04/12/2020
07:07:39
Index du forum Continents Eurysie Carnavale

Épilogue

Voir fiche pays Voir sur la carte
4902
Carnavale, la Cité noire

Une fébrile torpeur s’était emparée de la Cité noire. Le temps filet comme un papillon pressé depuis l'annonce dans les tabloïds qu'un armistice avait été signé entre Carnavale et ses ennemis. Celui-ci prévoyait un départ des troupes d'invasion sous quatre mois, à compté de la signature du traité de paix, et si les échos de la guerre résonnaient encore dans les faubourgs, déjà les dégâts du conflit se confondaient avec les ruines naturelles de la capitale. La plupart des Carnavalais ignoraient qu’ils avaient été en guerre quand les autres ne croyaient pas à sa fin, il n'y avait que dans les hauts quartiers, là où se murmurent les secrets des dieux, qu’on osait se féliciter ouvertement de la fin des hostilités. « Back to business » avait déclaré Améthyste face à un quarteron de grands bourgeois venus se faire confirmer en avance la nouvelle du cessez-le-feu à l’hôtel d’Eurysie.

Les jours qui avaient suivi le cessez-le-feu se décantèrent comme une liqueur épaisse. Les milices Castelage et le SAD BB reprirent progressivement possession de la banlieue, déjà passablement désertées depuis le passage de l’agent GILGAMESH, sans rencontrer de résistance. Dans leurs sillage, une foule de petites gens revint discrètement prendre possession des ruines du no man’s land, à la recherche de cadavres à dépouiller ou de matériel militaire abandonné. Quelques philanthropes, soucieux de l'équilibre du marché des prothèses, payèrent de leur poche pour une campagne nationale d’affichage DANGER MINES mais cela n’empêcha pas beaucoup de Carnavalais imprudents d’exploser en petits morceaux.

Améthyste Castelage sortit renforcée par la signature du traité de paix, dont elle s'attribua le mérite et qui la confortait comme seule interlocutrice légitime à parler au nom de la Principauté. Personne n’oubliait la contribution décisive des Laboratoires Dalyoha et de leurs agents biologiques dans la victoire militaire, mais c’était la Banque qui avait financé l’économie de guerre, la Banque qui avait nourri la population pendant le siège et la Banque qui payait les salaires de tout le monde. La nouvelle grande bourgeoisie industrielle savait ce qu’elle devait aux Castelage et plus pragmatiquement avait contracté des dettes astronomiques qui achetaient sa loyauté. Carnavale se transformait une fois de plus dans la crise et la violence, chacun voulait être du côté du pouvoir émergeant et personne ne s’offusqua lorsque Léonpold Castelage annonça, l'air de rien lors du premier galas de charité pour les familles des héros de guerre, que sa famille s’apprêtait à lancer des fouilles dans les quartiers inondés à la recherche de la couronne perdue de Vale.

La presse carnavalaise, soucieuse de ne pas jouer les pisse-vinaigres et largement financée par la Banque, présenta les accords signés avec l’OND comme une victoire totale pour Carnavale. Les concessions accordées furent largement minimisées, réduite à quelques gestes symboliques sans importance, et on insista bien plus sur le récit officiel de la Cité noire qui venait de tenir tête, seule, à l'une des coalitions les plus puissantes au monde. On laisserait la nuance au temps des historiens. Dans les semaines et mois qui suivirent la fin de la guerre, le mot victoire fut répété ad nauseam, brandi en gros sur tous les chapeaux pendant des semaines. Le roman national carnavalais, fondé sur l’exceptionnalisme de la Principauté, son génie stratégique et scientifique et sa vitalité guerrière, se consolida autour de la figure d’Améthyste Castelage et, dans une moindre mesure, du docteur Philippe Géminéon.

Il y eut dix jours de fête et de carnaval où la Banque Princière fit importer du monde entier les mets les plus fins à prix d’or. La ville ne mangea jamais aussi bien de son histoire et un jour férié fut décrété, portant le nombre de jours de congés payés nationaux à un. Tout le clan Castelage, même des personnages dont on avait à peine entendu parler, furent mis en avant, écumant les plateaux télévisés et les apparitions publiques, multipliant les annonces enthousiastes et les promesses farfelues. Les grands travaux reprirent officiellement, notamment ceux empêchés par la guerre comme la réparation du pont Saint-Pierre et, enfin, une date d’élection municipale fut officiellement arrêtée. Les Carnavalais se rendraient aux urnes le 15 décembre 2020 pour élire leur maire et la presse people diffusa plusieurs photos originales de Julonin Venbranle torse-nu.

N'étant pas parvenu à signer une paix véritable avec son rival Blaise Dalyoha, Améthyste Castelage lui envoya ses avocats pour négocier les termes de la suite de leur rivalité. Le cessez-le-feu provisoire entre la ville et les Jardins Botaniques fut prolongé une nouvelle fois, mais pour quatre mois seulement, le temps de s'assurer du départ définitif des troupes de l'OND dans l'arrière-pays. Les milices Dalyoha et Castelage en profitèrent pour se mettre d’accord sur les territoires respectivement contrôlés par chaque clan et leurs avocats soldèrent certains contentieux qui remontaient à l’Armageddon’t. Améthyste Castelage rafla le gros du butin, faisant main basse sur plusieurs quartiers ravagés qui avaient appartenu à la noblesse suicidée et sur le gros de l'appareil industriel. Blaise Dalyoha sanctuarisa l'île de Bourg-Léon ainsi que plusieurs quartiers portuaires permettant de relier les eaux du golfe aux Jardins Botanique. Les futures lignes de front se dessinaient plus clairement et les investisseurs, comme les populations, surent à quoi s'en tenir pour les prochaines années.

Enfin, ils décidèrent des récompenses à accorder aux méritants et à tous ceux qui étaient venus en aide, d’une façon ou d’une autre, à la Cité noire dans sa guerre.
9132
Carnavale, quelques mois en avance...

L'odeur de Carnavale au petit matin

A l'apogée de sa carrière, éprouvé par la guerre, rattrapé par son âge, le docteur Philippe Géminéon vit sa santé se détériorer rapidement quelques jours après l'armistice. Son chirurgien personnel et ami, le docteur Ambroise Crogère, revint spécialement de Kabalie rouge pour tenter une opération de la dernière chance mais ne parvint malheureusement pas à faire de miracle. Le docteur Philippe Géminéon s'éteignit à Grand Hôpital, à l'âge de 96 ans, sur la table d’opération.

A l'annonce de sa mort, les Laboratoires Dalyoha décrétèrent une semaine de deuil pour tous leurs employés. Les drapeaux furent mis en berne et toute la Principauté de Carnavale salua la mémoire de ce grand homme et héros de guerre. Malgré leur rivalité, Améthyste Castelage prit la parole depuis l'hôtel d'Eurysie pour saluer sa mémoire. Philippe Géminéon fut enterré dans le carré olympien du cimetière de Bourg-Léon, à quelques places du caveau de la famille Dalyoha. Pour le remplacer, la doctoresse Jacinthe Gerbedorée fut nommée doyenne et directrice de Grand Hôpital et des Laboratoires. Balthazar Métaphore, l’assistant du docteur, hérita de la totalité de sa fortune et de ses biens. Il ne put cependant assister à l’enterrement pour cause de migraine.

Revenu à Carnavale pour opérer, Ambroise Crogère, le directeur du département des Laboratoires Dalyoha en Kabalie rouge, demanda comme récompense pour ses loyaux services la permission de quitter la Compagnie et de pouvoir mourir paisiblement. Le décès de son ami et mentor l’avait personnellement affecté et il se proposa d'endosser la responsabilité du désengagement militaire de la Principauté en Kabalie rouge. Ses demandes furent jugées acceptables et servirent de justification à la mise en place d'une procédure de fin de vie anticipée. Cela lui fut accordé de bonne grâce, ainsi Ambroise Crogère fut euthanasié à Bourg-Léon, quelques semaines après l’enterrement du docteur Géminéon, le temps de mettre ses affaires en ordre et d’embrasser ses proches.

Le docteur Henry Holistique fut nommé directeur des Laboratoires en Kabalie rouge pour le remplacer. Il travaille désormais sous l’autorité de Jacinthe Gerbedorée.

Noamaury Blanchâtaigne, doyen des Laboratoires et principal artisan de l'agent GILGAMESH et CRAMOISI, prit également une retraite bien méritée. L’université lui rendit hommage et, plus discrètement, tout le département de recherche sur les armes chimiques et bactériologiques de Bourg-Léon. Le département, qui avait subi des fuites de données, se restructura en interne pour davantage cloisonner ses recherches, de sorte à éviter tout nouveau dérapage du même genre.

Le département de psychiatrie du Palais d’Hiver vit son budget largement augmenté et obtint le financement de plusieurs projets expérimentaux jusqu’alors laissés de côté, notamment en psychanalyse. Marie Gaule et les membres de ses équipes qui avaient contribué à la guerre psychologique furent tous augmentés significativement. Le Palais d’Hiver ouvrit également une aile dédiée à l’art thérapeutique et se mit à faire l’acquisition de nombreux tableaux abandonnés par la maisons nobles suicidées.

Améthyste tint ses promesses, le SAD BB et les milices Castelage fusionnèrent officiellement sous la direction d’Albernest Brulot. Les groupes paramilitaires furent restructurés pour reformer l’Armée Princière Carnavalaise, dissoute lors du Chaos. Les milices Dalyoha refusèrent la fusion et demeurèrent une compagnie privée indépendantes au service de la Compagnie. En conséquence, Octave Jumentfleur fut élevé au rang de maréchal par Améthyste Castelage. Blaise Dalyoha contrattaqua en commanditant l'assassinat de plusieurs officiers Castelage et plaça à la tête de ses milices l'ex officier Sylvois Hector Beaugalond.

Les grands industriels carnavalais du secteur de l’armement obtinrent une licence pour l’exportation, à condition de former un cartel et de s’accorder sur les prix. Les conglomérats Robotic & Toc, Robespaul, Diabledargent et Métal Hurlant, pour ne citer qu'eux, s’associèrent au sein du Cartel Puck Épique, chargé de relancer le marché de l’export d’armes de fabrication et technologie carnavalaise à l’étranger. Jacques-Jean Bon, l’armateur débonnaire, fut nommé représentant du Cartel à l'international.

Léandre Effraie de Méandre se vit octroyer une charte d’autonomie pour la gouvernance des Îles Marines et sa famille fut rétablie dans les honneurs ducales dont les avaient privés le clan Obéron. Léandre en particulier fut élevé au rang de Duc des Marines et Grand Amiral des profondeurs. Il reçut la responsabilité de diriger la flotte de sous-marins de la Principauté et de piloter la construction de nouveaux engins. Très surpris et heureux de ce dénouement inattendu, Léandre fit installer une statue d’Améthyste sur le quai du lièvre, à côté de celle de l’amiral Léopold Obéron. Il fut également chargé de superviser le rétablissement du jeune empereur Akira Sukaretto sur le trône du Grand Kah, une entreprise sur laquelle pas grand monde ne pariait, mais ça valait le coup d'essayer.

Julonin Venbranle se vit offrir l’hôtel particulier de Hautelettre, ancienne propriété du Baron de Courbejoie. Situé sur la première avenue, il donne directement en face de l’hôtel de ville, « pour des questions pratiques ». Venbranle reçut également une amnistie complète signée de la main d’Améthyste pour la totalité de ses agissements, criminels ou non, pendant la guerre, ainsi qu’un passe-partout « futur maire » interdisant à la police de s’en prendre à lui d’ici à ce qu'il ait gagné l’élection officiellement.

Martin Estragon monta en grade mais lorsqu’on lui offrit le prestigieux poste de Commissaire en chef de Commissariat Central, il refusa en expliquant souhaiter rester en contact avec le terrain. A la place, il reçut un nouveau veston de haute couture.

Hector Beaugalond reçut la citoyenneté carnavalaise et obtint en cadeau le manoir Feuillebois, qui appartenait autrefois à Jean-Marie Bizard, le grand humoriste. Il lui fut proposé de reprendre un poste au sein de la nouvelle Armée Princière Carnavalaise, mais Hector Beaugalond refusa et botta en touche. Quelques jours plus tard, il fut nommé à la tête des milices Dalyoha, infligeant un camouflet à Améthyste Castelage.

Fulbert Fulminant reçu une pension de retraite significativement augmentée et se vit offrir un poste par la maison Castelage, dont il accepta de rejoindre la sécurité privée. Il est désormais chargé de la politique carnafaréenne de la Principauté.

L’IA du Pape Justin reçut la bénédiction de l’exécuteur testamentaire du clan Obéron pour faire sa demande en mariage à Ikama-chan. Le contrôle parental, qu'avait mis en place Pervenche à l'époque pour protéger son neveu de la tentation, fut levé pour donner accès à Justin à tout le porno d'internet sans limite de bande passante.

Les syndicats et les lucifériens n’obtinrent rien, car ils avaient plus foutu la merde qu’autre chose et s’étaient montrés déloyaux en attisant la colère populaire. Bien fait pour eux ces sales gauchistes.

La totalité des travailleurs agricoles virent en revanche les promesses de Blaise Dalyoha tenues. Ils se virent accorder une prise en charge complète de leurs frais médicaux à Grand Hôpital, une prime de risque, une augmentation de salaire et une diminution de la charge de travail par tête. La Dalyoha Compagnie espérait ainsi recruter des salariés pour relancer la machine agro-industrielle carnavalaise dans l’arrière-pays.

Marc Micmac eut une augmentation de salaire et une station du métro aérien fut baptisée à son nom.

Léonpold Castelage fut nommé à la tête du département spécial de la sécurité carnavalaise et fonda, avec l’aide de plusieurs agents des services secrets Kah-tanais débauché, et celle de l’agent spécial Colin Caramel, la première agence de renseignement d’État de la Principauté, mais chuuut… Il est l’interlocuteur privilégié de l’Égide.

Ceux qui avaient agi en faveur de l’effort de guerre depuis l’étranger ne furent pas oublié.

La CGTM, Companie Gallëseante deul Transbahut su la Mér, obtient, sous le secret des affaires, de nombreuses exclusivités de fret maritime avec Carnavale, ainsi qu’une exemption totale des tarifs douaniers. De quoi lui assurer un avantage compétitif significatif en Eurysie de l’ouest et dans le golfe de Carnavale.

Par l’édit de Malfestin, la religion volignonaise fut retirée de la liste des sectes interdites à Carnavale et les persécutions religieuses cessèrent. Améthyste Castelage passa personnellement un coup de fil au président Hirville pour lui proposer la construction d’une cathédrale volignonaise à Carnavale, en signe d’amitié.

Le Drovolski et, dans une moindre mesure, le Jashuria, se virent accorder des avantages économiques conséquents : baisse des tarifs douaniers, avantage pour les appels d’offre passés par Carnavale, ainsi que plusieurs partenariats scientifiques incluant notamment la levée des brevets carnavalais trois ans avant le reste du monde.

La Transblêmie reçut en exclusivité plusieurs modèles de drones développés pendant la guerre.

Bien qu’elle n’ait pas servi à grand-chose, la Côte-Mitaine obtint des garanties de la part d’Améthyste pour discuter de la situation à Malfestin et renégocier les traités de l’Escalier, qui encadrent depuis le Chaos la militarisation de la frontière et la gestion des douanes terrestres.

L’Enclave Verte obtint privilège de gendarmerie, afin de laisser la communauté s’organiser en autogestion. Elle demeure cependant soumise au droit carnavalais et à la législation du Tribunal Populaire. Les milices Dalyoha y patrouillent et des hélicoptères passent au dessus de temps en temps, moins pour faire régner l’ordre que rappeler leur présence.

Le Grand Kah, enfin, se vit octroyer une concession pour cent ans de sa base navale au large de Bourg-Léon. Il obtint également un droit de navigation dans les eaux territoriales de la Principauté et donc un libre accès au golfe de Carnavale. Il fut tacitement acquis que le base de Bourg-Léon pourrait servir de station de communication ou d’écoute pour les Communes Unies en Eurysie, la Principauté ayant seulement exigé que les antennes soient installées en hauteur et sur un terrain dégagé de façon à se garder la possibilité de les faire sauter à coup de canon en cas de besoin.

Ainsi chacun avait reçu sa part. Carnavale récompensait ceux qui lui avaient été loyaux à la hauteur de leurs investissements. Ses dettes soldées, il ne lui restait désormais plus qu’à aller de l’avant, sous la juste tutelle d’Améthyste Castelage, princesse de la Cité noire et de la Banque.
106
aparté

- Attendez c'est n'importe quoi la temporalité là.

- Honnêtement monsieur Têtenbulle, tout le monde s'en fout.
Haut de page