22/12/2020
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[Corvus - Loduarie] La Bêche et le Laurier

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La Bêche et le Laurier

Rencontre Fédération de Corvus - Loduarie Communiste
Palais du Consortium, Ville de Margaux
Juillet 2020

"La Pâle Shaula" Pacsä Näär, 2020 (Statue au Calcaire, Parc de Sainte-Octane, Ville de Rigault)

"La Pâle Shaula"
Pacsä Näär, 2020 (Statue au Calcaire, Parc de Sainte-Octane, Ville de Rigault)


Il faisait bon à Margaux, en ces mois de fin juillet, alors que l'été s'installait et que les plaisanciers venaient profiter des plages et du golfe des empires. Corvus n'avait jamais connu de période aussi stable, sa diplomatie commençait à jouer de ses effets et le commerce porté par les vents d'Alker SLCA avait permis au pays de retrouver un profil économique bien supérieur à celui qui précédait la guerre. Le penchant libertaire qu'avait assumé le pays avait aussi permis aux institutions nouvelles de prendre la main sur les anciennes, et les réformes sociales apparaissaient comme des champignons ça et là, pour aider toutes ces familles qui avaient été délaissées durant les mois de la guerre. Même les plus conservateurs d'entre les politiques avaient été forcés d'admettre que ce système leur plaisait, malgré la plupart de leurs fortunes ayant été décomptés de leurs bourses.

À propos de diplomatie, Corvus restait comme sa sœur précédente toujours aussi pragmatique sur ce plan, et n'allait pas se ruer vers les contrées d'une autre région si cela n'avait aucun intérêt. Et pourtant, leur envie de rapprochement avec tant d'autres pays s'était manifesté, là où Antares avait eu du mal à se construire un nom dans la communauté internationale, Corvus excellait. Mais avant de pouvoir voir par delà leurs frontières, et même par delà l'Eurysie, il leur fallait d'abord s'occuper de la situation juste à côté. À savoir, la Loduarie Communiste.

Si l'on demandait au corvun lambda ce qu'ils pensaient de cet état, la plupart répondaient qu'ils n'avaient pas réellement d'avis, si celui-ci n'étais pas négatif. Pendant des années, le pays avait vécu sous une épée de Damoclès constante, et c'est justement là où Corvus prennait son envol que celle-ci tomba. Mais grâce au partenariat avec la soeur la République Fédérale de Karty, et la pliure des combats en une nuit seulement, beaucoup se rendaient compte que la menace n'était plus, et que Antares, et surtout Corvus désormais, n'était plus la nation en proie aux plus grand qu'elle avait pu l'être il y a à présent bien des années. Ils avaient traversé une guerre, suivie d'une autre, pour ensuite achever la première, et tout cela sans se dégrader économiquement parlant. Ainsi, lorsque leur venait posée cette question, on répondait bien souvent qu'on était prêt à en discuter.

Le Gouvernement reflétait très bien cette mentalité. Au sortir de la guerre, la question de la Loduarie Communiste avait été soulevée. Allait-elle se montrer plus clémente à présent alors que le pays dérivait vers le socialisme ? Ou allait elle se reconstruire pour revenir ? Quoi qu'il en soit, les membres du gouvernement corvun n'avaient pas l'intention de refaire les mêmes erreurs que celui antarien. Eux étaient disposés à négocier, et surtout à écouter, plus que de s'envoyer des bouts de papier sans réelle signification. Ainsi, le pragmatisme en question. Il fallait voir plus loin qu'une guéguerre locale, il fallait penser aux individus. Les corvuns étaient peut être encore assez mobilisés pour repartir dans un conflit, cela ne voulait point dire qu'ils en avaient envie, et aux dernières nouvelles les loduariens non plus. Quoi de mieux pour pouvoir lancer une entrevue ?

Dans une salle grandiose du Palais du Consortium, ancien palais présidentiel et désormais le quartier général de la chancellerie fédérale et de la diplomatie du pays, une poignée de personnes attendaient sans trop d'impatience la venue de la délégation loduarienne, alors venant d'atterrir à l'aéroport international Ursa Major de Margaux. En présentiel, il y avait évidemment la chancelière Klarnä Nëëkermän pour tout ce qui était officiel et la ministre des affaires étrangères Lÿsä Köwnatör pour animer les discussions. Mais il y avait aussi Eeva Ëlmäë, représentante du JASH, de toute évidence présente si la discussion venait à découler sur tout ce qui concernait les renseignements. Toutes les trois avaient bien hâte de pouvoir discuter avec cette nation qui, malgré toutes les années de confrontation, ne s'était jamais présenté à Margaux sous aucune forme diplomatique, ni l'inverse pour les antariens à Lyonnars. Que ce soit Corvus qui ait décidéde prendre une approche différente quand à cela, c'était presque ironique.

Pendant que Eeva et Klarnä discutaient ensemble dans un coin de la pièce, Lÿsä fumait dans l'autre, pensive, le sourire aux lèvres. Elle avait épluché tout ce qu'elle avait à lire au sujet de qui ils allaient vraiment rencontrer, mais la vérité était celle-ci: ils savaient déjà. Et surtout, ils avaient une idée vague, mais une idée tout de même, de ce que la délégation Loduarienne allait leur proposer aujourd'hui. Toujours est il qu'elle estimait qu'une surprise ou deux pouvaient tout à fait être présentée, et elle le montrait. Cet après-midi là, elle n'avait qu'une chose en tête. Elle voulait écouter quelque chose qu'elle ne savait pas. Et avec la Loduarie, cela avait de grandes chances de se produire. Après tout, s'ils étaient là pour discuter, c'était bien que la question ne pouvait pas, et ne devait pas, se résoudre par une simple missive.

C'était donc sur cette mentalité hospitalière que s'était déroulée l'arrivée de la délégation tant attendue sur le parvis du palais, puis dans cette même salle où devaient se tenir les discussions. Lÿsä fut la première à saluer le Secrétaire du cabinet des Affaires Étrangères de la Loduarie Communiste d'une poignée de main, où elle annonça avec son sourire caractère aux lèvres.

"Camarade Fauldre, c'est un plaisir que de vous retrouver ici après nos nombreux échanges. J'espère pour vous que vous avez fait bonne route pour parvenir jusqu'ici. Je vous en prie, prenons place sans plus attendre, j'ai comme l'impression que vous avez beaucoup à nous racconter."
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De retour.
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La Loduarie est un pays, qui, en plus d'avoir une fâcheuse tendance à être prévisible et incapable de lâcher prise à tous les niveaux, apprécie le symbolisme et la puissance des actions. Et des mots, quand ceux-ci donnent des actions, bien entendu.

Cinq hélicoptères Loduariens purent apparaître dans le ciel Antarien. Pas que cela soit une chose rare en Loduarie, non. Mais ces modèles exacts étaient ceux qui étaient intervenus dans les contrées rebelles de Corvus, pour transporter hommes et puissance de feu contre les rebelles de ces régions. Et ainsi, décapiter les pouvoirs de chacun des camps de la guerre civile. Il est vrai, la Loduarie n'avait pas eu de véritable élan humanitaire. Pour des êtres totalement omniscients et supérieurs aux pauvres humains qui étaient sur cette planète, cela n'était pas une surprise. Mais pour ce monde, personne n'en savait rien. Car ils avaient abandonné tout espoir de mettre la main sur les vrais éléments et ordres Loduariens en agissant contre la tête Loduarienne. Et que les Loduariens, en bons Loduariens, avaient pris congé et fait leur deuil, comme il se devait. Et ils avaient avancés, et tracé leur route, comme il se devait. Car la communauté, le pays, l'autre, passait avant. Les Loduariens n'avaient pas besoin de se protéger eux-mêmes, car le contrat social Loduarien assurait que c'était l'autre qui protégeait le soit.
Les plans Loduariens n'avait donc jamais étés révélés. Et donc, la Loduarie, dans le jeu mondial, n'était pas plus idiote qu'un autre pays. Officiellement, les objectifs de guerre n'avaient pas changé. La remise au pouvoir du gouvernement légitime Antarien, la protection des populations vivants sur les terres de l'Antares, et la fin de la guerre civile. Si le dernier point était certain de ne plus être à l'ordre du jour, les Loduariens ne considéraient pas que les deux premiers le soient.

Cinq hélicoptères frappés de l'étoile rouge Loduarienne firent donc leur apparition sur le sol Antarien, et de cinq hélicoptères frappés de l'étoile rouge, hommes et femmes en sortirent. Des diplomates, des journalistes, des greffiers, des conseillers, des soldats. Et surtout, Maximilien Fauldre, le tout nouveau visage d'une diplomatie Loduarienne autre que celle du Feu Camarade Secrétaire Général comme autrefois. Il y avait là un vrai changement pour la Loduarie, dont la subtilité n'était peut-être pas acquise par l'étranger. Mais il fallait savoir cette subtilité aussi légère qu'elle était rebattait énormément de cartes du pouvoir en Loduarie. Mais ils n'étaient pas là pour parler des tenants et aboutissants Loduariens.

Ils furent conduits dans les rues de Margaux, et amenés en leur lieu de rencontre. Pour certains, c'était une première fois. Pour d'autres Loduariens présents, c'était la seconde. Les Loduariens n'oubliaient pas que si ils avaient quitté ces terres, c'était en raison des ordres qu'ils avaient reçu et car ils avaient un deuil à faire. Aucune manière conventionnelle ne les aurait fait plier ainsi, et ils savaient qu'ils auraient pu aller encore plus si il l'avait fallu. Margaux était tombée, ce jour là. Elle était restée sous juridiction Loduarienne au moins 3 jours avant que les Loduariens puissent évacuer. Les rues de cette ville étaient connues de certains, militairement parlant. Mais diplomatiquement, rares étaient ceux qui avaient étés là pour vivre l'ère temporaire de l'ambassade Loduarienne en Antares. Il fallait vivre avec son temps, désormais. Et avancer.


Un honneur de vous rencontrer en vos terres, mesdames et messieurs. Nous avons, ensemble, lancé là une ligne que nous ne devons pas lâcher. Celle-ci est fine, mais nous sommes là pour la rendre plus souple et efficace, afin que nous puissions profiter du même poisson à la fin, n'est ce pas ? J'adore les métaphore. Mais passons.

Nul besoin de m'appeler "camarade" soit dit en passant. Il s'agit globalement d'une formalité administrative Loduarienne, rien de plus. Rien d'obligatoire pour les étrangers à la Loduarie, quels qu'ils soient.
Parlons désormais, parlons, vu que nous là pour cela. Vous connaissez la situation. Nos deux pays sont encore en guerre, officiellement. Factuellement, il n'y a aucune action de notre part ou de la vôtre, et je suis ici dans un pays auquel je suis sensé être lié par cette guerre. Vous pouvez le comprendre, nous sommes proches de la fin de cette guerre donc. Du moins c'est ce que nous voulons tous ici, pour de bon.
Et si la fin de cette guerre a lieu, alors cela voudra dire que nous pourrons faire en sorte d'avancer dans de vraies discussions diplomatiques sur l'avenir. Et peut-être, parvenir d'ici deux ans à une fin absolue du ressenti existant entre nos deux pays.

Avec la fin de cette guerre, nous pourrons ainsi réaliser les élément suivants.
Tout d'abord, nous pourrons permettre aux hommes de vos contrés encore sous notre garde de rentrer chez eux sain et sauf. Ensuite, nous pourrons lever le blocus qui pèse sur votre pays. Nous pourrons également permettre la reconnaissance officielle de votre gouvernement actuel, de ses institutions et ses actions, qui n'est pas chose à négliger pour une continuation logique de la diplomatie régionale. Nous pourrions également permettre à nos frontières d'être démilitarisées dans la mesure actuelle, et permettre une réouverture régulée. Et enfin, nous pourrons garantir l'inviolabilité de nos frontières respectives pour l'un envers l'autre, en dépit de tout agent de l'étranger.

Mais nous sommes là pour discuter, pas exécuter. Deux mesures seront pour nous immédiates : la fin du blocus et le rapatriement de vos hommes, car alors, la situation de guerre étant fini, nous pourrons mobiliser la logistique nécessaire à l'établissement de ces mesures. La reconnaissance de votre gouvernement se fera par étapes, en fonction de mon gouvernement, de même pour la démilitarisation de nos frontières et ensuite la réouverture de nos frontières.
Pour tout traité, nous devrons avancer ensemble, et ce maintenant. Je suis désormais à vôtre écoute.
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Lÿsä s'adossa sur sa chaise, bras croisés et moue souriante, yeux légèrement plissés comme pour montrer de la satisfaction, laissant une dizaine de secondes s'écouler depuis le dernier son sorti de la bouche de leur interlocuteur, observant le cortège qui l'entourait. À ses côtés Klarnä était de tout évidence quelque peu contrariée mais tout de même patiente, sachant que c'était la ministre des affaires étrangères qui avait le plus de choses à dire. Cela l'amusait certainement moins que sa camarade du gouvernement, mais d'un autre côté elle n'avait pas les mêmes attentes que cette dernière. Au contraire, elle ne s'attendait à rien.

De l'autre côté, Eeva Ëlmäë, jetant des regards fugaces vers la droite en espérant y trouver l'Altmeisterin de l'Underspace Initiative 5 avec qui elle avait maintenant l'habitude de traiter en duo. Sa non-présence n'était pas un handicap pour elle, surtout qu'elle n'aurait rien de trop spécial à faire ici et qu'elle était certainement demandée autre part. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle n'avait personne à qui jeter des regards complices et rouler des yeux de façon ironique aux propositions de quiconque était en face. Débutées comme presque rivales, forcées à travailler ensemble sans connaissance de l'un l'autre, elles étaient inévitablement devenues amies. Il fallait dire que l'histoire des Effacés ne les avaient pas laissés sans cicatrices...

Toutes les trois restaient donc immobiles, sans réaction durant une poignée de secondes avant qu'Eeva ne finisse par regarder en direction de Lÿsä. Pour la jeune femme, c'était le signal que sa réflexion prenait peut être un peu trop de temps. Après tout, il y avait beaucoup à digérer, et Fauldre allait certainement comprendre qu'après un monologue comme celui-ci, une pause indiscutable était nécessaire. Tout de même, avoir quelqu'un dans son équipe qui garde un œil sur la montre n'a jamais tué personne.

Ainsi, la ministre des affaires étrangères se redressa, regardant rapidement le plafond comme pour chercher ses mots avant une explication complexe avant de répondre par son propre monologue, souriante, presque d'un air candide, comme à son habitude.

"Je comprends avoir sous-estimé votre connaissance de notre culture, il est vrai que camarade est une terminologie que nous réservons surtout aux étrangers moins instruits. Kolëgä soit-il donc. Kolëgä Fauldre, permettez moi de repasser sur tous les sujets que vous avez abordé en commençant par la genèse même de cette rencontre, soit selon vos propres mots, un seul traité, une seule rencontre, un seul accord, une seule signature. Pour la rencontre, nous y sommes. Faisons donc le reste, faisons le ici même et en ce moment. C'est bien sur ces termes que nous avons décidé d'ouvrir le dialogue.

Débutons déjà sur la levée du blocus que vous avez adressé. Pour ma part, je n'ai nulle reproche ou opposition face à cela, mais comme vous vous en doutez bien, et d'où la présence de Kolëgä Eeva Ëlmäë, je crois qu'un point logistique est nécessaire pour précéder et couronner toute mesure après que le blocus soit levé."


Elle tourna légèrement la tête vers la doyenne du JASH, l'invitant à parler. Celle-ci était déjà prête, elle n'avait même pas besoin d'attendre le signal pour se mettre à poser les termes d'un ton plus neutre que le blanc, tel une inconnue racontant une anecdote pour passer le temps, prenant la plupart de ce qu'elle disait pour acquis. Après tout, elle travaillait pour le JASH et elle était habitué à l'ancien système de la MIRA dont elle à hérité les aspects positifs. On ne se passe pas de messages dans ce secteur là, on sait déjà.

"Je vais être assez brève, je ne suis point là pour négocier mais pour exécuter. Actuellement, le plan explicité dans les missives précédant la rencontre tient toujours de notre côté, soit nos navires, nos vivres, nos médecins, des rotations de cinq cents et des observateurs neutres si nécessaires. À décider, des everiens, des volontaires de la Croix Bleue, peu importe. Au delà de cela, les trois mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit, nous l'espérons bien, tiennent toujours eux aussi. Ainsi, puisque le rapatriement sera de toute évidence immédiat comme vous le décrivez, j'aimerais trois éléments inscrits au traité qui découle de ces deux antécédents. La liste nominative de tous les trois mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit, premièrement. Le port d'embarquement, deuxièmement. La date du premier navire, troisièmement. Si nous devons communiquer sur les détails, nous communiquerons. Mais ces trois piliers se doivent d'être gravés avant de quitter cette salle."

Elle laissa une courte pause pour observer le visage de ses interlocuteurs avant de lâcher.

"C'est tout pour moi."

Avant que quiconque ne puisse réagir, Klarnä Nëëkermän prit soudainement la parole, cette fois plus professionnelle mais avec un regard bien moins neutre que la précédente, presque critique. Formellement, elle n'était là que pour des raisons administratives, après tout c'était sa signature qui allait figurer en premier sur le traité si celui-ci aboutissait. Mais c'est justement là qu'elle avait buté dans le discours de leur interlocuteur, soit le seul point qui la concernait vraiment en tant que personne plus qu'en tant qu'Etat.

"Si je peux me permettre d'éclaircir un point avant que nous continuons, puisque je vois mademoiselle Köwnatör se pencher sur la genèse de cette entrevue. Vous précisez qu'une raison justifiait encore le refus de reconnaissance de notre état, et que celle-ci serait abordée durant la rencontre. Nous y sommes, j'attends donc de la connaître au plus vite puisque de toute évidence elle fera obstacle à quelconque traité. Monsieur Fauldre, j'aimerais simplement vous rappeler le fait que signer avec nous signifie reconnaitre Corvus de facto, et ce aujourd'hui, sinon vous ne signez avec personne. Juridiquement, ce que vous dites ne tient pas debout. Comprenez que si j'insiste sur ce point, c'est tout simplement car c'est ma signature qui figurera sur ce traité, que celui-ci ne se morde pas la queue est la moindre des choses si je dois y souscrire."

Lÿsä hocha de la tête. Après tout, Klarnä avait été franche sur l'un des points les plus importants de l'argumentaire loduarien et elle avait raison. C'était peut-être la seule ligne que la chancelière avait à adresser, mais sans elle personne n'allait ressortir de cette salle le sourire aux lèvres, leurs interlocuteurs moins qu'eux mêmes.

La jeune ministre reprit sur cette même seconde le fil initié par sa collègue, cette fois décidément moins sévère, toujours et encore ce même sourire candide aux lèvres.

"En effet, mademoiselle Nëëkermän n'a point tort sur cela. Si vous nous dites que tout ce à quoi nous souscrivons ici dépend de votre gouvernement, nous vous répondrons que le temps ne presse pas pour la ratification, mais que la reconstruction politique de la Loduarie Communiste est néanmoins une priorité. Je vous l'avais posée cette question par missive, soit que vaudra votre signature dans six mois, un an, voire dix. La ratification à Lyonnars peut prendre le temps qu'il faut, mais un texte signé ici doit dire ce qui s'est passé ici, voilà tout. Mais encore une fois, nous n'avons aucune envie de devoir nous assoir à nouveau et à plusieurs reprises à la même table, vous plus que nous..."

La jeune femme fit une courte pause pour prendre une grande inspiration, comme si elle venait d'achever un chapitre, ou bien une longue introduction. Toujours de la même manière, elle reprit.

"Bon, à présent rentrons dans le vive du sujet, les frontières. Je vous avais fait comprendre par missive que la Fédération avait pris la décision unilatérale de respecter les frontières entre notre territoire et le vôtre. Lorsque vous vous êtes retirés, nous n'avons même pas pensé à vous pourchasser. Notre territoire, vous l'avez vu par vous même, nous l'aimons bien comme il est. Que vous décidez de prendre cela et d'en faire un engagement de non-agression bilatéral est certainement une nouvelle qui nous réjouit surtout au vu des garanties de votre expérience que vous avez cité. Nous sommes bien entendus disposés à accepter cette mesure comme l'une des plus importantes, si ce n'est la plus importante de tout le traité.

Cependant. La frontière restera tenue comme le veut notre doctrine générale. J'insiste sur ce point là en particulier, car nous ne faisons aucune exception quand à cela. La frontière loduarienne sera tenue au même titre que la frontière gallèsante ainsi que nos côtes, et quelconque passé que nous ayons vécu n'a aucun impact sur notre décision d'adopter la doctrine que l'ex-Antares avait toujours peiné à implémenter malgré notre culture. Je suppose que vous serez le premier à comprendre cela, la Loduarie se tient prête en tout temps et en tout lieu, m’avez-vous écrit. Vous ne nous reprocherez pas d’avoir retenu la leçon.

Evidemment, cela ne nuit en rien au passage civil. La réouverture régulée est une mesure sur laquelle nous comptons trouver concorde, notamment les passages de douanes, familles, le commerce aussi. Pour ce qui est du militaire, au lieu d'une démilitarisation, une transparence absolue est l'option la plus sensée. Tout ce qui est exercice sera notifié entre états-majors, des protocoles d'incidents seront mis en place et si vous le voulez, même des observateurs neutres. L'idée est simple, on ne retire rien, on montre tout."


Prête à conclure, la ministre se redressa, légèrement penchée vers l'arrière mais sans frôler le dossier, la tête légèrement penchée vers la droite.

"À présent, je termine sur le ressenti. En finir avec le ressenti, je vous suis sur cette ligne depuis la première fois que nous avons débuté notre échange. En finir avec le ressenti d'ici deux ans. Monsieur Fauldre, le ressenti se mesure à présent, pas dans deux ans. Je vous l'ai écrit comme une promesse et je la tiendrai, le jour ou les prisonniers descendrons d'un train à Henne, je serai la première à vous serrer la main. C'était notre seule requête, le ressenti s'achève ici."

Elle laissa passer une poignée de secondes avant de se reposer sur son dossier et terminer.

"Je suppose que nous pouvons désormais avancer ?"

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