Un café avec...
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- Mademoiselle Kalluk, c'est un véritable honneur de vous recevoir aujourd'hui. Depuis votre élection, c'est la première fois que nous vous rencontrons. Vous avez accepté notre proposition sans hésiter, être proche de vos citoyens vous semble-t-il important ?
- C'est un honneur partagé, Monsieur Uvlu, votre réputation n'est plus à faire. Ma campagne électorale était effectivement basée sur la proximité avec les citoyens uyarakois, j'aspire sincèrement à garder cette complicité et l'entretenir par des rencontres et des actions de terrains plutôt que de simples paroles comme on peut le voir chez certaines nations du monde. A seulement vingt-trois ans, je ne peux contraindre des milliers de personnes pouvant être mon père, ma mère ou mon grand-parent de me suivre aveuglement, sans confiance préalablement construites.
- Vous parlez de confiance, pensez-vous que les citoyens uyarakois vous font confiance ?
- C'est une question difficile à répondre. La confiance se gagne petit à petit mais ne sera jamais totale, mes décisions ne pourront ravir tout le monde, mais je me suis engagée auprès des citoyens uyarakois pour cinq ans et je ferais en sorte de faire prospérer la République au mieux.
Notre journaliste réajuste sa cravate, joint ses mains et ancre son regard dans les yeux bleus océan de son interlocutrice.
- Avez-vous préparé l'entretien, mademoiselle Kalluk ?
- L'honnêteté ne se prépare pas, monsieur Uvlu.
- Vos chances d'être élue étaient conséquente, vous avez demeurée en tête de tous les sondages dès le début de votre campagne. Aviez-vous réfléchi à votre parcours si vous n'aviez pas été élue ?
- Bien sûr, à seulement vingt-trois ans, mon âge aurait pu être rédhibitoire pour les citoyens uyarakois. Je n'aurais pas abandonnée et me serais représentée à la prochaine élection, avec un programme davantage construit et une proximité plus élevée encore avec les citoyens.
- Votre jeunesse, parlons en. Vous êtes à ce jour la plus jeune présidente uyarakoise depuis... il réfléchit un instant, toujours ! Est-ce que vous n'avez pas parfois envie d'être simplement une jeune femme de 23 ans ?
Mademoiselle Kalluk porte la tasse encore fumante à ses lèvres, laissant un instant la question en suspant.
- Je ne pense pas que mon rôle de présidente m'empêche d'être une jeune femme de vingt-trois ans. Je profite de ma jeunesse, simplement différemment peut-être. Je sors, je fais la fête, je passe du temps avec ma famille et mes amis... Je vais au marché, je me promène dans les parcs, je fais mes courses comme n'importe qui. Et je crois que c'est justement cette proximité que les citoyens uyarakois apprécient. Ils peuvent me croiser dans la rue, discuter avec moi, parfois même sans se rendre compte que je suis présidente avant quelques secondes. Elle esquisse un sourire. Je tiens beaucoup à ça. Je ne voudrais pas que cette fonction me fasse oublier la personne que j'étais avant de l'occuper.
- Plusieurs rumeurs on d'ailleurs émanées lors de vos diverses apparitions publiques et une question revient fréquemment. Nous vous voyons au bras d'hommes, de femmes, mais vous restez vague quant à votre situation amoureuse ; êtes-vous en couple ?
- Les citoyens uyarakois ont besoin de savoir à qui ils adressent, je me dois d'être transparente avec eux, mais cette information n'implique pas uniquement ma personne et je ne peux donc pas y répondre respectueusement.
Notre journaliste hoche la tête, l'air un instant perplexe, mais ne se laisse pas abattre.
- Dites-nous au moins si une personne partage votre vie, mademoiselle Kalluk.
- La présidente réfléchit un instant. Oui, monsieur Uvlu, je partage ma vie depuis cinq ans maintenant avec quelqu'un.
- Les membres proches du gouvernement connaissent-ils votre liaison ?
- Bien sûr. Les membres les plus proches du gouvernement sont au courant. Nous tenons simplement à préserver notre couple autant que possible et à ne pas laisser ma fonction prendre toute la place dans notre vie privée. Mais nous ne nous cachons pas pour autant. Lors des cérémonies, des dîners officiels ou des rassemblements privés où les conjoints sont conviés, cette personne est naturellement présente à mes côtés. Je pense simplement qu'il est important de faire la distinction entre ce que je dois à mes citoyens en tant que présidente et ce qui appartient encore à ma vie personnelle.
- Est-ce que votre partenaire vous conseille parfois sur vos décisions politiques, ou existe-t-il une règle entre votre vie privée et votre fonction ?
- Nous séparons fermement notre vie privée de notre fonction, monsieur Uvlu.
- Une dernière question avant de changer de sujet : votre proximité avec Akiak Tagalik alimente régulièrement les rumeurs. Est-ce que votre partenaire en est amusé, agacé... ou peut-être jaloux/jalouse ?
- Akiak Tagalik est un ami proche de notre couple.
- Vous semblez très à l'aise avec votre image publique. Mais lorsque les portes se ferment et que les caméras disparaissent, est-ce que vous ressentez parfois la pression de la fonction ?
- Bien sûr. Je crois que personne ne peut prétendre porter la responsabilité de vingt-cinq millions de personnes sans ressentir, à un moment ou à un autre, le poids de cette responsabilité.
Notre journaliste esquisse un sourire et jette un dernier regard à ses notes avant de refermer son carnet.
- Je crois que nous pourrions continuer cette conversation encore plusieurs heures, mais je vais vous épargner cela, mademoiselle Kalluk. Une dernière question, plus simple : après cet entretien, que va faire la présidente de la République uyarakoise ?
- Je vais probablement retourner travailler, ce qui est beaucoup moins passionnant que ce que vous espériez entendre.
Elle porte une nouvelle fois sa tasse à ses lèvres avant de poursuivre, un sourire aux lèvres.
- Mais si vous voulez une réponse honnête, je vais retrouver quelques amis ce soir.
- Voilà qui rassurera ceux qui craignaient de découvrir une présidente incapable de décrocher de ses dossiers. Merci beaucoup, mademoiselle Kalluk, d'avoir accepté de partager ce café avec nous.
- Merci à vous, monsieur Uvlu.
Les deux interlocuteurs se lèvent et se serrent la main. Aputi Kalluk adresse un dernier sourire avant de quitter la table, laissant derrière elle une tasse encore à moitié pleine.
Posté le : 04 oct. 2026 à 18:29:41
Modifié le : 04 oct. 2026 à 20:35:34
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Installé confortablement sur l'un des canapés du café, le journaliste Uvlu observe l'observe l'horizon à travers la grade baie vitrée face à lui. Ses deux interlocuteurs ne tarderont pas à arriver, et l'échange promet d'être riche en anecdotes. Le genre d'entretien que monsieur Uvlu affectionne tout particulièrement.
- Monsieur Uvlu, bonjour ! Nukaq Siorak tend une main en avant, son amie derrière lui l'imite.
- Mademoiselle Qannik, monsieur Siorak, installez-vous je voue prie.
Un instant silencieux, les deux aventuriers échangent un regard complice et s'emparent de leur tasse fumante respective. Un latté et une infusion au tin, d'après les préférences qu'ils ont préalablement évoqué dans leurs divers récits de voyage.
- Pour commencer simplement, comment vous êtes-vous rencontré ?
- Nukaq faisait des études de droit, moi, j'étais dans le bâtiment d'à côté, pour des études en biologie. Nous nous sommes rencontré pendant une soirée étudiante, j'étais assise au bar quand il est arrivé ; il avait lu mes récits de voyage sur mon blog, lui aussi était un aventurier. Nous avons parlé de nos voyages, de nos aventures, nos péripéties... en bref, nous avons sympathisé autour d'une passion commune ! Notre université organisait trois mois plus tard un escapade dans les montagnes de l'ouest et nous avons décidé de s'y inscrire ensemble. Depuis, on est devenu partenaire d'aventure et on ne s'est plus lâché. Nous avons voyagé dans de nombreux pays, certains étaient chauds, d'autres froids, nous avons vécu des péripéties plus folle les unes que les autres.
- Quelle relation entretenez vous ?
- Nous sommes...
- Amis. Meilleurs amis, même.
- Meilleurs amis, donc, bien. Est-ce que partir ensemble pendant plusieurs années pourrait changer votre relation ?
- Vous savez, monsieur Uvlu, les relations ne sont jamais gravée dans le marbre.
- Parlons de partir plusieurs années... Vous avez récemment annoncé votre prochain voyage : Tour du monde à quatre pied. Un titre qui a su attirer l'attention de l'Uyarak entier mais dont vous êtes resté très flou. Pouvez-vous nous dire, en exclusivité aujourd'hui, davantage sur ce projet ?
- Bien sur. Tour du monde à 4 pieds sera raconté quotidiennement sur notre blog et donnera ensuite lieu à la rédaction d'un livre consacré à notre voyage. Le principe est simple : pas de budget. Nous voyagerons grâce à l'hospitalité, à l'entraide, à l'improvisation, à l'auto-stop et, lorsque les circonstances l'exigent, à quelques méthodes plus ou moins orthodoxes pour parvenir à leur prochaine destination.
- Nous partons avec le strict nécessaire : eau, quelques conserves, barres céréalières, matériel de survie et une carte du monde.
- Et cela, pour une durée indéterminée, dépendant des pays que nous visiterons et des aventures que nous vivrons.
- Vous allez faire de l'auto-stop, vous avez peur de monter dans la mauvaise voiture ? Vous envisagez aussi de frauder certains transports. Jusqu'où êtes-vous prêts à aller ?
- Nous sommes conscient des risques... mais n'est-ce pas le prix à payer pour vivre une expérience unique ?
- Et puis, s'il faut que nous fraudions une ou deux fois, nous le ferons.
- Et si quelqu'un vous demande quelque chose en échange de votre hébergement ?
Ilaria semble méditer la question quelques secondes.
- Si par "quelque chose" vous entendez une action illégale en Uyarak, nous ne le ferons pas. Les autres faveurs seront étudié, ensemble, avec mon partenaire d'aventure.
- Vous préférez traverser un désert, une jungle, une montagne ou une région polaire ?
- Polaire, sans hésitation ! Nous y sommes déjà habitué.
- Vous avez été formés à la survie en milieu froid, chaud et dans différents environnements extrêmes. Quelle formation vous a le plus marqué ?
- Personnellement, la formation sur les premiers secours ancestrales m'a marqué... Je me souviens encore du fer brulant pour cicatriser une plaie que nous avais montré notre formatrice. Ou comment faire un garrot à l'aide d'une liane dans la jungle !
- Quelle erreur avez-vous faite pendant une aventure passée et que vous ne reproduirez jamais ?
- Se séparer, certainement. Nous avons dû attendre les trois jours suivants pour enfin se retrouver. Ilaria trouvait plus pertinent de se séparer pour chercher un endroit ou dormir, sans téléphone... nous ne nous sommes pas retrouvé à la tombée de la nuit. Ni les trois suivants.
- Et si l'un de vous devait choisir entre sauver sa propre vie et risquer la sienne pour l'autre ?
- Ils répondent en coeur. Risquer la mienne.
- Les lecteurs s'intriguent sur votre relation, amicale. Quel est le moment le plus intime que vous ayez vécu ensemble ?
- Nous restons humain, nous avons nos besoins et nos envies, même lors d'un voyage.
Monsieur Uvlu rassemble ses notes devant lui, joint ses mains et observe attentivement l'un après l'autre.
- Passons au traditionnel "Questions réponses seconde".
- Si vous deviez faire le tour du monde seul, lequel des deux aurait le plus de chances d'y arriver ?
- Ils répondent en coeur. Nukaq .
- Nukaq. Vous êtes jaloux ?
- Oui.
- Ilaria. Est-ce qu'il y a déjà eu une attirance physique ?
- Oui.
- Vous avez déjà vu l'autre complètement vulnérable ?
- Ils répondent en coeur. Oui.
- Si demain matin on vous proposait à chacun un billet d'avion pour rentrer chez vous, gratuitement, sans conséquence et sans jamais avoir à expliquer votre décision... est-ce que vous le prendriez ?
- Ils répondent en coeur. Non.
- Bien. Nukaq Siorak, Ilaria Qannik, je vous remercie de votre venue.