaient, ils auraient pu passer pou un charmant couple interracial. On les imaginait avoir un appartement de bonne taille, peut-être un enfant en bas âge, un arrivant sur le début de l’adolescence selon le parcours de vie. Leur posture droite, leur air un peu ironique, la facture définitivement élégante – stylée, en fait – de leurs vêtements les rangeait dans une intelligentsia évidente quoi que peu ostentatoire. La femme devait être professeur d’université ou avocat. Le type avait un air d’ingénieur, mais politisé. Peut-être plutôt un travailleur dans la culture, ou un fonctionnaire. Ils devaient avoir une vie sociale très active, et un tas d’amis tout aussi stylés qu’eux.

Actée émit un "hm" pensif.

« J’ai toujours préféré les petits musées.
– Plus confidentiels ? Moins de monde ?
– Plus d’expérimentations. L’art classique et ses chefs d’œuvres sont ce que notre culture reconnaît déjà comme canonique. Comme ayant influencé ou représentant parfaitement nos codes tels qu’ils sont.
– Et c’est conservateur, je suppose.
– Mais non, simplement je vois déjà ces codes au quotidien. »

Elle fit un geste vers la façade, et son camarade acquiesça avant de baissa les yeux en direction de la citoyenne Angèle Orlovski, qu’il venait de remarquer. Actée émit un nouveau "hm".

« J’aime bien voir quelque chose de challengeant, de temps en temps. »

Elle afficha un sourire léger.

« Peut-être qu’il faudrait en effet changer de drapeau. »

Puis, avec un soudain accès d’énergie.

« La dernière fois, je n’avais pas eu l’occasion de visiter ce musée. Quand est-ce que nous partons ?
– La Fierté partira quand on le demandera.
– Tu n’as rien contre le fait de passer un ou deux jours à Volkingrad ?
– Si ça te fait plaisir, Actée. »

Un échange de regards entendus. Aquilon eut un petit rire puis attrapa Actée par la manche, pour la tirer gentiment vers la citoyenne kartienne.

« Et puis moi, j’aime bien l’art classique. Bonjour, citoyenne ! C’est vraiment un endroit charmant, non ?
– Chaque fois que je viens ici je me fais la remarque. En karty, » précisa-t-elle.

Puis elle se tut, et elle et Aquilon écoutèrent les enfants chanter. L’homme rehaussa lentement ses lunettes. Actée afficha un large sourire.

« Un instant. Veuillez m’excuser. »

Elle approcha d’eux, et plia un peu les genoux pour se mettre au niveau de la chorale. Elle mobilise ses souvenirs et réussit à proférer quelques mots en allemand.

« C’est vraiment très très beau. J’espère que votre professeur vous a parlé de ce que veut dire cet hymne. »

Puis, en se relevant, et en orientant son regard vers la chancelière.

« Que tous les peuples sont frères et sœurs, et qu’ils peuvent s’unir. Merci beaucoup. »

Elle trottina jusqu’à son concitoyen et Angèle.

« Actée », traduisit tranquillement Aquilon, « essaie d’apprendre à ne plus faire peur aux enfants.
– Aquilon se trompe, ça lui arrive. Ce sont les adultes que je terrifie. »
6856
La petite sœur du peuple

AlinéaAngèle avait accueilli, évidemment. Orlovski: C'était le nom qui frappait toute Karty depuis des années. Et pourtant, Orlovski ne frappait guère les pièce d'or de son visage, comme les monarques absolus. C'était encore moins une dynastie, puisqu'il n'y en avait que deux, des Orlovski. Pourtant encore, elle avait été élue, contrairement aux nombreux autocrates qui bordaient ce monde. Alors quoi, qu'était cet élément qui faisait la réputation de ce nom ?

Assez simplement une femme, admirée de toutes et tous en Karty. D'abord par toutes, puisqu'elle représente l'émancipation des femmes dans une société accomplie en la matière. Puis par tous, car elle est surtout celle —et la seule— à avoir traversé les régimes Kartiens. Mieux encore, ce fut elle qui les accompagna: D'abord Chancelière sous le Tsar et ambassadrice des premières mesures démocratiques, maintenant Gouverneure de la nouvelle —et fort certainement dernière— Karty: Démocratique. C'est l'unanimité qui désigne Orlovski comme la mère de la finalité du régime Kartien, elle demeure la seule élue des élections fédérales à n'effectuer que le premier tour: Où elle excelle déjà à plus de 80%. Des scores totalement délusoires pour des experts politistes, qui sont tels qu'ils viendraient même à décourager l'opposition. Qui pour s'opposer à Orlovski à Valverde ? Personne. Littéralement personne. Personne ne pouvait rivaliser sur le terrain de celle qui l'avait justement créé, ce terrain. On pouvait lui accorder beaucoup de choses, à Orlovski. Beaucoup de choses, comme la militarisation réussie de Karty, l'œuvre du régime démocratique hybride, la victoire contre la Loduarie, les libertés acquises par les Kartiens... Qui imaginerait que demain, c'en serait un autre ? Car elle reste humaine Orlovski, elle mourra: Comme tout le monde. Un jour des gosses apprendront son nom, mais ce qui en sortira sera assuré pour tous les livres d'Histoire en Karty: C'est LA femme à qui Karty doit beaucoup. Mais au delà de la femme politique, elle reste une mortelle donc, une simple femme et une épouse.

A quoi pensait-elle, Orlovski ? Elle qui était là, debout, devant le Musée des Beaux Arts de Volkingrad: Prête à accueillir les citoyens Kah-tanais. Peut-être aux enjeux diplomatiques de l'entrevue, à tout hasard. Peut-être à son mari, plus inavouable en pareils temps mais tout aussi probant. Qui sait ? Dans le cas où c'était cette option, quoiqu'il en était, elle se recentra lorsque ces derniers se présentèrent enfin devant eux. Elle sourit un peu plus lorsqu'on lui complimenta le caractère 'charmant' du pays Kartien, même si elle le faisait déjà avant cela. Alors elle dit, tout en souriant.

«Je vous remercie, citoyen Aquilon, au nom des architectes de ce lieu.»

Elle se permit de n'employer que le prénom —avec le 'citoyen' en grade d'honneur malgré tout— de son interlocuteur. Elle laissa planer l'effet quelques toutes petites secondes, avant de reprendre.

«Sincèrement. Ce seraient les citoyens qui l'ont bâti qui seraient heureux d'apprendre que leur travail plaît, au delà même nos frontières. Vous aussi Citoyenne Actée, je suis heureuse d'apprendre que la terre Angéliste vous plaît.»

Toujours en souriant, elle avait fait référence au culte natif de la République Fédérale Kartienne: Celui présent avant même la chrétienté. Il ne s'agissait évidement pas d'un culte voué à la dirigeante, c'était même plutôt l'inverse: Son prénom —Angèle— lui avait été donné par confession à l'Angélisme. Elle n'était donc ni orthodoxe, ni catholique: C'était aisé à deviner. En ce sens étaient placées, à de nombreux endroits du Musée parmi la végétation, des statues de Velestra: Principale divinité de ce culte. Il n'y avait pas de définition stricte pour elle, c'était néanmoins souvent une femme à l'allure austère, des ailes d'ange, des cheveux mi-longs, une longue épée dans une main et les pieds dénudés.

Statue de Velestra
Des statues de pierre, qui semblaient paradoxalement sensibles aux notes et aux paroles inexactes —mais pas moins sincères— qui défilaient. Des éléments qui semblaient tout autant attirer l'attention de dame Iccauhtli: La Gouverneure Orlovski la laissa s'approcher des enfants. Ces derniers semblaient émerveillés du moment, même s'ils étaient trop jeunes pour savoir à qui ils s'adressaient, c'était sans doute l'immensité architecturale qui se dressait à côté d'eux qui faisaient l'effet. Ou peut-être était-ce entendre des paroles d'allemand, eux qui n'en parlaient pas encore un seul mot: Ils étaient slaves et parlaient donc le polonais/russe (HRP: Le Karta moderne en gros). S'il était de coutume d'au moins connaître une deuxième langue nationale, ces enfants ne l'apprendront qu'à leur entrée au collège: Soit dans quelques années.

Néanmoins la Gouverneure Orlovski, elle comprit fort bien ce que dit la Kahtanaise. Une chose qui lui était directement adressée, puisqu'elle l'avait regardée en le prononçant. 'Tous les peuples sont frères et sœurs, ils peuvent s’unir'. Cela faisait directement écho au rapport qu'elle avait relu quelques minutes plus tôt: L'Union Kahtanaise semblait déjà aborder l'abandon internationaliste de Karty. Ou bien, en ses inquiétudes et habitudes légitimes de dirigeante, Angèle extrapolait un propos. Ou peut-être que non. Quoiqu'il en était, sieur Mayhuasca semblait encore réajuster ses lunettes. Oui, il fallait passait à autre chose.

«Vous savez, de vieux comptes Kartiens parlent d'une jeune créature, une femme splendide dans la plupart des textes, qui erre dans les forêts du Mont Hayä. Elle fait peur aux enfants par son Histoire, mais ce sont les adultes qu'elle terrifie à l'intérieur de celle-ci.»

Elle invita, ensuite, les deux Kahtanais à la suivre à l'intérieur du musée. Cet intérieur était tout aussi monumental que l'extérieur, il y avait simplement les œuvres en plus. La citoyenne Orlovski les amenait dans la partie dite de 'culture populaire', une longue galerie de tableaux. Se présentèrent ainsi Un tout nouveau monde, l'Euphorie de septembre, Un ballet, La saxophoniste, La grande vague de Buchta: En bref, de nombreuses peintures. Mais l'œuvre qui semblait attirer le plus l'attention d'Actée et Aquilon demeurait le Riche plateau, alors elle s'arrêta devant celle-ci. Elle décida d'offrir une sorte de 'visite guidée' réduite, s'adonnant à quelques explications.

Riche plateau
«Vous observez là l'œuvre dite du Riche Plateau, de Maximilien Theim. Elle a été peinte aux alentours du milieu du XIXème siècle, elle représente une partie d'échecs entre deux bourgeois de l'époque. Elle souriait, c'était étonnant que les Kahtanais choisissent une œuvre qui représentait une classe qu'ils auraient sans nul doute combattue. L'œuvre qui, de surcroît, était la plus vieille de cette partie du musée. Elle représente trois choses, pour nous Kartiens. D'abord tout simplement l'appréciation du jeu des échecs, il s'agit d'une sorte de discipline nationale chez nous. Les enfants qui ont chanté l'Ode à l'Être Suprême, tous ont déjà du au moins y jouer une fois malgré leur jeune âge. Ensuite, il s'agit d'une représentation de l'égalité des sexes à cette époque. Même s'il s'agissait du Royaume de Karty, peu avancé en termes de droits individuels, cette égalité là a commencé très tôt, pour nous. L'individu de gauche se trouve être une femme, aux cheveux courts. Vous voyez donc deux personnes du sexe opposé —sans nourrir de relation spécifique— partager une partie d'échecs, dans un régime —la royauté— où d'habitude, ce genre de choses ne se ferait pas, avec l'étiquette par exemple. Finalement, le Riche plateau essaie de traduire un mode de pensée Kartien, selon lequel toute situation peut s'imaginer par le modèle d'une partie d'échecs. L'œuvre dite du Dernier jeu suit ce style. Je serais ravie, cela étant, d'entendre vos interprétations quant à ce tableau. C'est là la beauté de l'art, l'interprétation diffère de tout à chacun.»

Et pendant ce temps, la pièce réservée à l'entrevue semblait ouvrir ses bras. Il s'agissait de la partie dite de 'la bibliothèque', où sont entreposés l'ensemble des textes écrits par les philosophes Kartiens et parfois étrangers. C'est l'exemple de l'exorde Teylaise ou encore de Bêtise Akaltienne.
Haut de page