31/12/2020
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Haguevieil, rencontre sous les pommiers [Karty et EdN]

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Cela faisait longtemps que les deux pays devaient à nouveau se rencontrer. Cependant les remous de l'Histoire avaient perpétuellement repoussé cette échéance. Et dans ce nouveau monde en écriture et en construction où tous cherchent leur place, il était plaisant de parler avec de lointaines connaissances dont on sait que la conversation sera sans doutes productives et agréables. C'est pourquoi cette rencontre ne se tenait ni dans une Estham qui se reconstruisait encore, ni dans une salle au grand volume et aux dorures fastes et étouffantes, mais sous des pommiers, à l'ombre du Soleil d'août dans les jardins du Palas Saturnien, magnifique résidence peu connue du grand public où la famille impériale peut se reposer durant les longs et chauds étés. Mais aujourd'hui elle avait été cédée à Son Excellence la Première Ministre de Sa Majesté, Rose Jahaira le temps de cette rencontre, ou peut-être un peu plus si elle s'y plaisait. Une belle table était installée, des rafraîchissements, un montagne de fruit minutieusement assemblée, de fines statues d'une blancheur de lait, et le doux bruit de l'eau de la rivière s'écoulant à quelques mètres. On lui informa que le cortège de voitures était arrivée. Elle se leva et alla dans la cour de l'entrée du palais à la rencontre des invités venus tout droit d'Eurysie.
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AlinéaComment parler de nature en Karty, sans parler de la Vorna ? Non pas les services de renseignements du pays, mais bien cette chouette, d'où ils tirent par ailleurs leur nom. Il s'agit de l'emblème national de la République Fédérale. Une chouette, grande pour son espèce, au pelage, ou devrions-nous dire aux plumes, aux traits entre des alternances grisées et brunâtres. Tout comme sa soeur Corvienne, Volkingrad se représente par un fier oiseau: Grande appréciation de la nature en Karty puisqu'il s'agit d'un patrimoine national et même mondial avec l'OMAN. Ainsi, lorsque la délégation Kartienne vit le climat naturel dans lequel elle était invitée, une forte sensation de calme pouvait se ressentir. N'était-ce pas le chic des parcs que d'apaiser ? Cette sorte de réserve naturelle, même si cela n'en était pas une, séduisait. Les jardins du Palais Saturnien étaient admirablement remarquables, tout en particulier pour la Gouverneure Fédérale.

Comment parler de Karty, sans parler du couple Orlovski ? C'était lui, qui se rendit dans l'Empire du Nord pour honorer cette entrevue. Eh oui. C'était la première fois qu'un pays étranger recevait le couple Orlovski sur son sol: La première fois. Il aurait été coutume, par habitude, que la Gouverneure Fédérale soit accompagnée du Secrétaire d'Etat Kostery. Néanmoins, ce dernier avait laissé sa place, pour cette occasion. Peut-être avait-il un empêchement. Peut-être ceci, ou peut-être cela. En réalité, Angèle avait simplement convaincu Léon de la laisser partir avec son mari, dans un simple but du repos. Il n'y avait qu'eux deux, pas même un traducteur: Ce sera à Stanislas Orlovski d'assurer ce rôle. En effet, il était trader et parlait, en conséquence, couramment l'anglais et le français. Cela tombait bien, puisque c'étaient les deux langues principalement pratiquées dans l'Empire du Nord. Cette entrevue, sans oublier sa dimension de travail, se confortait assez bien avec le climat des jardins offerts par les Nordistes: Elle devenait une sorte de séjour amoureux, en quelque sorte.

La Gouverneure, bras lié avec celui de son mari, mena la marche jusqu'à dame Jahaira. Elle restait plutôt souriante, tandis que la mine de l'homme était indéchiffrable puisque masquée par ses fidèles lunettes de soleil. Cela renforçait son allure, caricaturalement, de personne dans les finances. Orlovski se prononça la première.

«Excellence Nordiste, c'est un honneur d'être accueillie sur votre sol, et un plaisir en ce lieu si particulier. Permettez-nous, à ce titre, de vous offrir ce présent dont le symbole, nous l'espérons, trouvera un réel écho pour vous.»

Elle tendit un petit boîtier en bois, qui rescellait une plume.

«Il s'agit là d'une plume de Vorna, retravaillée pour l'écriture. Nous avons cette tradition en Karty, un peu vieille nous l'accordons, de signer les documents officiels comme les mariages à la plume. Il s'agit, également, d'un symbole puisque venant de notre animal national. Cette plume a été récupérée à la suite d'une mue, en aucun cas il ne s'agit d'une maltraitance animale, nous vous assurons. Nous ne l'aurions pas toléré.»

Dit-elle en souriant.

Citoyenne Angèle Orlovski
Citoyenne Angèle Orlovski
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Rose Jahaira accueillit le présent avec un sourire sincère, prenant le temps d'observer la plume et son coffret avant de relever les yeux vers la Gouverneure fédérale. La délicatesse du geste lui plaisait. Il y avait quelque chose de profondément rafraîchissant dans ces objets modestes qui, sans prétendre changer le cours du monde, rappelaient aux dirigeants que les Etats étaient aussi faits de coutumes, de symboles et de gestes transmis et que les attentions entre les dirigeant s pouvaient être des choses simples, humaines.

Rose Jahaira - << Madame la Gouverneure, Monsieur Orlovski, soyez les bienvenus dans l'Empire du Nord. Je suis particulièrement heureuse que cette rencontre puisse enfin avoir lieu et honorée d'être celle qui ouvre ce nouveau chapitre de nos relations. L'Histoire a parfois cette regrettable habitude de nous accaparer si longtemps que nous finissons par oublier que les relations entre les peuples ne devraient pas se résumer aux crises qu'ils traversent. >>

Elle prit délicatement la plume, la faisant pivoter entre ses doigts avant de la replacer dans son coffret.

Rose Jahaira - << Je vous remercie pour cette attention. J'y vois beaucoup de symboles qui me touchent beaucoup et je suis particulièrement sensible à l'attention que vous avez portée au bien-être animal. Puisse-t-elle servir à signer de nombreux accords entre nos deux pays, et, je l'espère, quelques documents dont nous pourrons être fiers dans plusieurs décennies. >>

Elle marqua une pause, puis fit signe à ses invités de la suivre vers les jardins. Le personnel du palais s'était tenu à distance, laissant aux trois visiteurs le loisir de profiter du calme des lieux. La table dressée sous les pommiers attendait à l'ombre, et une brise légère faisait bruisser les feuilles au-dessus des fruits et des carafes d'eau fraîche, de vin et de boissons fruitées sans alcool.

Rose Jahaira - << J'espère que le voyage depuis l'Eurysie n'a pas été trop éprouvant. Nous avons choisi de vous recevoir ici plutôt qu'à Estham, non seulement parce que la chaleur y est plus supportable et car le cadre me semble particulièrement agréable, mais aussi parce que je tenais à ce que notre première conversation puisse se dérouler dans une atmosphère qui ne soit pas entièrement dominé par les hautes affaires de l’État ni dans le souvenir omniprésent de l'Holocauste. Notre capitale a encore bien des blessures à refermer. Elle se relève, mais il est parfois bon de se rappeler que nous avons également des jardins, des rivières et des après-midi ensoleillés où nous pouvons nous accorder de ne pas être en deuil permanent. >>

Arrivée à la table, Rose désigna les sièges disposés autour de celle-ci. Elle prit place face à Angèle Orlovski, laissant à Stanislas la liberté de s'installer à côté de son épouse. La Première ministre avait volontairement écarté les conseillers et les hauts fonctionnaires de cette première séquence. Les discussions techniques viendraient en leur temps et il était peu de dire que ce n'était pas sa passion ; elle souhaitait d'abord retrouver, entre les deux États, et entre deux femmes de pouvoir, chose encore trop rare en ce monde, une familiarité politique qui avait trop longtemps été reléguée au second plan. Un membre du personnel s'approcha alors, portant un coffret de bois sombre aux dimensions généreuses. Rose l'invita à le déposer devant la Gouverneure.

Rose Jahaira - << Puisque nous échangeons des présents, permettez-moi de vous remettre celui que nous avons préparé pour vous. >>

Elle ouvrit le coffret. À l'intérieur reposait une statue finement sculptée dans un bois rare d'Aleucie, aux veines sombres parcourues de reflets ambrés. Elle représentait un grand oiseau aux ailes légèrement déployées, posé sur une branche dont les motifs évoquaient un arbre ancien. Le travail était minutieux, mais conservait dans ses lignes une sobriété presque austère, loin des ornements que l'on associait volontiers aux cadeaux d’État.

Rose Jahaira - << Cette pièce a été réalisée spécialement pour cette rencontre par des artisans du peuple Yansa, un peuple natif d'Aleucie dont ma mère tient des origines. Leur rapport au bois, aux forêts et aux animaux ne relève pas seulement de l'artisanat pour notre gouvernement mais est aussi le dépositaire d'une mémoire et d'une manière d'habiter ce continent que nous souhaitons insuffler, celle d'une réelle coexistence entre des peuples aux histoires diverses. J'aurais pu vous offrir une œuvre d'un atelier impérial ou une pièce issue de nos collections, mais je tenais à ce que ce présent porte quelque chose de plus personnel et qui me tient aussi à cœur de par mon histoire familiale, et qu'il témoigne également de la richesse des peuples qui composent notre pays que l'on résume trop souvent à sa seule communauté blanche aux origines eurysiennes. >>

Elle laissa Angèle Orlovski examiner la sculpture, avant de poursuivre.

Rose Jahaira - << Je vous laisse naturellement le soin de lui trouver une place qui vous convienne. J'espère simplement qu'elle vous rappellera notre rencontre et l'idée qui, à mes yeux, devrait la guider, celle que des pays qui n'ont pas besoin de se ressembler pour apprendre à se comprendre, encore que nous ayons j'en suis certaine certains points communs. Mais nous ne sommes évidemment pas réunis uniquement pour échanger des présents et profiter de la beauté de nos jardins. Nos deux pays ont connu des trajectoires différentes, mais ils ont suffisamment d'histoire propre et d'échanges communs pour savoir que les périodes de distance ne signifient pas nécessairement la disparition des intérêts partagés. Je crois que nous avons aujourd'hui une occasion de donner à notre relation un contenu plus concret, plus régulier et, surtout, mieux adapté au monde qui se dessine. >>

Elle posa ses mains sur la table et proposa parmi les boissons présentes un rafraîchissement aux invités avant de reprendre.

Rose Jahaira - << Je souhaiterais que nous abordions plusieurs domaines, sans prétendre tout régler aujourd'hui et en ayant bien à l'esprit que vous pouvez bien entendu proposer vos propres sujets. Le premier est économique. Nos entreprises, nos infrastructures et nos chaînes d'approvisionnement pourraient certainement bénéficier d'une coopération plus soutenue. Il ne s'agit pas simplement d'augmenter les échanges commerciaux, mais d'identifier les complémentarités industrielles et les investissements qui serviraient durablement les deux économies, en ayant à l'esprit les normes qu'elles soient sociales ou environnementales qui caractérisent mutuellement nos politiques commerciales. L'Empire est engagé dans une vaste entreprise de reconstruction de sa capitale mais aussi de redéfinition de son schéma économique dans une optique de décentralisation, de décarbonation et dans une nouvelle logique qui est de mettre de côté la donnée pure de la croissance pour se recentrer sur le progrès humain et social, ce qui fait le liens avec nos ambitions de transformation sociale. Et en cela, nous avons besoin de partenaires capables de penser à long terme, plutôt que de rechercher uniquement les bénéfices immédiats.

Le deuxième domaine est celui du renseignement et de la sécurité. Je sais que ces sujets exigent de la prudence, et je ne m'attends pas à ce que nous construisions une confiance approfondie en une seule après-midi. Mais nos deux pays ont intérêt à mieux comprendre les évolutions qui les entourent, à partager certaines analyses et à prévenir les crises avant qu'elles ne deviennent incontrôlables. Nous pourrions commencer par des échanges réguliers entre nos services, selon des modalités que chacun jugerait compatibles avec ses propres exigences de souveraineté. L'Empire n'est pas aveugle aux tensions parcourant l'Eurysie, notamment à l'Est et en son centre, notamment du fait des ambitions estaliennes, et je crois que Karty n'est pas sans avoir connaissance des ambitions continentales de Westalia qui a depuis peu connu un changement politique que je juge mortifère. Une droite conservatrice dure, autoritaire, que je vois pour ma part comme une droite extrême, nationaliste et violente sous certaines apparences de respectabilités, a pris le pouvoir récemment et dispose de leviers politiques, économiques et militaires sans précédents pour imposer ses vue au sein de son propre pays mais aussi sur le continent aleucien tout entier. Cette situation me préoccupe tout particulièrement, comme la puissance estalienne croissante doit vous préoccuper, et je pense qu'un rapprochement de nos capacités de renseignement serait utile en cette période trouble.

Je souhaite également que nous examinions la possibilité d'une coopération industrielle dans certains domaines de la défense. Je ne parle pas nécessairement de grands accords militaires ou d'engagements qui nous lieraient les mains. Il peut s'agir de recherche, de maintenance, de composants, de technologies à usage partagé ou de capacités et d'expertises industrielles dont nos deux pays pourraient bénéficier comme nous avons pu coopérer par le passé à propos de votre porte-avion. Cette coopération avait il me semble était un succès et la reproduire sur d'autres domaines pourraient être intéressant à mes yeux. L'objectif serait de renforcer notre autonomie, de rendre nos productions plus fiables et de réduire certaines dépendances qui pourraient, à terme, se révéler problématiques.

Et je n'aimerais pas que nous oubliions la culture. Elle est trop souvent considérée comme une décoration des relations internationales, alors qu'elle en constitue parfois un fondement particulièrement solide pour pérenniser des échanges. Les échanges universitaires, les résidences artistiques, les programmes de recherche et les rencontres entre nos sociétés pourraient nous permettre de renouer des liens qui ne dépendent pas exclusivement de nos gouvernements et des changements de majorités. Une relation bilatérale est d'autant plus résistante qu'elle existe aussi en dehors des bureaux ministériels. >>

Rose observa successivement Angèle et Stanislas Orlovski, leur laissant le temps de considérer ses propositions.

Rose Jahaira - << Voilà, Madame la Gouverneure, les premières pistes que je souhaitais vous soumettre. Je ne suis pas venue avec un catalogue d'accords déjà rédigés, ni avec l'ambition de vous imposer une vision toute faite de notre partenariat. Je préfère que nous déterminions ensemble ce qui mérite d'être entrepris, ce qui peut l'être rapidement et ce qui demandera davantage de temps. Mais avant de laisser nos administrations transformer cette conversation en une montagne de dossiers dont je ne doute pas de l'utilité mais qui pour ma part me cause de maux de tête, j'aimerais vous entendre. Comment voyez-vous l'avenir de Karty et de l'Empire du Nord ? Quels domaines vous paraissent les plus prometteurs, et quelles réserves devrions-nous prendre en compte dès le départ ? Nous avons, je crois, tout intérêt à commencer par une conversation honnête. Le reste pourra suivre. >>
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AlinéaL'entrevue était, décidément, la parfaite mesure entre oisiveté et climat propice à la diplomatie et au travail. Il y avait, d'une part, ce déferlement de dame nature: Ce parc, ces fruits, ces fleurs et ces boissons. Mais il y avait également, d'autre part, ces deux femmes, diplomates dans l'âme, qui discutaient pour s'entendre: Pour que leurs pays s'entendent.

Le présent offert par dame Rose Jahaira vint couronner ce tout. Angèle l'apprécia. Elle l'appréciait non pas parce qu'il le fallait diplomatiquement, mais assez justement puisqu'il n'était point diplomatique, ce présent. Il ne sortait guère d'un 'atelier impérial', pour reprendre les mots de celle qui offrait.

Ce fut donc d'une précaution assez rare que la Gouverneure saisit de ses mains légères le boîter, et non le présent, sans doute par peur de le dégrader. Elle tourna imperceptiblement la boîte, pour en admirer le contenu sous un angle, et peut-être un autre. Finalement, elle décala doucement sa chaise, avant de tirer sur le tissu du costume de son mari. Ce dernier regarde donc également, un petit sourire aux lèvres après la familiarité qu'avait employée Angèle. Elle se prononça.

«Je pense que cet oiseau figé trouvera sa place dans mon bureau, au Capitole.»

Dit-elle en marquant une pause, toute souriante.

«Ou bien, peut-être, dans notre chez-nous. J'aurais toutefois significativement moins d'occasions de l'entrevoir... Notre fonction a ce chic de nous déposséder du temps, parfois. Ce cadeau, Dame Jahaira, est d'aussi bon goût que le choix du lieu pour cette entrevue.»

Ce compliment passé, la Gouverneure laissa son interlocutrice lancer son exposé. Elle acquiesça, par moments, tandis qu'elle affichait une écoute active dans d'autres. Alors la Gouverneure Fédérale s'élança également, elle répondit.

«Des pays aux trajectoires différentes, en effet. Lorsque la République Fédérale Kartienne opte pour la marche du cavalier seul sur la scène internationale, l'Empire du Nord préfère s'unir à d'autres pour mieux faire porter sa voix. C'est précisément la plus grande différence que je puisse nommer entre nos deux pays, votre appartenance à l'Organisation des Nations Démocratiques, qui vous confère par ailleurs une certaine proximité avec le Royaume de Teyla. Un pays avec lequel Volkingrad a pu observer quelques divergences, des différences de positions, de points de vue. Mais nos relations bilatérales ne peuvent se résumer à Manticore, pas plus qu'elles ne peuvent se résumer à quelques différences que j'oserais qualifier de mineures.»

Le couple Orlovski accepta les boissons, offrant un léger interlude. La Gouverneure hocha la tête, reprenant.

«Dans l'aspect économique, des normes sociales, la République Fédérale Kartienne n'en est pas dépourvue. Non, au contraire. Vouloir composer économiquement avec Karty, Dame Jahaira, nécessite de comprendre son système: Simplement singulier pour certains, peut-être plus détaché pour d'autres. Ce système part d'un constat simple: Le modèle capitaliste et libéraliste —pratiqués par la plupart des nations à ce jour— ne profite qu'à certains, au détriment d'autres. Plus exactement, ce modèle permet l'exploitation des masses —du prolétariat— par une classe que beaucoup nommeront la bourgeoise.»

Elle laissa une légère pause, supposant que son interlocutrice pouvait être quelque peu circonspecte, puisqu'Angèle lui offrait là une thèse marxiste à laquelle l'Empire du Nord n'adhérait pas.

«Nous ne sommes pas là pour vous vanter les mérites de notre système, pas plus que nous souhaitons l'exporter. Nous laissons les joies de l'interventionnisme à nos amis de l'Union Libertaire, aux Kartiens les affaires Kartiennes, n'est-ce pas ?

Pour revenir au système économique Kartien en lui-même, la majorité de notre économie demeure sous le giron de l'Etat. Certains de nos philosophes, Dame Askinia Meldovara pour n'en citer qu'un, nomment cette pratique le capitalisme d'Etat. En bref, les secteurs considérés comme stratégiques ne sont que très difficilement accessibles, nécessitant au moins un accord avec nos autorités. D'autres secteurs n'autorisent tout simplement pas la concurrence étrangère, l'exemple de l'armement, de l'extraction de ressources naturelles, de production nucléaire, de l'automobile dite 'civile'...

Si l'Empire du nord a besoin d'entreprises sur son sol, celles de la République Fédérale Kartienne se feront joie de répondre à l'appel: Steinhart et KFC, parmi les noms les plus connus pour notre pays. Ou peut-être des entreprises plus adaptées aux besoins malheureusement particuliers d'Estham, dans le génie civil par exemple. Quoiqu'il en soit, il est nécessaire d'étudier plus profondément nos besoins respectifs, de part la particularité du système économique Kartien.
»

Le domaine économique clôturé pour cette intervention, elle délaissa celui de la défense pour l'instant afin d'aborder la culture.

«La République Fédérale Kartienne entend, comprend et partage votre analyse sur le volet culturel. Voyez dans le Musée des Beaux Arts de Volkingrad un équivalent de ministère de la culture, tout partenariat en la matière passera inéluctablement par cette institution. Cette dernière regroupe, tout d'abord, les éléments que l'on retrouve dans un musée: Tableaux, sculptures et œuvres d'art en général. Il s'agit également de notre bibliothèque nationale, qui regroupe au moins une copie de l'ensemble des ouvrages Kartiens, souvent l'original en réalité. Le Musée des Beaux Arts de Volkingrad détient également le domaine universitaire, il est notamment chargé de veiller à faciliter les échanges scolaires avec l'étranger. Enfin, il occupe une place dans notre système politique. Il s'agit d'un organe capable d'assurer les référendums, s'occupant aussi du découpage des circonscriptions. Plus simplement, un partenariat avec le Musée des Beaux Arts de Volkingrad sera réellement bénéfique en vue d'une coopération culturelle.»

Le domaine de la défense désormais, pensa-t-elle.

«S'agissant désormais d'une 'coopération industrielle', la République Fédérale Kartienne possède cette habitude avec ses alliés. Plus précisément, le Commissariat des Armées Kartiennes, qui compose de facto avec l'Ordre Oruzhiya pour assurer des accords militaro-industriels avec d'autres pays. Par exemple, le projet Krechet avec l'Empire Raskenois, les Requiems avec la Fédération Slavis, ou encore le programme ArgꙨs avec la Fédération de Corvus. Développer un équipement militaire avec un autre pays signifie tirer meilleure partie de leurs technologies respectives, une lecture d'efficacité. Dès lors, la République Fédérale Kartienne suggère —en ce sens— d'étudier une coopération militaro-industrielle. Nous pouvons prendre, au hasard, le domaine des drones de reconnaissance.

Finalement, vous évoquez un rapprochement de nos renseignements, justifié par l'ambition Estalienne en Eurysie Sud-centrale, et par celle Westalienne dans votre région. Soit, le Kray pourrait tirer bénéfice de telles coopérations. Pour un domaine si stratégique et clef néanmoins, nous jugeons une coopération spécifique en la matière quelque peu hâtive. De surcroît, imaginez la réaction Estalienne lorsqu'elle apprendra le commencement d'un tel processus ? A moins, bien évidement, que nous parlons là de partenariats officieux qui n'ont pas lieux d'être connus. Nous suggérons, quoiqu'il en soit, la prudence. Au même titre que pour la réaction Estalienne, que diraient les Westaliens de notre présence ? La réaction du reste de la communauté Aleucienne n'est pas à ignorer, prenons l'exemple de l'Akaltie: L'ancienne présence militaire Kartienne en Lermandie. L'Empire d'Akaltie, car c'est encore comment nous le percevons, n'avait pas en son coeur ladite présence. L'Akaltie a beau être un pays relativement faible par ses capacités armées, un pays à l'idéologie questionnable quoique nativo-centrée: Nous ne voyons aucun problème à s'opposer à ce pays, toujours est-il plus sage d'éviter l'embrasement.
»
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Rose Jahaira écouta attentivement Angèle Orlovski et sourit légèrement en observant l'échange qu'elle eut avec son mari concernant le cadeau. Une fois la prise de parole de la Chancelière terminée, elle reprit la parole.

Rose Jahaira - << En effet nous avons eu deux paris différents concernant le multilatéralisme ou bien une méthode plus bilatérale des relations. Je crois que les deux approchent demeurent importantes et utiles à situations différentes. Et si vos tensions avec le Royaume de Teyla ont débouchés sur un affaiblissement du lien qui pouvait exister entre l'Organisation des Nations Démocratiques et la République Kartienne, je crois que cela n'a en aucune sorte aboutie à la fin de nos relations. Bien au contraire, si nous partageons avec Manticore des liens poussés évidents et des connivences stratégiques logiques étant donné notre niveau d'alliance, la politique extérieure de Teyla n'est pas la politique extérieure de l'Empire, et aucune alliance ou mésentente teylaise ne saurait dicter notre attitude vis-à-vis de nos partenaires si nous ne nous retrouvons pas dans cette situation. Quoi qu'il en soi l'Empire demeure attaché à entretenir des rapports à minima cordiaux avec Volkingrad, mais la cordialité ne me suffit pas pour tout vous dire, et je vois un tout autre potentiel pour les relations qui unissent nos deux pays.

Pour revenir à nos propositions plus concrètes, j'entends parfaitement les normes qui régissent l'économie kartienne. Je ne suis pas étrangère aux théories marxistes ou tout du moins socialiste, et je suis par ailleurs moi même à la tête d'un gouvernement qui ne se retrouve pas dans le néo-libéralisme. Notre ambition pour notre pays est celle des révolutions douces sur de nombreux plans, mais tout particulièrement surtout sur les plans écologiques et économiques. Nous partageons l'analyse qu'un capitalisme libéral incontrôlé ne profite qu'à quelque uns et met en danger la majorité, que cela soit tant par ses conséquences sociales qu’environnementales, et que se contenter de jouer le jeu d'un ascendant du marché sur la politique et sur les ambitions sociales ne reviendrait qu'à nourrir la bête réactionnaire qui se nourrit des crises et des fragilités. Mon parti comme le gouvernement temporaire que j'ai formé se sont engagés dans cette voie de construction d'un nouveau modèle, plus durable, plus juste. Et si la rédaction d'une nouvelle constitution en ce moment même ne limitait pas mon champ d'action, nous aurions dès à présent lancés nos grands chantiers. La démocratie m'appelle cependant à tempérer nos volontés de transformation profonde pour l'heure et de composer avec des forces politiques dans mon gouvernement qui ne partagent pas l'ensemble de notre vision. En effet, en plus de la construction d'une nouvelle architecture constitutionnelle, nous vivons toujours à l'heure de la guerre contre Carnavale, et l'union nationale en ces temps difficiles est une nécessité, quand bien même une issue prochaine à cette guerre terrible soit de plus en plus probable. >>

Elle s'arrêta un instant et profita de ce temps pour boire avant de reprendre.

Rose Jahaira - << Tout cela pour vous signifier que nos visions économiques sont susceptibles d'avoir plus de points communs qu'il n'y paraîtrait de prime abord. L'Empire, si il n'a pas un besoin au sens de la nécessité, verrait favorablement que de nouvelles entreprises en accord avec ces principes et ces normes puissent s'installer sur notre territoire et ainsi voir des investissements extérieurs être attirés par notre économie avec une méthode vertueuse. Tout comme nous serions ravis de voir nos entreprises exporter leurs savoir-faire ainsi que leurs productions dans des pays amis et même y investir. L'Empire est un grand producteur de produits pharmaceutiques et a vu ses investissements dans les domaines de la chimie, de la biologie et de la robotique exploser après l'Holocauste. Nous avons aussi des fleurons nationaux dans les domaines de la sidérurgie et de la métallurgie. Notre intérêt porterait donc sur des mécanismes facilitant mutuellement l'installation d'entreprises et facilitant le commerce par le début d'une réduction des taxes douanières sur certains domaines spécifiques.

Concernant ce qui a trait à la culture, un partenariat entre notre Ministère de la Vie Culturelle et Sportive, incarné par mon estimé collègue Tashiro Fumio, et le Musée des Beaux Arts de Volkingrad constituerait je le crois également un élément tout à fait positif dans notre dynamique de rapprochement. VOus avez parlé des échanges scolaires notamment, je trouve cela particulièrement intéressant. Et il me semble que nos deux nations sont, par leur histoire et leurs sensibilités propres des productrices d'art importantes et que nos arts respectifs mériteraient de dépasser les frontières. Je suis persuadée qu'un réel travail peut se faire sur ces échanges qui seraient d'une grande richesse. >>

Après avoir renchérit sur ces sujets, elle finit par aborder le plus complexe : la défense.

Rose Jahaira - << Je constate que vous êtes loin d'être étrangère au domaine des coopérations industrielles dans le domaine de l'armement qui plus est. Il est toujours intéressant de pouvoir se pencher plus avant sur des cas bien précis où le savoir de deux pays peut se conjuguer pour donner naissance à de nouvelles réalités stratégiques et industrielles si j'ose dire. Nous avions envisagé un temps une coopération en matière dronotique avec notre estimé partenaire, le Duché de Sylva, mais les évènements récents le concernant ont rendus cela vous vous en doutez bien impossibles. Je vois donc tout à fait favorablement l'étude d'une coopération en la matière, les drones représentent une rupture technologique évidente à l'avenir dans nos manières de concevoir les armées, les conflits et la défense. Faire cavalier seul en la matière est possible mais il me semble que coopérer en la matière rendra nos avancées d'une part plus tangible mais aussi probablement bien plus ambitieuse que de si cette entreprise était envisagée sous un prisme solitaire.

Enfin, concernant le volet du renseignement, sachez que je comprends tout à fait votre prudence. Et je la partage. C'est pourquoi lorsque je vous propose une coopération en matière de renseignement, je n'y vois pas là un traité complet de but en blanc qui mène à un partage d'informations global qui nous trouveraient à connaître le moindre mouvement de mouches en Eurysie centrale et à vous de connaître avec exactitude combien "d'aleuciens purifiés" se sont entre-tués dans leur entreprise pour le moins discutable de purge annuelle. Non, loin de là. Il me semble qu'un rapprochement est une entreprise de long termes et que des fondations peuvent être posées sans pour autant représenter une fuite en avant. J'entends par là que nos services de renseignement peuvent coopérer sur des sujets bien spécifiques et restreints pour apprendre à travailler ponctuellement ensemble et envisager à moyen ou long termes des accords permettant un travail conjoint plus poussé. Bien entendu, j'estime également que ni Columbia, ni Mistohir n'ont véritablement besoin de savoir que nous envisageons une coopération en la matière et ces accords peuvent représenter une close que nous qualifieront de secret-défense.

Une coopération en matière de renseignement ne représenterait absolument pas le même signal symbolique que la présence militaire kartienne en Lermandie qui a trouvée une appréciation toute relative de la part de certains États aleuciens. L'Empire n'a nul besoin de troupes ou de matériels kartiens sur son sol pour garantir sa défense pas plus que vous n'avez besoin du nôtre il me semble. Je vois là une situation tout à fait différente. Je partage évident votre volonté de prudence, et je ne tiens pas à ce que cette potentielle voit de coopération ne soit un sujet particulièrement public. Il me semble que vous comprenez bien ma situation, comme je comprends la vôtre. Beaucoup en Aleucie ne voit pas d'un bon oeil qu'un pays aussi puissant que le nôtre puisse mettre ses moyens au service d'un projet politique qui remette en question la main-mise continentale de vieilles familles riches à outrance, que ces moyens gênent leurs petites affaires au mépris de notre environnement, ou tout simplement que la puissance militaire ou diplomatique de l'Empire vienne court-circuiter les fantasmes hégémoniques de certains, je pense notamment au forcené de Columbia. Et je suis prête à parier que Karty n'a aucune envie de voir une Estalie conquérante et impérialiste imposer une hégémonie en Eurysie de l'est et du centre qui serait chaque jour qui passe un peu plus difficile à contenir. Ainsi, sans pour autant nous livrer tout nos secrets et établir une coopération avancée d'un claquement de doigt, ma proposition ne concerne que l'amorce d'un rapprochement en la matière. >>

La Première Ministre sourit légèrement puis laissa à son homolgue le soin de répondre.
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AlinéaLa Gouverneure Orlovski acquiesça.

«Nous partageons votre point de vue, la République Fédérale Kartienne et l'Empire du Nord ont tous deux un potentiel à faire valoir dans leurs relations diplomatiques communes: Notamment, en premier lieu, dans l'économie.

En effet, dans l'optique d'une synthèse de l'ensemble des accords qui ont été évoqués, nous voyons deux grands axes économiques sur lesquels nos pays peuvent s'entendre. D'une part, au niveau des entreprises Kartiennes, la compagnie automobile Steinhart se ferait à coeur joie de s'implanter chez vous: Ses compétences mécaniques dans le génie civil seraient vraisemblablement d'un réel atout pour la reconstruction —d'une partie du moins— d'Estham. Par ailleurs, vos atouts dans la sidérurgie et la métallurgie permettraient de fournir Steinhart localement, dans les ressources qu'elle utilise. De surcroît, nous ne pouvons qu'évoquer la fameuse chaîne KFC, qui connaît un essor exceptionnel depuis quelques années. Dans l'optique d'une facilitation de leur implantation sur votre sol, l'Empire du Nord obtiendrait au même titre des facilitations au niveau de l'échange pharmaceutique. Il est de nature, dans le commerce intrabranche et pour les pays développés, d'échanger leurs médicaments. De cette manière, votre expertise pharmaceutique vous offrirait une part du marché Kartien.

Le volet culturel, quant à lui, nous semble déjà dessiné: Que votre Ministère de la Vie Culturelle et Sportive compose donc avec les philosophes du Musée des Beaux Arts de Volkingrad, qui se trouve sous leur direction. Cela permettra assurément de faciliter les échanges universitaires !

Quant au domaine relatif à la défense, nous suggérons que le futur traité qui naîtra de cette entrevue dicte l'étude de cette coopération militaro-industrielle 'dronotique'. Cette coopération s'effectuera nécessairement avec le Directeur Cassian Kormyne, représentant des compagnies d'armements Kartiennes: L'Ordre Oruzhiya. Finalement, nous traduisons votre proposition de coopération au niveau des renseignements comme embryonnaire, un simple début qui viserait à faciliter la communication entre ces derniers. Nous n'y voyons aucun inconvénient, le Kray composera avec vos services pour se faire.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
Citoyenne Angèle Orlovski
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