26/03/2016
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RP I Activités intérieures au Fujiwa

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Activités Intérieures au Fujiwa

Ce topic est spécifiquement consacré aux activités et actions qui se déroulent à l'intérieur du Fujiwa. Ici, vous trouverez des informations sur une variété de sujets qui ne sont pas toujours couverts par les médias nationaux.
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Froide Réalité

20 Mars 2012 - Jengoon

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Le cadavre de la jeune femme reposait dans une mare de sang sur son parquet. Son ordinateur, encore allumé dans sa chambre, près de son lit, diffusait des vidéos de méditation en ligne. L'appartement, douillet et bien agencé, témoignait d'un certain confort économique. C'est le voisin, alerté par des cris provenant de l'étage, qui avait prévenu la police. Les agents de Jengoon étaient arrivés aussi vite que possible. À première vue, la jeune femme semblait avoir été la victime d'un homicide brutal: de multiples coups de couteau lui avaient été portés, une observation évidente au vu des profondes entailles qui zébraient son corps et de la quantité de sang éparpillée dans toute la pièce. La victime n'était pas une inconnue, et son meurtre allait dépasser la simple enquête de police locale de Jengoon. Étant donné le statut de la femme, c'était la Sécurité Publique, récemment déployée dans la province de Moon et envoyée par le ministère de l'Intérieur, qui se chargerait de cette affaire lugubre.

La nuit enveloppait la ville de Jengoon de son manteau sombre, et la lueur des gyrophares dessinait des ombres dansantes sur les façades des immeubles. De cette ambiance bruyante, une silhouette se détache des véhicules de police stationnés devant l'immeuble. Le commandant Takeshi Nomura, une figure emblématique au sein de la police fujiwane, vient d'arriver sur la scène du crime, son allure imposante tranchant avec le chaos ambiant. Takeshi avance avec une assurance silencieuse, ses pas mesurés résonnent sur le pavé humide. Son regard, caché derrière des lunettes teintées malgré l'obscurité, scrute les alentours avec une intensité perçante. Sa réputation le précède ; connu pour son esprit aiguisé et ses méthodes peu orthodoxes, il est le cauchemar des criminels et la légende des rangs de la police.

Alors qu'il pénétre dans l'appartement, une atmosphère oppressante s'empare de la pièce. Le contraste entre la tranquillité apparente de l'habitat et la brutalité du meurtre est saisissant. Le commandant se tient immobile, absorbant chaque détail, chaque indice, son esprit tissant déjà les fils d'une enquête. S'approchant du corps sans un mot, il s'agenouille, son regard ne manquant aucun détail des entailles et des éclaboussures de sang. Chaque trace est une pièce du puzzle morbide qu'il doit assembler. Son intuition, affûtée par des années d'expérience, commence déjà à tracer les contours d'une affaire qui s'annonçe tortueuse. « Photographiez tout. Chaque indice compte. » murmure-t-il à son équipe, sa voix à peine audible. Takeshi se releve, son regard fixé sur l'écran de l'ordinateur, où la vidéo de méditation jouait toujours, créant un étrange contraste avec la scène macabre.

- Faisant signe à son adjoint de s'approcher de lui, Takeshi lui dit, d'une voix sereine et à bas ton: « Qui est cette jeune fille? Je veux savoir pourquoi j'ai été déplacé d'urgence ici. »

- Réponse teinté d'inquiétude de la gorge de son adjoint: « C'est la fille du préfet, chef. Elle se nomme Yoo So-hee. »

- « La fille du préjet? Mmh je comprends mieux... N'allons pas trop vite en besogne, mais je vois que vous aussi vous me suivez. » dit-il en captant le regard inquiet de son adjoint.

- Kazuo, l'adjoint, regarde son commandant avec un mélange de respect et de curiosité: « Commandant, il y a des rumeurs. Des histoires de liaisons dangereuses. Vous pensez que cela pourrait être lié? »

- « La fille est devenue une victime des idéaux de son père. Tu me suis? Elle a été tuée pour punir son père. Le préfet est un fervent défenseur de l'autonomie de la province de Moon. En politique, il est devenu la cible de ses propres convictions. L'assassin a tué en réaction à ce que le préfet représente. C'est ainsi que je l'interprète. Et si nous sommes dépêchés ici à Jengoon, dans cette province, ce n'est certainement pas un hasard. Le contexte actuel influence notre enquête et ses conclusions, sois-en sûr. » Alors qu'ils se penchaient sur le corps, Takeshi remarqua quelque chose d'étrange. « Regarde là, sous ses ongles. On dirait des résidus de peau. Elle s'est défendue, a griffé son agresseur. Kazuo, fait analyser ça immédiatement. »

Tandis que son adjoint s’éloigne pour suivre ses instructions, Takeshi reste seul, absorbé par la scène. La mort de Yoo So-hee n’est pas un acte isolé. Elle est un message, une déclaration macabre adressée non seulement à son père, mais peut-être à toute la province de Moon. Takeshi sait que chaque indice, même le plus infime, pourrait révéler une vérité bien plus vaste et sinistre. La nouvelle va se répandre largement à travers les médias et journaux locaux, alors que sur le continent, elle sera traitée comme un simple fait divers.
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Froide Réalité - Part II

Jengoon

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Qui peut oublier ce meurtre sanglant survenu en mars dernier? La ville, jadis un havre de tranquillité, a été secouée jusqu'à ses fondations par cet événement macabre, un spectacle d'horreur indélébile dans la mémoire collective. C'était une jeune femme, en pleine fleur de l'âge, à peine âgée de vingt ans, victime innocente d'une machination cruelle et implacable. Sa seule erreur, si l'on peut l'appeler ainsi, était d'être la fille de son père, le préfet, une figure emblématique de l'indépendance de la province de Moon et un défenseur acharné de l'ethnie jinséenne.

Cette jeune femme, qui n'avait demandé qu'à vivre une vie normale, rencontra une fin tragique, assassinée dans un acte à la fois barbare et politique, imprégné de vengeance. Son père, symbole de résilience et de détermination face à l'adversité, se retrouva plongé au cœur d'une tragédie inimaginable. Le chagrin et la consternation se mêlaient aux rumeurs et aux chuchotements, créant un choeur de tristesse qui résonnait dans chaque recoin de la province. Les premières conjectures, orientées vers un assassinat politique, se confirmèrent avec une rapidité alarmante. La vérité, aussi amère et implacable qu'elle fût, commença peu à peu à se frayer un chemin hors des ténèbres, dévoilant un complot sinistre, ourdi dans le plus grand secret et l'obscurité la plus totale.

Takeshi Nomura, commandant et inspecteur aguerri, fut envoyé dans la tumultueuse métropole de Jengoon. Sa mission? Soutenir la police fujiwane, débordée par des défis toujours plus ardus et complexes, dans un contexte de dégradation sociale et économique. La province de Moon, naguère paisible et prospère, avait sombré sous les assauts de la pauvreté et de la criminalité, qui s'immisçaient profondément dans son tissu social.

La transformation de Jengoon, perceptible tant de jour que de nuit, était pour le moins frappante. Sous le soleil, la ville parvenait encore à maintenir une façade de normalité, dissimulant tant bien que mal les stigmates de son malaise. Mais à la tombée de la nuit, un changement radical s'opérait, plongeant Jengoon dans une dystopie urbaine. Les ténèbres faisaient de la ville le théâtre d'un conflit implacable, un champ de bataille où s'affrontaient avec ferveur diverses factions. Les rues, autrefois tranquilles, s'embrasaient sous les heurts constants entre nationalistes et groupes révolutionnaires. Ces derniers, fervents défenseurs de la cause de la minorité jinséenne, majoritaire dans la province, se battaient pour sauvegarder leur identité culturelle et leurs valeurs. La lutte pour le contrôle des quartiers s'envenimait, chaque groupe revendiquant sa portion de territoire dans ce kaléidoscope de tensions et de désespoir.

Le tragique assassinat de Yoo So-hee, jeune femme au sourire lumineux, est devenu un symbole de la situation alarmante qui régnait à Moon. Un soir, un vendredi après une journée universitaire, So-hee prit la décision de retrouver un jeune homme. Avec lui, elle avait partagé des moments tant agréables que romantiques. Éperdument amoureuse, elle ne soupçonnait pas les sombres intentions dissimulées derrière son sourire envoûtant. La soirée, débutant innocemment par un dîner au restaurant, allait prendre une tournure dramatiquement inattendue.

Légèrement éméchée, une sensation inhabituelle pour So-hee, qui était d'ordinaire très mesurée avec l'alcool, elle se sentit rapidement mal à l'aise. Consciente des dangers nocturnes de la ville, elle demanda à son compagnon de la raccompagner chez elle, cherchant un refuge dans la sécurité de son domicile.

Une fois arrivés à son appartement, le malaise de So-hee, exacerbé par l'alcool, ne fit que s'intensifier. Souhaitant mettre fin à la soirée, elle exprima le désir de se reposer sur-le-champ et prit congé de son compagnon. Mais celui-ci, mu par des intentions sombres, insista pour une proximité plus intime, ignorant les refus clairs et répétés de So-hee. Dans son état de vulnérabilité, elle ne put opposer une résistance efficace. La situation se détériora rapidement, évoluant vers une scène d'horreur indescriptible. Le jeune homme, résolu à satisfaire ses désirs égoïstes, employa tous les moyens pour étouffer les protestations de So-hee. Ce qui s'ensuivit fut un acte de violence abominable et inhumain, un viol brutal qui marqua un point de non-retour dans la descente aux enfers de cette affaire.

Paralysée par la peur et submergée par l'horreur de l'agression qu'elle venait de subir, So-hee, dans un sursaut désespéré, se mit à crier de toutes ses forces. Elle puisa dans les dernières réserves d'énergie qui lui restaient, son corps se débattant et lançant un cri déchirant qui perçait le silence oppressant de la nuit.

Yanai Shoda, l'auteur de cet acte ignoble, affichait une étrange sérénité au milieu de cette tempête d'effroi. Son but ultime n'était pas le viol abject qu'il venait de perpétrer, mais quelque chose d'encore plus. Dans un revirement soudain et terrifiant, la situation bascula vers un niveau de violence inouï. So-hee devint la cible d'une série de coups de couteau brutaux et impitoyables au niveau de sa gorge. Elle s'effondra, son corps mutilé sur le lit pour giser, inerte, sur le matelas. Le sang se répandit rapidement, peignant la pièce d'une scène macabre, un tableau d'horreur.

Dans ce chaos sanglant, le silence qui suivit les cris de So-hee était assourdissant, un contraste glacial avec la violence qui venait de se dérouler. Yanai Shoda, après avoir commis l'inimaginable, restait là, figé, observant l'étendue de son acte monstrueux.

C'était en mars de l'année passée... La capture de Yanai Shoda s'est avérée relativement aisée grâce aux traces ADN retrouvées sur la victime. C'est la Sécurité Publique qui prit les rênes de l'enquête, bien que l'inspecteur Takeshi fut le premier à fouler la scène du crime. Il se retrouvera tout de même à, lui aussi, gérer cette enquête. Dès les premiers instants, il avait pressenti la complexité de l'affaire qui se dessinait.

Durant son interrogatoire, Yanai Shoda livra des aveux qui glaçaient le sang. Le meurtre qu'il avait commis n'était pas un acte de folie impulsive, mais un crime minutieusement prémédité, alimenté par un nationalisme extrême. Sa haine profonde envers les Fujiwans d'origine jinséenne constituait le noyau de ses motivations, une animosité qu'il n'a cessé de manifester tout au long de son interrogatoire et même pendant son procès.

Ses paroles, empreintes de mépris et de fanatisme, révélèrent un individu égaré dans ses convictions extrémistes, incapable de discerner le mal de ses actes. L'inspecteur Takeshi, confronté à cet aveu glacial, se trouva face à l'une des affaires les plus déroutantes et troublantes de sa carrière, un cas où la haine irrationnelle avait conduit à un acte d'une cruauté…

Shoda, loin d'être un agresseur isolé, était en réalité membre d'un groupe de jeunes nationalistes extrémistes affiliés au culte Kataclysmic. Ce crime, bien plus qu'une simple tragédie personnelle, s'inscrivait dans un cadre plus large de tensions ethniques et politiques, reflétant de manière tragique les conséquences destructrices de l'essor de l'extrémisme idéologique au Fujiwa.

Le mobile derrière cet acte barbare était une vendetta personnelle, déformée par des idéologies pernicieuses. Yanai Shoda avait méticuleusement choisi sa victime, non pas pour une quelconque rancœur envers elle, mais parce qu'elle était la fille de l'homme qu'il exécrait. Cette haine viscérale envers le préfet, figure emblématique de l'indépendance de la province de Moon et de la résistance de l'ethnie jinséenne, avait conduit Shoda à franchir les limites. Pour lui, l'assassinat de So-hee n'était pas seulement un acte de violence ; c'était une proclamation, un message brutal envoyé au préfet et à tous ceux qui soutenaient ses idéaux politiques. C'était une manière tordue de réduire au silence une voix qu'il ne pouvait tolérer, en frappant ce que le préfet chérissait le plus au monde: sa propre fille.

C’était en mars 2012… Le silence qui régnait dans la salle d'interrogatoire après les aveux de Shoda semblait marquer la fin d'un chapitre sombre dans l'histoire de Moon. L'affaire So-hee avait secoué la communauté, laissant une cicatrice indélébile. C'était en mars 2012, un printemps teinté de sang. C'était en mars 2012, un moment gravé dans la mémoire collective. C'était en mars 2012…

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Les répercussions de l'affaire So-hee, bien que profondes, commençaient à s'estomper dans la conscience collective dans la province. L'horreur du printemps dernier avait laissé place à la routine quotidienne, à la vie qui continue malgré tout.

Nous sommes maintenant en novembre 2012. Les rues de Moon, balayées par les vents d'automne, portent les couleurs changeantes de la saison. Dans son bureau, l'inspecteur Takeshi, toujours marqué par les événements du printemps, se penchait sur ses dossiers en cours. C'est alors que son assistant entra, un dossier épais sous le bras.

« Inspecteur, le dernier rapport de la Sécurité Publique est arrivé », annonça-t-il, posant le document sur le bureau encombré de l'inspecteur fujiwan...
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Services de la Sécurité Publique et de la Police de Jengoon
Rapport sur la sécurité publique - Jengoon

Date : 27 Novembre 2012
Rapport N°JG-2012-11-27

Ce rapport a été élaboré pour approfondir la compréhension de la dégradation de la sécurité dans la province de Moon, avec un focus particulier sur la ville de Jengoon. Depuis plusieurs mois, cette ville fait face à d'intenses tensions communautaires, affectant gravement la sécurité publique de tous ses citoyens. Rédigé par les services compétents de la Sécurité Publique, dépêchés spécifiquement pour soutenir les forces de police locales - dont la contribution est également intégrée dans ce document - ce rapport, bien que potentiellement long, représente l'analyse la plus complète et actuelle de la situation à Jengoon. Je vous prie d'être attentif à chaque détail, à chaque chiffre présenté. Veuillez noter que ce rapport doit être le plus discret possible, pour des raisons évidentes de confidentialité, afin qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains. Aucune fuite ne sera admise.

Depuis l'émergence de militants, de factions et de groupuscules à caractère nationaliste, néo-impérialiste, religieux et conservateur, la ville de Jengoon, contrairement aux autres métropoles, villes et villages du pays, a connu une hausse significative de la délinquance et de la criminalité. En prenant conscience en toute bonne foi des objectifs et des raisons politiques derrière les agissements de ces perturbateurs, la conclusion d'une enquête de longue haleine a révélé qu'il y avait un objectif clair de discrimination et d'oppression envers les populations fujiwanes issues de la communauté jinséenne. Sachant toutes les raisons historiques derrière cette communauté, il apparaît évident que le caractère des actions menées par ces militants nationalistes contre les Fujiwans jinséens est purement raciste et tyrannique.

Les principales actions menées par ces perturbateurs, que nous désignerons désormais ainsi dans ce document, se manifestent le plus souvent par des dégradations et des destructions de lieux et de biens immobiliers, y compris publics, appartenant majoritairement à des propriétaires ou locataires de la communauté jinséenne. De 2010 à aujourd'hui, en 2012, les dégradations et destructions dans la ville de Jengoon ont augmenté de près de 52%. Ce chiffre est vertigineux, surtout lorsqu'il représente l'évolution sur seulement deux années. Jamais une telle hausse n'avait été enregistrée dans aucune autre province ou ville fujiwane. En outre, les vols, qu'ils soient à la tire ou avec arme, ont également augmenté de près de 21% sur cette même période de deux ans. Nous concentrerons nos statistiques uniquement sur la période de 2010 à 2012. Durant cette période, les agressions physiques ont également connu une forte augmentation, avec une hausse de 18%. La situation ne cesse de se dégrader, comme en témoignent les chiffres ainsi que les rapports des officiers de police sur le terrain à Jengoon, y compris ceux des vétérans de la police. Au-delà de ces augmentations, qui touchent pratiquement tous les aspects de la délinquance et de la criminalité – il existe d'autres chiffres, mais ils sont trop nombreux pour être tous communiqués ici, un document les recensant en détail sera joint à ce rapport –, c'est surtout l'augmentation des règlements de comptes entre plusieurs groupes qui est préoccupante. La présence de plusieurs factions d'individus en conflit est absolument inédite. Il est désormais indéniable qu'il s'agit d'une guerre communautaire.

Sachant pertinemment que nous ne pouvons pas uniquement attribuer cette situation à l’émergence des militants nationalistes, ainsi qu'aux réactions de la communauté jinséenne, il faut noter que Jengoon et la province dans son ensemble ont toujours été des régions du pays présentant des disparités socio-économiques bien plus élevées que la moyenne nationale. Cependant, selon les rapports des services de police locaux, les tensions socio-économiques se sont transformées en tensions socio-démographiques sur un fond de politique, de violence et de racisme ethnique manifeste. Par ailleurs, la pauvreté, largement répandue ici, tend à diminuer grâce aux projets économiques et sociaux lancés sous la gouvernance de l'ancien Premier Ministre, Toru Sera. Actuellement, nous devons le souligner, il s'agit d'un conflit d'envergure ethnique. Les tensions entre les différents groupes sont palpables : l'ambiance générale est empreinte d'une méfiance profonde et réciproque. Les habitants de Jengoon rapportent fréquemment, à travers la multiplication des plaintes dans les bureaux de police, un sentiment d'oppression et de peur constante lorsqu'ils se trouvent dans l'espace public, que ce soit pour accomplir des tâches quotidiennes, aller à l'école ou au travail, etc.

Revenons sur le meurtre de So-hee, la fille du préfet, une affaire qui a glaçé le sang de tous, tant par son caractère politique que par son lien avec la situation actuelle de la province. La réputation de la province de Moon a été durablement entachée, tant au niveau national qu'international. Le ministère de l'Intérieur a été très clair dans ses directives à notre égard, à la Sécurité Publique ainsi qu'aux services de police locaux : nous devons apaiser la situation en établissant un rapport de force supérieur face aux perturbateurs. D'importantes sommes ont récemment été allouées à notre équipement, et le plus surprenant est que les forces de l'ordre publiques doivent désormais collaborer avec des milices privées appartenant à certains zaibatsus. Pour rétablir la sécurité dans l'espace public, nous agirons en coordination avec les hommes de la sécurité de la corporation Arasaka. Un communiqué du ministère de l'Intérieur nous a informés que des accords, plus ou moins tacites, ont été signés entre l'État et des entités privées. Je vous prie donc à tous d'accueillir ces renforts comme il se doit et d'agir ensemble dans un but commun.

C’est à ce stade que nous devons présenter quelques conclusions d’enquêtes qui ont mené à des hypothèses significatives. La délinquance et la criminalité dans la ville de Jengoon ne se limitent plus à des affrontements isolés entre communautés nationalistes et jinséennes. D'autres acteurs, bien plus influents, se sont joints à la lutte. Les intérêts s'entrecroisent et des réseaux souterrains, à la fois économiques et politiques, se développent rapidement. Un exemple frappant est celui de l'entreprise Jangga Group, un géant de la restauration, des bars et des boîtes de nuit, dirigé par l'homme d'affaires Jang Dae. Ce groupe économique, très influent et puissant dans la région, gagne en notoriété dans sa lutte contre le nationalisme. Selon les témoignages et les enquêtes de terrain menées par nos inspecteurs de police, le Jangga Group, à travers des financements et des réunions de groupe, soutient une structure de résistance aux activités plus ou moins légales, positionnée idéologiquement contre les extrémistes nationalistes fujiwans. Le PDG Jang Dae se positionne ouvertement comme un défenseur de la communauté jinséenne face à l'oppression systémique dont elle est victime depuis plusieurs mois, voire années, en somme, depuis la chute du régime de Jinse. Un point important à noter est que la clientèle majoritaire des chaînes du Jangga Group se compose principalement de jeunes âgés de 16 à 34 ans. Naturellement, ces lieux sont des points chauds pour les soirées, ce qui est courant pour les établissements de cette entreprise. Cependant, certains de ces établissements sont devenus des lieux de rencontre pour des fins idéologiques et d’organisation, dans le but de mener des contre-opérations face aux actions des perturbateurs nationalistes. Cette situation délicate nous conduit à penser qu'il est impératif de mettre fin à ces moyens de résistance. C’est également l’une des directives émanant directement du ministère de l’Intérieur.

En conséquence, face à ce phénomène croissant de mobilisation idéologique au sein des établissements du Jangga Group, notre stratégie d'intervention doit évoluer. La surveillance et le contrôle de ces lieux deviennent une priorité. Il est essentiel d'identifier et de suivre de près les individus et groupes qui utilisent ces espaces pour leurs activités subversives. Parallèlement, il est impératif d'engager un dialogue avec les responsables du Jangga Group pour assurer que leurs établissements ne deviennent pas des foyers de résistance illégale. Une collaboration étroite avec la direction de Jangga pourrait permettre de mettre en place des mesures de sécurité appropriées et de surveiller de manière proactive les activités suspectes. Il est également crucial de renforcer nos actions de sensibilisation auprès des jeunes, en mettant l'accent sur les dangers de la participation à des activités extrémistes. Des campagnes d'information et des programmes éducatifs pourraient être développés en collaboration avec des écoles, des universités et des organisations de jeunesse. Face à cette situation complexe, notre approche doit être à la fois ferme et mesurée. L'objectif est de maintenir l'ordre public tout en évitant d'exacerber les tensions ou de porter atteinte aux libertés individuelles. La coopération avec d'autres entités gouvernementales et la société civile sera essentielle pour atteindre un équilibre entre sécurité et respect des droits de chacun.

Nous souhaitons également souligner un aspect important concernant l'image publique. La confiance de la communauté jinséenne envers nos activités policières a considérablement diminué, en particulier depuis le déploiement de nos hommes de la Sécurité Publique. Les cas d'outrage à agent ainsi que la résistance verbale et physique sont en augmentation, et chaque agent doit être conscient de l'impact de ses actes. À l'ère où tout est enregistré et filmé, la haute hiérarchie exige de tous un comportement exemplaire lors des patrouilles diurnes. Nous vous demandons de montrer une approche modérée pendant les journées de travail. La majorité des opérations se déroulera de nuit, pour plus de discrétion et afin d’intervenir efficacement lorsque la ville s'anime avec diverses activités criminelles. Le ministère de l’Intérieur est conscient de la situation et souhaite agir rapidement et fermement pour contrer toute forme de rébellion, mais cela doit être fait avec la plus grande discrétion et professionnalisme. Les écarts de conduite seront évalués et tolérés selon les circonstances. Il est essentiel de faire preuve de solidarité entre agents de police dans ces moments critiques.

Pour assurer l'efficacité de nos interventions et le maintien de l'ordre public, il est impératif que chaque membre des services de police soit pleinement en phase avec les instructions données. La cohésion et l'unité au sein de nos équipes sont cruciales pour faire face aux défis actuels. Toute collaboration ou complicité avec les délinquants ne sera pas tolérée et entraînera des conséquences sévères. Il est de notre devoir de maintenir l'intégrité et le professionnalisme de nos forces de l'ordre. Les sanctions pour ceux qui trahissent notre confiance et collaborent avec les éléments criminels ne seront pas seulement professionnelles, mais auront également un impact durable sur leur vie personnelle. Nous nous engageons à maintenir la plus haute éthique professionnelle et à prendre des mesures disciplinaires strictes en cas de non-conformité. La responsabilité de chaque agent est non seulement envers le service, mais également envers la communauté que nous servons. Nous ne pouvons permettre que le comportement de quelques-uns entache la réputation de l'ensemble des forces de police et mette en péril la sécurité des citoyens. La surveillance interne sera renforcée pour détecter toute forme de collaboration illicite. Nous encourageons également une culture de transparence et d'intégrité, où chaque membre du personnel se sent responsable de signaler tout comportement suspect ou inapproprié. La confiance du public en nos services est essentielle et ne doit pas être compromise.

Une conférence de presse générale sera organisée pour informer les médias de la situation actuelle. Le Commissaire général, Monsieur Toshikata Hara, de l'Agence Nationale de Police, prendra la parole devant les journalistes. Ce rapport est destiné exclusivement aux officiers de rang commissaire et inspecteur en chef. Ainsi, vous êtes habilités à informer vos unités et sections du contenu de ce rapport, tout en veillant à ne pas divulguer d'informations excessives. Les documents confidentiels joints à ce rapport ne doivent, sous aucun prétexte, circuler librement ou être divulgués par quelque moyen que ce soit. La situation est déjà assez délicate à dissimuler en l'état...

En conclusion, cet état des lieux complexe exige de chacun de nous un engagement total et une adhésion stricte aux directives établies. Votre rôle est crucial pour guider vos équipes avec discernement, tout en préservant la confidentialité des informations sensibles. La situation à Jengoon et dans la province de Moon nécessite une vigilance accrue et une coordination efficace à tous les niveaux. Restons unis dans notre mission de maintenir l'ordre et la sécurité, tout en respectant les principes de notre institution.


Annexe A - Statistiques détaillées sur la criminalité à Jengoon (2010-2012)

  • Graphiques de l'évolution des délits
  • Tableaux comparatifs avec les statistiques nationales et régionales
  • Analyse des tendances de la criminalité

Annexe B - Profils des groupes perturbateurs identifiés

  • Description des factions nationalistes
  • Historique des groupes
  • Objectifs et tactiques

Annexe C - Rapports d'incidents et témoignages

  • Rapports d'incidents majeurs
  • Témoignages de victimes et témoins
  • Rapports des policiers sur le terrain

Annexe D - Analyse de l'impact socio-économique sur la criminalité

  • Étude des disparités socio-économiques
  • Contributions d'experts en sociologie et économie
  • Corrélation entre pauvreté et criminalité

Annexe E - Détails sur les opérations de la Sécurité Publique et des forces de l'ordre

  • Stratégies et tactiques employées
  • Collaboration avec d'autres entités
  • Mesures de sécurité mises en place

Annexe F - Directives et protocoles pour les agents de police

  • Directives de conduite pour les patrouilles de jour
  • Protocoles d'intervention
  • Politiques de gestion des relations communautaires

Annexe G - Analyse du rôle du Jangga Group dans la situation actuelle

  • Enquête sur les liens du groupe avec la résistance
  • Impact sur les jeunes et les activités idéologiques
  • Mesures prises par Jangga Group

Annexe H - Compte-rendu préparatoire de la conférence de presse

  • Points clés pour la conférence de presse
  • Stratégie de communication
  • Messages clés à transmettre

Signé par

Commissaire Kunikazu Hori
Sécurité Publique

Sécurité Publique
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Toru Sera Revient au Fujiwa: Un Nouveau Visage pour un Renouveau Progressiste

Septembre 2013

Toru Sera micro


L’amphithéâtre de l’Université de Sciences Po de Sokcho était bondé ce matin, une situation inhabituelle même pour une institution de cette envergure. La présence de Toru Sera, ancien Premier Ministre, avait attiré une foule hétéroclite, des étudiants aux diplomates, en passant par des journalistes avides de saisir chaque mot de cet homme remarquable. Toru Sera, 67 ans, désormais résident de Pradipta, avait fait le voyage de retour dans son pays natal pour une occasion particulière.

Il entra, vêtu d’un costume sobre mais élégant, et imposa le silence par sa seule présence. Il y avait dans l’air quelque chose de lourd, presque palpable, une tension diffuse mêlée de respect et d’anticipation. Sera commença son discours avec une assurance tranquille, celle qui le caractérisait, celle d’un homme habitué à parler et à être écouté. Les regards étaient fixés sur lui, les oreilles tendues vers ses mots. Il parlait d’une voix calme, posée, presque détachée.

« Mes chers concitoyens,

Il est temps de prendre conscience de l’état alarmant de notre société. En tant que citoyen soucieux, je me dois de vous parler honnêtement. Notre nation traverse une période caractéristique, et il est impératif que nous nous réveillions face à la montée inquiétante de certaines idéologies extrêmes.

Aujourd’hui, nous vivons dans une époque où la technologie et la modernité sont omniprésentes. Un soldat moderne équivaut à deux mille guerriers d’antan, mais sur le plan philosophique, nous n’avons guère évolué depuis Démocrite. Nous nous laissons séduire par des chimères, vivant dans des maisons stylisées par des designers célèbres, tout en restant mentalement ancrés à une époque préhistorique.

Nous sommes englués dans une médiocratie, une société où la médiocrité et la superficialité dominent. Dans nos quartiers, l’humanité se fait rare. Le respect, l’amour et la fraternité sont devenus des valeurs en voie de disparition. Nous vivons une crise de l’humanité, et il est grand temps de remettre ces valeurs au centre de notre société.

Face à la montée de ces idéologies de division, nous nous cachons derrière des pseudonymes, surfant sur les réseaux sociaux, fuyant la réalité. Nous nous inventons des vies, mais perdons de vue l’essentiel. Cette existence virtuelle nous manipule et nous éloigne de ce qui est réel et important. Nous sommes hypnotisés par des écrans qui nous abrutissent et nous détournent de la vérité.

Médiocratie, médiocrité! Frères humains, nous devons retrouver notre humanité. Cela commence par réapprendre à aimer, à respecter, à fraterniser. La montée de ces pensées de rejet nous divise et nous affaiblit, alors que l’unité et la solidarité sont les véritables forces d’une nation. La discrimination des minorités est croissante, et cela doit cesser.

Sous nos plages de tranquillité apparente se cachent des pavés de mécontentement et de désespoir. Nous vivons dans un enfer climatisé, bercés par des nouvelles qui nous endorment et des informations qui nous désensibilisent. La confusion règne, et nos aspirations sont déformées.

Il est temps de se demander si nous pouvons espérer un réveil. Devons-nous attendre un miracle ou devons-nous agir dès maintenant pour changer notre avenir? Nous devons croire en un avenir meilleur, où le soleil ne brille pas seulement sur nos calendriers, mais aussi dans nos vies.

Médiocratie, médiocrité! Frères humains, réveillez-vous! Redonnons vie aux valeurs fondamentales de respect, d’amour et de fraternité. Ensemble, nous pouvons renverser cette tendance dangereuse et reconstruire une société digne de ce nom.

Il en va de notre avenir à tous. Il en va de notre humanité.

Avec espoir et détermination. »

Le discours de Toru Sera, riche en métaphores et en réflexions philosophiques, ne laissa personne indifférent. Dès le début, l’homme d’influence posa un diagnostic sans concession sur l’état actuel de la société fujiwane. Il dépeint une nation embourbée dans une « médiocratie », où la superficialité et la médiocrité semblent avoir pris le dessus sur les valeurs fondamentales de respect, d’amour et de fraternité. Sera mit en lumière un paradoxe frappant: malgré les avancées technologiques, l’évolution philosophique et humaine stagne dangereusement.

Il dénonça la montée des idéologies extrêmes et divisantes, une tendance qu’il observait avec une profonde inquiétude. Les réseaux sociaux, selon lui, exacerbent cette division, nous poussant à vivre des vies fictives tout en fuyant les réalités cruciales. Son usage répété du terme « médiocratie » soulignait un système où la médiocrité était non seulement tolérée, mais encouragée. Par cette critique acerbe, il appelait ses concitoyens à se réveiller et à retrouver leur humanité perdue.

La référence à Démocrite et l’allusion aux « plages de tranquillité apparente » sous lesquelles se cachaient des « pavés de mécontentement et de désespoir » démontraient la profondeur de sa réflexion. Sera ne se contentait pas de critiquer, il proposait une introspection collective sur les valeurs qui devaient guider la société. Son discours était une invitation à dépasser la superficialité pour renouer avec des valeurs plus profondes et plus authentiques. Pour « un enfer climatisé » et « une existence virtuelle » critiquait la désensibilisation progressive de la population face aux réalités socio-politiques. Cette métaphore puissante décrivait un état de confort trompeur qui masquait une aliénation profonde. En appelant à une réévaluation des aspirations et des objectifs, l’ancien Premier Ministre cherchait à réveiller une conscience collective assoupie par le confort matériel et les distractions technologiques.

Chaque mot, chaque phrase semblait pesée, mesurée, comme une pierre ajoutée à l’édifice de son argumentation. La salle, silencieuse, absorbait ses paroles, conscient qu’il ne s’agissait pas seulement d’un discours, mais d’un appel, un cri de réveil lancé à une société endormie. Et en cet instant, dans l’amphithéâtre rempli, chacun se sentit interpellé, comme touché par une vérité que l’on connaissait, mais que l’on avait oubliée.

Mais après ce discours qui avait captivé l’entièreté de l’amphithéâtre, Toru Sera fit signe à un autre homme de le rejoindre sur l’estrade. Cet événement inattendu retint l’attention de toute l’assistance. L’écrivain et essayiste Koji Omura monta alors sur scène aux côtés de l’ancien Premier Ministre. Bien connu dans le paysage public fujiwan, mais restant généralement discret, rien ne laissait présager une telle apparition aujourd’hui. Dans le milieu académique, Koji Omura est reconnu pour ses contributions littéraires, sociologiques et philosophiques significatives au sein des sciences sociales. Sa présence ici témoignait d’une volonté clairement démontrée par la suite de la séance. Koji Omura se présenta alors devant l’audience.

« Merci pour votre accueil, mille fois merci. Je ne suis pas de ces hommes qui méritent tant d’honneur. Avec mon cher ami, Monsieur Sera, nous nourrissons des espoirs qui pourraient redonner vie aux valeurs fondatrices de notre régime. Nos valeurs de démocratie, d’humanité et de fraternité, qui ont émergé des ruines de l’Empire dans les années 60. Vous qui m’écoutez, je comprends votre désenchantement face à la situation dégradante: une confiance envers la politique qui s’effrite, une discrimination systémique à l’encontre des Fujiwans Jinséens en province de Moon, une montée de l’intolérance vis-à-vis de nos frères Stranéens, et cette absurde ambition de reconquête impériale.

Notre modeste existence ne mérite pas de causer du tort à autrui. Le Fujiwa et son drapeau incarnent l’histoire même d’une reconstruction et d’une union des deux cultures qui ont prospéré historiquement sur ces terres. La fusion de ces cultures a donné naissance au Fujiwa. Fini les catégorisations de: celui-ci a une ascendance aichie, et l’autre jinséenne. La Constitution de notre cher pays affirme que nous ne formons qu’un seul peuple.

Je m’appelle Koji Omura, et aujourd’hui, aux côtés de Monsieur Toru Sera, je porte l’absolue volonté d’un front humaniste face à l’adversité nationaliste et impérialiste. Ces valeurs d’intolérance, fondées sur des critères moraux futiles, ont gangrené le pouvoir des politiques et de leurs contributeurs avides, nos industriels. Ne prenez pas mes paroles comme une vulgaire caricature de moi-même. Il est difficile de ne pas tomber dans la caricature face aux populistes, et je n’ai pas la prétention d’établir une hiérarchie morale ou de faire la morale. La contrainte avec la morale, c’est qu’elle est toujours celle des autres.

Ma présence ici se justifie par une volonté claire de renouveau politique contre les puissants. L’opposition sociale incarnée par le Cercle Socialiste a perdu de sa splendeur, et le Parti de l’Aube, fondateur de notre démocratie, a lui aussi perdu sa boussole, flirtant avec les valeurs d’intolérance. Ce n’est plus le pays que nous reconnaissons. Et si les Fujiwans sont des êtres capables de discernement, ô combien je sais que beaucoup ne sont absolument pas satisfaits de la situation actuelle, par pur manque d’alternative.

Le silence assourdissant de l’actuel Premier Ministre est, à mes yeux, le symptôme d’un profond malaise, révélateur de son incapacité à gérer la situation actuelle. Cela renforce, d’une part, les idéologies que nous souhaitons combattre et, d’autre part, l’apathie générale de nous, citoyens. Ainsi, Monsieur Kojima se transforme en une sorte de pantin mal articulé, contrôlé par les industriels et les nationalistes. Ce duo infernal inflige trop de souffrances et empêche tout sursaut. Lorsque la médiocrité devient notre quotidien, nous commençons à nous y complaire, cessant de regarder l’horizon à chaque réveil. Nous baissons les yeux, nous refermant sur nous-mêmes.

Cependant, gardez espoir, car nous possédons des leviers de pression extraordinaires, les plus puissants de notre pays: la presse libre et l’expression culturelle. Avec ces deux fers de lance, nous pouvons entreprendre la reconquête de l’humanité, reconstruire une société qui intègre chacun de nous. Finissons-en avec les valeurs qui causent du tort, de la souffrance et de l’impunité. Faisons place à l’amour, à la fraternité et au contact universel. Car c’est ce que représente notre drapeau, la fleur qui a renouvelé notre pays sous les couleurs de la démocratie.

Nous y croyons, vous y croyez, et nous y parviendrons. Demain, c’est l’espoir qui gouvernera. »

Après l’intervention des deux hommes, la masse qui composait l’amphithéâtre se mit à applaudir d’une manière qui montrait qu’elle avait bien intégré la teneur des mots prononcés. Le sentiment qui en ressortait n’était pas nouveau ; il avait toujours été là, au fond des Fujiwans présents. Simplement, il s’était enfoui au plus profond d’eux, attendant la petite impulsion pour remonter à la surface. Tel un albatros réveillant le marin avant que son bateau ne s’échoue sur des rochers trop grands, trop forts… avant de sombrer. C’est exactement ce qui s’était produit cet après-midi.

Capturé par les caméras de télévision, l’événement fut retranscrit avec fidélité. Toru Sera était revenu pour un coup de théâtre dont seul lui avait le secret, sans doute grâce à son expérience politique mais aussi personnelle. L’ancien Premier ministre retournerait à Pradipta, au Negara Strana, pour continuer de porter sa voix dans les milieux académiques stranéens. Koji Omura, quant à lui, venait de devenir aux yeux de tous la figure potentielle d’un mouvement politique et culturel d’opposition aux influences impérialistes et aux dominances économiques qui minent la vie de certains. Un combat idéologique se profilait dans un Fujiwa affichant une façade de pierre, inébranlable malgré le bronx apparent.

Koji Omura
Koji Omura devant l'assemblée

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Le Premier des Derniers

Mars 2014

Shinzo Sato Speech election


Les élections législatives actuelles au Fujiwa captivent l’attention de la nation entière, tant leur importance semble cruciale, potentiellement les plus significatives depuis la démocratisation du pays. Un niveau d’indécision sans précédent caractérise les sondages, laissant les analystes face à une incertitude abyssale sur l’issue de cette confrontation électorale. Qui, parmi les candidats, s’arrogera les commandes du gouvernement et endossera la responsabilité de Premier ministre? Actuellement, Shinzo Sato, incarnation d’un nationalisme renaissant qui se diffuse à travers les provinces, est bien placé pour s’emparer de la direction du pays. Dirigeant le Kōdō, un parti conservateur et nationaliste, il est régulièrement cité comme le probable prochain Premier ministre. De nombreuses personnes s’interrogent déjà sur les répercussions qu’aurait sa victoire potentielle sur le Fujiwa et ses relations avec le Nazum.

Ce dernier jour de mars, juste une semaine après l’ouverture de la campagne, Shinzo Sato se présente naturellement comme candidat dans le premier district de la métropole de Miyako, où il domine la scène politique depuis longtemps. Déterminé, il aspire à nouveau à un mandat parlementaire, animé par la volonté ferme de consolider son influence et de mener son parti vers de nouveaux triomphes électoraux.

Shinzo Sato s’avance vers la place Hotta, dominée par la statue imposante de l’ancien général éponyme, figure marquante de l’armée d’Aichi. Ce général, architecte majeur de la déportation de nombreuses familles stranéennes, les avait contraintes à une existence laborieuse dans les usines de Miyako. Ce jour-là, une foule fervente et dense l’attendait, agitant les drapeaux du Fujiwa ainsi que ceux du mouvement Kataclysmic, leurs visages éclairés par une ferveur tangible, révélant leur impatience de saluer leur leader. Shinzo Sato, prenant place sur l’estrade, se retrouvait face à une marée humaine déterminée à le suivre sans condition. Saluant l’assemblée d’un large sourire, il ressentit une poussée d’adrénaline, se percevant, l’espace d’un instant, presque comme le souverain de ce monde, porté par l’euphorie collective et un soutien sans faille.

Face à la foule, il lança un retentissant « Banzaï ! », levant les bras dans un geste qui visait à galvaniser davantage ses partisans. Leur réponse en écho transforma l’espace en une chambre de résonance puissante. Ici, le cri de « Banzaï », habituellement réservé aux célébrations impériales pour souhaiter « Longue Vie à l’Empereur », revêtait une signification profonde. Loin de toute festivité, c’était une charge patriotique intense qui imprégnait l’air, affirmant une loyauté inébranlable à une vision précise de la nation.

Imprégné d’une aura mêlant joie et une invincibilité presque surnaturelle, Shinzo Sato débuta son discours de campagne. Il apparaissait transcendé, comme si une grâce ineffable l’avait touché. Sa voix claire et puissante résonnait à travers la place.

« Mes chers Fujiwans, le ciel de notre Fujiwa s’assombrit. Nous devons le défendre contre les trahisons qui le menacent. À ceux qui osent souiller l’héritage de notre Empereur, que les Dieux vous exterminent sans pitié ! À vous, les fidèles luttant avec loyauté… » Il marqua une pause, son regard balayant l’assemblée, « moi, Shinzo Sato, je vous salue humblement. » En prononçant ces mots, il adopta un salut traditionnel, les bras le long du corps, s’inclinant profondément devant la foule nombreuse.

Soudain, un vent fort balaya la place, portant un cri de rébellion: « Mort à l’Empereur ! Mort aux chiens ! » La voix d’un manifestant solitaire, chargée d’un accent prononcé, dominait les murmures et les cris. La foule s’écarta brusquement tandis qu’un sac traversait l’air pour atterrir avec un bruit sourd aux pieds de Shinzo Sato. Un frisson collectif parcourut l’assemblée, et un silence glacé s’abattit sur tous.

Un agent de sécurité bondit en action, ses ordres urgents perçant l’air: « Reculez ! Reculez maintenant ! » Sato, déséquilibré, tenta de repousser le sac avec un coup de pied, mais il était déjà trop tard. L’explosion se déclencha dans un éclair aveuglant, engloutissant tout dans un épais nuage de fumée blanche. La déflagration fit chuter les personnes les plus proches, les repoussant violemment.

« Courez ! Partez ! ». La panique se propagea rapidement, les cris et les ordres se fondant dans un chaos indistinct. Il était évident que ce n’était pas un accident – Shinzo Sato était la cible. Dans cette confusion, il n’y avait pas de place pour la réflexion, seulement l’impératif de fuir pour sa sécurité.

Dès l’incident, les gardes de sécurité, drapés dans leurs costumes noirs, se précipitèrent sur scène pour protéger Shinzo Sato et évaluer son état. D’autres tentaient de maîtriser la foule du mieux possible, écartant les caméras des journalistes et les curieux trop envahissants. Pendant ce temps, un sympathisant avait repéré l’auteur de l’attaque et s’était rué sur lui dans le tumulte, le saisissant avec force.

L’assaillant, bien que résistant, fut finalement maîtrisé par le service de sécurité qui, avec une froideur professionnelle, le plaqua sous une estrade proche, contrôlant la situation avec une efficacité redoutable.
...

Dans la confusion tumultueuse qui s’empare de la place Hotta, Shinzo Sato demeure étendu, une silhouette presque grotesque parmi les débris. Les gardes, autour de lui, sont des ombres en mouvement, figées par l’urgence. Sato, lui, est immobile, ses traits déformés par la douleur, son costume autrefois impeccable maintenant souillé par le sang qui s’échappe de plusieurs blessures ouvertes. Sa respiration est un sifflement rauque, laborieux, comme s’il luttait contre la brume épaisse de la mort qui cherche à l’engloutir.

Ses yeux, habituellement vifs, sont voilés par un voile de souffrance et de confusion. À ses côtés, un médecin, appelé d’urgence, s’affaire avec une précision mécanique, ses mains gantées sondant la gravité des blessures avec une détachement professionnel. Il y a quelque chose d’irréel dans la scène, un contraste marqué entre l’urgence des gestes médicaux et la quiétude morbide qui semble envelopper Sato. Les plaies sont profondes, des éclats métalliques incrustés dans la chair, témoins silencieux de la violence de l’explosion. Le sang continue de couler, tachant le pavé de notes écarlates, tandis que les aides tentent désespérément de juguler l’hémorragie. Chaque mouvement est un défi à la mort qui rôde, chaque seconde une lutte pour rester ancré dans le monde des vivants.

Au milieu de cette cacophonie de cris et d’ordres, Shinzo Sato semble se retirer dans un espace intérieur où la douleur et le chaos ne peuvent plus l’atteindre. Sa conscience flotte, accrochée à des fragments de pensée, des échos de son discours, des visions de foules acclamant son nom. Mais ici, sur le sol froid, ces échos se transforment en murmures lointains, et le voile de l’obscurité s’abaisse lentement sur ses yeux, emportant avec lui la clarté du jour.

Sur la place Hotta, la tension s’accroît à nouveau, chaque mouvement et chaque cri contribuant à un tableau presque surréaliste, que même un dramaturge aurait peiné à imaginer. La garde rapprochée, maintient au sol l’auteur présumé de l’attentat, une présence menaçante et rassurante à la fois pour la foule rassemblée. Autour, les sympathisants Kataclysmic, fidèles à Shinzo Sato, manifestent leur indignation envers celui qu’ils voient comme la cause directe de cette calamité.

Trois nationalistes, leurs badges flamboyants témoignant de leur affiliation, exacerbent la tension par leur comportement véhément. Ils tentent de s’approcher de l’assaillant, leurs gestes animés par une colère difficilement contenue. Face à cette menace imminente, deux policiers s’interposent avec une résolution ferme, leur présence seule étant insuffisante pour dissiper l’intensité croissante de la situation. La scène devient encore plus irréaliste lorsque des renforts de police arrivent pour maîtriser ces trois agitateurs. Avec une précision et une force méthodiques, ils les immobilisent, transformant ce qui était une intervention de sécurité en un spectacle public de contrôle de l’ordre. L’accusation d’« entrave aux affaires de l’État » est prononcée à haute voix, résonnant étrangement au milieu des autres sons de la place.

Dans ce chaos, la distinction entre la réalité et la mise en scène semble s’effacer. Les observateurs, tant sur place que via les médias, sont captivés par l’intensité dramatique de l’événement, un mélange de politique, de loyauté et de violence. La gravité de l’accusation portée contre les nationalistes rajoute une couche de sérieux à l’événement, rappelant douloureusement que derrière cette théâtralité se cache une véritable lutte de pouvoir et d’identité au sein du Fujiwa. Alors que la poussière retombe et que les cris s’estompent, le tableau complet de cette journée se dessine lentement, chaque participant, volontaire ou non, ayant joué un rôle dans cette représentation involontaire de la discorde civile. Le spectre de cette journée continuera de hanter la place Hotta, un lieu désormais marqué par les traces d’un conflit qui dépasse les simples individus impliqués.


Quelques heures plus tard...

Dans la sobre atmosphère du commissariat de la Deuxième Rue de Miyako, une conférence de presse se déploie sous les lumières crues. Le porte-parole de la police, accompagné par le maire Ito et d’autres dignitaires municipaux, s’avance, incarnant l’engagement des autorités locales envers la sécurité publique. La présence conjointe de ces représentants souligne la solennité de l’occasion. Le porte-parole, d’une voix ferme, articule les faits déroulés, énumérant les arrestations effectuées suite à l’attaque qui a secoué la ville. Chaque mot, pesé avec précaution, vise à informer sans alarmer outre mesure. Le ton se veut rassurant mais sous-tendu d’une sévérité nécessaire, reflétant la tension palpable dans la salle.

Puis, le procureur prend la parole, ses termes choisis avec une précision, illustrant la détermination des autorités à poursuivre les responsables. Il confirme que le suspect principal est détenu sous plusieurs chefs d’accusation, notamment tentative de meurtre et trouble à l’ordre public. Il souligne la possibilité d’accusations supplémentaires de conspiration, révélant ainsi la profondeur potentielle de la trame derrière l’attentat. Son annonce qu’une enquête de haute priorité est lancée et que les mesures de sécurité seront renforcées pour le reste de la campagne électorale met en lumière une reconnaissance tacite des failles dans les protocoles actuels.

Lorsqu’il aborde le bilan humain de l’attaque, le silence se fait plus dense: un mort, douze blessés mineurs, et deux blessés modérés. Et alors que le procureur révèle l’identité du décédé, Shinzo Sato, un murmure de consternation traverse l’assemblée. Le choc est palpable, la réalité de la perte se matérialisant cruellement devant les yeux de tous. Avec une gravité mesurée, le procureur extrait un papier, le dernier communiqué de l’hôpital, officialisant le décès de Sato. Ce document, lu à haute voix, marque non seulement la fin de la vie d’un homme mais aussi d’une certaine vision politique et d’un espoir pour beaucoup. Les mots, bien que délivrés avec professionnalisme, portent en eux une lourdeur, un final sombre pour une journée marquée par la violence et la perte.

Communiqué Officiel de l’Hôpital de la Septième Rue

Date: 2014/03/30

À l’attention de :
Le Bureau du Procureur,
Les services de presse,
La population de Fujiwa.


Objet: Décès de M. Shinzo Sato

Nous, l’administration de l’Hôpital de la Septième Rue, avec une profonde tristesse et une grande responsabilité, devons annoncer le décès de M. Shinzo Sato, survenu le 30 mars à 12h23. Malgré tous les efforts déployés par notre équipe médicale, M. Sato n’a pas survécu aux blessures subies lors de l’attaque sur la place Hotta.

M. Sato a été admis à notre établissement en état de choc critique, présentant des blessures multiples dues à l’impact de l’explosion, notamment des traumatismes contondants et des lésions par éclats d’objets. Les principales complications qui ont conduit à son décès incluent une hémorragie interne massive et des lésions irréversibles des organes vitaux. Malgré une intervention chirurgicale d’urgence et des soins intensifs continus, la dégradation de son état était telle que la récupération est devenue impossible. À son arrivée, une équipe médicale complète a été mobilisée pour traiter les multiples urgences présentées par M. Sato. Des procédures avancées de réanimation ont été tentées, et toutes les mesures médicales possibles ont été prises pour stabiliser son état. Les spécialistes impliqués ont inclus des chirurgiens, des anesthésistes, et des médecins de soins intensifs.

Ce décès est non seulement une perte tragique pour sa famille et ses proches mais représente également une grande perte pour la communauté du Fujiwa. Un rapport détaillé des circonstances médicales entourant son décès a été documenté et est tenu à la disposition des autorités compétentes pour toute enquête ultérieure.

Nous exprimons nos plus sincères condoléances à la famille de M. Sato, à ses amis, et à tous ceux affectés par cette tragédie.

Signé,
Dr Denbe Atashi,
Directeur de l’Hôpital de la Septième Rue

Cette journée s'inscrit dans la mémoire collective du Fujiwa comme un reflet sombre de son passé récent. Elle ravive le souvenir d'une époque révolue où les assassinats politiques ponctuaient la vie publique, rappelant l'incident tragique de l'année précédente avec l'assassinat d'un député socialiste en mai. C'est dans ce contexte que TokuToku, une journaliste de renom, partage son analyse lors d'un entretien poignant: « Dans chaque pays, il existe des individus aux griefs personnels, aux troubles psychologiques, ou affiliés à des groupes politiques fanatiquement opposés aux actions d'un politicien. Une fois le précédent établi, la question se pose : "Pourquoi ne pas le refaire?" » Sur les forums et les réseaux sociaux, le parti Kōdō est en deuil, pleurant la perte tragique de leur leader tout en s'adressant à ses partisans avec des excuses et des assurances. Ils promettent de poursuivre la campagne électorale avec vigueur, appelant à une élection interne rapide pour désigner un successeur à Shinzo Sato, ne voulant pas perdre de temps dans leur quête législative.

Cependant, l'identité de l'auteur de l'attaque demeure un mystère que la presse s'acharne à résoudre, alimentée par des rumeurs insistantes sur l'origine étrangère de l'assaillant, trahie par son accent. Les théories conspirationnistes abondent, évoquant la possibilité d'un agent kah-tanais, stranéen, ou même un membre du Masagaesa. Néanmoins, les pistes les plus crédibles mènent vers un individu d'Hoebok, groupe considéré terroriste et responsable des violentes émeutes dans la province de Moon en 2013. Si ces soupçons s'avèrent fondés, cela marquerait la première fois que ce groupe frappe aussi loin de ses bases traditionnelles, soulignant une escalade inquiétante dans leur capacité à atteindre des cibles de haute importance, même si l'opération elle-même révèle les failles de sécurité inhérentes aux rassemblements politiques, où la proximité avec le public laisse souvent place à une vulnérabilité criante.

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Dialogues en Clair-Obscur: Sera sur les Ondes

Mai 2014

Toru Sera radio


« Personnellement, je n’ai rien contre eux, à moins que leurs discours ne prônent la haine. Je comprends qu’il s’agit d’un combat contre des valeurs morales qui foulent aux pieds la dignité humaine. Mais vraiment, n’existe-t-il pas de meilleure solution? Je connais bien le dicton "on ne peut pas faire d’omelettes sans casser des œufs", mais ici, il est question du meurtre de trois policiers lors de la dernière attaque… Shinzo Satō, je ne l’apprécie guère, vous vous en doutez. Mais enfin, il vient d’être assassiné en pleine rue par ces mêmes individus, ceux d’Hoebok. Je ne prétends pas donner de leçon de morale, ni dire comment agir. C’est juste que pour cette cause, que je défendrais moi-même jusqu’à sa résolution, cela s’avère absolument contre-productif. Violence, sang, cadavres – c’est une image graphique pour les Fujiwans. Cela l’est aussi pour les Jinséens face aux autorités, mais la différence, c’est la mort. Il n’y a pas eu de morts du côté jinséen, et c’est souvent une ligne rouge. Un leader politique et trois policiers tués avec préméditation… Quelle sera la prochaine étape? » a déclaré de manière désabusée Toru Sera, ancien Premier ministre installé au Negara Strana mais de retour au pays pour une émission de radio exclusive.

« Il est évident, à mon humble avis, que les agissements d’Hoebok ont consolidé les nouvelles forces de droite qui viennent de monter au pouvoir, à savoir la formation Kōdō. Vous en pensez quoi ? » rétorqua l’animateur radio, l’un des plus suivis de la province de Kantô.

« La situation est manifestement claire. Bien sûr, elle est claire. La question de Moon a polarisé la société fujiwane et vous savez que je suis convaincu qu’elle aura aussi un impact sur le Nazum du Sud-Est. Nos voisins ne disent pas grand-chose, mais je peux vous assurer que les Stranéens ne sont pas fiers de ce qui se passe. Cela résonne avec leur propre histoire. Les autorités restent plutôt silencieuses, mais imaginez qu’une telle question puisse compromettre des initiatives diplomatiques déjà en cours? Le Fujiwa est récemment connu pour sa diplomatie efficace avec le Sud-Est, le Wanmiri, et tout semble bien fonctionner. Mais tout cela pourrait également basculer… » protesta Toru Sera, le visage sombre.

Dans cette émission réputée pour sa simplicité et son ambiance décontractée, tenue dans un vieux local modeste sans prétention, mais qui reste l'une des plus écoutées en soirée dans la province de Kantô, les auditeurs ont été surpris par un entretien exclusif avec une personnalité influente. Il s'agissait en effet de Toru Sera, l'ancien Premier ministre. L'étonnement était présent, mais pas aussi intense que s'il avait concerné une autre figure, surtout politique. Habituellement, les micros de la radio Kaku^^ accueillent des personnalités du monde culturel, mais cette fois, avec Toru Sera, les fidèles auditeurs n'étaient que modérément surpris. Ceux qui connaissent bien le caractère de Toru Sera savent qu'il est resté une personne simple après sa carrière politique, préférant retrouver un mode de vie normal.

Dans cette ambiance cosy et chaleureuse, le sujet de ce soir n'était toutefois pas de cet avis. Toru Sera, de retour pour un passage dans le pays, avait un agenda bien chargé d'activités prévues pendant son séjour. Un séjour qui coïncide, non sans un certain symbolisme, juste après les élections législatives, comme pour signifier que ses valeurs, portées par ses anciens compagnons de route politiques qui n'ont pas triomphé, reprennent du service dans le camp de l'opposition. Et même si cette nouvelle droite conservatrice a remporté la victoire, lui ne compte pas rester inactif. Il prend la tête du mouvement d'opposition, bien qu'il ne soit plus directement sur les bancs de la Diète. Une vie curieuse, une stratégie étrange, peut-être surprenante, mais pas dénuée de sens. Repartir en campagne juste après une défaite, une campagne qui pourrait durer cinq ans, durée d'un mandat, voire moins, qui sait ce qui pourrait encore arriver ici au Fujiwa.

Pendant près d'une heure, l'animateur Rokuda Shoko, accompagné de sa fidèle co-animatrice Waki Masa, a discuté avec l'ancien Premier ministre des politiques qu'il a menées autrefois, des défis actuels et futurs du pays, ainsi que de sa nouvelle vie au Negara Strana et de ses projets futurs. La rencontre, imprégnée de confidences personnelles, a renforcé l'affection que portent hommes et femmes à Toru Sera, connu pour parsemer ses interventions d'anecdotes légères, insérées avec subtilité dans des commentaires plus sérieux ou des satires bien placées. L'actualité n'a pas été mise de côté lors de l'émission, revenant notamment sur l'engagement récent de Toru Sera en faveur de la province de Moon et de la communauté jinséenne. Ses prises de position sur la résistance s'organisant dans la région et ses commentaires sur les récentes actions du groupe Hoebok ont certainement suscité des réactions parmi l'audience, soulignant la complexité des enjeux discutés.

Alors que la responsabilité du groupe Hoebok dans l'assassinat de trois policiers et du leader de la nouvelle droite lors d'un rassemblement à Miyako a été confirmée, Toru Sera a exprimé sa désapprobation face à cette violence. Selon lui, ces actions ont non seulement renforcé le ressentiment des Fujiwans envers la situation dans la province de Moon, mais ont également contribué à l'élection de la nouvelle droite, incarnée par le parti Kōdō, une faction encore plus radicale que ses prédécesseurs. Il soutient que la justice fujiwane n'avait guère d'autre choix que de renforcer la position de l'administration précédente, qui avait officiellement désigné Hoebok comme un groupe terroriste. Cette escalade de la lutte armée et judiciaire devient le quotidien des Jinséens de Moon, éteignant presque toute possibilité de dialogue. Bien qu'il se soit éloigné des affaires politiques, l'ancien Premier ministre reconnaît qu'il doit continuer à peser ses mots et à vivre avec les conséquences de ses actions passées.

« En toute sincérité, la nouvelle opposition, représentée par Shinwa, un parti que j'ai contribué à façonner avec mon ami Koji Omura à sa tête, se trouve confrontée à un défi majeur. Elle doit exprimer son désaccord avec la future politique du gouvernement tout en comprenant que Hoebok ne représente ni une alternative ni une solution viable à la crise de Moon. Alors, quelles sont nos options? Shinwa va-t-elle approuver les futures lois et législations tout en collaborant avec Kōdō? Que penseront nos soutiens d'une telle démarche? C'est une situation délicate qui risque de ternir gravement l'image du Fujiwa. »

Plus tard dans l'émission, Toru Sera a abordé des sujets frôlant la contradiction avec la Constitution, notamment concernant le rôle de l'Empereur dans la société. Il reconnaît que l'Empereur Oden incarne des valeurs divergentes de celles prédominantes dans le paysage politique actuel. Selon lui, l'Empereur pourrait, par des interventions mesurées et des actions symboliques, influencer positivement le débat public tout en restant dans les cadres constitutionnels, bien que l'appréciation de cette marge de manœuvre soit complexe. Utiliser l'influence de l'Empereur, compte tenu de son poids dans la conscience collective, pourrait servir à promouvoir des changements souhaitables. Cependant, cela pose la question de la pertinence de la Constitution actuelle et du principe de séparation des pouvoirs. C'est un terrain glissant, d'autant plus risqué que les futurs héritiers du trône pourraient avoir des idéaux radicalement différents, ce qui pourrait engendrer des conséquences imprévisibles.

Dans une tournure plus optimiste, l'ancien Premier ministre Toru Sera a exprimé son désir d'avoir un impact plus significatif, laissant transparaître une certaine culpabilité d'avoir quitté la politique trop tôt après son mandat. Il évoque avec une certaine nostalgie ce qui aurait pu être si il avait poursuivi son engagement politique. Actuellement, bien qu'il ressente une forte envie de retourner au Fujiwa, il reconnaît que de grandes causes nécessitent une lutte qui dépasse les enceintes politiques traditionnelles. Il affirme qu'il n'est pas nécessaire d'occuper un siège à la Chambre des Représentants pour initier un changement social significatif ou pour revigorer une conscience sociale qu'il perçoit comme étant en état de léthargie.

Sera insiste sur le fait que le combat pour la justice sociale doit se poursuivre au sein de la société civile, et il promet que les Fujiwans entendront parler de lui dans les années à venir. Cette assurance ne découle pas de la vanité, mais de sa conviction que le Fujiwa a quelque chose de spécial à offrir, une étincelle unique qui peut être ravivée par des actions concertées en dehors du cadre strictement politique.
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Les Cigares du Shogun

Décembre 2014

Kami



Dans la haute-ville de Sokshō, où les demeures rivalisent d'opulence, la résidence principale d'Okada Asō se dresse comm un joyau dans l'écrin du quartier le plus huppé. Le président du puissant zaibatsu « Asō Company » attend ses invités de marque, plongé dans une quiétude monastique. Assis en tailleur au centre de son salon aux lignes épurées, il murmure une prière shintoïste face à son kamidana personnel, implorant les kamis de lui accorder santé et prospérité.

Le Premier Ministre Ishida Shimura est le premier à franchir le seuil. Les deux hommes échangent ces regards complices que seules des années d'amitié peuvent forger. Shimura, dans son costume sombre égayé d'une cravate aux reflets d'encre et d'une chemise négligemment entrouverte, s'incline à son tour devant l'autel domestique, ses lèvres esquissant une prière silencieuse.

Le deuxième visiteur, Hito Arasaka, fait une entrée remarquée. Dirigeant du zaibatsu éponyme, il entretient avec Asō une rivalité aussi féroce que leur complicité est profonde - un paradoxe vivant qui nourrit les rumeurs des cercles d'affaires. Sa silhouette imposante emplit l'espace : un corps sculpté par les arts martiaux, surmonté d'une tête aux traits sévères où brillent des yeux mi-clos sous des sourcils perpétuellement froncés. Ses cheveux d'un noir de jais sont plaqués en arrière avec une précision militaire, tandis qu'un cigare - son éternel compagnon - dessine des volutes dans l'air parfumé du salon.

L'arrivée de l'Amiral Morita, surnommé « Bouddha », ajoute une touche inattendue à ce conclave. Sa présence, aussi surprenante soit-elle, témoigne de la portée de cette réunion secrète. L'homme impose le respect : une stature athlétique malgré l'âge mûr, une barbe noire savamment tressée qui cascade sur son uniforme constellé de médailles, et des lunettes qui confèrent à son regard une gravité supplémentaire.

Enfin, la silhouette trapue de Morinaga, président de la Chambre des Représentants, complète ce tableau des puissants. Petit homme à l'embonpoint assumé, son crâne chauve orné de taches vineuses luit doucement sous la lumière tamisée. Sa moustache blanche, aussi touffue qu'un nuage d'hiver, frémit au rythme de sa respiration. Bras droit du Premier Ministre et maître d'orchestre des débats à la Diète, il porte avec désinvolture un costume similaire à celui de Shimura, comme pour souligner leur proximité politique.

Une fois ce prestigieux aréopage réuni, la demeure d'Asō se fait forteresse. Sur un imperceptible signe de son maître, le majordome - ombre silencieuse et efficace - active les verrous électroniques avant de se retirer avec la discrétion d'une bruine d'hiver. Le silence qui règne depuis l'arrivée successive des convives demeure intact. Dans cette quiétude presque sacrée, seule la douce mélodie des fūrin - ces délicates cloches suspendues à la terrasse en bois - ose troubler l'atmosphère. Leurs tintements cristallins s'entremêlent aux soupirs du vent hivernal qui s'immisce dans le patio naturel jouxtant la pièce. Les flocons de neige, visibles à travers les panneaux shōji, dansent leur valse silencieuse, ignorants des complots qui se trament en contrebas.


Asō rompit le premier cette cathédrale de silence. D'un geste, il désigna les coussins disposés en cercle sur les tatamis centenaires.

« Messieurs, votre présence ce soir m’honore. Les événements de Moon doivent être l'étincelle de notre renaissance. Ce n'est pas un hasard si nous œuvrons dans l'ombre depuis l'accession au pouvoir de Shimura-san - et même bien avant. » Ses yeux d'obsidienne glissèrent sur chaque visage. « L'heure est venue d'une poigne de fer, mais peut-être pas celle que nous avions initialement imaginée... »

Arasaka exhala une longue bouffée de son cigare. Les volutes de fumée dansèrent dans la pénombre comme autant d'esprits ancestraux. « L'idée s'est métamorphosée », murmura-t-il de sa voix de tonnerre assourdi.

Le Premier ministre Shimura, jusqu'alors aussi immobile qu'une statue de temple, se redressa imperceptiblement. « Un Shogun moderne... », laissa-t-il échapper.

L'Amiral Morita demeura impassible.

« Comprenez bien, messieurs », reprit Shimura, « le Fujiwa nécessite plus qu'une simple mainmise économique. Notre nation appelle une renaissance, tant spirituelle que politique. Je ne prononce pas ces mots à la légère. Notre patrie, et le Nazum tout entier, se tient au seuil d'une métamorphose capitale. Si jusqu'à présent le Nazum a prospéré tel un sanctuaire préservé, ce serait pure vanité que de croire à la pérennité de cette quiétude. Vous n'ignorez pas les ombres qui nous menacent: une superpuissance mondiale aux ambitions dévorantes, un Negara Strana s'enfonçant dans les abysses d'une idéologie de contrôle mental des masses, manipulé par ce même colosse mondial, ce Grand Kah... Il a empoisonné leur esprit, réduisant les Stranéens à l'état de marionnettes dociles dans son théâtre d'ombres... »

« La Constitution... » murmura Arasaka.

Un rire sec s'échappa des lèvres de Morinaga. « La Constitution, messieurs, n'est pas gravée dans le jade éternel. Elle peut se plier aux vents impérieux de notre époque. »

Arasaka écrasa son cigare d'un geste brusque, la braise mourante projetant de fugaces lueurs orangées sur son visage taillé à la serpe. « J'entends vos ambitions, messieurs, mais j'exige des conditions limpides. Mon empire ne saurait voir son influence diluée dans ce nouveau théâtre du pouvoir fujiwan. » Sa voix se fit plus tranchante. « Des garanties, claires, sur notre rôle - celui de chaque zaibatsu. Je ne partage pas la vision d'Asō ; qu'il poursuive ses rêves de renaissance civilisationnelle. Ma préoccupation demeure la prospérité économique de notre nation. »

Le Premier Ministre Shimura se redressa, sa voix claquante: « Hito... Ta vision est aussi étroite. Je te croyais pourtant des nôtres. Le contrôle politique et spirituel est indissociable de la puissance économique - nous sommes un État, pas une assemblée de marchands. Vos zaibatsus ont servi la nation pendant des générations, mais l'heure est venue de resserrer les rangs. Agis en homme d'honneur, Hito. Les temps des cavaliers solitaires sont révolus - le Fujiwa doit désormais être uni. »

« Vos belles paroles ne sont que du vent, Ishida, » gronda Arasaka, se levant brusquement. « L’honneur? Ne me parlez pas d'honneur quand vous cherchez à brider notre indépendance sous couvert de renaissance nationale ! Et de plus quand des promesses à mon égard avaient été faites. Ma famille a construite cet empire pierre par pierre, sans l'aide de personne. Et maintenant, vous voudriez le mettre sous la tutelle d'un... Shogun? » Il cracha presque ce dernier mot. « Les zaibatsu sont la colonne vertébrale de cette nation. Sans nous, que reste-t-il? »

Asō, qui était resté silencieux, se leva à son tour, son calme apparent contrastant avec la fureur d'Arasaka. « Justement, Hito. Les zaibatsu sont devenus trop puissants. Une nation morcelée entre fiefs corporatifs? Arrêtons là… »

« Ne joue pas les moralisateurs, Okada, tes mains sont aussi sales que les miennes. » siffla Arasaka.

L'éclat de rire tonitruant de l'Amiral Morita résonna soudain dans la pièce, surprenant les trois hommes dans leur confrontation. Un rire profond, presque théâtral, qui semblait se moquer de leur dispute comme on rirait des chamailleries d’enfants. Sa barbe tressée tremblait encore de son hilarité alors qu'il se levait, imposant sa stature dans le cercle des hommes en colère.

« Bwahahahaha » Son rire faisait trembler les décorations du kamidana. « Regardez-vous, messieurs ! Les trois hommes les plus puissants du Fujiwa, se querellant comme des écoliers dans la cour de récréation ! »

« Hito, mon vieil ami, » dit-il en posant une main massive sur l'épaule d'Arasaka, « tu vois des menaces là où il n'y a que des opportunités. Et vous, Ishida, Okada, vous parlez de contrôle quand il s'agit de synergie. Je commande la plus grande flotte du Fujiwa, et pourtant, je ne prétends pas pouvoir naviguer seul. Même le plus puissant des navires de guerre a besoin d'une flotte pour accomplir sa mission. »

Le silence retomba, mais cette fois-ci, la tension s'était dissipée. Morinaga esquissa un sourire derrière sa moustache touffue, tandis qu'Asō se rassoie lentement. Arasaka, après un moment d'hésitation, reprit lui aussi sa place, sortant un nouveau cigare de sa veste.

Shimura reprend donc dans le calme en faisant quelques pas.

« Messieurs, regardons la situation dans son ensemble. Hito, vos craintes sont légitimes. Voyez plutôt: les corporations conserveraient leur autonomie économique - c'est votre domaine d'excellence. Mais au-dessus, nous avons besoin d'une autorité capable de coordonner, de protéger, de guider. Les menaces qui pèsent sur le Fujiwa nécessitent une réponse unifiée. Le Grand-Kah, l'enclave de Macao, les tensions avec le Negara Strana... Ce ne sont pas des défis qu'une seule corporation, ni même un simple Premier ministre soumis aux aléas électoraux, peut relever. »

Shimura s'arrêta près du kamidana, la lueur des bougies sur son visage.

« En tant que Premier ministre, j'ai vu les limites du système. Les corporations sont puissantes, oui, mais fragmentées. L'Empereur est notre symbole sacré, mais son rôle est constitutionnellement limité. Et la Diète… » Il jeta un regard entendu à Morinaga, « est trop souvent paralysée par des querelles partisanes. Je ne cherche pas à brider votre pouvoir, mais à l'harmoniser avec les intérêts supérieurs de notre nation. Un Shogun moderne serait le pont entre tous ces pouvoirs: les zaibatsu, l'armée, la Diète, et bien sûr, la famille impériale. Et qui mieux que moi, qui ai déjà prouvé ma capacité à maintenir cet équilibre délicat, pourrait assumer ce rôle? »

Shimura se rassit, son regard balayant l’assemblée.

« La crise de Moon a montré que nous avions besoin d'un leadership fort. Le succès de Kōdō prouve que le peuple est prêt pour un changement. Et la montée des menaces extérieures exige une réponse unifiée. Le Shogunat n'est pas une menace pour vos empires, messieurs - c'est leur meilleure protection. »

Okada Asō reprend après son ami Shimura. « Les processus sont de toute manière engagés, je voulais nous réunir pour faire un point général. Nous le faisons également pour notre ami Shinzō Sato, tragiquement assassiné par des traitres révolutionnaires empoisonnés par les idéaux kah-tanais et stranéens… Et c'est précisément pourquoi nous devons accélérer le processus. L'assassinat de Shinzō n'est qu'un symptôme d'un mal plus profond. Nos ennemis s'enhardissent, pensant pouvoir exploiter nos divisions. »

Se tournant vers l'Amiral Commandant en chef Morita, il poursuivit. « Les réseaux de Kataclysmic ont déjà commencé à préparer l'opinion publique. Les gens sont réceptifs au concept d'une autorité forte, particulièrement après Moon. La mort de Sato ne fait que renforcer ce sentiment. La question n'est plus de savoir si le Shogunat est nécessaire mais comment nous allons l'implémenter tout en préservant l'équilibre de nos pouvoirs. Shinzō aurait compris cela. Il avait déjà donné son accord pour la première phase du plan. »

L'évocation du défunt semblait avoir changé l'atmosphère de la réunion. Même les plus réticents paraissaient maintenant plus enclins à considérer sérieusement la proposition de Shimura.

« Le peuple », reprit Shimura d'une voix où vibrait une conviction ancestrale, « le peuple est notre socle. Jamais les Fujiwans n'ont été aussi éveillés à leur destin. Ils ont contemplé le masque hideux des révolutionnaires et leur doctrine putride. Des exemples existent à travers le monde, mais nous tracerons notre propre voie, teintée de l'âme fujiwane. Le processus suit désormais son cours inexorable. D'ici quelques lunes, l'idée d'un Shogunat moderne paraîtra naturelle. Kōdō incarne la volonté du peuple, que cela plaise ou non aux regards étrangers qui s'offusquent de cette vérité. Nous avancerons aux côtés de nos alliés frontaliers. Qu'on ne s'y méprenne pas - nous ne nourrissons aucune ambition provocatrice ni impérialiste envers nos frères du Nazum. Il s'agit simplement du droit sacré à l'autodéfense. »

Se levant avec la grâce mesurée d'un maître de cérémonie du thé, il conclut : « Je vous remercie, messieurs, de votre présence en cette nuit. Nos chemins se croiseront à nouveau bientôt, ensemble, lorsque l'aube nouvelle pointera à l'horizon. »

Les invités venaient de quitter la résidence d'Asō, laissant derrière eux l'écho des promesses de pouvoir et le parfum âcre du cigare d'Arasaka. La neige, implacable dans sa chute silencieuse, effaçait déjà leurs traces. Moon n'était qu'un prélude, une expérimentation à l'échelle d'une province. La démocratie fujiwane, ce fragile équilibre hérité de l'après-guerre civile, s'apprêtait à muer en une forme de gouvernance unique, fusion entre tradition millénaire et autoritarisme moderne. Okada Asō se tourna face à son kamidana. Les kamis avaient tout observé depuis leur autel sacré. Dans les sanctuaires de la ville, les prêtres shintoïstes sentirent un frisson parcourir leur échine, effleurés par la présence des esprits ancestraux. Ils avaient compris que quelque chose s’était passé ce soir. Dans le jardin zen de la résidence, la neige dansait une valse silencieuse avec les yokai nocturnes. Les forces spirituelles qui habitaient ces lieux savaient que le cycle naturel du pouvoir entamait une nouvelle rotation. Comme les saisons qui se succèdent, comme la marée qui monte et descend, le Fujiwa s'apprêtait à retrouver son équilibre ancestral.

Les kamis avaient parlé. Le cycle reprenait son cours.
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FORUM NEZUMI.FJ

Utilisateur#8741

Posté le 10/05/2015 à 23:12

Ce message a été posté via NezumiSecure™

Il est important que vous sachiez que la transformation structurelle politique a apporté une certaine stabilité, mais au prix d'importants sacrifices. Je suis journaliste dans une agence de presse nommée Yokoho, la deuxième plus grande agence après Kawara-ban, qui appartient au service public. Ces derniers temps, il y a eu pas mal de tensions entre notre équipe, composée de journalistes et de techniciens, et la direction. Permettez-moi de vous expliquer.

Vous savez, la liberté de la presse est assez remarquable dans notre pays, surtout si l'on compare cet aspect à d'autres pans de notre société. Nous, citoyens, sommes très attachés à une rigueur journalistique qui prône l'indépendance et la liberté d'enquêter sur les sujets qui nous tiennent à cœur. Depuis la démocratisation en 1962, nous n'avons jamais subi de représailles quelconques. Cependant, il faut savoir que les choses risquent de changer, et que ce changement est même déjà en cours.

Lors d'une réunion d'équipe le mardi dernier, le directeur général en personne de Yokoho est venu pour un briefing d'urgence concernant l'avenir de notre ligne éditoriale. Nous, les salariés, avons tous été un peu surpris et avons ressenti pas mal d'incompréhension. Néanmoins, nous admettons que rien de bien grave ne pourrait nous arriver, hormis, évidemment, une sorte de licenciement massif.

En réalité, la situation était différente : chacun conserve son poste, mais avec quelques modifications dans la méthodologie et la rigueur journalistique qui nous incombent à tous. Le directeur général nous a clairement dit, les yeux dans les yeux, que nos productions de presse, articles, podcasts, bref tout, allaient devoir être vérifiés par une équipe à part de l'agence. L'objectif, selon ses propres mots, serait de limiter les « fake news » et de ne pas brusquer les efforts collectifs de stabilité déployés actuellement par l'État. Face à cette annonce, certains de mes collègues se sont immédiatement révoltés, affirmant qu'il s'agissait là d'une prise de contrôle évidente de l'information et que la déontologie journalistique allait clairement passer entre les mains de l'État et du Shogun. Cependant, le directeur général n'a cessé de répéter que c'était de la pure folie et que ceux qui respecteraient cette nouvelle déontologie seraient récompensés pour leur collaboration en faveur d'un avenir journalistique meilleur...

Pour être honnête, je ne sais pas quoi en penser... Désormais, la boîte est divisée en deux camps : ceux qui respectent ces nouvelles décisions et directives, et ceux qui cherchent à se rebeller en imaginant des contre-mesures ou en envisageant simplement de changer d'agence. Nous avons cependant rapidement appris que Kawara-ban, du service public, était dans la même situation et que toutes les maisons de presse avaient reçu les mêmes consignes du ministère de l'Intérieur. Je crois que beaucoup se sont tournés vers les forums, comme je le fais aujourd'hui en vous écrivant. L'internet fujiwan est en train de faire revivre de nombreux forums indépendants où tout le monde écrit et réagit. C'est ce que je tenais à partager avec vous.

PS : Je tiens à préciser que j'écris ce message depuis un café internet avec une connexion sécurisée. Je conseille à tous ceux qui veulent s'exprimer librement de prendre des précautions similaires. J'ai entendu dire que certains collègues d'autres rédactions ont reçu des visites de courtoisie après des posts sur les réseaux sociaux. Notre nouveau comité de vérification semble particulièrement intéressé par les activités en ligne des journalistes. Faites attention à vous, et si vous travaillez dans les médias, privilégiez les forums comme celui-ci plutôt que les réseaux sociaux traditionnels.

#RestezPrudents #AnonymousPost #Sécurité
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Miroir Déformant du Kah

13 Janvier 2016

Education



Depuis que la réforme institutionnelle et constitutionnelle a pris effet, le Fujiwa s’est affirmé comme un bastion résolu face à l’influence impérialiste kah-tanaise qui s’étend sur le continent nazumi. Le shogun Ishida Shimura n’accepte plus l’indifférence apparente des autres nations nazumies face aux actions du Grand-Kah au sud-est du continent. Cette posture intransigeante est désormais au cœur des préoccupations de l’administration shogunale et de la classe politique. Leur discours s’attèle à ancrer dans l'esprit du peuple fujiwan l’idée que le Kah représente non seulement une menace idéologique, mais aussi un péril géopolitique pour la stabilité et la prospérité du Nazum. C’est sous cette rhétorique que le Fujiwa a entamé une profonde transformation pour confronter les nouveaux défis et répondre à ses ambitions sur la scène nationale et régionale.

Cette transformation s’enracine dans un terreau particulièrement fertile, celui des écoles. À travers la refonte du système éducatif, la menace extérieure que représenterait le Kah est mise en exergue dès le plus jeune âge. Ce nouveau discours a enflammé les sphères publiques et politiques, multipliant les prises de parole virulentes à l’encontre de la nation communaliste. Toutefois, ces attaques sont habilement maquillées sous le prisme d’une dénonciation anticommuniste, une idéologie longtemps connotée négativement dans l’imaginaire collectif fujiwan. On parle d’un impérialisme sous des formes diverses - économique, militaire, et politique. Certains voisins immédiats comme le Negara Strana et le Wanmiri sont explicitement désignés comme des nations ayant renié les fondements historiques et culturels d’un Nazum unifié, indépendant de toute influence étrangère. Paradoxalement, on évince commodément du discours officiel les vérités historiques, à savoir le rôle du continent comme carrefour d’échanges internationaux et les empreintes laissées par des influences extérieures, y compris sur le Fujiwa lui-même.

Malgré cette vision vantant un Nazum indépendant, souverain et parlant d’une seule voix, ce projet n’a jamais véritablement pris racine sur le plan diplomatique. Depuis plusieurs gouvernements et premiers ministres successifs, ces idées n’ont produit que des fruits inconsistants. C’est ainsi que le Fujiwa a manqué des occasions historiques de faire prévaloir son projet sur la scène internationale. Mais aujourd’hui, cette vision utopique d’un Nazum « pur » et affranchi des ingérences extérieures trouve un écho puissant dans les programmes scolaires révisés.

Dès l’école primaire, des changements profonds sont perceptibles dans l’éducation des enfants, de six ans jusqu’à seize ans. Le Ministère de l’Éducation, des Sciences et des Technologies a repensé les programmes d’histoire, de géographie et d’éducation civique pour refléter les nouvelles priorités dictées par le Conseil Shogunal. Les manuels scolaires, désormais amendés, qualifient l’idéologie communaliste, communiste et socialiste de menaces existentielles pour la prospérité humaine. Il n’est pas rare non plus de constater dans ces livres des révisions audacieuses des périodes sombres de l’histoire fujiwane, notamment les exactions coloniales au Negara Strana, présentées sous un jour atténué tandis que des événements actuels sont déformés pour servir des intérêts politiques. Le Wanmiri et le Negara Strana y sont insidieusement désignés comme des nations « déloyales », accusées de soumission aux volontés kah-tanaises, plutôt qu’à celles de leur propre peuple ou d’un Nazum éclairé et indépendant.

Dans les écoles, ce remodelage idéologique ne se limite pas aux programmes théoriques. Chaque matin, élèves et professeurs chantent en chœur l’hymne national avant de regagner les salles de classe. Les cours dispensent une version révisée de l’histoire et de la géographie, vantant les idéaux fujiwans tout en diabolisant le Kah. Ses interventions militaires à répétition sur plusieurs fronts internationaux, ainsi que ses ambitions économiques, sont décrites à travers un prisme émotionnel teinté d’hostilité. Ces récits s’appuient sur des faits aisément vérifiables, renforçant leur crédibilité auprès d’une population déjà largement exposée à des médias et réseaux sociaux relayant régulièrement des images des opérations militaires kah-tanaises. Pour beaucoup de Fujiwans, ce discours trouve une résonance presque naturelle.

L’endoctrinement passe aussi par l’éducation physique et les pratiques traditionnelles. Une renaissance spectaculaire de l’art du katana s’observe dans les écoles, où les cours de sport intègrent désormais des séances de maniement du sabre. Là encore, tout est pensé dans un but précis : les mannequins d’entraînement, peints en rouge et noir, sont tacitement présentés comme des effigies kah-tanaises. Les professeurs encouragent les élèves à s'exercer avec vigueur, les incitant à « terrasser » leurs cibles fictives sans hésitation, instillant ainsi subtilement l’idée de résistance active face à l’ennemi. Cette stratégie éducative, habilement orchestrée, instille dans l’esprit de la jeunesse fujiwane une méfiance viscérale envers le Kah et ses supposées ingérences. Elle prépare une génération entière à épouser, sans remise en question, l’idéologie d’un Fujiwa souverain et d’un Nazum uni, même si le prix à payer est celui d’une vision réductrice et parfois déformée de l’histoire et du monde.

Dans une démarche empreinte d’une indiscutable stratégie égocentrique, le terme officiel de « Grand-Kah » a été sciemment évincé du discours public et institutionnel, pour être méthodiquement réduit au simple mot de « Kah ». Désormais, les institutions politiques du Fujiwa n’utilisent plus que cette appellation restrictive pour désigner les Communes Unies du Grand Kah. Ce choix n’est pas anodin et il contribue à minorer l’aura et la stature de cette nation sur la scène internationale, tout en la définissant exclusivement sous des prismes péjoratifs. Dans les récits officiels et médiatiques, le Kah est dépeint comme une nation militariste et oppressante, décrite comme la seconde puissance mondiale, mue par une ambition insatiable de plonger le monde sous le joug d’une idéologie communiste et socialiste. Cette vision alarmiste cible en particulier le Nazum, présenté comme la première victime potentielle de cette expansion idéologique.

Étrangement, le Shogun Ishida Shimura lui-même n’a, pour l’instant, formulé aucune déclaration explicite visant directement le Kah. Cependant, il n’en est pas besoin: les innombrables institutions médiatiques et de presse ont parfaitement pris le relais, amplifiant un narratif hostile à coups de reportages, d’éditoriaux et de campagnes propagandistes. Ce phénomène crée un climat national où le Kah et, dans une moindre mesure, le Wanmiri sont perçus avec méfiance, voire condescendance. La médisance publique à leur égard va de pair avec une perplexité générale vis-à-vis de leur positionnement sur la scène internationale.

Toutefois, le cas du Negara Strana se distingue par une exception notable. Bien que les institutions et médias fujiwans dénoncent largement les nations accusées de soumission aux influences extérieures, le Negara Strana échappe, pour l’essentiel, à cette animosité généralisée. Son image reste globalement positive auprès de la population fujiwane, favorisée par des années de rapprochements culturels et humains. Les liens entre le Fujiwa et le Negara Strana s’incarnent dans des programmes d’échanges étudiants, dans la présence de familles mixtes, dans la mémoire partagée de vétérans historiques (quand celle-ci n’est pas modifiée) ou encore dans le souvenir des populations déplacées à travers l’Histoire. Ces relations nourrissent encore une certaine amicalité entre les deux nations, même si elles demeurent sous la surface d'un fujiwanisme exacerbé par les autorités.
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