Posté le : 11 fév. 2025 à 02:59:42
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Une nouvelle réunion fut initiée dans l'Instance de Réflexion Économique par le Duché de Sylva, cette fois-ci sur une question industrielle stratégique : la production de micropuces. Il s'agissait d'un domaine extrêmement complexe qui se scindait en une succession d'étapes nécessitant chacune un haut degré d'expertise, de précisions et d'outils de hautes technologies. Les membres de l'OND fonctionnaient jusqu'à présent avec une relative souveraineté ONDienne en mettant à profit les expertises de chacun selon des ententes informelles, répondant davantage au libre marché qui avait laissé les entreprises de chacun trouver fournisseurs et clients chez les partenaires de confiance.
Mais cette main invisible sur laquelle reposait jusqu'à présent ce secteur stratégique, indispensable à toutes nations civilisées souhaitant un niveau de confort contemporain, et donc, des micropuces fortement miniaturisées, souffrait de quelques limites et ne permettait pas aux membres de l'OND d'exprimer leur plein potentiel.
C'était là le cœur de cette discussion initié par Éléana Galion, représentante économique du Duché de Sylva au sein de l'OND et plus précisément de l'IRE. Il y avait un objectif très clair de transformer ces échanges limités et désorganisés en une véritable machine industrielle internationale capable de s'imposer sur le marché mondial des micropuces et assurer une production quantitative et qualitative au-delà de toutes concurrences. S'il n'était aucunement certain de pouvoir assurer une distribution intéressante auprès des superpuissances, d'autant plus quand elles intègrent déjà des alliances économico-industrielles, c'était là une porte d'entrée pour approvisionner les pays d'importance moindre et assurer un soft power massif de l'OND à l'étranger. C'est ainsi que Éléana Galion aborda ces points :
"Excellences, chers confrères de l'OND, c'est avec joie et un enthousiasme non dissimulé que le Duché de Sylva vous convie à une coopération technologique et industrielle encore inédite dans l'OND. Tel qu'indiqué dans le dossier préliminaire qui vous a été transmis avant cette réunion pour vous permettre une préparation optimale, le Duché de Sylva propose l'établissement d'une machine industrielle internationale entre les membres de l'OND pour nous imposer sur le marché des micropuces en produisant en quantité des micropuces de qualités supérieures. L'idée est d'arrêter de nous contenter de nos marchés intérieurs, mais de planifier une véritable hégémonie technologique et industrielle dans le domaine. Les objectifs assumés sont technologiques, économiques et politiques. Développer et exporter nos produits technologiques dans ce domaine contribueront à approvisionner en moyens et financer nos sociétés respectives pour alimenter de nouveaux projets toujours plus ambitieux. Cela permettra d'établir et creuser une avance pour devenir un véritable bloque industriel.
Pour ce faire, les diverses équipes des secteurs industriels sylvois se sont impliquées pour procéder à une enquête élargie des moyens et échanges établis à l'heure actuelle et proposer un ensemble de point pour rationaliser nos méthodes et étendre nos marchés.
Le premier point a évidemment été de définir l'ensemble des étapes nécessaires à la production de micropuces de qualités, et quels acteurs de l'OND y répondaient :
-Nous avons en début de chaîne les logiciels de conception et les modèles brevetés de briques utilisées pour automatiser la conception électronique des puces et de leur architecture. Les entreprises de Caratrad dominent cette étape au sein de l'OND.
-Vient ensuite la conception même des micropuces, de leur architecture, à partir des outils susnommés. Sont là en concurrence des entreprises de Caratrad et Sylva avant tout.
-Il y a après la production des « wafers », des feuilles de silicium servant de base pour les micropuces avant d'être usinées. Les industries de Sylva monopolisent ce secteur.
-Suit la production des équipements et outils dédiés à l'usinage et assemblage, typiquement les appareils de lithographie servant à modeler les wafers. Mais ce n'est là qu'un instrument parmi la cinquantaine nécessaire pour cela. Les industries de Tanska et Caratrad sont très bien représentées à ce niveau, même si l'ensemble des membres de l'OND compte des acteurs importants à un moindre degré.
-La production des wafers, matériaux et bases et outils d'usinages permettent naturellement l'étape suivante, à savoir la fabrication des semi-conducteurs et l'usinage des wafers. Les acteurs les plus notables sont des usines tanskiennes.
-Il faut savoir que des travaux de recherche et développement interviennent sur les étapes de conception et production des micropuces. Ce sont là aussi une très large quantité d'entreprises qui sont impliquées, mais on les retrouve majoritairement dans l'Empire du Nord et Tanska.
-L'assemblage, le contrôle qualité et l'emballage constituent l'avant-dernière étape, dans laquelle aucune entreprise présente dans l'OND n'est particulièrement représentée. Je reviendrais sur ce point, mais il faut savoir qu'il est tout aussi stratégique que les précédents. Les tests vérifiant le bon fonctionnement des micropuces et la gestion de leur assemblage sont des étapes délicates relevant d'une certaine expertise et savoir-faire.
-Et enfin, vient la distribution et l'implantation des micropuces dans les produits finis : électroménagers, multimédias, informatiques. Ce sont là des industries de l'Empire du Nord et de Zéla... de la Confédération Zélandienne qui sont impliquées à ce stade.
Cette analyse préliminaire met en avant l'extrême diversité des expertises des différents acteurs économiques et industriels de l'OND, mais révèle également un manquement à une étape cruciale, à savoir l'assemblage, contrôle qualité et emballage, obligeant à sous-traiter ces protocoles à l'étranger. Nous estimons que l'établissement d'une véritable hégémonie industrielle de l'OND dans l'électronique et la production de micropuces exigent un travail pour combler ces lacunes.
Un second point plus important encore à relever est le degré de simplification de la présentation faite des différentes étapes. Si nous pouvons en effet les regrouper en huit domaines d'activités, le simple exemple de la production de la cinquantaine d'outils d'usinages nécessaires pour la production et fonderie démontre l'extrême complexité de cette chaîne d'approvisionnement. Cela met d'autant plus en évidence que nous ne sommes pas encore en mesure d'établir une « autarcie électronique » au sein de l'OND faute de maîtrise de certaines sous-étapes vitales, malgré le haut degré d'implication d'acteurs de l'OND dans certains desdites étapes.
C'est pourquoi nous aborderons maintenant les grandes questions sur lesquelles il faudra discuter. Il convient en premier lieu de clairement définir nos objectifs. Si le Duché est très volontaire à établir une véritable hégémonie dans le domaine, cette ambition ne pourra être mise en application sans l'implication active de tous les membres de l'OND. Peut-être que pour diverses raisons politiques et économiques, certains membres préféreront se contenter d'une simple autarcie de l'OND sans volonté d'exportation massive, ou réciproquement, de ne pas nécessairement accéder à une autarcie au sein de l'OND mais une véritable importance dans certains points clés. En résumé, sur quels objectifs pouvons-nous nous entendre et quelles seraient nos cibles ?
Je me permettrai de justifier de tels objectifs en commençant par l'autarcie. Ce point-là sera le plus simple à justifier : le monde connaît une accélération massive des technologies et de la consommation, avec des besoins qui explosent sur les plans quantitatifs et qualitatifs. Ces évolutions se font dans des contextes de tension avec une OND qui rencontre toujours plus d'opposition (nous pensons à la Loduarie, exemple le plus criant dans tous les sens du terme, mais il y en a d'autres plus insidieuses). Face à des flux toujours plus tendus, il devient vital pour la souveraineté des membres de l'OND que nous soyons aptes à assurer l'ensemble des différentes étapes de l'approvisionnement en micropuces.
Pour ce qui est de l'ambition d'hégémonie dans le domaine, au-delà des objectifs purement lucratifs, il s'agirait d'établir un véritable soft power en faisant orbiter autour de l'OND l'ensemble des nations pas nécessairement alignées et ne disposant pas d'approvisionnement particulier sur ces produits de haute technologie. Comme dit, nous sommes dans un contexte de tensions latentes et devons nous appuyer sur tous les leviers disponibles pour consolider les rapprochements avec les partenaires potentiels, ou au moins, dissuader d'une opposition trop franche en devenant un acteur suffisamment indispensable. J'insiste, mais la maîtrise de l'approvisionnement des micropuces permet un contrôle important non seulement sur les clients directs, mais aussi sur les clients de nos clients. Si un pays doit se fournir en produit finit, approvisionné par un second pays nécessitant nos puces électroniques pour équiper les machineries fabriquant les produits finis requis par le premier pays, alors ledit premier pays aura une dépendance indirecte à l'approvisionnement par l'OND.
Puisque la définition de nos objectifs et cibles visées est abordée, je me permettrais d'appliquer le principe des quatre T (Task, Target, Threat and Tactic) pour évoquer la question des menaces avant celle des axes de réflexion selon Sylva des tactiques (ou plutôt des stratégies) employables. L'OND, depuis sa fondation et croissance fulgurante, a attiré beaucoup d'attention et d'opposition. Il n'y a aucun doute qu'une volonté assumée d'hégémonie industrielle sur ce plan-là provoquera des réactions à nouveau et fera jouer la concurrence du libre marché à l'international. Nous voyons ainsi trois axes de menaces qui concurrenceraient cet objectif d'hégémonie tel qu'ambitionné par le Duché (nous avons conscience qu'encore aucun autre acteur de l'OND n'a exprimé partager cet état final recherché). Le premier est évidemment l'ONC, qui compte plusieurs géants industriels et technologiques avec des liens commerciaux déjà très développés. Une industrie des micropuces est déjà solidement implantée auprès d'eux selon un équilibre déjà éprouvé.
Vient ensuite le Grand Kah et plus généralement les ensembles communistes du globe qui se sont pris en grippe avec l'OND. Ce seront des marchés assez peu sensibles aux offres de l'OND qui chercheront sans aucun doute à mettre en place leurs propres alternatives et coopérations. Si leur gestion de ce secteur n'est pas un problème du moment qu'elle reste cloisonnée à leur industrie, nous pouvons craindre qu'ils chercheront à nous concurrencer sur l'approvisionnement des nations que nous ciblerons. Et enfin, dernier adversaire et sur ce plan le moins dangereux selon nous : Velsna. Si le pays est géant économique, elle compte essentiellement sur le tertiaire, avec un secteur secondaire ne s'étant pas notablement illustré dans l'électronique. Ajoutons à cela un manque de coopérations à l'international qui pourrait en faire un concurrent solide ni des investissements marqués dans la R&D.
Maintenant que sont abordées les questions des objectifs, cibles et menaces, il reste les propositions de stratégies à adopter soumises par le Duché. Par souci de clarté, nous ne discuterons peut-être pas immédiatement de ce point-là, chose vaine tant que nous ne serons pas préalablement d'accord sur nos objectifs, mais lesdites stratégies précocement proposées restent disponibles dans les annexes que je vous ai fait parvenir avant le début de cette rencontre. Ainsi, estimés homologues, j'attends vos retours sur les états finaux recherchés par vos nations."
Les documents parvenus aux autres représentants de l'OND incluaient en effet un résumé et plusieurs annexes détaillées des axes stratégiques proposés. Se trouvait en premier lieu un travail de coopération entre les entreprises et ministères de l'Économie de chaque pays pour distinguer dans les moindres détails l'ensemble des sous-étapes pour définir les besoins. Une fois connus les points à répondre, pourront être partagées les tâches entre les différents acteurs industriels de l'OND selon les moyens les plus adaptés : entente prédéfinie, concours ou mise en concurrence libérale selon les préférences politiques de chacun.
Était toutefois très clairement indiquée une préférence du Duché de Sylva pour un travail de planification au moins à un certain degré, ne serait ce que pour définir des objectifs nationaux dirigés via des appels d'offre à des sociétés privées, le tout aidé de subventions ou défiscalisation pour les industries concernées pour stimuler leurs investissements.
Le Duché proposait pareillement d'encourager à la coopération les entreprises nationales pour cumuler les moyens disponibles, plutôt que de bêtes mises en concurrence qui amèneraient à dupliquer des travaux de recherche, là où un partage des expériences éviteraient les redondances dans les études et équipes. Là encore, serait nécessaire de s'entendre sur le partage des tâches en fonction des intérêts et affinités de chaque État impliqué.
Et une fois clairement définie la répartition des (nombreuses) tâches, viendrait la mise en application d'un tel projet avec une certaine autonomie ou centralisation à définir. Le Duché préférait cette fois-ci dans le document soumis une centralisation hybride : si les tâches seraient très distinctement partagées et les objectifs définis après une concertation et planification centralisée, les missions seraient appliquées par les échelons inférieurs avec une certaine autonomie pour réduire les lourdeurs administratives et permettre un fonctionnement plus organique, réactif et adaptatif, en plus de ne pas entraver la souveraineté de chaque État impliqué.
N'était pas exclu la constitution d'un véritable organisme supranational au sein de l'OND pour gérer, voir centraliser l'intégralité du fonctionnement d'une telle super-industrie en coordination la gestion de l'ensemble des acteurs, mais le Duché de Sylva craignait très clairement qu'un tel géant établis du jour au lendemain s'effondrerait sous son poids face aux contraintes de mettre en relation étroite à un tel degré tant d’échelons différents avec les contraintes impliquées (géographiques, différences de culture du travail, du management, de l'organisation ou encore de l'entreprise...).
Ces points-ci restaient toutefois pour un second temps et à l'unique condition que l'ensemble des acteurs de l'OND partagent l'enthousiasme du Duché pour une telle entreprise. D'autres points étaient encore plus précocement étudiés dans ces annexes, tel que l'implication de nations hors OND pour certains points clés auxquels ne voulaient pas répondre les membres pour divers facteurs (trop peu de valeur ajouté, manque de compétitivité, retard de savoir faire trop important, manque d'intégration dans l'économie...).