
Carnavale est une Principauté côtière et marécageuse. Lentement, chaque année davantage, elle s'enfonce dans les eaux polluées du golfe. On se retranche vers l'intérieur des terres depuis si longtemps que la frontière entre la ville et les fonds marins s'est évanouie. Il se dit d'ailleurs, entre pêcheurs, qu'il y a bien longtemps Bourg-Léon n'était qu'une presqu'île.
Quand les eaux s'infiltrent et remontent des égouts pour inonder les rues, elles deviennent stagnantes et une étrange faune y apparait. Les quartiers inondés sont ces vieux quartiers de Carnavale, rendus inhabitables par la montée du niveau de la mer. Une ville entière, des passages engloutis sous l'eau trouble et empoisonnée. Les insectes et les prédateurs y sont la moindre des menaces, à tout moment la vase peut libérer une bulle de gaz et des maladies inconnues reposent dans ce bayou urbain. Certains y naviguent en quête de trésors, pénètrent sous les arches en ruine, à travers des avenues écroulées sur elles-mêmes. C'est le royaume des palais oubliés, des monuments d'un autre âge, des chefs-d’œuvres ruinés par le temps et l'humidité. Une civilisation engloutie par la sauvagerie.
Pour être l'un des lieux les plus dangereux de la Cité noire, les quartiers inondés sont également l'un des plus mystérieux. Les milices elles-mêmes répugnent à s'y rendre et on estime mal les richesses englouties dans les appartements submergés. Il y a, dit-on, assez d'or là-dessous pour racheter la Banque Castelage, mais gare à l'aventurier qui s'y perd, car la mort et la folie l'y guettent.
