Posté le : 21 oct. 2026 à 21:24:32
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Lÿsä s'adossa sur sa chaise, bras croisés et moue souriante, yeux légèrement plissés comme pour montrer de la satisfaction, laissant une dizaine de secondes s'écouler depuis le dernier son sorti de la bouche de leur interlocuteur, observant le cortège qui l'entourait. À ses côtés Klarnä était de tout évidence quelque peu contrariée mais tout de même patiente, sachant que c'était la ministre des affaires étrangères qui avait le plus de choses à dire. Cela l'amusait certainement moins que sa camarade du gouvernement, mais d'un autre côté elle n'avait pas les mêmes attentes que cette dernière. Au contraire, elle ne s'attendait à rien.
De l'autre côté, Eeva Ëlmäë, jetant des regards fugaces vers la droite en espérant y trouver l'Altmeisterin de l'Underspace Initiative 5 avec qui elle avait maintenant l'habitude de traiter en duo. Sa non-présence n'était pas un handicap pour elle, surtout qu'elle n'aurait rien de trop spécial à faire ici et qu'elle était certainement demandée autre part. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle n'avait personne à qui jeter des regards complices et rouler des yeux de façon ironique aux propositions de quiconque était en face. Débutées comme presque rivales, forcées à travailler ensemble sans connaissance de l'un l'autre, elles étaient inévitablement devenues amies. Il fallait dire que l'histoire des Effacés ne les avaient pas laissés sans cicatrices...
Toutes les trois restaient donc immobiles, sans réaction durant une poignée de secondes avant qu'Eeva ne finisse par regarder en direction de Lÿsä. Pour la jeune femme, c'était le signal que sa réflexion prenait peut être un peu trop de temps. Après tout, il y avait beaucoup à digérer, et Fauldre allait certainement comprendre qu'après un monologue comme celui-ci, une pause indiscutable était nécessaire. Tout de même, avoir quelqu'un dans son équipe qui garde un œil sur la montre n'a jamais tué personne.
Ainsi, la ministre des affaires étrangères se redressa, regardant rapidement le plafond comme pour chercher ses mots avant une explication complexe avant de répondre par son propre monologue, souriante, presque d'un air candide, comme à son habitude.
"Je comprends avoir sous-estimé votre connaissance de notre culture, il est vrai que camarade est une terminologie que nous réservons surtout aux étrangers moins instruits. Kolëgä soit-il donc. Kolëgä Fauldre, permettez moi de repasser sur tous les sujets que vous avez abordé en commençant par la genèse même de cette rencontre, soit selon vos propres mots, un seul traité, une seule rencontre, un seul accord, une seule signature. Pour la rencontre, nous y sommes. Faisons donc le reste, faisons le ici même et en ce moment. C'est bien sur ces termes que nous avons décidé d'ouvrir le dialogue.
Débutons déjà sur la levée du blocus que vous avez adressé. Pour ma part, je n'ai nulle reproche ou opposition face à cela, mais comme vous vous en doutez bien, et d'où la présence de Kolëgä Eeva Ëlmäë, je crois qu'un point logistique est nécessaire pour précéder et couronner toute mesure après que le blocus soit levé."
Elle tourna légèrement la tête vers la doyenne du JASH, l'invitant à parler. Celle-ci était déjà prête, elle n'avait même pas besoin d'attendre le signal pour se mettre à poser les termes d'un ton plus neutre que le blanc, tel une inconnue racontant une anecdote pour passer le temps, prenant la plupart de ce qu'elle disait pour acquis. Après tout, elle travaillait pour le JASH et elle était habitué à l'ancien système de la MIRA dont elle à hérité les aspects positifs. On ne se passe pas de messages dans ce secteur là, on sait déjà.
"Je vais être assez brève, je ne suis point là pour négocier mais pour exécuter. Actuellement, le plan explicité dans les missives précédant la rencontre tient toujours de notre côté, soit nos navires, nos vivres, nos médecins, des rotations de cinq cents et des observateurs neutres si nécessaires. À décider, des everiens, des volontaires de la Croix Bleue, peu importe. Au delà de cela, les trois mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit, nous l'espérons bien, tiennent toujours eux aussi. Ainsi, puisque le rapatriement sera de toute évidence immédiat comme vous le décrivez, j'aimerais trois éléments inscrits au traité qui découle de ces deux antécédents. La liste nominative de tous les trois mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit, premièrement. Le port d'embarquement, deuxièmement. La date du premier navire, troisièmement. Si nous devons communiquer sur les détails, nous communiquerons. Mais ces trois piliers se doivent d'être gravés avant de quitter cette salle."
Elle laissa une courte pause pour observer le visage de ses interlocuteurs avant de lâcher.
"C'est tout pour moi."
Avant que quiconque ne puisse réagir, Klarnä Nëëkermän prit soudainement la parole, cette fois plus professionnelle mais avec un regard bien moins neutre que la précédente, presque critique. Formellement, elle n'était là que pour des raisons administratives, après tout c'était sa signature qui allait figurer en premier sur le traité si celui-ci aboutissait. Mais c'est justement là qu'elle avait buté dans le discours de leur interlocuteur, soit le seul point qui la concernait vraiment en tant que personne plus qu'en tant qu'Etat.
"Si je peux me permettre d'éclaircir un point avant que nous continuons, puisque je vois mademoiselle Köwnatör se pencher sur la genèse de cette entrevue. Vous précisez qu'une raison justifiait encore le refus de reconnaissance de notre état, et que celle-ci serait abordée durant la rencontre. Nous y sommes, j'attends donc de la connaître au plus vite puisque de toute évidence elle fera obstacle à quelconque traité. Monsieur Fauldre, j'aimerais simplement vous rappeler le fait que signer avec nous signifie reconnaitre Corvus de facto, et ce aujourd'hui, sinon vous ne signez avec personne. Juridiquement, ce que vous dites ne tient pas debout. Comprenez que si j'insiste sur ce point, c'est tout simplement car c'est ma signature qui figurera sur ce traité, que celui-ci ne se morde pas la queue est la moindre des choses si je dois y souscrire."
Lÿsä hocha de la tête. Après tout, Klarnä avait été franche sur l'un des points les plus importants de l'argumentaire loduarien et elle avait raison. C'était peut-être la seule ligne que la chancelière avait à adresser, mais sans elle personne n'allait ressortir de cette salle le sourire aux lèvres, leurs interlocuteurs moins qu'eux mêmes.
La jeune ministre reprit sur cette même seconde le fil initié par sa collègue, cette fois décidément moins sévère, toujours et encore ce même sourire candide aux lèvres.
"En effet, mademoiselle Nëëkermän n'a point tort sur cela. Si vous nous dites que tout ce à quoi nous souscrivons ici dépend de votre gouvernement, nous vous répondrons que le temps ne presse pas pour la ratification, mais que la reconstruction politique de la Loduarie Communiste est néanmoins une priorité. Je vous l'avais posée cette question par missive, soit que vaudra votre signature dans six mois, un an, voire dix. La ratification à Lyonnars peut prendre le temps qu'il faut, mais un texte signé ici doit dire ce qui s'est passé ici, voilà tout. Mais encore une fois, nous n'avons aucune envie de devoir nous assoir à nouveau et à plusieurs reprises à la même table, vous plus que nous..."
La jeune femme fit une courte pause pour prendre une grande inspiration, comme si elle venait d'achever un chapitre, ou bien une longue introduction. Toujours de la même manière, elle reprit.
"Bon, à présent rentrons dans le vive du sujet, les frontières. Je vous avais fait comprendre par missive que la Fédération avait pris la décision unilatérale de respecter les frontières entre notre territoire et le vôtre. Lorsque vous vous êtes retirés, nous n'avons même pas pensé à vous pourchasser. Notre territoire, vous l'avez vu par vous même, nous l'aimons bien comme il est. Que vous décidez de prendre cela et d'en faire un engagement de non-agression bilatéral est certainement une nouvelle qui nous réjouit surtout au vu des garanties de votre expérience que vous avez cité. Nous sommes bien entendus disposés à accepter cette mesure comme l'une des plus importantes, si ce n'est la plus importante de tout le traité.
Cependant. La frontière restera tenue comme le veut notre doctrine générale. J'insiste sur ce point là en particulier, car nous ne faisons aucune exception quand à cela. La frontière loduarienne sera tenue au même titre que la frontière gallèsante ainsi que nos côtes, et quelconque passé que nous ayons vécu n'a aucun impact sur notre décision d'adopter la doctrine que l'ex-Antares avait toujours peiné à implémenter malgré notre culture. Je suppose que vous serez le premier à comprendre cela, la Loduarie se tient prête en tout temps et en tout lieu, m’avez-vous écrit. Vous ne nous reprocherez pas d’avoir retenu la leçon.
Evidemment, cela ne nuit en rien au passage civil. La réouverture régulée est une mesure sur laquelle nous comptons trouver concorde, notamment les passages de douanes, familles, le commerce aussi. Pour ce qui est du militaire, au lieu d'une démilitarisation, une transparence absolue est l'option la plus sensée. Tout ce qui est exercice sera notifié entre états-majors, des protocoles d'incidents seront mis en place et si vous le voulez, même des observateurs neutres. L'idée est simple, on ne retire rien, on montre tout."
Prête à conclure, la ministre se redressa, légèrement penchée vers l'arrière mais sans frôler le dossier, la tête légèrement penchée vers la droite.
"À présent, je termine sur le ressenti. En finir avec le ressenti, je vous suis sur cette ligne depuis la première fois que nous avons débuté notre échange. En finir avec le ressenti d'ici deux ans. Monsieur Fauldre, le ressenti se mesure à présent, pas dans deux ans. Je vous l'ai écrit comme une promesse et je la tiendrai, le jour ou les prisonniers descendrons d'un train à Henne, je serai la première à vous serrer la main. C'était notre seule requête, le ressenti s'achève ici."
Elle laissa passer une poignée de secondes avant de se reposer sur son dossier et terminer.
"Je suppose que nous pouvons désormais avancer ?"