01/11/2020
09:17:24
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HISTOIRE DE JEUNESSE

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1.
Ma famille et moi habitions dans une campagne entourée d’une forêt. Nous aimions jouer dans la forêt, nous agripper aux arbres, courir les uns après les autres, même si nos parents, Youssef et Amina, nous l’interdisaient. Mais c’était tellement amusant qu’il était impossible de nous arrêter.
Lorsque nous arrivâmes à l’âge de sept ans, nos parents décidèrent de nous emmener dans un endroit avec plein d’autres enfants de notre âge : l’école. La description qu’ils en faisaient était flatteuse, alors que la réalité ne ressemblait pas du tout à ce qu’ils disaient. Les professeurs étaient désagréables et cruels, car à la moindre bêtise, leur courroux s’abattait sur nous.
Mes frères et moi commencions à faire l’école buissonnière. Nous partions près du lac et faisions des batailles d’eau pour nous amuser. Nous courions, sautions, riions sans être dérangés par une sonnerie qui détruisait nos rêves et faisait débuter nos cauchemars. C’était mieux que l’école en tout point : on pouvait s’amuser toute la journée.
Nous nous présentions à l’école le matin, puis sortions par un petit passage qui nous emmenait directement dans notre base secrète. Nous jouions du matin jusqu’au soir, puis rentrions la nuit pour dîner et nous coucher. Il fallait se reposer après tous ces efforts.
Nos parents commencèrent à avoir des doutes. Lorsqu’ils voulaient en parler avec nous, nous les suppliions de nous laisser aller les aider aux champs. Nous aimions les aider, et c’était une excellente excuse pour éviter les sujets dont nous ne voulions pas parler.
Ils soupçonnèrent quelque chose de louche, car notre niveau intellectuel stagnait et nous évitions toujours de parler de l’école. Ils décidèrent alors de s’y rendre pour demander au professeur ce qui n’allait pas. Ma mère ne comprenait pas comment notre niveau pouvait être le même après plus de six mois.
Le professeur décida de tout dire : il expliqua qu’il ne nous avait jamais vus.
Furieuse, ma mère décida de nous inscrire dans une école spécialisée où, disait-on, il était impossible de sortir. Elle était située dans un village isolé, entourée d’une forêt sombre et effrayante. Les branches semblaient former des têtes de mort et les rochers ressemblaient à des meubles néo-gothiques.
La directrice, Mme Zahra, faisait peur aux enfants : cheveux blancs, long nez, yeux à peine visibles mais capables de tout surveiller, un grain de beauté sur le nez, symbole de vieillesse et de méchanceté. Elle portait une chemise marron, une longue jupe noire, des talons noirs et des lunettes à monture transparente.
Les professeurs étaient eux aussi très sévères. Nous visitâmes l’école pendant la récréation, mais ne trouvâmes aucune issue pour sortir de cette prison. Nous ne pouvions voir nos parents que le dimanche.
Un jour, mes frères et moi décidâmes de nous échapper la nuit. Nous tentâmes de franchir les murs, mais ils étaient trop hauts. Même en faisant la courte échelle, c’était impossible.
La directrice nous avait vus, mais, sûre de la solidité des murs, elle partit sans rien dire. Nous restâmes là jusqu’au lever du soleil.
Un élève nous aperçut et prévint les autres. Ils se moquèrent de nous jusqu’à ce qu’un garde intervienne pour nous protéger. Nous le remerciâmes, mais il s’éloigna sans révéler son visage, caché sous une longue casquette.
Il cria :
« Le devoir m’appelle, travaillez bien à l’école, d’accord ? »
C’était l’un des meilleurs jours de notre vie. Et c’est à ce moment-là que nous eûmes l’idée d’un plan.
2.
Nous revînmes à notre chambre après notre cuisant échec. Nous commençâmes à prévoir un nouveau plan d’évasion pour notre prochaine tentative. Cela consistait à corrompre un des gardes, qui demanderait ensuite la permission à la directrice pour faire une balade en forêt. Durant ce moment-là, nous serions probablement en cours ; il faudrait donc semer le chaos en classe pour nous frayer une brèche et ensuite sortir pour accompagner le garde corrompu.
Nous mîmes notre plan à exécution. La première chose à faire était de trouver un garde facilement corruptible. Nous en approchâmes un, mais il refusa et nous dénonça à la directrice, Mme Zahra. Elle nous gronda et nous sanctionna sévèrement : une semaine de travaux d’intérêt général, et elle nous battit jusqu’à ce que les sanglots et le sang apparaissent.
Mais cela ne nous empêcha guère de recommencer. Nous fûmes battus des dizaines de fois jusqu’à ce que nous trouvions le bon complice. Il n’accepta pas l’argent, mais décida quand même de nous aider.
C’était un ancien forçat, à la tête rasée et à la longue barbe, comme tous les galériens. C’était un homme humble, accusé à tort d’un meurtre qu’il n’avait pas commis. Il était passionné par les idées socialistes et détestait les bourgeois. C’était aussi un homme brillant lorsqu’on parlait de politique et d’histoire.
Il connaissait cette école de fond en comble, car c’était une ancienne prison où il avait purgé sa peine. Il habitait dans une petite cabane près de l’école. Sa maison était encombrée d’affaires : il y avait beaucoup de livres, mais seulement deux tenues, une pour le travail et une pour dormir.
Il était agréable et gentil. Il accepta notre proposition avec joie et bonne humeur, sans demander de contrepartie. Il devint rapidement un ami très cher et digne de confiance. Nous le rencontrions souvent, mais nous ne connaissions pas son prénom ; nous l’appelions Monsieur Luisant, car son crâne reflétait la lumière tel un miroir.
Nous lui rendions visite chaque jour et passions du bon temps avec lui. Nous faisions des explorations nocturnes pour nous divertir, et il nous arrivait de faire l’école buissonnière pour jouer avec lui.
Notre stratégie consistait à ce que Monsieur Luisant sorte la poubelle, alors que nous étions cachés à l’intérieur.
La directrice remarqua de plus en plus d’absences. Elle convoqua nos parents pour parler de nous. Elle leur parla de manière irrespectueuse et insulta indirectement ses élèves.
Agacés, nos parents décidèrent de quitter la réunion avant la fin, car Youssef sentait que Amina allait exploser.
Amina était une femme respectueuse, travaillant avec son mari dans une boulangerie. Elle était très intelligente, assez grande, enrobée, portant des lunettes. Elle se souciait énormément de ses enfants et était attristée par la séparation. Elle était consciente de son choix et aurait donné toute son âme pour eux. Elle les aimait profondément.
Son mari, Youssef, essayait de la consoler en vain. Il était plus calme, attentif, gentil et drôle. Lui aussi aimait ces enfants comme les siens. Il se remettait souvent en question, même quand il n’était pas fautif. Il était doué en calcul, mais très désordonné dans son travail. C’était aussi un excellent coureur.
Les enfants, quant à eux, avaient hérité du tempérament drôle et désordonné de leur père, mais aussi du côté colérique de leur mère. Ils se battaient souvent pour des choses futiles, surtout l’aîné Omar et la cadette Lina, qui étaient très agités. Le benjamin, Ilyas, était beaucoup plus calme et réservé.
Ilyas se méfiait de Monsieur Luisant, qu’il trouvait parfois inquiétant. Celui-ci cachait toujours sa chambre et pouvait s’emporter pour des choses banales.
Ilyas aimait la sociologie et la biodiversité. Il collectionnait les écorces d’arbres et les insectes. Il aimait fabriquer des choses avec ses mains et se reposer dans la nature.
Omar, lui, avait les yeux bleus et de longs cheveux lisses. Il adorait lancer des boules de neige ou des petites pierres sur les constructions de sa sœur.
Lina, rousse et pleine de taches de rousseur, rêvait de devenir sorcière, influencée par les histoires de sa mère. Mais elle voulait aussi devenir architecte pour construire une grande maison pour ses parents.
3. Mme Zahra a des yeux partout !
La directrice, Mme Zahra, avait des soupçons : elle pensait que nous sortions la nuit pour aller chez Monsieur Luisant. Elle surveillait nos moindres faits et gestes et nous convoquait régulièrement pour nous soutirer des aveux, sans jamais y parvenir.
Parfois, elle nous parlait de sa jeunesse. Elle disait qu’elle était aussi sotte que nous autrefois, mais qu’elle avait réussi grâce à de longues années d’études. Elle aimait les romans d’aventure, notamment ceux de Rabi’ Mendes.
Mais elle continuait à chercher des preuves.
Un soir, un garde remarqua des clés près de notre porte. Il les reconnut : elles appartenaient à son collègue. Il alla immédiatement prévenir Mme Zahra, qui éclata de joie d’un rire presque diabolique.
Elle convoqua nos parents pour leur annoncer la nouvelle. Ils étaient dépassés. Ils nous grondèrent, mais leurs regards étaient remplis de tristesse. Ils nous embrassèrent en pleurant et nous donnèrent de nouveaux vêtements.
Nous les portâmes lors de notre jour de repos. Nous réfléchissions à un nouveau plan, mais rien ne pouvait échapper à la directrice. Elle avait des yeux partout. Même les murs semblaient entendre.
Notre seul refuge restait notre chambre… et la maison de Monsieur Luisant.
Nous n’apprenions presque rien à l’école. Les seuls moments intéressants étaient les bagarres entre élèves. Imaginez une soixantaine d’enfants se battant dans une cour immense.
Nous avions même monté un petit commerce : nous revendions du pain apporté par nos parents à un prix plus élevé.
Lorsque la directrice l’apprit, elle entra dans une colère noire. Elle cria notre nom si fort que nous eûmes la chair de poule. Elle nous insulta violemment.
Mais l’histoire ne faisait que commencer.
Nous montâmes un nouveau plan : provoquer un énorme vacarme pour attirer la directrice et accuser un autre élève. Nous lui rendîmes la vie infernale.
Elle était partout, comme une ombre. Elle n’avait aucune pitié et détruisait les rêves des autres sans hésitation.
Nos parents furent convoqués plusieurs fois, toujours dans des disputes.
Les punitions devenaient de plus en plus dures. Heureusement, Monsieur Luisant était là pour nous soutenir.
Nos parents s’inquiétaient, surtout pour Lina, qui devenait de plus en plus colérique.
Malgré tout, nous commençâmes à redevenir un peu sérieux, surtout Ilyas.
Mais une chose ne changea jamais : notre rire.
C’était impossible de nous en priver. Comme enlever l’eau à l’humanité.
Nous étions, et resterions… des petits fous.
Partie 2 : L’école, la vraie
Les enfants devinrent de plus en plus intelligents et studieux, ce qui créa de la jalousie chez leurs camarades, surtout chez les plus orgueilleux, qui commencèrent à les détester. Ils se mirent à les intimider : ils se moquaient d’eux à chaque coin de couloir. Les trois enfants se défendaient ensemble, mais c’était du harcèlement.
Cela les décourageait chaque jour et les brisait mentalement. Ils sanglotaient ensemble dans leur lit. Les seules choses qui les rattachaient à l’école étaient leurs parents, Youssef et Amina, ainsi que Monsieur Luisant. Ils ne voulaient pas les décevoir ni arrêter de voir leur ami.
Ils ne pouvaient rien faire : ils étaient une centaine contre trois. Même s’ils étaient harcelés, discriminés et menacés, leur ténacité restait exemplaire. Ils ne fléchissaient jamais face au danger. Chaque jour, ils devaient endurer moqueries et coups.
Dans cette école, des clans s’étaient formés. Seuls les plus forts régnaient. Les trois enfants, Omar, Lina et Ilyas, devaient affronter des groupes bien plus nombreux. À force d’encaisser les coups, ils perdaient parfois leurs repères et sombraient peu à peu dans une forme de folie, sans que cela ne semble inquiéter qui que ce soit.
Un soir, le clan dominant vint les affronter.
Ils arrivèrent près de leurs lits, prirent des pierres et commencèrent à les jeter pour les provoquer. Comme d’habitude, ils ne purent rien faire. Même la directrice, Mme Zahra, ne les croyait pas. Elle savait ce qui se passait, mais ne réagissait pas.
La bastonnade commença une nuit de pleine lune. Le clan, dirigé par Bilal, les frappa sans aucun scrupule. Omar, en tant qu’aîné, tenta de protéger Lina et Ilyas, mais malgré sa détermination, ils étaient impuissants face au nombre.
Plus tard, blessés, épuisés et en pleurs, ils allèrent se coucher sous les regards des autres élèves, incapables d’intervenir face au clan de Bilal, cruel et animé par la haine.
Le lendemain, ils allèrent voir la directrice pour se plaindre. Malgré leurs blessures, elle ne les crut pas, comme toujours. Elle parla de simples « jérémiades ». Ils passèrent la journée à pleurer, même pendant les cours. C’était l’un des pires jours de leur vie.
Les gardes, agacés par leurs pleurs, se plaignirent, et les enfants furent de nouveau sévèrement punis.
2.
Le dimanche matin, il était temps de rentrer chez eux pour voir leurs parents. Ils étaient impatients et remplis de joie. Ils partirent à pied vers leur maison. À leur arrivée, Youssef et Amina les attendaient les bras ouverts.
L’amour se lisait dans leurs yeux. Ils les embrassèrent avec une grande intensité, presque étouffante, mais les enfants comprenaient. Leurs regards brillaient, et leur chaleur humaine était réconfortante.
Ils passèrent toute la journée ensemble. La campagne, calme et paisible, leur avait terriblement manqué. Pour la première fois depuis longtemps, ils se sentaient vraiment chez eux.
Mais tous les rêves ont une fin.
Le bus scolaire les ramena à l’école, située près d’Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne. C’était un endroit presque désert, avec seulement quelques centaines d’habitants.
Le clan de Bilal continuait de se moquer d’eux. Peu à peu, les enfants devinrent plus calmes, presque froids. Ils ne laissaient plus paraître leurs émotions et ignoraient les provocations.
Cette journée fut particulièrement difficile : en guise de punition, ils durent sortir les poubelles toute la journée.
La nuit, ils allèrent chez Monsieur Luisant, mais ne le trouvèrent pas. C’était sa nuit de garde. Tristes et désemparés, ils ne pouvaient même pas rentrer à l’école sans lui.
Ils errèrent toute la nuit près de l’établissement. C’était dangereux, mais moins risqué que de se faire punir ou exclure définitivement.
3.
Ils entendaient au loin des hululements de hiboux et des cris de rongeurs. Les sons étaient inquiétants et macabres.
Ils s’éloignaient peu à peu de la maison, jusqu’à ce qu’un bruit strident déchire le silence. Des cris perçants, semblables à ceux de chauves-souris, résonnaient autour d’eux. Ils furent pris de panique.
Ils décidèrent d’entrer dans la maison de Monsieur Luisant et se dirigèrent directement vers sa chambre.
La pièce était sombre et humide. Des insectes y circulaient librement. Le lit, au fond de la pièce, était recouvert de draps sales. Les murs, dont la peinture s’écaillait, étaient eux aussi tachés et délabrés.
On aurait dit que personne n’y était entré depuis des années.
Comparée aux autres pièces de la cabane, cette chambre était la plus sinistre et la plus chaotique. Après avoir inspecté la chambre minutieusement (la curiosité est un vilain défaut), nous cherchâmes sous les meubles de petits indices sur la vie passée de Monsieur Luisant.
Nous fouillâmes d’abord sous la chaise près du lit, mais ne trouvâmes rien. Ilyas s’accroupit pour vérifier sous la chaise. En tournant la tête vers la table de nuit, quelque chose attira son regard du côté du lit. Il jeta un coup d’œil… et aperçut une pierre d’une étrange clarté.
Elle avait une forme géométrique particulière, à mi-chemin entre un rectangle et un losange. Autour d’elle gisaient des dizaines d’insectes morts, sans doute à cause de l’odeur nauséabonde qu’elle dégageait.
J’appelai mes frère et sœur pour examiner cette pierre étrange. Nous soulevâmes le lit et la découvrîmes pleinement. Nous n’osions pas la toucher. Nous ne savions pas quoi en faire, et nous pensions qu’elle pouvait servir d’alarme en cas de vol.
Nos esprits semblaient se troubler peu à peu… jusqu’à ce que Lina, poussée par sa curiosité d’enfant, saisisse la pierre.
Ces secondes nous parurent interminables. Nous n’arrivions pas à croire que notre sœur, par simple curiosité, puisse nous mettre en danger.
Nous voulûmes la reposer, mais il était déjà trop tard.
Nous la touchâmes tous en même temps.
La pierre se mit alors à briller intensément, comme un rayon de soleil. Sa lumière nous brûlait les yeux. Nous nous sentions tourner, pris de vertige. C’était insupportable…
Puis, comme une déflagration, nous fûmes projetés.

2.
Nous fûmes transportés dans un monde peuplé de créatures plus horribles les unes que les autres.
Elles nous terrorisaient. Rien que leur apparence nous glaçait le sang.
D’un côté, certaines semblaient participer à une sorte de bal macabre, dansant avec des fantômes humains. Elles se déchiquetaient la tête en guise de salut et parlaient une langue incompréhensible pour nous.
Les coutumes de ce monde étaient si étranges qu’elles nous traumatisèrent. Nous venions de découvrir qu’une autre dimension existait. Jamais nous n’aurions imaginé qu’il était possible de changer de monde en touchant une simple pierre cachée sous un lit.
Terrifiés, nous nous cachâmes derrière un rocher pour réfléchir à un plan. Puis nous sortîmes prudemment pour chercher une issue.
Soudain, une créature nous aperçut et se mit à courir vers nous.
Mon cœur battait à tout rompre. J’avais l’impression de faire une crise cardiaque. Je regardai Omar et Lina, terrorisés, prêts à fuir.
Nous courûmes aussi vite que possible et réussîmes à lui échapper.
Nous cherchâmes désespérément une présence humaine… et, au bout de quelques instants, nous aperçûmes une copie exacte de notre école.
À peine l’avions-nous vue qu’elle nous ramena dans le monde réel.
C’était un miracle que nous soyons revenus vivants.
À l’aube, Monsieur Luisant, revenu de sa garde, nous aida à rentrer dans l’école. Nous n’osâmes rien lui dire.
Mais nous sentions que cette aventure n’était pas terminée.
Nous avions l’impression d’être observés. Ce sentiment était indescriptible.
Cette nuit-là, nous ne pûmes pas dormir.
Nous appelâmes Monsieur Luisant pour nous rassurer. Avant de nous coucher, nous lui demandâmes un verre d’eau, ce qu’il accepta volontiers.
Mais dès que nous nous endormîmes, nous eûmes l’impression que nos corps étaient soulevés par une présence invisible.
Nous n’osions pas ouvrir les yeux. Une odeur étrange, presque mortelle, flottait dans l’air.
Puis, dans un moment de lucidité, nous vîmes Monsieur Luisant.
Il nous portait.
Il criait, comme s’il appelait quelqu’un.
Des tapis apparurent et nous transportèrent vers ce qui semblait être la frontière de l’autre dimension.
Nous ne voyions presque rien. Nous ne pouvions que ressentir… et écouter.

3.
Je me réveillai le lendemain dans mon lit, après m’être évanoui dans les bras de Monsieur Luisant.
Des traces de saleté laissées par ses mains étaient encore visibles sur mon vêtement.
J’appelai mes frère et sœur.
Aucune réponse.
J’entendais seulement de faibles gémissements.
Je me levai précipitamment. Leurs yeux étaient ouverts, mais ils ne bougeaient plus.
Ils gémissaient… sans pouvoir réagir.
Pris de panique, j’appelai à l’aide.
L’infirmière arriva et, en voyant leur état, appela immédiatement les professeurs. Ils furent transportés d’urgence à l’hôpital le plus proche.
Mais même les médecins ne purent rien faire.
Vingt ans plus tard, je menai ma propre enquête.
Je me rendis à la police et cherchai des informations sur Monsieur Luisant.
Et là…
Je découvris avec horreur qu’il était considéré comme l’un des plus grands empoisonneurs du XVe siècle.
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