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[Latrua - Akaltie] Diner aux chandelles

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en-tête
28/04/2020, Belvédère de la NationBelvédère de la Nation

La soirée promettait d'être belle en cette fin avril. Les rayons d'un soleil finissant enveloppaient de leur douceur dorée l'ensemble de la capitale latruante. Vrarany semblait habitée par une splendeur presque divine, une beauté que seul le printemps encore jeune savait créer. Dans les rues, nombreux étaient les Latruants et les Latruantes à avoir décidé de sortir se promener, de flâner entre les immeubles de briques, de parcourir les pavés, de se perdre dans les parcs aux arbres que la lumière rendait toujours plus verts. D'autres étaient plus fuyants, comme inarrêtables, emplis d'une impatience que l'on devinait due à la longueur des journées de travail et à la joie contenue de les quitter chaque soir. Certaines familles étaient aussi de sortie, défiant le passage du temps en se ressemblant dans un bonheur transpirant. Enfin, quelques bons vivants, qui n'étaient pas si rares à cette heure de la journée, occupaient bars et restaurants, se barricadant derrière quelques verres de vin et autres assiettes de charcuteries, refusant catégoriquement de quitter leur place avant que la nuit n'annonce la journée à venir.

Tout cela, tous ces va-et-vient, toutes ces vies qui se croisent sans jamais s'entrechoquer, qui cohabitent sans jamais fusionner, Vasiliy les observait depuis les hauteurs de la ville, accoudé au muret de pierre rouge qui entourait le Belvédère et qui protégeait les plus imprudents d'une chute mortelle. Le Belvédère était en réalité un ensemble de ruines de ce qui avait été, il y a quelques siècles, une des forteresses de la ville. Aujourd'hui, de ce système défensif, ne restait qu'un long muret et une tour d'un peu plus de vingt mètres de haut qui dominait la ville, tutoyant le bleu du ciel du haut de sa verte colline. Ce lieu avait été l'un des symboles de la Révolution de 1964, les insurgés ayant hissé le premier drapeau libre de la ville enfin prise. Cette tour, au rouge brique, avait été, au propre comme au figuré, le point culminant de la ferveur populaire et révolutionnaire.
Derrière le Président, sur les pavés de la cour, face à la tour, une table blanche avait été dressée. La nappe blanche, qui prenait des reflets orangés sous le soleil couchant et des accents de voile ballottée par un vent, soutenait assiettes, couverts, fleurs et chandelles. La table avait été dressée pour trois : pour lui, pour la Première Ministre akaltienne, Madame Colel Zyanya, qui était son invitée, et pour un homme qui, d'habitude, n'était pas convié à ce genre de discussion. Cet homme, cet invité, arriva soudainement derrière lui, le surprenant et l'obligeant à dire :

"Crois-tu que me faire basculer dans le vide, alors que je viens juste d'être investi et que j'attends quelqu'un d'important, soit la meilleure des idées ?

- Je pense
, répondit Sergey, son mari, je trouve que ça a même un certain charme.

- Tu me fatigues.

- Parfois ?

- Souvent
, répondit Vasiliy en riant !"

Le Président dévisagea son mari et ne put s'empêcher de sourire face au costume que portait Sergey. Un costume noir, dont la seule excentricité était une imposante fleur en tissu rouge, qui lui allait à merveille et qui rendait l'homme qui le portait encore plus beau qu'il ne l'était déjà. C'était ce constat, cette vision, qui poussa Vasiliy à glisser, à l'oreille de son mari :

"Je t'aime ! Tu es beau et je t'aime !"

Sergey rougit quelque peu, comme un jeune enfant et, sans répondre le moins du monde, s'approcha de son mari de Président, remit en place son nœud papillon et, dans un mouvement simple et rapide, embrassa tendrement Vasiliy.

"Tu es beau aussi. Et je trouve que le nœud papillon te va à ravir, même si je suis très pressé de rentrer pour te l'enlever.

- Monsieur le Premier Mari, veuillez-vous tenir
, rit le Président de la République, nous recevons ce soir et il est préférable que nous soyons présentable.

- Aucun problème, je saurai être précautionneux !


Les deux hommes rirent, mais furent interrompus par l'arrivée du Chef du protocole de la présidence. Ce dernier leur annonça que la Première Ministre akaltienne était sur le point d'arriver et qu'ils devaient se positionner au pied de la tour. Sergey demanda à son mari quelques renseignements sur l'attitude qu'il devrait adopter devant la dirigeante aleucienne. Vasiliy répondit :

« C'est simple : tu souris, tu dis bonjour, tu ris à ses blagues, tu t'émeus à ces anecdotes et parais intéresser par la moindre parole qu'elle peut exprimer.

- Et toi
, demanda Sergey ?

- Moi je prie tous les Dieux possibles et imaginables pour qu'elle accepte d'installer une base militaire latruante sur son territoire."

Le Premier Mari se tourna vers le Président, l'air étonné, et lui souhaita, mi-moqueur, mi-goguenard :

"Bonne chance dans ce cas !

- Bonne chance
, lança Vasiliy.
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