Bonjours à toustes ! Je vous écris depuis le terrible train SNCF que j’ai été obligé de prendre en urgence après l’annulation de mon trajet précédent en rentrant de festival, et ayant lu le titre du sujet vous savez déjà de quoi il est question :)
C’est un peu vain mais j’avais envie d’écrire un peu à ce sujet, à la fois pour faire le tour de mon ressenti, à la fois parce que ce projet d’écriture me prend du temps depuis le 02 avril 2021, ce qui est long et mérite sans doute que je prenne le temps d’y apporter une forme ou une autre de conclusion. Ce dernier point est d’autant plus important que mon départ du jeu signifie que de nombreux arcs sensés structurés le Grand Kah ne seront jamais résolus. D’une manière ou d’une autre je n’aime pas laisser mes projets (et leurs personnages) sans une fin, même prenant la forme d’une déblatération sans plan précis.
Certain·e·s d’entre vous sont déjà au courant des raisons motivant ce choix, d’autres savaient simplement qu’il allait être pris, ou que je le soupesais en fait depuis un bail.
Le Grand Kah est quand même un sacré projet, dont je suis personnellement assez fièr·e. Comme je l’ai déjà raconté, c’est à la base un pays sortit d’une fiche destinée à un Rp de fantasy victorienne, où l’Union était moins « des communalistes mais tristes (et envahissant) » que « la première République française, mais contrôlée depuis l’Ombre par des vampires ». Le nom est resté, ainsi que le mélange franco-nahuatl – le japonais est pour le coup une innovation directement associée à ma reprise telle quelle de la stratégie de soft power japonaise. Le Grand Kah, donc, aura probablement été mon projet d’écriture le plus complet et – naturellement – complexe. C’est à mettre au crédit d’avoir été nourri pas des interactions avec les projets d’autres joueurs Car c’est ce qu’est Geokratos : un bac à sable où chacun est libre de proposer quelque chose, et forcé de se confronter aux propositions des autres. C’est un jeu, avant tout, mais pour quelqu’un comme moi qui aime écrire et qui, d’une certaine façon, existe intégralement par et pour l’art au sens très large (je veux dire, je suis intermittent, non ?) ça a aussi été une formidable occasion de tester des choses. J’ai pu écrire de la comédie (ce pourquoi je ne suis, mes excuses, toujours pas bon), du gore (ce pour quoi j’ai, hélas, des facilités) du technothriller (ce que je persiste, toujours, à trouver réjouissant) et surtout créer une galerie de personnages gris, bizarres, jamais vraiment sympathiques (je sais pas faire) mais toujours un peu complexe (et complexés)... Et évidemment assister en direct aux réactions qu’ils provoquaient. C’est vraiment, vraiment chouette.
Le Grand Kah c’est aussi un projet que j’ai eu le plaisir de voir globalement compris par certain·e·s, et l’amusement de voir réinterprété (parfois de façon assez douteuse, s’entend) par d’autres. Une réflexion (avant tout esthétique) sur la survie des expériences libertaire, la confrontation entre leurs ambitions et les moyens nécessaires à leur accomplissement, les limites d’un imaginaire capitaliste ou étatiste soumis aux revendications systémiques d’une révolution accomplie, et comment le systémique peut virer au totalisant. Et bien entendu, le fait que la Révolution – y compris totale et absolue – ne réglera pas les problèmes de Cœur (même si elle peut régler les problèmes de sexisme Et de disparité dans le couple...)
Bref.
J’aurais sans doute encore beaucoup de choses à faire ou dire avec le Grand Kah, comme tous les pays joueurs, c’est une chose un peu vivante et pouvant essentiellement muter et se réinventer sans fin. En fait j’ai mes arcs, j’ai mes obsessions, et je sais plusieurs choses :
Je souhaitais que le Grand Kah devienne, à terme, parfaitement horizontal. Enfin ça a toujours été le plan. Une révolution au sein de la Révolution, devant mettre un terme à la Confédération et à cette galerie de grands traumatisés de la guerre révolutionnaire pour proposer quelque chose de sans visage – et d’authentiquement utopique.
Mais pour y arriver convenablement il faut finir les nombreux arcs que j’ai ouverts çà et là. Maïko, Actée et Rai, mes Tulpas, les tueurs qui les traquent, mon Égide qui fait de son mieux, entre le meilleur et le pire, mes scientifiques occultes, mes ingénieurs radieux, mes Keiretsus problématiques et mes citoyens soucieux. Et avant d’aller vers du mieux, je souhaitais offrir un spectacle, et qu’il y ait du pire, beaucoup de pire, oh bon sang, tant et tant de pire.
Une crise systémique de la modernité, quoi que ça puisse vouloir dire, puis de la violence, et du conflit. C’est au centre de toutes les intrigues, plus ou moins, non ?
Cela étant dit, avancer mes textes jusqu’au prochain point fort puis partir voudrait dire laisser le Grand Kah aux mains de personnes profondément cassées, et je ne souhaite pas avoir pour dernière image mentale de ce projet ce qui devait être son heure sombre.
Donc je préfère le laisser là où il est, dans sa situation actuelle, où on est libre de supposer que le pire sera évité, et que ce miroir inversé du capitalisme, cette société imparfaite et vaguement nostalgique de sa Révolution, se redressera sans heurt, et retournera sagement à ses activités intérieures et à la pure gestion du bonheur de ses habitants.
Je n’ai plus vraiment envie d’écrire sur ces sujets, je crois que je n’ai pas envie d’aller au bout de ces récits, en fin de compte, et réinventer le Grand Kah reviendrait ou à le casser d’une manière que je trouverais personnellement dommageable, ou à le faire d’une façon expéditive, pas hyper satisfaisante et contraire à la compréhension que j’ai du projet dans son ensemble.
Je pourrais aussi lancer une guerre d’annihilation finale contre des pays au hasard mais faudrait être vraiment fou pour faire ça avant de partir sachant que chaque conflit occasionne le départ d’un joueur/modérateur/rayer la mention inutile.
Et puis en fait, je n’ai plus vraiment le temps. Ou plus spécifiquement, que je n’ai plus envie d’utiliser la part de mon temps alloué à l’écriture de cette manière. Comme je le disais, je rentre actuellement d’un (super) festival, d’autres se profilent à l’horizon, avec d’autres bonnes nouvelles qui vont cependant impacter négativement mon temps libre et ma capacité à le gaspiller en ligne. Outre la production d’un court-métrage essentiellement financé par vos impôts (je voulais dire, subventionné par des régions si tout se passe bien), j’ai enfin pris la peine de recontacter certain·e·s éditeurices rencontré·e·s en festival (là encore) et j’ai décidé de consacrer toute mon énergie créative à ce que je qualifierais de contenu "publiable". Certains de mes textes sur GK appartiennent déjà à cette catégorie (je considère avoir pondu une ou deux nouvelles correctes en quelques années) et je dois au moins à ce bac à sable d’avoir beaucoup participé à développer mon style. Maintenant il est temps que j’écrive purement pour moi, des choses qui me font plaisir, et dans un contexte où l’acte d’écrire se fait sans frustration, ou réflexion "ludiques", et sans la nécessité de devoir meubler l'acte d'écrire de contenus que je juge plus ennuyeux, etc.
Outre ce que j’ai déjà pu dire et en oubliant volontairement les accidents de parcours et rencontres plus malheureuses, inévitables dès-lors qu’on participe à une communauté d'intérêt plus que d'affinité, je retiendrai surtout de Geokratos des rencontres intéressantes (voir réellement amicales, et auxquelles je tiens !) et un joli collage d’imaginaires, existant très rarement en bonne intelligence, mais ayant au moins le mérite de se tolérer grâce au contexte du jeu.
C'était chouette, merci à toustes et excellent jeu :)
Je quitte Trash
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Je sais qu'ont ne s'est jamais trop parlez (pour ne pas dire presque jamais), mais ce fut un plaisir de m'intéresser à ce que tu à fait du Grand Kah et de tes autre pays. Je te souhaite bonne chance pour ce que tu souhaites faire ensuite!
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Au delà du manège et l'équilibre complexe de ce petit univers RP dont le Kah faisait partie et s'intégrait avec une facilité extraordinaire, j'ai beaucoup aimé, non seulement RP avec toi, mais surtout te lire, comprendre la société kah tanaise, la décrypter. Parfois en faisant des erreurs sur mon propre jugement pour les corriger peu après un peu discrètement et honteusement, et d'autres fois avec justesse, ce qui suscitait à ces moments là ma grande satisfaction. Et la suspension d'incrédulité marchait à merveille à ces moments là, tant et si bien qu'on voulait multiplier les RP sur plein de sujets différents. J'aurais voulu, par exemple, écrire un rapport de fouille sur les cultures précolombiennes que tu avais décris (et qui étaient des textes apparemment documentés et enrichis par des lectures sur le sujet).
Le Kah m'a fourni un contre-modèle à la psychologie de certains de mes personnages, ce qui a rendu ces échanges assez fascinants, et qui vont me manquer sincèrement. Beaucoup de mes personnages étaient ou sont pour certains coincés dans un carcan inconscient, qui les expose à la violence en permanence, lorsqu'ils ne participent ou ne la provoque pas eux-mêmes, parce qu'ils répètent des schémas infernaux dont ils sont bien incapables de sortir, et dont ils souffrent. Le fait que le RP entre nous ait été aussi facile à mon sens, au delà du fait que je pense sincèrement que tu es une bonne personne avec qui échanger était d'un naturel déconcertant, vient probablement du fait que je pouvais me servir du Kah pour présenter un horizon plus doux, bien que profondément imparfait, à ce qu'ils connaissaient. A ce titre, le vide sera difficile à remplir.
Il n'est permis à personne qui l'a vécu en RP, je pense, d'oublier d'associer tant le joueur derrière que le Grand Kah à de grands moments de RP. En presque deux ans d'expérience RP ici pour ma part, tu as été lié de près ou de loin, sous une forme ou une autre, à un bon quart de ce que j'ai écris, me souvenant même de ces séquences dont on rit désormais, et auxquelles j'étais le simple témoin, tantôt amusé, tantôt intrigué des dingueries auxquelles tu étais parfois confronté. Les "dix lignes de stratégie", tout le monde qui était présent en a le souvenir, bien davantage que le RP qu'il y avait derrière. Tout comme les faux procès en fascisme, ou la tendance naturelle que tes personnages avaient, semble t-il, à attirer les personnages fous du bus de l'univers géokratien.
Bref, je pourrais continuer, mon caractère passionné et la point d'émotivité allant avec, je pourrais commencer à énumérer des références ronflantes et pompeuses pour décrire ce que représente la perte d'un bon joueur de notre communauté, tel un Achille pleurant au dessus du corps d'Hector. Mais je ne m'y risquerai pas, parce que la différence entre les bons au revoir et les adieux exagérés peut se mesurer dans la tempérance et la pudeur.
Quoi qu'il en soit, bonne continuation. Mes MP resteront ouverts. Donne nous des nouvelles, et informe nous si jamais Géokratos te manque trop un jour...
Si vales, bene est, ego valeo.